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13.07.2026 à 17:35

Les raisons du revers judiciaire du prince Harry face au « Daily Mail »

John Jewell, Director of Undergraduate Studies, School of Journalism, Media and Cultural Studies, Cardiff University

Dans son procès contre le « Daily Mail », le prince Harry n’a pas réussi à prouver l’illégalité de l’obtention d’informations sur sa vie privée.
Texte intégral (1904 mots)

La justice britannique vient de donner raison à l’éditeur du Daily Mail face au prince Harry et à plusieurs autres personnalités qui l’accusaient d’avoir obtenu illégalement des informations privées. Ce revers judiciaire fragilise le combat de Harry contre les tabloïds, malgré ses précédentes victoires contre d’autres groupes de presse, et pourrait marquer la fin d’une longue saga judiciaire sur les pratiques de la presse britannique.


La Haute Cour de justice de Londres a statué en faveur de l’éditeur du Daily Mail, Associated Newspapers, dans le cadre de l’action en justice intentée par le prince Harry et d’autres personnalités publiques.

Cette décision devrait mettre fin au long combat judiciaire engagé par le duc de Sussex, qui cherchait à prouver que certains médias avaient obtenu des informations sur sa vie privée par des moyens illégaux.

Un manque de preuves

Selon le juge Matthew Nicklin, les plaignants n’ont pas réussi à démontrer que les informations publiées avaient été recueillies illégalement. Les 97 allégations de pratiques illicites ont ainsi toutes été rejetées.

Nicklin a également souligné qu’« en appréciant l’ensemble du témoignage du prince Harry, il apparaissait clairement que celui-ci souhaitait souligner les répercussions personnelles des faits en cause. Il lui est arrivé, ce faisant, de s’éloigner d’un témoignage factuel pour avancer ses propres arguments. »

Cette décision constitue un revers majeur pour tous les plaignants concernés, notamment Elton John et son mari David Furnish, l’actrice Liz Hurley et la baronne Doreen Lawrence. Si Associated Newspapers décidait de tenter de se faire rembourser ses frais de justice, ce qui est probable, la facture pourrait s’élever à 50 millions de livres sterling (plus de 58 millions d’euros) pour les plaignants.

La plainte, déposée en 2022, affirmait que le quotidien s’était livré à une collecte illégale d’informations, en particulier à l’interception de messages vocaux, à la mise sur écoute de lignes fixes et au « blagging » — c’est-à-dire l’obtention d’informations par la tromperie.

Harry n’en était pas à son premier bras de fer judiciaire contre la presse. En décembre 2023, il avait gagné son procès civil contre Mirror Group Newspapers. Le juge avait estimé que, selon le principe de prépondérance de la preuve, 15 des 33 articles examinés avaient été rédigés à la suite de mises sur écoute téléphonique et d’autres actions illégales. Il avait ainsi conclu à l’existence de preuves d’un recours « généralisé et habituel » à des pratiques illicites au sein des journaux du groupe.

Dans cette affaire, le duc a obtenu 140 600 livres sterling (près de 165 000 euros) de dommages-intérêts. Dans un communiqué publié par la suite, il a salué « un grand jour pour la vérité et la responsabilité ». « Cette affaire ne concerne pas uniquement le piratage de téléphones. Elle met au jour un système de pratiques illégales et répréhensibles », a-t-il ajouté.

Plus tard, en janvier 2025, Harry a accepté les excuses du journal The Sun, ainsi qu’un accord financier estimé à 10 millions de livres sterling (plus de 11 millions d’euros) pour « atteinte grave » à sa vie privée. Selon son avocat David Sherborne, ce règlement constituait une forme de réparation pour les « centaines d’autres plaignants qui ont été contraints de conclure un accord à l’amiable, sans pouvoir faire toute la lumière sur ce qui leur avait été infligé ».


À lire aussi : The Sun settles with Prince Harry: here’s what we still don’t know


Cette dernière affaire s’est distinguée à plusieurs égards, notamment par le témoignage émouvant livré par Harry, qui n’a jamais caché son aversion pour la presse. En 2021, il a même explicitement déclaré que les médias avaient contribué à la mort de sa mère, la princesse Diana, estimant que « la culture de l’exploitation médiatique et les « pratiques contraires à l’éthique » avaient « fini par lui coûter la vie ».

Dans son témoignage contre le Daily Mail, le duc a déclaré que la couverture médiatique de sa vie par le journal avait été « terrifiante » et l’avait laissé « profondément inquiet à l’idée que quelque chose de grave allait se produire. » Il a ajouté que cette situation avait fait de sa vie « un véritable calvaire ».

Parmi les autres plaignants figurait la baronne Doreen Lawrence, mère de Stephen Lawrence, un adolescent assassiné en 1993. Lors de l’audience en janvier dernier, elle a affirmé que le journal avait mis sa ligne fixe sur écoute. Il aurait également piraté sa messagerie vocale, surveillé son compte bancaire et ses factures de téléphone. Elle a en outre soutenu que le Daily Mail avait rémunéré des policiers en échange d’informations.

Questions de crédibilité

Associated Newspapers s’est vigoureusement défendu devant la Cour. L’éditeur a expliqué que les journalistes du Mail on Sunday et du Daily Mail disposaient d’une justification convaincante et étaient en mesure de retracer précisément l’origine de leurs informations. Selon lui, ils ont légitimement eu recours à des attachés de presse, des porte-parole, des journalistes indépendants et à des informations déjà publiées.

Le groupe a accusé certains représentants de l’équipe juridique du duc de Sussex de malhonnêteté, de fraude et de manquements professionnels, ainsi que d’avoir versé de l’argent à des témoins potentiels.

Dans une déposition de 2021, l’un des principaux témoins, le détective privé Gavin Burrows, aurait affirmé avoir mené des activités illégales pour le compte d’Associated, visant « peut-être des milliers » de personnes. Mais il s’est défendu devant le tribunal d’avoir signé une telle déclaration : « On voit bien que ce n’est même pas une signature en bonne et due forme. Je peux dire qu’elle a été falsifiée et calquée. Dans son jugement, Nicklin a estimé que la crédibilité de Burrows avait été « complètement ébranlée ».

La baronne Lawrence a, quant à elle, déclaré à la BBC en 2025 qu’elle avait longtemps fait confiance au Daily Mail et qu’elle n’avait découvert les pratiques qui lui étaient reprochées qu’après avoir été contactée de façon inattendue par le prince Harry.

Photo de la page d’accueil du Daily Mail
L’ancien directeur du Daily Mail, Paul Dacre, a qualifié ce jugement de « victoire historique ». DennisF/Shutterstock

Le tribunal a finalement été convaincu par la défense.

Un porte-parole d’Associated Newspapers a qualifié ce jugement de « victoire écrasante pour le Daily Mail, ses journalistes, et, plus largement, pour la liberté de la presse ».

La fin d’une saga ?

Cette décision marque-t-elle la fin de la saga des écoutes téléphoniques ? Le collectif Hacked off, créé en 2011 pour défendre « une presse libre et responsable », a laissé entendre qu’un appel contre cette décision était peu probable. « Les tribunaux ne sont pas un cadre approprié pour examiner de manière exhaustive les allégations d’actes répréhensibles visant le Daily Mail ».

Bien que le prince Harry ait qualifié ce jugement d’opération de « blanchiment », rien n’indique qu’il poursuivra son combat. Quant aux autres plaignants, cette défaite extrêmement coûteuse aura très certainement un effet dissuasif.

The Conversation

John Jewell ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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13.07.2026 à 17:19

Analyses stratégiques, timing et feintes : comment les gardiens réussissent l'exploit d'arrêter un penalty

Nicolas Benguigui, Professeur en sciences cognitives, sciences du sport et de la motricité - Laboratoire GREYC - UMR 6072 UNICAEN CNRS - UFR STAPS, Université de Caen Normandie

Clément Libreau, Doctorant en Sciences du Sport de l'Université de Caen Normandie avec une financement CIFRE de l'Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT) et du Club de Football du Montpellier Hérault Sport Club (MHSC), Université de Caen Normandie

Le penalty au football est un concentré de dramaturgie où toute une compétition peut se jouer. Quelles stratégies mettent en place les gardiens pour réussir à stopper ces frappes ?
Texte intégral (2354 mots)

Le penalty au football est sans doute une des situations les plus marquantes de ce sport qui concentre toute la dramaturgie du jeu et le stress extrême que peuvent ressentir les joueurs ou joueuses impliquées. Un ballon placé à 11 mètres, un tireur face à un gardien de but, quelques dixièmes de seconde pour décider et agir… et parfois tout un match et même un titre prestigieux qui se jouent sur ce duel. Quelles stratégies les gardiens mettent-ils en place pour réussir à stopper ces frappes ?


La Coupe du Monde qui se déroule actuellement est le théâtre de dénouements marquants dans l’épreuve des tirs au but d’autant plus que l’augmentation du nombre de participants a doublé le nombre de matchs à élimination directe. Et on se souvient si bien de l’issue défavorable pour l’équipe de France lors de la dernière finale de cette compétition. Il y a seulement quelques semaines, le Paris Saint-Germain en remportant la Ligue des Champions 2026, a confirmé une tendance remarquable qui a permis au club parisien de remporter ses six dernières séances de tirs au but. Derrière ces succès se cache un travail considérable de préparation, tant sur le plan technique que psychologique, devenu aujourd’hui incontournable au plus haut niveau.

Dans ce duel, l’attention est souvent portée aux tireurs qui font face à une pression psychologique très importante dans la mesure où le droit à l’erreur n’est pas autorisé, sachant l’énorme avantage pour le tireur dans cet exercice qui se traduit par un taux de conversion des penaltys en buts qui peut monter jusqu’à plus de 90 % pour les meilleurs tireurs. Mais l’histoire du football regorge d’exemples où un gardien a fait basculer le destin d’une équipe. L’un des cas les plus célèbres reste celui de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012 entre son club de Chelsea et le Bayern Munich. Ce soir-là, le gardien tchèque arrête trois penaltys au cours de la rencontre et de la séance de tirs au but. Plus impressionnant encore, il plonge du bon côté sur l’ensemble des six penaltys auxquels il est confronté. Cette performance exceptionnelle n’était pas le fruit du hasard. Elle reposait sur un travail d’analyse minutieux réalisé en amont avec l’entraîneur des gardiens et les autres gardiens du club, visant à identifier les habitudes et préférences des tireurs adverses.

La performance exceptionnelle de Petr Čech lors de la finale de la Ligue des Champions 2012.

Aujourd’hui, cette préparation spécifique constitue l’un des principaux axes de travail des gardiens professionnels et de leurs entraîneurs. Les séances vidéo, l’analyse statistique des habitudes des tireurs, l’étude des courses d’élan ou des zones de frappe privilégiées font désormais partie intégrante de la préparation des grandes compétitions. Concernant les études scientifiques, une large majorité des travaux s’est intéressée aux tireurs dont les échecs dans cet exercice sont souvent décrits comme une défaillance psychologique. Le cas du gardien a été moins étudié.

Pourquoi est-il si difficile d’arrêter un penalty ?

La première constatation qui peut être faite est que le duel entre le tireur de penalty et le gardien de but est très défavorable à ce dernier. Une étude de la Société d’analyse de données sportive a établi à partir d’une base de 100 000 penaltys tirés dans des matchs de haut niveau que le taux de conversion se situait autour de 75 % aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Cette supériorité du tireur s’explique par les contraintes spatiales et temporelles auxquelles le gardien doit faire face. Une frappe peut dépasser 100 km/h et atteindre le but en moins d’une demi-seconde (500 ms) alors que le gardien doit défendre un but de 7,32 m de large et 2,44 m de hauteur. Or il faut environ 200 ms pour identifier une information et initier une réponse motrice dans une situation aussi complexe même pour des athlètes super-entraînés, puis encore 500 à 600 ms pour produire un plongeon couvrant efficacement le but. Attendre le départ du ballon conduit donc presque toujours à une action trop tardive. Les gardiens doivent ainsi anticiper, c’est-à-dire engager une action avant la frappe adverse sur la base d’informations prédictives mais partielles.

Le sujet de l’anticipation a été très largement étudié en sport et certaines études ont porté précisément sur celles des gardiens de but au football. Pour prédire la direction du tir avant la frappe, il a été montré que les gardiens de but sont capables d’utiliser des connaissances préalables sur les tireurs en termes de probabilités de choix ainsi que des indices biomécaniques relatifs à la course d’élan et la préparation de la frappe des tireurs – orientation des hanches, du pied d’appui, des épaules ou posture générale. Cela a été montré avec des dispositifs permettant d’occulter certaines parties du corps de tireurs ou d’analyser les stratégies visuelles mises en œuvre par les gardiens pour extraire des informations significatives.

Pour autant, les stratégies d’anticipation présentent des limites. Les informations extraites avant la frappe sont nécessairement imprécises d’autant plus qu’elles sont prélevées tôt et se répercutent par des erreurs de décision. De plus, les meilleurs tireurs retardent parfois leur décision ou modifient leur geste afin de masquer leurs intentions ou de tromper le gardien en choisissant le côté du tir après avoir vu le gardien partir d’un côté, comme le fait avec beaucoup d’habileté le joueur brésilien Neymar.

Le penalty de Neymar contre la Norvège : on voit la tentative de déstabilisation du gardien et la course d’élan de Neymar.

Les gardiens font ainsi face à de nombreuses feintes possibles des tireurs. Cela a été étudié notamment dans une étude menée en 2012 qui a reproduit expérimentalement sur la base de vidéos les effets des feintes pour des gardiens de haut niveau. Par exemple, pendant son élan, le tireur pouvait délibérément fixer du regard la direction opposée à son tir. L’angle de la course d’élan vers le ballon était aussi manipulé et rendu opposé à la relation qui pourrait être attendue entre la direction de la course d’élan et la direction du tir. Ces deux feintes se traduisaient par une diminution du taux de bonne décision des gardiens de but passant d’environ 65 % pour les tirs sans feinte à seulement 45 % pour les tirs avec feintes et même 25 % quand deux feintes étaient additionnées.

Si les gardiens subissent les feintes de tireurs, ils peuvent aussi en produire pour perturber le tireur. Une analyse rétrospective réalisée en 2016 sur un total de 322 penaltys frappés lors des Coupes du monde de la FIFA (1986-2010) et des Championnats d’Europe de l’UEFA (1984-2012), a permis de montrer que les scores de réussite de tireurs diminuaient lorsque les gardiens de but réalisaient des actions de distraction avant le tir comme de se déplacer sur leur ligne ou faire des mouvements de bras. Cela était aussi le cas quand les joueurs portaient une attention plus importante au gardien de but montrant que cette dernière met en difficulté les tireurs.

Une étude réalisée en 2024 s’est intéressée à l’efficacité des feintes que pouvaient produire les gardiens pour gêner les tireurs où les conduire à tirer du côté où le gardien avait décidé de plonger. Pour cela, les chercheurs ont analysé 714 penaltys tirés lors de matchs de la Premier League anglaise et de la Bundesliga allemande, couvrant les saisons 2016-2017 à 2019-2020. Les résultats ont montré que les gardiens de but recouraient à des feintes dans la moitié des tirs au but, ce qui se traduisait par un nombre de buts nettement inférieur par rapport aux tirs au but sans feinte. Cet avantage était similaire pour les différents types de feintes, mais plus marqué lorsque les tireurs prêtaient attention aux gardiens.

Le dilemme du gardien : partir tôt… ou attendre ?

Une des questions qui reste en suspens concerne le timing du plongeon du gardien de but. En effet, le gardien fait face à un dilemme : partir tôt au risque d’être pris à contre-pied, ou attendre davantage pour disposer d’informations plus fiables, tout en réduisant le temps disponible pour atteindre le ballon. Ce compromis est d’autant plus contraignant que les règles du jeu imposent au gardien de conserver au moins un pied en contact avec la ligne de but au moment où le tireur frappe le ballon. Cette obligation limite sa capacité à avancer significativement avant la frappe et réduit la marge temporelle disponible pour réagir, accentuant ainsi l’importance du choix du moment optimal pour initier le plongeon.

Une étude de 2018 a montré que les gardiens professionnels déclenchent majoritairement leur plongeon environ 200 ms avant la frappe. Une autre plus ancienne avait distingué des stratégies précoces et tardives, suggérant un avantage pour ces dernières, mais sur un échantillon limité de 108 penaltys étudiés.

Une nouvelle étude sur près de 1000 penaltys

Pour répondre à cette question du timing du gardien, nous pouvons présenter les premiers résultats issus d’une étude que nous menons à l’heure actuelle et qui a porté sur une analyse de 938 penaltys professionnels à l’aide d’un logiciel d’analyse vidéo image par image. Chaque plongeon du gardien a été mesuré avec une précision de 10 millisecondes afin de déterminer exactement à quel moment le mouvement débutait par rapport à la frappe du ballon. En général il s’agissait de l’apparition d’un décalage des appuis pour permettre une poussée latérale ou bien une inclinaison du buste. En complément de ce timing, nous avons ensuite analysé la pertinence du choix du gardien dans la direction de son plongeon et le taux d’arrêt.

Notre principal résultat est l’identification d’une véritable « fenêtre optimale » de déclenchement. Les gardiens les plus performants initient leur plongeon autour de 240 ms avant la frappe, avec une efficacité élevée entre -200 et -300 ms. Dans cette fenêtre, ils plongent plus souvent du bon côté et obtiennent les meilleurs taux d’arrêt. À l’inverse, les plongeons très précoces (avant -360 ms) sont associés à de faibles performances, tandis que les plongeons tardifs permettent parfois de mieux lire la direction du tir sans améliorer le taux d’arrêt.

On le voit clairement, ce duel entre tireur et gardien illustre parfaitement les enjeux cognitifs, perceptifs et moteurs du sport de haut niveau, cristallisés autour de l’anticipation. Nos résultats ouvrent plusieurs perspectives pour l’entraînement des gardiens. La préparation doit d’abord s’appuyer sur l’analyse des préférences des tireurs, de leurs probabilités de choix et des indices perceptifs révélant leurs intentions durant la course d’élan et la préparation de la frappe.

Le comportement préparatoire du gardien mérite également une attention particulière : attirer l’attention du tireur par des comportements de distraction autorisés ou des feintes de départ peut réduire son avantage et améliorer les chances d’arrêt, dans le respect des règles et du fair-play. Les résultats soulignent aussi l’intérêt de développer les routines de préparation et l’analyse vidéo des indices corporels utiles à la prise de décision.

Enfin, la maîtrise du timing décisionnel apparaît déterminante. Nos données montrent qu’un déclenchement entre -200 et -300 ms avant l’impact constitue le meilleur compromis entre anticipation et temps d’intervention. Les gardiens doivent donc apprendre à synchroniser leur plongeon avec la frappe, y compris lorsque le tireur ralentit ou interrompt brièvement sa course. Ces pistes constituent des leviers prometteurs pour optimiser la performance des gardiens et, espérons-le, permettre à celui de l’équipe de France de devenir un véritable héros.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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13.07.2026 à 17:18

Écrire au président de la République : le service courrier de l’Élysée, baromètre de l’opinion publique ?

Michel Offerlé, Sociologie du politique, École normale supérieure (ENS) – PSL

Chaque jour, des centaines à des milliers de courriers sont envoyés au chef de l’État. Que nous disent-ils de la fonction présidentielle ? En quoi reflètent-ils les attentes des Français ?
Texte intégral (2793 mots)

Cartes postales, lettres de revendication ou requêtes, fleurs, dessins d’enfants… Chaque jour, ce sont des centaines, voire des milliers de courriers qui sont envoyés au président de la République. Qu’est-ce qui incite des citoyennes et citoyens à s’adresser de manière aussi directe au chef de l’État ? Comment leurs demandes sont-elles traitées ? Et dans quelle mesure sont-elles des capteurs d’opinion ? Plongée dans les coulisses du service de la correspondance présidentielle.


Il suffit d’un clic pour remplir le formulaire. Ou d’une enveloppe et d’une feuille de papier que l’on adresse sans timbrer (jusqu’à 20 grammes) à Monsieur le président de la République, Palais de l’Élysée, 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré 75008 Paris France.

Le courrier ne sera pas reçu toutefois à cette adresse, mais de l’autre côté de la Seine, au Palais de l’Alma, 11 Quai Branly dans le VIIe arrondissement de Paris, anciennement Service du Courrier de la Présidence de la République devenu service du Dialogue citoyen, et service de la Correspondance. Une soixantaine de salariés y travaillent.

Le service du courrier existe depuis longtemps. René Coty, dernier président de la IVe République et sa femme Germaine en recevaient déjà. De Gaulle le faisait traiter par son secrétariat particulier. C’est sous Valéry Giscard d’Estaing président de 1974 à 1981 que le service s’est constitué, a émigré quai Branly, a commencé à appliquer systématiquement la règle : « répondre à tous ». Seuls les lettres d’insulte et les courriers dits incohérents restent sans réponse. Hervé Le Tellier s’est livré à un exercice de style oulipien autour d’échanges fictifs de correspondance entre lui et François Mitterrand.

Il est très difficile de travailler sur cette masse documentaire car il s’agit de correspondances contenant des renseignements parfois très personnels (conflits familiaux souvent violents, dossiers médicaux, affaires pénales, désarrois sociaux..). Nous avons pu, Julien Fretel et moi, toutefois obtenir, sous régime strict de confidentialité, l’autorisation du président Hollande de travailler pendant plusieurs mois sur ses courriers au sein même du service. Nous avons pu aussi avoir un accès (limité du fait du Covid) aux archives des courriers de Nicolas Sarkozy ; et l’ancien chef du service durant près de 10 ans, Michel Hénocq, a pu nous fournir aussi des documents sur cette période.

Le service, rénové, est toujours à l’Alma mais son organisation spatiale a complètement changé, ainsi que les modalités de traitement des envois et des réponses. (entretien avec des responsables des services 26/06/2026).

Une forme ancienne d’adresse au pouvoir politique

Le courrier présidentiel offre une plongée dans le quotidien de(s) Français qui se décrivent, invectivent, interpellent, scrutent, conseillent, le président et la « première dame », en direct, sans filtre, et sans dispositif préalable comme dans les mécaniques sophistiquées et opaques des sondages d’opinion.

Travailler sur le courrier présidentiel, c’est se poser trois séries de questions.

D’abord, qui écrit, pourquoi ? Puis, du côté du service, qui sont les premiers lecteurs-récepteurs et comment « traitent-ils » tous ces envois ? Du côté des divers présidents, quelle importance accordent-ils à cette « communication directe » ? La comparaison est ici intéressante avec l’attention particulière accordée par Barack Obama à ce mode de contact, puisque le président états-unien disait lire chaque soir, comme une piqure de rappel démocratique, une dizaine de lettres avant de s’endormir.

Étudier le courrier c’est donc réfléchir sur un des moyens par lesquels les citoyens peuvent faire entendre leur(s) voix, à côté du vote, des manifestations, des pétitions, des conférences citoyennes ou des sondages. Écrire aux autorités est une forme à la fois toujours renouvelée, et très ancienne, d’adresse au Prince sous forme de placet, de requête, de supplique, de réclamation et d’interpellation.

C’est un moyen d’accéder à la façon dont les citoyens se représentent les institutions et particulièrement l’institution présidentielle. Du côté de la présidence, l’attention prêtée aux courriers est un moyen d’objectiver la hiérarchie des « capteurs d’opinion » à la disposition des autorités. Le « contacting » (le fait de s’adresser aux autorités personnellement) est un axe de recherche important aux États-Unis beaucoup plus qu’en France.

De la déférence à l’indignation, des styles variés

On envoie de tout au 55 Faubourg Saint Honoré, des cartes postales, des fleurs, des tricots, des poèmes, des prières, des dessins d’enfants, des cadeaux désintéressés ou promotionnels (du vin ou du foie gras en espérant qu’ils pourront un jour être servis sur la table présidentielle, des livres, des tableaux…). Plus rarement des balles de revolver ou des miettes de pain rassis (pour se plaindre de la mise à la diète), ou de la farine et du sucre.

Dessin d’enfant reçu au service du courrier présidentiel
Dessin d’enfant reçu au service du courrier présidentiel. Fourni par l'auteur

Il est donc difficile de dire combien de « lettres » sont reçues par jour. Il était question d’un millier, parfois de plusieurs milliers lors d’évènements particulièrement graves (les attentats de 2015), ou lors de l’entrée en fonction ou des vœux de nouvelle année. Sur un septennat on pouvait arriver à plus d’un million, sous François Hollande, on en était plutôt à 400000/500 000 pour le quinquennat.

Actuellement il y a eu un affaissement significatif. 400 envois arrivent chaque jour, dont une quarantaine pour « le courrier Madame », plus une trentaine d’appels au standard de l’Élysée. On écrit beaucoup moins à un président en fin de double mandat et affaibli par une dissolution.

Il est aussi difficile de préciser quelle est la représentativité des Français-es qui écrivent. Le droit d’entrée en contact est peu coûteux financièrement mais symboliquement fort (parler en son nom, donner son nom, se sentir le droit d’interpeller).

On peut tout dire au président, parler de soi, de sa vie quotidienne, « parler au nom de » (un groupe social, des habitants de..), on peut réagir sur tout, sur les grandes questions abordées par les médias, sur la manière d’exercer la fonction (sa coiffure, son maintien, ses phrases jugées blessantes, mais aussi sa politique, parfois scrutée dans les moindres détails). D’aucuns peuvent aussi entretenir une correspondance régulière avec l’Élysée. Et les styles d’écriture peuvent aller de la déférence, à l’indignation, et à l’insulte.

Classer/Qualifier/Répondre

Ce flux permanent arrivant à l’Alma était d’abord classé manuellement en 5 grandes catégories. Les courriers manuscrits représentent encore un tiers des envois car les courriels n’admettent pas de pièces jointes (dossiers médicaux, pénaux, administratifs..) et certaines et certains correspondants veulent préserver les formes épistolaires.

Les courriers indiquant explicitement ou implicitement une menace de suicide, sont mis à part et une intervention urgente peut être mise en œuvre. Les courriers auxquels on ne répond pas (anonymes, délirants, insultants) sont mis de côté.

Ensuite, les 3 catégories organisant les taxinomies ordinaires du service répartissent les courriers en « requêtes », « opinions » et « courrier réservé ». Relève de ce dernier les courriers des personnalités (parlementaires, maires, chefs d’État, grands patrons, entreprises…). En principe tout passe par le service du courrier mais certains solliciteurs bien introduits auprès de la Présidence, peuvent faire passer leurs demandes en remettant un dossier directement au 55 Rue du Faubourg Saint Honoré.

Quant aux deux autres, la frontière est poreuse entre un scripteur-e qui expose son cas personnel et un autre qui en parlant de lui, parle aussi « politique ». Toujours est-il que les « requêtes » ont droit à une réponse de principe et sont orientés vers les services sociaux compétents et que les « opinions » ont une « carrière » plus notoire puisqu’il y est répondu de manière détaillée, puisqu’elles vont se transformer en tableaux de chiffres, voire en baromètres, et figurer dans des revues hebdomadaires ou mensuelles, voire remonter dans leur intégralité (notamment les « belles lettres »), vers le cabinet ou sur le bureau présidentiel qui en signe quelques-unes.

24 heures avec le service de la correspondance présidentielle (Élysée, 2011).

Les requêtes sont toujours majoritaires (environ 70 % des flux). Elles sont désormais plus valorisées car elles entrent dans la base de données générale et sont appréhendées comme des symptômes « d’errance administrative ». Une volonté affichée de « débureaucratisation » du style administratif des réponses et de suivi des dossiers (Retour de service) est en cours.

Les réponses sont bien souvent décevantes pour les scripteur-es, mais le fait de recevoir une enveloppe à en-tête de la Présidence, ou d’avoir poussé son « coup de gueule » (« ça m’a fait du bien) peuvent être des premières rétributions à l’acte d’écriture aux autorités.

Une nouvelle catégorie a récemment été créée : les « sollicitations », qui obtiennent une réponse immédiate (visiter le Palais, obtenir un autographe, demande d’enfants, soumission d’un projet mémoriel) et parfois signée par le président lui-même.

Les procédures d’enregistrement ont considérablement évolué. Les courriers scannés viennent rejoindre les courriels sur une base numérique, auxquels sont adjointes des données provenant de la presse quotidienne régionale et de certains réseaux sociaux, particulièrement X. Les rédacteurs enregistrent et qualifient cet ensemble avec l’aide d’une IA, qui les accompagne dans leur travail « d’objectivation ».

Les présidents et leurs courriers

Les présidents successifs ont diversement utilisé cette source documentaire comme capteur « d’opinions » voire de « l’opinion ». Valéry Giscard d’Estaing avait une conception très fonctionnelle du courrier alors que François Mitterrand avait engagé les Français à lui écrire. Sous Sarkozy, il fallait que le travail soit fait, que chacun ait sa réponse mais l’opinion au travers des sondages lui importait plus.

François Hollande sans nul doute s’est plus intéressé au service. Le contact local lui manquait. Il a d’ailleurs reçu des scripteur-es quelques samedis après-midi à l’Élysée et c’est en fin de mandat que s’amorce la transformation du service : on investit alors dans des moyens plus sophistiqués de traitement des envois, les lettres types s’enrichissent et les verbatim citoyens remontent plus souvent et sous une forme plus détaillée au cabinet.

Emmanuel Macron utilise quant à lui beaucoup plus le service pour notamment préparer des voyages présidentiels. Sous ses quinquennats, le courrier devient une pièce importante de la connaissance « des » français par un président qui n’avait pas eu le cursus partisan et/ou local de ses prédécesseurs. Le travail du service est dès lors un des éléments d’objectivation de « ce que pensent les français » et de la manière dont ils perçoivent et reçoivent les politiques présidentielles. Le service de veille et d’analyse fait donc remonter par notes, tableaux de bord, baromètres et verbatim tout ce qui arrive dans la base de données (« tout ce qui rentre, ça nous intéresse »). Et cherche à repérer les « signaux faibles », et à comparer les agendas des diverses sources (presse, réseaux sociaux, correspondance).

Les multiples correspondances sont désormais mixées avec d’autres indicateurs du « pouls » des Français mais, dans le même temps, le nombre des interpellateurs de tous ordres ne cesse de baisser. Est-ce une baisse temporaire ? ou un effondrement définitif : le président et la Présidence indiffèrent-ils et n’intéressent-ils plus que de plus petites cohortes de scripteur-es ? La concurrence avec la croissance des recours auprès du Défenseur des Droits peut être aussi une explication.

De plus l’usage de l’IA dans l’enregistrement et la qualification des correspondances (un logiciel a « avalé » et « digéré » la mémoire des réponses antérieures) et dans l’aide à la rédaction des réponses est bel et bien un pari présenté dans l’actuel service comme un moyen d’améliorer la rapidité de la perception de « l’opinion » et d’approfondir la qualité des réponses de « mettre de l’humain » dans les relations verticales entre une institution et ses usagers. À suivre donc.

Reste une question sensible. La politique d’archivage. Ce flux constant est une mine documentaire, une ouverture extraordinaire sur la vie quotidienne ressentie par des Français. Il ne reste dans les archives (qui ne seront désormais consultables quasiment qu’à la fin du siècle, eu égard aux renseignements personnels qu’ils contiennent) que quelques milliers de lettres afférant aux quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.

Une politique de destruction de 9 dossiers sur 10 a été remplacée par une politique de « conservation » encore bien plus restrictive, qui, sans considération pour les évènements les plus importants, a détruit une partie de la mémoire des Français. Si cet article peut avoir un intérêt, aussi scientifique, il devrait permettre d’alerter le président de la République sur cet état de fait. En principe, la numérisation intégrale devrait permettre de préserver la mémoire de toutes ces « vies minuscules » C’est une lettre que je lui adresse.

The Conversation

Michel Offerlé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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