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07.06.2026 à 18:32

Modéliser les territoires pour mieux décider ? Les promesses et les limites des jumeaux numériques pour l’environnement

Sébastien Dupraz, Coordinateur de programme, BRGM

Données fragmentaires, arbitrages complexes, conflits d’usage : si les jumeaux numériques ne peuvent pas tout résoudre, ils offrent au moins une centralisation de l’information pour mieux gérer en temps réel et mieux planifier.
Texte intégral (2299 mots)
Les jumeaux numériques environnementaux permettent de mieux comprendre les ressources naturelles, un objectif au cœur du programme ARD JUNON, soutenu par la Région Centre-Val de Loire. Ces outils centralisent des données de terrain, des modèles et des analyses. Didier Depoorter/BRGM, Fourni par l'auteur

Faut-il adapter les pratiques agricoles face à des ressources en eau de plus en plus incertaines ? Peut-on renforcer la résilience des territoires face aux risques d’inondation ou de pollution de l’air ? Comment anticiper les effets d’aménagements sur les sols, l’eau ou la biodiversité ?

Les réponses à ces questions reposent aujourd’hui sur des données fragmentaires et des arbitrages complexes entre acteurs du territoire. Mais une nouvelle approche émerge : l’usage de jumeaux numériques environnementaux, qui permet de représenter numériquement et automatiquement la réalité physique sur de longues périodes. Déjà utilisés dans l’industrie pour les véhicules ou les machines, ces formes de modélisation sont désormais appliquées à de nombreux autres objets : bâtiments, villes, organes humains, processus de fabrication… Elles assurent leur suivi de façon intégrée et continue, tout au long de leur cycle de vie, avec une promesse : mieux comprendre pour mieux décider.


Dans l’environnement au sens large (urbain, agricole, naturel, industriel) et dans un contexte de changement climatique où la gestion des ressources naturelles et énergétiques est devenue critique, ces approches suscitent un intérêt croissant auprès des acteurs publics et industriels.

En France, par exemple, l’État a annoncé mi-avril 2026 un investissement de 25 millions d’euros dans le cadre du plan France 2030 pour développer des jumeaux numériques des territoires, destinés à mieux anticiper leurs évolutions et éclairer les décisions des collectivités. Mais leur déploiement soulève encore plusieurs défis, techniques comme sociaux.

Décider au quotidien et sur le long terme

Une fois déployés sur un territoire, les jumeaux numériques permettent d’adapter les flux et les pratiques en fonction de la disponibilité des ressources et des risques.

Ils facilitent par exemple la détection de certains dysfonctionnements. Parmi ceux-ci, il y a la détection des fuites de réseaux d’eau, la gestion de zones problématiques comme les îlots de chaleurs pour lesquels des villes comme Enschede (Pays-Bas) ont développé des jumeaux thermiques dédiés, ou bien le suivi de pollutions locales notamment liées à la qualité de l’air. A contrario, ils peuvent également mettre en évidence des systèmes aux impacts positifs, comme des zones humides qui jouent un rôle clé dans le maintien de la biodiversité et favorisent la filtration et l’infiltration des eaux.

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Le programme JUNON vise à fournir un jumeau numérique à la Région Centre-Val de Loire, qui permettra de concevoir des services numériques pour améliorer le suivi et la compréhension de l’environnement ainsi que la gestion des ressources naturelles. Néologis, Fourni par l'auteur

Mais leur intérêt ne se limite pas au suivi en temps réel. Les jumeaux numériques permettent aussi de tester différents scénarios et de planifier de futurs aménagements selon différentes problématiques. Les projets d’urbanisation, de paysagisme et de restauration environnementale peuvent ainsi se décliner afin d’estimer leurs impacts respectifs et de rationaliser les choix des collectivités.

Il devient par exemple possible de comparer l’impact de la création d’un bois ou d’une zone agricole, à l’aménagement d’une rive, à la création d’un parking, d’une autoroute ou bien d’un parc photovoltaïque. Quels seront leurs impacts respectifs par rapport aux émissions de CO₂, aux dépenses énergétiques, à la disponibilité de la ressource eau et à la qualité de l’air ? Ces impacts varient-ils selon les localisations ? Actuellement, plusieurs villes européennes et dans le monde construisent déjà leur plan d’urbanisme en fonction de ces paramètres grâce aux jumeaux numériques.

En objectivant ces effets, les jumeaux numériques contribuent à éclairer les décisions. Ils peuvent aider à apaiser des débats souvent sensibles entre acteurs du territoire, afin d’améliorer le dialogue social et le partage des ressources et des espaces communs. Mais si cette capacité à mieux comprendre et anticiper suscite un fort intérêt, elle se heurte encore à plusieurs obstacles.

Des outils encore difficiles à s’approprier

Le développement des jumeaux numériques repose en grande partie sur les progrès récents de l’intelligence artificielle (IA). Les techniques de machine learning permettent désormais de suivre et d’analyser en continu de grandes quantités de données et d’en tirer des capacités de prédiction inédites.

Cependant, pour de nombreux acteurs (personnels techniques, élus ou grand public), cette impulsion technologique constitue une rupture qui reste difficile à appréhender, tant dans sa mise en œuvre que dans l’interprétation des résultats. Peut-on se fier à un modèle pour orienter des décisions concrètes ? Comment comprendre les hypothèses et les calculs derrière les simulations ? L’enjeu ne se limite pas à un simple rejet : un manque de compréhension partagée peut conduire à des visions divergentes entre acteurs, et fragiliser des projets de jumeaux souvent longs et coûteux.

Dans ce contexte, l’accompagnement est essentiel. Retours d’expérience sur d’autres jumeaux numériques territoriaux, formations et démarches de médiation facilitent l’appropriation progressive de ces outils.

Gourmands en données

Les jumeaux numériques dépendent des données auxquelles ils ont accès. Pour représenter et suivre en temps réel des environnements complexes et étendus, ils ont besoin de volumes d’informations très importants et de dispositifs de mesure souvent onéreux. C’est le cas par exemple de certaines sondes de mesure sur la qualité des eaux, à la fois coûteuses à l’achat et à l’entretien, qui doit être régulier.

Certaines variables sont difficiles à mesurer de façon automatique, comme la biodiversité qui repose encore largement sur des observations de terrain. La fréquence et l’étendue des mesures sont limitées car elles doivent être réalisées par des spécialistes pour faire le décompte long et laborieux des différentes espèces présentes. De même, certains polluants émergents, comme les PFAS ou certains pesticides, ne sont toujours pas mesurables en dehors des laboratoires.

Pour pallier ces limites de métrologie, les jumeaux numériques s’appuient souvent sur des « proxys ». Il s’agit de variables plus faciles à mesurer, utilisées comme indicateurs indirects d’un phénomène car elles présentent une forte corrélation avec la variable cible. Par exemple, la hauteur d’eau mesurée par satellite (altimétrie ou images optiques) est utilisée comme proxy pour estimer le débit des rivières dans les zones non instrumentées, car les stations hydrométriques au sol sont rares et coûteuses.

D’autres proxys reposent sur des observations indirectes dans le temps. L’analyse d’images satellitaires permet ainsi d’identifier les périodes de développement des cultures (levées végétales), et donc de déduire la nature des semis. Cette information est essentielle pour estimer les besoins en eau, anticiper les périodes d’irrigation ou évaluer les pressions exercées sur la ressource.

Ces approches ont un potentiel important, mais elles ont aussi leurs limites. Les proxys peuvent encoder des approximations non validées, des biais de données, ou des relations non causales. Identifier les bons indicateurs et comprendre leurs limites constitue donc un enjeu majeur pour la fiabilité des jumeaux numériques.

Des jumeaux parfois redondants et peu coordonnés

Bien que ces technologies soient encore en développement à l’échelle des territoires, de nombreux projets émergent déjà, portés par des acteurs variés : collectivités, agences publiques, entreprises, bureaux d’études…

Or, ces initiatives sont souvent développées de manière indépendante. Il n’est pas rare que plusieurs jumeaux numériques mobilisent des flux de données similaires ou proposent des fonctionnalités proches, sans véritable mutualisation. Par exemple, un jumeau numérique régional simulant une crue centennale du Danube ne peut pas anticiper correctement les risques s’il est isolé : il nécessite les données du jumeau climatique global (précipitations en amont, fonte des neiges alpines) pour produire des simulations fiables. Sans cette interconnexion, les systèmes d’alerte des villes seraient basés sur des scénarios incomplets, sous-estimant potentiellement les risques. Le silotage des jumeaux territoriaux peut entraîner des redondances, des coûts supplémentaires et un usage moins efficient des ressources. Pour aller vers plus de frugalité, des initiatives telles que les projets LDT4SSC (Local Digital Twins for Smart and Sustainable Communities) visent à créer une fédération européenne de jumeaux numériques locaux interconnectés. L’un des enjeux majeurs consiste donc à rendre ces systèmes interopérables, c’est-à-dire capables de communiquer entre eux et de partager des données et des résultats.

Cette interopérabilité s’exerce à deux niveaux. D’une part, celui des données utilisées et générées : celles-ci doivent être accessibles, compréhensibles et réutilisables par différents acteurs. L’utilisation de principes comme les standards FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable) permet de faciliter leur partage.

D’autre part, celui des méthodes et des outils. Aujourd’hui, les solutions sont encore largement hétérogènes. Le développement de standards communs (définir par exemple des procédures de communication ou protocoles d’échange, des architectures et des formats) qui permettraient de faciliter leur articulation et leur évolution est au cœur de nombreuses études. Une standardisation des jumeaux numériques pourrait rendre ces structures plus compatibles.

Les jumeaux numériques apparaissent désormais comme des outils de plus en plus omniprésents dans la gestion de nos territoires. Ils sont porteurs de solutions innovantes, mais supposent de nombreux défis qui devront être abordés collectivement.

The Conversation

Sébastien Dupraz a reçu des financements de la Région Centre-Val de Loire, de l'Etat Français et de l'Europe dans le cadre de ses activités liées aux Jumeaux Numériques Environnementaux.

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07.06.2026 à 18:31

Enhanced Games: what’s the issue?

Thierry Ménissier, Professeur de philosophie politique, Université Grenoble Alpes (UGA)

Fabien Ohl, Professeur de sociologie, sciences du sport, faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne, Université de Lausanne

Patrick Trabal, Professeur de Sociologie et Sciences et techniques des activités physiques et sportives, Université Paris Nanterre

The Enhanced Games wound up on May 24 2026 without the medal shower that was widely expected, but what does the multi-sport event really stand for when it’s stripped of the moral frenzy?
Texte intégral (3510 mots)

The “Enhanced Games”, which took place in Las Vegas from May 21–24, 2026, allow the use of performance-enhancing substances and technological equipment that are normally banned. They have been unanimously condemned by anti-doping authorities and have been the subject of fierce criticism, particularly in the media.

As part of the (French National Institute of Health and Medical Research) Inserm’s publication of a review of the current state of knowledge on doping, the scientists behind the project examined the Enhanced Games: where do they come from, and what do they entail? Beyond the prophecies of doom issued by the Cassandras, what consequences do they generate or could they produce? In what ways do they raise ethical issues, and if so, what kind of ethics are we talking about?

Where do the Enhanced Games come from?

The Enhanced Games draw inspiration from the arguments of Julian Savulescu, a professor of bioethics at the University of Oxford, who asserts that legalising doping would lead to fairer sport and better health for athletes (Savulescu et al., 2004). They are promoted by Aron D'Souza, an Australian lawyer and venture capitalist. He takes up and updates Savulescu’s arguments while criticising Olympic sport. He asserts that the fight against doping amounts to failure and that regulatory bodies, particularly the International Olympic Committee (IOC) and the World Anti-Doping Agency (WADA), act in contradiction to the values they claim to uphold. Athletes, including those who are using performance-enhancing drugs, are portrayed as victims of an unjust and ineffective system.

To lend credibility to his cause, D'Souza reappropriates several values associated with the Olympic movement. In particular, he echoes the IOC’s rhetoric on the links between sport and health. Instead of depriving athletes of scientific and technological advances due to anti-doping regulations, he clearly states his intention to make them serve human enhancement. The latest medical advances would be used under the supervision of a “world-class” medical and scientific committee (Hoberman, 2026).

Through this disruptive mobilisation of science and technology, D'Souza asserts that he will not only improve athletes’ performance but also make sports safer for everyone. This strategy, which consists of neutralising critics by appropriating the values espoused by his detractors, can create some confusion and blur the lines. The narrative is structured around promises of progress and a better world through technoscience to serve performance and conquer new markets.

The purported support of science, however, does not stand up to scrutiny. D'Souza draws on Savulescu’s (2004) arguments to assert that most athletes are given an incentive to engage in doping within the context of Olympic sports. He fails, however, to mention that Savulescu relies on models developed by economists for an argument that lacks empirical foundation.

To further support the idea that the fight against doping has failed, he selects a few studies on the prevalence of doping and claims that 40 to 99% of athletes are doped. To this end, he cites a controversial study (Ulrich et al. 2018), conducted in 2011 against the backdrop of state-sponsored doping in Russia and an athletics federation led by a corrupt president (Ohl et al. 2021), to draw general conclusions, and does so by distorting certain figures in a manner that amounts to intellectual dishonesty.

A political project

According to D'Souza, the mobilisation of so-called “disruptive” sciences in the service of athletic performance aims “to build a superhumanity” and thus “change the world”. The political ambitions are clearly on display, as are their ties to the MAGA movement. Among the early investors is Peter Thiel, one of Donald Trump’s most loyal supporters among the billionaire financiers of the MAGA movement. He is joined by others close to the president, such as his son Donald Trump Jr. The promoters of the Enhanced Games also highlight their ties to Secretary of Health Robert F. Kennedy Jr., a proponent of disruptive programs, such as testosterone replacement therapy, as part of an anti-aging program (AP News, February 13, 2025).

The strategy to discredit the World Anti-Doping Agency (WADA) and the IOC, key players in the fight against doping, is driven by the MAGA movement and its aversion to any regulation. Libertarian values align with the idea that participation in technoscientific experiments is a matter of individual choice and responsibility, which must not be curtailed by regulations from scientific institutions and their ethics committees.

For these apostles of the market and transactions, making the Enhanced Games a leading sporting event is first and foremost a strategic lever. The goal is to occupy a central position in the highly promising market for products designed to enhance human performance across an ever-longer lifespan.

Viewing the body as the finest object of consumption (Baudrillard, 1970) lies at the heart of a renewal in health strategies. Healthcare no longer aims to combat disease, but rather seeks individualised improvement of physical performance, viewed as a key factor in health. The ambition is to develop a new segment of the health economy that escapes regulatory constraints.

D'Souza and his associates hope to capitalise on images of record-breaking athletes to legitimise the use of substances and methods intended to “enhance” human beings. They have, in fact, quickly positioned themselves in this market by offering, for example, a range of testosterone treatments and touting their potential.

Inspired by transhumanism, these performance alchemists hope to use sports as a testing ground to provide “proof” of the beneficial effects of the substances and methods they promote.

Are authorities giving in to moral panic?

This vision of health, the body, and sport advances a critique of regulation. Those involved in the fight against doping base it on a health issue (even if, in its implementation, the invocation of this rationale remains debatable) and on the need to preserve the integrity of sporting competition.

Pierre de Coubertin’s ideal of “surpassing oneself” comes with certain limits. Questions such as “What can be done with the human body?” or “How far can it go?” lead to others: “How far can performance preparation go?” In this regard, one might consider that the “debate” proposed by D'Souza, while certainly provocative, is not unrelated to the regulation of doping. We can question the limits of high-level performance by examining its reality.

The development of a young high-potential athlete within the federated sport system has an impact on their emotional, cognitive, and social growth. The training load, biological and scientific preparation, the constraints that sporting schedules place on school, university, or vocational training, as well as the obligations imposed by anti-doping authorities (biological passport, geolocation, etc.) are all issues that sports institutions certainly address, but which raise questions about the limits of Citius, Altius, Fortius.

The organisation of these “enhanced” games therefore aims to reopen this discussion. This could open the door for sports and anti-doping institutions to defend the foundation of the ideal of “clean sport”, the WADA slogan. But instead of debating the vision and the political and social project underpinning sports competition, one might be surprised by the institutional public statements. They generally follow this pattern: these Enhanced Games are condemned because they would create a rupture, they would be contrary to the “spirit of sport” and sanctions are envisaged for any athlete who participates in the event.

Statements from anti-doping bodies may appear to fall under the category of “moral panic”, a concept used by certain sociologists who write about doping (Critcher, 2014) to describe reactions that are often disproportionate to what is considered deviant behaviour.

These statements are striking for their predictive nature. It seems that whatever happens, these games will prove something. Whether the anti-doping fight is effective or not. Whether traditional sport must be defended or the opposite. Whether we are entering a new era of spectator sport or not.

The process of moral panic relies on the ability to perpetuate the problem: by demonising these Enhanced Games, actors often from sports institutions emphasise the need to combat doping and tend to view the impact of these games as greater than it actually is.

Preserving athletes’ health

The position defended by D'Souza draws on arguments similar to those put forward by the scholar Andy Miah. In his provocatively titled book (Genetically Modified Athletes, 2004), this bioethicist criticises the lack of debate surrounding the fight against doping. Sports institutions choose to shut down the debate, believing they can avoid engaging in ethical reasoning by taking refuge behind the spectre of doping’s effects on athletes’ health.

A clinical study aims to be reassuring on this point, but the study’s conditions, methodology, and funding disqualify it, as French radio station FranceInfo pointed out in a recent broadcast. In their review on doping, the Inserm expert panel cannot rule on the health consequences for athletes participating in this sporting competition, as the doping protocols are unknown (and we will likely never know them). This obviously does not mean that such consequences do not exist or are not serious.

Given this uncertainty, is there cause for concern about a “trickle-down” effect that could encourage young athletes, envious of the glory (and money) earned by champions not bound by anti-doping regulations, to dope, regardless of the subsequent consequences for their health?

A study often cited to answer this question is that of Goldman et al. (1984). Following a survey of elite athletes, these researchers claimed that half of those surveyed would agree to take a drug guaranteeing athletic success, even though they had been informed that it would also lead to their death within five years.

However, other authors revisiting the question found much lower rates, as only 1% of the athletes in their sample would accept this Faustian bargain (Connor et al., 2013). It will be interesting to investigate these supposed spillover effects, now that the Enhanced Games competition has come to an end.

The ethical argument

While invoking ethical concerns is a tempting way to criticise the Enhanced Games, it is not certain that this argument is conclusive, at least based on traditional arguments.

Generally speaking, the conditions under which high-level and competitive sports are practised are indeed dominated by the systematic pursuit of performance in the training of bodies and minds, the material resources employed, and the conduct of competitions.

While not explicitly as “enhanced” as the organisers of the Enhanced Games claim, high-level and competitive sports are nonetheless heavily subject to the implementation of innovations of all kinds. Under these conditions, it is genuinely difficult to label the Enhanced Games as unethical, unless one adopts a naturalistic conception to describe ordinary sport, whereas the classic focus on performance (the principle of competitive and high-level sport) leads to viewing athletes’ bodies as something shaped, constructed, or even as a site for experimentation.

Strictly speaking, ethical discourse is essentially evaluative in nature, and its scope is intended to be normative, that is, it aims to transform the actions of those who claim it. The aim of ethics, for a human being, is to strive to live in a dignified and just manner.

From this perspective, ethical evaluation may take three forms of reasoning. These are deontological reasoning, which appeals to a sense of duty and the rights of individual conscience; utilitarian reasoning, which is based on weighing the costs of an action against its benefits for existence; and finally, aretaic (also known as perfectionist) reasoning, namely, a type of evaluation based on the pursuit of personal excellence or carried out according to values regarded as superior.

What, then, of the Enhanced Games according to these criteria? One might consider that participating in them amounts to a form of utilitarian reasoning that is apparently more economic than ethical, or even contrary to the spirit of ethics. However, this line of reasoning also applies to the standard approach of athletes (and their professional environment) in their pursuit of performance.

Paradoxically, this type of reasoning may even serve as a form of justification by actors in the world of high-level and competitive sports for the acceptance of Enhanced Games: enhanced athletes can be viewed as the rational maximisers of their actions.

Furthermore, do the Enhanced Games violate the rights of conscience, according to deontological ethics? This is by no means certain, since the participants, who are under no obligation, appear to be fully willing to take part in these events and must be held responsible for the consequences of their actions, for example, on their own health.

Finally, the spirit of competition and the pursuit of excellence through performance can be invoked by athletes, organisers, or any stakeholders interested in the games. In this sense, by interpreting the inherently athletic nature of this line of reasoning (which originated in ancient Greece, an ethical stance inspired by perfectionism seems entirely plausible when it comes to the Enhanced Games.

Traditional forms of ethical argumentation therefore do not seem capable of disqualifying the Enhanced Games.

However, two types of arguments may qualify this observation. First, what is being called into question from an ethical standpoint is the notion of the spirit of sport. These “enhanced” games can be described as elitist in that they concentrate considerable resources (material, financial, and human) to achieve feats that are literally superhuman, since they are beyond the reach both of ordinary individuals and of most athletes. In any case, this is what their organisers claim and hoped for.

Yet this clearly runs counter to the spirit of sport, an ethically rich concept that embodies values such as fairness, generosity, and fair play, and is characterised by a strong, exemplary value in democratic society, far beyond the world of professional sports. Viewed through the lens of the sporting spirit, even taking into account the flaws in its competitive form mentioned above, sport is not essentially something selfish, nor is it strictly tied to an ideal of quantified performance. This is, in fact, what the World Anti-Doping Code intends by considering the spirit of sport a core value.

Reserved for an elite group of privileged athletes, the Enhanced Games, on the contrary, appear to be underpinned by an ideology advocating neoliberal elitism that mobilises athletes viewed as “entrepreneurs of themselves”, all driven by a capitalist logic that is highly questionable in ethical terms.

Furthermore, moral questions are currently being reshaped by environmental imperatives, which provide ethics with a much broader framework of application compared to traditionally defined moral issues. Strongly driven by entrepreneurial logic and aspiring to global expansion that is extremely costly in terms of material resources, the Enhanced Games seem completely indifferent to these transformations, even though environmental responsibility can no longer be regarded today as something ethically neutral.

A problem that is not ethical, but political

From our perspective, the Enhanced Games could provide an opportunity to revisit certain realities in sport as well as the vision of its promoters. These are questions that fall not under ethics, but politics.

Perhaps anti-doping officials should have opted for a strategy of avoidance: by ignoring these games and taking care not to contribute to their media coverage, they would have avoided getting caught up in a debate for which they did not seem sufficiently prepared.

Having chosen to seize this opportunity to reaffirm the values of sport, they now have no choice but to truly engage with the political issues by deconstructing the event promoters’ “vision” and by taking an unflinching look at the issues that reveal a certain similarity between the current state of competitive sport and these games, which they deem problematic.

And these issues are numerous, whether they concern the realities of the production of performance or the health of high-level athletes, the foundations of the fight against doping (and its related issues: athletes’ participation in rulemaking, individual autonomy, respect for privacy), the commodification of sport, or environmental considerations linked to high-level sports and the organisation of sporting events.

This article was co-written with the help of Inserm’s Doping and Doping Practices in Sport collective expert group

François Carré, Laboratoire Traitement du signal et de l’image (LTSI), UMR 1099 Inserm – Rennes 1 University.

Louise Carton, Inserm U 1172 – Lille Neuroscience & Cognition, Cognitive, degenerative and vascular disorders team; Department of Medical Pharamacology, Lille Faculty of Medicine, Lille-Nord-de-France University.

Katia Collomp, Laboratoire Complexité, innovation, activités motrices et sportives (CIAMS), Department of Science and Technology of Physical and Sports Activities, Faculty of Science and Technology, Orléans.

Aymery Constant, École des hautes études en santé publique (EHESP), Department of Human and Social Sciences, Rennes.

Karine Corrion, Laboratoire Motricité humaine, expertise, sport, santé (LAMHESS, UPR 6312), Science and Technology of Physical and Sports Activities Campus – Sports Science, Université Côte d’Azur, Nice.

Éric Janssen, DATA unit, Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), Paris.

Maryse Lapeyre-Mestre, Department of Medicine, Medical and Clinical Pharamcology department at Toulouse University; UMR 1295 CERPOP (Centre d’épidémiologie et de recherche en santé des populations) Inserm – Toulouse University;

Guillaume Martinent, Laboratoire sur les vulnérabilités et l’innovation dans le sport (L-VIS) (EA 7428), STAPS, Claude-Bernard Lyon I University, Villeurbanne.

Mathias Poussel, Centre universitaire de médecine du sport et activité physique adaptée (CUMSAPA) in Nancy, Medical Doping Prevention unit (AMPD), Respiratory Function Medical Imaging, Nancy Brabois University Hospital; UR 3450 DevAH (Development, adaptation and disability), Cardio-respiratory and motor regulation, Lorraine University, Vandœuvre-lès-Nancy.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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07.06.2026 à 15:09

Les vers de terre sont-ils en déclin en France ? Et sont-ils menacés par les vers plats exotiques ?

Yvan Capowiez, Chercheur, Inrae

Mickaël Hedde, Directeur de recherche, Inrae

Qui sont vraiment les vers de terre ? Un ouvrage récemment publié par deux chercheurs de l’Inrae répond à plusieurs questions importantes sur ces minuscules auxiliaires des jardins.
Texte intégral (2414 mots)
Les études récentes plaident pour l’importance d’une évaluation intégrée et rigoureuse des dynamiques des populations de vers de terre (ici, un lombric européen), fondée sur des données historiques, des suivis standardisés et l’analyse des multiples facteurs. Fir0002/Wikimédia, CC BY-NC

Qui sont vraiment les vers de terre ? Presque invisibles mais essentiels, ils sont passés en un siècle et demi du statut de nuisibles à ceux d’alliés de l’agriculture durable. Que mangent-ils ? Sont-ils vraiment capables de creuser jusqu’à dix mètres sous terre ? Comment les identifier ? Autant de questions – et quelques autres – auxquelles répondent les chercheurs de l’Inrae Yvan Capowiez et Mickaël Hedde dans leur ouvrage publié aux éditions Quæ. Ci-dessous, nous reproduisons un extrait du chapitre 6 « Vers de terre : menacés et parfois menaçants ? », consacré à deux questions : les vers plats exotiques vont-ils décimer les vers de terre en France ? Et nos lombrics locaux sont-ils en déclin ?


Les vers plats exotiques vont-ils décimer les vers de terre en France ? Tout commence avec le commerce international des plantes. Des pots de fleurs, des mottes de terre, des plants exotiques traversent les océans et, avec eux, des passagers clandestins.

Les vers plats terrestres, des prédateurs à l’appétit féroce, souvent reconnaissables à leur tête en forme de marteau, représentés par Platydemus manokwari, un ver plat originaire de Nouvelle-Guinée ; les Bipalium, des vers plats asiatiques ; et Obama nungara, nous venant d’Argentine.


À lire aussi : Obama nungara, le ver venu d’Argentine qui envahit les jardins français


Un envahisseur capable de dissoudre les autres vers de terre

Ils ne creusent pas, ne retournent pas la terre, mais se glissent à la recherche d’une proie molle et vulnérable. Le ver plat ne chasse pas comme un prédateur ordinaire. Il ne mord pas, et ne poursuit pas sa proie à grande vitesse. Non, il opère à la manière d’un assassin silencieux, d’un tueur à l’arme chimique.

Lorsqu’il croise un ver de terre, il s’allonge sur lui et sécrète un mucus paralysant qui l’immobilise progressivement. Incapable de fuir, le ver de terre subit alors une attaque redoutable : le ver plat libère des enzymes digestives directement sur sa peau. Celles-ci ont le pouvoir de dissoudre les tissus. Petit à petit, le corps du ver de terre se liquéfie, transformé en une bouillie que le ver plat aspire lentement, ne laissant rien derrière lui.

Jusqu’à récemment, ces prédateurs exotiques restaient confinés aux climats tropicaux. Mais avec le réchauffement climatique et l’intensification des échanges commerciaux, ils se répandent aujourd’hui en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs. C’est, assurément, un sujet à surveiller.

Un spécimen d’Obama nungara photographié dans un jardin en France. par Pierre Gros, CC BY, CC BY

Pour autant, gardons la tête froide. Depuis sa découverte en France, le dernier-né de ces envahisseurs (Obama nungara) a certes été trouvé dans de nombreux départements français, mais souvent dans des jardins de particuliers ou des parcs, c’est-à-dire des endroits où on a pu introduire des espèces végétales exotiques ou des espèces ayant côtoyé ces plantes exotiques dans les pépinières.


À lire aussi : Invasion dans nos jardins : nouvelles révélations sur le ver plat mangeur de vers de terre


De précédentes invasions à l’issue rassurante

En outre, s’ils consomment des vers de terre, les vers plats n’ont pas conduit, à notre connaissance, à des éradications locales. Ce type de sujets n’est pas neuf et a déjà défrayé la chronique par le passé dans d’autres pays, d’abord dans les années 1970 en Nouvelle-Zélande, puis dans les années 1990 en Irlande.

Chaque fois, ce fut la même dynamique, d’abord des papiers scientifiques alertant du problème, puis des articles de presse anxiogènes, et enfin, quelques années plus tard, un abandon du sujet, car le ver plat disparaissait de la région. N’oublions pas que la plupart des introductions, et c’est heureux, se traduisent par des échecs pour les organismes envahisseurs.

Pour ce qui est d’Obama nungara sur le territoire français, restons vigilants, mais ne tombons pas dans la paranoïa. Aujourd’hui, ce ver plat n’est, en l’état actuel des connaissances, présent dans aucun sol agricole en France.


À lire aussi : Pourquoi il ne faut pas rapporter de végétaux de retour de voyage


Déclin des insectes, des oiseaux… et les lombrics ?

Les vers de terre sont-ils en déclin ?

On sait aujourd’hui que de nombreux groupes d’animaux montrent des signes préoccupants de déclin. Les insectes, les oiseaux (en particulier, ceux ayant un régime alimentaire insectivore) et certains groupes d’amphibiens ou de chauves-souris sont fréquemment cités dans les études comme témoins d’un effondrement de la biodiversité.

Parmi les causes évoquées figurent en bonne place l’intensification agricole, l’usage massif de pesticides et la simplification des paysages. Il semble donc légitime de se demander si les vers de terre sont eux aussi victimes de ce déclin global de la biodiversité.

Pourtant, alors que leur rôle fonctionnel est bien établi, peu d’études se sont penchées sur les dynamiques de population à long terme de ces organismes, essentiellement faute de données historiques fiables. Contrairement aux oiseaux, il n’existe pas de réseau de suivi participatif ni de base de données d’observations remontant sur plusieurs décennies.

Comment savoir si les populations de vers de terre diminuent ?

Des initiatives de sciences participatives récentes ont vu le jour, comme l’Observatoire participatif des vers de terre (OPVT) ou l’initiative Bouché#2022 de l’Inrae. Néanmoins, ces initiatives, encore limitées, ne permettent pas d’améliorer le suivi et la cartographie des espèces rares, spécialistes de certains milieux écologiques, qui sont plus difficiles à capturer et à identifier par des non-spécialistes.

D’ailleurs, comment savoir si les populations de vers de terre diminuent ? Pour cela, plusieurs approches sont possibles, chacune avec ses forces et ses limites.

La plus directe consiste à comparer des données actuelles à des données anciennes, obtenues sur les mêmes sites. Ce type d’approche, dite rétrospective, s’appuie sur l’existence de sites suivis dans le temps où les méthodes d’échantillonnage ont été suffisamment bien décrites pour permettre une comparaison. C’est rare, mais pas impossible.

Une alternative est de mettre en place dès aujourd’hui des observatoires à long terme, intégrant les vers de terre dans les protocoles de suivi. Ce sont ces dispositifs, actuellement peu nombreux, qui permettront demain de répondre avec certitude à la question : les populations de vers de terre déclinent-elles vraiment ?

Le besoin d’approches plus rigoureuses

À ce jour, seules deux études, menées au Royaume-Uni, ont tenté d’estimer les tendances à long terme des populations de vers de terre. Toutes deux concluent à un déclin, mais leurs approches posent question.

  • La première, en comparant la biomasse actuelle de vers de terre dans une parcelle de grande culture à celle estimée dans la même parcelle lorsqu’elle était une prairie, il y a cent soixante-dix ans, conclut à une chute de 80 % de la biomasse des vers. Ce chiffre impressionne, mais il est peu informatif scientifiquement, tant le changement d’usage du sol est drastique.

  • La seconde étude, plus récente, utilise des données indirectes issues d’un réseau de surveillance de la faune du sol. Elle rapporte une diminution de 30 à 40 % de l’abondance des vers de terre en vingt-cinq ans, mais avec des baisses plus marquées dans les milieux forestiers que dans les zones agricoles ! Curieusement, les prairies y apparaissent plus impactées que les grandes cultures.

Ces résultats ont, en outre, été critiqués par de nombreux chercheurs pour certaines incohérences méthodologiques et quelques erreurs factuelles, notamment des valeurs d’abondance peu crédibles dépassant parfois les 1 000 individus par mètre carré, et ce, tant dans le passé que dans le présent.

*Les Vers de terre sortent de l’ombre, éditions Quæ, 2026. Editions Quae, Fourni par l'auteur

Face à ce flou, les travaux récents soulignent l’importance d’une approche plus rigoureuse pour estimer les trajectoires temporelles des populations lombriciennes. Il faut croiser les approches historiques, les observations de terrain standardisées, et prendre en compte de multiples facteurs influençant les populations : pratiques agricoles, climat, propriétés physico-chimiques du sol, mais aussi héritages biogéographiques.

Ce n’est qu’au prix de cette rigueur que nous pourrons véritablement déterminer si les vers de terre sont eux aussi menacés.

The Conversation

Mickaël Hedde a reçu des financements de l'ANR, l'ADEME, l'OFB, l'union européenne (Horizon Europe).

Yvan Capowiez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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