07.05.2026 à 09:38
Jean-Christophe Maréchal, Directeur de recherche - Hydrogéologue, BRGM
Bernard Ladouche, Chercheur, BRGM
Claudine Lamotte, Cheffe de projet, BRGM
Au fond de la lagune de Thau, en Occitanie, la source de la Vise est régulièrement sujette à un phénomène dit d’inversac, où la source d’eau douce se met soudainement à absorber l’eau saumâtre. Ce mécanisme, jusque-là peu connu, expose les ressources en eau douce des côtes à un risque de salinisation. Grâce à un dispositif expérimental unique, des chercheurs français ont pu l’observer en direct. De quoi expliquer au passage pourquoi certaines villes des alentours souffrent, lors de ces épisodes, d’inondations en l’absence de pluies.
Un phénomène exceptionnel, appelé « inversac », menace les ressources d’eau souterraine autour de l’étang de Thau (une vaste lagune d’eau saumâtre) en Occitanie. En fonction des conditions météorologiques, la source sous-marine de la Vise (surnommée localement « le Volcan » ou « le Gouffre ») peut s’interrompre – et cesse alors momentanément d’apporter de l’eau douce dans la lagune.
Elle devient dès lors un point d’infiltration majeur d’eau salée de la lagune vers l’aquifère, provoquant une salinisation chronique des eaux souterraines si précieuses, et des épisodes d’inondation sans pluie dans la station thermale de Balaruc.
Avec des collègues, nous avons pu suivre le phénomène en direct grâce à des instruments spécifiques, une première mondiale, qui a notamment fait l’objet d’une publication scientifique en 2025. De quoi mieux comprendre les causes de ce phénomène jusque-là mystérieux, qui peut durer des mois : six mois pour les épisodes survenus en 2010 et en 2014, et même dix-huit mois pour celui survenu entre 2020 et 2022.
Les eaux de pluie qui s’infiltrent à la surface de la terre rejoignent les nappes aquifères. Elles circulent ensuite dans le sous-sol jusqu’à des exutoires en surface : sources, zones humides et lits des rivières constituent autant de points bas du paysage vers lesquels convergent les eaux souterraines.
En zone côtière, les exutoires des eaux souterraines peuvent être sous-marins, situés dans la mer ou dans des lagunes côtières. Jouant un rôle important pour les écosystèmes marins côtiers, ils sont diffus ou ponctuels selon le type d’aquifère. Dans ce dernier cas, le plus souvent en contexte karstique, il s’agit de sources sous-marines. Elles sont particulièrement nombreuses en Méditerranée grâce à la forte présence de roches calcaires propices aux phénomènes karstiques.
En France, la source sous-marine de Port-Miou, au large de la calanque, est sans doute la mieux connue et est observée par les scientifiques depuis de nombreuses années.
Plus à l’Ouest, dans l’Hérault, il existe plusieurs autres sources sous-marines qui émergent dans la lagune de Thau. Parmi elles, la source sous-marine de la Vise, située au large de Balaruc, draine un aquifère côtier primordial pour les habitants de cette région au climat chaud et sec de type méditerranéen.
En effet, les eaux souterraines y sont prélevées pour l’alimentation en eau potable des villages voisins, pour l’irrigation aussi, mais surtout elles alimentent les thermes de Balaruc-les-Bains, première station thermale de France en nombre de curistes. Malheureusement, cette ressource d’eau douce précieuse est menacée par un phénomène exceptionnel : l’inversac.
Bien connue des pêcheurs et des ostréiculteurs, la source de la Vise est située dans la lagune de Thau, à une profondeur de 30 mètres au large de Balaruc. Cette profondeur est exceptionnelle pour l’étang de Thau, dont la profondeur moyenne excède rarement 4 m à 5 m : les flux d’eau souterraine ont creusé et érodé la roche pour créer un grand cône sous-marin situé autour de l’émergence. Cette profondeur attire les amateurs de plongée sous-marine qui peuvent ainsi pratiquer leur sport au cœur d’un site remarquable.
La source est localisée au sommet d’un conduit karstique subvertical qui relie la lagune de Thau à une nappe aquifère captive (c’est-à-dire sous pression) située en profondeur dans les calcaires du Jurassique. Le débit de la source est généralement de l’ordre de 100-150 litres par seconde (l/s), et augmente avec le niveau d’eau dans la nappe après des pluies intenses. C’est une eau douce et chaude (20 °C), car réchauffée par les flux d’eau d’origine profonde qui alimentent également la station thermale de Balaruc.
Or, depuis la fin des années 1950, on observe des épisodes temporaires d’inversion des flux d’eau au niveau de la source. Le résultat ? Une interruption brutale de l’arrivée d’eau douce d’origine souterraine, suivie d’une absorption des eaux de la lagune par la source. En hydrologie karstique, ce phénomène est connu sous le nom d’inversac, nom qui désigne une cavité karstique alternativement absorbante ou émissive, selon les conditions hydrologiques.
La plupart du temps, les inversacs sont des pertes-émergences situées le long d’une rivière : selon les niveaux d’eau, la rivière s’infiltre dans la cavité karstique (fonctionnement en perte) ou alors cette dernière déverse de l’eau dans la rivière (fonctionnement en émergence).
Dans le cas de la Vise, l’inversac se produit en lien avec l’étang de Thau. Selon les conditions hydroclimatiques, la source va tantôt déverser l’eau douce, tantôt absorber l’eau salée de l’étang.
Pour mieux comprendre ce phénomène, les hydrogéologues du BRGM, en collaboration avec la société ANTEA, ont conçu un dispositif inédit spécialement consacré à la mesure des débits de la source sous-marine. Il s’agit d’un tube d’une longueur d’environ cinq mètres et d’un diamètre d’un mètre, posé sur l’émergence, composé de trois compartiments.
Le tube inférieur récolte l’eau douce sortant des principaux griffons (points d’émergence) présents au fond de la lagune. Au-dessus, un débitmètre électromagnétique permet de mesurer le débit vertical au sein du tube intermédiaire. Il est surmonté d’un tube de tranquillisation destiné à réguler les flux d’eau et à réduire les turbulences pour assurer une bonne qualité de la mesure du débit. Des capteurs de température, de salinité et de pression sont installés dans le dispositif pour compléter les mesures.
Installé en juin 2019 par des scaphandriers professionnels, il a permis d’observer en direct un inversac qui s’est produit le matin du 27 novembre 2020. En effet, à 9 h 40 exactement, le débit de la source s’est brutalement inversé : d’un débit ascendant d’environ 120 l/s, il est passé à un débit descendant de 350 l/s.
Simultanément, les capteurs ont mis en évidence la présence d’une eau complètement différente : une eau salée et froide (comme la lagune) s’est substituée, au sein du tube de mesures, à l’eau douce et chaude qui provenait précédemment de la nappe aquifère. À cet instant, la source a commencé à absorber l’eau de la lagune, qui a envahi progressivement la nappe aquifère.
Cet inversac a duré seize mois, durant lesquels environ 7 millions de mètres cubes d’eau salée se sont infiltrés, provoquant l’intrusion de 200 000 tonnes de sel dans l’aquifère. En 2014, la salinisation progressive de la nappe provoquée par la succession des inversacs a nécessité la fermeture du captage d’eau souterraine de Cauvy, qui alimentait en eau potable Balaruc-les-Bains.
La répétition successive des inversacs menace également la ressource en eau thermale, dont l’usage est important pour l’activité économique du secteur. Plusieurs maraîchers exploitants ont également arrêté leur activité à cause de la salinisation de leur puits, tandis que de nombreux forages domestiques ont été touchés. Le sel est aussi remonté dans les sols, menaçant les espaces verts en affaiblissant un grand nombre d’arbres de la commune.
En complément des mesures à la source de la Vise, un réseau d’observation a été installé pour surveiller les niveaux d’eau de la lagune et de la nappe aquifère.
L’analyse détaillée de toutes ces données a permis de montrer que l’inversac s’est enclenché à un moment bien particulier, où une tempête marine accompagnée d’un coup de vent marin avait induit une hausse du niveau de l’étang. Et cela, au moment même où, au contraire, le niveau de la nappe aquifère était au plus bas, par manque de précipitation et de recharge. Résultat : la pression exercée par la masse d’eau salée de l’étang est devenue plus élevée que la pression de la nappe : les écoulements d’eau se sont alors brusquement inversés. C’est ce mécanisme que nous avons décrit dans notre article publié dans la revue Nature Communications Earth and Environment.
Restait à expliquer une bizarrerie locale : alors que les inversacs se déroulent en période de sécheresse, lorsque le niveau de la nappe aquifère est au plus bas, ils sont systématiquement accompagnés d’inondations dans la ville de Balaruc-les-Bains. Ceci est d’autant plus étonnant qu’aucun épisode de pluie ne précède ces inondations qui frappent les sous-sols, les caves et les parkings souterrains de la commune, causant de nombreux dégâts.
Cette curiosité hydrologique est à rapprocher des mesures observées dans les piézomètres des environs : chaque inversac est suivi d’une augmentation rapide des niveaux d’eau de la nappe d’environ 2,3 m. Cette hausse est expliquée par le contraste de densité entre les eaux : l’eau salée de la lagune est environ 3 % plus lourde que l’eau douce.
Ainsi, au moment de l’inversac, le conduit karstique vertical se remplit en quelques minutes d’eau salée sur sa hauteur totale, estimée à environ 70 m. Il en résulte une augmentation brutale de 2,3 m de la pression exercée par la lagune sur la nappe aquifère. Cette onde de pression se propage ensuite rapidement dans la nappe aquifère captive jusqu’à plusieurs kilomètres en quelques heures, provoquant une hausse des niveaux d’eau, et donc des inondations, même en l’absence de pluie.
Cette hausse inattendue des niveaux d’eau explique l’apparente contradiction entre la soudaineté du déclenchement d’un inversac et sa très longue durée. Si un coup de vent sur l’étang provoquant une hausse de son niveau de quelques centimètres peut déclencher un inversac, il ne suffit pas d’une accalmie météorologique pour que le système revienne à son état normal initial. Pour retrouver des flux ascendants dans le conduit karstique, la pression de la nappe aquifère doit vaincre cette surpression de 2,3 m provoquée par l’intrusion de sel, qui agit alors comme une sorte de « bouchon » sur la source sous-marine.
De ce fait, seule une très forte pluie sur le causse d’Aumelas, sur les hauteurs du bassin de Thau, peut recharger suffisamment la nappe aquifère pour provoquer une augmentation de niveau supérieure à 2,3 m, capable de vaincre le bouchon de sel. C’est ce qui s’est déroulé le 14 mars 2022 lorsqu’un épisode pluvieux de plusieurs jours, supérieur à 100 millimètres, a mis fin à cet inversac.
À lire aussi : Comment le changement climatique perturbe la recharge des eaux souterraines
Depuis les années 1950, les inversacs se répètent et s’accélèrent. En cause, les pompages d’eau souterraine, mais surtout la succession des sécheresses, qui provoquent une baisse du niveau de la nappe. Jusqu’à présent, le système revient toujours à son état normal après quelques mois, mais qu’en sera-t-il dans le futur lorsque la recharge naturelle déclinera et que le niveau de la mer montera ?
Il n’est pas exclu que le système bascule définitivement en inversac, provoquant ainsi une salinisation complète et définitive de l’aquifère du Jurassique. C’est pour cette raison qu’un projet d’expérimentation est en cours avec le Syndicat mixte du bassin de Thau pour explorer les moyens possibles de réduire les effets d’un inversac et de préserver la nappe aquifère.
Cette étude a pu être menée dans le cadre du projet de recherche DEM’Eaux Thau (2017-2022).
D’un montant de 5,3 millions d’euros, le financement du projet DEM’Eaux Thau a été assuré à 42% par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et la Région Occitanie (dans le cadre du Contrat de Plan Etat-Région 2015-2020), à 11% par le fonds européen FEDER, à 17% par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, à 4% par Montpellier Méditerranée Métropole, à 2% par Balaruc-les-Bains et à 1% par le Syndicat Mixte du Bassin de Thau. Le reste du financement du projet (23%) a été apporté grâce à la participation financière de la plupart des partenaires
Bernard Ladouche et Claudine Lamotte ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
06.05.2026 à 16:06
Xavier Bonnet, Directeur de Recherche CNRS à l'UMR 7372 en biologie et écologie des reptiles, Centre d'Etudes Biologiques de Chizé; La Rochelle Université

On the strictly protected island of Golem Grad in North Macedonia, the tortoises are destroying their own population. During prolonged courtship, aggressive males are exhausting the females and frequently pushing them off the cliffs. Consequently, there are now one hundred males for every female capable of laying eggs. This is the only known example of demographic suicide in the wild to date.
Under favourable, stable and protected environments, large animal populations have no reason to die out. This should not happen unless a catastrophe, such as a devastating fire or the destruction of their habitat, or over-exploitation, wipes out all individuals or weakens the population, making it vulnerable to disease and other disturbances and hazards.
Well sheltered by the steep cliffs that line the island of Golem Grad on Lake Prespa in North Macedonia, Hermann’s tortoises (Testudo hermanni boettgeri) thrive on the wooded plateau.
After basking in the morning sun, they graze in the meadows, rest, and court, with the males emitting high-pitched sounds during mating. At first glance, nothing seems to threaten this population.
As is the case with other long-living species, maintaining populations requires high survival rates among adults. On Golem Grad, the adults have no predators, as wild boars, dogs, rats and humans are absent from this strictly protected island. The mild Mediterranean climate of this lake, situated at an altitude of 850 metres, is also favourable for reptiles.
All these factors explain the extraordinary population density, which stands at around 50 individuals per hectare – the highest ever recorded for tortoises. The ease with which these tortoises can be observed and studied led to the establishment of the field-monitoring programme in 2008. This was the result of a fruitful scientific collaboration between North Macedonia, Serbia and France, and this long-term monitoring programme was awarded the CNRS’s SEE-Life label in 2023.
But appearances can be deceiving: this population is in a critical state.
The extensive demographic, behavioural, physiological and experimental data collected over nearly 20 years show that, although highly active sexually and reproductively, this population is effectively committing suicide!
Demographic suicide is a strange and counter-intuitive theoretical process. The conditions under which it may arise are quite specific. For a given species, one must imagine a high-density population in which violent sexual behaviour is so prevalent that it threatens the survival of females. This would gradually lead to an imbalance in the sex ratio (the proportion of males and females in a population), in this case an excess of males. This would put increasing pressure on females, who would become fewer in number and more harassed as a result. This would eventually create a vicious circle that leads to the disappearance of females and, ultimately, the extinction of the population.
Coercive and violent mating behaviours are fairly common in nature. Typically, males harass females until they mate, sometimes injuring them in the process. In some cases, such behaviour can result in the death of the female, as has been observed in elephant seals (where the males are considerably stronger than the females), as well as in wild sheep, grey squirrels, otters, deer, toads, fruit flies, humans… However, such fatal outcomes do not benefit the males, as they will have no offspring if the females die during mating. Therefore, such excessively violent behaviours are maladaptive and remain marginal.
Furthermore, in wild populations, various regulatory mechanisms prevent this type of vicious circle, or extinction vortex, from emerging. Females can employ a wide range of avoidance and defence strategies. For example, they can hide, seek the protection of a dominant male, or form alliances. Excessively violent males generally produce fewer offspring than those who spare the females, meaning their behavioural traits are less likely to persist over time. Furthermore, when males become overcrowded, they tend to emigrate in search of better mating opportunities, thereby reducing the pressure on females. Thus, conflicts between the sexes in coercive mating systems are resolved through effective equilibria, without a harmful escalation for either sex.
However, rare experiments conducted on animals studied in captivity have shown that males can have a strong negative impact on populations when the sex ratio and population density are artificially skewed in favour of males. For example, in a species of Japanese shrimp, an excess of males reduces female fertility and mating opportunities. In the common lizard, an excess of males leads to increased aggression, reducing both the fertility and survival of females. This theory has thus received partial confirmation through experimentation.
Information on the sexual behaviour of terrestrial tortoises, alongside a comparison with a control population, would be useful for understanding the situation in Golem Grad. The mating system of tortoises is coercive: males chase females, bump into them (like bumper cars) and sometimes bite them until they bleed and, in the case of Eastern Hermann’s tortoises, press on the females’ cloaca with their sharp tail spurs until they yield.
Hermann’s tortoises are still abundant in North Macedonia. We were therefore able to study another dense population located on the shores of the lake, just 4 kilometres from the island. Genetically very similar to the Golem Grad population, this population lives in a protected environment without cliffs. The females are large and heavy, with many weighing between 2.5 and 2.9 kg, and highly fertile, as shown by X-rays. They are slightly more numerous than the males and larger than them, and they effectively resist their intermittent sexual assaults. No demographic problems have been detected; population forecasts suggest an increase in numbers.
However, the situation at Golem Grad is quite different. On the plateau, over 700 adult males roam around looking for the forty or so adult females.
Furthermore, if physiological and environmental conditions are unfavourable, a Hermann’s tortoise may fail to lay eggs after mating. For example, if they are too thin or stressed, they are unable to build up reserves in the ovarian follicles and the eggs do not develop. In reality, therefore, there are more than 100 males for every female capable of laying eggs. However, our analysis of neonate and juvenile cohorts shows that the sex ratio is balanced at birth and during the first years of life, becoming imbalanced later on.
The surplus males often act in groups of three to eight. They harass the females all day long and injure them. They then lay down beside the females in the evening, ready to start again the next day. The females have little respite and do not have enough time to feed. They are thin, very few exceed 1.6 kg, with a maximum of 1.75 kg and when they lay eggs, they produce half as many as those in the control population.
Unable to escape, the females are regularly driven to the cliff edges, where the obstinate and clumsy males sometimes push them over. On July 18 2023, a GPS device fitted with an accelerometer, attached to a female, recorded her fall of over 20 metres; she died, broken in two, along with her three eggs.
Since the start of the study, we have identified almost all the turtles that have been found dead in the field, where their shells remain intact for a long time. Of the females that died, 22% suffered a fatal fall, compared to 7% of the males.
In collaboration with British colleagues, we have also developed an epigenetic clock to estimate the age of individuals from a blood sample.
The oldest males are over 60 years old and the oldest female is 35. These results are consistent with morphological, growth, and demographic analyses. The survival rate is abnormally low among females, due to male aggression.
Over time, the decline in the number of adult females, coupled with a drop in their fertility, slows down the renewal of the population, both relatively (the proportion of females) and absolutely (the total number of females). In 2009, we captured 45 adult females in the field, compared to 37 in 2010, 20 in 2024, and just 15 in 2025.
However, it takes a female around fifteen years to reach adulthood. Frustrated by the lack of sexual partners, males mate with other males, carcasses, stones, and immature females. Through this latter behaviour, they prematurely compromise the survival of females and exacerbate their demographic problem.
Population dynamics can be modelled by incorporating the above parameters and others. It is also possible to make predictions. The last female could die in 2083. The males, now deprived of females, will survive for decades, as these tortoises can live for over eighty years and will eventually die out. This is a prediction; perhaps the population, which is currently on the brink of extinction, will recover, even if we cannot see how. While the tortoises’ very slow pace of life has given us the opportunity to observe an extinction vortex in the wild and test a strange theory, intensive field monitoring has provided us with the data and inspiration above all else.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Xavier Bonnet has benefited from funding from SEE-Life CNRS.
06.05.2026 à 16:00
Renata Varga, Maitresse de conférences en sciences de l'information et de la communication, Université de Lille
La victoire écrasante du parti Tisza aux récentes élections législatives marque un tournant historique en Hongrie et la fin de seize ans d’hégémonie du Fidesz de Viktor Orban. Ce succès repose sur la capacité de Péter Magyar à fédérer un électorat hétérogène, grâce à une stratégie combinant mobilisation de terrain, communication numérique et récit politique mobilisateur. Son leadership hybride, mêlant incarnation personnelle et crédibilité programmatique, a permis de transformer une dynamique d’opposition en majorité constitutionnelle.
La victoire du parti Tisza (Respect et liberté) aux législatives du 12 avril 2026 face au Fidesz de Viktor Orban a été sans appel. Porté par une participation record de 79,56 %, Tisza a obtenu une majorité constitutionnelle de 141 sièges sur 199, tandis que l’alliance Fidesz-KDNP s’effondrait à 52 sièges. Ce mandat exceptionnel lui confère la légitimité nécessaire pour réviser la Constitution, démanteler le système illibéral et rétablir les conditions d’un fonctionnement démocratique fondé sur l’équilibre des pouvoirs.
Ce résultat est d’autant plus remarquable que le Fidesz semblait indétrônable. Le système électoral avait été conçu pour favoriser son maintien au pouvoir ; les médias, sous son contrôle, diffusaient la propagande gouvernementale, dénigrant systématiquement l’opposition ; enfin, le Fidesz fonctionnant en mode « parti-État », les ressources financières publiques ont été massivement mobilisées en sa faveur durant la campagne. À l’inverse, Tisza, formation récente, ne disposait d’aucun financement public.
Cette large victoire s’explique par la rencontre, au moment opportun – dans un contexte de crise politique et morale –, entre, d’une part, une forte attente de l’électorat d’opposition et, d’autre part, l’ambition, le talent et l’engagement hors norme de Péter Magyar, président du parti Tisza.
Magyar est parvenu, en à peine deux ans, à construire ex nihilo un parti-mouvement et à fédérer un électorat d’opposition hétérogène autour d’un objectif commun de changement de régime.
Ce ralliement s’est opéré au prix d’une mise entre parenthèses des clivages idéologiques traditionnels. Malgré un positionnement revendiqué à droite, son succès tient avant tout à sa capacité à agréger, dans le contexte d’un régime illibéral, des électeurs aux orientations diverses, y compris de gauche, tout en refusant toute alliance avec les anciens partis d’opposition. Un choix stratégique qui s’est révélé payant.
Au-delà de cette dynamique, Magyar a su enrôler dans son projet de transformation politique des citoyens désireux de changement et prêts à construire une véritable « communauté Tisza », avec 50 000 bénévoles-activistes implantés localement. Il s’est aussi entouré d’une excellente équipe de campagne.
La principale force de Péter Magyar réside dans sa capacité de mobilisation et d’occupation de l’espace public. Pendant près de deux ans, il a sillonné le pays, multipliant les déplacements et les rencontres locales. Il est allé chercher des voix aussi bien dans les grandes villes que dans les zones rurales, y compris dans les bastions historiques du Fidesz, sans hésiter à s’exposer dans des contextes hostiles.
La vieille camionnette à plateau de Tisza, une Ford Transit customisée à la bombe aux couleurs nationales sur laquelle il sautait pour prononcer ses discours dans les villages, est devenue légendaire. Cette présence continue et son accessibilité lui ont permis de construire une relation de proximité avec l’électorat.
L’intensité de son travail se mesure à la cadence de ses meetings en fin de campagne. Durant le dernier mois, il en a tenu 108, dont 27 durant les cinq jours précédant l’élection, atteignant jusqu’à sept événements par jour – certains, dès 7 heures du matin.
La présence sur le terrain de Magyar a été amplifiée par une utilisation intensive des réseaux socionumériques, l’autre pilier de sa stratégie de communication. Maîtrisant les codes propres à ces plateformes, il s’est adressé efficacement à des publics différenciés, notamment aux jeunes.
Magyar s’est principalement appuyé sur ses comptes officiels, en particulier sur son compte Facebook – réseau largement dominant en Hongrie –, dont il assurait lui-même la gestion. Sa chaîne YouTube centralisait ses contenus vidéo, avec un recours fréquent aux formats en direct. En parallèle, son activité sur TikTok visait à toucher un public jeune et à construire une image plus informelle, proche des codes des influenceurs ; certaines de ses vidéos y ont dépassé le million de vues.
La diffusion en direct de ses meetings a donné à voir, en temps réel, l’ampleur de la mobilisation et l’enthousiasme suscité par le mouvement. Cette mise en visibilité a renforcé la dynamique militante, contribuant à transformer une présence locale en phénomène politique de portée nationale.
Cette stratégie numérique s’est révélée d’une efficacité redoutable. Magyar s’est imposé comme l’acteur le plus actif du paysage politique en ligne durant les deux années qui ont précédél’élection. Cela a favorisé la mobilisation des sympathisants de Tisza, dont l’activité s’est développée de manière largement organique, avec un niveau très élevé d’interactions et d’engagement.
Issu des rangs du Fidesz, Magyar maîtrise les codes et les ressorts de la communication de ses adversaires, qu’il s’est attaché, au cours de sa campagne, à retourner contre eux. Il a aussi élaboré un récit symbolique puissant, capable de concurrencer le récit dominant.
Son discours repose largement sur un usage stratégique des métaphores, empruntant à des registres variés pour dénoncer les dérives politiques et morales des représentants du pouvoir. Orban a ainsi été qualifié de « Don Corleone », de « vieil empereur », ou encore de « drôle de maître du palais carmélite [qui] se pavane dans son domaine à dix milliards de forints » (le forint est la monnaie nationale hongroise, NDLR), autant d’images destinées à frapper les esprits et à désacraliser la figure du pouvoir.
Le recours au folklore hongrois constitue un élément central de son récit. Il mobilise la figure de Döbrögi, un seigneur féodal cruel et cupide, pour incarner une élite prédatrice qui opprime le peuple. En miroir, il s’est identifié à Lúdas Matyi, le jeune berger rusé qui finit par triompher de l’injustice.
À l’instar d’Orban, Magyar puise dans la mémoire collective pour structurer son discours. Toutefois, là où Orban construit un récit fondé sur la menace, la peur et la défense d’une souveraineté assiégée, Magyar propose une narration tournée vers l’espoir et l’avenir. Cette opposition se traduit également dans le symbolisme architectural où les citoyens sont décrits comme des bâtisseurs plutôt que comme des soldats. La transformation politique est présentée comme un processus collectif, progressif, mais aussi comme un mouvement puissant et inéluctable.
La force de Magyar tient à la nature hybride de son leadership. Son mouvement s’est d’abord construit autour d’une forte centralisation et d’une personnalisation assumée de la politique : durant de longs mois, sa campagne a pris la forme d’un véritable one-man-show, faisant de lui l’incarnation même du parti Tisza, au point que son image en est devenue indissociable.
Cependant, cette personnalisation ne s’est pas limitée à une posture de chef charismatique. Magyar a su lui adjoindre une crédibilité politique et institutionnelle, s’imposant comme figure d’autorité et se présentant comme un homme d’État en devenir. À côté de son récit symbolique, il a ancré sa campagne dans les réalités concrètes du pays, en mettant en lumière les dysfonctionnements affectant la vie quotidienne des Hongrois.
Ses déplacements sur le terrain ont joué un rôle central dans cette stratégie. Durant la canicule, il s’est rendu dans des hôpitaux, thermomètre à l’appui, pour dénoncer les conditions de travail du personnel soignant et l’état catastrophique du système de santé. En plein hiver, il a distribué du bois de chauffage aux populations les plus précaires. Il a également multiplié les visites dans des orphelinats afin d’alerter sur les défaillances de la protection de l’enfance, pourtant érigée en priorité par le gouvernement Fidesz.
Ce double registre – symbolique et pragmatique – constitue l’une des clés de son succès. D’un côté, Magyar projette un imaginaire collectif fondé sur la justice et la reconstruction ; de l’autre, il propose une offre politique structurée, élaborée avec l’appui d’experts et formalisée dans un programme détaillé, qui a contribué à rassurer. Ainsi, la victoire de Tisza s’explique par l’habileté communicationnelle de Péter Magyar et sa capacité à articuler incarnation personnelle, ancrage dans le réel et projection collective – symbolique d’une Hongrie heureuse et apaisée.
Dès le lendemain des élections du 12 avril, Magyar s’est attelé à la tâche sans répit : conférences de presse internationales, interviews offensives dans les médias pro-Fidesz, échanges avec des dirigeants étrangers, négociations pour débloquer les fonds européens et constitution du futur gouvernement. Parallèlement, il multiplie les gestes symboliques de rupture : la séance inaugurale de l’Assemblée nationale et sa prise de fonction sont fixées au 9 mai, Journée de l’Europe, marquée par le retour symbolique du drapeau européen au Parlement.
Son usage stratégique des réseaux sociaux – auprès de ses 1,4 million d’abonnés sur Facebook – reste crucial avant sa prise de fonction officielle. Jonglant avec plusieurs figures de leader, il alterne habilement les registres. Il mêle annonces politiques et pression sur le pouvoir sortant, avec des appels à la démission du président de la République et d’autres figures clés ainsi que des alertes sur les destructions massives de documents dans les ministères et les transferts de fonds à l’étranger des oligarques proches d’Orban.
Il partage aussi des contenus plus personnels, comme un selfie à la salle de sport pour inciter les citoyens à l’activité physique à l’approche de l’été. Enfin, il excelle dans l’humour viral : lors d’une visite officielle au palais Sándor, apercevant Orban sur un balcon adjacent, il mime un geste iconique de Martin Scorsese et intitule la vidéo « Absolute Cinema », créant un mème devenu instantanément culte.
Dix jours après le scrutin, une enquête de l’Institut Medián révèle une avance importante de Tisza sur le Fidesz : un écart de 40 points, confirmant la popularité de Magyar, la confiance accordée au parti Tisza et l’ampleur du basculement politique en Hongrie.
Renata Varga ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.