15.03.2026 à 17:39
Philippe Ciais, Directeur de recherche au Laboratoire des science du climat et de l’environnement, Institut Pierre-Simon Laplace, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA); Université Paris-Saclay; Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay
Pendant que le monde était confiné du fait de la pandémie de Covid-19 en 2020, puis au cours des deux années suivantes, la croissance du méthane dans l’atmosphère a été plus élevée que tout ce qui avait été observé depuis le début des années 1980. Toutes sortes d’hypothèses ont alors surgi – certains chercheurs avaient, par exemple, imaginé un rôle « protecteur » aux émissions d’oxydes d’azote résultant du transport routier, alors considérablement ralenti.
Dans une étude publiée début février 2026 dans la revue Science, le spécialiste des gaz à effet de serre Philippe Ciais et ses collègues ont reconstitué ce qui s’est réellement passé lors de cet épisode. En cause, des phénomènes naturels aggravés par le changement climatique. Le chercheur répond ici à nos questions.
The Conversation : Replongeons-nous brièvement dans le contexte de 2020. En quoi la pandémie et, surtout, les confinements mis en place un peu partout dans le monde ont-ils représenté une expérience à large échelle unique pour les spécialistes de l’atmosphère ?
Philippe Ciais : Les confinements, en particulier, ont eu des répercussions globales. La pollution atmosphérique, et notamment les émissions de dioxyde de carbone (CO₂), a été réduite à l’apogée des mesures de confinement. Cette baisse a toutefois été faible – environ 6 % seulement en moyenne pour le CO₂ – et de courte durée, avec un rebond rapide des émissions dès la reprise des activités économiques normales.
Mais ce moment a constitué une expérience unique pour nous, chercheurs : nous n’avons pas souvent l’occasion d’étudier la réaction du système atmosphérique à une telle réduction des activités humaines. On s’en souvient, de nombreuses villes étaient alors devenues plus respirables grâce à l’arrêt des transports routiers.
Nous avons ainsi pu nous intéresser à l’impact de cette réduction sur la chimie atmosphérique et, en particulier, sur l’augmentation du méthane dans l’atmosphère. À noter, toutefois, que cette augmentation s’est poursuivie en 2021 et en 2022 : les mesures de confinement de 2020 ne pouvaient donc, à elles seules, l’expliquer.
En effet, entre 2020 et 2022, les concentrations de méthane ont bondi. En quoi cela a-t-il surpris la communauté scientifique ?
P. C. : Le méthane est un gaz à effet de serre puissant, son augmentation à cause des activités humaines est le deuxième principal facteur responsable du réchauffement climatique. Nous surveillons en continu les concentrations atmosphériques de ce gaz grâce à plusieurs réseaux d’observation atmosphérique. Cela permet de calculer, chaque année, l’augmentation de la concentration de méthane.
Nous avons ainsi remarqué qu’en 2020, puis en 2021 et en 2022, le taux de croissance du méthane était très élevé. En fait, ces chiffres étaient les plus élevés jamais enregistrés depuis le début des mesures, qui remonte aux années 1980.
Nous avons donc commencé à étudier cette période inédite, et nous voulions avant tout comprendre quels étaient les mécanismes impliqués dans cette augmentation très rapide du méthane dans l’atmosphère.
La difficulté, c’est que l’augmentation de la concentration de méthane dans l’atmosphère ne peut pas être rattachée à un facteur unique, mais dépend d’une combinaison de facteurs : émissions anthropiques et naturelles de méthane, mais aussi destruction du méthane par le nettoyeur atmosphérique, les radicaux hydroxyles OH⁻.
« Ces radicaux hydroxyles sont un “Pacman”, expliquez-vous, qui détruit dans l’atmosphère plus de 95 % du méthane émis par les activités humaines. »
P. C. : En effet, des réactions de photodissociation surviennent dans l’atmosphère grâce aux rayons UV, et produisent des radicaux hydroxyles OH⁻, à partir d’ozone, mais le taux de radicaux produits dépend aussi des substances impliquées dans la pollution, notamment le monoxyde de carbone et les oxydes d’azote, qui contribuent à la pollution urbaine.
Ces radicaux hydroxyles sont les agents nettoyants du méthane dans l’atmosphère. Ils sont, en quelque sorte, le « Pacman » du méthane dans l’atmosphère, et permettent de le nettoyer. De ce fait, le méthane a une durée de vie moyenne dans l’atmosphère plus courte que celles du CO₂ : environ douze ans, contre plusieurs centaines d’années pour le CO₂. La destruction du méthane par les radicaux OH⁻ explique pourquoi cette durée de vie est surtout réduite au niveau des tropiques, où le rayonnement solaire est le plus fort.
Sa courte durée de vie fait du méthane un levier particulièrement pertinent pour lutter contre le réchauffement climatique à court terme. Si on réduisait les émissions de méthane, la température diminuerait immédiatement, alors qu’il y a davantage d’inertie pour les émissions de CO₂.
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Comment avez-vous rattaché ce phénomène connu de « nettoyage » atmosphérique du méthane au pic de croissance de la concentration de ce gaz à effet de serre, observé entre 2020 et 2022 ?
P. C. : Nous avions deux grandes hypothèses :
soit ce pic faisait suite à une augmentation très forte des émissions de méthane, liées aux activités humaines (agriculture, extraction d’énergie fossile…) ou d’origine naturelle, en pensant aux zones humides qui sont très sensibles à l’évolution du climat ;
soit cela voulait dire que les radicaux hydroxyles OH⁻ présents dans l’atmosphère ont été un peu réduits pendant la pandémie et un peu après. Même une petite réduction de ces radicaux pourrait causer un bond du méthane dans l’atmosphère.
D’où ce raccourci, entendu pendant la pandémie, selon lequel la pollution routière serait « bonne » pour lutter contre le méthane…
P. C. : Oui. Il s’agit bel et bien d’un raccourci, car tout dépend de l’endroit où les oxydes d’azote sont émis. Moins d’émissions impliquera moins d’hydroxyles OH⁻ et davantage de méthane, mais ces réactions sont modulées par d’autres espèces chimiques produites par la végétation et par les feux. Même la vapeur d’eau joue un rôle et augmente la concentration d’OH⁻ là où l’atmosphère est très propre.
Vous avez déjà publié un premier article sur le sujet en 2022. En quoi cette nouvelle publication va-t-elle plus loin ?
P. C. : L’article publié dans Nature en 2022 s’était intéressé au taux de croissance du méthane en 2019 et en 2020. Dans notre nouvelle étude, nous avons voulu expliquer pourquoi le taux de croissance du méthane était resté élevé en 2021, en 2022 – après la pandémie, donc –, puis n’a commencé à décroître à nouveau qu’en 2023.
Et de fait, nous avons confirmé que la raison de ce pic était principalement due à une concentration plus faible de radicaux hydroxyles, mais également à des augmentations dans les émissions naturelles de méthane par les zones humides et les émissions de l’agriculture. La combinaison de ces deux raisons est responsable du pic de croissance du méthane mesuré entre 2020 et 2022.
Comment avez-vous surmonté les difficultés méthodologiques pour bien distinguer les deux hypothèses ?
P. C. : Toute la difficulté au plan scientifique, en effet, était de pouvoir faire la part des choses entre ces deux hypothèses alors qu’elles impliquent des protagonistes pas toujours mesurables. Les radicaux hydroxyles OH⁻ ont une durée de vie très courte : moins d’une seconde.
Nous nous sommes appuyés sur les données du satellite japonais GOSAT, qui mesure les concentrations de plusieurs gaz à effet de serre, dont le méthane. Nous ne pouvions mesurer la concentration en OH⁻, mais nous avions les données pour les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de monoxyde de carbone.
À l’aide de modèles de chimie de l’atmosphère et de ces données, nous avons donc pu reconstituer l’évolution des radicaux OH⁻ par rapport à la concentration d’ozone sur la période. Ceci nous a permis de sortir de la logique de « double aveugle » qui nous empêchait, jusque-là, de trancher entre les deux hypothèses.
Nous avons confirmé qu’une baisse des OH⁻ entre 2020 et 2022 expliquait bien une large partie du pic de méthane, mais pas tout. Il manquait encore quelque chose pour expliquer les taux de croissance record du méthane observés, c’est-à-dire une augmentation des sources de méthane en surface.
Mais l’énigme n’était pas encore résolue pour autant. En effet, il existe de nombreuses sources de méthane :
l’extraction de combustibles fossiles, comme l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz, est source de fuites de méthane ;
l’agriculture, que ce soit la production de riz ou encore les ruminations des bovins, en produit ;
enfin, les feux de forêt et surtout les zones humides – même si elles fournissent de nombreux services écosystémiques – en produisent également.
Et donc, la dernière étape était de départager ces différentes sources potentielles d’augmentation…
P. C. : Les émissions naturelles des zones humides sont sensibles aux conditions hydriques et à la température. S’il fait un peu plus chaud sur les tourbières du Nord, un peu plus humide sur les marécages des tropiques, les émissions peuvent augmenter considérablement.
« Il existe par exemple une zone humide en Afrique, dans le Soudan du Sud, qui peut émettre autant de méthane en un an que tous les pays de l’UE. »
Nous avons confirmé que l’augmentation des émissions entre 2020 et 2023 provenait principalement des zones humides tropicales du nord des tropiques, principalement en Afrique et en Asie. Nous n’avons toutefois pas de vision plus précise, même si nous savons qu’il y existe des zones humides très importantes, notamment les tourbières du bassin du Congo, le lac Tchad, et le marécage géant Sudd, dans le Soudan du Sud.
Cette dernière zone humide, en particulier, est gigantesque. Lors de l’arrivée de la saison des pluies, cela peut entraîner des émissions de méthane soudaines et considérables : parfois 10 millions de tonnes de méthane par an, ce qui est presque autant que celles des pays de l’Union européenne en un an (13 millions) !
Ces pluies ont, en retour, pu faciliter l’agriculture, en particulier la culture du riz et la pâture des buffles sur ces terres inondables. Indirectement, cela peut aussi avoir amplifié les émissions de méthane par ce biais.
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La période de juin 2020 à 2023 était par ailleurs dominée par un épisode climatique La Niña, qui a tendance à aggraver les cyclones et les tempêtes tropicales… (son antagoniste El Niño étant davantage associé aux périodes de sécheresse). Pourrait-il y avoir un lien entre cet épisode et les émissions de méthane ?
P. C. : Oui, un climat plus humide donne davantage d’émissions en provenance des zones humides, mais c’est un peu plus compliqué que cela, car les zones humides sont dans des régions bien précises. S’il y a davantage de pluies ou d’apports en eau par le ruissellement et les eaux souterraines là où on a une grande zone humide, alors oui, vous avez les conditions favorables pour augmenter les émissions de méthane. Mais si un surplus de pluies tombe sur des régions sans zone humide, il ne se passera pas grand chose.
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Comment peut-on s’assurer que le méthane en question ne provenait pas d’autres phénomènes, tels que les feux de forêt ?
P. C. : Parce que les molécules de méthane n’ont alors pas la même signature isotopique. Environ un pour cent des molécules de méthane sont plus lourdes, car leur atome de carbone a un neutron de plus. Il s’agit de carbone 13, un isotope plus lourd que le carbone 12, majoritaire. Le carbone 13 est un isotope stable, il ne se décompose pas par radioactivité.
Le méthane produit par les bovins et la culture du riz est d’origine bactérienne, généré par des bactéries anaérobiques. Ce méthane bactérien a une teneur plus faible en carbone 13 que celui qui est produit par les feux ou par les fuites de gaz fossile. Or justement, entre 2020 et 2023, tandis que le méthane était en forte augmentation, le carbone 13 du méthane diminuait plus rapidement. Cela veut dire que le surplus d’émissions qui a été relâché dans l’atmosphère contenait moins de carbone 13, donc qu’il était d’origine bactérienne.
En définitive, que nous dit cette étude des meilleurs moyens de réduire les émissions de méthane et de lutter contre le changement climatique ?
P. C. : L’augmentation soudaine de méthane entre 2020 et 2023 peut être vue comme un signal d’alarme. Notre étude montre que les émissions de gaz à effet de serre naturelles ne sont pas constantes d’une année à l’autre, et qu’elles sont très sensibles aux conditions climatiques. Tout cela peut accélérer considérablement le rythme des émissions.
Le dégel du pergélisol (permafrost), par exemple, devrait nous préoccuper. Nous savons, d’après des observations sur le terrain, que lorsqu’une zone humide est gelée, elle n’émet pas trop de méthane tant que l’on n’enlève pas la glace. Lorsque le pergélisol est exposé, en revanche, les émissions de méthane peuvent être multipliées par dix.
Il est donc urgent de mieux comprendre quels sont les facteurs climatiques qui déclenchent et contrôlent les émissions naturelles. Et, dans le même temps, de réduire les émissions que nous pouvons contrôler, liées à l’agriculture et à l’industrie fossile.
Cette interview, traduite, éditée et adaptée de l’anglais vers le français par The Conversation France, est issue du podcast « The Conversation Weekly », produit par The Conversation UK.
Philippe Ciais a reçu des financements de la Fondation BNP Paribas (don philanthropique pour le Global Carbon Altas), du projet financé par 4C EU Horizon2020 et du projet Climate Change Initiative de l'Agence spatiale européenne.
15.03.2026 à 17:05
Azadeh Kian, Professeure émérite de sociologie, Université Paris Cité
Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, est depuis des années l’une des observatrices les plus fines de la société iranienne. Alors que le brouillard de la guerre est encore très épais au-dessus de l’Iran, elle explique dans cet entretien l’évolution qu’a connue le régime au cours de ces derniers mois, ce qu’implique la nomination de Mojtaba Khamenei au poste de guide suprême et souligne le sort effroyable de la population iranienne.
Que sait-on de la situation en Iran et comment les informations en proviennent-elles ?
Internet est totalement coupé, mais ceux qui ont des VPN très efficaces peuvent de temps en temps communiquer avec l’extérieur. Hier, par exemple, j’ai essayé de contacter des amis sur place ; ils n’ont pas pu prendre mon appel, mais ils ont vu que je les avais appelés et ont réussi à m’envoyer un texto pour dire qu’ils ne pouvaient pas répondre, mais qu’ils étaient en sécurité. Les rares fois où on parvient à parler de vive voix, ça coupe tout le temps. Restent les sources journalistiques, comme ce journaliste franco-iranien qui se trouve à Téhéran, Siavosh Giazi, et aussi les journaux iraniens, qui peuvent encore publier des articles et rendre compte des bombardements et des déplacements de populations.
Il en ressort à ce stade qu’une école pour filles a été bombardée dès les premiers jours de la guerre, tuant 168 écolières ; que plusieurs hôpitaux, musées, monuments historiques classés par Unesco ont été bombardés ; que près de 5 000 personnes ont été tuées pendant les dix premiers jours ; que 22 000 immeubles résidentiels ont été détruits ; et qu’entre 2 et 3 millions d’Iraniens ont déjà dû quitter leur foyer du fait de la guerre. D’ici, je n’ai aucun moyen de vérifier ces informations. Mais les photos qui sont publiées dans ces journaux semblent crédibles : on y voit des immeubles résidentiels qui ont été détruits ou encore, ce vendredi 13 février, la « journée d’Al-Qods », c’est-à-dire de Jérusalem, des images de grandes manifestations en soutien au régime dans de nombreuses villes. Bien sûr, ces rassemblements sont organisés par l’État – mais, justement, leur tenue montre que l’État existe toujours en Iran et que malgré la guerre, les bombardements, l’assassinat d’énormément de dirigeants, le pays continue à fonctionner tant bien que mal.
Selon les informations que j’ai pu obtenir, il n’y a pas encore de pénurie en ce qui concerne les produits de première nécessité, mais les prix ont énormément augmenté et le pouvoir d’achat s’est effondré. De même, à cause de la guerre, une grande partie des emplois, surtout des emplois précaires, ont disparu. La guerre a un impact majeur sur la population civile iranienne qui est prise en étau entre les bombardements et un régime dictatorial, corrompu et plus répressif que jamais : j’ai vu à la télévision iranienne officielle des gardiens de la révolution menacer ouvertement de mort quiconque oserait manifester contre le régime, ou même diffuser des messages hostiles au régime : « Notre doigt est sur la gâchette », disent-ils.
Ce vendredi, par exemple, ils ont annoncé avoir arrêté quatre personnes qui avaient envoyé des images à des chaînes de télévision étrangères qui diffusent en persan. Et à Fardis, dans le nord du pays, deux frères qui avaient exprimé leur joie à l’annonce de la mort de Khamenei ont été abattus sur place.
Comment expliquer cette résilience d’un régime qui a été dans une large mesure décapité une première fois en juin dernier et plus encore depuis le 28 février ?
C’est un régime institutionnalisé. À chaque niveau, la fonction compte beaucoup plus que la personnalité qui l’occupe. Bon nombre de hauts responsables des Gardiens de la révolution ont été tués, mais ils ont tous été remplacés. De même pour le Guide suprême, remplacé par son propre fils. Mais l’assassinat de Khamenei a fragilisé le régime, car il détenait un pouvoir quasi absolu depuis 1989.
Comment interpréter la nomination de Mojtaba Khamenei ?
Il est important de comprendre que n’est absolument pas le choix de l’institution cléricale, mais celui des gardiens de la Révolution. C’est un pied de nez aux Américains et aux Israéliens, une façon de leur dire : « Vous avez éliminé un Khamenei ? En voici un autre, plus jeune, et encore plus déterminé ! »
Selon certaines sources, il aurait été à son tour la cible d’une frappe peu après sa désignation…
Oui, j’ai vu des photos, il semble avoir été blessé. S’il meurt de ses blessures ou s’il y a une nouvelle frappe et il finit par être tué, il y aura une nouvelle procédure de désignation. Mais en vérité, il n’y a aucune urgence pour nommer ou élire le successeur. Pourquoi ? Parce qu’il y a ce conseil intérimaire qui a été créé dès l’assassinat d’Ali Khamenei, composé du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei et d’Alireza Arafi, qui est membre du Conseil des gardiens. Cette instance peut gérer les affaires courantes pendant un certain temps. Et le Guide avait, avant sa mort, délégué son pouvoir décisionnaire à Ali Larijani, qui préside le Haut conseil de la sûreté nationale. Il joue actuellement un rôle important.
Et puis, Ali Khamenei était de toute façon très âgé et atteint d’un cancer, on savait que la question de sa succession allait se poser. Lui-même n’avait pas expressément désigné de dauphin, il avait seulement dit qu’il ne voulait pas que le poste revienne à son fils, car il ne souhaitait pas que, après avoir renversé une monarchie héréditaire, la République islamique en devienne une à son tour. Mais Mojtaba est très proche des Gardiens, et ils l’ont imposé à l’Assemblée des experts, au sein de laquelle il n’avait aucune véritable assise. En outre, sa corruption personnelle est un fait avéré ; or le guide doit incarner une sorte de pureté morale et financière. Mojtaba en est loin. On sait qu’il possède des immeubles à Londres, qu’il a des actions dans plusieurs hôtels en Allemagne et en Autriche, entre autres. Mais les Gardiens, qui contrôlent effectivement le régime désormais, n’en ont cure.
Le régime n’est donc plus dirigé par le Guide mais par les Gardiens ?
Oui, on peut dire qu’on est face à un régime militarisé. Le fait que le guide soit Mojtaba Khamenei ou quelqu’un d’autre n’a plus aucune importance réelle. Il est juste là pour servir de visage au système, pour qu’on brandisse ses photos dans les manifestations, mais sa véritable influence est quasi inexistante. Ce sont les commandants en chef des Gardiens de la révolution qui décident de tout.
D’ailleurs, si vous consultez la déclaration de Mojtaba du jeudi 12 mars, vous constaterez qu’il est exactement sur la ligne des Gardiens, à la différence du président Pezeshkian, qui continue d’incarner la face modérée du régime, par exemple en envoyant des missives aux monarchies du golfe Persique pour s’excuser d’y avoir causé des pertes civiles et expliquer que l’Iran n’y prend pour cible que les bases militaires américaines qui y sont installées. Par contraste, le message de Mojtaba est beaucoup plus martial. Il affirme que l’Iran va fermer le détroit d’Ormuz, qu’il va continuer à appuyer ce que les dirigeants iraniens appellent « l’axe de la résistance », à savoir les Houtis, les milices irakiennes, le Hezbollah libanais, le Hamas, etc. Tout cela confirme que, quand un pays est en guerre, ce sont presque toujours les militaires qui s’emparent de la réalité du pouvoir.
En Iran, les Gardiens ne sont pas qu’une force militaire, c’est un véritable État dans l’État qui dispose d’un important pouvoir financier, économique et politique…
Effectivement. Ils sont partout dans le gouvernement, au Parlement, et ils ont aussi des affidés au sein de l’Assemblée des experts et ailleurs. Les durs du régime mènent la danse. Sur les 88 membres de l’Assemblée des experts, seuls 8 n’ont pas soutenu la candidature de Mojtaba. Il apparaît qu’ils sont aujourd’hui menacés, ainsi que leurs familles. Les autres se sont tus ou ont suivi à la lettre ce qu’on leur demandait de faire. Bref, la guerre et l’assassinat du guide ont achevé la transformation d’un régime religieux qui était avant tout idéologique en régime militaire. Du régime des mollahs, on est passé au régime des Gardiens.
Des périodes comme celle que traverse actuellement l’Iran peuvent aussi être propices à des fragmentations à l’intérieur du régime et, notamment, à l’intérieur de ses forces armées. Est-ce envisageable ?
Pas pour l’instant. Le commandant de l’armée régulière a déclaré qu’il soutenait Mojtaba à 100 %. Je ne vois pas de défection à ce stade. Le pays est attaqué, les militaires sont formés pour défendre le pays, donc ils font ce qu’ils doivent faire. Au sein des Gardiens, il y a une certaine hétérogénéité. Là encore, en temps normal, on aurait pu se dire que peut-être telle ou telle faction pourrait jouer sa propre carte ; mais quand vous êtes bombardé, les désaccords passent au second plan. Ils exécutent ensemble la stratégie déterminée pour résister à la guerre.
Quel est le rôle des bassidji dans tout cela ?
Ils sont plus de 1 million de miliciens, très idéologisés, formés par les Gardiens de la révolution. Ils ont toujours joué un rôle prépondérant dans la répression des manifestations et des opposants, et le jouent toujours actuellement. Ce sont eux qui gèrent les checkpoints qui se sont multipliés partout dans le pays, par exemple. Le régime compte beaucoup sur eux pour surveiller la population ou mater dans le sang la moindre contestation, comme cela a été le cas tout récemment en janvier, parce que les Gardiens sont occupés ailleurs.
Les bassidji, l’armée régulière et le corps des Gardiens de la révolution proprement dit, ainsi que leurs familles et leurs proches, forment le noyau de la base populaire du régime, que j’estime à environ 10 à 15 % de la population. Ils sont minoritaires mais très actifs. Un mot sur l’armée régulière d’aujourd’hui : ce n’est plus celle du Shah. Elle a été profondément idéologisée aussi, surtout au niveau des officiers, des commandants. Tous ces gens ne vont pas faire défection facilement.
Un dirigeant du Parti démocratique du Kurdistan iranien dit que ses hommes attendent une occasion d’entrer dans le jeu. Les responsables du Komala, autre parti kurde iranien d’importance, sont sur la même ligne. Ils sont en position d’attente, repliés au Kurdistan irakien, et attendent un affaiblissement supplémentaire du régime. Pour l’instant, ils n’ont pas les moyens de rentrer en Iran et d’affronter l’armée pour obtenir un Kurdistan autonome – ce qui sera en tout état de cause compliqué, parce que dans ces régions kurdes d’Iran vivent aussi de nombreux Azéris qui n’ont pas du tout envie de voir le Kurdistan devenir autonome.
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On en est là. Les choses peuvent changer si la guerre continue encore longtemps, et si les forces du régime arrivent à bout de munitions et de drones, et perdent leurs revenus pétroliers. À ce moment-là, on pourra s’attendre à des changements, mais on est encore loin.
En attendant, les États-Unis et Israël invitent la population iranienne à se révolter et à prendre le pouvoir…
Tout d’abord, aujourd’hui, les Iraniens sont sous des bombes, et la priorité de chacun, c’est de survivre. Ensuite, la population n’a pas d’armes. Elle a essayé de se révolter en janvier : ce fut un bain de sang épouvantable. Et, comme je vous l’ai dit, les Gardiens de la révolution ont fait passer le message que dans le contexte actuel ils seraient encore plus brutaux qu’en janvier et massacreraient quiconque sortirait dans la rue pour protester. À moins d’être parfaitement suicidaire, personne ne va descendre dans la rue les mains vides.
Dans ce contexte, quel est selon vous le scénario le plus crédible pour la suite des événements ?
C’est évidemment très difficile à prédire, mais je pense que Trump va finir par comprendre qu’il s’est trompé dans ses calculs quand il a cru que le régime s’effondrerait une fois quelques leaders tués. Et dans le même temps, cette guerre devient chaque jour plus impopulaire aux États-Unis. Au vu de ce qu’on sait du personnage, rien ne dit qu’il ne va pas, demain, nous surprendre et passer avec Téhéran un de ces « deals » dont il a le secret et dont il se vante tant. Un accord qui lui permettrait de dire qu’il a gagné, puisque le régime renoncerait à enrichir son uranium et, par exemple, accepterait que des compagnies pétrolières américaines viennent investir en Iran. Pour Trump, une telle issue est envisageable. Mais Nétanyahou, sa stratégie, c’est la guerre continue, c’est vraiment la grande fragmentation de l’Iran.
Si on se place du côté israélien, on voit dans l’Iran un pays qui depuis des décennies proclame son désir d’anéantir Israël et, dans le même temps, semble poursuivre avec opiniâtreté l’objectif de se doter de l’arme nucléaire, ce qui explique qu’une large partie de l’opinion israélienne, y compris parmi les citoyens hostiles à Nétanyahou, soutient les opérations visant à priver l’Iran de son programme nucléaire. Est-il possible d’imaginer une issue où le régime actuel de l’Iran abandonnerait ces deux buts et où les deux pays vivraient en paix ?
La rhétorique hostile à Israël et aux États-Unis, les manifestations avec les slogans « Mort à Israël, Mort à l’Amérique », c’est l’ADN du régime, c’est vrai. Mais le plus important, ce sont les armements. Il n’est pas impossible que, dans certaines circonstances, l’Iran recule sur son programme nucléaire, mais il conservera nécessairement ses moyens balistiques. Du point de vue de Téhéran, il est totalement inenvisageable de se dépouiller de ses moyens militaires alors qu’il a à proximité, avec Israël, un régime hostile, doté de la bombe nucléaire et des armements les plus sophistiqués au monde. Téhéran va donc sans doute tenir fermement sur ce point, et s’il doit pour cela subir la guerre pendant des mois, il le fera : à la différence d’un Trump, qui doit compter avec son opinion publique, les dirigeants de la République islamique, eux, se moquent totalement de ce que pensent leurs citoyens. Il y aurait déjà près de 5 000 morts et des dizaines de milliers de blessés. Une fois de plus, ce sont les Iraniens qui paient le prix à la fois de la férocité de leur propre régime et des erreurs de calcul et de la brutalité de Washington et de Tel-Aviv.
Propos recueillis par Grégory Rayko
Azadeh Kian ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
15.03.2026 à 10:39
François Graner, Directeur de recherche CNRS, Université Paris Cité
Emmanuelle Rio, Enseignante-chercheuse, Université Paris-Saclay
Roland Lehoucq, Chercheur en astrophysique, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA); Université Paris-Saclay

Pour s’installer autour d’une autre étoile que le Soleil, il faut d’abord la rejoindre. Un groupe de physiciens nous explique qu’accélérer un vaisseau à une vitesse suffisante pour arriver vers l’étoile la plus proche de nous en un temps raisonnable demanderait une énergie comparable à celle consommée par l’humanité entière pendant des siècles, voire des millénaires. La perspective d’aller s’installer en orbite d’Alpha du Centaure peut sembler séduisante, mais elle est hors de portée.
Durant le Forum de Davos, Elon Musk a réaffirmé son credo habituel :
« L’objectif final de mes entreprises est de maximiser l’avenir de notre civilisation, c’est-à-dire de maximiser la probabilité que notre civilisation ait un grand avenir et d’étendre la conscience au-delà de la Terre. SpaceX, par exemple, vise à faire progresser la technologie des fusées au point de pouvoir étendre la vie et la conscience au-delà de la Terre, vers la Lune, vers Mars, et finalement vers d’autres systèmes stellaires. »
Selon lui, l’avenir de l’humanité passe par la conquête de l’espace, jusqu’aux étoiles, afin de devenir une civilisation spatiale.
Cette rhétorique, visant à frapper l’imagination – et qui peut paraître séduisante –, repose pourtant sur une confusion profonde entre exploration spatiale, colonisation du système solaire et traversée interstellaire. Or, si les deux premières sont physiquement réalisables (même si elles sont difficiles, se heurtant à d’autres obstacles que ceux de la physique), la troisième relève très probablement de l’impossibilité pratique, sinon fondamentale.
Le premier obstacle est celui des distances. Le système de trois étoiles appelé Alpha du Centaure, le plus proche du système solaire et comprenant la plus proche étoile, Proxima, se situe à 4,37 années-lumière, soit la bagatelle de 41 000 milliards de kilomètres.
À titre de comparaison, la sonde Voyager 1, lancée en septembre 1977, est l’objet d’origine humaine le plus lointain. Elle est maintenant située à plus de 25 milliards de kilomètres. Elle poursuit son chemin à environ 17 kilomètres par seconde et devrait atteindre une distance de 1 jour-lumière d’ici environ un an. À ce rythme, Voyager 1 atteindrait la distance équivalente à celle qui nous sépare d’Alpha du Centaure en un peu moins de 77 000 ans !
Pour que le voyage d’une hypothétique sonde se fasse en une durée raisonnable, disons comparable à la durée de vie humaine, il faudrait qu’elle se déplace à une vitesse au moins 1 000 fois supérieure à celle atteinte par Voyager 1. Ainsi, si on imagine un vaisseau de 1 000 tonnes (ce qui serait pourtant bien trop petit pour assurer la survie d’un humain durant la totalité du voyage), lancé vers Alpha du Centaure à une vitesse moyenne égale au dixième de celle de la lumière, en tenant compte de phases d’accélération et de décélération, il mettra environ quarante-cinq ans pour atteindre son objectif.
À sa vitesse de croisière, sa seule énergie de mouvement (dite énergie cinétique, égale à la moitié du produit de sa masse par le carré de sa vitesse) atteindra 450 exajoules (1 exajoule correspond à 1018 joules], ce qui est du même ordre de grandeur que la consommation de toute l’humanité en un an (un peu moins de 600 exajoules).
Le second obstacle est donc énergétique. Il faut une énergie considérable pour voyager vite, et les lois de la physique imposent des contraintes drastiques à tout moyen de propulsion.
Prenons un cas d’école, dans le film Avatar (James Cameron, 2009) : le Venture Star est envoyé vers Alpha du Centaure par l’organisation capitaliste qui exploite les ressources minières de Pandora. Lors de la scène d’arrivée, au début du premier film, une voix anonyme annonce aux passagers en train de se réveiller qu’ils viennent de terminer leur voyage de « cinq ans, neuf mois et vingt-deux jours » (qu’ils ont effectué en « sommeil cryogénique », technique fictive, à ne pas confondre avec la « cryonie », c’est-à-dire la résurrection d’un cadavre congelé, technique tout aussi fictive). Autrement dit le Venture Star a parcouru un peu plus de quatre années-lumière en un peu moins de six ans.
Pour estimer l’énergie nécessaire afin de réaliser ce voyage, examinons le Venture Star de l’extérieur, tel qu’il est montré dans cette même scène.
Première impression : le vaisseau est assez différent de ceux que l’on voit dans les films de science-fiction « classique » comme Star Wars ou Star Trek. Il comprend quatre sections clairement identifiables : un énorme bloc de propulsion avec ses réservoirs sphériques à l’avant, prolongé par une poutre en treillis à l’extrémité de laquelle sont accrochés des modules pour la charge utile et l’équipage, un grand bouclier terminant la structure, à l’extrême opposé du moteur… Manifestement, quelqu’un a réfléchi à la forme du Venture Star.
Il se trouve en effet que, pour concevoir ce vaisseau, James Cameron a consulté l’auteur américain Charles Pellegrino, car, au milieu des années 1980, celui-ci avait élaboré, avec le physicien James Powell du Brookhaven National Laboratory, un projet de vaisseau interstellaire nommé Walkyrie. Ce modèle a servi de base à la conception du Venture Star.
Or, une analyse détaillée menée par l’un d’entre nous permet de déterminer le plan de vol du Venture Star : elle montre qu’il ne peut être propulsé que par l’énergie formidable dégagée par l’annihilation entre matière et antimatière. Rappelons que, sur le papier, l’efficacité de conversion de l’antimatière en énergie est bien plus considérable que pour la fusion. Problème : l’antimatière n’existe pas à l’état naturel. Il faut non seulement la produire sous forme d’anti-atome en dépensant pour cela une énergie immense, mais aussi résoudre les difficultés inhérentes au stockage de l’antimatière produite.
Au cours de son voyage vers Alpha du Centaure, le Venture Star atteint une vitesse maximale respectable, égale à 65,8 % de la vitesse de la lumière. L’énergie de propulsion nécessaire à ce voyage est au bas mot 130 000 fois supérieure à l’énergie consommée par l’humanité en une année. Ce qui ne prend même pas en compte l’énergie nécessaire aux passagers…
On peut donc gloser à l’envi sur les techniques de propulsion du futur (fusion nucléaire, antimatière ou voiles poussées par des lasers)… En réalité, atteindre un autre système stellaire, même avec de simples sondes, ne sera possible que lorsque nous disposerons d’une quantité d’énergie très supérieure à celle dont l’humanité dispose aujourd’hui.
En d’autres termes, envisager un voyage interstellaire suppose implicitement que l’humanité dispose d’un surplus énergétique colossal, stable et durable, lui permettant d’en consacrer une fraction significative à ces projets durant plusieurs générations.
Or, tout indique l’inverse. La décarbonation, l’adaptation climatique, la stabilisation des systèmes agricoles, hydriques et industriels mobilisent déjà – et mobiliseront durablement – l’essentiel des capacités énergétiques et des ressources matérielles. La limitation de ces dernières entraîne l’humanité du XXIᵉ siècle dans une course à la sobriété, subie ou volontaire.
Comme nous venons de le voir, un projet interstellaire exigerait non pas un surplus marginal, mais un changement d’échelle des quantités d’énergie et de matière utilisées. Un unique vaisseau consommerait à lui seul une quantité d’énergie comparable à celle consommée par le monde entier pendant des millénaires !
La conclusion est alors inéluctable : comme il n’existe pas d’énergie magique, le voyage interstellaire rapide avec une masse conséquente est pour l’instant totalement hors de notre portée énergétique.
Dans son roman Aurora, l’auteur américain Kim Stanley Robinson évoque plausiblement les problèmes techniques considérables que pose un voyage interstellaire. Mais il fait aussi de ce voyage un drame politique en explorant les libertés à sacrifier pour rendre envisageable un vaisseau interstellaire, en interrogeant les réactions aux échecs, les limites de l’acceptable, les risques biologiques liés à l’isolement et à l’imprévu. Sous couvert de science-fiction spatiale, Aurora est aussi une parabole écologique soulignant l’inadaptation fondamentale de l’humain à d’autres planètes et sa vulnérabilité face à une possible vie extraterrestre. C’est aussi la critique d’une génération arrogante qui condamne ses descendants en les projetant vers les étoiles. Aurora est ainsi une œuvre double, à la fois hommage au voyage spatial et réquisitoire contre son usage irréfléchi, recentrant maintenant l’attention sur l’essentiel : le bien-être humain et la préservation de l’habitabilité de notre planète.
Cet article a bénéficié de discussions avec François Briens (économiste et ingénieur systèmes énergétiques), Carine Douarche (physicienne), Aurélien Ficot (formateur et ingénieur sciences environnementales), Jean-Manuel Traimond (auteur et conférencier).
François Graner est membre de l'association "Les amis de la Décroissance"
Emmanuelle Rio a reçu des financements de l'ANR, de l'ESA et du CNES.
Roland Lehoucq ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.