15.08.2026 à 07:34
Yoann Bazin, Professeur, Université Paris Nanterre
Maja Korica, Full Professor, IÉSEG School of Management
Dénonçant les pratiques « hors cadre » des entreprises, les lanceurs d’alerte mettent en péril leur carrière professionnelle. Et s’ils devenaient enseignants dans les business schools ? Avant de prendre la parole, ils ont pu observer le fonctionnement et certains dysfonctionnements des entreprises, un savoir qui pourrait profiter aux étudiants.
En 2021, Athol Williams, ancien associé du cabinet de conseil Bain & Company, témoigne devant la Commission Zondo en Afrique du Sud. Il révèle comment son employeur a participé à l’affaiblissement délibéré de l’administration fiscale du pays afin de faciliter la corruption à grande échelle – ce qu’il appellera plus tard une « capture de l’État ». Son témoignage est décisif : Bain sera par la suite banni des marchés publics pendant dix ans en Afrique du Sud, et pendant trois ans du Royaume-Uni.
Le prix payé par Williams pour cet acte de courage civique est vertigineux. Il perd son poste, ses revenus, ses réseaux professionnels. Ne se sentant plus en sécurité, il quitte son pays, sa famille, tout ce qu’il a construit. Depuis l’Angleterre où il vit en exil, il confie dans son livre ne pas savoir s’il pourra un jour rentrer chez lui. Le cas de Williams illustre ce que la littérature scientifique documente depuis des décennies : lancer l’alerte sur une entreprise, c’est souvent signer son propre arrêt de mort professionnel.
Le récent rapport du Défenseur des droits sur le sujet « souligne la persistance des représailles subies » et insiste « sur la nécessité de garantir aux lanceurs d’alerte des soutiens financiers et psychologiques effectifs ». Face à cet exil professionnel, nous défendons ici la thèse que les business schools ont une responsabilité à assumer.
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Les études académiques sur les lanceurs d’alerte sont sans appel. Après avoir signalé des comportements illégaux ou contraires à l’éthique dans leur organisation, les représailles prennent des formes multiples : avertissements, rétrogradations, intimidations, mises au placard, licenciements. Mais au-delà de la perte d’emploi immédiate, c’est toute une trajectoire professionnelle qui s’effondre. Dans la plupart des cas, les lanceurs d’alerte sont dans l’incapacité de retrouver un emploi stable pendant des années – et presque jamais dans leur secteur d’activité.
Ce n’est plus seulement un licenciement, c’est un exil. Un exil professionnel, social, et parfois même géographique. Comme Athol Williams qui ne retrouvera jamais un poste de consultant malgré une brillante carrière dans le secteur, ou comme d’autres avant lui – Antoine Deltour, qui révéla le scandale LuxLeaks des pratiques d’optimisation fiscale, ou encore les lanceurs d’alerte de Boeing qui dénoncèrent les défaillances mortelles du 737 Max.
Il est tentant de reporter sur la société dans son ensemble la responsabilité de soutenir ces personnes. Des lois existent, comme la directive européenne de 2019, sur la protection des lanceurs d’alerte. Mais comme le souligne un rapport de l’International Bar Association, ces dispositifs restent souvent insuffisants, mal appliqués et incapables de résoudre le problème fondamental : retrouver un emploi après avoir lancé l’alerte.
Si les lanceurs d’alerte qui dénoncent des institutions publiques (un Snowden, un Ellsberg) peuvent légitimement attendre un soutien de la société et de ses institutions démocratiques, ceux qui s’attaquent à des entités privées se retrouvent dans une situation différente. Leurs adversaires sont souvent des entreprises riches, capables de mobiliser d’importants moyens juridiques et médiatiques contre eux. Et leur exil s’opère en général dans un relatif silence en dépit de leur contribution à l’assainissement éthique et légal du monde des affaires.
Qui, dès lors, pourrait porter une responsabilité particulière à leur égard ? Nous défendons la thèse que les business schools font partie des acteurs qui ne peuvent pas se défausser. Pourquoi ? Parce qu’en tant qu’institutions de formation au management, elles sont profondément impliquées dans la production des normes, des valeurs et des pratiques du monde des affaires. Elles prétendent préparer les dirigeants et managers qui peuplent ces organisations où des comportements illicites prospèrent parfois. Conscientes de leur position et de leur image, elles prêchent d’ailleurs l’intégrité, la responsabilité sociale, le leadership éthique.
En effet, une étude récente portant sur 841 écoles de commerce accréditées dans le monde révèle que les expressions « intégrité » et « responsabilité sociale » figurent des centaines de fois dans leurs documents officiels. Mais quand ces institutions ont-elles concrètement offert un emploi stable à quelqu’un dont la vie entière a été sacrifiée au nom de ces valeurs qu’elles prétendent défendre ?
Pour penser ce que pourrait être un soutien concret, nous nous sommes appuyés pour un article paru dans la revue Organization sur trois figures philosophiques majeures. Hannah Arendt, qui connaissait personnellement l’exil, rappelle que défendre abstraitement les droits de quelqu’un ne suffit pas : il faut lui offrir un statut formel, une appartenance concrète. Pour les individus, c’est la citoyenneté. Pour les entreprises, c’est l’emploi.
Emmanuel Kant nous offre une conception de l’hospitalité comme devoir d’accueil temporaire : ne pas traiter l’étranger comme un ennemi, mais plutôt lui permettre de trouver refuge le temps de se reconstruire. Cependant, dans la perspective kantienne, cette hospitalité reste conditionnelle, et donc insuffisante selon nous.
C’est Jacques Derrida qui pousse le raisonnement le plus loin (comme souvent). L’hospitalité véritable, nous dit-il, n’est pas le fruit d’un calcul rationnel. Elle implique d’ouvrir sa maison à l’autre sans lui imposer de condition de réciprocité, en l’accueillant dans sa singularité. Et surtout, elle transforme l’hôte autant que l’invité : accueillir un lanceur d’alerte, c’est aussi accepter que sa présence bouscule certitudes et habitudes institutionnelles.
Notre proposition est concrète. De nombreuses business schools disposent d’un outil qui colle parfaitement à cette mission : les postes de « Professor of Practice », les fameux praticiens. Ces postes, qui existent déjà dans une majorité de grandes institutions (INSEAD, ESSEC, EM Lyon, IESEG en France ; NYU Stern, Wharton, Columbia aux États-Unis ; de nombreuses universités britanniques) ont précisément été conçus pour accueillir des professionnels expérimentés qui partagent leur expertise avec les étudiants. Ils ne requièrent pas nécessairement d’avoir un doctorat. Ni de publications académiques.
Imaginez Athol Williams – ancien associé d’un grand cabinet de conseil international, auteur, conférencier, et lanceur d’alerte – comme professeur praticien dans une école de commerce. Il incarnerait, de façon vivante et irréfutable, les valeurs d’intégrité et de responsabilité que ces institutions se targuent d’enseigner. Tout ça n’est pas une fiction philosophique : Il est depuis l’année dernière le directeur académique de l’Oxford Advanced Management and Leadership Programme de la Said Business School. Le lanceur d’alerte de Citigroup, Richard Bowen, a suivi un chemin similaire au sein de l’Université du Texas, et Frances Haugen, la lanceuse d’alerte de Facebook, travaille aujourd’hui au Centre sur les médias, la technologie et la démocratie de l’Université McGill.
Les initiatives existent. Il s’agit maintenant de les généraliser, de les penser comme politique institutionnelle et non comme des exceptions dues au hasard ou au courage personnel d’un doyen ou d’une équipe.
Certains objecteront que cette proposition est naïve, voire complice d’un système défaillant. D’autres la réduiront à un calcul réputationnel – recruter un lanceur d’alerte pour en faire un argument marketing. Ces risques sont réels. Mais dans son provocant Shut down the business school Martin Parker nous rappelle que si les portes des institutions sont construites pour tenir des gens à l’extérieur, elles peuvent aussi s’entrouvrir.
La question n’est pas de savoir si les business schools peuvent changer le monde. La question est plus modeste, et plus urgente : peuvent-elles, a minima, offrir un refuge concret à ceux qui ont tout risqué pour défendre les valeurs qu’elles prétendent incarner ? Et peut-être pourront-elles, comme le dit Derrida, se laisser transformer par cet accueil. C’est en tout cas ce que nous leur souhaitons.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
14.08.2026 à 13:13
Chloé Maurel, SIRICE (Université Paris 1/Paris IV), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L’ESSENTIEL
Depuis le mois de juin, les auditions ont commencé à New York pour désigner le ou la prochaine secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies.
Mais la bataille dépasse largement les murs du siège de l’ONU. À l’international, d’intenses tractations diplomatiques se jouent déjà, à la hauteur des enjeux de cette succession.
Après le mandat du Portugais António Guterres, le poste devrait revenir à une personnalité latino-américaine. Et, qui sait, peut-être enfin à une femme.
En décembre 2026 sera désigné·e le ou la future secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’occasion, pour la première fois, de désigner une femme ? Et de porter à ce poste une personnalité progressiste et proactive, capable de redynamiser une institution qui en a grand besoin ?
La fin du second mandat du Portugais António Guterres à la tête de l’ONU, prévue pour le 31 décembre 2026, ouvre une nouvelle séquence diplomatique majeure pour les Nations unies. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions sino-américaines, la guerre de Gaza, l’endettement du Sud global, la guerre au Moyen-Orient, le tout sur fond de crise du multilatéralisme, l’élection du prochain ou de la prochaine secrétaire générale apparaît comme un moment décisif pour l’avenir de l’ordre international.
Le poste, souvent décrit comme « le plus impossible au monde », est crucial. Face aux attaques et au désengagement d’États de premier plan comme les États-Unis, qui lui retirent leurs financements et la court-circuitent sans vergogne, l’ONU doit se réinventer. Nommer une nouvelle personne à sa tête en est l’occasion.
La désignation du ou de la secrétaire générale des Nations unies est régie par l’article 97 de la Charte de 1945, qui prévoit qu’il ou elle « est nommé·e par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité ».
Si, en droit, l’Assemblée générale dispose du pouvoir formel de nomination, en pratique le choix est largement déterminé par le Conseil de sécurité, qui ne transmet qu’un seul nom, par l’intermédiaire d’une résolution. L’Assemblée procède ensuite à la désignation, souvent par acclamation.
Concrètement, les États membres proposent des candidat·es, qui sont auditionné·es par l’Assemblée générale. Le Conseil de sécurité arrête ensuite sa recommandation avant que l’Assemblée procède au vote formel. Mais cette dernière étape n’a qu’une portée symbolique, le choix décisif revenant en amont aux cinq membres permanents du Conseil – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – dont le droit de veto confère une influence déterminante.
Depuis les réformes engagées en 2015, la procédure se veut toutefois un peu plus ouverte. Les candidatures sont rendues publiques et les prétendant·es présentent leur vision de l’Organisation lors d’auditions retransmises en direct sur UN Web TV. Ces échanges permettent également un dialogue avec la société civile. L’ensemble des innovations a apporté davantage de transparence à un processus jugé opaque, sans pour autant remettre en cause le rôle central du Conseil de sécurité.
Les prochaines auditions des candidat·es, prévues en décembre 2026, se tiendront devant l’ensemble des États membres réunis en séance informelle de l’Assemblée générale, sous la conduite du président de l’Assemblée. Chaque candidat·e présentera d’abord sa vision de l’avenir de l’Organisation, puis répondra pendant environ deux heures aux questions des représentant·es des États membres.
Cette année, de manière tacite, il est attendu que le ou la future secrétaire générale vienne d’Amérique latine, par esprit de roulement par continent. À noter, par ailleurs qu’il n’y a jamais eu de secrétaire général·e de l’ONU ni russe, ni chinois·e, ni indien·ne, malgré la forte importance géopolitique et démographique de ces grandes puissances.
La pratique veut d’ailleurs qu’un·e secrétaire général·e ne soit pas issu·e d’un des cinq pays membres permanents, afin de préserver son indépendance et son rôle de médiateur ou médiatrice. Cette règle n’est écrite nulle part dans la Charte, mais elle est devenue une convention solidement établie.
La campagne de 2026 se distingue par un enjeu symbolique important : l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme depuis sa création en 1945. De nombreux États et organisations plaident désormais pour une alternance de genre et une représentation accrue du Sud global. Cette revendication favorise particulièrement les candidatures latino-américaines, dans la mesure où la rotation géographique informelle semble cette fois devoir bénéficier à l’Amérique latine et aux Caraïbes, une région du monde qui n’est pas représentée par un siège permanent au Conseil de sécurité, mais qui a déjà fourni par le passé un secrétaire général de l’ONU : le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, de 1982 à 1991.
Quatre principales candidatures dominent actuellement les discussions diplomatiques, sur les six officiellement présentées.
Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, apparaît comme l’une des figures les mieux placées dans la compétition.
À côté d’elle, Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et ancienne vice-présidente du Costa Rica, défend une ligne plus technocratique centrée sur les réformes institutionnelles et le développement.
Quant à Rafael Grossi, diplomate argentin et directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), il insiste davantage sur la crédibilité stratégique de l’ONU et sur la nécessité d’une réforme budgétaire profonde.
Enfin, l’ancien président sénégalais Macky Sall met, lui, en avant une vision davantage tournée vers la représentation du Sud. Il insiste notamment sur le continent africain, actuellement peuplé de 1,5 milliard d’habitants, chiffre qui pourrait atteindre 2,5 milliards en 2050. Macky Sall plaide aussi en faveur d’une amélioration de l’efficacité opérationnelle des agences onusiennes.
Des auditions et débats entre les candidat·es ont commencé dès juin 2026. Les divergences politiques exprimées reflètent les fractures actuelles du système international. Grossi adopte une posture plus réaliste et sécuritaire, privilégiant la réforme administrative et la restauration de l’autorité diplomatique de l’organisation. Grynspan se présente comme une médiatrice pragmatique, attentive aux enjeux économiques et à la gouvernance mondiale. Macky Sall insiste sur la souveraineté des États africains et critique implicitement la domination occidentale dans les institutions multilatérales.
Michelle Bachelet, quant à elle, défend fortement les questions de droits humains, de justice sociale, d’égalité de genre et de prévention des conflits. Elle porte une vision progressiste et humaniste du multilatéralisme, fondée sur la protection des populations civiles et la coopération internationale face aux crises climatiques et sociales.
Sa candidature demeure toutefois politiquement sensible. Son passage au Haut-Commissariat aux droits de l’homme lui a valu des critiques contradictoires. Certains gouvernements occidentaux lui reprochent sa prudence face à la Chine, tandis que les milieux conservateurs états-uniens dénoncent ses positions sur les droits et libertés.
Le retrait du soutien officiel du Chili à sa candidature, après l’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite José Antonio Kast en mars 2026, illustre la polarisation idéologique entourant sa candidature. Malgré cela, Bachelet conserve l’appui du Brésil de Lula et du Mexique de Claudia Scheinbaum ainsi qu’un important réseau diplomatique dans les milieux progressistes internationaux.
Alors que l’ONU traverse une profonde crise de légitimité et d’efficacité, aggravée par un déficit budgétaire handicapant, Michelle Bachelet apparaît comme la candidate la plus prometteuse. Son expérience est très solide : deux fois présidente du Chili, ancienne ministre de la défense, directrice exécutive d’ONU Femmes puis haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, elle possède à la fois une connaissance fine des institutions onusiennes et une expérience concrète du pouvoir exécutif.
Surtout, elle incarne une conception du multilatéralisme qui refuse de dissocier paix, développement et droits humains. À l’heure où les logiques de puissance unilatérales fragilisent le droit international, son profil semble le plus à même de redonner une cohérence politique et morale à l’ONU, si cruciale aujourd’hui.
Michelle Bachelet a, qui plus est, été une opposante courageuse à la dictature chilienne. Arrêtée en janvier 1975 avec sa mère par la direction nationale du renseignement (DINA), la police politique de la dictature militaire de Pinochet (1973-1990), elle a été incarcérée et torturée avant de partir en exil, une expérience qui a profondément marqué son engagement ultérieur. Bachelet est dotée d’une connaissance approfondie du système onusien et peut se prévaloir d’un bilan positif et concret en matière de défense des droits humains, de l’égalité entre femmes et hommes, du multilatéralisme démocratique et du développement durable.
Ainsi, en 2011, elle a lancé à ONU Femmes un agenda mondial pour mettre fin aux violences contre les femmes, avec des résultats concrets, par exemple au Cambodge – protection juridique des femmes contre les attaques à l’acide – ou encore en Zambie – création de safe spaces dans les écoles. En outre, elle a promu l’égalité économique des femmes, par exemple au Sénégal, permettant l’attribution pour la première fois de licences de pêche à des femmes.
Au-delà de la procédure officielle, la désignation du ou de la secrétaire générale donne lieu à une intense activité diplomatique informelle. Les négociations se déroulent dans les couloirs du siège des Nations unies à New York, lors d’entretiens bilatéraux entre délégations, de consultations discrètes entre les membres permanents du Conseil de sécurité ou encore de rencontres organisées en marge des sessions de l’Assemblée générale.
Cette « diplomatie de couloir » (corridor diplomacy) constitue une dimension essentielle du processus.
Enfin, cette élection intervient dans un contexte de remise en cause de l’idéal du multilatéralisme. La montée des puissances émergentes, le renforcement des BRICS, les rivalités sino-américaines, et les contestations croissantes de la gouvernance internationale onusienne, court-circuitée par le G7, le G20, l’Otan, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres structures concurrentes, comme le Forum économique de Davos, conduisent de nombreux États à rechercher un ou une secrétaire générale capable de réaffirmer le rôle des Nations unies comme principal forum universel de dialogue et de négociation collective.
Plus encore que lors des précédentes élections, la personnalité du ou de la future titulaire, son aptitude à dialoguer avec des dirigeant·es aux orientations politiques très différentes et sa capacité à restaurer la confiance entre les grandes puissances seront probablement des critères déterminants.
Compte tenu des évolutions récentes de la société, en particulier en matière de représentation des femmes, le temps paraît venu de nommer enfin une secrétaire générale à la tête de l’ONU, une personnalité humaniste, progressiste et charismatique, une personne capable de lancer des initiatives inédites, des idées originales et des propositions innovantes de résolutions de conflits.
Chloé Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
14.08.2026 à 13:12
Victor de Villedon de Naide, Doctorant en IRM cardiovasculaire et intelligence artificielle, Université de Bordeaux
Aurélien Bustin, Professeur Junior en imagerie cardiovasculaire, Université de Bordeaux
L’ESSENTIEL
L’IRM cardiaque est outil d’imagerie médicale incontournable pour la prise en charge des infarctus aigus du myocarde.
Mais elle n’est pas toujours confortable pour les patients et son utilisation est complexe pour les radiologues et les cardiologues.
Une équipe de recherche a mis au point une technique avancée pour permettre, dans le futur, une analyse plus précise et simplifiée.
Les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de décès au niveau mondial. D’après l’Organisation mondiale de la santé, 19,8 millions de personnes en sont mortes en 2022, soit environ 32 % de tous les décès dans le monde. Parmi ces décès, 85 % ont été causés par un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral (AVC).
En France, l’ensemble des maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC, embolies pulmonaires…) représentent la première cause de mortalité chez la femme, comptant 73 000 décès par an.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cardiaque est un outil essentiel dans la prise en charge des patients souffrant de pathologies cardiovasculaires. Cet outil permet de récupérer des informations complètes du cœur entier, sans exposer le patient à des radiations, comme c’est le cas avec le scanner.
Grâce à l’IRM, différentes images du cœur sont récupérées (la plupart du temps en noir et blanc) et vont permettre au radiologue d’extraire des informations essentielles pour effectuer un diagnostic précis du patient et planifier un suivi adapté.
Cependant, le temps d’attente pour avoir une IRM est estimé de quatre à six mois. Cela s’explique par la grande complexité d’utilisation de l’IRM cardiovasculaire, qui n’est donc réservée qu’à quelques centres experts.
Cette complexité est intrinsèquement reliée au patient, au manipulateur radio et au radiologue, ou cardiologue, qui va analyser les images.
Lors d’un examen cardiaque, des images (en noir et blanc) sont collectées grâce à des séquences (on peut voir cela comme une partition musicale). La plupart de ces séquences vont nécessiter plusieurs apnées, afin d’éviter que l’image soit impactée par des artéfacts liés à la respiration et ainsi garantir des images de bonne qualité.
Du fait du grand nombre de séquences lancées lors d’un protocole d’IRM cardiaque classique, le patient devra rester de 40 à 60 minutes dans la machine, sans bouger, le tout en effectuant une moyenne de 60 apnées. Cela peut s’avérer difficile pour certains patients, comme les personnes âgées, qui auront une certaine difficulté à retenir leur respiration à plusieurs reprises.
Dans un second temps, une expertise est attendue au niveau du manipulateur radio, qui est la personne qui contrôle l’IRM, qui paramètre chaque séquence et communique avec le patient dans la machine. Chaque séquence nécessite un paramétrage minutieux, avec une moyenne de 400 clics à effectuer par protocole (contre 30 pour une imagerie du cerveau).
Une fois les images récupérées, c’est au tour du radiologue, ou du cardiologue, d’intervenir. Son but sera d’extraire des informations diagnostiques à partir des images. Aujourd’hui, le processus d’analyse se fait manuellement, coupe par coupe sur chaque séquence, ce qui est laborieux et drastiquement chronophage.
D’un point de vue général, les infarctus aigus se caractérisent par deux informations principales : d’une part la présence d’une cicatrice, d’autre part la présence d’un œdème qui, tous deux, affectent le myocarde.
Nous pouvons aussi noter la présence chez certains patients de thrombus (un caillot de sang qui, s’il se détache, peut obstruer un vaisseau sanguin), d’obstruction microvasculaire, ou d’infarctus des muscles papillaires (il s’agit de muscles se trouvant sur les parois du cœur qui jouent un rôle essentiel dans la régulation du rythme cardiaque et dans le fonctionnement des valves).
Pour visualiser une cicatrice, la technique de référence est fondée sur une séquence dite de rehaussement tardif en « sang blanc ». Cette séquence porte le nom de « sang blanc » de par le fait que le sang est visible en gris clair (et le myocarde en noir) sur l’image. Cette technique nécessite également une injection, par voie intraveineuse d’un agent de contraste inoffensif qui va se propager dans le corps et disparaître au bout d’un certain temps.
Lorsqu’une cicatrice est présente, l’agent de contraste restera bloqué dans l’espace extracellulaire de celle-ci et mettra plus de temps à disparaître. Le but cette technique est donc de récupérer une image à ce moment précis, ce qui permet une mise en évidence de la cicatrice qui apparaîtra sous forme d’un signal blanc « rehaussé ».
Pour visualiser l’œdème, l’imagerie par cartographie T2 permet la récupération d’images quantitatives : chaque pixel représente une valeur en millisecondes. Selon la valeur de celui-ci, il sera possible de déterminer si le myocarde est sain ou inflammé. Il est également possible d’intégrer de la couleur à cette image afin de visualiser rapidement la présence d’un œdème dans le muscle cardiaque.
Si nous résumons : lorsqu’un patient présente un infarctus aigu du myocarde, deux séquences distinctes sont nécessaires pour récupérer toutes les informations diagnostiques.
En plus des problèmes énoncés précédemment (longévité du protocole, nombreuses apnées, paramétrage des séquences et analyse fastidieuse des images), un problème majeur réside : le manque de différence entre le signal du sang (gris clair) et de la cicatrice (blanc) sur les images de référence en sang blanc. Cela peut s’avérer critique si celle-ci est collée à la paroi du sang : la taille de la cicatrice sera sous- ou surestimée.
Ce manque de contraste affecte également la détection des muscles papillaires infarcis (muscles papillaires atteints d’un infarctus), qui apparaîtront en blanc au milieu du sang gris. La visualisation précise des cicatrices et de ces muscles est un enjeu important, car ces informations ont un impact direct sur le diagnostic et sur la planification de suivi du patient.
En manipulant la physique de l’IRM, il est maintenant possible de faire seulement apparaître les cicatrices sur l’image, sur fond noir : on appelle ça l’« imagerie en sang noir ». Cette technique, utilisée en routine, ne laisse plus aucun doute quant à la présence de cicatrices. Cependant, une information cruciale est manquante : où se trouve la cicatrice dans l’anatomie du cœur ?
Une nouvelle technique proposée récemment par notre équipe permet d’aller encore plus loin en combinant intelligemment, en une seule séquence, des images en « sang noir » (information sur les cicatrices) et en « sang blanc » (information sur l’anatomie) : elle est baptisée SPOT (« Scar-specific imaging with Preserved myOcardium visualizaTion » en anglais, ce qui en français signifie « imagerie de cicatrice, avec visualisation du muscle cardiaque préservée »).
Cette séquence laisse place à une solution convaincante pour répondre aux challenges quant au manque de contraste de l’imagerie en « sang-blanc ». Une visualisation en couleur des cicatrices dans l’anatomie du cœur est maintenant possible.
Pour s’adapter concrètement aux patients atteints d’un infarctus aigu du myocarde, notre équipe s’est basée sur la séquence SPOT, et est parvenue à ajouter des cartographies T2 en plus des images en « sang noir » et « sang blanc ». Cette nouvelle séquence appelée SPOT-MAPPING permet de faire du 3-en-1 : elle récupère en une seule séquence des informations sur l’anatomie, les cicatrices et l’œdème.
Cette séquence est aujourd’hui disponible et utilisée sur des patients dans les hôpitaux de Bordeaux en France et de Vienne en Autriche.
Cette technique aura un impact sur plusieurs niveaux. Le patient verra son temps passé dans l’IRM et son nombre d’apnées demandées réduit ; le manipulateur radio n’aura à paramétrer qu’une seule séquence et le radiologue verra son analyse simplifiée.
L’un des aspects en constante évolution dans le monde et notamment dans le domaine médicale est l’intelligence artificielle (IA). Chaque jour, de nouvelles avancées sont développées, répondant à des besoins variés. La segmentation (contour) ou la détection d’objets font partie des nombreuses applications réalisables par IA.
Ces mêmes actions sont celles effectuées par le radiologue lorsqu’il analyse des images du cœur : il devra notamment segmenter le myocarde, la cicatrice et l’œdème, et détecter la présence de muscles papillaires infarcis. Une fois entraînée, l’IA pourra achever ces tâches de manière reproductible, tout en maintenant une précision proche de celle d’un professionnel.
Imaginez l’expertise du radiologue associée à l’efficacité de l’IA au service de la santé : le radiologue pourra pleinement se concentrer sur l’actuelle analyse des informations, et non plus sur leur récupération.
Notons que l’IA peut faire des erreurs, bien que cela arrive peu fréquemment : le radiologue aura toujours un regard sur ce que produit l’IA et pourra apporter des modifications. L’IA ne remplacera pas le corps médical : il sera son nouvel assistant.
Qu’attendons-nous pour former cette équipe imbattable ?
Ce projet a bénéficié du soutien de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets (ANR HEARTFACT ANR-21-CE03-0021). L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.
Victor de Villedon de Naide a reçu des financements de l'Agence nationale française de la recherche (Grant agreements Equipex MUSIC ANR-11-EQPX-0030, Programme d’Investissements d’Avenir ANR-10-IAHU04-LIRYC, ANR-22-CPJ2-0009-01) et du European Research Council (ERC) dans le cadre du European Union’s Horizon Europe research and innovation programme (Grant agreement No. 101076351)
Aurélien Bustin a reçu des financements de l'Agence nationale française de la recherche (Grant agreements Equipex MUSIC ANR-11-EQPX-0030, Programme d’Investissements d’Avenir ANR-10-IAHU04-LIRYC, ANR-22-CPJ2-0009-01) et du European Research Council (ERC) dans le cadre du European Union’s Horizon Europe research and innovation programme (Grant agreement No. 101076351)