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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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17.08.2026 à 18:51

Australie : La diaspora ouïghoure menacée par le gouvernement chinois

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants participaient à un rassemblement tenu près du studio de la chaîne de télévision australienne Channel 7 à Sydney, le 4 février 2022, jour de l’ouverture des JO d'hiver de Pékin 2022, pour dénoncer les violations des droits humains en Chine. © 2022 Flavio Brancaleone/EPA-EFE/Shutterstock Le gouvernement chinois interroge des Australiens d'origine ouïghoure en visite au Xinjiang, les pressant de recueillir des informations sur les Ouïghours en Australie, notamment sur les écoles de langue ouïghoure. Le gouvernement chinois exploite la vulnérabilité des familles ouïghoures séparées, y voyant une opportunité pour surveiller et contrôler étroitement la communauté ouïghoure en Australie, ce qui a un effet dissuasif sur les activités de la diaspora.  L’Australie et d’autres pays devraient réagir aux actes d’intimidation de Pékin à l’encontre de la diaspora ouïghoure par des déclarations publiques, des avis clairs aux voyageurs, des canaux sûrs pour signaler tout abus, des enquêtes pénales et un soutien aux regroupements familiaux.

(Sydney) – Le gouvernement chinois interroge des Australiens ouïghours en visite au Xinjiang, les pressant de recueillir des informations sur les Ouïghours vivant en Australie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, alors que son directeur exécutif, Philippe Bolopion, était en visite en Australie. 

Les autorités chinoises se livrent depuis longtemps à une répression transnationale – constituée de violations des droits humains commises au-delà des frontières d'un pays pour réprimer la contestation – à l'encontre des Ouïghours vivant à l'étranger, en ciblant les activistes critiques à l'égard du gouvernement chinois, ainsi que leurs proches se trouvant toujours au Xinjiang. Les autorités chinoises font pression sur les visiteurs ouïghours en provenance d’Australie, pour qu'ils fournissent des informations sur les activistes ouïghours, les organisations et les écoles de langue ouïghours en Australie ; elles portent ainsi atteinte aux droits des Ouïghours en Australie, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression, d'association et de culture, et le droit à la vie familiale.

« Le gouvernement chinois exploite la vulnérabilité des familles ouïghoures séparées, en surveillant et en déstabilisant les communautés à l'étranger », a déclaré Philippe Bolopion, Directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les interrogatoires des Ouïghours en visite au Xinjiang et la surveillance étroite des activités de la diaspora ont un effet dissuasif, emblématique de la répression transnationale exercée par Pékin en Australie. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 11 citoyens australiens et résidents permanents d'origine ouïghoure à Sydney, Melbourne et Adélaïde en avril et mai 2026. Parmi eux figuraient des personnes s'étant récemment rendues au Xinjiang, ainsi que des activistes basés en Australie.

Des Ouïghours vivant en Australie, dans l'impossibilité de rendre visite à leur famille au Xinjiang, ont déclaré ne disposer d'aucune information sur leurs proches restés sur place ou ne pouvoir communiquer avec eux que sous une surveillance officielle stricte, leurs appels étant contrôlés par des représentants du gouvernement chinois.

Ces dernières années, le gouvernement chinois a autorisé des Ouïghours venus d'Australie et d'autres régions de la diaspora à effectuer des visites restreintes dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ces visites sont importantes pour de nombreuses familles ouïghoures séparées depuis le début de la campagne « Frapper fort » lancée par le gouvernement au Xinjiang en 2016. Toutefois, ces visites ont également offert aux autorités locales l'occasion d'interroger les visiteurs et de surveiller leurs déplacements.

Les Ouïghours vivant à l'étranger qui ont pu se rendre au Xinjiang doivent se soumettre à des procédures de vérification rigoureuses imposées par le gouvernement chinois. Ceux qui détiennent un passeport étranger éligible au programme d'exemption de visa lancé en 2024 ont été informés par leur famille restée au Xinjiang qu'ils devaient se soumettre à des contrôles d'antécédents et obtenir une autorisation préalable des autorités locales. 

Trois Australiens d'origine ouïghoure, qui ne sont pas des activistes, ont indiqué s'être rendus au Xinjiang munis de passeports australiens dans le cadre de ce programme d'exemption de visa. Ils ont expliqué que leurs familles sur place avaient dû solliciter l'autorisation des autorités locales avant leur venue.

L'un d'eux a indiqué qu'il avait dû d'abord se présenter dans un hôtel désigné par les autorités, plutôt que de séjourner au domicile familial, et que ses proches au Xinjiang l'avaient prévenu qu'il s'attirerait des ennuis avec les autorités en cas de non-respect de cette exigence. Les Australiens en visite ont également précisé qu'ils devaient rendre compte de leurs activités quotidiennes au Xinjiang aux autorités locales et qu'ils étaient soumis à une surveillance étroite, en particulier lorsqu'ils se déplaçaient hors d'Urumqi, la capitale régionale, où les restrictions semblent moins sévères que dans d'autres villes.

Un autre Australien d'origine ouïghoure a déclaré que les autorités l'avaient interrogé plus d'une douzaine de fois, dont une fois pendant plus de sept heures : « Ils ont demandé les adresses et les numéros de téléphone de plusieurs activistes ouïghours éminents en Australie. » Lorsqu'il a déclaré ne pas disposer de ces informations, la police a insisté pour qu'il surveille les activités des activistes à son retour en Australie et qu’il les photographie lors d'événements. 

Une troisième personne, également interrogée par la police au Xinjiang, a déclaré avoir subi une forte pression car elle craignait pour sa sécurité et celle de sa famille. « Comment aurais-je pu dire non à quoi que ce soit qu'ils me demandaient de faire ? » 

D'autres personnes auprès desquelles nous avons mené des entretiens ont indiqué avoir été questionnées au sujet des écoles de langue ouïghoure en Australie ; au Xinjiang, les autorités ont cherché à effacer la culture et la langue ouïghoures.

Certains Australiens d'origine ouïghoure avec lesquels nous nous sommes entretenus ont confié qu'ils ne retourneraient pas au Xinjiang, même avec le programme d'exemption de visa, car ils craignaient d'être détenus ou emprisonnés et de ne pas pouvoir communiquer avec leurs familles à l'abri du contrôle gouvernemental.

Le 7 août, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions aux gouvernements chinois et australien. Le gouvernement chinois n'a pas réagi. Le ministère de l'Intérieur australien a répondu le 14 août, déclarant entre autres : « Le gouvernement australien prend très au sérieux la question de toutes les formes d'ingérence étrangère, y compris la répression transnationale. Il est inacceptable qu'un gouvernement étranger prenne pour cible des membres de la communauté d'une manière qui les empêche d'exercer leurs droits et libertés fondamentaux en Australie. »

Les autorités australiennes ont évoqué le cas de familles ouïghoures australiennes séparées auprès de leurs homologues à Pékin, mais sans grand succès. En décembre 2020, l’Australien ouïghour Sadam Abdusalam a pu revoir sa femme et son enfant grâce au soutien du gouvernement australien.

Cependant, de nombreuses autres familles ouïghoures en Australie restent dans l'impossibilité de retrouver ne serait-ce que les membres de leur famille proche, car leurs proches ont l'interdiction de quitter le Xinjiang. Elles craignent également que leurs actions pacifiques en Australie n'affectent la liberté de leur famille au Xinjiang ou toute éventuelle possibilité de retrouvailles.

Les abus du gouvernement chinois à l’encontre des Australiens d’origine ouïghoure en visite ont facilité une répression transnationale, en isolant et en marginalisant à distance les activistes ouïghours en Australie, alors que d’autres Ouïghours craignent d’être vus en leur compagnie lors d’événements publics.

En juillet, une nouvelle Loi sur l’unité et du progrès ethniques chinoise est entrée en vigueur. Cette loi contient des dispositions à portée extraterritoriale susceptibles d'être utilisées pour priver de leurs droits les Ouïghours vivant à l'étranger ainsi que d'autres groupes de la diaspora. L’Article 63 stipule en substance que « les organisations et les individus situés hors du territoire de la République populaire de Chine » qui « compromettent l’unité et le progrès nationaux ou incitent à la division ethnique » devront « répondre de leurs actes devant la loi ». 

Le gouvernement australien et les autres gouvernements concernés devraient adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et résidents contre les actes de répression transnationale de Pékin, selon Human Rights Watch.

« La répression transnationale exercée par le gouvernement chinois constitue une menace sérieuse pour les droits et libertés des Australiens d’origine ouïghoure qui souhaitent maintenir des liens familiaux au Xinjiang tout en préservant leur culture et leur identité en Australie », a conclu Philippe Bolopion. « L’Australie et les autres gouvernements concernés devraient prendre des mesures significatives pour répondre à ces préoccupations. »

Suite détaillée en anglais en ligne ici.

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RFI

 

 

13.08.2026 à 18:19

ONU : Maintenir la force internationale au Liban pour protéger les civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Un véhicule blindé de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) patrouillait sur une route près des décombres d’un immeuble, dans un village situé dans le sud du Liban, le 29 avril 2026.   © 2026 Frédéric Pétry/Hans Lucas via Reuters

(New York) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait veiller à ce que la force internationale déployée dans le sud du Liban y demeure, afin de protéger les civils et d’empêcher de nouveaux abus par l’armée israélienne et le Hezbollah, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

En août 2025, le Conseil de sécurité a décidé à l’unanimité de « proroger pour la dernière fois » le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), déployée pour la première fois en 1978, et ce jusqu’au 31 décembre, date à laquelle elle devrait entamer son retrait progressif. Cette résolution a été adoptée avant la dernière escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah en mars 2026, et avant que les forces israéliennes ne déplacent des centaines de milliers de civils et n’occupent de vastes portions du sud du Liban. Les actes délibérés de déplacement de populations sont susceptibles de constituer le crime de guerre de déplacement forcé.

« Mettre prématurément fin à la FINUL sans qu’une force internationale suffisamment robuste soit mise en place reviendrait à abandonner de fait des millions de civils libanais, qui seraient alors livrés à un sort incertain et potentiellement désastreux », a déclaré Louis Charbonneau, Directeur du plaidoyer auprès des Nations Unies à Human Rights Watch. « Les missions de l’ONU ne sont peut-être pas une solution durable, mais les casques bleus jouent un rôle dissuasif essentiel contre les attaques visant les civils et les violations des droits humains. »

L’ONU devrait reporter le départ de la FINUL et prolonger le mandat de la mission au-delà du 31 décembre 2026, jusqu’à ce que la situation sécuritaire s’améliore suffisamment pour envisager une nouvelle réduction des effectifs, a déclaré Human Rights Watch. Si les États-Unis sont en mesure de bloquer toute décision du Conseil de sécurité visant à prolonger la présence de la FINUL, d’autres membres du Conseil sont favorables à cette prolongation et plusieurs options, relevant ou non du cadre des Nations Unies, ont été proposées. 

Conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 après 34 jours d’hostilités entre Israël et le Hezbollah, le mandat de la FINUL consiste entre autres à soutenir les forces armées libanaises, à surveiller le cessez-le-feu et à signaler les violations commises le long de la « ligne bleue » qui sépare le Liban d’Israël et de la zone occupée du plateau du Golan. Ce mandat autorise également la FINUL « à protéger les civils exposés à une menace imminente de violences physiques ». 

Le retrait de la FINUL devrait s’étaler sur un an, conformément au calendrier prévu par la résolution 2790 (2025). Cette résolution précise que la FINUL sera autorisée « à contribuer à la protection des civils et à l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire sous la direction de civils » tout au long de son retrait.  

En août 2025, le représentant des États-Unis auprès des Nations Unies a déclaré aux membres du Conseil de sécurité que la situation sécuritaire au Liban s’était améliorée, affirmant qu’elle était « radicalement différente de ce qu’elle était il y a à peine un an ». Depuis lors, la situation sécuritaire dans le sud du Liban s’est considérablement détériorée, a déclaré Human Rights Watch.

Malgré la proclamation d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah le 17 avril, et le lancement de pourparlers entre Israël et le gouvernement libanais sous l’égide des États-Unis, le Hezbollah et l’armée israélienne n’ont toujours pas mis fin à leurs attaques. Les attaques des forces israéliennes, qui font des victimes parmi la population civile libanaise et provoquent des déplacements massifs de population, se sont poursuivies sans interruption. Depuis l’escalade des hostilités le 2 mars, les attaques israéliennes ont fait plus de 4 333 morts et plus de 12 250 blessés au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. 

L’ONU a par ailleurs indiqué que des membres de la FINUL avaient été victimes d’attaques meurtrières pendant les dernières hostilités. 

Les États-Unis et Israël ont clairement indiqué qu’ils s’opposaient à la prolongation du mandat de la FINUL au-delà de 2026, même si pas moins de 14 des 15 membres du Conseil de sécurité seraient favorables à un report du retrait de la FINUL, selon les déclarations de plusieurs diplomates à Human Rights Watch.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, les États-Unis pourraient faire usage de leur droit de veto pour bloquer toute tentative visant à prolonger le mandat de la FINUL ou à retarder sa fin. 

Christina Markus Lassen, ambassadrice du Danemark auprès des Nations Unies, qui assume la présidence tournante du Conseil pour le mois d’août, a déclaré lors d’une réunion publique avec des organisations de la société civile que le Conseil devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, celle-ci ayant été prise avant l’escalade actuelle des hostilités au Liban. 

En juillet, la Mission permanente du Liban a adressé aux membres du Conseil une lettre conjointe signée par 86 députés libanais, dans laquelle sont exposés les arguments selon lesquels, compte tenu de la situation sécuritaire précaire dans le pays, la FINUL devrait non seulement maintenir sa présence dans le sud du Liban, mais aussi voir ses capacités renforcées. 

L’ambassadeur chinois auprès des Nations Unies, Fu Cong, a déclaré en mai que le Conseil de sécurité devrait réexaminer la décision de mettre fin au mandat de la FINUL, soulignant qu’aucun cessez-le-feu réel n’était en vigueur.

D’autres options sont à l’étude concernant une présence internationale au Liban. La résolution d’août 2025 priait le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à proposer des options concernant « les moyens d’appliquer la résolution 1701 (2006) après le retrait de la FINUL ».

En juin, Antonio Guterres a remis une note adressée au conseil qui proposait ce qui revenait, pour l’essentiel, aux trois variantes d’une même option : le déploiement d’une force de maintien de la paix de petite, moyenne ou grande envergure. Même la variante la plus ambitieuse resterait nettement plus modeste que la FINUL. Antonio Guterres n’a pas évoqué la possibilité de simplement reporter le retrait de la FINUL.

En juin, le président français Emmanuel Macron et la première ministre italienne Giorgia Meloni ont annoncé leur intention de former une coalition multinationale destinée à prendre la relève de la FINUL après son départ. Bien que les détails de cette initiative restent encore flous, la France, l’Italie et l’Espagne comptent parmi les principaux contributeurs de troupes à la FINUL, qui compte actuellement près de 7 500 Casques bleus issus de 47 pays. Cette coalition ne serait vraisemblablement pas une mission des Nations Unies, même si elle pourrait solliciter l’autorisation de l’ONU à l’instar des récentes missions en Haïti.

La Turquie a également laissé entendre qu’elle pourrait apporter son soutien aux forces armées libanaises après le départ de la FINUL. Cependant, tant les forces armées turques que l’armée libanaise ont été impliquées dans des abus commis en Syrie. 

Le gouvernement libanais et les membres du Conseil de sécurité devraient veiller à ce que la protection des civils soit une priorité pour toute future force internationale au Liban, a déclaré Human Rights Watch. Une telle force devrait être dotée des moyens nécessaires pour surveiller et rendre compte publiquement des atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire commises par toutes les parties au conflit, et soutenir les efforts visant à traduire les responsables en justice.

« Le Conseil de sécurité ne devrait pas laisser les civils libanais sans protection », a conclu Louis Charbonneau. « Le Conseil porterait une grande part de responsabilité, si le départ de la FINUL créait un vide sécuritaire ouvrant la voie à de nouveaux abus. »

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13.08.2026 à 06:01

États-Unis : Les agences fédérales manquent à leur devoir de protéger les droits civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Des manifestants brandissaient des pancartes appelant a la protection du droit de vote lors d’un rassemblement devant la Cour suprême des États-Unis à Washington, le 15 octobre 2025. © 2025 Celal Gunes/Anadolu via Getty Images

(Washington, 13 août 2026) – L’administration Trump a sapé l’application des lois fédérales relatives aux droits civils aux États-Unis, privant ainsi les personnes que ces lois étaient censées protéger de recours adéquats, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. 

13 août 2026 Remedies Abandoned

Ce rapport de 112 pages, intitulé « Remedies Abandoned: US Civil Rights Enforcement Under the Trump Administration » (« Recours abandonnés : L’application des droits civils aux États-Unis sous l’administration Trump »), documente les efforts déployés par l’administration Trump pour démanteler le travail de quatre agences clés entre janvier 2025 et le printemps 2026 : la Division des droits civils (Civil Rights Division) du ministère de la Justice, qui a perdu environ 75 % de ses avocats ; le Bureau des droits civils (Office for Civil Rights) du ministère de l’Éducation, qui a procédé au licenciement de près de la moitié de son personnel en une seule journée et fermé 7 de ses 12 bureaux régionaux ; le Bureau pour l’égalité en matière de logement (Fair Housing Office) du ministère du Logement et du Développement urbain, dont les effectifs ont considérablement diminué ; et la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi (Equal Employment Opportunity Commission, EEOC), dont les effectifs ont atteint leur niveau le plus bas depuis plus de 40 ans.

« L’administration Trump s’attaque aux initiatives visant à lutter contre la discrimination, sans proposer aucune alternative », a déclaré Trey Walk, chercheur auprès du programme États-Unis chez Human Rights Watch. « Tout en prétendant protéger tous les Américains, l’administration démantèle les dispositifs vers lesquels les communautés se tournent depuis longtemps pour obtenir réparation. »

Les efforts de l’administration Trump dans ce sens se poursuivent. Le 16 juin, le ministère de l’Éducation a annoncé qu’il transférerait les fonctions d’enquête et de mise en œuvre en matière de droits civils au ministère de la Justice, poursuivant ainsi le démantèlement de l’agence au sein du ministère de l’Éducation.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 40 personnes, parmi lesquelles d’anciens membres du personnel de l’agence, des plaignants, des avocats spécialisés dans les droits civils et des responsables locaux. Les chercheurs ont également examiné des dossiers judiciaires, des documents administratifs et législatifs, des reportages de presse et d’autres sources documentaires. 

« C’est comme un double coup de poing : non seulement nous n’obtenons pas ce dont nous avons besoin, mais en plus ils s’attaquent aux programmes qui nous restent encore », a déclaré un avocat spécialisé dans l’éducation à Human Rights Watch. « Les gens vont s’autocensurer, et nous l’avons déjà constaté. Des districts scolaires suppriment des programmes avant même que quiconque ne s’en prenne à eux, car ils ne veulent pas faire l’objet d’une enquête. »

Les origines du système américain de protection des droits civils sont liées aux efforts déployés après la Guerre de Sécession pour protéger les citoyens noirs nouvellement affranchis. Le Congrès a créé le ministère de la Justice en 1870, et ses premières actions se sont concentrées sur la poursuite des actes de violence du Ku Klux Klan et la défense du droit de vote des Noirs. 

Comme les États continuaient de refuser l’égalité de traitement à certains groupes, le Congrès a élargi les lois anti-discrimination un siècle plus tard. La loi sur les droits civiques de 1964, la loi sur le droit de vote de 1965 et la loi sur le logement équitable de 1968 sont devenues les fondements de l’application moderne des droits par les agences fédérales. 

Le démantèlement de cet appareil a commencé dès le premier jour du second mandat du président Donald Trump. L’administration a proposé des départs volontaires massifs au personnel au nom d’une amélioration de l’efficacité gouvernementale, ce qui a eu pour effet d’écarter les fonctionnaires de carrière non partisans occupant des postes clés dans la défense des droits civiques. Elle a publié des décrets présidentiels interdisant les programmes en faveur de la diversité et a sapé l’indépendance de longue date du ministère de la Justice. Certaines tendances se sont dégagées parmi les agences examinées par Human Rights Watch, notamment l’interdiction faite au personnel de communiquer avec les victimes de discrimination dont elles s’occupaient et la mise en suspens de plusieurs enquêtes importantes. 

L’administration a abandonné de nombreuses affaires en cours. Elle a pris des mesures pour dénoncer des accords de réforme de la police dans des juridictions telles que Louisville et Minneapolis, et a retiré son soutien à d’importantes affaires relatives au droit de vote. Une organisation de surveillance a recensé près de 70 dossiers sur lesquels le ministère de la Justice a cessé de travailler, a abandonné la procédure ou a revu sa position.

Le ministère de l’Éducation ne semble avoir résolu aucun cas de harcèlement racial en 2025, alors que l’année précédente, les plaintes déposées auprès de ses services par des élèves noirs et latino-américains avaient atteint un nouveau record. Le ministère aurait également cessé de suivre les plaintes pour discrimination à l’encontre des élèves transgenres et de faire respecter les mesures de protection dont ils bénéficient. Le ministère du Logement a classé au moins 115 plaintes relatives à l’égalité d’accès au logement sans rendre de conclusions sur les allégations de discrimination sous-jacentes. 

Le gouvernement fédéral joue un rôle unique et irremplaçable dans l’application des lois anti-discrimination. Dans certains cas, la législation fédérale est plus exhaustive que les lois des États, et dans d’autres, le Congrès a conféré aux agences fédérales la compétence exclusive pour intenter ces actions en justice. 

Dans le même temps, les avocats privés et les associations à but non lucratif qui intentent des actions similaires sont mis à rude épreuve. L’administration a pris pour cible les cabinets d’avocats qui effectuaient des missions pro bono qui ne lui convenaient pas et a réduit le financement des associations locales de défense de l’égalité d’accès au logement. Les associations à but non lucratif de défense des droits civils et des droits de l’homme n’ont pas la capacité de combler entièrement les lacunes qui en résultent. 

L’administration Trump a également ordonné aux agences fédérales de restreindre leur analyse de l’impact disparate, ce cadre qui reconnaît la discrimination par ses effets plutôt que par l’intention. Les agences ont commencé à abandonner les règles relatives à l’impact disparate en décembre 2025 et ont poursuivi dans cette voie depuis. La discrimination subie par de nombreuses personnes résulte de lois qui sont neutres à première vue, et le gouvernement fédéral a longtemps joué un rôle essentiel dans la lutte contre ce problème. 

En outre, l’administration Trump a menacé de mettre fin, et tenté de supprimer, des programmes destinés à remédier aux conséquences persistantes de la discrimination historique. Le ministère de la Justice, le ministère de l’Éducation, l’Equal Employment Opportunity Commission ont chacun emboîté le pas à la Maison Blanche en menaçant les établissements dotés de plans de diversité. Cela inclut des programmes visant à accroître le nombre de minorités raciales sous-représentées dans les programmes de doctorat et les postes d’enseignants. L’administration n’a proposé aucune alternative pour remédier à l’exclusion sous-jacente que ces programmes visaient à corriger. 

Avant la publication de ce rapport, Human Rights Watch a écrit aux quatre agences concernées ainsi qu’au conseiller juridique de la Maison Blanche pour leur présenter ses conclusions et leur demander de formuler des commentaires. La Division des droits civils du ministère de la Justice a répondu qu’elle « s’attaquerait à la discrimination illégale et la dissuaderait partout où elle existe » et qu’elle « ne prétendrait plus que les lois fédérales sur les droits civils ne protègent que certains Américains ». Les mesures prises par l’administration et documentées par Human Rights Watch montrent que tout le monde aux États-Unis ne bénéficie pas d’une protection juridique égale. 

« Alors que le gouvernement fédéral se soustrait à ses obligations, les États et les villes des États-Unis devraient utiliser tous les outils à leur disposition pour les faire respecter », a conclu Trey Walk. « Mais aucune action menée par d’autres groupes ou agences ne peut pleinement remplacer ce qui a été démantelé à Washington. Le Congrès devrait agir dès maintenant pour réparer ces torts, avant que davantage de personnes ne se retrouvent sans recours. »

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11.08.2026 à 16:30

Des organisations de défense des droits humains poursuivent l’administration Trump pour ses attaques contre la CPI

Human Rights Watch

Click to expand Image Le siège du Tribunal fédéral des États-Unis Thurgood Marshall, dans le sud de Manhattan, à New York. © 2026 Laura Prieto Uribe/Human Rights Watch Quatre organisations de défense des droits humains — l’American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights, Human Rights Watch et l’Open Society Institute — ont déposé une plainte devant un tribunal fédéral américain pour contester les sanctions imposées par l’administration Trump à des procureurs et juges de la Cour pénale internationale (CPI), à une experte des Nations Unies en matière de droits humains ainsi qu’à trois organisations palestiniennes de défense des droits humains.Le régime de sanctions, ainsi que le décret présidentiel sur lequel il repose, compromet l’accès à la justice des victimes de crimes internationaux graves dans le monde entier et empêche les organisations de la société civile de travailler ensemble pour lutter contre l’impunité.Les organisations affirment que ces sanctions constituent une attaque manifestement illégale contre la justice internationale et doivent être annulées. Elles soutiennent que les sanctions portent atteinte à leurs droits constitutionnels à la liberté d’expression, d’association et de religion, et qu’elles violent le droit américain ainsi que les obligations des États-Unis au regard du droit international.

(New York, 11 août 2026) – Quatre organisations de défense des droits humains ont déposé, le 11 août 2026, une plainte devant le tribunal fédéral du district sud de New York, affirmant que l’administration Trump sanctionne illégalement des personnes et des organisations affiliées à la Cour pénale internationale (CPI) ou qui contribuent à ses activités, et criminalise les personnes qui s’associent avec elles ou leur apportent autrement leur soutien. La plainte conteste le décret présidentiel pris par le président Donald Trump le 6 février 2025, qui autorise l’imposition de sanctions contre des responsables de la CPI, des juges et d’autres personnes travaillant avec la Cour afin d’obtenir justice pour des actes de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Les plaignants – l’American Friends Service Committee, le Center for Constitutional Rights, Human Rights Watch et l’Open Society Institute, qui fait partie des Open Society Foundations – affirment que les sanctions constituent une attaque manifestement illégale contre la justice internationale et doivent être annulées. Les organisations soutiennent que ces sanctions les contraignent à réduire considérablement leurs activités dans les domaines des droits humains et du droit, en violation des droits que leur garantissent les premier et cinquième amendements de la Constitution américaine, ainsi que la Loi sur la restauration de la liberté religieuse (Religious Freedom Restoration Act). La plainte affirme également que les sanctions excèdent les pouvoirs du président et qu’elles reposent sur une prétendue « urgence nationale » qui ne trouve aucun fondement dans les faits.

« Le fait qu’un si grand nombre d’organisations majeures de défense des droits humains et d’aide humanitaire se soient réunies pour contester le décret illégal de Trump démontre l’ampleur des préjudices qu’il cause aux organisations de la société civile qui œuvrent pour traduire en justice les responsables de crimes graves », a déclaré Andrew Loewenstein, avocat principal de Foley Hoag LLP. « Les plaignants demandent la fin de ce régime de sanctions, qui outrepasse l’autorité du président et viole le droit international et le droit américain, notamment les droits à la liberté d’expression et de religion. »

La CPI a ouvert 18 enquêtes dans le monde, notamment en Afghanistan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, en Libye, aux Philippines, au Darfour (Soudan) et en Ukraine. Parmi celles-ci figure une enquête sur la Palestine ayant conduit à la délivrance de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant pour des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Gaza. La Palestine est un État partie à la CPI. Affaiblir la Cour rend plus difficile pour les survivants d’obtenir justice et de faire entendre leur voix lorsqu’ils n’ont aucun autre recours, ont déclaré les organisations.

« Les efforts du gouvernement américain visant à démanteler la CPI et à punir les personnes qui réclament justice pour de graves violations des droits humains portent préjudice à bien plus que les seuls individus et organisations directement visés par les sanctions. Ils constituent un affront à toutes les victimes et à tous les survivants de crimes de guerre et de génocide », a déclaré Joyce Ajlouny, secrétaire générale de l’American Friends Service Committee. « Ce décret cherche à intimider les défenseurs des droits humains et à dissuader les personnes de conscience de défendre les droits et la dignité d’autrui. Nous nous joignons à cette action en justice parce que nous refusons de rester silencieux lorsque la quête de justice est criminalisée. »

Ces sanctions font partie des nombreuses mesures prises par l’administration Trump contre la liberté d’expression, les manifestations et les actions de plaidoyer en faveur des droits humains des Palestiniens. À ce jour, l’administration Trump a utilisé le décret pour sanctionner des procureurs de la CPI, huit juges de la CPI, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, ainsi que trois grandes organisations palestiniennes de défense des droits humains.

Le 13 juillet 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une campagne renforcée visant à « démanteler » la Cour, notamment par un recours accru aux sanctions et par des pressions exercées sur les pays membres de la CPI afin qu’ils quittent la Cour. Alors que les États-Unis affirment que les enquêtes de la CPI visant des Américains — qui bénéficieraient autrement de l’impunité — constituent une menace pour la souveraineté américaine, les Américains qui commettent des crimes à l’étranger peuvent déjà être poursuivis par les tribunaux étrangers du pays où les crimes ont été commis, conformément à un principe bien établi du droit international.

« Pendant de nombreuses années, j’ai représenté des victimes dans leur quête de justice pour des crimes commis par des personnes puissantes, et j’ai enfin vu s’ouvrir à la CPI des enquêtes indispensables, même si elles étaient tardives. En réponse, l’administration Trump a pris la mesure extraordinaire non seulement de refuser aux Palestiniens et aux victimes de torture commise par les États-Unis un accès égal à la justice, mais aussi de criminaliser et de punir ces victimes, leurs avocats et défenseurs, ainsi que leurs partenaires », a déclaré Katherine Gallagher, avocate principale au Center for Constitutional Rights et représentante juridique de victimes devant la CPI. « Toutes les victimes de crimes internationaux – du Soudan et de l’Ukraine à la Palestine et à l’Afghanistan – ont besoin et méritent de pouvoir compter sur une CPI indépendante et forte, capable de remplir sa mission visant à mettre fin à l’impunité, sans crainte ni favoritisme. »

Les personnes sanctionnées ainsi que les organisations palestiniennes de défense des droits humains ont subi le gel ou la fermeture de leurs comptes bancaires, le rejet de transactions financières, la suppression de leur accès à des services numériques et des interdictions de voyager. Les organisations américaines, y compris les plaignants, peuvent encourir des peines allant jusqu’à 20 ans d’emprisonnement ainsi que des amendes exorbitantes pour avoir fourni des services à des personnes ou entités sanctionnées.

Les sanctions ont empêché les quatre organisations plaignantes de poursuivre ou d’entreprendre des activités telles que représenter juridiquement des victimes de crimes de guerre, présenter des arguments juridiques ou des recommandations politiques à la CPI, ou collaborer avec les organisations palestiniennes de défense des droits humains sanctionnées afin d’engager des procédures judiciaires, coordonner des campagnes de plaidoyer, enquêter sur des violations des droits humains ou fournir une aide humanitaire. Le décret porte gravement atteinte à la capacité des plaignants à collaborer avec d’autres acteurs, notamment les organisations palestiniennes sanctionnées, et compromet ainsi leur capacité à protéger les droits humains et à faire progresser la cause de la justice.

Les effets paralysants des sanctions s’étendent bien au-delà des frontières des États-Unis. En raison de la domination des institutions financières et des entreprises technologiques américaines, ainsi que de la menace de perdre l’accès au système bancaire américain, les banques non américaines et d’autres entités situées hors de la juridiction des États-Unis sont elles aussi dissuadées de fournir des services.

« Ces sanctions constituent une attaque contre l’état de droit, l’indépendance des juges et des procureurs, ainsi que contre la société civile aux États-Unis et dans le monde », a déclaré James Goldston, directeur exécutif de l’Open Society Justice Initiative. « Elles trahissent le rôle historique de premier plan joué par les États-Unis en faveur de la justice internationale et constituent un affront aux victimes et aux survivants de crimes graves partout dans le monde, qui dépendent de la CPI en tant que juridiction de dernier recours. »

En 2025, des tribunaux fédéraux de New York et du Maine ont estimé que le décret violait le Premier Amendement et ont temporairement ou définitivement empêché l’application du régime de sanctions à l’encontre des plaignants dans ces affaires. Depuis la promulgation du décret en février 2025, des États parties à la CPI, la  présidence de l’Assemblée des États parties, l’Union européenne, des experts des Nations Unies, le Secrétaire général des Nations Unies, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, des organisations de la société civile et la CPI elle-même se sont fermement opposés aux efforts visant à entraver le travail de la Cour.

La CPI est une juridiction internationale permanente créée pour juger les personnes accusées de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide et du crime d’agression. À la suite des génocides commis au milieu des années 1990 au Rwanda et dans l’ex-Yougoslavie, la communauté internationale a créé la CPI afin d’empêcher les responsables de crimes graves, notamment les hauts responsables publics, d’échapper à la justice. La CPI ne se substitue pas à la responsabilité des États de rendre justice pour ces crimes et ne peut intervenir que lorsqu’un État est incapable ou refuse véritablement de mener des procédures nationales authentiques. La Cour est compétente à l’égard des ressortissants des États parties à la CPI ainsi que des personnes qui commettent ces crimes graves sur le territoire d’un État partie à la CPI, quelle que soit leur nationalité. Près des deux tiers des États membres des Nations Unies ont adhéré à la Cour.

« Nous poursuivons l’administration Trump en justice afin de mettre fin aux attaques contre la justice internationale, et contre l’espace civique indispensable pour garantir la protection constante des droits dans le monde entier », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient renforcer leur soutien à la CPI et protéger celles et ceux qui cherchent à obtenir justice devant la Cour, afin de garantir que personne ne soit au-dessus des lois. »

Les plaignants sont représentés par Foley Hoag LLP.

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Articles

Le Monde  L’Humanité

 

11.08.2026 à 02:00

Vietnam : Rejeter le projet répressif de révision du Code pénal

Human Rights Watch

Click to expand Image Un policier vietnamien utilisait son téléphone portable près d’un véhicule blindé de la Force de police mobile (« Cảnh sát cơ động ») à Hanoï, le 20 juillet 2022. © 2022 Nhac Nguyen/Getty Images

(Bangkok) – Les autorités vietnamiennes devraient rejeter les propositions de révision du Code pénal qui violeraient les droits fondamentaux, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient plutôt modifier ce Code afin de le mettre en conformité avec les normes internationales en matière de droits humains.

Le ministère vietnamien de la Sécurité publique a soumis le projet de révision du Code de procédure pénale à l’Assemblée nationale pour examen lors de sa session tenue du 3 au 24 août, afin que le code révisé puisse être adopté le 20 octobre. Les révisions proposées alourdiraient des peines déjà sévères pour des infractions pénales définies d’une manière vague et de vaste portée, portant atteinte au droit à la liberté d’expression et à d’autres droits.

« L’Assemblée nationale vietnamienne devrait rejeter le projet de révision du Code pénal soumis par le ministère de la Sécurité publique, ainsi que tous les articles du Code qui violent les droits humains et que les autorités utilisent souvent pour réduire au silence les voix critiques », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La liberté d’expression signifie que les citoyens devraient pouvoir exprimer des opinions critiques à l’égard du gouvernement, sans craindre de sanctions. »

Le ministère de la Sécurité publique propose d’alourdir la peine encourue par les contrevenants à l’article 331, paragraphe 2 du Code pénal, qui criminalise les actes « portant atteinte aux intérêts de l’État », en faisant passer la peine minimum de deux ans à trois ans d’emprisonnement. L’article 117, qui interdit « la production, le stockage, la diffusion ou la propagande d’informations, de documents et de produits visant à s’opposer à l’État de la République socialiste du Vietnam », serait modifié afin d’interdire de manière générale les actes « visant à s’opposer au Parti communiste vietnamien ». Le ministère propose également de criminaliser les « outrages » au drapeau du Parti communiste, passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

En outre, le ministère cherche à supprimer les avertissements initiaux à l’encontre des auteurs présumés d’infractions, qui constituent actuellement la forme de sanction la plus légère. Dans le Code pénal actuel, des avertissements doivent être prononcés à l’encontre de personnes qui ont « commis un délit moins grave [présentant] de multiples circonstances atténuantes, mais dont le cas ne justifie pas une exemption de peine ». Or, dans le projet de code révisé, la forme de sanction la plus légère serait une amende, quelle que soit la gravité de l’infraction.

Le projet de Code pénal révisé réduirait le nombre total de crimes passibles de la peine de mort de 10 à quatre crimes : la trahison, le meurtre, la fabrication de stupéfiants et le terrorisme. Le Vietnam devrait saisir cette occasion pour abolir purement et simplement la peine capitale, a déclaré Human Rights Watch.

Tout en alourdissant les peines pour certains crimes, le ministère a également proposé d’exonérer la police, les forces armées et les forces d’autodéfense paramilitaires de toute responsabilité pénale pour les actes commis dans l’exercice de leurs fonctions officielles. Au cours de cette session, l’Assemblée nationale doit examiner le projet de révision de la loi sur l’organisation des organes d’enquête pénale présenté par le ministère de la Sécurité publique ; dans le cadre de ce projet, la police propose de supprimer tous les « organes d’enquête relevant du Parquet populaire suprême ». Si ce projet était adopté, aucune entité extérieure aux forces de police ne serait autorisée à enquêter sur les allégations d’abus commis par la police ou par les autres forces de sécurité.

« Le droit pénal vietnamien devrait être révisé pour mieux protéger les droits des personnes, et non pour faciliter davantage les abus commis par la police », a conclu Elaine Pearson. « Les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires commerciaux du Vietnam devraient exhorter le gouvernement vietnamien à modifier plutôt le Code pénal afin de garantir la protection des droits humains, tant dans la loi que dans la pratique. »

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10.08.2026 à 14:15

Le Libéria supprime les frais d’inscription pour l’école primaire

Human Rights Watch

Click to expand Image Salle de classe à la Buchanan Elementary Demonstration School, ville de Buchanan, comté de Grand Bassa, au Libéria, le 6 janvier 2026. © 2026 Human Rights Watch

Le gouvernement libérien a annoncé le 5 août la suppression de tous les frais d’inscription scolaire de la maternelle au CM2, à compter de la rentrée scolaire du 7 septembre. Cette décision supprime l’un des principaux obstacles à la scolarisation de centaines de milliers d’enfants.

Un rapport récent de Human Rights Watch, intitulé “Without Education, There Will Be Nothing” (« Sans éducation, il n’y aura rien »), montre que les frais d’inscription scolaire ont souvent rendu la scolarisation inaccessible ou imposé de graves difficultés, en particulier aux familles à faibles revenus et vivant en milieu rural. Human Rights Watch a constaté que ces frais ont contraint de nombreux enfants à abandonner complètement l’école. D’autres ont commencé leur scolarité avec plusieurs années de retard, ont suivi les cours de manière irrégulière ou ont été contraints de travailler pour aider à payer leurs frais de scolarité. Un tiers des enfants libériens n’ont jamais été scolarisés, et seuls 17 % ont terminé la 3e.

Des parents ont confié à Human Rights Watch qu’ils s’étaient endettés, avaient sauté des repas et consenti à des sacrifices importants pour payer les frais de scolarité dans les écoles publiques. Beatrice, une jeune fille de 17 ans originaire du comté de Nimba, a déclaré avoir été contrainte de quitter l’école lorsque ses parents n’ont plus pu payer ses frais d’inscription. « Je me sentais mal », a-t-elle déclaré. « Je restais à la maison et je pleurais quand je voyais mes amis aller à l’école. »

Fanell Decontee Dewee, une militante libérienne pour les droits des enfants qui a mené des entretiens entre pairs avec des enfants dans le cadre de ce rapport, a déclaré : « Pour les enfants libériens, la suppression de cet obstacle financier majeur constitue une avancée significative vers une éducation primaire plus accessible et plus équitable pour tous. »

Si elle est pleinement mise en œuvre, cette nouvelle politique contribuera à garantir que les enfants puissent s’inscrire à l’école et y rester, quelle que soit la situation financière de leur famille. Roberto Cooper Jr., un défenseur libérien des droits des enfants qui a participé aux recherches de Human Rights Watch, a déclaré : « C’est une victoire pour le Libéria et un investissement dans notre avenir. Chaque enfant mérite d’avoir la possibilité d’apprendre, de s’épanouir et de réussir. »

06.08.2026 à 08:00

Liban : Le meurtre d’une journaliste par Israël était un crime de guerre manifeste

Human Rights Watch

Click to expand Image Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar, dans le village frontalier de Jebbayn, au sud du Liban, en 2024. © 2024 AFP via Getty Images Les attaques menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 au Liban, qui ont tué une journaliste et grièvement blessé une autre, incluaient des attaques manifestement délibérées contre des civils, ce qui constitue un crime de guerre.Le fait que les forces israéliennes continuent de tuer des journalistes témoigne d’une volonté éhontée de commettre des atrocités sans crainte des conséquences.Le gouvernement libanais devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration reconnaissant la compétence de la Cour, notamment depuis le 7 octobre 2023 au moins. Les autres pays devraient faire pression pour que justice soit rendue et user de leur influence sur les autorités israéliennes afin d’empêcher de nouveaux crimes.


(Beyrouth) – Les attaques menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 au Liban, qui ont tué une journaliste et en ont grièvement blessé une autre, incluaient des attaques manifestement délibérées contre des civils et des biens civils, ce qui constitue un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les attaques perpétrées contre la ville d'al-Tiri, dans le sud du Liban, ont coûté la vie à Amal Khalil, journaliste couvrant les hostilités pour le quotidien libanais al-Akhbar, et ont grièvement blessé Zainab Faraj, journaliste indépendante libanaise qui travaillait comme cadreuse.

« L’armée israélienne affirme ne pas cibler les journalistes, mais les faits et les preuves démontrent le contraire à maintes reprises. Amal Khalil et Zainab Faraj sont les dernières victimes d’une longue série d’attaques de ce type », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Le fait que les forces israéliennes continuent de tuer des journalistes témoigne d'une volonté éhontée de commettre des atrocités sans crainte des conséquences. »

Les preuves photographiques et vidéo examinées par Human Rights Watch, les déclarations de témoins et une demande de désescalade du conflit afin d'accéder au site formulée par la Croix-Rouge libanaise auprès de l'armée israélienne, après la première des trois frappes menées sur le site ce jour-là, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles.

La première frappe, survenue vers 14h30 et visant une voiture se trouvant devant celle de Khalil et Faraj, a tué deux personnes qu'elles connaissaient et qui circulaient en voiture devant elles : Ali Bazzi et Mohammed al-Hourani. Contraintes d'abandonner leur véhicule, Faraj et Khalil ont trouvé refuge près d'un bâtiment voisin. À 15h00, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a transmis à l'armée israélienne la demande de la Croix-Rouge d'accéder au site et de secourir les journalistes piégées.

La deuxième attaque a eu lieu entre 15h21 et 15h42 et a touché la voiture de Khalil et Faraj, à quelques mètres de leur cachette. Khalil a été blessée et a été contrainte, avec Faraj, de se réfugier dans le bâtiment. 

La troisième attaque, survenue vers 16h25, a bombardé ce bâtiment et l'a détruit. Des drones quadricoptères israéliens semblaient surveiller Faraj et Khalil pendant qu'elles se cachaient, avant de lancer l'attaque.

L'armée israélienne semble avoir entravé les opérations de secours, notamment en lançant une grenade assourdissante par drone. Selon des témoins, les secouristes de la Croix-Rouge libanaise, qui portaient secours à Khalil, ont par conséquent dû battre en retraite dans un premier temps sans pouvoir la secourir ni lui prodiguer les premiers soins.

L'ambulance aurait également été touchée par des tirs d'armes légères, d'après des témoignages et des images des dégâts constatés sur le véhicule, vérifiées par Human Rights Watch.

Un rapport examiné par Human Rights Watch, provenant de l'hôpital gouvernemental de Tebnin où le corps d'Amal a été transporté après avoir été retrouvé ce soir-là, indiquait que Khalil était décédée vers 19h00 des suites d'un arrêt cardiaque. Le rapport précisait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une grave hémorragie. Ce rapport hospitalier, combiné à la chronologie établie par l'analyse de Human Rights Watch, suggère que Khalil était très probablement encore en vie lorsque les forces israéliennes ont contraint l'équipe de la Croix-Rouge à se retirer du site.

Dans des déclarations publiées après l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu le 17 avril, dont une datée du 21 avril, l'armée israélienne a ordonné aux habitants de ne pas retourner dans des dizaines de villes et de villages situés au sud d'une ligne jaune délimitée près de la frontière, notamment à al-Tiri. Cependant, les civils se trouvant dans des zones soumises à un ordre de déplacement ne perdent pas leur statut de civil ni la protection du droit international humanitaire et ne peuvent être pris pour cible du seul fait de leur présence dans ces zones.

Le 7 mai, Human Rights Watch a adressé un courrier à la FINUL, mais n'a reçu aucune réponse. Human Rights Watch a également adressé un courrier à l'armée israélienne le 17 juin afin d'obtenir des informations sur les attaques. L'armée israélienne a fourni une brève réponse le 24 juin, mais n'a pas répondu aux questions complémentaires.

En réponse aux violations du droit de la guerre commises par Israël au Liban et dans toute la région, les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les autres États membres de l’Union européenne, devraient immédiatement suspendre tous les transferts d’armes et l’assistance militaire à Israël, et imposer des sanctions ciblées aux responsables israéliens des exactions en cours. L’UE devrait suspendre immédiatement le volet commercial de son Accord d’association avec Israël tant que les atrocités commises par Israël persistent, a déclaré Human Rights Watch.

Le texte d'un accord-cadre récemment conclu entre le Liban et Israël soulève des inquiétudes quant à la possibilité que les autorités libanaises entravent l'accès à la justice pour les victimes de crimes internationaux graves, a déclaré Human Rights Watch. Afin de manifester leur engagement en faveur de la reddition des comptes, les autorités judiciaires libanaises devraient lancer des enquêtes nationales, tandis que le Parlement devrait renforcer le cadre juridique en adoptant une loi criminalisant les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide, conformément aux normes internationales.

Le gouvernement libanais devrait également adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration reconnaissant la compétence de la Cour, notamment à compter du 7 octobre 2023 au moins.

« Les preuves sont claires que l’armée israélienne savait, ou aurait dû savoir, que Faraj et Khalil étaient des civiles, mais les a attaquées malgré tout, puis a empêché les secouristes de leur porter secours pendant des heures », a conclu Ramzi Kaiss. « Le Liban devrait mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs des exactions d’Israël, et les autres pays devraient exiger des comptes et user de leur influence sur les autorités israéliennes afin d’empêcher de nouveaux crimes. »

Méthodologie

Human Rights Watch s’est entretenu avec huit personnes, notamment Faraj, l'une des collègues de Khalil au journal al-Akhbar, qui a survécu à l’attaque ; deux secouristes, un journaliste qui communiquait avec Khalil alors qu'elle était prise au piège à Al-Tiri, ainsi que trois personnes impliquées dans la demande d'accès au site formulée par les ambulanciers. Human Rights Watch a examiné le journal des appels d'un secouriste en contact direct avec Khalil entre 14h36 et 15h48 le jour de l'attaque, ainsi que celui de la sœur de Khalil, qui s'est entretenue avec elle pour la dernière fois à 16h22, soit près de trois minutes avant la frappe finale qui lui a été fatale. 

Human Rights Watch a vérifié au moins 35 photographies et vidéos partagées par des secouristes et par Faraj, notamment des images prises le jour même sur les lieux de l'attaque ainsi qu’à un point de contrôle temporaire de l'armée libanaise, géolocalisé par Human Rights Watch à un peu plus de 2,5 kilomètres au nord-ouest du site de la frappe, là où quelques secouristes attendaient l'autorisation de rejoindre les journalistes prises au piège. Human Rights Watch a également examiné huit photographies de l'ambulance endommagée.  

Human Rights Watch a examiné les profils sur les réseaux sociaux de Bazzi et al-Hourani, qui se déplaçaient avec Khalil et Faraj, et les publications sur leurs décès sur les réseaux sociaux ; ainsi que des photographies et des vidéos montrant l'enterrement des deux hommes dont les corps étaient enveloppés dans des drapeaux du Hezbollah. Les chercheurs n’ont trouvé aucune affiche de « martyr » du Hezbollah représentant un des deux hommes ni aucune autre preuve indiquant qu’il s’agissait de combattants.  

Les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) stipulent que les personnes qui exercent exclusivement des fonctions non liées au combat dans des groupes armés, notamment des rôles politiques ou administratifs, ou qui sont simplement membres ou affiliés à des entités politiques comportant une composante armée, comme le Hezbollah, ne peuvent être ciblées à aucun moment, à moins et seulement tant qu'elles, comme tout autre civil, participent directement aux hostilités.  

Chronologie et détails des attaques du 22 avril

Le 22 avril, Khalil et Faraj se déplaçaient en voiture à travers le sud du Liban pour rendre compte des hostilités et de la situation dans cette région. Avant d'entrer à Al-Tiri, elles ont rencontré un parent de Faraj, Ali Nabil Bazzi, un responsable local, à Bint Jbeil, qui borde Al-Tiri, et une autre connaissance, Mohammed al-Hourani, un entraîneur personnel. Tous deux se trouvaient dans la voiture précédant le véhicule de Khalil et Faraj. Vers 14h30, l’armée israélienne a frappé la voiture des deux hommes, les tuant immédiatement, a déclaré Faraj. Khalil et Faraj n'ont pas été blessées.  

« C’était calme », a raconté Faraj. « Je filmais et, soudain, j’ai entendu Amal crier : ‘Ils les ont touchés !’ J’ai regardé devant moi et j’ai vu l’explosion se produire. […] Amal a rapidement garé la voiture sur le côté. Nous sommes sorties du véhicule et nous nous sommes abritées sous un toit en tuiles tout près. »  

Faraj et Khalil avaient des gilets de presse dans la voiture, mais elles ont pris la fuite avant de pouvoir les récupérer.  

Click to expand Image Des captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, prises à 14 h 35 et 14 h 49, montrent la voiture qui roulait devant Khalil et Faraj en train de brûler après avoir été touchée par l'armée israélienne. La voiture d'Amal Khalil, au premier plan — qui a également été touchée par la suite — est garée près d'un bâtiment où Khalil et Zainab ont cherché refuge. 22 avril 2026  © Privé

 

Human Rights Watch a examiné deux captures d'écran d'un appel vidéo entre Faraj et sa sœur, à 14h35 et à 14h49, montrant la voiture en feu devant la voiture garée de Khalil. Human Rights Watch a géolocalisé la cachette des journalistes et a confirmé la présence d’un auvent carrelé devant un entrepôt de nourriture.  

Moussa Shaalan, secouriste de la Défense civile libanaise, a montré à Human Rights Watch son journal d'appels du 22 avril, lequel faisait état d'une communication de 20 secondes avec Khalil à 14h36 ; au cours de cet appel, Khalil lui aurait indiqué que la voiture précédant la leur avait été touchée. Le journal d'appels de Shaalan révélait plusieurs appels passés entre 14h37 et 14h50, notamment à la Défense civile libanaise, à la Croix-Rouge libanaise et au frère de Khalil.  

La Croix-Rouge libanaise a ensuite adressé une demande d'accès à la zone par l'intermédiaire de la FINUL, selon trois sources bien informées. La FINUL a transmis cette demande à l'armée israélienne à 15 heures, en précisant que des journalistes se trouvaient sur le lieu de la frappe à Al-Tiri et en fournissant un itinéraire détaillé permettant aux secouristes de s'y rendre, ont indiqué ces sources.  

Entre 14h30 et 16h22, Khalil et Faraj ont communiqué avec des membres de la Croix-Rouge libanaise, des Forces armées libanaises, des secouristes de la Défense civile libanaise, de l'Association islamique des scouts Risala et de la FINUL, ainsi qu'avec des membres de leurs familles et des collègues journalistes, demandant de l'aide pour être évacuées, ont déclaré Faraj, Shaalan et deux sources bien informées.  

Deux secouristes interrogés ont déclaré que Khalil leur avait indiqué dès 15h00 avoir vu des drones quadricoptères israéliens les survoler pendant de longues périodes.  

« Il y avait une fissure dans le toit et nous pouvions voir le quadricoptère juste au-dessus en train de regarder à l’intérieur », a déclaré Faraj. « Pendant une heure, nous avons attendu sous le toit de tuiles et pendant tout ce temps, il y avait deux quadricoptères au-dessus de nous. Le quadricoptère montait et descendait. Il ne faisait que ça ».  

Click to expand Image Les secouristes de l'Association islamique des scouts Risala, qui étaient en contact avec Khalil et Faraj alors que ces dernières étaient prises au piège, attendaient l'autorisation d'accéder à Al-Tiri à un point de contrôle de l'armée libanaise situé à Haddatha, à 2,6 kilomètres au nord du lieu de la frappe. 22 avril 2026.  © Privé

Le relevé des appels de Shaalan a fait apparaître un appel de 30 secondes avec Khalil à 15h08, au cours duquel il a indiqué avoir dit à Khalil que les équipes d'intervention avaient demandé l'autorisation d'accéder à Al-Tiri, mais que les autorités israéliennes n'avaient pas encore approuvé la demande. 

À 15h21, Khalil a appelé Shaalan, a-t-il dit. « Elle a dit : ‘Moussa, notre situation est critique. Le drone est au-dessus de nous’. Je lui ai dit que nous n’avions pas encore reçu l’autorisation de les rejoindre. Je lui ai dit que j’allais lui envoyer ma position et qu’elle n’avait qu’à venir me retrouver. » Le journal des appels de Shaalan indiquait un appel entrant de Khalil à 15h21, d’une durée d’une minute et vingt-neuf secondes.  

Faraj a déclaré que leur voiture avait été touchée peu après l’appel de 15h21. « Nous nous sommes levées et nous allions partir, mais nous avons décidé de ne pas le faire. Puis, tout à coup, le bruit d'un drone est devenu plus fort et ils ont frappé la voiture. Amal m'a serrée dans ses bras et m'a couverte. Elle a dit : ‘Je vais bien, et toi ?’ J’ai dit oui, mais ensuite la voiture a commencé à brûler ». Khalil a été blessée par l'impact sur la voiture, a déclaré Faraj.  

Selon Faraj et des photographies géolocalisées par Human Rights Watch, la voiture était garée à quelques mètres seulement de leur cachette. Après la seconde frappe, elles sont entrées dans le bâtiment. « J’ai agrippé le pare-chocs de la voiture pour nous protéger des flammes, mais il était brûlant », a-t-elle expliqué. « Alors, j’ai forcé la porte du garage derrière nous et nous sommes entrées [dans le bâtiment]. »  

Une vidéo prise par des membres de l'Association scoute islamique Risala, vérifiée et géolocalisée par Human Rights Watch, montre deux véhicules de la protection civile arrivant à un poste de contrôle de l'armée libanaise à 2,6 kilomètres au nord du site de l'attaque à 15h27.  

Entre 15h29 et 15h46, Shaalan a appelé Khalil à quatre reprises, mais elle n'a pas répondu. 

À 15h42 Khalil a appelé la Croix-Rouge libanaise et leur a dit qu'il y avait eu un impact sur sa voiture et qu'elle et Faraj s'étaient réfugiées dans un immeuble voisin, a indiqué une source bien informée impliquée dans la demande d'accès au site.  

À 15h48, Shaalan a appelé Khalil et s’est entretenu avec elle pendant 38 secondes, selon le journal des appels de son téléphone. « Elle m’a dit : ‘Moussa, ils ont largué une bombe à côté de moi… Je suis blessée, je ne peux pas te rejoindre’ », a expliqué Shaalan. Entre 16h10 et 16h49, Shaalan a appelé Khalil à six reprises, mais elle n’a pas répondu, d’après le journal des appels de son téléphone. 

À 16h22 la sœur de Khalil, Zainab, a appelé Khalil et lui a parlé pendant 21 secondes, selon le journal d’appels de son téléphone de ce jour-là, que Human Rights Watch a examiné.

Une vidéo prise par un membre de l'Association islamique des scouts Risala sur le site du poste de contrôle installé par l'armée libanaise, au nord d'Al-Tiri, indique que l'armée israélienne aurait frappé le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées vers 16h25. D’après l’horodatage de la vidéo, c’est à ce moment précis que le bruit d’une forte détonation a pu être entendu en direction de la ville.  

Entre 15h00 et 17h00 la Croix-Rouge libanaise était également en contact avec la Division des opérations de l’armée libanaise afin de sécuriser l’accès au site via le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, qui comprend des responsables libanais, israéliens, français, américains et de la FINUL. Le Comité national libanais pour le droit international humanitaire, un organisme gouvernemental dirigé par le vice-Premier ministre libanais, Tarek Mitri, a rapporté qu’« entre 15h00 et 16h00, les équipes de secours attendaient l’autorisation du comité connu sous le nom de « mécanisme » (le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu), après qu’il avait été contacté à 15h41 ».  

Click to expand Image Des secouristes de la Croix-Rouge libanaise arrivent au point de contrôle de Haddatha, dans le sud du Liban, avant de se rendre sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. L’examen des métadonnées de la photo par Human Rights Watch indique qu’elle a été prise à 17 h 03.  © Privé

Malgré sa précédente demande d'accès, la Croix-Rouge libanaise n'a pu entrer dans la ville que vers 17 heures, environ 30 minutes après que l'armée israélienne a apparemment attaqué le bâtiment dans lequel Khalil et Faraj se sont réfugiées. Human Rights Watch a géolocalisé une photographie prise par les premiers secours montrant l'équipe de la Croix-Rouge libanaise arrivant dans deux véhicules au poste de contrôle de l'armée libanaise à 17h03.  

Human Rights Watch a vérifié des photographies et des vidéos montrant les premiers secours sur le site dès 17h08. L’un d’eux sort une pelle de la voiture alors qu’il s’approche du site. Sur cette vidéo, le bâtiment dans lequel Faraj et Khalil s'étaient réfugiées semble avoir été détruit et la route devant est couverte de débris. Une autre vidéo, horodatée à 17h21, montre le bâtiment effondré et l’une des deux voitures précédemment frappées par l’armée israélienne.  

Human Rights Watch a authentifié trois autres vidéos ainsi qu'une photographie montrant deux secouristes de la Croix-Rouge libanaise en train de fouiller les décombres et de dégager Faraj à mains nues. On peut entendre Faraj parler avec les secouristes alors que ces derniers tentent de l'extraire. Les métadonnées examinées par Human Rights Watch indiquent un horodatage à 17h40. Une autre photographie, prise sur les lieux après que Faraj a été sortie des décombres, montre un secouriste la tenant dans ses bras ; elle est couverte de sang et présente des blessures importantes aux jambes, à la main, à la tête et à l'œil.  

Peu après avoir extrait Faraj des décombres, l’équipe de la Croix-Rouge libanaise a elle aussi été prise pour cible, selon le ministère libanais de la Santé, Faraj et deux sources bien informées, par ce qu’ils ont décrit comme une grenade assourdissante larguée par un drone quadricoptère. En conséquence, les secouristes ont été contraints de se replier vers 17h53 sans avoir pu secourir Khalil.  

L’armée israélienne a utilisé à maintes reprises des drones au-dessus des villages frontaliers du Liban pour larguer des grenades assourdissantes, généralement afin de disperser des individus ou de les contraindre à quitter certaines zones ; c’est ce qui ressort de reportages de médias israéliens et libanais, d’informations de la FINUL et de témoignages recueillis par Human Rights Watch auprès de neuf personnes ainsi que de responsables locaux de trois villages frontaliers. 

Des témoins ont également déclaré avoir entendu des rafales de coups de feu alors qu'ils se trouvaient sur le lieu de la frappe, y compris pendant l'évacuation des lieux.  

Click to expand Image Dommages subis par l'un des véhicules de la Croix-Rouge libanaise dépêchés sur le lieu de la frappe à Al-Tiri. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'une automobile. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères.  © Privé

Human Rights Watch a examiné huit photographies montrant deux orifices côté conducteur sur l'une des ambulances, prises après que celles-ci ont quitté les lieux et alors que des témoins avaient entendu des tirs. Les ambulanciers ont découvert ces impacts à leur arrivée à l'hôpital de Tebnine, mais les témoins n'ont pas pu déterminer à quel moment précis l'ambulance avait été touchée. La forme et la taille des orifices correspondent à celles de projectiles cylindriques tirés avec une force suffisante pour percer la carrosserie en acier d'un véhicule. Ils ont donc très probablement été causés par des tirs d'armes légères. Human Rights Watch n'a pas pu déterminer le calibre des projectiles en raison de la déformation de l'acier et de l'angle d'impact.  

Au moment où les témoins ont entendu les coups de feu, l'ambulance était orientée vers le nord sur la route principale, à côté du bâtiment où Khalil et Faraj s'étaient réfugiées, et la partie endommagée du véhicule faisait face à l'ouest, selon une source bien informée, ce qui suggère que l'ambulance a très probablement été touchée par des forces armées situées à l'ouest du site. L'analyse par Human Rights Watch d'images satellites prises à 11h43 (heure locale) révèle la présence de véhicules militaires israéliens à une distance de 1 à 1,2 kilomètre à l'ouest du site. Le relief de la zone indique que des troupes positionnées à cet endroit n'auraient pas eu de ligne de vue directe sur l'ambulance, mais ces forces auraient pu se déplacer.  

Human Rights Watch n'a pas pu déterminer la position exacte des troupes israéliennes par rapport à l'ambulance au moment où des tirs ont été entendus. Toutefois, selon un communiqué de l'armée israélienne publié le 21 avril, la veille de l'attaque, celle-ci était présente à Al-Tiri et en contrôlait la zone, tout comme les autres localités situées à l'ouest, à l'est et au sud. 

Dans son communiqué, l'armée a déclaré qu'elle « continue de maintenir ses positions dans le sud du Liban », en montrant une carte de la « zone de défense avancée » où elle est déployée et qui englobe Al-Tiri ainsi que les villages environnants.  

Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu déterminer à quelle heure exacte et à partir de quelle position exacte les projectiles ont frappé l’ambulance, le contrôle d’Al-Tiri par l’armée israélienne et sa présence à l’ouest du site de frappe quelques heures avant l’attaque suggèrent que l’armée israélienne en était responsable.  

Human Rights Watch a également analysé une photographie prise à ce moment-là montrant Faraj allongée sur une civière à l'intérieur de l'ambulance de la Croix-Rouge.  

« Quand ils m'ont mise dans la voiture, j'ai entendu une frappe puissante », a-t-elle déclaré. « J'ai eu une crise de panique à cause de la frappe. Et les gars ont commencé à dire 'ils nous ont touchés' ».  

L'équipe de la Croix-Rouge libanaise s'est ensuite dirigée vers l'hôpital, situé à 6,5 kilomètres de là.  

Ils sont arrivés à l’hôpital à 18h06 et ont formulé une seconde demande pour se rendre à Al-Tiri, selon deux sources bien informées. La FINUL a transmis la demande juste avant 19h00, mais l’armée israélienne ne l’a approuvée qu’à 20h15, ont indiqué ces deux sources. À ce stade, Khalil était déjà décédée. L’examen médical de son corps effectué ce jour-là a établi qu’elle était morte aux alentours de 19h00 d’un arrêt cardiaque. Le rapport signalait également que Khalil présentait une blessure à la tête ayant provoqué une hémorragie sévère. Les secouristes ont récupéré sa dépouille vers 23h00.  

À 20h27, un porte-parole arabophone de l'armée israélienne a publié une déclaration qualifiant Khalil, Faraj et les deux hommes circulant devant elles de « saboteurs ». L'armée a indiqué que des « troupes israéliennes avaient repéré deux véhicules dans le sud du Liban, sortant d'une installation militaire utilisée par l'organisation terroriste Hezbollah », ajoutant que les « saboteurs avaient franchi la ligne de front et s'étaient approchés [des forces militaires israéliennes] d'une manière constituant une menace immédiate. »  

Le communiqué poursuivait : « Après qu'il ait été établi qu'ils violaient l'accord de cessez-le-feu, l'armée de l'air a attaqué l'un des véhicules, puis a pris pour cible un bâtiment où les saboteurs s'étaient réfugiés ». Le communiqué indiquait que « deux journalistes auraient été blessées à la suite de l’attaque », que l’armée israélienne n’empêchait pas les équipes de secours d’atteindre le site de la frappe « pendant cette période », et que l’incident faisait l’objet d’une enquête.  

On ne sait pas clairement à quelle « structure militaire » la déclaration de l’armée israélienne fait référence. Faraj a nié que les deux voitures soient sorties d'une structure militaire utilisée par le Hezbollah. Elle a déclaré qu'elle et Khalil avaient retrouvé Hourani et Bazzi devant l'hôpital public de Tebnine et qu'elles s'étaient ensuite rendues à Al-Tiri, en passant par la localité de Kounine. « Nous ne sommes entrées dans aucun bâtiment », a-t-elle déclaré. Human Rights Watch a interrogé l'armée israélienne sur la nature et l'emplacement de la structure militaire, mais n'a reçu aucune réponse.

À 21h28, le Hezbollah a publié le message suivant sur Telegram : « Pour défendre le Liban et son peuple, et en riposte à la violation du cessez-le-feu par l’ennemi israélien ainsi qu’au ciblage d’une voiture dans la localité d’Al-Tiri par une frappe de drone ennemi, les combattants de la Résistance islamique ont pris pour cible un véhicule de commandement de type Hummer appartenant à l’armée ennemie israélienne dans la localité d’Al-Qantara, à 18h00… » Al-Qantara se trouve à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Al-Tiri.  

La présence de drones qui semblaient surveiller Faraj et Khalil alors qu'elles étaient piégées à Al-Tiri, et la soumission d'une demande de désescalade du conflit à l'armée israélienne soulignant la présence de journalistes sur le site environ une heure et demie avant la frappe mortelle qui a tué Khalil, indiquent que l'armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Khalil et Faraj étaient des civiles, mais les a ensuite ciblées, commettant ce qui s’apparente à un crime de guerre.  

De même, l’armée israélienne savait ou aurait dû savoir que l’ambulance arborant les insignes de la Croix-Rouge présente sur le lieu de la frappe après l’attaque du bâtiment appartenait à la Croix-Rouge libanaise. Des vidéos et des photographies prises par les premiers secours montrent au moins deux voitures arborant l'insigne de la Croix-Rouge, emblème de la convention de Genève, garées à proximité du lieu de la frappe, avec leurs feux de secours allumés.  

Les ambulanciers portaient des combinaisons rouge vif et des casques blancs marqués de l'insigne de la Croix-Rouge sur tous les côtés, et ils étaient présents sur les lieux pendant près de 50 minutes avant d'être frappés. Néanmoins, les forces israéliennes semblent les avoir empêchés de mener à bien leur mission humanitaire en utilisant une grenade assourdissante. En outre, les preuves disponibles suggèrent que l’armée israélienne pourrait avoir tiré sur l’ambulance avec des armes légères.  

La réponse de l’armée israélienne à Human Rights Watch n’a pas fourni de réponses détaillées aux questions. Elle a indiqué qu’« une enquête préliminaire a révélé que [Khalil] a été tuée au cours d’une séquence d’événements au cours desquels deux membres de la branche militaire du Hezbollah, Ali Nabil Bazi et Mohammad Al-Khourani [sic], ont été éliminés. » Elle a ajouté que « l’incident a été soumis au mécanisme d’enquête et d’évaluation de l’état-major général pour qu’il procède à une évaluation factuelle complète. »  

L'armée israélienne n'a pas répondu aux questions complémentaires sur la nature des preuves utilisées pour établir que Hourani et Bazzi étaient des cibles militaires légitimes. Dans sa réponse, l’armée israélienne a déclaré qu’elle « ne cible pas les journalistes et respecte la liberté de la presse et le rôle important que jouent les journalistes. » Human Rights Watch a déjà documenté des attaques répétées, apparemment délibérées, perpétrées par l’armée israélienne contre des journalistes au Liban en 2023 et 2024. Selon le Comité pour la protection des journalistes, « Israël était responsable des deux tiers de tous les meurtres de journalistes en 2025 et en 2024. »  

En vertu du droit de la guerre, les journalistes bénéficient de la protection générale accordée aux civils et ne peuvent faire l'objet d'une attaque, sauf s'ils participent directement aux hostilités. Quiconque commet des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle — c'est-à-dire intentionnellement ou par imprudence — peut être poursuivi pour crimes de guerre. Des individus peuvent également être tenus pénalement responsables pour avoir prêté assistance, facilité, aidé ou encouragé la commission d'un crime de guerre.  

En vertu du droit de la guerre, les personnels de santé sont également des civils et bénéficient d'une protection explicite dans les situations de conflit. Les ambulances et autres moyens de transport sanitaire doivent pouvoir fonctionner et être protégés en toutes circonstances. Ils ne perdraient cette protection que s'ils étaient utilisés pour commettre, en dehors de leur mission humanitaire, des « actes nuisibles à l'ennemi », tels que le transport de munitions ou de combattants valides en service.  

La force attaquante doit émettre un avertissement exigeant la cessation de cet usage abusif et ne peut lancer une attaque que si cet avertissement reste sans effet. Il est interdit d'attaquer délibérément le personnel médical et les unités de transport arborant les emblèmes des Conventions de Genève. De tels actes constituent des crimes de guerre. La liberté de mouvement du personnel humanitaire, essentielle à l'exercice de ses fonctions, doit être garantie par toutes les parties au conflit. Cette liberté de mouvement ne peut être restreinte que temporairement, en cas de nécessité militaire impérieuse. 

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Le Monde  France Info  L’Humanité 

Entrevue  RTBF.be  

05.08.2026 à 16:11

Israël : Les retards imposés aux ambulances palestiniennes mettent des vies en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Des automobilistes palestiniens attendaient dans une longue file de voitures avant de pouvoir franchir le poste de contrôle mis en place par l’armée israélienne à Awarta en Cisjordanie, au sud de la ville de Naplouse, le 23 mars 2025. © 2025 Nasser Ishtayeh/SOPA Images/LightRocket via Getty Images

(Beyrouth, 5 août 2026) – Les barrages routiers imposés par Israël en Cisjordanie, le 27 juillet, ont considérablement retardé une ambulance transportant une Palestinienne enceinte dans un état critique, avec des conséquences dramatiques, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le fœtus de cette femme n’a pas survécu à l’accouchement d’urgence, et sa vie a été encore davantage mise en danger lorsque des soldats ont contraint l’équipe de l’ambulance à éteindre son équipement médical pendant au moins 20 minutes.

De janvier à juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 50 cas de retards dans la prise en charge médicale de Palestiniens en Cisjordanie. Les forces israéliennes ont imposé des bouclages encore plus étendus aux postes de contrôle et aux barrages routiers dans le gouvernorat de Naplouse à la suite d’une attaque perpétrée par des colons le 24 juillet, qui a entraîné la mort de deux Israéliens, dont un soldat, et de quatre Palestiniens, et a « considérablement entravé » l’accès aux soins de santé, notamment en retardant les ambulances, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA).

« Non seulement les forces israéliennes en Cisjordanie ne garantissent pas l’accès des Palestiniens aux soins d’urgence, mais elles retardent également le transport des patients vers les hôpitaux par les ambulances », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Israël impose avec une régularité effroyable de longs détours ou de longues attentes aux patients en situation d’urgence médicale, alors que les précieuses minutes nécessaires pour leur sauver la vie s’écoulent. »

Bashar al-Qaryuti, un ambulancier, et Sabreen Atallah, une infirmière et sage-femme, ont indiqué à Human Rights Watch que vers 6 h 30 du matin, le 27 juillet, ils avaient pris en charge une femme enceinte de six mois originaire du village de Qaryut. Elle éprouvait des contractions prématurées, saignait abondamment et perdait et reprenait conscience par intermittence. Avec le mari de la femme, ils l’ont transportée jusqu’à l’ambulance de Bashar al-Qaryuti, lui ont administré de l’oxygène et ont pris la route vers l’hôpital Rafidia de Naplouse.

La veille, le 26 juillet, la femme avait eu des saignements et s’était rendue dans un hôpital de Ramallah après que l’armée israélienne eut bloqué les routes menant à l’hôpital le plus proche, à Naplouse ; elle était rentrée chez elle vers minuit en raison de retards à un poste de contrôle, a expliqué Sabreen Atallah.

La ville de Naplouse se trouve à environ 30 kilomètres par la route principale nord-sud (n° 60) en Cisjordanie, mais les barrages routiers et les points de contrôle israéliens empêchent les Palestiniens d’emprunter cette route. Bashar al-Qaryuti a déclaré avoir emprunté la seule route d’accès au village, mais avoir constaté que l’armée israélienne avait fermé un barrage. Il a tenté de prendre un chemin de terre traversant des champs agricoles, mais s’est heurté à un autre barrage. Il a alors changé d’itinéraire et a réussi à poursuivre sa route vers le poste de contrôle d’Awarta.

En 2025, selon l’OCHA, Israël a mis en place 120 nouveaux barrages routiers affectant la circulation des habitants palestiniens ; ces barrages font parties des centaines de points de contrôle et d’autres types de restrictions imposés par Israël en Cisjordanie.

Alors que l’ambulance conduite par de Bashar al-Qaryuti subissait des retards, l’état de la femme s’est considérablement aggravé et elle risquait de mourir d’une hémorragie, a déclaré Sabreen Atallah. « Elle était dans un état critique. Je travaille depuis 2014, et je peux vous dire que je n’avais jamais vu un saignement comme celui-là auparavant », a-t-elle expliqué. Sabreen Atallah, qui luttait pour sauver la vie de la femme, a expliqué qu’elle n’avait d’autre choix que de l’aider à accoucher peu avant d’atteindre le poste de contrôle d’Awarta. Le bébé est décédé peu après.

Lorsque l’ambulance est arrivée au poste de contrôle, Bashar al-Qaryuti s’est frayé un chemin jusqu’en tête de la file d’attente, et a enregistré une vidéo avec le commentaire suivant : « Voici le poste de contrôle d’Awarta. Le poste de contrôle est fermé. Nous attendons que la barrière s’ouvre dès que possible, car nous devons transporter d’urgence [une patiente] à l’hôpital Rafidia. » Human Rights Watch a visionné cette vidéo, horodatée à 7 h 33 le 27 juillet.

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Deux soldats israéliens ont ordonné à Bashar al-Qaryuti d’éteindre le moteur de l’ambulance, a-t-il indiqué. Il leur a expliqué dans un hébreu rudimentaire que l’équipement médical d’une patiente dans un état critique dépendait du moteur pour fonctionner, mais les soldats « criaient, refusaient d’écouter et me disaient : “Tais-toi” ». Le moteur alimentant l’ambulance en oxygène a cessé de fonctionner, et il n’y avait pas de bouteilles d’oxygène sous pression, ce qui témoigne d’une pénurie chronique de matériel médical, a déclaré Sabreen Atallah. Les appareils qu’elle utilisait pour surveiller la tension artérielle, la température et le taux d’oxygène de la patiente – qui était à ce moment-là à un niveau dangereusement bas de 84 % – ont tous cessé de fonctionner.

Les soldats ont pointé leurs armes sur Bashar al-Qaryuti et lui ont ordonné d’ouvrir les portes arrière, a-t-il déclaré. Ils ont ensuite, selon Sabreen Atallah, braqué leurs armes sur elle. Elle avait peur, mais elle leur a dit, en anglais : « La patiente saigne et risque de mourir. » Elle a déclaré qu’ils avaient ignoré son avertissement. « Ils ont crié : “Tais-toi !” »

Les soldats ont confisqué les cartes d’identité de Bashar al-Qaryuti, de Sabreen Atallah, de la patiente et de son mari. Environ 30 minutes plus tard, ils leur ont rendu leurs cartes d’identité, puis se sont dirigés vers un véhicule médical destiné aux patients en dialyse rénale qui faisaient la queue. Les soldats l’ont fouillé et ont vérifié les cartes d’identité des personnes à bord avant d’autoriser Bashar al-Qaryuti à franchir le poste de contrôle avec l’autre véhicule.

Le bureau du porte-parole de l’armée israélienne a affirmé que « l’allégation selon laquelle des soldats de l’armée israélienne auraient retardé une ambulance au poste de contrôle d’Awarta est fausse » et qu’« aucun rapport faisant état d’un tel incident n’a été reçu ».

Bashar al-Qaryuti est arrivé à l’hôpital Rafidia peu avant 8 h 16, heure à laquelle il a pris une photo horodatée de l’entrée du service d’obstétrique et de gynécologie. Le trajet « a duré une heure et demie, pour un parcours qui prend habituellement 25 minutes », a-t-il déclaré.

La patiente a reçu trois poches de sang et a été opérée en urgence, a précisé Bashar al-Qaryuti. Elle était toujours en convalescence au 31 juillet, a indiqué à Sabreen Atallah un obstétricien qui la soignait. « J’ai ressenti une profonde tristesse lorsqu’on m’a annoncé que j’avais perdu mon enfant », a confié la femme à Middle East Eye. « J’attendais son arrivée, je choisissais des prénoms et je m’apprêtais à acheter ses vêtements. »

Cet incident illustre les risques pour la vie que fait peser le récent durcissement des restrictions de circulation imposées par Israël, dans un contexte de recrudescence de la violence des colons, a déclaré Human Rights Watch. Sabreen Atallah a déclaré qu’en raison des restrictions de circulation imposées par Israël, elle avait dû mettre au monde trois bébés dans des ambulances en 2026. Bashar al-Qaryuti a expliqué avoir été retardé au poste de contrôle d’Awarta avec un patient victime d’un arrêt cardiaque le 26 juillet, et que des colons avaient attaqué son ambulance à cinq reprises, tuant un chauffeur bénévole en 2024. L’ONU a recensé d’autres cas récents, qui ont également été rapportés par les médias.

Le 18 juillet, une femme de 30 ans est décédée d’un arrêt cardiaque, selon les médias et l’OCHA, après que des soldats ont refusé d’ouvrir un barrage installé par l’armée à l’entrée de sa ville, Sinjil.Le 5 juillet, à l’entrée du village de Deir Ammar, des soldats israéliens ont empêché pendant environ 25 minutes des personnes de transporter un nourrisson inconscient vers une ambulance qui attendait de l’autre côté d’un poste de contrôle, et ont tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, a rapporté l’OCHA. L’ambulance a dû faire un détour de 40 kilomètres en raison des postes de contrôle. Le nourrisson est décédé.Fin juin et début juillet, des soldats et des barrages routiers ont retardé l’arrivée d’ambulances dans des communautés palestiniennes où des personnes avaient besoin de soins médicaux d’urgence à la suite d’attaques menées par des colons israéliens, a rapporté l’OCHA. Les colons ont perpétré environ 1 400 attaques depuis le début de l’année 2026.En mars, une femme en travail a dû franchir à pied un poste de contrôle à Salfit car les forces israéliennes avaient bloqué son ambulance ; il s’agit là d’un incident parmi d’autres au cours desquels les forces israéliennes ont immobilisé des ambulances sous la menace des armes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

En tant que puissance occupante, Israël a l’obligation de garantir aux Palestiniens l’accès aux soins de santé d’urgence, y compris par le biais des moyens de transport sanitaire, et de protéger notamment les femmes enceintes et les enfants. Les restrictions sévères imposées par Israël à la liberté de circulation des Palestiniens, mais pas à celle des colons israéliens, constituent des actes inhumains et un élément d’apartheid.

À la mi-juin, l’armée israélienne restreignait la circulation des ambulances dans cinq des 11 gouvernorats de Cisjordanie, a rapporté l’OCHA. Au 31 mai, l’OMS avait recensé 987 attaques et retards affectant les soins de santé en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023, touchant 673 ambulances et entraînant 39 décès.

Les autres gouvernements devraient agir pour empêcher de nouvelles violations graves commises par Israël en imposant des sanctions ciblées, en suspendant les transferts d’armes, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« Alors que les attaques contre les civils se multiplient et que des déplacements forcés massifs ont lieu en Cisjordanie, les forces israéliennes empêchent les Palestiniens d’accéder aux hôpitaux, y compris les nourrissons et les femmes enceintes sur le point d’accoucher, qui se trouvent en situation de danger », a conclu Bill Van Esveld. « Aucun pays ne devrait soutenir les actes illégaux commis par l’armée israélienne ou ses colonies. »

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Le Soir

 

05.08.2026 à 10:50

Un journaliste condamné à un an de prison au Mali

Human Rights Watch

Un éminent journaliste malien a été condamné en vertu de la loi malienne sur la cybercriminalité pour avoir critiqué le recours à cette même loi afin de réduire au silence un autre journaliste. Ce verdict constitue la dernière étape en date de l’offensive croissante menée par la junte militaire contre la liberté d’expression dans le pays. 
 

Click to expand Image Chahana Takiou, Bamako, Mali, juin 2026. © Private

Le 3 août, le tribunal national de lutte contre la cybercriminalité à Bamako, la capitale du Mali, a condamné Chahana Takiou, rédacteur en chef de l’hebdomadaire 22 Septembre, à un an de prison. 
 

Les forces de sécurité avaient arrêté Takiou le 8 juin après qu’il eut publiquement critiqué les autorités pour avoir poursuivi un confrère, Youssouf Sissoko, en vertu de la loi sur la cybercriminalité plutôt que de la loi malienne sur les délits de presse. Sissoko a été condamné à deux ans de prison en juin après avoir publié un article critiquant le dirigeant militaire du Niger voisin. 
 

Le parquet a inculpé M. Takiou d’« atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire » et l’a placé en détention provisoire. Les avocats de M. Takiou, invoquant son diabète et ses problèmes cardiovasculaires, ont demandé sa mise en liberté provisoire pour raisons médicales, mais le procureur a rejeté cette demande. 
 

Le lendemain de l’arrestation de Takiou, les autorités avaient arrêté un autre journaliste, Abdramane Keïta, directeur du journal Le Témoin, après qu’il eut déclaré dans une émission de télévision que le groupe armé lié à Al-Qaïda, Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, JNIM), contrôlait la ville de Kidal, dans le nord du pays. Le JNIM et les combattants touaregs alliés ont repris Kidal en avril après trois ans de présence des forces maliennes et de mercenaires russes. Les autorités ont inculpé Keïta pour « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État » et l’ont placé en détention provisoire dans l’attente de son procès le 17 août. 
 

Les poursuites engagées contre Takiou s’inscrivent dans une tendance plus large au Mali consistant à utiliser des accusations criminelles fabriquées de toutes pièces ou motivées par des considérations politiques pour réduire au silence les journalistes, les militants, les figures de l’opposition et les défenseurs des droits humains. Depuis sa prise de pouvoir en 2020, la junte militaire malienne n’a cessé de restreindre l’espace civique. Les autorités ont interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et pris pour cible des dissidents par le biais d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées. 
 

Personne ne devrait être condamné à une peine de prison pour avoir exprimé pacifiquement une opinion. Les autorités maliennes devraient immédiatement libérer Takiou et Keïta, annuler la condamnation de Takiou et abandonner toutes les poursuites découlant uniquement de l’exercice pacifique de la liberté d’expression. Elles devraient également suivre le conseil de Takiou : mettre fin à l’utilisation abusive de la législation sur la cybercriminalité pour museler les voix indépendantes. 

04.08.2026 à 16:59

Malaisie : Le renvoi forcé de réfugiés du Myanmar met des vies en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Une réfugiée rohingya donne à manger à un enfant devant les locaux de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés à Kuala Lumpur, en Malaisie, le 27 juillet 2026. © 2026 Hasnoor Hussain/Reuters

(Bangkok, 4 août 2026) – Le gouvernement malaisien devrait renoncer à ses projets visant à autoriser le renvoi forcé de réfugiés vers le Myanmar, où ils sont exposés à des persécutions et à d’autres violations de leurs droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le 23 juillet 2026, le vice-ministre des Affaires étrangères de la Malaisie a informé le Parlement que 5 000 ressortissants du Myanmar placés en centre de rétention seraient renvoyés au Myanmar. Le 29 juillet, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a déclaré que les autorités du Myanmar avaient accepté de reprendre 5 000 personnes d’ethnie rohingya.

« Depuis de nombreuses années, la Malaisie accueille des réfugiés du Myanmar qui ont fui l’oppression et les atrocités incessantes perpétrées par l’armée », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe pour l’Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement malaisien devrait faire preuve de leadership régional face à la crise au Myanmar, plutôt que de renvoyer de force des personnes qui sont la cible de la brutalité de la junte. »

Il n’existe pas de chiffres officiels concernant le nombre de migrants, de réfugiés et de demandeurs d’asile originaires du Myanmar en Malaisie. Plus de 215 000 réfugiés et demandeurs d’asile sont enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie, dont environ 194 000 proviennent du Myanmar, parmi lesquels 126 000 personnes d’origine rohingya. Depuis des décennies, le HCR traite les demandes d’asile en Malaisie et délivre aux demandeurs dont la demande a abouti des cartes les reconnaissant comme réfugiés, mais ces cartes ne confèrent pas de statut légal. 

Les récentes déclarations des autorités malaisiennes concernant le rôle du HCR et les projets de renvoi de personnes vers le Myanmar interviennent dans un contexte d'augmentation des rafles de migrants et de discours xénophobes qui ont alimenté une hostilité intense de la population envers les réfugiés et une méfiance à l’égard du HCR.

La Malaisie ne dispose depuis longtemps d’aucun cadre juridique permettant de déterminer le statut de réfugié, et toute entrée et tout séjour irréguliers sur le territoire constituent une infraction pénale. Les autorités malaisiennes appliquent strictement les lois sur l’immigration et ne font aucune distinction entre les réfugiés, les demandeurs d’asile, les victimes de la traite et les migrants sans papiers lorsqu’elles mènent des rafles. 

Au 30 juin, 22 166 personnes se trouvaient dans les centres de rétention pour migrants en Malaisie, dont environ la moitié provenait du Myanmar, selon les statistiques fournies par le ministre de l’Intérieur au Parlement.

Le 30 juillet, le ministre de l’Intérieur a déclaré que des préparatifs étaient déjà en cours pour identifier les personnes susceptibles d’être renvoyées dans le cadre d’une nouvelle procédure pour délivrer un document d’enregistrement des réfugiés (Dokuman Pendaftaran Pelarian, ou DPP), le nouveau système malaisien d’évaluation des demandes d’asile et d’enregistrement des réfugiés. 

Le gouvernement a lancé le système DPP en janvier afin de prendre le relais du HCR en matière d’enregistrement des réfugiés, d’améliorer le contrôle et de réduire au minimum les faux documents. Les réfugiés enregistrés via ce nouveau système seront autorisés à séjourner temporairement en Malaisie et auront le droit de travailler, conformément aux termes d’une directive non publiée du Conseil national de sécurité, connue sous le nom de MKN 23. 

Début juillet, les autorités malaisiennes avaient traité les dossiers de 128 Rohingyas placés en centre de rétention pour migrants via le système DPP, selon le ministre de l’Intérieur. Parmi eux, 78 avaient été reconnus comme réfugiés, dont 25 seraient autorisés à travailler. Le ministre n’a pas précisé ce qu’il adviendrait des Rohingyas à qui le statut de réfugié n’avait pas été accordé. 

Les autorités malaisiennes n’ont pas indiqué si le système respecterait les normes fondamentales relatives à la détermination du statut de réfugié, telles que la non-discrimination, des critères fondés sur le droit international, l’intégrité procédurale, la confidentialité stricte, la protection des données et l’accès à un recours, a déclaré Human Rights Watch.

Dans le cadre de la mise en place de ce nouveau système, le gouvernement malaisien a demandé au HCR en juillet de suspendre temporairement l’enregistrement des réfugiés. Ce changement restreint encore davantage les activités du HCR en Malaisie. Depuis 2019, le gouvernement malaisien refuse au HCR l’accès aux centres de rétention pour migrants, empêchant ainsi l’agence d’examiner les demandes d’asile ou d’aider les détenus qui sont des réfugiés enregistrés.

Bien que la Malaisie n’ait pas ratifié la Convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés ni son protocole de 1967, elle reste tenue de respecter le principe de non-refoulement en droit international, qui interdit aux États de renvoyer quiconque vers un lieu où il courrait un risque réel de persécution, de torture ou d’autres mauvais traitements graves, une menace pour sa vie ou d’autres violations graves et comparables des droits humains. 

Depuis le coup d’État militaire de février 2021 au Myanmar, la Malaisie a expulsé sommairement des milliers de demandeurs d’asile vers le Myanmar sans examiner leurs demandes d’asile ni leurs autres besoins de protection, et en violation d’une ordonnance rendue par un tribunal malaisien. En mai 2024, le HCR a publié des directives indiquant que les personnes fuyant le Myanmar « sont fortement susceptibles d’avoir besoin d’une protection internationale en tant que réfugiés ».

Les conditions nécessaires à un retour sûr, digne et volontaire au Myanmar ne sont actuellement pas réunies, a déclaré Human Rights Watch. L’armée du Myanmar continue de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Les autorités de la junte ont arrêté arbitrairement des dizaines de milliers de personnes depuis le coup d’État et des milliers d’entre elles sont décédées en détention.

Les Rohingyas, qui constituent le plus grand groupe ethnique originaire du Myanmar en Malaisie, ont été la cible de la colère publique à l’égard des réfugiés. Fin mai, une pétition en ligne appelant à l’expulsion des réfugiés rohingyas, accompagnée d’une campagne de désinformation, a entraîné une escalade des discours de haine et des actes de violence par des justiciers auto-proclamés visant les Rohingyas.

Les Rohingyas ont fui le Myanmar pour échapper aux vagues successives d’atrocités perpétrées à leur encontre par l’armée du Myanmar. Ces atrocités comprennent des actes de génocide en 2017, le crime contre l’humanité que constitue l’apartheid, ainsi que, plus récemment, des crimes de guerre et d’autres exactions commis par le groupe armé ethnique rakhine, Arakan Army, qui combat l’armée du Myanmar pour le contrôle de l’État de Rakhine depuis fin 2023. Le refus par le Myanmar d’accorder la citoyenneté aux Rohingyas les a rendus particulièrement vulnérables aux violations des droits humains.

« Le gouvernement malaisien attise l’hostilité envers les réfugiés alors qu’il devrait renforcer le soutien et la confiance envers son nouveau système d’enregistrement des réfugiés », a déclaré Bryony Lau. « Les personnes fuyant le Myanmar sont venues en Malaisie pour chercher protection et devraient pouvoir y rester pendant que leurs demandes d’asile sont examinées de manière équitable, sans avoir à vivre dans la crainte du harcèlement, d'une arrestation et d'un retour forcé. »

04.08.2026 à 15:34

RD Congo : Un responsable gouvernemental confirme la pollution liée aux activités pétrolières

Human Rights Watch

Click to expand Image Puits de pétrole situé dans la concession de Perenco en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch

Un représentant du ministère congolais des Hydrocarbures, lors d'un entretien officiel avec Human Rights Watch le 31 juillet, a évoqué les conclusions de l'audit environnemental officiel mené par le gouvernement sur les activités de Perenco, la compagnie pétrolière et gazière franco-britannique opérant dans l'ouest de la République démocratique du Congo.

L'audit a mis en évidence des « impacts négatifs sur la qualité des sols et de l'air » liés aux opérations pétrolières, a déclaré le responsable du ministère, ajoutant que « tous les volets de la pollution seront abordés » dans le rapport final.

Faisant suite à des allégations de pollution de longue date, le gouvernement a commandé cet audit en décembre 2024.

Human Rights Watch a publié un rapport le 27 juillet documentant de graves risques sanitaires pour les communautés vivant à proximité des installations de Perenco, établissant un lien entre les activités de l'entreprise et la pollution de l'air, des sols et des sources d'eau. Human Rights Watch a constaté que le torchage régulier du gaz et le brûlage à ciel ouvert des déchets pétroliers à proximité des zones résidentielles de l'ouest de la RD Congo dégradaient la qualité de l'air, tandis que les déversements de pétrole provenant des puits et des pipelines polluaient les sols et les rivières environnants. Human Rights Watch a également constaté que Perenco se livrait à des pratiques qui violent le droit environnemental congolais, notamment le brûlage à ciel ouvert des déchets pétroliers. Au moment de la publication du rapport, le ministère des Hydrocarbures n'avait pas commenté les conclusions de l'enquête.

En réponse aux questions de Human Rights Watch, Perenco a nié que ses activités « puissent entraîner une pollution de l’air, du sol et de l’eau ou des problèmes de santé aigus et néfastes. » Toutefois, le responsable du ministère a déclaré que les conclusions préliminaires de l’audit « corroborent les conclusions de Human Rights Watch. »

En réponse aux questions concernant la source de la pollution, le responsable a souligné que « la vétusté des infrastructures et des pipelines de Perenco » contribue à la pollution des sols. Le responsable a indiqué que l'audit final recommandera des rénovations des infrastructures, estimera les coûts de dépollution et proposera des mesures pour réparer les dommages environnementaux.

Si les prélèvements d'eaux souterraines sont toujours en cours, l'audit est entré dans sa phase finale, selon le ministère des Hydrocarbures. L'audit définitif devrait être achevé d'ici la fin du mois de septembre.

Le responsable du ministère a assuré que le rapport « serait rendu public » une fois finalisé. « Le gouvernement s'engage à une transparence totale concernant cet audit. »

Human Rights Watch a appelé à maintes reprises le gouvernement congolais à publier les conclusions de l'audit.

04.08.2026 à 09:39

Des renvois rapides font suite aux arrivées de migrants à Ceuta

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants et des demandeurs d'asile se rassemblent près du poste-frontière entre le Maroc et Ceuta, une enclave espagnole, le 31 juillet 2026. © 2026 Mario Moron/JNA Press/Sipa USA via AP Photo

L’arrivée du 30 au 31 juillet d’environ 50 000 à 60 000 personnes à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, a été non seulement sans précédent, mais aussi tragique. Au moins 72 personnes sont mortes, dont beaucoup se sont noyées en tentant de rejoindre Ceuta à la nage depuis le Maroc et d’autres se sont écrasées en essayant d’escalader une barrière frontalière, selon les autorités espagnoles.

La plupart des personnes qui ont traversé la frontière étaient marocaines, mais certaines venaient du Soudan, du Yémen et de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord, a indiqué l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Beaucoup auraient cherché à émigrer pour des raisons économiques, mais certaines étaient des demandeurs d’asile, notamment des personnes ayant fui le conflit au Soudan.

Le 2 août, la plupart des personnes ayant franchi la frontière pour entrer à Ceuta étaient retournées au Maroc. Le gouvernement espagnol a affirmé que ces retours étaient volontaires, mais l’AMDH, qui s’est entretenue avec certains d’entre eux, a déclaré que des forces de sécurité espagnoles auraient procédé à des « refoulements en masse » sans évaluations individuelles. L’organisation a également affirmé que certains habitants de Ceuta avaient recouru à la violence contre les arrivants et que les forces espagnoles et marocaines auraient fait usage d’une force excessive contre des personnes arrivant à Ceuta ou tentant de quitter la ville frontalière marocaine de Beni Ensar.

Les frontières de Ceuta et de Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du Nord, comptent parmi les frontières extérieures les plus fortifiées de l’Union européenne. Elles ont longtemps été le théâtre de violences ou d’un recours excessif à la force de la part des forces de sécurité tant marocaines qu’espagnoles, ainsi que d’expulsions collectives menées par les autorités espagnoles. Au moins 15 personnes ont trouvé la mort au large de Ceuta en 2014 lorsque la Guardia Civil espagnole a tiré des balles en caoutchouc et lancé des gaz lacrymogènes sur des personnes qui tentaient de rejoindre à la nage le territoire espagnol. Au moins 23 hommes africains ont trouvé la mort en juin 2022 à la frontière entre Melilla et le Maroc, dans un contexte de recours à la force et de tactiques anti-émeutes par les deux parties.

Les autorités marocaines et espagnoles devraient veiller à ce que des enquêtes indépendantes et impartiales soient menées sur les circonstances entourant les traversées vers Ceuta et sur les allégations de recours excessif à la force. Elles devraient également donner la priorité à un traitement humain et à l’aide humanitaire pour les personnes arrivées à Ceuta, les personnes renvoyées au Maroc et celles qui ont tenté de quitter le pays.

Les autorités espagnoles devraient garantir les droits des personnes restant à Ceuta en évaluant individuellement leurs besoins en matière de santé et de protection et en leur assurant l’accès aux procédures d’asile.

Des deux côtés de la frontière, il est essentiel de veiller à ce que tout recours à la force soit strictement nécessaire et proportionné. Les expulsions sommaires sont inacceptables, quel que soit le mode d’arrivée des personnes.

03.08.2026 à 12:27

Le projet du ministère israélien de la Défense implique des crimes de guerre potentiels

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Palestiniens récupèrent leurs effets personnels dans leurs maisons évacuées après que l'armée israélienne a délivré plusieurs autorisations d'accès de courte durée aux habitants du camp de réfugiés de Tulkarem, situé en Cisjordanie occupée, le 17 juin 2026. © 2026 Majdi Mohammed/AP Photo

Le 28 juillet, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a ordonné à l’armée israélienne de prendre le contrôle d’un autre camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, sans préciser lequel. Il a déclaré que l’opération devait suivre le « modèle de Tulkarem, Nur Shams et Jénine ».

Ces propos laissent présager de nouvelles expulsions de Palestiniens de leurs foyers et, par conséquent, un renforcement du nettoyage ethnique et des crimes de guerre.

L’armée israélienne a expulsé les résidents des camps de réfugiés de Tulkarem, Nur Shams et Jénine en janvier et février 2025, dans le cadre de l’opération « Mur de fer », une opération militaire brutale, voire meurtrière, qui a entraîné le plus grand déplacement massif de Palestiniens en Cisjordanie depuis 1967. Katz avait déclaré que ce déplacement durerait un an. Mais vingt mois plus tard, selon les Nations unies, plus de 33 000 réfugiés palestiniens sont toujours déplacés de leurs foyers dans les camps de réfugiés où ils vivaient il y a deux ans.

L’armée israélienne continue d’interdire tout accès aux camps, privant ainsi ces réfugiés du droit de retourner chez eux. Dispersés à travers la Cisjordanie, les réfugiés sont contraints de louer des logements, de séjourner chez des proches ou de solliciter un hébergement temporaire auprès d’organisations caritatives. Non seulement les camps ont été vidés, mais l’armée israélienne a également systématiquement démoli des habitations et des bâtiments pour faire place à un nouveau réseau de routes élargies et de voies d’accès, soi-disant pour des « raisons militaires ».

Human Rights Watch a constaté en novembre 2025 que ces actes de déplacement forcé constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Dans le cadre de notre enquête sur l’opération « Mur de fer », Human Rights Watch a identifié des hauts responsables qui devraient faire l’objet d’une enquête et être poursuivis en justice pour ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israel Katz. Malgré l’abondance des preuves recueillies, les autorités israéliennes n’ont pas enquêté sur les agissements abusifs de leur armée, et les gouvernements étrangers concernés n’ont imposé aucune sanction pour les atrocités commises.

Cette absence de responsabilité envoie le message profondément inquiétant que des crimes graves peuvent être perpétrés en toute impunité. Les gouvernements devraient agir de toute urgence pour empêcher le déplacement forcé potentiel d’un plus grand nombre de réfugiés palestiniens, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en envisageant de suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël, et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

L’annonce de Katz montre que lorsque des crimes internationaux graves restent impunis, ils peuvent se reproduire.

03.08.2026 à 06:01

Afghanistan : Cinq ans après, l'offensive des talibans contre les droits s'intensifie

Human Rights Watch

Click to expand Image Une infirmière afghane, employée dans un hôpital, photographiée dans une maison en Afghanistan le 17 février 2026. Elle avait précédemment suivi des études en relations publiques et journalisme, avant la décision des autorités talibanes d’interdire aux femme l’accès aux universités.  © 2026 AFP via Getty Images

(New York) – Les talibans ont installé en Afghanistan l’une des pires crises des droits humains au monde et ont systématiquement porté atteinte aux droits des femmes et des filles depuis leur prise du pouvoir il y a cinq ans, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, en publiant une chronologiedes abus commis ces cinq dernières années. L’Afghanistan est également confronté à une grave crise humanitaire, avec près de 40 % de la population ayant un besoin d’aide urgent.

Depuis la prise de Kaboul le 15 août 2021, les autorités talibanes ont imposé des restrictions drastiques aux droits des femmes en matière de travail, de liberté de circulation et de participation à la vie publique, dans le cadre d’un vaste système visant à exercer un contrôle strict sur la société et à réprimer toute dissidence. La police des mœurs des talibans a fait des descentes sur les lieux de travail, surveillé les espaces publics et procédé à des arrestations arbitraires de femmes pour des violations présumées des règles relatives au code vestimentaire. L’Afghanistan reste le seul pays au monde où les filles n’ont pas le droit de poursuivre leurs études au-delà de la sixième.

Afghanistan : Cinq ans sous le régime des talibans

15 août 2021 - 15 août 2026

Crise des droits humains

« Le cinquième anniversaire de la prise de pouvoir des talibans est un sombre rappel des conséquences dévastatrices de l’impunité », a déclaré Fereshta Abbasi, chercheuse sur l’Afghanistan à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient aller au-delà de simples déclarations pour exprimer leur inquiétude et faire pression pour que justice soit rendue pour les crimes graves commis en Afghanistan, notamment le crime contre l’humanité que constitue la persécution fondée sur le genre. »

Les dernières lois adoptées par les talibans ont encore davantage codifié la répression. Le 4 janvier 2026, les talibans ont promulgué un code de procédure pénale qui définit les musulmans exclusivement comme des adeptes de la jurisprudence hanafite et qualifie les autres groupes religieux, notamment les musulmans chiites, d’hérétiques. Ce code prévoit des sanctions sévères pour réduire au silence toute dissidence. Une nouvelle Loi sur les Prédicateurs renforce encore le contrôle sur l’expression religieuse, en exigeant que le clergé adhère exclusivement à la jurisprudence hanafite. Ces deux dispositions ancrent la discrimination fondée sur la religion dans le cadre juridique afghan.

Le code de procédure pénale ne reconnaît désormais plus que les « coups excessifs » comme relevant de la violence conjugale à l’égard des femmes, ce qui prive les victimes d’autres formes de maltraitance de tout recours judiciaire et affaiblit encore davantage les protections juridiques pour les femmes et les filles. Un décret relatif à la séparation judiciaire des époux supprime les dispositions relatives à l’âge minimum requis pour le mariage des filles, accentuant ainsi le risque de mariages précoces.

Les autorités ont également renforcé les restrictions à la liberté d’expression et censuré les médias locaux. Les journalistes, les défenseur·e·s des droits des femmes, les activistes de la société civile, les universitaires, les artistes et d’autres détracteurs ont été victimes de répression, d’arrestations arbitraires, de torture et d’autres mauvais traitements.

La crise humanitaire en Afghanistan s’est aggravée à mesure que les gouvernements donateurs ont réduit leur aide. Plus de 17 millions de personnes, soit 40 % de la population, pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire grave, dans un contexte où le Plan d’intervention humanitaire des Nations unies reste largement sous-financé. Les réductions drastiques de l’aide étrangère des États-Unis, ainsi que les coupes budgétaires du Royaume-Uni et d’autres donateurs, ont contraint les organisations humanitaires à réduire leurs programmes et à restreindre leurs services. Les restrictions imposées par les talibans aux travailleuses humanitaires, notamment l’obligation d’être accompagnées d’un tuteur masculin, ont encore davantage limité l’accès des femmes aux moyens de subsistance et à l’aide humanitaire.

L’Iran et le Pakistan ont contraint des millions d’Afghans à rentrer dans leur pays. Depuis la reprise des vols d’expulsion en août 2024, l’Allemagne s’est activement employée à intensifier les expulsions vers l’Afghanistan, malgré les risques graves auxquels les Afghans concernés continuent d’être exposés. Le 22 juin, des responsables de l’Union européenne ont accueilli pour la première fois à Bruxelles une délégation de talibans pour discuter des questions migratoires. Aucun gouvernement ne devrait renvoyer de force un·e Afghan·e exposé·e à des risques de persécutions, de détentions arbitraires, de tortures ou d’autres atteintes graves à ses droits.

La reprise des attaques transfrontalières avec le Pakistan a fait des centaines de victimes dans la population civile. Le 16 mars, une frappe aérienne pakistanaise contre le Centre de désintoxication Omid à Kaboul a tué au moins 269 civils et en a blessé plus de 122, selon l’ONU.

Le 6 octobre 2025, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution sans précédent instituant un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les violations des droits commises par le passé et celles qui se poursuivent actuellement en Afghanistan, quels qu’en soient les auteurs, y compris l’ancien gouvernement et les forces internationales. Les gouvernements devraient veiller à ce que ce nouveau mécanisme devienne pleinement opérationnel et dispose des ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat, tout en soutenant les autres initiatives de reddition des comptes, notamment l’enquête de la Cour pénale internationale et les procédures nationales engagées au titre de la compétence universelle.

« Les Afghans, en particulier les femmes et les filles, ont subi cinq années de répression et d’abus », a déclaré Fereshta Abbasi. « La réponse internationale devrait enfin être à la hauteur de l’ampleur de la crise en cessant les expulsions vers l’Afghanistan, en protégeant les Afghan·e·s en danger et en maintenant le financement humanitaire pour l’Afghanistan. »

31.07.2026 à 06:00

Mali : Les frappes aériennes menées par « Africa Corps », sous le contrôle de la Russie, tuent des civils

Human Rights Watch

Click to expand Image Région de Mopti, Mali.  © 2016 Luis Dafos/Getty Images

(Nairobi, le 31 juillet 2026) – L’Africa Corps, contrôlé par le gouvernement russe, a mené des frappes aériennes dans le centre du Mali le 15 juin 2026, qui ont tué huit civils, dont trois enfants, dans une attaque manifestement illégale, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Ce matin-là, un avion identifié par deux sources militaires maliennes comme un Soukhoï Su-24 a largué au moins deux munitions sur le village de Kyrnia, dans la région de Mopti. La première a frappé à l’extérieur de la résidence du chef du village, tuant deux de ses enfants, sa femme et un autre enfant, et blessant une femme. La deuxième a touché un petit marché aux bestiaux situé à une vingtaine de mètres, tuant quatre hommes et en blessant deux autres. Aucun combattant de groupes armés islamistes ne figurait parmi les victimes.

« Un avion d’Africa Corps, contrôlé par le gouvernement russe, a tué des civils dans un village malien au mépris manifeste du droit de la guerre », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « En donnant un chèque en blanc aux autorités russes, le gouvernement malien devrait être conscient qu’il est lui aussi responsable des atrocités commises par ses forces alliées. »

Human Rights Watch a interviewé 19 personnes par téléphone entre le 24 juin et le 14 juillet, dont 6 témoins, des membres de la société civile, des leaders communautaires, des sources militaires maliennes et des journalistes locaux. Human Rights Watch a également analysé des images satellites des lieux des frappes, une vidéo des frappes mise en ligne par Africa Corps et des photographies publiées sur les réseaux sociaux par un groupe armé islamiste. Le 23 juillet, Human Rights Watch a adressé un courrier au ministre russe de la Défense, résumant ses conclusions et posant plusieurs questions, mais n’a reçu aucune réponse.

Le 23 juin, Africa Corps a annoncé sur ses comptes Facebook et X que, le 15 juin, il avait mené avec succès une frappe aérienne sur un « lieu de rassemblement de groupes terroristes » dans la région de Mopti, tuant plusieurs commandants de terrain, et a publié une vidéo des frappes et de leurs conséquences. Human Rights Watch a géolocalisé les deux frappes visibles sur la vidéo à Kyrnia.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda contrôle Kyrnia depuis six ans. Des témoins ont déclaré qu’au moins 100 combattants du GSIM, dont un haut commandant, se trouvaient dans le village au moment des frappes, mais qu’ils s’étaient rassemblés principalement à la mosquée du village et devant un magasin près d’un petit marché aux bestiaux. Alors que ni la mosquée ni le magasin n’ont été frappés, une munition a touché le marché aux bestiaux. Le GSIM stocke parfois des armes, des munitions, du carburant et d’autre matériel dans le magasin, qui appartient au chef du village, un riche commerçant. Un pick-up, semblable aux véhicules que le GSIM utilise généralement, était garé devant la maison du chef.

Depuis 2012, les gouvernements successifs du Mali combattent les groupes armés islamistes. Après les coups d’État militaires en 2020 et 2021, le chef de la junte, le général Assimi Goïta, a expulsé les forces françaises et onusiennes et renforcé les liens avec la Russie. Depuis 2021, la junte s’appuie sur l’aide du groupe Wagner lié à la Russie pour gérer la sécurité. Le groupe de mercenaires a été rebaptisé Africa Corps après la mort du fondateur du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, en 2023, et est passé sous le contrôle direct de Moscou.

Le ministère russe des Affaires étrangères a reconnu en juin que du personnel militaire russe travaillait avec les forces armées maliennes pour assurer un contrôle total du territoire malien après les attaques du GSIM à travers le pays le 25 avril. Le ministère russe de la Défense a déclaré que ses forces utilisaient des Su-24 pour frapper les combattants du GSIM.

Des reportages des médias et des images satellites indiquent qu’Africa Corps déploie des avions Su-24 au Mali depuis au moins avril 2025 pour soutenir l’armée malienne. Il n’existe aucune archive publique mentionnant le transfert de Su-24 aux autorités maliennes. Ces avions peuvent embarquer un large éventail de munitions aériennes, y compris des armes guidées, qui sont compatibles avec les dommages causés par les munitions qui ont frappé Kyrnia.

Des témoins ont raconté avoir vu un avion de chasse survoler Kyrnia à basse altitude et émettre un bruit assourdissant. « C’était un avion de chasse, très rapide … il volait bas … d’ouest en est », a relaté un commerçant de 35 ans. « Je l’ai vu larguer une bombe ... comme une boule de feu ... et j’ai couru me réfugier sous un arbre. »

Un éleveur de vaches, âgé de 37 ans, a indiqué qu’il était assis au marché aux bestiaux lorsqu’il a entendu un grondement fort, suivi d’une explosion. Il a vu une épaisse fumée noire s’élever des habitations proches de la maison du chef, puis il a entendu une deuxième explosion. « Le marché était en désordre », a-t-il dit, « des étalages emportés sur plusieurs mètres, des bœufs et des moutons déchiquetés ». Il a aidé à dégager les décombres de la maison du chef effondrée aux côtés d’autres habitants, tandis que des combattants du GSIM coordonnaient les opérations de secours. « La deuxième épouse du chef était morte, et elle avait perdu … ses bras », a-t-il expliqué. « Puis [nous avons trouvé] les [corps des] deux enfants ... et un autre garçon qui avait été projeté sur le toit par l’explosion. »

L’analyse de la vidéo d’Africa Corps et des images satellites à partir du 25 juin par Human Rights Watch révèle deux cratères dans la partie sud de Kyrnia, chacun d’environ 12 mètres de large, indiquant deux grandes munitions larguées par avion. Environ neuf étals de marché, visibles sur les images satellites à partir du 7 février, semblent avoir été détruits par la deuxième frappe. La frappe à l’extérieur de la résidence du chef est tombée entre des structures, provoquant l’effondrement d’au moins un bâtiment.

Click to expand Image Une capture d'écran d'une vidéo de l'Africa Corps et des images satellites du 25 juin 2026, montrent deux cratères dans la partie sud de Kyrnia, chacun d'environ 12 mètres de large, indiquant l’utilisation de deux grosses munitions aériennes. © 2026 Planet Labs PBC. Graphics © 2026 Human Rights Watch

Un éleveur de chameaux, âgé de 48 ans, a raconté qu’il avait été « projeté [au sol] par le souffle de la première explosion » avant de constater qu’il était « couvert de sable et de débris.… [D]es personnes devant moi étaient blessées, certaines avaient les bras cassés ».

Un homme de 40 ans a indiqué qu’il avait identifié « les corps de trois marchands », touchés « alors qu’ils circulaient sur un tricycle chargé de sacs de dattes » à travers le marché aux bestiaux.

La deuxième frappe a blessé trois hommes, dont un qui est décédé le lendemain. Un témoin a expliqué que l’homme avait été touché par des fragments de bombe et que « [s]es bras avaient été déchiquetés ».

Human Rights Watch a examiné une liste avec les noms des huit victimes, dont trois enfants âgés de 1 à 10 ans, une femme de 24 ans et quatre hommes âgés de 30 à 40 ans.

Des témoins ont raconté que, le 14 juin, un drone vraisemblablement commandé par les forces armées maliennes ou par Africa Corps a survolé Kyrnia, suggérant que le village était sous surveillance. « J’ai vu un drone dans le ciel la veille, entre 16 et 17 heures », a décrit l’éleveur de chameaux. « Il a fait plusieurs tours au-dessus du village avant de quitter. »

Des témoins ont déclaré qu’une centaine de combattants du GSIM se trouvaient dans le village au moment des frappes, la plupart à la mosquée, à environ 150 mètres des sites touchés. Un homme de 40 ans a indiqué qu’au niveau de la mosquée, certains combattants du GSIM étaient sur des motos. « Ils avaient des armes automatiques et ils portaient des uniformes militaires ou des boubous, le visage couvert de turbans », a-t-il expliqué. Le commerçant a également déclaré que de nombreux combattants du GSIM, notamment un de ses hauts commandants, se trouvaient à l’intérieur ou à l’extérieur du magasin du chef du village, situé à côté du marché aux bestiaux frappé par la deuxième munition.

Les frappes ont eu lieu un jour de marché, lorsque Kyrnia était bondée de commerçants, d’acheteurs et de villageois. Les habitants ont indiqué que, depuis que le GSIM a pris le contrôle de la région, Kyrnia est devenue une plaque tournante commerciale avec un important marché aux bestiaux.

Les habitants ont affirmé que le GSIM achetait des fournitures, notamment du carburant et de la nourriture, sur le marché de Kyrnia. Ils ont supposé que les frappes aériennes avaient peut-être visé la résidence du chef du village parce que son pick-up, similaire à ceux utilisés par le GSIM, était garé devant. Ils ont également expliqué que trois des fils du chef étaient des combattants du GSIM, mais qu’ils ne se trouvaient pas à Kyrnia au moment de l’attaque.

Le droit de la guerre, qui s’applique au conflit armé au Mali, interdit les attaques qui visent des civils et des biens de caractère civil, qui ne font pas de distinction entre les civils et les combattants ou qui sont susceptibles de nuire à des civils ou à des biens de caractère civil de manière disproportionnée par rapport à tout avantage militaire attendu.

Les parties belligérantes menant des attaques sont tenues de prendre toutes les précautions possibles pour limiter au maximum les pertes en vies humaines parmi les civils. Les parties devraient s’abstenir de se déployer dans des zones densément peuplées. Les frappes à Kyrnia ne semblaient pas viser des objectifs militaires spécifiques et seraient donc des attaques indiscriminées illégales. Le fait que le chef du village fasse des affaires avec le GSIM ne permet pas de le désigner comme une cible d’attaque. Human Rights Watch n’a découvert aucune information indiquant que la maison du chef était utilisée pour stocker des armes ou des munitions.

Le gouvernement malien a l’obligation d’enquêter sur l’incident et de demander des comptes aux responsables des violations du droit de la guerre, y compris aux membres d’Africa Corps.

« Le gouvernement malien ne peut pas se cacher derrière les violations du droit de la guerre commises par ses alliés russes », a conclu Ilaria Allegrozzi. « La junte doit enquêter de manière impartiale sur tous les crimes de guerre possibles perpétrés sur son territoire, y compris les frappes aériennes à Kyrnia, ou être tenue pour complice de ces abus. »

29.07.2026 à 10:42

Arabie saoudite : Nouvelles exécutions de migrants éthiopiens

Human Rights Watch

Click to expand Image Des migrants éthiopiens marchaient le long d'une autoroute à la périphérie de Sanaa, au Yémen, le 23 août 2023, en direction de la province de Saada dans le nord, dans l’espoir d’y traverser la frontière et d’entrer en Arabie saoudite. De nombreux migrants éthiopiens fuyant la violence dans leur pays cherchent à obtenir l'asile dans les États du golfe Persique. © 2023 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités saoudiennes ont exécuté cinq migrants éthiopiens pour des infractions sans caractère létal liées à la drogue le 27 juillet 2026, sans procédure régulière, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 17 ressortissants éthiopiens depuis le début de l’année 2026 pour des chefs d’accusation liés à la drogue.

Au moins 79 autres personnes courent un risque imminent d’exécution pour des chefs d’accusation similaires. Selon l’Organisation européenne saoudienne pour les droits humains (European Saudi Organization for Human rights), les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 116 personnes en 2026, à la date du 27 juillet.

« Les autorités saoudiennes exécutent des migrants éthiopiens marginalisés à l’issue d’audiences qui ne durent parfois que quelques minutes, sans avocat ni interprète », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Des dizaines de migrants vulnérables courent toujours un risque d’exécution imminente après des procès qui n’en étaient guère, dans un système qui considère leurs vies comme sans valeur. »

Depuis avril, Human Rights Watch a interrogé plus d’une douzaine de sources bien informées au sujet des cas de migrants éthiopiens menacés d’exécution imminente pour des infractions sans caractère létal liées à la drogue, dont deux ayant une connaissance directe des exécutions les plus récentes. Les autorités saoudiennes ont déclaré que les exécutions les plus récentes concernaient des cas de « trafic de haschisch ». Les sources ont indiqué que les cinq hommes étaient tous originaires de la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, où les violations des droits persistent et où la situation humanitaire reste désastreuse à la suite du conflit armé de 2020-2022. L’escalade des tensions entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités tigréennes fait craindre une nouvelle vague d’atrocités dans la région. Les cinq migrants avaient fui le Tigré et emprunté la dangereuse route migratoire orientale traversant le golfe d’Aden pour rejoindre le Yémen.

Human Rights Watch a interrogé une source bien informée ayant une connaissance directe des cas des cinq hommes et une autre source bien informée a corroboré les faits généraux de l’affaire. L’une des sources a déclaré que l’un des hommes exécutés vivait au Yémen depuis plus d’un an, sans emploi ni accès à des services d’aide, lorsqu’un Yéménite l’a abordé en mars ou avril 2023 et lui a proposé, ainsi qu’aux quatre autres, un emploi. Les cinq hommes étaient « affaiblis physiquement et mentalement » après leur périple éprouvant depuis l’Éthiopie, ainsi qu’en raison du chômage et de la pauvreté, et estimaient qu’ils « devaient accepter ce travail même s’ils ne savaient pas en quoi il consistait », a déclaré la source. L’homme leur a demandé de transporter un colis dont ils ignoraient le contenu sur une courte distance et leur a indiqué où le livrer, puis il a disparu.

Les autorités saoudiennes les ont arrêtés alors qu’ils marchaient sur le bord d’une route. Ils ont été « surpris de voir des soldats saoudiens les arrêter » car ils ne s’étaient pas rendu compte qu’ils avaient franchi la frontière avec l’Arabie saoudite, selon la source.

Les hommes ont été détenus pendant plus de trois ans au centre de détention de Khamis Mushait, dans la province d’Asir, en Arabie saoudite. Ils ont été contraints de signer des documents en arabe, une langue qu’ils ne comprenaient pas, et n’ont eu droit qu’à trois audiences, d’une durée comprise entre trois et vingt minutes, dont deux se sont tenues à distance. Un interprète fourni par les autorités saoudiennes n’était présent que lors de deux de ces audiences, et les migrants ont été informés qu’ils seraient condamnés à mort pour trafic de haschisch. Les hommes n’ont bénéficié d’aucune représentation juridique ni d’aucune possibilité de présenter une défense valable.

Lors de la première audience, les hommes ont été informés qu’ils pouvaient rédiger une lettre de recours et la remettre aux agents de sécurité saoudiens du centre de détention. Comme ils ne savaient ni lire ni écrire l’arabe, au moins l’un d’entre eux a demandé à un détenu saoudien de rédiger la lettre de recours et « n’avait aucune idée si la lettre avait été présentée au tribunal ou aux juges », selon la source. « Le gardien de sécurité aurait très bien pu simplement la jeter à la poubelle. »

Les cinq hommes étaient chrétiens et, selon les sources, les responsables de la prison ne leur auraient pas permis de pratiquer leur religion. « Si les chrétiens veulent prier ensemble, la police intervient pour les en empêcher », a déclaré la source. L’un des détenus a également rapporté que la police lui avait retiré de force un collier avec une croix, a précisé la source.

Avant les exécutions du 27 juillet, le 23 juin 2026, les autorités saoudiennes avaient exécuté cinq autres Éthiopiens pour trafic de haschisch. Dans l’une de ces affaires, un passeur avait contraint un homme à transporter du qat, une plante stimulante douce originaire d’Éthiopie, du Yémen vers l’Arabie saoudite, en échange de l’aide apportée pour faciliter son voyage.

La cathinone, le stimulant présent dans le qat, est interdite en Arabie saoudite, mais légalement autorisée et consommée de manière traditionnelle dans certaines régions d’Éthiopie ainsi qu’au Yémen. Les sources ont indiqué que l’homme ignorait que le transport de qat vers et à l’intérieur de l’Arabie saoudite était illégal.

Le 12 mai, le patriarche de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo a lancé un appel aux autorités éthiopiennes et saoudiennes pour qu’elles suspendent l’exécution des ressortissants éthiopiens. Dans un communiqué du 13 juillet, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré qu’il « restait en étroite collaboration avec les autorités compétentes du Royaume d’Arabie saoudite concernant les questions touchant les ressortissants éthiopiens », notamment « les personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires et de mesures judiciaires ». Le communiqué ne précisait pas si cela incluait les personnes condamnées à mort pour des infractions liées à la drogue.

Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances en raison de sa cruauté inhérente. Le recours à la peine de mort par l’Arabie saoudite est contraire au droit international des droits humains, qui consacre le « droit inhérent à la vie » de chaque être humain et limite la peine de mort aux « crimes les plus graves », ceux qui entraînent intentionnellement la mort.

En 2025, les infractions sans caractère létal liées à la drogue représentaient 68 % des exécutions en Arabie saoudite. Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a condamné cette pratique de l’Arabie saoudite, estimant que les exécutions pour des infractions liées à la drogue sont incompatibles avec le droit international des droits humains et ne relèvent pas de la catégorie des « crimes les plus graves ». Le groupe de travail a exhorté les autorités saoudiennes à rétablir un moratoire et a souligné que l’application de la peine de mort pour de telles infractions constituait une violation manifeste des normes juridiques internationales.

Des centaines de milliers d’Éthiopiens vivent et travaillent en Arabie saoudite. Si beaucoup émigrent pour des raisons économiques, bon nombre d’entre eux ont fui de graves violations des droits humains commises par leur gouvernement, notamment lors du récent conflit armé brutal qui a sévi dans le nord de l’Éthiopie. Human Rights Watch documente depuis des années un large éventail de violations des droits humains à l’encontre des migrants empruntant cette même route.

La détention de migrants dans des centres aux conditions déplorables en Arabie saoudite est un problème de longue date, que Human Rights Watch a qualifié de traitement inhumain et dégradant. En 2023, Human Rights Watch a constaté que des gardes-frontières saoudiens avaient tué au moins plusieurs centaines de migrants et de demandeurs d’asile éthiopiens qui tentaient de franchir la frontière entre le Yémen et l’Arabie saoudite, ce qui, si ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’une politique du gouvernement saoudien visant à assassiner des migrants, constituerait un crime contre l'humanité.

L’Arabie saoudite devrait immédiatement annuler la peine de mort prononcée à l’encontre des migrants éthiopiens et réexaminer toutes les condamnations conformément à ses obligations internationales, notamment la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères et ses représentants en Arabie saoudite devraient intervenir de toute urgence auprès de leurs homologues saoudiens et, à tout le moins, veiller à ce que leurs ressortissants bénéficient d’une assistance consulaire immédiate.

« Les gouvernements devraient faire pression de toute urgence sur les autorités du prince héritier Mohammed ben Salmane pour qu’elles mettent fin à ces exécutions et commuent les peines des dizaines d’autres personnes qui risquent le même sort », a déclaré Joey Shea.

27.07.2026 à 11:46

Cisjordanie : La montée de la violence des colons risque d'entraîner des atrocités de masse

Human Rights Watch

Click to expand Image Les forces israéliennes ont tiré des gaz lacrymogènes sur des Palestiniens et des journalistes qui couvraient des opérations militaires et les activités des colons dans le village voisin de Tell, en Cisjordanie, le 25 juillet 2026. © 2026 Roman Levin/Sipa via AP Photo

(Beyrouth) – Deux attaques menées par des colons israéliens contre le village de Tell, près de Naplouse en Cisjordanie, le 24 juillet 2026, ont entraîné la mort de quatre Palestiniens et de deux Israéliens, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Cet incident a déclenché une vague d’attaques de représailles menées par des colons dans des villages palestiniens voisins, l’annonce par le gouvernement israélien d’une « vaste opération antiterroriste », ainsi que des déclarations de responsables israéliens appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Les gouvernements devraient agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles violences et atrocités commises par les colons.

« Le gouvernement israélien n’a pas empêché les attaques menées par des colons contre le village de Tell. Il doit donc désormais mettre un terme aux représailles des colons et à l’escalade des opérations militaires qui ne feront qu’aggraver une situation déjà critique », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse par intérim sur Israël et la Palestine à Human Rights Watch. « Des années marquées par une violation généralisée de la loi et l’impunité pour ces attaques ont transformé la Cisjordanie en une poudrière prête à exploser et une action décisive s’impose de toute urgence. »

Les meurtres commis le 24 juillet à Tell portent à 10 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie occupée depuis le 19 juillet. Au 19 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) faisait état de 68 Palestiniens tués en Cisjordanie en 2026, dont au moins 13 par des colons. L’OCHA a indiqué qu’au 15 juillet, 20 Israéliens avaient été blessés en 2026 en Cisjordanie. La violence des colons a fortement augmenté depuis l’entrée en fonction du gouvernement israélien actuel en décembre 2022, avec une reprise particulièrement marquée en mars et avril 2026, pendant la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Human Rights Watch a interrogé deux témoins des attaques ainsi qu’un militant local, et a vérifié six vidéos des incidents publiées sur les réseaux sociaux et transmises directement aux chercheurs.

Entre 6 h 10 et 6 h 45 du matin le 24 juillet, 40 à 50 colons, dont des enfants, se sont approchés de Tell par l’est, ont attaqué quatre ou cinq habitations palestiniennes à coups de pierres et ont tenté d’y faire irruption, ont déclaré les témoins. Une confrontation a éclaté entre les colons et les Palestiniens, au cours de laquelle un colon armé a tiré et blessé un Palestinien, ont indiqué les témoins. D’autres Palestiniens sont alors arrivés pour venir en aide à la famille et les colons ont pris la fuite.

Environ 30 minutes plus tard, le même groupe de colons est revenu à Tell par le sud-ouest, où ils ont été rejoints par des soldats israéliens, a déclaré Mujahid Waleed, un habitant local qui a été témoin des deux incidents.

« Quand je suis arrivé [sur les lieux de la deuxième altercation], les colons et les Palestiniens étaient déjà en train de se battre », a déclaré Waleed. « Les colons attaquaient les Palestiniens, et l’armée restait les bras croisés sans intervenir. L’armée n’est intervenue qu’après qu’un Palestinien eut désarmé un colon et commencé à tirer sur le soldat et les colons. L’armée a riposté et tué à bout portant le [Palestinien] qui portait l’arme, tandis que les colons et les soldats ont tiré sur les trois autres Palestiniens non armés. »

Les attaques ont eu lieu dans la zone B, une zone placée sous contrôle sécuritaire conjoint d’Israël et de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo II. Les quatre Palestiniens tués étaient deux frères et deux cousins de la famille Ramadan.

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux vidéos montrant l’affrontement, qui corroborent le récit de Waleed. Une vidéo montre deux colons armés aux côtés d’un soldat en uniforme, près d’un groupe d’hommes palestiniens. Les colons semblent avoir déclenché l’altercation physique en donnant un coup de pied à un Palestinien, avant qu’une bagarre n’éclate et qu’un soldat ne tire en l’air.

Lorsque deux Palestiniens tentent de s’emparer des armes des colons, des coups de feu retentissent et un Palestinien s’effondre au sol. On aperçoit un colon brandissant une arme. Une deuxième vidéo montre le deuxième Palestinien en train de prendre une arme à feu à un colon et de le pousser à terre ; le colon sort un pistolet, et le Palestinien semble tirer sur lui.

L’armée israélienne a déclaré à 9 h 32 que des soldats avaient été dépêchés sur place à la suite d’un signalement faisant état d’« une attaque contre des civils israéliens qui faisaient une randonnée dans la secteur » et que « des terroristes avaient dérobé l’arme d’un agent de sécurité arrivé sur les lieux et avaient ouvert le feu en direction des civils israéliens ». L’armée a annoncé par la suite que l’incident avait entraîné la mort de Benyahu Mellet, 32 ans, et du major Yuval Ezra, 27 ans, un soldat en service actif. L’armée israélienne a indiqué que le commandant de section avait riposté et tué le tireur palestinien, a rapporté le Times of Israel. Elle n’a pas fourni de détails concernant la mort des trois autres Palestiniens.

Human Rights Watch, d’autres organisations non gouvernementales et les médias ont signalé à plusieurs reprises des attaques menées par des colons armés, qui se produisent souvent en présence d’unités de l’armée israélienne ou alors que des soldats se tiennent à proximité sans intervenir. Ils ont constaté que les colons responsables de ces attaques opèrent souvent avec le soutien financier, matériel et juridique de l’État israélien.

Le Times of Israel a rapporté que Mellet dirigeait les équipes de défense civile de la colonie de Havat Gilad. Après le 7 octobre 2023, le ministère de la Sécurité nationale a mis en place ces équipes dans les colonies de Cisjordanie et leur a conféré des pouvoirs de police spéciaux, des uniformes et des armes. La création de ces unités, ainsi que celle de « bataillons de défense régionaux » réservés aux colons au sein de l’armée israélienne, a contribué à un dangereux flou entre colons et soldats.

En réponse à cet incident, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a convoqué une réunion d’urgence sur la sécurité, a annoncé le redéploiement de cinq bataillons militaires en Cisjordanie et a ordonné à l’armée de mener une « vaste opération antiterroriste ».

Depuis lors, des attaques de représailles menées par des colons ont été signalées dans des villages voisins, a rapporté l’agence de presse palestinienne WAFA. Ces attaques ont fait des blessés et causé des incendies criminels ainsi que d’autres dégâts matériels.

Netanyahou a également annoncé qu’il allait accélérer la régularisation des avant-postes de colons et la création de nouveaux avant-postes. Ces avant-postes, qui ont souvent servi de points de départ pour des attaques contre des communautés palestiniennes, sont illégaux tant au regard de la loi israélienne que de la Quatrième Convention de Genève. Leur légalisation rétroactive sert à repousser les limites de l’expansion des colonies et à permettre l’appropriation de terres palestiniennes, servant souvent de précurseurs à des colonies plus importantes.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé Netanyahou à « autoriser la création d’une colonie à l’avant-poste de Sela, près du lieu où la grave attaque a eu lieu ce matin. À cette fin, il est nécessaire de transférer cette zone de la zone B à la zone C [territoire entièrement contrôlé par Israël], d’en assumer la responsabilité et d’autoriser l’implantation d’une colonie à cet endroit ».

Depuis l’attaque, des responsables israéliens ont publié des déclarations appelant à la destruction de maisons et de villages palestiniens. Smotrich a déclaré que ces villages « devraient ressembler aux camps de réfugiés de Naplouse et de Tulkarem », qui ont été détruits lors d’une opération militaire israélienne en janvier 2025, laquelle, selon Human Rights Watch, constituait des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un nettoyage ethnique.

Dans un message publié sur X, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclaré : « Les villes et villages des assassins de Cisjordanie devraient subir le même sort que Beit Hanoun [une ville palestinienne assiégée] à Gaza. … Pour chaque Juif assassiné, l’ennemi doit subir la perte de terres et de maisons. »

En juillet 2024, la Cour internationale de justice a estimé que l’occupation par Israël du territoire palestinien était illégale et qu’Israël enfreignait l’interdiction de la ségrégation raciale et de l’apartheid. La Cour a estimé qu’Israël avait l’obligation d’évacuer tous les colons de Cisjordanie, y compris de Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de regagner leurs foyers et de leur verser des réparations.

Les gouvernements doivent agir de toute urgence pour empêcher de nouvelles atrocités en Cisjordanie, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes vers Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël et en soutenant la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt.

« Les violences commises par les colons à l’encontre de Tell nous rappellent que si la violence n’est pas enrayée et si les responsables ne sont pas amenés à rendre des comptes, une escalade et de nouvelles atrocités sont inévitables », a déclaré Sarah Sanbar. « Les gouvernements doivent prendre des mesures d’urgence afin que le gouvernement israélien ne continue pas à agir comme s’il avait le feu vert pour commettre de nouvelles atrocités. »

27.07.2026 à 10:44

Les États-Unis et l’Iran menacent de mener des attaques contre des infrastructures civiles

Human Rights Watch

Click to expand Image Une femme iranienne contemplait les décombres de son appartement détruit dans le quartier de Shahrak-e Gharb, à Téhéran, le 21 mars 2026 ; les États-Unis et Israël ont mené plusieurs frappes contre l’Iran à partir du 28 février 2026.  © 2026 Majid Saeedi/Getty Images

(Washington, DC) – Le président Donald Trump a annoncé le 24 juillet 2026 que les États-Unis envisageaient de lancer « une attaque massive » contre l’Iran à la suite de la rupture du cessez-le-feu et du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran. Les dirigeants américains et iraniens ont menacé de riposter et d’attaquer des cibles pouvant être des infrastructures civiles, en violation du droit de la guerre.

Le 23 juillet, Trump a déclaré : « À partir de maintenant, chaque fois que la République islamique d’Iran tirera sur un navire dans le détroit d’Ormuz, que ce soit à l’aide d’un missile, d’une roquette, d’un drone ou de tout autre dispositif ou arme, les États-Unis bombarderont et détruiront UN PONT OU UNE CENTRALE ÉLECTRIQUE, y compris ceux situés à proximité ou à l’intérieur de la capitale, Téhéran. »

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a publié un message sur X le 22 juillet dans lequel il déclarait : « Si notre sécurité n’est pas assurée, aucune infrastructure ne sera à l’abri. »

Le droit de la guerre interdit les attaques délibérées contre des biens de caractère civil ainsi que les attaques dont les dommages attendus à l’égard des civils dépassent les avantages militaires directs escomptés. Les personnes qui commettent de graves violations du droit de la guerre avec une intention criminelle — c’est-à-dire de manière délibérée ou par imprudence — se rendent coupables de crimes de guerre.

La citation suivante peut être attribuée à Balkees Jarrah, directrice pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« Les dirigeants américains et iraniens menacent de mener des attaques délibérées contre des infrastructures civiles à la suite des récents affrontements entre les deux pays, au cours desquels leurs forces ont illégalement attaqué des civils et des biens civils en Iran, dans les pays du Golfe et en Israël. Les autres pays devraient faire clairement savoir aux États-Unis et à l’Iran que les responsables de crimes de guerre seront traduits en justice, y compris par le biais de la compétence universelle. »

27.07.2026 à 06:00

RD Congo : Les activités d’une compagnie pétrolière présentent de graves risques de pollution

Human Rights Watch

Click to expand Image Puits de pétrole situé dans la concession de Perenco en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch La pollution liée aux activités du seul producteur de pétrole de la République démocratique du Congo fait peser de graves risques sanitaires pour les communautés vivant à proximité de ses installations. La compagnie pétrolière Perenco procède au torchage de gaz et au brûlage de déchets, contribuant ainsi à la dégradation de la qualité de l'air. L’entreprise n'a pas non plus empêché les fuites de pétrole provenant de puits et de pipelines sur le sol et dans les rivières, ce qui a engendré des risques sanitaires pour les populations riveraines.Les autorités devraient reconnaître la menace qui pèse sur la santé des populations dans la concession pétrolière, communiquer immédiatement les niveaux de pollution et agir pour réduire l'exposition des habitants.

(Kinshasa) – La pollution liée aux activités du seul producteur pétrolier de la République démocratique du Congo fait peser de graves risques sanitaires sur les communautés voisines, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Le gouvernement congolais a commandé un audit environnemental des activités de la compagnie pétrolière et gazière franco-britannique Perenco en décembre 2024, en raison de signalements de pollution de longue date. Cependant, il n’a pas fourni de calendrier pour la publication du rapport d’audit final, ni publié de conclusions provisoires, ni divulgué publiquement des données essentielles sur la qualité de l’air, des sols et de l’eau.

« Le gouvernement congolais devrait immédiatement publier les conclusions provisoires de l’audit environnemental portant sur la concession de Perenco et divulguer toutes les données de surveillance environnementale », a déclaré Agathe Bounfour, chercheuse principale sur les combustibles fossiles au sein de Human Rights Watch. « Les résidents des communautés ont le droit de connaître l’étendue de la pollution dans leur environnement et les risques pour leur santé. »

En janvier 2026, une équipe de chercheurs de Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 personnes : des résidents locaux, des travailleurs du secteur pétrolier, des professionnels de santé, des représentants du gouvernement et des experts en environnement et en santé publique, à Muanda, où se trouvent les opérations, et à Kinshasa, la capitale. Human Rights Watch a également analysé des images satellites ainsi que des vidéos et des photographies géolocalisées provenant de sources locales. 

Perenco procède au torchage du gaz – la combustion contrôlée du gaz naturel libéré lors de la production de pétrole – sur cinq sites de stockage et de traitement du pétrole situés à proximité de communautés résidentielles. Human Rights Watch a constaté que le torchage du gaz et l'incinération des déchets par Perenco ont contribué à la mauvaise qualité de l'air sur sa concession, créant des risques sanitaires pour les résidents locaux. À un endroit, le torchage s'est produit à moins de 80 mètres d'habitations. Des habitants souffrant de maladies respiratoires et vivant à proximité de ces sites de torchage ont confié à Human Rights Watch qu'ils pensaient que la pollution atmosphérique provenant de ces opérations en était responsable. Les habitants ont également fait état de symptômes aigus, tels que des douleurs thoraciques et des nausées, qu'ils ont attribués à la fumée provenant de la combustion dans une installation de traitement des déchets située à deux kilomètres d'un village.

D’après une visite sur place et des entretiens menés par Human Rights Watch auprès de membres de la communauté, Perenco n’a pas non plus empêché les déversements de pétrole provenant des puits ainsi que des pipelines sur les sols et dans les lits des rivières. Des études indépendantes menées en 2013 et 2025 ont documenté une grave contamination environnementale liée aux activités pétrolières dans la région, ayant exposé les résidents à des gaz, des métaux lourds, des hydrocarbures ainsi que d'autres composés reconnus comme toxiques et nocifs pour la santé humaine.

Un villageois de la zone de concession de Perenco a indiqué : « Le pétrole se déverse dans les rivières où nous nous baignons. » Un homme d'une quarantaine d'années, qui vit près d'un « Tank farm » — une installation de stockage et de traitement du pétrole — a expliqué : « Lorsque le gaz est brûlé à la torche dans le Tank Farm, nos yeux nous brûlent et nous souffrons de maux de tête et de vertiges. » Le responsable du personnel de santé d'un hôpital local a affirmé que, selon lui, les villages disposant d'infrastructures pétrolières connaissaient « des taux plus élevés de maladies respiratoires que les zones dépourvues de production pétrolière ».

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, auquel la République démocratique du Congo est partie, garantit le droit au « meilleur état de santé physique et mentale que [toute personne] soit capable d'atteindre». Le droit à la santé oblige les gouvernements à prendre des mesures « visant à empêcher et réduire l'exposition de la population … aux produits chimiques toxiques et autres facteurs environnementaux nocifs ayant une incidence directe sur la santé des individus».

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, le comité d'experts chargé de surveiller la mise en œuvre du Pacte, a déclaré que cela exige des gouvernements qu'ils prennent des mesures pour prévenir la pollution par des tiers, tels que les sociétés minières. Le fait pour un gouvernement de « de ne pas adopter de lois ou de ne pas assurer l'application de lois destinées à empêcher la pollution de l'eau, de l'atmosphère et des sols par les industries extractives et manufacturières» peut constituer une violation du droit international des droits humains. 

La législation environnementale congolaise interdit certaines pratiques de production pétrolière et de gestion des déchets susceptibles de nuire à la santé ou à la sécurité publiques. Or, le gouvernement n'a pas assuré un suivi régulier de la qualité de l'air, de l'eau et des sols dans la région de Muanda. En novembre 2025, la ministre en charge des Hydrocarbures a annoncé la prolongation d'un an du contrat de décembre 2024 portant sur l’audit environnemental et fiscal des dommages causés par les activités de l'entreprise, sans fournir d'explication claire quant à ce renouvellement, ni s'engager sur une date de publication précise.

En mai 2026, Human Rights Watch a écrit au gouvernement congolais pour demander des informations sur la prévention de la pollution, la dépollution, le suivi et la surveillance des activités de Perenco à Muanda, notamment l'accès à l'audit environnemental, mais n'a reçu aucune réponse.

En réponse aux questions de Human Rights Watch, Perenco a nié que ses activités « puissent entraîner une pollution de l’air, du sol et de l’eau ou des problèmes de santé aigus néfastes ». L'entreprise a déclaré qu'elle considérait les études scientifiques menées sur le site comme méthodologiquement inadéquates, et qu'elle avait investi dans la prévention de la pollution et des initiatives de développement local, notamment dans le domaine de la santé. Elle a également affirmé avoir cessé le torchage sur 220 « points de torchage » situés dans la concession et coopérer pleinement avec les autorités congolaises afin de réduire davantage le torchage du gaz.

Le droit à la santé oblige les gouvernements à « assurer une éducation et un accès à l'information concernant les principaux problèmes de santé de la communauté, y compris les méthodes de prévention et de lutte contre ces problèmes». Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a précisé que le droit à l’information englobe le droit d’accéder aux informations détenues par des organismes publics, ainsi que l’obligation de garantir un accès facile, rapide, efficace et pratique aux informations d’intérêt public détenues par les autorités. Ces informations incluent notamment les résultats d’un audit environnemental, tel que celui portant sur les activités de Perenco et commandé par le gouvernement.

Dans sa correspondance avec Human Rights Watch, Perenco n’a pas répondu aux questions concernant la surveillance des polluants, ni à la demande de partager les données de surveillance. De même, les ministères congolais de l’Environnement et des Hydrocarbures n’ont pas répondu à la demande d’informations de Human Rights Watch sur les mesures prises pour surveiller les conditions environnementales dans la région.

« Le gouvernement congolais doit faire preuve de transparence quant aux niveaux de pollution pétrolière afin de respecter ses obligations en matière de droit à la santé et d’appliquer pleinement ses lois», a conclu Lewis Mudge, directeur de la division Afrique centrale à Human Rights Watch. « Les autorités devraient reconnaître la menace pesant sur la santé des populations vivant dans la concession pétrolière, signaler immédiatement les niveaux de pollution et prendre des mesures pour réduire l’exposition de la population. »

Opérations de Perenco en République démocratique du Congo

L’entreprise petro-gazière franco-britannique Perenco est le seul opérateur pétrolier de la République Démocratique du Congo. Elle exploite des gisements de pétrole à terre et en mer dans une région qui s'étend le long des étroits 37 kilomètres de côtes du pays et englobe des dizaines de villages et de petits hameaux informels dans la partie orientale de la ville de Muanda, dans la province du Kongo Central. L’entreprise conserve des droits exclusifs d'exploration et de production de pétrole sur la quasi-totalité des blocs côtiers terrestres et sur l'intégralité de la zone maritime du pays.

Des études indépendantes publiées antérieurement ont documenté une grave contamination environnementale liée aux opérations pétrolières dans la région. Un rapport d'enquête du Sénat congolais de 2013, consulté par Human Rights Watch, a révélé des concentrations élevées de dioxyde de soufre (SO₂) et de dioxyde d'azote (NO₂) à proximité des sites de torchage de gaz, ainsi qu'une contamination des eaux souterraines et de surface par les hydrocarbures et de fortes concentrations de métaux lourds. 

Une étude réalisée en 2025 par des chercheurs de plusieurs universités de la RD Congo et du Cameroun a révélé des niveaux élevés d'hydrocarbures pétroliers totaux (HPT) et de composés organiques volatils (COV) dans les sols entourant les sites d'extraction de pétrole des villages de Kinkazi, Kitombe et Tshiende, que les chercheurs ont attribués à des fuites de pétrole.

Torchage du gaz

Le torchage du gaz consiste à brûler les co-produits gazeux générés lors de l'extraction du pétrole brut. Le torchage peut prendre plusieurs formes : le gaz peut être canalisé dans une cheminée verticale et brûlé en hauteur ; dirigé par des systèmes de torchage horizontaux dans des usines de traitement d'hydrocarbures ou des raffineries ; ou brûlé au niveau du sol dans des fosses ou d’autres installations à la surface, la combustion ayant lieu directement sur le site du puits.

Le torchage de gaz peut produire plusieurs polluants atmosphériques nocifs pour la santé humaine, notamment des particules fines, des COV, du monoxyde de carbone, du SO₂, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du NO₂ et du carbone noir. Les impacts sanitaires liés à l'exposition à ces polluants atmosphériques courants provenant du torchage de gaz augmentent avec la proximité aux sites de torchage.

Le torchage du gaz est interdit par la loi congolaise, sauf en cas de circonstances exceptionnelles et uniquement avec l'autorisation préalable du ministère des Hydrocarbures. Ni Perenco ni le ministère des Hydrocarbures n'ont répondu à la demande d'information de Human Rights Watch concernant l’éventuelle possession d’une autorisation de torchage de gaz par l'entreprise et, le cas échéant, les conditions de cette autorisation. Cependant, Perenco a indiqué qu'elle considère le torchage de gaz comme « une nécessité opérationnelle pour assurer la continuité de la production pétrolière dans la région de Muanda » et que « les autorités congolaises compétentes sont (...) pleinement conscientes de la situation. »

Human Rights Watch a constaté, sur la base d'une analyse de données satellites et du recueil de témoignages, que le torchage du gaz a eu lieu sur cinq sites associés à des infrastructures de stockage et de traitement du pétrole dans la concession de Perenco, soit verticalement par des cheminées, soit horizontalement ; entre janvier 2025 et mars 2026. 

Durant cette période, une activité de torchage quotidienne a été détectée au « tank Farm » de Kinkazi, situé à un point de rassemblement de pipeline de Perenco à quatre kilomètres au sud-est de la ville de Muanda, ainsi que sur un autre site dans une zone résidentielle du nord-est de la ville. Des indications d’activités de torchage ont également été détectés au « tank farm » de Mibale, près de Tshiende, et au  « tank farm » de Liawenda. Des signes de de torchage au ras du sol, au niveau des puits de pétrole, ont également été observés en 2025, tandis qu'aucune activité de torchage au sol n'a été constatée de mars à juin 2026. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de réaliser une analyse des volumes de torchage sur ces sites en raison des limitations des données satellitaires et de l'épaisse couverture nuageuse de la zone durant cette période.

Click to expand Image Site de torchage vertical à Mibale, en République démocratique du Congo.  © 2026 Human Rights Watch

La proximité des sites de torchage de gaz avec les villages et les habitations situés dans la concession de Perenco expose les populations riveraines à des risques sanitaires importants, selon Human Rights Watch. La majeure partie de la population de la concession vit à moins de cinq kilomètres de l'un des cinq principaux sites de torchage. Une grande partie de la zone urbaine densément peuplée de Muanda se trouve dans cette zone. Dans le nord-est de la ville de Muanda, les habitants les plus proches vivent à moins de 80 mètres du site de torchage. Plusieurs villages, dont Liawenda, Tshiende, Kinkazi, Mamputu, Kitombe et Kimini, sont également situés à moins de trois kilomètres de sites de torchage actifs. Dans les villages de Tshiende et de Kinkazi, les habitants les plus proches vivent respectivement à environ 1,3 kilomètre et 2,5 kilomètres des sites de torchage des  « tank farms ». 

Click to expand Image Carte de la densité de population dans la concession de Perenco, superposée à la distance par rapport aux cinq principaux sites de torchage actifs identifiés par Human Rights Watch. Données démographiques © 2026 GRID3 / CIESIN / WorldPop COD, Gridded Population Estimates v4.4 (décembre 2025). Analyse et graphiques. © 2026 Human Rights Watch.   © Click to expand Image L’imagerie satellitaire du 6 janvier 2024 montre la proximité d'un site de torchage, situé dans la partie nord-est de la ville de Muanda, avec des habitations et des zones résidentielles. L'analyse effectuée par Human Rights Watch a révélé que le site était toujours en activité en 2025 et au début de l'année 2026. Image © 2026 Airbus. Google Earth. Graphiques. © 2026 Human Rights Watch. 

De nombreux habitants interrogés ont fait état de problèmes de santé, notamment de maladies respiratoires, qu'ils ont attribué à l'exposition aux polluants atmosphériques émis par le torchage du gaz.

Un professionnel de santé expérimenté d'un hôpital local qui accueille des patients de plusieurs villages de la concession a également décrit de nombreux « cas de maladies respiratoires telles que la sinusite et la pneumonie, en particulier chez les enfants. » 

Une femme d'âge moyen de Kinkazi, membre active de la Mama Society — une association de femmes du village — s'est plainte d’odeurs de gaz constantes liées au torchage. « Nous respirons du gaz ; il y a de fortes odeurs partout », a-t-elle déclaré. « On sent constamment des odeurs nauséabondes dans le village, ce qui donne envie de rester à l’intérieur. »

Trois autres habitants de Kinkazi se sont également plaints d’« odeurs de gaz constantes » près du  « tank farm ». Un habitant de 42 ans, sans emploi, a affirmé que les villageois « vomissaient » à cause de cela.

Dans le village de Tshiende, un homme d'une vingtaine d'années a déclaré : « On respire l'air pollué qui vient du tank farm. » Il a estimé que 15 autres personnes de son village souffrent de toux chronique. Un petit maraîcher d'une cinquantaine d'années a déclaré : « Notre santé est affectée — toux, nez qui coule, difficultés respiratoires. »

Dans un échange avec Human Rights Watch, Perenco a écrit que « 220 points de torchage ont été définitivement éteints et les sites correspondants dans les zones de Kinkazi et de Kitombe ont été remis en état. » Perenco a ajouté que l'entreprise était « en discussion avec les autorités congolaises compétentes concernant les options de valorisation du gaz [utilisation du gaz naturel] qui permettraient, à terme, de réduire davantage, voire d'éliminer complètement le torchage du gaz. »

Incinération des déchets pétroliers 

Perenco exploite une installation de traitement des déchets de 10 hectares située à environ deux kilomètres au sud-est du village de Kinkazi. Human Rights Watch a obtenu, vérifié et géolocalisé des photographies ainsi que des séquences vidéo de l'installation et a constaté que certains déchets pétroliers sont brûlés dans des incinérateurs à ciel ouvert au sein de l'installation.

La loi congolaise de 2011 relative aux Principes fondamentaux de la protection de l'environnement interdit l'élimination des déchets dans des lieux où ils peuvent générer des odeurs désagréables ou nuire à l'environnement, à la santé, ou à la sécurité publique.

Les villageois de Kinkazi interrogés ont fait état de maladies respiratoires qu'ils ont attribuées à la fumée provenant de l'installation. Un habitant d'une quarantaine d'années a affirmé que « lorsqu'il y a du vent et qu’ils brulent les déchets la nuit, les odeurs se propagent vers le village», et qu'il souffrait de « douleurs à la poitrine et d'une toux persistante ». Une autre personne, âgée d'une quarantaine d'années, a déclaré : « Nous respirons beaucoup de fumée, nous avons des nausées et des maux de tête. » Des travailleurs ont indiqué que l'entreprise produit deux principaux types de déchets lors des opérations de forage pétrolier : la boue de forage, composée principalement de résidus de fluides de forage ; et les paraffines, des dépôts d'hydrocarbures cireux provenant du pétrole brut qui s'accumulent à l'intérieur des pipelines et doivent être régulièrement éliminés. Les fuites de pétrole polluent également les sols. 

Click to expand Image L'imagerie satellitaire du 23 février 2026 montre l'installation de gestion des déchets de Perenco à Kinkazi, en République démocratique du Congo. Image © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphiques. © 2026 Human Rights Watch. Click to expand Image Panneau de l'entreprise indiquant une « zone de traitement des paraffines » au site de gestion des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en République démocratique du Congo. © 2026 Privé

Des photographies et des vidéos datant du début de l'année 2026, authentifiées par Human Rights Watch, montrent des réservoirs et des incinérateurs à ciel ouvert dans une zone signalée par un panneau comme étant une « zone de traitement des paraffines ». Des travailleurs ont déclaré à Human Rights Watch que ces réservoirs et incinérateurs servent à brûler les déchets de paraffine pour les dissoudre. « Nous apportons une certaine quantité de paraffine à brûler chaque nuit », a expliqué un employé de Perenco. « Des tuyaux remplis de gaz sont utilisés, ce qui crée une flamme, et une fois la paraffine brûlée, elle se transforme en sable. » 

Le témoignage de l'employé a été corroboré par une vidéo, prise début 2026 et authentifiée par Human Rights Watch, qui montre de hautes flammes s'élevant d'un incinérateur à ciel ouvert à l'intérieur de l'installation, la nuit. Des habitants de Kinkazi ont également signalé des feux provenant du site chaque nuit. Un producteur de vin de palme, âgé de 40 ans et originaire de Kinkazi, a déclaré : « La nuit, on sent la fumée qui se dirige vers le village. On sent l’odeur de fumée, et cela sent mauvais ». 

Click to expand Image Incinérateurs du centre de traitement des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en République démocratique du Congo. © 2026 Privé Click to expand Image L'incinérateur du centre de traitement des déchets de Perenco, près du village de Kinkazi, en pleine activité nocturne. © 2026 Privé

Daniel Bain, professeur associé au département de géologie et de sciences de l'environnement de l'Université de Pittsburgh, a examiné les preuves visuelles recueillies par Human Rights Watch et a constaté que, bien que « les données sur la qualité de l'air local restent limitées, les zones proches des sites d'incinération de déchets présentent des concentrations élevées de carbone organique volatil et de particules fines dans l'atmosphère. »

Pollution de l'eau et des sols 

Human Rights Watch a constaté que Perenco n'a pas empêché les déversements et l’infiltration de pétrole brut provenant des puits de pétrole dans le sol. Le pétrole brut extrait du sol est un mélange complexe de milliers de composés chimiques et de métaux lourds, dont bon nombre sont toxiques et peuvent être nocifs pour la santé humaine. 

La loi congolaise de 2011 sur la Protection de l'environnement interdit le rejet de déchets ou d'autres substances susceptibles d'altérer ou de dégrader la qualité des eaux de surface ou souterraines, ainsi que toute activité susceptible de provoquer la pollution, l’érosion ou toute autre forme de dégradation des sols ou du sous-sol.

Plusieurs habitants au sein de la concession ont décrit comment le pétrole déborde régulièrement des puits lors de fortes pluies, souvent à proximité — voire parfois à l'intérieur — des villages. « Lorsqu’il pleut abondamment et que l’eau monte, le pétrole se répand à proximité », a déclaré un habitant de Tshiende.

À plusieurs endroits de la zone de concession, des chercheurs de Human Rights Watch ont observé et photographié des têtes de puits non protégées, recouvertes de ce qui semblait être des résidus de pétrole brut, ainsi que des traces de pétrole sur le sol environnant. 

Click to expand Image Puits de pétrole près de Tshiende, en République démocratique du Congo. © 2026 Human Rights Watch

Les chercheurs de Human Rights Watch ont également observé des pipelines provenant des installations d’extraction et de traitement du pétrole de Perenco présentant des signes visibles d’érosion, passant sous ou le long des villages et des terres agricoles et traversant parfois des rivières. Des riverains ont décrit de précédents évènements de ruptures de ces pipelines. « Les pipelines traversent les rivières et quand l'un d'entre eux éclate, le pétrole brut se déverse dans l'eau », a déclaré un habitant de Kinkazi.

Des travailleurs de l'industrie pétrolière ont déclaré que ces fuites et débordements fréquents sont le résultat d'un entretien insuffisant des infrastructures pétrolières. Un ancien employé a expliqué : « Il n’y a pas d’entretien régulier des pipelines, et ils ne nettoient que les grosses canalisations, pas les petites. En cas de forte chaleur, la densité diminue et cela provoque une explosion. » Daniel Bain, professeur á l'Université de Pittsburgh, a également souligné le manque de mesures préventives, notant que les sites de forage ne semblaient pas être entourés de digues de terre pour contenir les fuites.

Le gouvernement congolais n'effectue pas de suivi régulier des conditions environnementales dans la région, selon Human Rights Watch. Cependant, une enquête officielle menée en 2013 par une commission du Sénat a révélé une contamination des eaux souterraines et de surface de la région par des hydrocarbures et des métaux lourds. Des échantillons d'eau prélevés dans le cadre de cette enquête ont montré la présence de plomb et de mercure à des niveaux dépassant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé en matière de qualité de l'eau potable. Le plomb est un métal lourd particulièrement nocif : une exposition chronique peut nuire aux reins, au système cardiovasculaire, à la santé reproductive et contribuer à l’anémie ainsi qu’à l’hypertension. Le mercure peut nuire aux systèmes nerveux, digestif et immunitaire, ainsi qu'aux poumons, aux reins, à la peau et aux yeux, et des effets graves sur la santé sont possibles même à de faibles niveaux d'exposition.

Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch

Une étude menée en 2025 par plusieurs universités de la RD Congo et du Cameroun a révélé des niveaux élevés de composés organiques volatils et d'hydrocarbures dans les sols à proximité des puits de pétrole des villages de Kinkazi, Kitombe et Tshiende. Les auteurs ont conclu que ces polluants présentaient des risques potentiels pour les écosystèmes et la santé humaine, et ont recommandé des mesures de dépollution des sols, ainsi que la mise en place d'un système de surveillance à long terme de la qualité des sols et des eaux souterraines.

Dans un échange avec Human Rights Watch, Perenco a déclaré que « l'intégrité des infrastructures et la prévention de la pollution » étaient « au cœur de ses activités » et « structurées autour de ‘trois principes fondamentaux’ : l'inspection systématique des équipements et des infrastructures, l'évaluation technique et structurelle des actifs après chaque inspection, et les opérations de réparation ou de remplacement lorsque cela s'avère nécessaire. » L’entreprise a indiqué que « depuis 2021, elle avait investi plus de 100 millions de dollars » dans l’intégrité des infrastructures ainsi que dans les opérations de maintenance et « démantelé 35 km de pipelines terrestres ».

Perenco a également indiqué que de « nombreuses sources de dommages environnementaux » devraient être prises en compte, telles que « l’utilisation quotidienne par la population locale des cours d’eau et des rivières pour le lavage à grande échelle de véhicules à moteur » ou « les actes fréquents de vandalisme et de sabotage de ses installations », ainsi que « l’existence d’un trafic important de carburant entre la RDC et l’Angola, impliquant le stockage, le transport et la vente de carburant dans des conditions précaires. »

Surveillance environnementale

Un représentant de l'Office Congolais de Contrôle (OCC), un organisme gouvernemental qui collabore avec le ministère de l'Environnement pour la surveillance environnementale de la concession pétrolière, s'est entretenu avec Human Rights Watch. 

Ce représentant a déclaré que, bien que l'OCC effectue des inspections ponctuelles à l'aide d'équipements portables pour mesurer les polluants atmosphériques et la contamination des sols dans plusieurs communautés — notamment Liawenda, Banana, Mibale, Nsianfumu et Makelekese — il n'existe aucun programme de surveillance gouvernemental régulier. Il a indiqué que même si Perenco avait installé des capteurs de surveillance de la qualité de l'air dans plusieurs villages, l'OCC n'avait aucun accès aux données.

En 2025, un comité du parlement régional du Kongo Central a exhorté les autorités nationales à « acquérir et installer des capteurs de surveillance nationaux … sur les sites de la province susceptibles d’être pollués », et à « exiger de toutes les entreprises se livrant à des activités polluantes qu’elles soumettent mensuellement les données de surveillance collectées par ces capteurs. » Deux membres de l'assemblée provinciale ont déclaré à Human Rights que Perenco détient des données de surveillance des polluants pour la concession, mais ne leur en a pas donné l'accès. 

Le responsable d'une organisation environnementale basée à Muanda a déclaré : « Il n'existe aucune donnée publique disponible concernant la mesure des polluants, c'est pourquoi les ONG locales tentent de commander leurs propres analyses. »

23.07.2026 à 17:30

Inde : Recours excessif à la force contre des manifestations d’étudiants

Human Rights Watch

Click to expand Image Un policier indien frappait des manifestants lors d'une marche du Cockroach Janta Party (CJP) à New Delhi, en Inde, le 20 juillet 2026.   © 2026 Kabir Jhangiani/NurPhoto via AP

(New York, 23 juillet 2026) – Les forces de sécurité indiennes ont utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques pour réprimer des manifestations d’étudiants et d’autres jeunes, pour l’essentiel pacifiques, à New Delhi le 20 juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi devrait mener sans délai une enquête impartiale sur tout recours inutile et excessif à la force, autoriser les manifestations pacifiques et cesser de suspendre l’accès aux services Internet mobiles, ce qui expose la population à des risques supplémentaires.

Les manifestations, qui ont débuté en juin pour réclamer des comptes concernant la mauvaise gestion des concours d’entrée en médecine, se sont élargies pour inclure des revendications contre le chômage et la corruption du gouvernement. Le « Cockroach Janta Party (CJP) » (« Parti populaire des cafards »), un mouvement créé par des membres de la génération Z après que le juge en chef de la Cour suprême eut comparé des jeunes chômeurs à des cafards, avait appelé à une marche pacifique vers le Parlement le 20 juillet. De nombreuses personnes, dont des policiers, ont été blessées ; une jeune manifestante se trouve dans un état critique.

« Les jeunes Indiens voulaient défiler pacifiquement vers le Parlement pour demander des comptes à leurs dirigeants élus », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la police a répondu avec des coups de matraque et des tirs de gaz lacrymogènes, et les autorités ont imposé des coupures d’Internet. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf témoins, parmi lesquels des organisateurs de la manifestation, des journalistes et des étudiants manifestants ; l’organisation a également analysé et vérifié dix vidéos publiées sur les réseaux sociaux.

Le 21 juillet, des dirigeants de l’opposition politique ont critiqué la répression policière, qualifiant le gouvernement d’« insensible » et d’« autoritaire ». La police de Delhi a temporairement placé en garde à vue plusieurs figures de proue de l’opposition après une manifestation de près de trois heures devant la résidence de Modi. La Cour suprême a refusé d’examiner un recours concernant des allégations d’abus policiers à l’encontre d’étudiants manifestants. Le juge en chef a déclaré : « Ne nous faites pas perdre notre temps. »

Depuis juin, les manifestants occupaient Jantar Mantar, un observatoire du XVIIIe siècle qui constitue un lieu de manifestation emblématique situé à quelques kilomètres du Parlement. Les manifestations ont pris de l’ampleur le 18 juillet après que la police de Delhi eut expulsé de force de Jantar Mantar l’activiste Sonam Wangchuk, qui menait une grève de la faim depuis le 28 juin, et l’eut admis dans un hôpital public.

La police de Delhi a affirmé que les manifestants avaient fait preuve d’un « comportement indiscipliné, agressif et violent », qu’ils avaient attaqué des policiers à coups de pierres et d’autres objets, qu’ils avaient vandalisé ses véhicules et qu’ils avaient recouru à des « violences à grande échelle », blessant des policiers. Human Rights Watch a vérifié une vidéo montrant des manifestants en train de frapper et de se jeter sur un policier, qui tombe à terre.

Le Cockroach Janta Party et les manifestants ont rejeté la version de la police faisant état de violences à grande échelle, affirmant que les forces de l’ordre avaient recouru à la force sans aucune provocation. « Des manifestants étaient simplement assis par terre, suppliant la police de ne pas les frapper, leur demandant : “Pourquoi nous frappez-vous ?” », a déclaré un avocat âgé de 34 ans basé à Delhi. « La foule cherchait bien plus à dialoguer avec la police qu’à riposter. Ils ne ripostaient pas et n’essayaient pas d’esquiver les coups de matraque, ils encaissaient simplement les coups. »

« Je ne m’attendais pas à ce que la police soit aussi brutale », a déclaré un photojournaliste de 24 ans qui couvrait la manifestation. « J’ai des photos de manifestants qui restaient simplement là, debout, tandis que la police les frappait. J’ai vu des policiers frapper des femmes. Les femmes suppliaient, les mains jointes, et pourtant les policiers continuaient à les frapper. »

Plusieurs manifestants ont déclaré que les forces de sécurité les avaient repoussés dans des espaces très exigus, ou avaient chargé la foule, risquant de provoquer une bousculade. « C’était étouffant, il n’y avait pratiquement pas d’espace pour respirer », a déclaré un étudiant en droit de 24 ans, décrivant une échauffourée qui a eu lieu lorsque la police a chargé des manifestants qui avaient tenté de franchir les barricades policières. « J’ai réussi tant bien que mal à rester debout, mais deux des filles qui étaient avec moi sont tombées, et des gens leur ont marché dessus. »

Human Rights Watch a vérifié six vidéos montrant des agents de sécurité utilisant des matraques ou des gaz lacrymogènes contre des manifestants, ou lançant des pierres contre eux. Une video montre une bombe lacrymogène qui atterrit et éclate au milieu d’un groupe de manifestants assis par terre. La force de l’explosion fait tomber un manifestant alors qu’il tente de s’enfuir.

Human Rights Watch a vérifié une autre vidéo montrant trois hommes en civil tenant des matraques en plastique semblables à celles utilisées par les agents de sécurité. On en voit au moins un frapper des manifestants aux côtés de policiers. Plusieurs témoins ont déclaré que des policiers en civil étaient également présents et que de nombreux policiers, ainsi que des membres de la Force d’action rapide (Rapid Action Force, RAF) chargée du maintien de l’ordre, ne portaient pas de badge nominatif, ce qui empêche de les tenir pour responsables de leurs actes. Selon des associations de défense des droits numériques, les manifestants ont également fait l’objet d’une surveillance à l’aide de systèmes de reconnaissance faciale.

Les opérateurs de télécommunications auraient reçu l’ordre de couper les services Internet mobiles dans certains quartiers du centre de Delhi le 20 juillet. Cependant, le gouvernement n’a pas respecté les directives de la Cour suprême exigeant que les ordres de suspension soient rendus publics. Un manifestant a déclaré avoir perdu ses amis dans la bousculade, puis avoir été frappé au coude par un policier avec une matraque. Mais il n’a pas pu retrouver ses amis, a-t-il expliqué, car les autorités « avaient coupé l’Internet mobile et brouillé les réseaux mobiles, de sorte qu’aucun appel ne passait ».

Les autorités indiennes recourent souvent à des coupures d'accès à Internet lors de manifestations afin de restreindre l’accès à l’information, de dissimuler les exactions commises par les forces de sécurité et d’empêcher toute documentation indépendante de ces violations, a déclaré Human Rights Watch. L’accès à Internet est pourtant largement reconnu comme un moyen essentiel de faire respecter divers droits humains garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et d’autres instruments relatifs aux droits humains auxquels l’Inde est un État partie. En 2016, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution condamnant sans équivoque « les [coupures d’Internet] qui visent à empêcher ou à perturber délibérément l’accès à l’information », et appelant tous les États à « s’abstenir de telles pratiques et à les faire cesser ».

Le droit de se réunir et de manifester pacifiquement est un droit fondamental protégé par le droit international des droits humains. Les Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois stipulent que les agents ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire. Lorsqu’ils recourent à la force, les responsables de l’application des lois doivent faire preuve de retenue et agir de manière proportionnée à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre. Les Lignes directrices de l’ONU portant sur l'utilisation des armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois indique que les gaz lacrymogènes ne doivent être employés que lorsque cela est nécessaire pour prévenir d’autres dommages physiques et ne doivent pas être utilisés pour disperser des manifestations non violentes.

 « La police indienne a une longue histoire de violations graves des droits humains commises en toute impunité », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les autorités devraient mener sans délai une enquête impartiale sur les exactions commises par les forces de sécurité à l’encontre des manifestants à Delhi, et poursuivre en justice de manière appropriée les responsables, quel que soit leur grade. »

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