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Pièces & Main d'Oeuvre

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Publié le 29.09.2022 à 21:16

J'ai visité Aquapole - Quatrième lettre de la "Capitale Verte"

Notre correspondant à Grenopolis, Arthur Morel, a déménagé sur les hauteurs et entamé une formation d'infirmier. Quand elle lui laisse du temps, il poursuit sa découverte de la ville-machine. Ainsi a-t-il visité Aquapole, la station d'épuration de la Métro, qui traite les eaux usées de 500 000 personnes, rejette le « liquide » dans l'Isère et utilise le « solide » (les boues) pour produire du biogaz. Tout ça est affreusement organique et scatologique.
Arthur n'a pas de chance, il n'arrive pas à placer ses questions impertinentes dans la discussion avec la guide – en fait, une chargée de communication de la Métro. Laquelle est de toute façon en reconversion (« recyclage » ? « retraitement » ?) depuis peu et « continue d'apprendre chaque jour ». Pour en savoir plus sur l'usine à biogaz qui enthousiasme les technocrates, notre reporter doit fouiller les archives et les documents en ligne. Devinez ce qu'il découvre ? Le biogaz n'est pas bio, les eaux sales et leur traitement technologique polluent la rivière, les sols et l'air ; et nul n'envisage de solutions pour réduire leur volume et cesser d'évacuer nos excréments avec de l'eau potable. D'ailleurs, même l'eau de pluie est contaminée par la chimie.
Ne tords pas le nez, lecteur. Comme Arthur Morel et comme 70 % de la population grenopolitaine, tu es peut-être « primo-arrivant » dans la cuvette, selon la nomenclature technocratique, et tu ignores ce que deviennent tes eaux usées quand tu tires la chasse et vides ton évier. Avec cette dernière lettre de notre promeneur à son ami québécois, tu as la chance de visiter la machinerie de la métropole.

Lire aussi :
Lettre de la Capitale verte
Deuxième lettre de la Capitale verte
Une visite au « Bivouac de la Bastille » - Troisième lettre de la Capitale Verte
Le Lot emmerdé
STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d'eau

- Faits divers

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Publié le 21.09.2022 à 22:03

Nucléaire en-deçà des Alpes, horreur au-delà

Le saviez-vous ? l'Italie était le troisième producteur occidental d'électricité nucléaire dans les années 60. Elle a pourtant fermé ses centrales en fort peu de temps sous la pression du mouvement antinucléaire, et suite au refus des Italiens lors de deux référendums, en 1987 et en 2011.

C'est ce que nous rappelle Gianni Carrozza, membre du Collectif contre l'ordre atomique en Ile-de-France et du collectif national Arrêt du nucléaire, dans cette enquête diffusée à la veille d'élections législatives en Italie ; alors que l'Etat français annonce la relance de son programme nucléaire et la construction de nouveaux EPR.

Où l'on découvre l'incessante pression du lobby nucléaire français au-delà des Alpes, mais aussi le rôle de la contestation, des années 70 à aujourd'hui – hors parti communiste naturellement. Quant au "bilan carbone" de l'Italie dénucléarisée, il est comparable à celui de la France avec ses 58 réacteurs nucléaires, voilà qui réjouira Jancovici et les technocrates décarbonateurs.

(Pour lire le texte, ouvrir le document ci-dessous.)

Lire aussi :
De Messmer à Macron, le discours du nucléaire
Mémento Malville

- Nécrotechnologies

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Publié le 17.09.2022 à 21:30

La Marée verte et ses épaves (2)

Toujours en librairie : Le Règne machinal (la crise sanitaire et au-delà). Voir ici

Voici, parmi d'autres enquêtes en cours, la suite de La Marée verte et ses épaves, entamée à l'automne 2019, interrompue en février 2020 par l'irruption du virus (vous vous souvenez ? Le covid 19 ?), et dont nous avions publié le premier épisode (ici) en décembre 2021.
Il faudrait bien apprendre à finir et à publier ces multiples écrits avant de se lancer, sans cesse, dans de nouvelles recherches ; mais est-ce possible alors que le cours des choses s'accélère sans cesse également ; et sans cesse nous précipite contre de nouveaux obstacles à connaître et à résoudre. A connaître pour les résoudre.

Ce premier épisode retraçait l'essor de la critique anti-industrielle et du « retour à la nature », en France surtout, entre le bombardement atomique d'Hiroshima, en août 1945, et le premier grand rassemblement anti-nucléaire et écologiste du Bugey, en juillet 1971. Organisé par Pierre Fournier (Hara-Kiri, Charlie Hebdo), Gébé (L'an 01), et le comité Bugey-Cobaye, ce rassemblement de 15 000 marcheurs lançait avec l'écologie politique, la seule idée nouvelle parue en France et dans les pays industriels depuis un demi-siècle. Une idée aussitôt combattue, raillée, dénigrée, falsifiée par les industrialistes et technologistes, de droite comme de gauche, anti ou pro capitalistes, du situationniste Guy Debord et des groupuscules trotskystes et maoïstes au parti pompidolien des autoroutes et de l'immobilier, en passant par les syndicats et partis communistes et socialistes ; tous avides de croissance, d'emploi et de consommation. (...)

En novembre 1972, voici juste 50 toussaints, Pierre Fournier lance La Gueule Ouverte, le journal qui annonce la fin du monde, avant de mourir trois numéros plus tard, en février 1973, à 35 ans, d'un infarctus ; laissant le champ libre aux ennemis de l'écologie (de l'écologie politique), déclarés ou travestis. Soit qu'ils agitent le drapeau vert pour combattre le drapeau vert ; ou qu'ils tentent de nous faire prendre le drapeau rouge, arc-en-ciel ou violet pour le vert.

(Pour lire le texte, ouvrir le document ci-dessous.)

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Publié le 14.09.2022 à 21:40

Philip K. Dick & Richard Fleischer - Notre Bibliothèque Verte n°47 & 48

Disponible en librairie : Notre Bibliothèque Verte (deux volumes). Voir ici

C'est un de ces samedis où l'on sort sonné du cinéma. Il fait beau dehors et les gens, insouciants, se pressent place Grenette et aux terrasses des bistrots comme si tout était normal et allait pour le mieux. Comme s'ils ne savaient pas. Ne savent-ils pas ? Est-il possible qu'ils ne sachent pas ? Qu'ils puissent rire, s'amuser et faire comme s'ils ne savaient pas ? Comme si de rien n'était ?
On cligne des yeux au jour, on flotte, on marche au ralenti, comme déphasé entre deux réalités parallèles. Peu s'en faut que l'on vacille. Comme si l'on portait seul un secret terrifiant pour l'espèce humaine – et pourtant l'on n'était pas seul dans la salle obscure – même si un silence absolu murait peu à peu les spectateurs dans un sombre deuil. Ils sortaient du cinéma comme on est sorti quelques fois, depuis, du funérarium. Après que le cercueil ait glissé dans le four sur fond de musique religieuse.

Le film, c'était Soleil Vert, vu un samedi de 1974, à Grenoble, et ce n'était pas de la fiction, bordel, mais un documentaire. L'effroyable résumé de deux siècles de révolution industrielle jusqu'à aujourd'hui, 2022. Il fallait bien qu'on arrive un jour en 2022, comme on est arrivé en 1984, mais fallait-il qu'on y arrive à peu près dans les conditions prévues, si longtemps à l'avance par les œuvres de l'esprit ?
La jérémiade, les lamentations du prophète Jérémie, ne sert-elle pas justement à avertir le peuple, afin de prévenir la réalisation de sa « prophétie de malheur » ? Quitte à grossir le trait à l'intention des malvoyants comme le recommande Anders – mais on sait qu'il n'y a pire aveugle que les adeptes de la cécité volontaire, ceux qui ne veulent pas voir.
Depuis 1967 (la « marée noire » du Torrey Canyon), et plus encore depuis l'été 1971 (le rassemblement antinucléaire de « Bugey Cobaye »), l'on était pourtant en pleine jérémiade écologiste, sans que 50 ans de plaintes et de contestations n'aient produit autre chose que des bureaucraties « vertes », de nouvelles carrières socio-politiques, de « nouvelles thématiques » pour les politiciens en campagne - et quelques cinglés solitaires hurlant à la mort. Tel Philip K. Dick, l'un de ces extra-lucides pétris de culture biblique, qui avaient tout vu, tout dit, du fond de son désespoir.

« Ecoutez donc ceci, peuple borné et sans cervelle : ils ont des yeux et ils ne voient pas. Ils ont des oreilles et ils n'entendent pas. » (Jérémie, ch. 5, v. 21)

« Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu'ils regardent sans regarder et qu'ils entendent sans entendre ni comprendre ; et pour eux s'accomplit la prophétie d'Esaïe qui dit : « Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ;
Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Car le cœur de ce peuple s'est épaissi,
Ils sont devenus durs d'oreille, ils se sont bouché les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles,
Ne pas comprendre avec leur cœur,
Et pour ne pas se convertir.
Et je les aurais guéris ! » » (Matthieu, ch. 13, v. 13-15)

Ecoutez bande d'abrutis connectés, décervelés, possédés et dépossédés. Vous trouvez cela « moraliste », « maladroit » (« contre-productif »), « péremptoire », etc. ?
Vous ne voulez pas qu'« on vous prenne la tête » ? Qu'on vous « agresse » ? Qu'on vous gâche votre joie de vivre et votre belle jeunesse avec toute cette « éco-anxiété » ?
Vous ne voulez pas voir ce que quelques boumeurs ont vu et dénoncé depuis 50 ans, à s'en casser la voix (et un peu la vie), eh bien mes petits Camille, allez vite vous reclure dans vos capsules de métavers, cela fera un peu de place pour les autres in real life.

En sortant du cinéma, on ignorait que Soleil Vert était l'œuvre de Richard Fleisher (1906-2006), d'après un roman de Harry Harrisson (1925-2012) et on s'en est moqué des années durant - l'esprit souffle où il veut.

Quant à Philip K. Dick, le film Blade Runner de Ridley Scott, avait enfin répandu ses visions et ses prévisions, juste avant qu'il ne meure, en 1982. Ce prophète bourré de psychotropes ne sut jamais qu'il était devenu un auteur mondialement reconnu et la machine à fric de l'industrie du cinéma. Mais Renaud Garcia nous raconte tout cela, ci-dessous, ce qui nous évitera d'aller fouiner sur Wikipedia.

Pour lire les notices, ouvrir le document ci-dessous.

Lire aussi :
George Byron et Mary Shelley - Notre Bibliothèque Verte n°41 & 42
Vladimir Arseniev et Georges Condominas - Notre Bibliothèque Verte n°43 & 44
Pierre de Ronsard & William Blake - Notre Bibliothèque Verte n°45 & 46

- Documents

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Publié le 02.09.2022 à 16:14

Pièces et main d'œuvre en podcast sur Floraisons

Nous nous sommes entretenus, trois jours durant, avec les animateurs de Floraisons, un site de podcasts au graphisme élégant et au propos techno-critique et anti-industriel. Même l'habillage sonore est fait maison.
Ces trois jours d'entretiens ont eu lieu à Grenoble, au fond de la cuvette et de la fournaise de juillet, au Chimère café (ici) que nous remercions pour ce refuge et son ventilateur.

De ces trois jours d'entretien, nos visiteurs de Floraisons ont tiré une série de 19 podcasts, mis en ligne à raison d'un épisode par semaine sur leur site (ici).

Ce qu'ils voulaient savoir, c'était tout, sur Pièces et main d'œuvre, son histoire, sa géographie, son discours, sa méthode d'enquête critique, son activité et davantage encore, depuis l'automne 2000. Et comme nous les avons trouvés sympathiques, attentifs, instruits et vifs d'esprit, nous avons tâché de répondre au mieux, malgré la chaleur qui tendait à rendre la langue et le cerveau pâteux.
Ces 19 entretiens racontent donc Pièces et main d'œuvre, en gros et pour le moment. On ne peut pas tout dire du passé, tant s'en faut, ni préjuger de notre façon de voir à l'avenir.

Les gens qui nous invitent à venir faire des causeries, nous demandent souvent « un mot de présentation » pour leurs dépliants et journaux d'annonce. Voici en guise d'introduction à cette série de Floraisons, le résumé que nous envoyons en ce moment. Nous y joignons, tout aussi sommaire et lacunaire, une chronologie de Pièces et main d'œuvre (ouvrir le document ci-dessous.)

En attendant la suite.

***

L'incarcération de l'homme-machine dans le monde-machine
(ou technologie- technocratie - transhumanisme)
(ou science, puissance, puiscience)

La volonté de (toute -) puissance et la quête des moyens de la (toute-) puissance constituent le moteur de l'histoire et des sociétés humaines depuis leur émergence.
Le modèle de cette toute-puissance est la figure divine (omnipotente et omnisciente).
La conquête scientifique est en dernière instance celle des moyens de la puissance.

La technologie résulte des noces de la science et du capital, à l'époque de la révolution industrielle. Le mot de technologie apparaît en 1829 sous la plume de Bigelow, un universitaire américain. La puissance du capital et de l'Etat ne peut s'accroître sans accroître constamment les moyens de la puissance.

La technocratie est la classe du savoir, de l'avoir et du pouvoir produite par le capitalisme industriel pour révolutionner constamment les produits, services et moyens de la puissance. Le mot de technocratie apparaît en 1919 sous la plume de William Henry Smith, un ingénieur américain. La technocratie asservit le capital et l'Etat à ses desseins de (toute-) puissance.

Le transhumanisme est l'idéologie de la technocratie à l'ère des technologies convergentes (NBIC), et à l'avènement du règne machinal. Le mot apparaît en 1957 sous la plume du biologiste Julian Huxley.

Après la 2e guerre mondiale, le capitalisme industriel devient le capitalisme technologique. L'alliage des technologues et des capitalistes forment la technocratie dirigeante. L'emballement des technologies convergentes (NBIC) nous mène au règne machinal et à l'incarcération de l'homme-machine dans le monde-machine. C'est là que nous en sommes.

FAMM_01 Du monde à l'immonde
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