Revues

▸ les 10 dernières parutions

11.11.2022 à 13:21

Séminaire du 30 novembre 2022 : Soigner notre condition terrestre, habiter la Terre en communs

La rédaction de Terrestres

Comment imaginer et inventer les institutions politiques capables de répondre aux défis de la catastrophe écologique ? Comment prendre soin des mondes et des milieux que nous habitons en réinventant les formes du vivre ensemble dans une perspective multispécifique, décoloniale et écoféministe ?

L’article Séminaire du 30 novembre 2022 : Soigner notre condition terrestre, habiter la Terre en communs est apparu en premier sur Terrestres.

Texte intégral (860 mots)
Temps de lecture : 2 minutes

Cette séance du séminaire sera l’occasion pour Sophie Gosselin et David gé Bartoli de présenter leur livre La condition terrestre, Habiter la Terre en communs (éditions du Seuil, collection Anthropocène, oct 2022).

De 19h à 21h à La Parole Errante (Espace autogéré d’expérimentations politiques et sociales), 9 Rue François Debergue, 93100 Montreuil.

Animation de la séance : Geneviève Azam, Eloise Bérard et Pierre de Jouvancourt.

L’espace-temps du politique change : la Terre et la multiplicité des êtres qui la composent font irruption dans les affaires humaines en réagissant aux assauts continus d’un front de modernisation mené par l’État-Capital. La condition moderne, portée par des droits anthropocentrés et des mesures politiques gouvernées par l’exploitation systématique des ressources naturelles et la mise au travail de tous les êtres, s’effondre.

En menant une vaste enquête à travers le monde, ce livre ouvre un autre chemin : penser et habiter notre condition terrestre. Des montagnes andines de Bolivie à la rivière Whanganui de Nouvelle-Zélande, de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en France à l’archipel des îles de Kanaky-Nouvelle Calédonie, du fleuve Elwha aux États-Unis à la rébellion des zapatistes du Chiapas mexicain, les auteurs explorent les processus cosmopolitiques et les inventions institutionnelles qui redonnent à des communautés d’habitant-e-s les moyens d’habiter la Terre.

C’est alors tout le paysage politique de la modernité qui se déplace : l’individu devient personne relationnelle, la démocratie citoyenne et représentative devient l’assemblée multispécifique d’habitants, les peuples nationaux se transforment en peuples-rivières, peuples-montagnes ou peuples-archipels, la souveraineté de l’État se partage pour tenir compte des perspectives décoloniales, interspécifiques et écoféministes. Ces réinventions nous engagent à réhabiter autrement nos relations, nos affects, nos imaginaires afin de vivre une Terre en communs : une Terre faite de plusieurs mondes.

SOUTENIR TERRESTRES

Nous vivons actuellement des bouleversements écologiques inouïs. La revue Terrestres a l’ambition de penser ces métamorphoses.

Soutenez Terrestres pour :

  • assurer l’indépendance de la revue et de ses regards critiques
  • contribuer à la création et la diffusion d’articles de fond qui nourrissent les débats contemporains
  • permettre le financement des deux salaires qui co-animent la revue, aux côtés d’un collectif bénévole
  • pérenniser une jeune structure qui rencontre chaque mois un public grandissant

Des dizaines de milliers de personnes lisent chaque mois notre revue singulière et indépendante. Nous nous en réjouissons, mais nous avons besoin de votre soutien pour durer et amplifier notre travail éditorial. Même pour 2 €, vous pouvez soutenir Terrestres — et cela ne prend qu’une minute..

Terrestres est une association reconnue organisme d’intérêt général : les dons que nous recevons ouvrent le droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant. Autrement dit, pour un don de 10€, il ne vous en coûtera que 3,40€.

Merci pour votre soutien !

L’article Séminaire du 30 novembre 2022 : Soigner notre condition terrestre, habiter la Terre en communs est apparu en premier sur Terrestres.

09.11.2022 à 15:20

L’État social contre la Sociale

Bernard Friot

Bonnes feuilles - Dans les débats publics, la protection sociale est souvent considérée comme une mission de l’État providence sans cesse dévaluée par des politiques néo-libérales. Une autre perspective ancrée dans la longue durée invite à y voir une opposition entre l’État social et la Sociale : celle-ci symbolise la protection sociale auto-organisée par les travailleures·ses que l’État tente de détricoter et de contrôler jusqu’à en changer sa nature.

L’article L’État social contre la Sociale est apparu en premier sur Terrestres.

Texte intégral (5053 mots)
Temps de lecture : 13 minutes

Ce texte est l’introduction de La bataille de la Sécu (La Fabrique, 2022) de Nicolas Da Silva.


La bataille de la Sécu nous propose le récit détaillé de l’histoire de la production de soin de santé en France depuis la fin du XVIIIe siècle : les lectrices et lecteurs vont tirer grand profit d’un texte synthétique qui rend accessible un ensemble impressionnant de données dont témoigne la bibliographie. Espérons que les programmes scolaires, les formations syndicales, l’éducation populaire sauront faire leur miel de ce très beau travail. Et que des artistes s’en empareront, pour contribuer à faire bouger nos imaginaires et nos émotions sur la question si centrale de « la Sécu ».

Car nos imaginaires et nos émotions en la matière sont aliénés. Aliénés par l’adhésion à l’État social. L’État social fait consensus : les politiques étatiques de santé, et plus largement de sécurité sociale, sont lues comme un outil de redistribution des ressources, de réduction des inégalités, d’accès populaire à des services publics. Bref, pour reprendre un lieu commun, les politiques étatiques produiraient le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Nicolas Da Silva nous dégrise de cet enchantement pour nous proposer une histoire de la production de soin inscrite dans la lutte des classes. Et dans cette lutte l’État social, loin d’être force de progrès, joue la carte capitaliste contre son adversaire, l’auto-organisation populaire que l’auteur désigne sous le terme la Sociale.

C’est ici l’apport majeur, à mon sens, de La bataille de la Sécu. Une institution comme la Sécurité sociale, dont le régime général mis en place en 1946 gère dès sa naissance l’équivalent de la moitié du budget de l’État, et bientôt davantage que ce dernier, est d’abord un enjeu de pouvoir économique : qui décide du salaire et donc de la production ? Toute lecture de « la Sécu » qui n’est pas centrée sur la question du pouvoir économique manque sa cible. La bourgeoisie capitaliste entend construire son monopole sur le travail, s’opposer à toute autonomie populaire en matière de décision sur la production. L’État social est une pièce maîtresse, une arme de guerre contre cette autonomie.

Le qualificatif « de guerre » ne vient pas ici par hasard, il fait écho à ce qui constitue un point central de la démonstration de Nicolas Da Silva : l’État social naît de la guerre totale telle que l’initient les deux guerres mondiales.

Ce propos est à méditer dans nos sociétés capitalistes contemporaines « en guerre » depuis vingt ans. « En guerre » contre le terrorisme, puis contre la crise des subprimes, puis contre la Covid-19, puis contre l’agression russe en Ukraine, en attendant la nécessaire prochaine guerre de la classe dirigeante qui cherche à nous entraîner dans une Union sacrée dont nous savons depuis août 1914 ce qu’elle veut dire. Et nous savons mieux depuis vingt ans ce que cette récurrence de l’« en guerre », cette pérennisation de l’état d’urgence avec ses atteintes aux libertés publiques portent de collusion croissante entre l’État social et les multinationales capitalistes. Collusion sur le front de la destruction des droits salariaux, collusion sur le front de la gestion de l’État comme une entreprise capitaliste, collusion sur le front de l’imposition de normes assurant profit et impunité au cœur financier de la bourgeoisie, collusion sur le front de politiques publiques construites comme épicentre de la prédation capitaliste. Si La bataille de la Sécu contribue à disqualifier les menées guerrières poursuivies aujourd’hui derrière le drapeau de l’État social, Nicolas Da Silva aura fait œuvre très utile.

La thèse soutenue est la suivante. La sécurité sociale est une institution publique. Mais « public » renvoie dans notre histoire à deux dynamiques contradictoires : celle qui est portée par l’État – l’État social – et celle qui est portée par les intéressés eux-mêmes – la Sociale. Confondre, comme on le fait souvent, public et étatique, c’est se condamner à ignorer l’acteur populaire et sa capacité – je cite l’auteur dans sa conclusion – à « construire un monde en dehors de la domination étatique et de l’exploitation capitaliste ». État social et Sociale ne sont pas des acteurs intemporels, ils se sont imposés dans les moments de conflit brûlants : s’agissant de l’État social, pendant la « guerre totale » qui mobilise toute la société sans séparation entre soldat et citoyen, et, s’agissant de la Sociale, pendant les périodes révolutionnaires. L’État social s’impose pendant les deux guerres mondiales, tandis que la Sociale est née en 1871 de la Commune et en 1946 de la Résistance et de la Libération, des moments où « l’organisation sociale se fait par en bas, contre l’État ». Je renvoie de nouveau à la conclusion : « L’histoire contradictoire de la protection sociale publique s’inscrit dans l’opposition entre gouvernement représentatif et démocratie » telle qu’elle commence à se jouer entre 1789 et 1795, autour de la Constitution de l’an II, bien davantage que dans des débats et des mobilisations autour de la lutte contre la misère et les inégalités. Voilà qui nous prémunit contre trop d’histoires de la sécurité sociale qui vont chercher sa dynamique dans le ciel des idées, par exemple dans le solidarisme de Léon Bourgeois, ou alors dans une poursuite non contradictoire de la logique capitaliste, comme le « compromis institutionnalisé » fordien ; ou qui nous noient dans des considérations techniques. Voilà qui nous invite à lutter pour le public auto-organisé contre le public étatique.

Qu’en est-il si on examine les choses chronologiquement ? Je ne peux reprendre, bien sûr, que quelques-uns des éléments d’une très riche démonstration.

À la fin du XVIIIe siècle, l’État social n’est pas à l’ordre du jour de la bourgeoisie révolutionnaire, mais les sociétés de secours mutuel, embryon de la Sociale, vont concentrer l’attention de la classe dirigeante au XIXe siècle. C’est l’objet du décret du 26 mars 1852 légalisant la mutualité. Je cite Nicolas Da Silva : « Alors que les mutuelles sont des lieux de socialisation ouvrière potentiellement subversifs où se pense la transformation sociale par l’auto-organisation, il s’agit d’en faire des institutions intégrées à l’ordre social », de changer « le sens de la mutuelle : d’une institution d’émancipation dirigée contre le capital et l’État à une institution de gestion de la souffrance créée par le capitalisme industriel. […] Les mutuelles “approuvées” donnent de nombreux avantages en contrepartie d’un contrôle politique fort des élites de l’Empire, tandis que les mutuelles “autorisées” ne bénéficient d’aucun avantage et s’exposent aux forces de la répression par leur refus de l’approbation. Sommés de choisir l’un ou l’autre statut juridique, les militants se séparent entre ceux qui acceptent l’ordre établi et ceux qui, en conservant leur autonomie, le combattent ». Et – toujours la collusion entre l’État et le capital – « alors que les sociétés de secours mutuel étaient organisées en fonction des métiers, les mutuelles approuvées sont principalement organisées sur une base territoriale […]. L’organisation spatiale plutôt que professionnelle a pour objectif d’empêcher que les mutuelles servent à défendre les intérêts des ouvriers face aux employeurs ». Cependant que « l’institutionnalisation des membres honoraires a pour objectif explicite de “moraliser” la classe ouvrière, c’est-à-dire d’empêcher que les buts de secours soient détournés, en particulier pour organiser la conflictualité de classe ». On retrouve « l’histoire de la lutte entre démocratie et représentation telle qu’elle commence en 1789. L’État autorise les ouvriers attachés aux principes démocratiques à s’auto-organiser, mais c’est pour mieux les surveiller et les réprimer. À ceux qui acceptent la délégation de pouvoir, via le rôle du préfet, du clergé et des membres honoraires, l’État offre des avantages matériels importants ».

Si je cite longuement ce passage sur la mutualité du Second Empire, c’est que, comme le montre en détail la suite de l’ouvrage, la République va s’appuyer sur elle contre le syndicalisme tandis que l’État social du XXe siècle l’utilisera dans les assurances sociales de 1930 avant de l’instrumenter de nouveau depuis 1947 pour combattre toute renaissance de l’auto-organisation instituée à vaste échelle de 1946 à 1967 dans le régime général. Car contre la Sociale, la « forme non capitaliste » de la mutualité en fait un cheval de Troie particulièrement efficace du couple État social/capital.

Venons-en maintenant à la naissance de l’État social et à l’affirmation de son contraire, la Sociale.

« Le soin, écrit Nicolas Da Silva, est un sujet politique et de politique publique bien avant la première moitié du XXe siècle. Cependant, ce n’est qu’avec les deux guerres mondiales que l’on constate l’explosion du secteur des soins dans les dépenses de l’État. Pour comprendre le lien entre guerre totale et État social, il est nécessaire de déplacer le regard que l’on porte habituellement sur les périodes de guerre. Ce ne sont pas des parenthèses entre deux cycles de paix, ce sont des périodes fondatrices d’un nouvel ordre trouvant ses racines dans la préparation, la conduite et les conséquences de la guerre. La Grande Guerre (1914-1918) modifie la place de l’État dans la société, rendant possible ce qui était autrefois impossible : l’adoption des assurances sociales de 1928-1930. L’État ne devient social que parce qu’il a organisé la guerre totale. »

L’ouvrage développe longuement la manière dont la préparation, la conduite et les conséquences de la guerre de 1914-1918 conduisent à une prise en charge durable de la santé, de la natalité et de l’enfance, du handicap, de la vieillesse, du logement, par l’État. Alors que le PIB réel de 1919 est inférieur de 30 % à celui de 1913, que l’inflation multiplie par 100 les prix entre 1914 et 1945, ce qui ruine les pratiques traditionnelles de prévoyance, et que les salaires réels ouvriers ne retrouveront qu’en 1930 leur niveau de 1911, les assurances sociales mises en débat dès 1921 ne sont pas compréhensibles sans l’urgente nécessité du maintien, par un État devenu omniprésent, d’un ordre social très menacé.

Mais ce qui est passionnant dans cette affaire, c’est que si la CFTC, nouveau syndicat lié à l’Église, la CGT-Confédérée liée à la SFIO et la mutualité bien sûr soutiennent dans l’entre-deux-guerres l’État social en train de s’affirmer, il en va tout autrement de la CGT-Unitaire liée au Parti communiste et aux anarchistes, qui refuse les assurances sociales et aussi les allocations familiales, arme du patronat contre la hausse des salaires. Non sans référence au précédent de la Commune de Paris, la CGT-U construit au quotidien à compter de 1922, et évidemment dans les occupations d’usines de 1936 et dans la Résistance, où elle s’élargit au-delà des seuls syndicalistes, les conditions d’une sécurité sociale auto-organisée à vaste échelle à compter de 1946. Comme l’écrit excellemment Nicolas Da Silva, « la Seconde Guerre mondiale relève de la guerre totale, mais l’originalité du cas français réside dans la résistance d’une partie de la population à l’État collaborateur – un terreau essentiel pour la réémergence de la Sociale. Le chemin tracé par la Commune soixante-dix ans plus tôt refait surface. »

Je ne saurais trop insister sur l’importance de la restitution minutieuse du conflit de 1945-1946 qu’opère La bataille de la Sécu contre une histoire officielle qui le nie derrière la fable d’une union des communistes aux gaullistes sur le plan complet de sécurité sociale évoqué en une phrase dans le programme du CNR. Le régime général que mettent en place les militants essentiellement communistes de la CGT au cours du premier semestre de 1946 est le contraire de l’État social élaboré avec l’appui de la mutualité dans la collusion de l’État et du capital au cours des décennies précédentes. Comme l’écrit Nicolas Da Silva, « l’enjeu central qui cristallise les conflits est l’éventuelle création d’un régime général de sécurité sociale dont le pouvoir de gestion serait confié aux intéressés eux-mêmes en dehors de tout paternalisme patronal, confessionnel, mutualiste ou étatique. L’enjeu porte sur la renaissance de la Sociale ou la généralisation de l’État social. » Unicité du régime, unicité d’un taux de cotisation interprofessionnel, gestion par les intéressés eux-mêmes, perception des cotisations par le régime et non par l’État, qualité du statut des salariés des caisses, bureaux de vote et antennes du régime dans les entreprises, capacité de former soigneusement les administrateurs, ce sont là des lignes rouges de la transformation d’une institution de classe du capital en une institution de classe des travailleurs. Elles vont faire l’objet d’un combat acharné dont rend compte l’ouvrage dans un récit qui anéantit l’histoire officielle, toute à la gloire de l’État social. L’auteur propose une explication d’une telle réussite populaire – une réussite exceptionnelle même si elle n’est pas totale – qui me semble très pertinente : la répression anti-communiste et anti-ouvrière menée par le gouvernement pendant la « drôle de guerre » de septembre 1939 à avril 1940 suivie de « l’étrange défaite » de mai-juin et de la collaboration d’État avec le nazisme pendant quatre ans, tout cela polarise le conflit « entre un pôle collaborateur et un pôle résistant », avec « une partie significative de la population » qui « organise la résistance face à l’occupation et à l’État vichyste ». Et donc à l’État social dont Vichy a été un ardent promoteur.

La suite de l’histoire se lit sans peine. Que des travailleurs gèrent dans le régime général l’équivalent du budget de l’État, même si c’est dans les limites imposées par les ordonnances d’octobre 1945, qu’ils sortent de la protestation et de la victimisation pour exercer une responsabilité économique majeure est absolument intolérable pour la classe dirigeante. Comme l’écrit Nicolas Da Silva : « L’enjeu n’est pas l’argent mais le pouvoir. […] Le régime général s’inscrit dans les pas des grandes luttes pour la démocratisation depuis 1789. Pour la première fois, la classe ouvrière organisée est en mesure de diriger une partie significative de l’activité économique du pays. Ceci est insupportable pour tous les conservateurs et réactionnaires qui préfèrent le système représentatif à la démocratie, le paternalisme à l’auto-organisation, l’État social à la Sociale. » L’existence du régime général et sa gouvernance vont faire l’objet d’une lutte de classes de tous les instants. Tandis que, bien que victorieuse aux élections des conseils des caisses en 1947, la CGT se heurte à l’alliance de l’État, du patronat, de FO et de la CFTC, l’analyse du débat parlementaire qui à l’été 1949 porte sur le principe même d’un régime général fournit l’argumentaire indéfiniment rabâché pour justifier « la réforme » : la fraude et les abus des assurés, le vieillissement de la population, l’inefficacité du régime général appellent le renforcement du contrôle et de l’étatisation, le déremboursement du petit risque et le transfert à la mutualité.

L’acharnement contre un régime général géré par les assurés eux-mêmes est d’autant plus fort que cette auto-organisation distante tant de l’État que du capital va rendre possible dans les années 1960 une considérable réussite en matière de production de soin portée par une forte hausse du taux de cotisation après sa stagnation dans les années 1950. Comme l’écrit l’auteur, « non seulement la classe ouvrière dirige une institution d’ampleur, libérée de toute forme de paternalisme social, mais elle finance en plus le développement de la production de soin en dehors des contraintes du capital et de l’État. » Qu’un tel dispositif puisse se généraliser à l’ensemble de la production est une véritable hantise pour une classe dirigeante qui va dès lors s’employer à asphyxier le régime général d’assurance maladie tout en organisant sa réappropriation par l’État social au bénéfice du capital. Cette clé de lecture permet un récit particulièrement stimulant de l’étatisation du régime général, depuis le retour de De Gaulle en 1958 jusqu’au plan Juppé de 1995-96, et de « la réforme » telle qu’elle est inscrite à l’agenda de tous les gouvernements depuis les années 1980. En matière de santé, « l’avènement progressif de l’État social contre la Sociale libère le cycle des réformes visant à réduire les capacités publiques de production de soin » et à mettre en œuvre « industrialisation et dépossession du travail de soin ». Comme l’écrit Nicolas Da Silva au terme d’une présentation très minutieuse : « La convention de qualité des soins industrielle n’est pas un problème en soi. […] Le grand échec de l’industrialisation des soins provient de son instrumentalisation par l’État. L’enjeu de l’industrialisation n’a pas été la promotion de la convention de qualité industrielle mais l’utilisation de cet imaginaire pour imposer un contrôle sur le travail visant à réduire les dépenses de soin. […] Non seulement l’État s’est réapproprié la sécurité sociale, mais il s’est aussi réapproprié la définition du travail de soin – au détriment des professionnels et des patients. »

Résultat de la réaffirmation de l’État social : s’épanouit aujourd’hui un capitalisme sanitaire reposant sur la consanguinité des élites politiques et économiques. Ce que Nicolas Da Silva, reprenant ce terme à Gabriel Kolko, définit comme un capitalisme politique dont il analyse en détail les quatre terrains.

Le plan Juppé d’étatisation a acté en 1996 le gel définitif, quand ce n’est pas le recul organisé, du taux de cotisation et initié une financiarisation scandaleuse dont le clou est la CADES, invraisemblable livraison des cotisations aux prêteurs, ce à quoi s’emploie aussi l’ACOSS tandis que, « à l’agonie, les hôpitaux n’ont pas eu d’autre choix que d’accepter la violence du gouvernement par la dette ». Ainsi, « chaque année, à cause de la politique d’endettement, la sécurité sociale attribue près de 17 milliards d’euros au paiement de la dette ».

« Rêve éveillé du capital », l’industrie pharmaceutique « illustre à merveille l’entrelacement de l’État social et du capital au détriment du plus grand nombre. […] Parce que l’État social assure l’accès au médicament, il peut plus facilement organiser l’exploitation par l’industrie pharmaceutique ». « Le brevet, le mode de fixation des prix et la solvabilisation de l’activité par la sécurité sociale organisent un monde à part. La proximité entre élites politiques et économiques permet aux deux types d’acteurs de renforcer mutuellement leur pouvoir. Qui irait remettre en cause l’État social qui finance les médicaments ? Qui irait remettre en cause le capital pharmaceutique qui découvre les remèdes permettant de soigner et guérir les malades ? » Le texte fourmille d’exemples des pratiques inouïes que cela permet, alors même que Sanofi a été incapable de mettre au point un vaccin contre la Covid-19.

Dans les débats publics, la protection sociale est souvent considérée à travers un rapport de force entre État et économie, ou encore comme une mission de l’État providence sans cesse dévaluée par des politiques néo-libérales. Cependant, sur le temps long de l'histoire et sur le temps bref de l'actualité, l’État social se révèle comme une politique de contrôle et de détricotage de la protection sociale auto-organisée par les travailleures·ses.

Dans les trous aujourd’hui béants de la production hospitalière de soin, et soutenus par l’État social dans leur bataille contre les libéraux, les groupes capitalistes prennent une place croissante dans les cliniques, les centres de santé, les Ehpad et les laboratoires d’analyses médicales.

Enfin, et nous retrouvons nos (chères) mutuelles du départ, au recul constant des régimes complémentaires jusqu’aux années 1980 a succédé depuis la loi Évin de 1989 leur réaffirmation comme second pilier, rendu obligatoire par l’État social en 2016. Cette prétendue « assurance maladie complémentaire » obéit à la logique financière et concurrentielle du second pilier (d’où des coûts de gestion stupéfiants : 7,5 milliards en 2018 pour distribuer 30 milliards de prestations, à comparer aux 7,3 milliards du régime général qui en a distribué 206,5 milliards), tout en fonctionnant à l’inverse de la sécurité sociale en termes de rapport entre poids de la cotisation dans les revenus et qualité de la prestation.

Je conclus : les lectrices et lecteurs éventuellement entrés dans La bataille de la Sécu en croyants de l’État social en sortiront à coup sûr, et c’est heureux, en athées convaincus. L’effectivité et la réussite de la Sociale entre 1946 et les années 1960 sont un déjà-là alternatif réconfortant. Un déjà-là d’auto-organisation d’une fonction collective macro-économique, le régime général, qui a rendu possible la mise en place dans les années 1960 d’une production de soin en sécurité sociale, à distance de l’État social et du capital, classée au premier rang mondial pendant plusieurs décennies. Nous savons donc ce qui est possible et ce qu’il nous reste à faire. Appelons-le par son nom : communisme, auto–organisation par les citoyens-travailleurs de la production et des fonctions collectives, production communiste et État communiste donc. Nous avons fait de 1946 à 1967 l’expérience heureuse de la gestion par les intéressés du régime général, prémices d’un État communiste. Nous avons fait à compter des années 1960 l’expérience heureuse d’une production de soin par des soignants qui soignaient puisqu’ils étaient libérés du marché du travail et de la dette, prémices d’une production communiste. Sortir l’État et la production des griffes du capital est possible. Nous allons reprendre la construction d’un État communiste en mettant toutes les fonctions collectives en autogestion. Et reprendre la dynamique d’une production communiste en mettant toutes les productions en sécurité sociale.


SOUTENIR TERRESTRES

Nous vivons actuellement des bouleversements écologiques inouïs. La revue Terrestres a l’ambition de penser ces métamorphoses.

Soutenez Terrestres pour :

  • assurer l’indépendance de la revue et de ses regards critiques
  • contribuer à la création et la diffusion d’articles de fond qui nourrissent les débats contemporains
  • permettre le financement des deux salaires qui co-animent la revue, aux côtés d’un collectif bénévole
  • pérenniser une jeune structure qui rencontre chaque mois un public grandissant

Des dizaines de milliers de personnes lisent chaque mois notre revue singulière et indépendante. Nous nous en réjouissons, mais nous avons besoin de votre soutien pour durer et amplifier notre travail éditorial. Même pour 2 €, vous pouvez soutenir Terrestres — et cela ne prend qu’une minute..

Terrestres est une association reconnue organisme d’intérêt général : les dons que nous recevons ouvrent le droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant. Autrement dit, pour un don de 10€, il ne vous en coûtera que 3,40€.

Merci pour votre soutien !

L’article L’État social contre la Sociale est apparu en premier sur Terrestres.

01.11.2022 à 08:00

Devenir sans-terre, un chemin politique

Till Roeskens &nbsp&middot&nbsp Muriel

Les parcours de retours à la terre prennent des voies multiples qui permettent souvent d'éprouver au plus près les enjeux politiques des territoires. Nous publions ici un entretien retraçant le cheminement de Muriel, passant de la gestion de projet humanitaire au mouvement brésilien des Sans Terre, pour un retour ancré en France.

L’article Devenir sans-terre, un chemin politique est apparu en premier sur Terrestres.

Texte intégral (7192 mots)
Temps de lecture : 20 minutes

J’avais furtivement croisé Muriel à une réunion du mouvement des Soulèvements de la terre. Elle m’avait dit qu’elle s’était pas mal questionnée sur l’histoire de la propriété de la terre, qu’elle était allée voir les sans-terre du Brésil, et qu’avec son ami, iels avaient créé une conférence intitulée « Enfants de Sans-terre – chronique d’une puissance confisquée »… mais qu’elle n’avait pas le temps de la montrer. J’avais précieusement gardé le souvenir de cet échange, comme une promesse d’arriver un jour à mieux saisir deux-trois trucs fondamentaux à propos de nos vies déracinées. Retrouvailles par visio-conférence deux ans plus tard…


Bonjour Muriel… tu fais quoi en ce moment ?

Je suis salariée agricole, dans une petite ferme en Bretagne. Je fais des clôtures, je déplace les vaches, je leur amène l’eau, je fais de la vente… mais les ventes sont en baisse et tout le monde est tendu. Et on attend la pluie.

Les vieilles pierres derrière toi, c’est la maison que vous retapez ?

Oui. Là il y a encore les bottes de paille, là il y a un énorme trou qu’il faut combler… l’objectif premier c’est d’avoir un sol, pour pouvoir emménager dans notre maison. Et avoir des fenêtres et des portes.

Et… comment en es-tu venue à t’intéresser à la terre ?

Moi, au départ… je faisais de la gestion de projet. Je n’étais pas paysanne. Je travaillais sur des projets de coopération, en Israël et en Palestine, pour l’accès à la terre. Là-bas, la question de la terre était indissociable de celle de l’occupation, de la colonisation, de façon plus évidente que ce qui se passe au Brésil ou en France, par exemple…

Et alors ça a influencé ton regard sur ce qui se passe avec la propriété de la terre ici ? Tu y as vu une autre forme de colonisation… d’occupation, en tout cas ?

Non. Je n’ai pas du tout vu ça, à l’époque ! Parce que si j’avais observé, compris ces mécanismes-là, je n’aurais pas fait le parcours que j’ai fait : rentrer, faire des études d’humanitaire, et partir travailler dans l’économie sociale et solidaire !

J’ai grandi dans un milieu plutôt aisé, sans être jamais vraiment dans le besoin, et toujours avec ce truc très bienveillant, de se dire, on va sauver le monde, avec mon Bac+5 je vais m’engager dans une ONG pour aller… sauver la nature et les pauvres ! J’ai mis quelques années à voir que je m’étais mis le doigt dans l’œil.

Après mes études, j’ai travaillé à Paris dans un réseau d’insertion socio-professionnelle. Mon idéal, c’était de permettre aux gens de subvenir à leurs besoins en travaillant la terre. Mais la réalité, c’étaient des gens qui venaient bosser dur pour un SMIC à mi-temps, en espérant trouver un autre travail à l’issue, donc ça demandait tant de travailleurs sociaux, donc moi j’étais là pour créer des dossiers, utiliser le langage que les financeurs avaient envie de lire, leur mettre des paillettes dans les yeux, pondre des chiffres… peu à peu, ça m’a secoué, de me demander ce que je faisais là. Je travaillais sur les résultats, sur les évaluations, je passais un temps fou sur excel à manipuler des chiffres, c’était complètement absurde, des fois j’étais là jusqu’à 22 h, et j’étais incapable de dire ce que j’avais fait de ma journée ! J’ai tenu trois ans dans un métier où on disait, ah ben ça c’est un métier de sens, dis-donc ! En fait, je ne trouvais pas souvent de sens à ce que je faisais. Ça m’a bien bouleversée, dans ma perception des choses.

C’est-à-dire ?

J’ai vu que, même si le travail réalisé était super au niveau local, l’Etat nous considérait comme une sorte de palliatif pour continuer à engendrer de la pauvreté et des contrats précaires. On était une béquille pour le fonctionnement de l’Etat, mais en plus l’Etat ne nous finançait plus que sur projet et de moins en moins, alors on contractualisait avec des entreprises privées : Total, Carrefour… Vinci !… des entreprises qui participent à bétonner les surfaces agricoles et à détruire nos autonomies, qui sont totalement nos ennemis du point de vue de l’exploitation des personnes et de la terre ! Et tout ça pour faire baisser la courbe du chômage, pour gérer la masse des chômeurs, sans s’attaquer aux causes du chômage et sans voir que le problème de fond ce n’est pas le chômage, mais l’inégalité ! Parce que les gens qui venaient travailler dans les jardins, ils avaient rien dans leur frigo ! Donc le souci n’était pas tant qu’ils trouvent un travail, mais qu’ils aient accès à un minimum pour vivre.

Tu te souviens de moments décisifs dans ce virage que tu as pris ?

Il y a eu des gens qui m’ont permis de mettre des mots sur ce que je vivais : Frank Lepage avec sa conférence gesticulée sur les mécanismes institutionnels, ou David Graeber avec son livre sur les Bullshit Jobs… je faisais exactement partie de ce mille-feuille managerial, ces boulots complètement inutiles, nos salaires auraient pu servir à payer des gens qui faisaient vraiment un travail concret, comme les travailleurs sociaux pour lesquels on travaillait, par exemple…

Et une rencontre qui est devenue très importante, avec le temps, c‘est la Zad de Notre-Dame des Landes.

La première fois que j’y suis allée, c’était assez au début des occupations contre le projet d’aéroport, quand toute cette communauté de vie paysanne s’est créée pour défendre les terres du bocage. Je n’avais pas vécu un tel élan collectif ailleurs. Surtout après la tentative d’expulsion, fin 2012… l’opération César… ils avaient fait un grand char avec le César dessus… partout il y avait cet humour, ces détournements, ce côté carnavalesque et cette joie dans la lutte. Cette célébration, être des milliers à se faire passer des planches de bois pour construire des cabanes à la grande manif de réoccupation… Mais j’ai aussi été marquée par la capacité des corps à être contraints, au froid, à l’inconfort, à l’incertitude, et cette détermination qui fait que l’on reste, on va y arriver, on reste pour construire petit à petit, bon ben la maison est brûlée, on en construit une autre… les pieds sont gelés…

On fait un feu avec les restes de la maison…

C’est ça ! Et j’avais un ami qui s’y était installé et qui me disait, mais viens ! Il se passe quelque chose là, il faut que tu viennes t’installer ! Mais… euh, attends, ça va pas… faut que je finisse mes études… faut que je travaille… et il a fallu le temps de vivre des expériences et de me rendre compte par moi-même.

J’ai quitté Paris en 2018. L’année de la deuxième expulsion, après l’abandon du projet d’aéroport. J’avais été à d’autres opérations policières, mais là… rien à voir. C’était une opération militaire ! Il y avait la violence militaire, et puis il y avait la violence de la désinformation, par les médias qui propageaient une certaine idée de la propriété, sacrée et inaliénable, et qui donnaient l’image de gens sans loi venus s’accaparer ce territoire. C’est l’image qui est toujours associée aux squats : voyez ces malfrats qui se permettent d’entrer chez les gens comme ça… on crée une image un peu monstrueuse du squatteur, qui fait qu’en fait, on peut le battre à mort. Puisqu’il fait quelque chose de monstrueux. Donc on peut lui faire payer avec violence ce qu’il fait. Alors qu’il fait quoi ? Il use d’un bien pour répondre à des besoins élémentaires : se nourrir et avoir un toit !

Et tu m’as dit que c’est cette expulsion qui t’a donné envie d’aller voir ce qui se passait au Brésil ?

Oui, parce que ça m’a occupé l’esprit, de voir comment on arrive… à une massification de la lutte. Parce qu’à la Zad, finalement, les gens que je côtoyais venaient plutôt d’un même milieu que moi, un milieu petit-bourgeois, ayant fait des études – n’étant pas contraints de vivre ce qu’ils vivaient – ce qui n’était pas le cas de tous ceux qui vivaient à la Zad, dont beaucoup ont subi l’expulsion de plein fouet ! – mais en tout cas, ce qui m’intéressait, c’était : comment on passe d’un mouvement tel que la Zad, à un mouvement plus massif ? Plus populaire ? D’où notre curiosité, avec mon ami Basile, d’aller rencontrer le mouvement des Sans-Terres.

Crédit photo : Pablo Vergara

C’était facile ?

Facilité par le fait qu’on parle portugais et qu’on a de la famille là-bas ! Mais c’était difficile d’établir des contacts en étant loin, et on est arrivés à Rio sans trop savoir où on allait. On savait que le Mouvement des Sans-Terres (SMT) avait un magasin de producteurs dans la capitale… et par chance on est aussi tombés au moment de la foire annuelle du MST, trois jours de marché, de conférences, de tables rondes, de concerts, avec des représentants des différentes occupations qui venaient avec leurs produits, pour parler entre eux aussi et avec l’équipe de coordination de l’État de Rio… parce que le MST est assez organisé, ça ressemble à une sorte de syndicat. On a rencontré des gens, on leur a dit qu’on voulait aller dans une occupation. On a passé une sorte d’entretien, pour savoir si on était autorisé à y aller. Et puis on a été mis en lien avec plusieurs acampamentos dans le Minas Gerais, un État au nord de Rio, où il y a énormément d’extraction minière.

Notre premier acampamento, c’était Patria Livre. Ils étaient surpris de nous voir arriver, sans qu’on appartienne à une organisation ou quoi… Vous venez de la part de qui ? Quand ils ont compris qu’on avait juste envie de les connaître et de les écouter pour pouvoir en témoigner chez nous, ils étaient pas mal fiers et heureux. Nous on voulait filer un coup de main, participer à ce qu’il y avait à faire, au début c’était impossible, ils ne voulaient pas nous laisser bosser ! Non mais venez, on va aller rencontrer telle personne, telle personne, on va vous emmener ici et là… et les mesures de sécurité étaient vite oubliées. Ils étaient contents de voir que des gens de l’extérieur s’intéressaient à ce qu’ils vivaient au quotidien, à ce pourquoi ils luttaient.

C’était une toute jeune occupation, qui avait deux ans, qui s’était faite sur les terres de Eike Batista, un magnat du minerai qui depuis, a été condamné et mis en prison pour détournement de fonds. C’étaient des terres inoccupées, comme il y en a énormément au Brésil. Je crois que 50 % des terres sont détenues par 1% de latifundistes, de grands propriétaires, qui les gardent inexploitées en grande partie, pour la spéculation.

C’est dire qu’il pousse de la forêt dessus ?

Là c’était une végétation de savane. Effectivement, il faut défricher, ils ont fait tomber des arbres. Mais à côté d’eux, ils ont invité une communauté de Pataxôs à s’installer, des autochtones, qui eux, se sont installés sous les arbres, pour ne pas être visibles du ciel. Et la chef de la communauté Pataxô était en train de monter un dossier contre l’entreprise minière, dont les camions venaient déverser tous les déchets polluants dans la rivière. Et une semaine après qu’on soit repartis, le barrage de l’entreprise a cédé, et a déversé des milliers de mètres cubes de boues toxiques, il me semble qu’il y a 400 personnes qui sont mortes. Des ouvriers miniers, des gens qui vivaient le long de la rivière. Une partie de l’acampamento a été emporté. Et on a continué à avoir de leurs nouvelles, après le passage des boues ils ont tout nettoyé et ils sont venus se réinstaller – mais ils ne peuvent plus se baigner dans la rivière, ils ne peuvent plus pêcher, ils ne peuvent plus prendre l’eau pour arroser, c’est une eau qui est totalement polluée.

Crédit photo : Júlia Dolce

Il y avait combien de personnes sur cette occupation ?

Difficile à dire, ça tourne beaucoup. Entre 1000 et 1500 ? Et au début, ils en avaient mobilisé 2000 de plus pour aider à occuper, venus d’autres acampamentos. Ils affrètent des bus, et ils arrivent tous ensemble, avec les familles, avec les enfants, avec les vieillards, avec tout le monde. Ils occupent, ils montent des vigies, ils font des tours, et très vite il faut tout installer, construire les maisons, électrifier, l’accès à l’eau, trouver des occupations pour les enfants le temps de construire une école, et puis affronter la BOPE si elle vient pour les expulser. C’est les CRS de là-bas. Franchement, la BOPE, t’as pas envie de les croiser !

Dès l’arrivée, ils ont découpé la zone en lots, chaque famille avait droit à 100 m2 pour se construire sa maison. Les maisons étaient de bric et de broc, faites de ce que les gens trouvaient, des planches récupérées à droite et à gauche, des panneaux publicitaires pour faire le toit… Ensuite ils étaient divisés en quartiers, et chaque quartier devait s’auto-organiser pour les tâches communes, et organiser une parcelle de culture commune. Ils avaient peut-être un hectare par quartier, pour cultiver, pour se nourrir. Ils avaient un planning avec les diverses tâches, le jardin, les tours pour la sécurité, et ils se répartissaient les rôles.

Là c’était une occupation d’urbains, pour la plupart ils n’avaient jamais vécu à la campagne, ils n’avaient jamais cultivé. Et l’enjeu principal, pour le MST, dans les premières années d’un acampamento, c’est de faire en sorte que les gens restent. Qu’ils aient envie de rester. Souvent ça ne passe pas en premier lieu par le fait de cultiver la terre : ça passe d’abord par le fait d’avoir un toit et d’avoir confiance que personne ne va les déloger. Que leurs enfants aient des chances de ne pas tomber dans la drogue, ni se faire renverser par une voiture, ni se prendre une balle perdue en pleine rue. L’accès à l’eau, à l’électricité, à l’école, à une forme de culture… on en était là. Et la question agricole faisait partie d’un grand travail qui était mené, et qui est mené tout au long, et qui peut prendre des années et des années : une fois que les gens sont installés, qu’ils restent, et qu’ils ne vont pas vendre leur baraque, le travail de base se perpétue, pour que la lutte pour un toit se tourne ensuite vers une lutte pour la terre et pour une vie paysanne.

De quoi ils vivaient en attendant ?

De la Bolsa familia qui est une sorte de RSA, de la solidarité d’autres acampamentos, de petits boulots aux environs pour certains, puis de ce qu’ils commençaient à cultiver sur place. A Patria Livre, en plus des jardins vivriers, ils avaient déjà une unité de reproduction de poussins, ils avaient 2000 poussins à faire grandir, pour les répartir entre les maisons, et pouvoir faire des œufs, vendre du poulet etc. Là on a pu aider un peu. Et en deux ans ils avaient eu de sacrées victoires, ils avaient réussi à monter une école, à obtenir les professeurs payés par l’Etat… pour réclamer les postes, ils étaient allés occuper le siège d’une sorte d’EdF du coin…

Mais alors l’Etat n’a pas essayé de les expulser ?

Si, je pense que des expulsions avaient été tentées, mais pas jusqu’au bout… ça dépend aussi des gouverneurs en place. Au Minas Gerais, il y avait un gouverneur de gauche, qui devait être moins enclin à procéder à des expulsions. Là on parle de personnes qui étaient, pour certaines, à la rue, j’ai rencontré une jeune femme de seize ans qui se prostituait pour pouvoir vivre, des enfants qui n’étaient pas scolarisés… des gens que l’Etat, clairement, avait abandonnés, à qui il ne fournissait pas ce qu’il devait fournir, une éducation, un toit… donc des fois ça la fout mal d’expulser une organisation qui, d’une certaine manière, aussi, désengorge les villes !

Comment les occupants étaient recrutés, comment ils arrivaient là ?

C’est la coordination locale qui fait ça. Le MST est présent dans les quartiers, c’est un mouvement qui vient de la théologie de la libération, de prêtres de gauche et de syndicats qui sont déjà présents dans les quartiers. Ils font un travail de base, ils ont des permanences, ils font des activités, autour de la santé, par exemple : des campagnes pour avoir accès à des couches, à des serviettes hygiéniques, à des vaccins… et peu à peu, ils sensibilisent les gens, un peu comme ce qu’a pu faire Augusto Boal avec le Théâtre de l’opprimé : apprendre à observer quelles sont les oppressions, pourquoi on vit cette situation, se dire que ce n’est pas une fatalité, qu’on peut vivre différemment. Voyez, pourquoi vous vous faites déloger de chez vous, pourquoi vous n’avez pas accès à un lopin de terre ? Emmener les gens à dire : Oui c’est vrai, il y a une autre possibilité, je peux faire le pas d’aller occuper et peut-être la situation sera meilleure. Ils emmènent les gens visiter des acampamentos, voir d’autres personnes qui vivent dans ces situations-là. Ou alors c’est des gens des acampamentos qui viennent. C’est un travail qui prend du temps. Et une fois que l’occupation est faite, peut-être telle personne va amener sa famille, sa sœur, sa mère, et c’est aussi comme ça que se constitue le village.

Je me souviens avoir écouté, un jour, un témoignage d’un paysan du MST qui disait à quel point c’était moralement difficile d’occuper, qu’il avait perdu des amis à cause de ça, que sa famille ne lui parlait plus… ça m’avait surpris, peut-être par exotisme, j’avais imaginé que c’était plus simple de squatter au Brésil ! En fait ce n’est pas plus simple qu’ici, c’est juste… qu’ils sont courageux.

Oui, et au Brésil aussi, il y a eu une grande opération pour décrédibiliser et criminaliser le mouvement. Ça passe par des vidéos, par les réseaux sociaux, de montrer, regardez ces bandits, ces vagabonds, qui se permettent d’occuper… des terres de gens honnêtes ! Et nous on était là-bas juste après l’élection de Bolsonaro, qui voulait faire classer le MST comme organisation terroriste… mais ce n’est pas passé au Conseil constitutionnel. Mais lui et ses amis, ils haïssent le MST ! Alors qu’au regard de la taille du Brésil, et du nombre d’hectares possédés par des latifundistes, ce mouvement qui représente peut-être un million de personnes, reste très modeste !

Et il n’y avait pas de milices privées ?

Dans le Minas Gerais, non. Ça arrive plutôt dans le nord du pays. Là c’est vraiment le far west. On avait compté que depuis la première occupation, en 1984, il y avait eu une mort par semaine. Un militant se fait tuer toutes les semaines. Certains, c’est au moment d’expulsions, d’autres c’est des assassinats ciblés. Ils ciblent les coordinateurs, et donc, dans tous les acampamentos où l’on était, les coordinateurs n’avaient pas de voiture à eux, ils n’avaient pas de maison à eux, ils dormaient dans des maisons qui étaient gardées et changeaient toujours de voiture…

Les gens étaient armés, pour pouvoir se défendre ?

Non. Pas que je sache. Il n’y avait pas d’armes autorisées dans les campements. Parce que ça pouvait se retourner contre eux. A l’entrée de chaque acampamento, il y a une barrière, avec une vigie, on prend ta plaque d’immatriculation, tu dois donner ton nom, qui tu viens voir, et là on te laisse entrer ou pas – et à côté de l’entrée, il y a une pancarte avec certaines règles : interdit de porter une arme, de vendre de la drogue, de perpétrer des violences conjugales…

Dans le deuxième acampamento où l’on est allé, Maria da Conceição, il y avait des dealers qui avaient réussi à entrer, pour essayer d’enrôler des gens. Quand ils ont découvert que l’une des personnes de l’acampamento avait une arme, ça a énormément crispé tout le monde, ils se sont organisés, ils ont pris cette personne et l’ont expulsé de l’acampamento, et dans la journée la maison était détruite.

Ah ouais !

Et quand il y a des violences conjugales, c’est pareil, il y a une organisation de femmes qui vient mettre de côté la personne qui a été victime des violences, qui vient traiter la personne qui a commis des violences, pour départager, savoir ce qu’on fait, et dans certains cas elles virent la personne de l’acampamento et ne l’autorisent plus à revenir.

Représentation de l’histoire du Mouvement des Sans Terre (MST) durant leur sixième congrès national. Crédit photo : Douglas Mansur

C’était comment alors, dans les autres occupations ?

A Maria da Conceição, l’occupation était surtout tenue par des femmes. Elle avait peut-être trois ans, mais commençait déjà à produire des légumes, qui étaient vendus à Bel Horizonte, la capitale. Au début, quand la BOPE était arrivée pour expulser, c’étaient les femmes qui s’étaient mises devant, avec les enfants, enroulées dans leurs matelas pour parer les coups : Si vous voulez passer, vous devez nous passer dessus ! Avec toutes les caméras autour, avec tout le monde qui regardait… c’était fort de café ! Et il n’y avait pas eu d’expulsion. Mais il faut dire que la coordinatrice était en lien avec le commissaire local. Dès qu’il y avait une opération d’expulsion prévue, le commissaire appelait, écoute, préparez-vous, on arrive… il y a aussi ces relations-là qui font que des opérations n’arrivent pas à bout ! Parce que, même s’il y a toute cette opération de criminalisation, c’est un mouvement qui peut être populaire, auprès des gens.

Le jour où on est arrivé à Maria da Conceição, il y a eu un orage, et la foudre est tombée sur une des maisons, qui a pris feu, et un petit garçon qui était pieds nus et a été frappé par la foudre. Ça a énormément affecté tout le village. Toute la communauté s’est mobilisée pour payer les obsèques, pour accompagner la famille, qui était très religieuse. Dans tout le mouvement, les gens étaient très croyants, sauf certains coordinateurs qui étaient plutôt communistes. Donc les gens cherchaient un message divin, dans cet éclair qui leur est tombé sur la tête, et la coordinatrice qui nous accueillait était très inquiète, du drame en lui-même mais aussi de se dire, est-ce que les gens vont rester, est-ce qu’ils vont partir, est-ce que c’est le signe que la vie ici est trop dure ?

Le dernier acampamento où l’on a passé du temps était plus ancien : Quilombo Campo Grande. Là on a été accueillis par Deborah, qui était responsable de la sécurité. Avec son mari, elle avait deux-trois vaches, ils produisaient un peu de café pour la coopérative, ça leur fournissait un peu de sous, puis ils faisaient un jardin vivrier, pour manger, et elle recevait un pécule pour être coordinatrice. Elle vivait là depuis 17 ans, elle avait quasiment grandi dans cet acampamento, et ça ne faisait que cinq ans qu’elle avait réussi à se faire une maison en parpaings, dont elle était très fière. Elle nous a accueillis chez elle, où il y avait deux chambres, l’une c’était sa chambre, et l’autre la chambre-salon, qu’on partageait avec ses enfants. On regardait tous la telenovela le soir et après on allait se coucher ensemble.

Eux aussi étaient sur des terres où il y avait énormément de tensions, parce qu’elles étaient convoitées par Faria, le plus grand exportateur de café au monde. Eux-mêmes produisaient du café, ils avaient pas loin de 2000 ha et je crois que c’était la coopérative de café bio la plus grande du Brésil. Mais ils n’avaient pas un seul tracteur pour travailler ! Ils avaient obtenu ces terres dans les années 90, parce qu’elles appartenaient à une fabrique d’éthanol qui avait fait faillite, qui avait licencié tous ses ouvriers, sans indemnités… le MST s’est saisi du sujet, ils ont décidé d’occuper, et ils obtenu certaines terres en compensation, par la justice. Il y avait donc une partie qui était toujours occupée, et une partie qui était régularisée, où les gens étaient titularisés.

Mais le MST craint énormément la titularisation, parce qu’une fois qu’il y a titularisation, il y a propriété, et donc davantage de risque que le mouvement se désagrège. Parce que tu peux vendre. Eh ben, à Quilombo il y avait des gens qui allaient démarcher les occupants titularisés, un par un, maison par maison, famille par famille, pour leur proposer un billet, en échange de leur terre. Certains ont accepté. Et tous ceux qui n’étaient pas titularisés ont été expulsés pas longtemps après notre passage. En 2020, en pleine pandémie.

Crédit Photo : Leonardo Prado

Et… qu’est-ce que ça t’a fait, ces rencontres ?

De me dire : c’est dur, au quotidien. Il faut tenir. Il faut vraiment tenir pour vivre dans ces conditions, garder l’espoir, malgré la criminalisation que subit le mouvement, malgré la précarité. Et ça m’a beaucoup touché de rencontrer non seulement des personnes qui sortaient de situations de pauvreté extrême, mais aussi des gens qui venaient de familles un peu comme la mienne, qui n’étaient pas dans le besoin, mais qui avaient abandonné leurs possibilités de carrière pour vivre là, avec les autres.

Pour moi, c’était clair que je ne retournerais pas à ma vie d’avant. Aujourd’hui, je travaille comme salariée agricole à mi-temps, financièrement c’est compliqué, mais je ne me vois pas retrouver mon niveau de vie et mes occupations que j’avais. Et je veux vraiment m’installer agricultrice. Parce que si je veux contribuer à la création d’un mouvement populaire pour la reprise des terres, ce n’est pas possible en gardant les privilèges que j’avais. Parce que toute lutte est située. Je ne peux pas la mener, si je ne suis pas à la place de la personne qui produit et qui va lutter pour sa propre terre, en même temps que pour celle des autres ! D’autres l’ont dit avant moi… mais je l’ai appris dans ma chair.

Tu vois quelque part les prémisses d’un possible mouvement des sans-terres en France ?

Eh ben… les Soulèvements de la terre plus les Gilets jaunes, ensemble, ça ferait déjà un bon début pour un mouvement ?

Mais tu n’as pas rencontré de personnes qui essaient de s’organiser, d’agiter les quartiers populaires à occuper des terres de riches, par exemple ?

Non. Mais faut déjà trouver des terres à l’abandon ! Il n’y en a pas beaucoup, en France. Ici, les occupations que je vois possibles, c’est surtout sur les grands projets inutiles, pour empêcher l’artificialisation de la terre. Mais ce qu’il y a en France, c’est surtout énormément de terres qui sont en train de se libérer, parce que les agriculteurs et agricultrices partent à la retraite, avec des retraites pour beaucoup très faibles, et le parcours à l’installation est difficile pour les gens qui souhaitent prendre la relève et en plus on n’est pas nombreux ! Tout autour de moi je vois des gens qui partent à la retraite ou des gens qui lâchent, et ça part à l’agrandissement ! Alors la grande question en France me semble plutôt celle-là : qu’est-ce qui ferait que plein de gens se diraient, allez, on abandonne la situation qu’on a dans les villes, pour aller vivre de la terre ? Comment donner envie à d’autres ?

Et alors ?

Je dirai qu’il faut avant tout un revenu digne et un statut désirable. Et ça m’amène à l’idée de la Sécurité Sociale Alimentaire. Il y a de plus en plus de gens qui réfléchissent là-dessus. Ici on a monté un collectif tout récemment, pour réfléchir au niveau local, qu’est-ce qu’on met en place, pour aller vers ça. L’idée c’est d’avoir une cotisation générale, comme c’est le cas aujourd’hui pour la santé, et que ça permette à tout le monde de se procurer des aliments fermiers et biologiques à des coûts qui tiennent compte de nos moyens. En attendant, on peut faire des systèmes locaux où ceux qui ont plus de moyens paient pour ceux qui en ont moins. Il y a Kévin et Laura qui ont écrit un bouquin là-dessus, qui s’appelle Régime Général…

Et là, ça a changé mon projet. Au début j’avais une idée très vivrière de mon installation, vendre en circuit court, produire déjà pour soi-même, me dire que je n’ai pas besoin de grand-chose… mais en fait, non : c’est important de créer les conditions qui vont permettre les installations de tout de suite et de demain. C’est-à-dire : prendre toutes les terres qu’on est en capacité de prendre, pour les enlever du marché. Et dépasser la logique unique des circuits courts. Parce qu’on peut se dire, moi je vais vendre à mes voisins etc., mais là je vois concrètement que ce n’est pas évident d’en tirer un revenu, pour se tirer un revenu il faut aller à Rennes, dans les magasins de producteurs, sur les marchés bio, vendre à une certaine population, à des prix qui ne sont pas accessibles à tout le monde. Le SMIC ne permet pas de se nourrir de produits paysans, puisqu’il est pensé pour un modèle de consommation industrielle. Aujourd’hui je peux le dire, parce que je suis au SMIC et je ne peux pas me les payer !  Mais je pense qu’il est de notre responsabilité, en tant que productrices et producteurs, de proposer une nourriture saine à tous les gens de la ville.

Et alors tu as une terre en vue pour t’installer ?

Non, pas encore. Ça c’est un autre sujet, hou !

Tu vois, j’étais partie pour questionner la propriété, privée, de la terre… une notion où il y a beaucoup de flou… et finalement, le fondamental pour moi, c’est de proposer un travail qui est digne et qui te permet de manger une bonne nourriture. C’est ça qui aujourd’hui me porte. C’est devenu plus concret, au fur et à mesure que je redescends l’échelle sociale.

SOUTENIR TERRESTRES

Nous vivons actuellement des bouleversements écologiques inouïs. La revue Terrestres a l’ambition de penser ces métamorphoses.

Soutenez Terrestres pour :

  • assurer l’indépendance de la revue et de ses regards critiques
  • contribuer à la création et la diffusion d’articles de fond qui nourrissent les débats contemporains
  • permettre le financement des deux salaires qui co-animent la revue, aux côtés d’un collectif bénévole
  • pérenniser une jeune structure qui rencontre chaque mois un public grandissant

Des dizaines de milliers de personnes lisent chaque mois notre revue singulière et indépendante. Nous nous en réjouissons, mais nous avons besoin de votre soutien pour durer et amplifier notre travail éditorial. Même pour 2 €, vous pouvez soutenir Terrestres — et cela ne prend qu’une minute..

Terrestres est une association reconnue organisme d’intérêt général : les dons que nous recevons ouvrent le droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant. Autrement dit, pour un don de 10€, il ne vous en coûtera que 3,40€.

Merci pour votre soutien !

L’article Devenir sans-terre, un chemin politique est apparu en premier sur Terrestres.