01.08.2026 à 12:02
David Michaels, Professor of Public Health, George Washington University
Robert Harrison, Senior Attending Physician in Occupational Health, University of California, San Francisco

Dans l’imaginaire collectif, la silicose, grave maladie incurable qui détruit la fonction pulmonaire, est associée au travail des mineurs. Mais d’autres ouvriers y sont exposés. C’est notamment le cas de ceux qui travaillent la pierre synthétique, ou quartz aggloméré, qui voient également leur risque de cancer du poumon augmenter.
Si vous vous rendez chez Costco, Home Depot ou Lowe’s (des enseignes proposant notamment des matériaux de rénovation, NdT) pour acheter un plan de travail dans le cadre de la rénovation de votre cuisine, l’objet de votre commande sera vraisemblablement produit dans un atelier de fabrication travaillant un matériau appelé pierre reconstituée.
Souvent commercialisée sous le nom de « quartz », la pierre reconstituée est un produit synthétique contenant jusqu’à 95 % de quartz finement broyé, mélangé à des résines polyester ainsi qu’à des pigments. Derrière l’apparente facilité avec laquelle on peut se procurer ce matériau se cache un fait ignoré des consommateurs : les ouvriers qui découpent, meulent et polissent ces plans de travail s’exposent au risque de développer une maladie redoutable qui détruit leurs poumons, la silicose. Cette maladie évitable, pour laquelle il n’existe aucun remède, est mortelle, et il n’existe aucun remède.
Rien qu’en Californie, plus de 550 travailleurs ont reçu un diagnostic de silicose causée par cette pierre reconstituée depuis 2019. Parmi eux, au moins 100 ont subi une greffe pulmonaire ou sont en attente d’en recevoir une. Cette intervention, complexe, ne fait cependant que prolonger leur vie, sans pouvoir offrir de guérison durable. Entre 2019 et 2026, au moins 30 sont morts de silicose.
Respectivement épidémiologiste et médecin, nous sommes tous deux spécialisés dans les maladies professionnelles. Nous avons étudié les dangers liés au fait de travailler la pierre reconstituée. Selon nous, cette recrudescence des cas de silicose constitue une urgence de santé publique. Toutefois, cette tendance reste presque invisible en dehors de la Californie, car, à l’heure actuelle, dans la plupart des États américains, l’incidence de cette maladie ne fait l’objet d’aucun suivi.
Introduite il y a seulement quelques décennies, la pierre reconstituée est devenue le matériau le plus prisé pour les plans de travail de cuisine. Elle est en effet plus résistante et souvent moins coûteuse que le marbre.
Or, lorsque les ouvriers découpent, meulent et polissent ces plans de travail en pierre reconstituée, des milliards de particules très fines de silice cristalline, enrobées de résines synthétiques et de pigments, sont libérées dans l’air. Les travailleurs les inhalent, et nombre d’entre eux développent une forme de silicose sévère et d’évolution rapide.
Comme l’amiante, la silice provoque à la fois des maladies respiratoires et le cancer du poumon. Dans ces ateliers, les ouvriers touchés sont jeunes – l’âge médian des travailleurs californiens atteints est de 46 ans, et l’âge médian au décès de 52 ans.
S’ils cessent de travailler la silice et vivent encore quelques décennies, leur risque de cancer du poumon, de maladie rénale et de diverses maladies auto-immunes demeure accru par rapport à celui de personnes non exposées.
On estime que 100 000 travailleurs sont employés dans les ateliers de fabrication de ce type de plan de travail aux États-Unis. Or, certaines études suggèrent que 20 % ou plus des travailleurs exposés développent une silicose. La prise en charge de ces malades peut coûter des millions de dollars par personne. La majeure partie des frais médicaux est prise en charge par Medicaid et d’autres programmes d’aide publique financés par les contribuables américains.
Malheureusement, de nombreux ouvriers de ces ateliers n’ont pas accès aux soins de santé – et encore moins à des spécialistes formés pour diagnostiquer et traiter la silicose.
Dans de nombreuses grandes surfaces de bricolage, la pierre reconstituée est préférée au verre broyé, alors que les plans de travail fabriqués à partir de ce matériau sont similaires, mais bien plus sûrs pour les ouvriers. En effet, les plans en verre broyés contiennent de la silice amorphe, beaucoup moins toxique que la silice cristalline de la pierre reconstituée. Problème : les consommateurs ignorent généralement l’existence de cette alternative.
Aux États-Unis, Ikea a cessé de vendre des plans de travail en pierre reconstituée en 2025 (en France et dans d’autres pays européens, en juillet 2026, Ikea continuait à vendre des comptoirs de cuisine sur mesure « fabriqués à partir de quartz broyé », NdT). Home Depot, Lowe’s et Costco vendaient quant à eux toujours des produits contenant de la silice cristalline en juin 2026.
Une hausse des cas et des procès en cascade
En 2016, à l’époque où l’un d’entre nous, David Michaels, occupait le poste de secrétaire adjoint au Travail à la tête de l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA, l’agence américaine chargée de la sécurité et de la santé au travail), le seuil réglementaire d’exposition professionnelle à la poussière de silice en suspension dans l’air a été abaissé.
Cependant, se conformer à la norme fédérale de l’OSHA ne suffit pas à protéger les travailleurs des effets toxiques extrêmes de la pierre reconstituée.
En 2019, après que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont signalé 18 cas de silicose liés au travail de la pierre reconstituée en Californie, au Colorado, au Texas et dans l’État de Washington, des épidémiologistes californiens ont commencé à recenser la maladie chez les ouvriers de ces ateliers.
Depuis cette date, le nombre de cas annuels s’est révélé en constante augmentation. Il est désormais évident que tant que la pierre reconstituée contenant de la silice cristalline sera utilisée pour fabriquer des plans de travail de cuisine, des centaines de jeunes travailleurs courront chaque année le risque de recevoir un diagnostic de silicose.
Aux États-Unis, des cas de silicose ont été signalés dans plusieurs autres États, dont le Massachusetts, l’Illinois, New York, la Floride, l’Utah, l’État de Washington, le Nouveau-Mexique et le Colorado. Cependant, étant donné que la plupart des ouvriers de ces ateliers ne sont pas soumis à un dépistage de la silicose, il est légitime de supposer que des milliers d’autres travailleurs non diagnostiqués souffrent aussi de la maladie.
Aujourd’hui, partout aux États-Unis, des centaines de travailleurs tombés malades poursuivent en justice les fabricants et distributeurs de ces plans de travail mortels, ainsi que les grandes surfaces qui les commercialisent. Certains des premiers cas traités ont fait l’objet d’un règlement à l’amiable. En 2024, lors du premier procès à être allé jusqu’au jugement, un ouvrier de 36 ans atteint de silicose, ayant subi une double greffe pulmonaire alors qu’il était maintenu en vie artificiellement, s’est vu accorder 52 millions de dollars de dommages et intérêts.
Des flambées de silicose ont accompagné, partout dans le monde, l’essor de la production de plans de travail en pierre reconstituée.
Caesarstone, une entreprise israélienne, a été l’une des premières à commercialiser ce matériau. Entre 1997 et 2010, 25 travailleurs israéliens ayant été en contact avec ses produits ont dû recevoir une greffe pulmonaire.
En Espagne, entre 2007 et 2024, 5 900 cas de silicose liée à la pierre reconstituée ont été recensés. En 2023, les médias ont révélé que le propriétaire d’une entreprise espagnole nommée Cosentino a reconnu avoir dissimulé les dangers liés au travail de ce matériau. Il a été condamné à une peine de six mois de prison avec sursis pour cinq chefs de blessures graves par négligence.
À mesure que les ventes de ce nouveau matériau progressaient à l’échelle mondiale, des cas de silicose chez les ouvriers de plans de travail se sont développés aux États-Unis (dès 2014), en Australie (2015), puis plus récemment en Grande-Bretagne, en Chine et à Taïwan (en France, où environ 358 000 salariés seraient exposés à la silice sous toutes ses formes, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail émettait une alerte en 2019, dans le cadre de son rapport sur le sujet ; Les travaux exposant à la poussière de silice cristalline alvéolaire issue de procédés de travail figurant sur la liste des procédés cancérogènes établie par l’arrêté du 26 octobre 2020)
En mai 2026, en réponse aux décès de jeunes travailleurs atteints de silicose, le Royaume-Uni a publié de nouvelles directives interdisant la découpe à sec des produits en pierre reconstituée, et a annoncé son intention d’inspecter 1 000 ateliers de fabrication.
En Australie, les autorités de santé publique ont commencé à renforcer les exigences de protection sur les lieux de travail dès 2021. Lorsque ces mesures se sont révélées insuffisantes pour maîtriser l’exposition à cette poussière mortelle, le gouvernement fédéral a interdit l’importation et l’utilisation de produits en pierre reconstituée contenant plus de 1 % de silice cristalline.
Pour continuer à vendre leurs produits en Australie, de nombreux fabricants, dont Caesarstone et Cosentino, commercialisent désormais des plaques fabriquées à partir de verre broyé plutôt que de quartz.
Mettre fin à la silicose liée à la pierre reconstituée aux États-Unis
En 2024, l’agence californienne de sécurité et de santé au travail (Cal/OSHA) a adopté une norme de sécurité au travail plus stricte que la réglementation fédérale existante. Toutefois, les moyens de contrôle – tant à l’échelle de cet État qu’à l’échelle nationale – restent désastreusement insuffisants. Avec les effectifs d’inspecteurs dont dispose actuellement l’OSHA au niveau fédéral, chaque lieu de travail où des ouvriers sont susceptibles d’être exposés ne peut être inspecté qu’une fois tous les 191 ans…
De plus, les employeurs font valoir que bon nombre de ces ouvriers sont des travailleurs indépendants, et que, de ce fait, leurs lieux de travail échappent à la compétence de l’OSHA.
Suivant l’exemple de l’Australie, l’agence californienne de sécurité et de santé au travail a entamé une procédure réglementaire d’urgence visant à interdire la fabrication et l’installation de produits en pierre reconstituée contenant plus de 1 % de silice cristalline. Les fabricants de plans de travail ripostent en promouvant une législation fédérale qui interdirait toute action en justice à leur encontre, leur permettant de commercialiser la pierre reconstituée sans jamais engager leur responsabilité.
Tant que les fabricants ne cesseront pas de produire ce matériau et que les distributeurs ne suivront pas l’exemple d’Ikea, qui a renoncé – aux États-Unis – à vendre des plans de travail en pierre reconstituée contenant de la silice cristalline, des milliers de travailleurs continueront d’être exposés à cette poussière mortelle, et un nombre bien trop important d’entre eux développeront une silicose ou un cancer qui auraient pu être évités.
David Michaels a reçu des financements de la Fondation McElhattan.
Robert Harrison ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
01.08.2026 à 12:01
Denis Machon, Professeur, INSA Lyon – Université de Lyon
L’ESSENTIEL
Certaines personnes prétendent détecter la présence d’eau souterraine : les sourciers.
Yves Rocard a proposé une expérience pour tester leur prétendu « pouvoir ».
Lorsque l’on étudie sa méthode et l’analyse qu’il fait de ses résultats, on note de sérieux biais, ce qui permet de conclure à une bavure scientifique (et non une fraude).
Yves Rocard appartient à la classe des « grands scientifiques » français. Il a participé au développement de nouvelles disciplines comme les semi-conducteurs, la RMN et la radioastronomie, programmes de recherche majeurs qu’il a menés dans de prestigieuses institutions. Il a notamment été professeur à l’École Normale Supérieure, directeur du laboratoire de physique de cet établissement et conseiller scientifique du CEA.
À partir de 1957, le Pr Rocard se lance dans une étude scientifique insolite : comprendre l’origine de la sensibilité des sourciers, c’est-à-dire leur prétendue capacité à détecter la présence d’eau souterraine. Cette initiative peut paraître surprenante mais elle fait preuve d’ouverture d’esprit et s’attaque à un problème concret que le magnétisme pourrait expliquer. L’ensemble de sa démarche, de ses expériences, de ses résultats et interprétations est détaillé dans le livre « La science et les sourciers ». En lisant avec un œil critique, on découvre que cette étude est source de surprises.
Yves Rocard propose une hypothèse pour expliquer le « signal du sourcier » : des variations locales du champ magnétique terrestre seraient induites par la circulation d’eau et certains humains y seraient sensibles.
Il propose alors une expérience pour tester cette hypothèse. Un protocole est mis en place pour générer un champ magnétique contrôlé. L’expérience consiste alors à placer le sujet (une personne affirmant avoir des capacités de sourcellerie) à proximité du fil électrique, en tenant un pendule dans sa main. Si le sujet est sensible aux champs magnétiques, cela devrait induire des mouvements musculaires et donc conduire aux mouvements de rotation du pendule. En changeant le sens du courant, le pendule devrait tourner dans le sens inverse.
L’expérience se déroule à la campagne, dans une maison isolée afin de minimiser toute pollution « magnétique ». Dans un premier temps, on pratique une calibration. Le sujet à tester est placé à proximité du fil électrique et un opérateur impose le sens du courant électrique. Pour chaque sujet, on observe dans quel sens tourne le pendule quand le courant est dans un sens, puis dans l’autre. Ainsi, pour chacun de ces tests, le sens du courant est annoncé, on attend la stabilisation du pendule et on observe le sens de rotation. L’expérimentateur annonce ensuite qu’il inverse le sens du courant et constate si le sens de rotation s’inverse.
Sur cinq sujets initialement sélectionnés, seuls trois sujets présentent une réponse aux champs magnétiques, c’est-à-dire une mise en rotation du pendule lors du passage du courant et un changement du sens de rotation lors de l’inversion du courant. On pourra dès lors noter que le faible effectif de l’échantillon limite la portée statistique des résultats.
L’expérimentation peut alors démarrer. Or, dans le rapport qu’en fait le Pr Rocard, elle commence mal : « On envisage des expériences en aveugle. Elles n’étaient pas demandées par mes cinq sujets mais par un jeune homme, physicien de bonne formation expérimentale, venu là pour m’aider. Or, je n’avais rien préparé dans ce sens, ne connaissant pas à l’avance la sensibilité magnétique de mes sujets. Nous étions pressés par le temps, tous voulant bientôt rentrer à Paris ».
Être pressé par le temps ne crée pas les bonnes conditions de travail. Une expérience menée dans la précipitation a peu de chance d’être significative.
L’importance des expériences en aveugle en physique expérimentale était connue au moins depuis 1904 après le cas malheureux des rayons N. Les expérimentations en aveugle sont primordiales lorsque l’expérience est dépendante de la supposée objectivité humaine. Elles consistent à ne pas indiquer l’état du système et donc la réponse attendue à la personne testée lors de l’expérience. Peut-on imaginer ne pas trouver une balle sous une série de gobelets opaques si cette balle a été placée sous nos yeux ?
Dans le cas de l’expérience du professeur Rocard, les sujets doivent ignorer le sens du courant pour espérer une expérience discriminante permettant de valider ou non l’hypothèse. Même de bonne foi, les sourciers peuvent modifier le sens de rotation pour qu’il corresponde à celui observé lors de la calibration et valider ainsi l’essai.
Heureusement, suite à l’insistance de son assistant, le professeur Rocard met en place la possibilité « … de renverser le courant à l’insu du sujet ».
L’étape suivante consiste à prendre des précautions dans le « choix » du sens du courant que doit imposer l’opérateur. Le Pr Rocard rapporte : « le choix au hasard est à la discrétion de l’opérateur, celui-ci, fort honnête, est bien convaincu de jouer au hasard, et nous sommes disposés à admettre ce point sans discussion ».
C’est oublier que l’homme est en fait un très mauvais générateur de hasard et sujet au biais. Dans le protocole, il faut penser à utiliser un véritable hasard « objectif » afin de le rendre totalement imprévisible à l’aide, par exemple, des côtés pile ou face d’une pièce de monnaie. L’effet de biais peut conduire l’expérimentateur à produire une répétition prévisible de l’alternance du courant influant ainsi sur l’analyse statistique des résultats.
Au terme des différents essais sur les trois sujets, voici les résultats :
On observe que les résultats des sujets sont respectivement de 5/10, 4/10 et 4/10. Cela est très proche de la valeur attendue si le sens de rotation du pendule est pris au hasard (le sujet a alors une chance sur deux d’être en accord avec le sens du courant).
On peut conclure, comme le fait le professeur Rocard : « Cette expérience conduit à un échec assez visible ». On pourrait cependant s’interroger sur cette formulation. En quoi cela est un échec si aucun résultat préconçu n’était espéré ? C’est plutôt un succès si cette expérience permet de répondre clairement à la question « Le champ magnétique a-t-il une influence sur le sens de rotation du pendule ? »
Le professeur poursuit : « […], on observe sans peine que les résultats auraient été meilleurs si les séries avaient été plus courtes. Si on convient par exemple de réduire les séries aux quatre premiers coups seulement, les trois sujets s’améliorent beaucoup : les réponses deviennent exactes dans la proportion de ¾, ¾ et 2/4, évidemment meilleures ».
Or, en réduisant le nombre d’expériences pris en compte, la signification statistique se réduit. On pourrait pousser la démarche à son paroxysme : ne considérons que la première expérience. Dans ce cas, les sujets 1 et 3 ont un taux de réussite de 100 %. Reste le cas du sujet 2, peut-être mal disposé ce jour-là…
Dans son analyse des données qui s’ensuit, le Pr Rocard s’engage sur une voie qui n’est plus scientifique : « Il faut encore remarquer que chaque série a été immédiatement précédée de deux coups d’essai renforçant aussi l’imprégnation magnétique. A chaque série de quatre essais, on peut donc en rajouter deux qui sont toujours une réussite, ce qui donne pour des séries de 4+2 des proportions de réussite de 5/6, 5/6 et 4/6 ».
Les deux coups d’essai mentionnés sont les deux mesures de calibration qui sont en effet toujours réussies… sachant qu’elles ne pouvaient pas ne pas l’être. C’est un peu comme si, au mondial de football, l’arbitre de la rencontre entre l’équipe A et l’équipe B demandait à cette dernière, avant le début de la rencontre, de tirer deux fois dans le but adverse, sans gardien, afin de valider que l’arbitrage vidéo fonctionne bien et permet de détecter un but. Ensuite, à la fin de la rencontre qui se terminerait par un score nul, l’arbitre déciderait de rajouter ces deux premiers buts à l’équipe B.
Lors de cette relecture des données, on assiste à une dérive destinée à valider le scénario décidé dès le départ, cette expérimentation se voulant une démonstration de l’effet annoncé. Néanmoins, contrairement au cas des fraudes, tout cela est affiché, présenté et non-dissimulé, ce qui caractérise une bavure scientifique.
En guise de conclusion, M. Rocard termine par : « pourquoi pas ? Si cette procédure avait été convenue avant les expériences, tout le monde l’aurait acceptée ». Cela n’a pas été le cas…
La rigueur scientifique ne tient pas seulement aux compétences des chercheurs, mais aux méthodes qu’ils appliquent. En particulier, la méthodologie compte plus que le nom de l’auteur. Ainsi, la science est avant tout un processus : une expérience mal conçue ne prouve rien… sauf qu’elle est mal conçue.
Denis Machon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
01.08.2026 à 11:57
Catherine Maia, Professeure de droit international à l’Université Lusófona (Portugal) et professeure invitée à Sciences Po Paris (France), Sciences Po
Rui Garrido, Ph.D Candidate in Political Theory, International Relations and Human Rights, University of Évora

On August 2, the Democratic Republic of the Congo (DRC) commemorates Genocost Day, a national day of remembrance dedicated to the millions of victims of the violence that has affected the country since the outbreak of the First Congo War in 1996. First promoted by Congolese civil society in 2013, the commemoration was officially established under Congolese law in December 2022.
The term Genocost may be unfamiliar to many people outside Central Africa. Yet in the DRC, it has become an increasingly powerful symbol of collective memory and a rallying cry for justice. Combining the words “genocide” and “cost”, it seeks to draw attention to the human suffering associated with decades of armed conflicts, while highlighting the role played by the exploitation of natural resources in sustaining violence.
The concept emerged at a time when eastern DRC was — and remains — trapped in cycles of insecurity. Armed groups continue to operate, including in mineral-rich regions, while civilians bear the brunt of the violence and millions have been displaced. Against this backdrop, Genocost has become both a powerful vehicle for remembrance and a political demand for recognition.
But what exactly does it mean, and can it be understood as a legal category under international law?
The choice of August 2 is not accidental. It marks the day the Second Congo War broke out in 1998.
Often described as “Africa’s world war”, it transformed a regional crisis into one of the deadliest conflicts of modern times.
Although estimates vary, millions of people are believed to have died as a direct or indirect consequence of the conflicts that have affected the DRC since the mid-1990s. These deaths resulted not only from direct violence, but also from disease, hunger and the collapse of essential services, often following displacement.
In recent years, Congolese authorities, building on civil society initiatives, have turned the anniversary into a broader day of remembrance for victims of conflict-related violence. The commemoration reflects a growing determination to preserve collective memory and secure greater recognition of the suffering endured by Congolese communities.
The origins of the concept lie in the long and devastating armed conflicts that the DRC has experienced for nearly three decades. Although their causes are complex, the control and exploitation of natural resources have played an important role in financing and prolonging violence. Eastern DRC contains significant deposits of coltan, cobalt, gold, tin and other strategic minerals that are essential to global industries, including electronics and renewable energy technologies.
For decades, United Nations reports, academic studies and investigations by civil society organisations have documented how armed groups, criminal networks and regional actors have benefited from the extraction and illicit trade of these resources. In many cases, competition for control of mining areas has fuelled violence and contributed to wider regional instability.
It was against this background that Genocost took shape. Its supporters argue that the suffering endured by Congolese communities cannot be understood solely through the conventional lenses of ethnic tensions, political rivalries and military confrontation. They contend that economic predation — and particularly competition over natural resources — has also been a major driver of violence. Genocost thus foregrounds the immense human cost of resource-linked conflicts.
One of the most distinctive aspects of the Genocost concept is the attention it draws to the destruction of livelihoods and the conditions necessary for survival, rather than to direct killing alone.
Violence in conflict zones is not limited to massacres. Entire communities can be progressively weakened through forced displacement, loss of access to land, destruction of local economies and disruption of essential services. Together, these processes can undermine their ability to survive and rebuild their lives.
This perspective is particularly relevant to the situation in eastern DRC. In conflict-affected areas, access to agricultural land, water, healthcare and economic opportunities is often severely restricted. Repeated displacement and persistent insecurity further weaken communities and hinder recovery and reconstruction efforts.
Supporters of the Genocost concept argue that these realities should be viewed not simply as consequences of war, but as integral components of systems of exploitation and domination. In their view, the pursuit of economic gain can create conditions in which large-scale human suffering is tolerated and, in some cases, becomes profitable.
Whether or not one accepts this interpretation in its entirety, it highlights an important dimension of contemporary conflicts: economic interests and violence are frequently interconnected.
The growing prominence of Genocost raises an important legal question: can Genocost fall within the legal definition of genocide under international law?
Genocide is one of the most serious crimes recognised under international law. Under the 1948 Genocide Convention and the 1998 Rome Statute of the International Criminal Court, it comprises certain prohibited acts — including killing, causing serious bodily or mental harm, and deliberately inflicting conditions of life calculated to bring about a group’s physical destruction — committed with the specific intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group.
This requirement is crucial. International tribunals have consistently emphasised that genocide is distinguished from other international crimes by this specific intent. The fact that atrocities produce catastrophic consequences is not enough: it must be demonstrated that the perpetrators intended to destroy a protected group as such. This is where attempts to bring Genocost within the legal definition of genocide encounter significant limitations.
Economic exploitation, however harmful, does not automatically amount to genocide. Individuals or groups may commit grave crimes in pursuit of profit without possessing the specific intent required by international law. Conversely, an economic motive does not exclude genocidal intent: the two may coexist.
This does not mean that acts associated with resource predation escape international law. Depending on the circumstances, they may constitute war crimes, crimes against humanity or genocide, provided that the relevant legal requirements — including, for genocide, the specific intent to destroy a protected group — are established.
Interpreting the definition of genocide too broadly could undermine the precision of international criminal law and blur the distinctions between different international crimes. The particular legal significance of genocide lies in its precisely defined elements, especially the requirement of specific intent.
Genocost therefore remains, at least for now, a political, memorial and analytical concept rather than an autonomous category of crime recognised under international law.
Yet these legal limitations do not diminish the broader significance of the Genocost concept.
One of its principal functions is to provide a framework for remembrance. For many Congolese citizens, the term offers a language through which decades of suffering can be acknowledged and remembered. It reflects a desire to ensure that victims are not forgotten and that the scale of the tragedy receives international attention.
The concept also challenges narratives that reduce the conflicts in the DRC to ethnic tensions alone. By emphasising their economic dimensions, it encourages a broader reflection on the structural factors that contribute to violence.
In this sense, Genocost can be situated within a broader global trend towards recognising historical and contemporary forms of collective suffering. Around the world, many societies have developed concepts and commemorative practices to preserve the memory of atrocities and honour victims.
Memory, after all, is not only about the past. It is also about the values societies choose to uphold in the present.
The significance of Genocost extends beyond commemoration.
The concept also serves as a warning about the risks associated with resource-fuelled conflicts in an increasingly interconnected world. As global demand for strategic minerals continues to grow, questions surrounding responsible sourcing, corporate accountability and conflict prevention are becoming ever more important.
International organisations, including the United Nations, recognise that mass atrocities rarely emerge suddenly. They are often preceded by patterns of exclusion, dispossession, exploitation and structural violence that gradually weaken communities and increase their vulnerability.
By drawing attention to these dynamics, Genocost promotes a preventive approach. It reminds policymakers, international institutions and civil society actors that peace cannot be achieved by military means alone. Addressing the economic interests and structures that sustain violence is equally essential.
For many Congolese citizens, the commemoration is not only about remembering the dead. It is also about demanding recognition, accountability and greater international attention to the violence that has too often been overlooked.
On August 2, as the DRC marks Genocost Day, the debate surrounding the concept is likely to continue. Whether or not it eventually influences legal thinking, its broader message remains clear: behind abstract terms such as “conflict minerals” and “displacement” are human lives and communities whose suffering deserves recognition.
Remembering those lives is not only a matter of justice for the past. It is also a necessary step towards preventing similar tragedies in the future.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.