20.03.2026 à 15:15
David Hu, Professor of Mechanical Engineering and Biology, Adjunct Professor of Physics, Georgia Institute of Technology

Derrière chaque piqûre se cache une mécanique précise : en suivant des moustiques à la trace, une équipe de chercheurs a mis au jour les lois qui gouvernent leur comportement.
« Quatre minutes, c’est trop long ».
Voici le message que m’a envoyé Chris Zuo, étudiant de premier cycle, accompagné de photos montrant d’innombrables piqûres de moustiques sur sa peau nue. Ce massacre sur l’ensemble du corps n’était pas le résultat d’un camping qui aurait mal tourné. Il avait passé ce laps de temps limité dans une pièce contenant 100 moustiques affamés, vêtu uniquement d’une combinaison en mesh que nous pensions capable de le protéger.
C’est ainsi qu’a débuté notre enquête de trois ans pour comprendre le comportement d’un insecte d’une simplicité trompeuse : le moustique. Cela peut ressembler au plan sadique d’un professeur, mais en réalité, nous avons respecté toutes les procédures. Le comité d’éthique de notre université a approuvé le protocole, en s’assurant que Chris était en sécurité et qu’il n’était soumis à aucune pression. Les moustiques étaient exempts de maladies et provenaient de notre État, la Géorgie. Et cette séance a donné lieu aux premières — et dernières — piqûres reçues par qui que ce soit dans le cadre de l’étude.
En plus de mon rôle de tortionnaire pour étudiants, je suis auteur et professeur à Georgia Tech, avec plus de 20 ans d’expérience dans l’étude des déplacements des animaux.
Les moustiques sont l’animal le plus dangereux au monde. Les maladies qu’ils transmettent, du paludisme à la dengue, provoquent plus de 700 000 décès par an. Les moustiques ont causé plus de morts que les guerres.
Le monde dépense 19 milliards d’euros par an en milliards de litres d’insecticides, en millions de kilos de larvicides et en millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide – le tout pour lutter contre un insecte minuscule qui pèse dix fois moins qu’un grain de riz et ne possède que 200 000 neurones.
Et pourtant, les humains sont en train de perdre la guerre contre les moustiques. Ces insectes évoluent pour prospérer en milieu urbain et propagent les maladies plus rapidement avec le changement climatique. Comment des animaux aussi simples peuvent-ils nous repérer avec une telle facilité ?
Les scientifiques savent que les moustiques ont une très mauvaise vue et qu’ils dépendent de signaux chimiques pour compenser. Mais savoir ce qui attire un moustique ne suffit pas à prédire son comportement. On peut savoir qu’un missile à guidage thermique est attiré par la chaleur sans pour autant comprendre comment il fonctionne.
C’est là qu’intervient Chris et son sacrifice dans la pièce infestée de moustiques. En suivant les trajectoires de nombreux moustiques autour de lui, nous espérions déterminer comment ils adaptent leurs décisions à sa présence. Comprendre la manière dont les moustiques réagissent aux humains constitue une première étape pour mieux les contrôler.
Sur les 3 500 espèces de moustiques, plus de 100 sont dites anthropophiles, c’est-à-dire qu’elles préfèrent les humains comme source de nourriture. Certaines espèces sont capables de repérer une seule personne au milieu d’un troupeau entier de bovins pour aller lui sucer le sang.
C’est une prouesse, étant donné que les moustiques ne volent pas bien. Ils cessent de voler dès qu’il y a une légère brise de 3 à 5 km/h, soit une vitesse d’air comparable à celle générée par le balancement de la queue d’un cheval. Dans des conditions plus calmes, les moustiques utilisent leur cerveau minuscule pour suivre la chaleur, l’humidité et les odeurs humaines transportées par le vent.
Le dioxyde de carbone, sous-produit de la respiration de tous les êtres vivants, est particulièrement attractif. Les moustiques le détectent aussi facilement que vous percevez l’odeur d’une benne à ordures pleine, jusqu’à environ 9 mètres de leur hôte, là où les concentrations chutent à quelques parties par million, soit l’équivalent de quelques tasses de colorant dans une piscine olympique.
La vision des moustiques ne leur est pas très utile pour partir à la recherche de leur prochain repas. Leurs deux yeux comptent plusieurs centaines de petites lentilles individuelles appelées ommatidies, chacune large comme un cheveu humain. Elles produisent une image en mosaïque, légèrement floue, comme pixelisée. En raison des lois de l’optique, les moustiques ne peuvent distinguer un humain adulte qu’à quelques mètres de distance. Avec la seule vue, ils sont incapables de différencier un humain d’un petit arbre. Ils examinent donc chaque objet sombre.
La difficulté lorsqu’on étudie le vol des moustiques, c’est que, comme des enfants surexcités, la plupart de leurs mouvements n'ont pas vraiment de sens. Dans une pièce vide, les moustiques modifient très souvent leur vitesse et leur direction de façon complètement aléatoire. Il nous fallait donc de nombreuses trajectoires de vol pour faire émerger un signal au milieu de ce bruit.
L’un de nos collaborateurs, le biologiste de l’université de Californie à Riverside Ring Cardé, nous a expliqué que dans les années 1980, les scientifiques menaient des « études de piqûres » en se mettant en sous-vêtements et en écrasant les moustiques qui se posaient sur leur peau nue. Selon lui, la nudité permettait d’éviter des variables parasites, comme la couleur du tissu d’une chemise.
Chris et moi nous sommes regardés. S’asseoir nu et attendre de servir de proie aux moustiques ? Non… Nous avons plutôt conçu la combinaison en mesh que Chris portait initialement dans la pièce infestée. Mais après avoir vu ses piqûres, il nous fallait une meilleure solution.
À la place, Chris a choisi des vêtements à manches longues, qu'il a lavés avec une lessive sans parfum, et a enfilé gants et masque. Entièrement protégé, il n’avait plus qu’à rester debout et attendre, tandis qu’un nuage de moustiques tourbillonnait autour de lui.
Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis nous ont fait découvrir le Photonic Sentry, une caméra capable de suivre simultanément des centaines d’insectes en vol dans une pièce. Elle enregistre 100 images par seconde avec une résolution de 5 mm, dans un espace de la taille d’un grand studio. En seulement quelques heures, Chris et un autre doctorant, Soohwan Kim, ont produit plus de données sur le vol des moustiques que tout ce qui avait été mesuré auparavant dans l’histoire humaine.
Pour les mathématiciens, comme nos collaborateurs Jörn Dunkel, Chenyi Fei et Alex Cohen du MIT, la géométrie du corps de Chris reste trop complexe pour étudier les réactions des moustiques. Les mathématiciens excellent dans l’art de ramener les problèmes complexes à leur essence. Chenyi a donc suggéré d’épargner Chris : pourquoi ne pas le remplacer par un simple mannequin, une boule noire en polystyrène fixée sur un support, associée à une source de dioxyde de carbone ?
Au cours des deux années suivantes, Chris a filmé sans relâche les moustiques tournoyant autour de ces mannequins en polystyrène. Puis il les aspirait à l’aide d’un aspirateur, en essayant de ne pas se faire piquer.
Un moustique vole comme on pilote un avion : il tourne à gauche ou à droite, accélère ou freine. Nous avons d’abord caractérisé son comportement de vol en fonction de sa vitesse, de sa position et de sa direction par rapport à la cible, première étape pour construire notre modèle.
Notre confiance dans ces règles de comportement s’est renforcée à mesure que nous analysions davantage de trajectoires, jusqu’à exploiter 20 millions de données concernant les positions et les vitesses des moustiques. Cette idée consistant à intégrer des observations pour étayer une hypothèse mathématique remonte à 200 ans et porte le nom d’inférence bayésienne. Nous avons ensuite illustré le comportement des moustiques observé à l’aide d’une application web.
Grâce à notre modèle, nous avons montré que différents types de cibles modifient le vol des moustiques. Les cibles visuelles provoquent des survols, où les moustiques passent à proximité avant de continuer leur route. Le dioxyde de carbone entraîne des hésitations, les moustiques ralentissant à proximité de la cible. La combinaison d’un signal visuel et de dioxyde de carbone génère des trajectoires orbitales à grande vitesse.
Jusqu’à présent, nous avions uniquement utilisé des expériences avec des sphères en polystyrène pour entraîner notre modèle. Le véritable test consistait à voir s’il pouvait prédire le vol des moustiques autour d’un humain. Chris est retourné dans la chambre, cette fois vêtu de blanc et coiffé d’un chapeau noir, se transformant en véritable cible. Notre modèle a correctement prédit la répartition des moustiques autour de lui. Nous avons ainsi identifié des zones à risque, où la probabilité de voir des moustiques tournoyer autour de lui était élevée.
Prédire le comportement des moustiques constitue une première étape pour les déjouer. Dans les zones infestées, on conçoit par exemple des maisons dotées de dispositifs empêchant les moustiques de suivre les signaux humains et d’entrer. De même, les pièges à moustiques aspirent les insectes lorsqu’ils s’approchent trop près, mais laissent encore s’échapper entre 50 % et 90 % d’entre eux. Beaucoup de ces dispositifs reposent encore sur des essais empiriques. Nous espérons que notre étude fournira un outil plus précis pour concevoir des méthodes de capture ou de dissuasion.
Lorsque la mère de Chris a assisté à sa soutenance de master, je lui ai demandé ce qu’elle pensait du fait que son fils se soit proposé comme appât pour les moustiques. Elle m’a répondu qu’elle en était très fière. Moi aussi — et pas seulement parce que je suis soulagé que Chris ne m’ait jamais demandé de prendre sa place dans la chambre infestée de moustiques.
David Hu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
20.03.2026 à 15:10
Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l'ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC
Connaissez-vous le sisu ? Ce drôle de mot désigne une philosophie développée en Finlande qui se confond avec le caractère national. Cette forme de sagesse, en résonance avec les exercices spirituels venus d’autres traditions, pourrait expliquer pourquoi une fois encore la Finlande est classée comme un des pays les plus heureux au monde. Cette forme de sagesse proposant de se concentrer sur l’essentiel pour mieux en jouir, pourrait-elle inspirer nos manières de concevoir l’avenir ? En particulier, le rapport particulier que le sisu entretient avec la Nature pourrait-il nourrir nos attentes en matière de changement climatique ? Découvrez cette philosophie qui invite à « faire avec » plutôt que de s’épuiser à « s’indigner contre »…
Mes travaux ont consisté à repérer la présence d’exercices spirituels dans la société contemporaine. Cette expression désigne toute pratique destinée à transformer, en soi-même ou chez les autres, la manière de vivre et de voir les choses. Elle renvoie à la fois à un discours et à une mise en œuvre : une discipline visant à mieux vivre, à mieux être, sans être soumis à des désirs jamais assouvis. Cette notion s’élabore dans les écoles de l’Antiquité (stoïcisme, épicurisme, cynisme) qui développent des techniques (ascèse, méditation, écriture, examen de conscience, attention au corps) pour atteindre un mieux-être. Toutes placent au centre la recherche de sérénité, dans la conscience de la brièveté de la vie et des épreuves qui la traversent.
Si les exercices spirituels émergent dans la philosophie antique, ils se transforment avec le christianisme avant de réapparaître à la Renaissance, chez Érasme et Montaigne, puis chez Descartes, Rousseau, Kant ou Shaftesbury. À l’époque contemporaine, ils se prolongent chez Emerson, Thoreau, Wittgenstein, Cavell ou Foucault, sans toutefois s’inscrire dans des écoles structurées, laissant place à des formes plus diffuses.
J’ai ainsi étudié des mouvements contemporains et historiques reprenant certains traits de ces traditions : communautés comme Auroville ou Christiania, expériences comme Monte Verità, ou encore pratiques artistiques (dadaïsme, Fluxus) et corporelles (Alexander, Feldenkrais, naturisme). Si les exercices spirituels persistent aujourd’hui, ils demeurent discrets et ne constituent plus véritablement une philosophie comme mode de vie. C’est précisément l’inverse qui se produit dans le Nord européen, plus précisément en Finlande, où s’est établie depuis des temps anciens une philosophie comme art de vivre sous le nom de « sisu ».
À lire aussi : Et si la dette publique servait d’abord à rendre les citoyens plus heureux ?
Si le « sisu » n’a pas de traduction littérale dans une langue autre que la sienne, il peut s’entendre comme une articulation entre le stoïcisme, l’épicurisme et le cynisme. C’est en effet, à la fois une philosophie de l’assentiment, de la recherche de plaisirs simples et de l’autosuffisance. Le sisu ne se définit pas comme un héroïsme spectaculaire, mais comme une disposition à continuer lorsque nos ressources perçues semblent épuisées. Selon la formule de la chercheuse Emilia Lahti, le sisu « commence là où notre force perçue s’arrête » : il n’est pas l’endurance ordinaire, mais l’énergie qui se manifeste dans les moments où l’abandon paraît rationnel.
Stoïcien, le sisu l’est d’abord par son rapport à l’adversité. Il ne prend ombrage ni de la dureté du climat, ni de l’histoire marquée par la guerre et la pénurie ; il assume que certaines circonstances excèdent notre contrôle et exige une discipline intérieure capable de tenir face à elles. Mais cette fermeté n’est pas une insensibilité.
L’un des malentendus les plus répandus en Finlande consiste précisément à confondre le sisu avec une absence d’émotion. Or, si la crise impose parfois de suspendre l’expression des affects, ceux-ci doivent être reconnus et élaborés. Le sisu n’est pas un état permanent : « ce n’est pas un lieu où l’on vit, mais un lieu que l’on visite ». En cela, il relève moins d’une dureté continue que d’une capacité à entrer, ponctuellement, dans une zone d’intensité morale.
Épicurien ensuite, le sisu s’enracine dans une forme de sobriété heureuse. Les enquêtes sur le bonheur placent régulièrement la Finlande parmi les premiers pays du monde, mais ce bonheur ne se comprend ni comme accumulation ni comme ostentation. Il se définit par la paix, le silence, l’ordre, l’indépendance, la fonctionnalité et, surtout, le temps passé dans la nature.
Celle-ci n’est pas un décor, mais une ressource existentielle : elle centre, apaise, restaure. La nature agit comme une sorte d’« antidépresseur naturel » et comme un lieu de reconnexion à une source plus profonde de force. Le sisu se nourrit aussi d’une économie du désir et du langage : parler lorsque l’on a quelque chose à dire, se contenter de peu, privilégier l’authenticité à la performance.
Enfin, cynique au sens ancien du terme, le sisu valorise l’autosuffisance et la cohérence entre les paroles et les actes. Il rejette l’exhibition de la bravoure, l’autopromotion. « Let your actions do the talking » – que les actes parlent. La franchise finlandaise, souvent perçue comme brusquerie, s’inscrit dans cette éthique de la droiture. Être ferme, mais bienveillant ; défendre ses convictions sans écraser autrui ; préférer l’intégrité à la flatterie. Le sisu ne se mesure pas à l’intensité des déclarations, mais à la constance des gestes.
Il serait pourtant réducteur d’en faire une vertu strictement individuelle. Si le sisu s’active dans l’épreuve personnelle, il est aussi une énergie collective. L’histoire finlandaise, notamment la guerre d’Hiver de 1939-40, a élevé le sisu au rang de principe national, mais ce mythe fondateur ne célèbre pas seulement le courage solitaire : il souligne la capacité d’un peuple à tenir ensemble. « Nous sommes plus forts ensemble que seuls » pourrait en être la maxime. L’importance accordée à l’égalité, à la négociation collective et à la coopération sociale, montre que le sisu circule, s’encourage et se renforce mutuellement.
Ainsi compris, le sisu n’est ni une simple résilience ni une austérité morale. Il est une éthique située : une manière d’habiter l’adversité sans se laisser définir par elle, de chercher des plaisirs simples sans renoncer à l’effort, et d’assumer une autonomie qui n’exclut pas la solidarité. Entre retenue et détermination, silence et action, il dessine une forme de force discrète, profondément moderne dans des sociétés saturées de bruit, d’excès et de mise en scène.
Cette philosophie finlandaise pourrait-elle être appropriée dans un contexte français ? La France traverse une période marquée par une tension : d’un côté, une intensité expressive forte (débats permanents, conflictualité médiatique, mise en scène politique continue) et, de l’autre, un sentiment diffus d’impuissance face aux crises écologiques, sociales et institutionnelles.
Là où le sisu valorise l’économie du langage et la primauté de l’acte sur la déclaration, notre culture accorde souvent une place centrale à la parole, à la posture et à la dramatisation. Il ne s’agit pas de dévaluer cette tradition rhétorique, constitutive de notre histoire intellectuelle, mais de se demander si elle ne gagnerait pas à être équilibrée par une éthique de la retenue et de la constance.
Dans le contexte des transitions écologiques notamment, le sisu offre une piste précieuse, puisqu’il propose une manière d’habiter la contrainte sans la vivre uniquement comme frustration. L’histoire finlandaise, marquée par le climat rude et la pénurie, a forgé une disposition à faire avec, plutôt qu’à s’indigner contre. Appliquée à nos propres défis – sobriété énergétique, transformation des modes de vie, réorganisation des systèmes productifs – une telle attitude pourrait nourrir une culture de l’ajustement lucide plutôt que de la résistance nostalgique. Le sisu ne consiste pas à nier la difficulté, mais à accepter qu’elle fasse partie du réel et à mobiliser une énergie orientée vers l’action.
La France pourrait également trouver dans le sisu un correctif à une conception parfois héroïque et individualisée de la réussite. La tradition française valorise la figure du grand homme, du leader charismatique, du moment spectaculaire. Or le sisu, tel qu’il se manifeste dans la culture finlandaise, privilégie une force moins visible : celle qui se déploie sans ego excessif, sans recherche de reconnaissance immédiate. Il rappelle que la solidité d’une société ne repose pas uniquement sur des figures exceptionnelles, mais sur une multitude d’engagements ordinaires, tenus dans la durée.
Ce que la France peut attendre d’une telle philosophie n’est donc pas une conversion culturelle, mais l’adoption d’un nouveau point de vue. Le sisu invite à penser la force autrement, comme une endurance silencieuse, comme une capacité à entrer, lorsque les circonstances l’exigent, dans un état d’effort lucide. C’est une manière de « tenir » sans se durcir, de persévérer sans se glorifier.
Dans un moment historique où les crises semblent s’enchaîner et où la tentation du découragement ou de la radicalisation est forte, cette philosophie comme mode de vie pourrait constituer une ressource. Elle suggère que la transformation ne passe pas uniquement par des ruptures spectaculaires, mais aussi par une multitude de gestes constants, sobres et cohérents. À ce titre, le sisu n’est pas tant un exotisme nordique qu’un miroir critique pour nos propres habitudes morales et politiques.
Xavier Pavie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.03.2026 à 17:14
Alain Rival, Agronome. Agrosystèmes Biodiversifiés,, Cirad
Palm oil plantations, for one, are increasingly struggling with the sector’s declining attractiveness, which has hardly changed since the colonial era.
Behind basic foodstuffs like palm oil, cocoa, coffee and bananas that are part of our daily diet lies a rarely asked question. Who will agree to work in the fields of the world’s large tropical plantations in years to come? Since producing countries gained independence, the sectors that deal with field crop production have relied on a model largely inherited from the colonial period when export crops were produced for global markets, and their profitability long depended on abundant, compliant, and inexpensive labour.
But this model is running out of steam. While public debate around major tropical crop production sectors has long focused on environmental issues, the central challenge today is the social attractiveness of these horticultural systems.
Large-scale tropical agriculture was built on territorial specialisation and dependency on export. As we showed in a previous book about how human wellbeing is dependent on nature and how ecosystems function, independence did not fundamentally transform this productive logic, despite technical and institutional adjustments.
Power dynamics, labour organisation, and the priority given to external markets remain deeply structuring forces.
Oil palm in Southeast Asia, cacao in West Africa, and bananas in Latin America follow comparable trajectories, where environmental sustainability – supported by increasingly robust certification standards – has progressed more rapidly than the social transformation of these sectors.
This gap between a productive model inherited from colonial history and the social aspirations of contemporary rural societies in the tropics largely explains the current employment crisis that is affecting plantations.
In Indonesia and Malaysia, the world’s leading palm oil producers, plantations are now struggling to recruit locally. Research conducted by John McCarthy, a political scientist at the Australian National University, shows that rural youth are increasingly turning away from agricultural work, which is seen as physically demanding, socially undervalued, and poorly paid.
This hardship is compounded by still insufficient mechanisation in many tropical sectors. It also deepens gender inequalities: the most physically demanding tasks continue to fall largely to men, while women are frequently relegated to insecure and undervalued positions, with restricted access to wages and social protection. Moreover, they are expected to juggle plantation work alongside domestic responsibilities, which heightens exhaustion and reinforces economic dependence.
Over the past century, work in oil palm plantations has changed very little. It remains highly physical and poorly paid, with workers cutting and carrying heavy loads in isolated areas.
To maintain production, plantations increasingly rely on migrant labour, often vulnerable. In Southeast Asia, dependence on foreign workers in oil palm plantations varies widely by country. It is particularly high in Malaysia, where migrants account for about 70–80% of workers in the sector, mainly from Indonesia, Bangladesh, Nepal, and India. When foreign labour became unavailable during the Covid-19 pandemic, some large plantations tried to attract local workers – including former offenders – and offered free housing, but this was not enough to reverse the sharp decline in production.
By contrast, in Indonesia, production relies mainly on national labour, often from internal migration between islands, and the share of foreign workers remains marginal.
The question thus becomes crucial: would young Indonesian or Malaysian people willingly choose plantation work, unless compelled by geographic isolation or the lack of viable local economic alternatives? This growing disengagement poses a serious threat to the long-term social cohesion and productive stability of the tropical plantation industry.
In response to criticism – particularly regarding deforestation risks – the agricultural sectors have multiplied certification schemes. Sustainable palm oil, certified cocoa, or coffee promise traceability and improved environmental practices. These tools have enabled real progress, but they often leave labour issues aside.
Palm oil certification, notably through mechanisms such as the Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO), remains a long, complex, and costly process. It relies on demanding specifications, regular audits, and high traceability requirements, requiring substantial administrative and technical expertise. While large, agro-industrial companies can pool these costs and absorb the associated administrative burden, they represent a major obstacle for smallholders, who account for around 40% of Indonesia’s national palm oil production.
In many crop-producing regions, smallholders lack the time, financial resources, and support needed to achieve sustainable certification.
Audit costs, administrative complexity, and ongoing compliance requirements effectively exclude a large proportion of independent producers. The result is a paradox: the most vulnerable actors are also those who face the greatest difficulties in accessing mechanisms designed to improve sustainability, thereby reinforcing inequalities within the oil palm sector.
Sustainability is therefore still too often conceived at the level of the plot or the supply chain, without fully integrating employment conditions, career paths, and workers’ social prospects.
Consumers are increasingly questioning the origin of tropical products and the transparency of production chains. However, this demand remains largely environmental. The issue of employment – its evolution and attractiveness – remains largely absent from public debate.
As Stefano Ponte, a specialist in global agricultural value chains, has analysed, this imbalance carries a major risk: without tangible improvements in working conditions, sustainability schemes may become mere compliance tools, without structural transformation of the sectors.
This reassessment also concerns organisations that monitor production and governance. Cooperatives, agro-industrial companies, and sectorial organisations play a key role in structuring employment, training, and professional recognition, yet they remain too rarely involved in sustainability strategies.
The future of large plantations will depend less on yields than on their ability to attract and retain workers. Decent wages and working environment, appropriate mechanisation, access to training, and social recognition of agricultural professions are becoming essential levers.
As emphasised by the FAO, rural employment is now a key factor in the sustainability of agricultural systems in tropical countries.
This is something not only farmers must reassess but also plantation managers and executives, who are having to rethink training and become more aware of social and environmental issues.
Initiatives such as the TALENT project, supported by the French Development Agency (AFD) and Cirad – The French agricultural research and international cooperation organisation working for the sustainable development of tropical and Mediterranean regions illustrate this shift by seeking to strengthen skills, career pathways, and the attractiveness of agricultural professions in Southeast Asia within a sustainability perspective.
Behind palm oil, cocoa, and coffee lies a fundamental political question: what will the future look like for postcolonial tropical societies?
Continuing to anchor these economies in export crops governed largely by an extractivist logic undermines their social appeal and compromises their long-term resilience.
The challenge, therefore, is not only how to produce more sustainably, but also who will keep production going tomorrow – and under what social and economic conditions.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Alain Rival ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.