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02.07.2026 à 10:12

Ce que l’on sait des récents séismes au Venezuela, et des risques qui subsistent

Sylvain Barbot, Professor of Earth Sciences, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences

La faille qui a rompu au Venezuela présente un mouvement et des risques similaires à celle de San Andreas en Californie. Elles ont toutes deux déjà été à l’origine, par le passé, de séismes d’une violence extrême.
Texte intégral (2482 mots)

Le Venezuela et sa capitale, Caracas, ont été frappés par deux puissantes secousses sismiques le 24 juin 2026, à seulement quelques secondes d’intervalle. Les deux séismes, de magnitude 7,2 et 7,5, ont provoqué l’effondrement de bâtiments dans plusieurs villes du nord du pays, faisant plus de 2 200 morts et piégeant de nombreuses autres personnes, selon les autorités.

Le géophysicien Sylvain Barbot explique ce que l’on sait à ce stade de cette double secousse et les risques qui subsistent. Chercheur à l’Université de Californie du Sud, il dresse également un parallèle avec la faille de San Andreas, aux États-Unis.


Les séismes sont des phénomènes naturels qui se produisent généralement aux limites des plaques tectoniques de la Terre. Ces plaques, qui constituent la croûte terrestre, ont une épaisseur de plusieurs dizaines de kilomètres et portent les océans comme les continents. Elles sont en mouvement permanent, mais pas de manière fluide ni régulière.

Le Venezuela se situe à la frontière entre deux de ces plaques : la plaque sud-américaine et la plaque caraïbe. En glissant l’une contre l’autre, elles peuvent se bloquer, accumulant des contraintes jusqu’à ce qu’elles cèdent brutalement, provoquant un séisme.

Carte des plaques tectoniques sous le Venezuela et dans les régions environnantes
Le Venezuela est situé sur la plaque sud-américaine, à proximité de la plaque caraïbe, qui s’étend sous la mer des Caraïbes. Les cercles indiquent les séismes de magnitude 5,5 ou plus survenus entre 1900 et 2019. La plupart se sont produits sur les limites des plaques ou à proximité de celles-ci. U.S. Geological Survey

Le 24 juin 2026, deux fortes secousses sismiques se sont produites à 39 secondes d’intervalle, toutes deux d’une magnitude supérieure à 7. Il pourrait s’agir de deux séismes distincts ou d’un seul séisme comportant deux phases de rupture. Les scientifiques ne le savent pas encore, car les données sont toujours en cours d’analyse.

L’hypothèse de deux séismes distincts est tout à fait plausible. En 2023, la Turquie a connu un « doublet » sismique, avec deux séismes de magnitude supérieure à 7 survenus à huit heures d’intervalle. Dans ce cas, il s’agissait clairement de deux événements distincts.


À lire aussi : Pourquoi il y a des séismes en cascade en Turquie et en Syrie


Au Venezuela, les deux secousses n’étaient espacées que de quelques secondes. Par le passé, de très longues failles ont subi des déplacements sur différents segments lors de séismes de cette ampleur, donnant l’impression qu’il s’agissait de deux séismes distincts alors qu’ils correspondaient en réalité à deux ruptures d’un même événement sismique.

Qu’est-ce qui déclenche des séismes aussi destructeurs ?

Les séismes sont déterminés par la manière dont les roches résistent aux contraintes de cisaillement et de pression. Ces contraintes peuvent s’accumuler pendant des années, voire des décennies, jusqu’à dépasser la résistance des roches, qui finissent alors par se rompre. À partir de ce moment, la contrainte se propage et la rupture s’étend.

Il ne s’agit pas d’un mouvement progressif. En quelques secondes, les plaques se déplacent brutalement, provoquant un séisme. Ce phénomène se produit à plusieurs kilomètres sous la surface, où la température et la pression sont très élevées.

Ce phénomène est difficile à reproduire en laboratoire et met en jeu de nombreux processus, relevant aussi bien de la mécanique que de la chimie ou de la circulation des fluides. Son résultat est toutefois simple : une rupture se produit, au cours de laquelle des masses rocheuses glissent les unes contre les autres, créant une fracture qui brise tout sur son passage et provoque d’importants dégâts.

Le système de failles du Venezuela est-il comparable à celui de la faille de San Andreas, en Californie ?

Les failles impliquées dans le séisme au Venezuela et la faille de San Andreas, en Californie, sont très similaires. Il s’agit de failles transformantes, où les plaques glissent horizontalement l’une par rapport à l’autre selon un mouvement en décrochement.

Même les vitesses de déplacement sont assez proches. Au Venezuela, les deux plaques glissent l’une par rapport à l’autre à une vitesse moyenne d’environ 20 millimètres par an. Le long de la faille de San Andreas, ce mouvement est légèrement plus rapide, de l’ordre de 30 millimètres par an.

Animation montrant un déplacement horizontal du sol qui décale une route
Le mouvement en décrochement lors d’un puissant séisme sur une faille transformante, comme la faille de San Andreas en Californie. U.S. Geological Survey

Ces failles produisent également des séismes de forte magnitude à des fréquences comparables. Sur la faille de San Andreas, les scientifiques estiment qu’un séisme de magnitude 7 ou plus se produit en moyenne tous les 170 ans environ, même si cet intervalle varie selon les segments de la faille. Il ne s’agit toutefois pas d’un mécanisme d’horlogerie : ces séismes peuvent survenir beaucoup plus fréquemment… ou beaucoup plus rarement.

Le dernier « Big One » du sud de la Californie remonte au séisme de Fort Tejon, en 1857, un puissant tremblement de terre de magnitude 7,9. Une étude récente suggère que les contraintes accumulées le long de la partie sud de la faille de San Andreas sont aujourd’hui plus importantes qu’à n’importe quel moment au cours des mille dernières années. Si les hypothèses de cette étude sont correctes, la faille pourrait être proche de rompre. Mais la fréquence des grands séismes est très variable : le prochain pourrait survenir dans cent ans… ou demain. Personne ne peut le prédire.

Ces failles ont déjà produit de nombreux séismes par le passé. C’est à lui seul un argument en faveur de normes parasismiques strictes pour les bâtiments et les infrastructures, comme les ponts ou les hôpitaux, ainsi que de plans de préparation aux situations d’urgence.

Les scientifiques ont-ils identifié des signes annonciateurs permettant de prévoir un séisme imminent ?

Les scientifiques cherchent activement à identifier des précurseurs fiables qui permettraient d’alerter avant une rupture sismique, mais aucun signal suffisamment fiable n’a encore été mis en évidence.

Il existe des cas anecdotiques où des essaims de petits séismes ont précédé une rupture majeure et qui, rétrospectivement, auraient pu constituer des indices précoces d’un grand séisme à venir. Mais ce n’est pas systématique.

L’apprentissage automatique a permis de mettre en évidence des modifications régulières de la microsismicité précédant les ruptures majeures, et certaines études sur la physique des séismes ont commencé à expliquer pourquoi ce phénomène se produit.


À lire aussi : Une IA pour détecter les signes avant-coureurs des séismes lents


Il y a donc de bonnes raisons d’espérer qu’à l’avenir, nous serons capables de relier ces différents indices et de mieux comprendre les mécanismes en jeu. Mais nous n’en sommes pas encore là.

En revanche, il est possible d’émettre des alertes à très court terme. Lorsqu’un séisme débute, il génère plusieurs types d’ondes sismiques qui se propagent à des vitesses différentes. Les plus rapides arrivent en premier et peuvent être détectées, ce qui permet aux scientifiques de prévoir l’arrivée des deuxième et troisième trains d’ondes, plus lents et généralement plus destructeurs.

Après les premières ondes, appelées ondes P, arrivent les ondes S, ou ondes de cisaillement, qui sont un peu plus puissantes. Viennent ensuite les ondes de surface. Les premières ondes P peuvent déclencher les systèmes d’alerte précoce, offrant seulement quelques secondes de réaction, mais cela suffit pour interrompre le trafic, fermer les gazoducs, arrêter les trains à grande vitesse et sécuriser les infrastructures sensibles aux secousses. Cela peut également laisser juste assez de temps pour se mettre à l’abri et éviter d’être tué par l’effondrement d’un bâtiment, au bureau comme à la maison.

Quels sont désormais les risques pour le Venezuela ?

Les géologues connaissent bien la tectonique de cette région, car ils cartographient ces failles et étudient leur comportement depuis des décennies. Mais pour comprendre précisément cet événement, les scientifiques doivent se rendre sur le terrain afin d’évaluer l’ampleur des dégâts et de mesurer l’étendue de la rupture.

Par ailleurs, les séismes entraînent d’autres risques. Après les secousses, la région reste pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, plus exposée aux glissements de terrain, car les roches ont été déstabilisées.

Cela signifie que les prochaines fortes pluies risquent de déclencher des glissements de terrain. Le Venezuela doit donc s’attendre à de nouveaux dégâts, à d’autres dangers et, malheureusement, à de nouvelles pertes humaines.

The Conversation

Sylvain Barbot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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02.07.2026 à 09:54

From the Fourth of July to Bastille Day: How France and America reinvent their nations through ritual

Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po

Two revolutions, two republics and the enduring power of national myths and civic festivities come to the fore in July as France and the US both celebrate national holidays.
Texte intégral (2072 mots)

Why do France and the United States – two nations that claim to be founded on universal principles rather than common ancestry – place such extraordinary importance on their national holidays? And what do today’s battles over these celebrations reveal about the crisis of democratic national narratives?

France and the United States are two exceptional cases of nation-building: both claim to derive their legitimacy from universal political principles rather than ethnic origin. Their holidays therefore do more than commemorate a historical event – they periodically recreate the nation itself. Yet the contemporary politicisation of these rituals points to a deeper transformation: the debate is no longer simply about what the nation is, but about who can legitimately claim to embody it – and the answer, in both countries, is now fiercely contested.

Two revolutions, two universalisms

Unlike most nations, France and the United States define themselves through political ideals rather than shared ethnicity, language or religion. Both emerged from revolutionary ruptures; both claim universal significance; both present citizenship as a political rather than ethnic identity, built on abstract principles rather than ancestry. As Benedict Anderson showed in Imagined Communities, such nations are not given by blood but constructed through shared narrative – and the most rigorous theorisation of this idea is French: Ernest Renan’s 1882 lecture What Is a Nation? defined the nation as a “daily plebiscite”, founded as much on what a people chooses to forget as on what it remembers.

The two universalisms nonetheless diverge. The American Revolution is narrated as a story of independence – a federal republic built on liberty, providence and a genuinely new social order, from the Declaration of Independence to Lincoln’s Gettysburg Address. The French Revolution is told as a story of internal rupture – a centralised, indivisible republic built on equality and reason, enacted through revolutionary festivals designed to forge a new citizenry almost from scratch.

Two civil religions

Sociologically, both holidays function as civil religion: sacred dates, founding heroes, sacred texts, collective rituals that bind a community without reference to any church. Bellah’s 1967 essay Civil Religion in America remains the foundational account: the Founding Fathers, the Constitution, the Lincoln Memorial, Arlington, and the providential language of presidential inaugural speeches all function as the liturgy of an American civic faith.

France built an equivalent structure through ostensibly secular means. Historian Pierre Nora described French republican memory as a genuine “civil and civic religion” complete with its own emblems, hymns and temples – the Marseillaise, Bastille Day, the Pantheon. The official symbols of the French Republic – flag, anthem, motto, Marianne – are themselves the liturgy of this civic faith.

A French survey carried out in 2015 found 93 percent of French respondents attached to the tricolor flag, associating it above all with the Republic, the Revolution and liberty – a civic creed not unlike Bellah’s account of American ritual, even if the circumstances were exceptional.

Neither country eliminated political religion. Both reinvented it.

Invented, not inherited

National holidays are not expressions of historical continuity; they are periodic reinventions, reshaped by each generation to answer the crises of its present. Historian Eric Hobsbawm’s notion of “invented tradition” captures this: traditions survive precisely because they are continually remade, not because they are frozen in time.

The American Bicentennial of 1976 is the clearest case. As historian Jill Lepore recently recounted, the celebration was meant to bind a country bruised by Vietnam and Watergate – instead it became a battleground, denounced by the Congressional Black Caucus as “a fraud on the American people” and boycotted by civil-rights leaders, before settling into the comfortable patriotic memory we associate with it today.

France offers its own version. When François Mitterrand walked alone into the Panthéon in 1981, laying roses on the tombs of Jean Jaurès (the socialist martyr), Jean Moulin (the Resistance hero) and Victor Schoelcher (the abolitionist), he was not simply paying his respects – he was staging a vision of the Republic, choreographed to present a new political era as the natural heir to France’s deepest traditions.

Tradition, in both countries, turns out to be something each generation has to re-argue, not something it simply inherits.

From shared ritual to contested memory

The defining political struggle today is about who has the legitimate authority to speak in the nation’s name.

In both countries, nationalist movements now seek to reactivate a more homogeneous, more heroic and more exclusive memory of the nation: nostalgia for lost unity, suspicion of professional historians, open warfare over collective memory. Yet the myths on which these movements draw long predate contemporary populism. The roman national (national romance) built around peasants, terroirs and rural roots runs far deeper than any single presidency. Historian Suzanne Citron traced it – an image of France as an ancient, continuous community stretching from Vercingetorix (a Gallic chieftain who united the Gauls c.82 BP to 46 BP) to the present – back to the school textbooks of the French Third Republic, and French presidents across the political spectrum have mobilised it ever since: Jacques Chirac asserted that France “plunges its roots” into its agriculture and rurality; Macron has spoken in identical terms, defending “a ruralité that exists nowhere else” and “an art of living that has always been at the heart of our identity”.Yet agriculture today employs barely 2.7% of the French workforce. When practically no one farms any more, the peasant becomes everyone’s ancestor.

The same dynamic is visible in how France’s highest civic institution is being used and contested. Since 2017, President Emmanuel Macron has used a series of pantheonisation ceremonies to construct a particular vision of republican memory, honouring figures from Simone Veil and Josephine Baker to, most recently, historian Marc Bloch.

Marc Bloch became the first historian to enter Paris’ famous Pantheon (France 24).

In pantheonising Bloch, Macron framed the ceremony as a response to historical revisionism and “identitarian withdrawal” – and Bloch’s own family demanded that the Rassemblement national be excluded.

President Emmanuel Macron paid tribute to Marc Bloch’s teachings “that compel us to move forward, against the spirit of defeatism” (France 24).

The Pantheon has become a battlefield: less a site of shared national memory than a space where competing versions of the Republic’s inheritance are actively contested.

Yet the comparison with the United States reveals how differently this contestation operates. Donald Trump’s relationship to the Fourth of July is intensely personalised: an “enemy within”, a narrative of national salvation built around his own figure as a divinely chosen leader and culminating in the America250/Freedom250 commemorations. The French case works differently. Rather than a single charismatic saviour, French nationalist rhetoric leans on the older vocabulary of the Republic itself – sovereignty reclaimed, a people “given back” its country – drawing on a long-standing republican vocabulary rather than building a new cult of personality around a single leader. Linguist Cécile Alduy’s statistical analysis of French political discourse identifies exactly this operation: a persistent national romance – one that conjures an older, more homogeneous vision of who truly belongs.

In this sense, Trump personalises a civil religion built around providence, while French nationalism nationalises a republican memory it claims to inherit rather than invent. One channels restoration through an explicit culture-war enemy; the other channels it through a vocabulary of continuity that predates any single leader by generations.

Who gets to embody the nation?

National holidays have never been politically neutral.

The question that distinguishes our moment is different: who has the legitimate authority to define the nation, speak in its name, and embody its values? Renan’s “daily plebiscite” was meant to describe how a people collectively renews its consent to belong together – but a plebiscite can always return a different answer, which is exactly what is now being contested on both sides of the Atlantic.

Formerly, these rituals were designed to produce a common “we”. Increasingly, they have become arenas in which competing groups contest who truly belongs at all.

The contemporary crisis of national celebrations may ultimately reveal a deeper transformation: the debate no longer concerns what the nation is, but who can legitimately claim to embody it.


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The Conversation

Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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02.07.2026 à 08:23

Que deviennent les fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique dans les années 1970 et 1980 ? Les débuts de réponse d’une expédition scientifique

Javier Escartin, Directeur de recherche CNRS en géologie marine, École normale supérieure (ENS) – PSL

Patrick Chardon, Ingénieur en métrologie nucléaire au Laboratoire de Physique de Clermont Auvergne, coresponsable de la mission NODSSUM, Université Clermont Auvergne (UCA)

Une des premières études radioécologiques des grands fonds marins où ont été immergés les fûts de déchets radioactifs permet de mieux comprendre ce qu’ils deviennent, quarante-cinq ans plus tard.
Texte intégral (2234 mots)
Un des fûts de déchets radioactifs présentant une dégradation importante et un déversement de matière sur les fonds marins environnants. On voit, à côté, le dispositif d’échantillonnage des sédiments déployé puis récupéré par le *Nautile* à 4 700 mètres de profondeur, en 2026. Crédits: Campagne NODSSUM, CNRS, Flotte océanographique française, Ifremer, Miso Facility/WHOI, Fourni par l'auteur

Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs furent immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est, à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres. La localisation exacte de ces barils et surtout leurs impacts possibles sur l’environnement des grands fonds restaient à ce jour largement inconnus depuis des études des années 1980.

Les campagnes à la mer NODSSUM 2025 et 2026, portées par le CNRS et réalisées avec les moyens de la Flotte océanographique française, ont permis d’identifier plusieurs milliers de ces barils.

À l’aide du sous-marin Nautile, nous avons inspecté visuellement plusieurs dizaines de ces fûts, documenté leur degré avancé de dégradation et observé des containers particulièrement corrodés.

Le contenu de certains d’entre eux se répand sur le fond marin environnant. Ces fûts sont colonisés par différents organismes, notamment des anémones, des éponges et des crabes.

le sous marin émerge
Le retour du Nautile et des plongeurs, à la fin de sa plongée à 4 700 mètres de profondeur, lors de la compagne NODSSUM 2026. ©CNRS (NODSSUM Cruise, CNRS, Flotte océanographique française), Fourni par l'auteur

Sur cinq sites d’étude retenus, à proximité immédiate et au contact des fûts, le Nautile a réalisé des prélèvements détaillés de sédiments, d’eau, d’organismes et de communautés microbiennes. Les habitats rocheux voisins ont également été explorés par le sous-marin, afin de les comparer avec les écosystèmes présents sur et autour des fûts.

Des instruments de mesure de radioactivité de terrain embarqués ont détecté des signaux significatifs de radionucléides spécifiquement liés à ces déchets, le cobalt 60 et le niobium 94, en plus du césium 137 et de l’américium 241 (ces derniers sont également des marqueurs des essais aériens d’armes et accidents nucléaires, mais présents ici dans des quantités bien supérieures à ce marquage classique).

Ces mesures et contrôles radiologiques ont permis de confirmer l’absence de contamination des instruments déployés (y compris le Nautile) et de s’assurer que les niveaux d’activité n’induisaient pas de problèmes majeurs de radioprotection pour les scientifiques de la campagne à la mer.

Comment ces observations ont-elles été réalisées ?

La zone de déversement couvre une surface d’environ 14 500 kilomètres carrés. Pour identifier les fûts et définir les cibles de notre étude, le robot autonome Ulyx de la Flotte océanographique française a été déployé lors de la campagne 2025.

Capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres et survolant les fonds marins d’environ 70 mètres, il acquiert des données sonar haute résolution avec une précision de 5 centimètres. Ulyx a permis de cartographier environ 165 kilomètres carrés, soit moins de 2 % de toute la zone de déversement. Plus de 3 500 fûts ont été localisés, alignés selon les trajectoires des navires ayant effectué les déversements.

Carte des fûts identifiés et zones cartographiées par l’Autonomous Underwater Vehicle (AUV) UlyX. Flotte océanographique française -- Campagne Nodssum, Fourni par l'auteur

Ulyx a également pu s’approcher et survoler le plafond océanique à environ 8-10 mètres au-dessus du fond marin pour se procurer des images. Nous avons prospecté cinq zones et photographié environ 50 fûts, montrant l’épanchement de matière hors des fûts. Ces données ont été combinées à un échantillonnage de sédiments réalisé en 2025 à distance des fûts depuis le navire, dont l’analyse a révélé la présence de radionucléides artificiels probablement associés à ce déversement, supérieure à celle attendue dans les grands fonds.

Les images de fûts dégradés prises par Ulyx, associées aux analyses de sédiments montrant les niveaux d’activité les plus élevés, ont fourni les cibles des plongées du Nautile lors de la campagne 2026.

Pourquoi est-ce important ?

Tout d’abord, ce site constitue un laboratoire unique pour comprendre le devenir des radionucléides dans les grands fonds et leurs interactions avec les écosystèmes de l’océan profond.

Les fûts modifient l’environnement en offrant un substrat dur qui se trouve colonisé, facilitant potentiellement ces transferts de radionucléides vers les organismes vivants, avec des conséquences encore inconnues, qui vont être évaluées par le projet NODSSUM. Les résultats de l’analyse des échantillons fourniront, dans les mois à venir, des indices sur l’impact de ces écosystèmes, y compris les microorganismes, ainsi que sur leur rôle dans le transfert et la mobilisation de ces radionucléides, permettant d’évaluer leurs impacts.

Enfin, il s’agit de l’une des premières études radioécologiques en grands fonds marins, ayant nécessité la mise en place et le développement de nouvelles procédures et méthodologies allant de la définition de la stratégie d’échantillonnage jusqu’à la radioprotection à bord.

Quelles vont être les suites ?

Les campagnes de 2025 et de 2026 ont permis de collecter un ensemble riche et vaste de données et d’échantillons : cartes sonar, images de fûts et des zones adjacentes, des centaines d’échantillons de sédiments, plusieurs dizaines de poissons, des milliers de litres d’eau filtrés et de nombreux organismes, dont des anémones et des concombres de mer.

scientifiques autour d’une carotte de sédiments
Une carotte de sédiments prélevée par le Nautile sur le site d’immersion de déchets radioactifs de l’Atlantique Nord-Est, lors de la campagne NODSSUM 2026. NODSSUM Cruise, CNRS, Flotte océanographique française, Fourni par l'auteur

Les images seront analysées afin de caractériser la composition et la structure des écosystèmes associés aux fûts et de ceux des zones avoisinantes. Les échantillons (sédiments, eau, faune) seront analysés dans les mois à venir par un groupe français et international de chercheurs (Norvège, Allemagne, Espagne) afin d’identifier et de quantifier différents radionucléides artificiels et d’étudier leur dispersion depuis les fûts vers l’environnement des grands fonds.

L’ensemble de ces données constituera l’une des études radioécologiques des grands fonds les plus complètes à ce jour et permettra de mieux comprendre le cycle biogéochimique des radionucléides dans ces environnements.


Pour aller plus loin et suivre l’actualité du projet NODSSUM, retrouvez-le sur Bluesky et LinkedIn, #NODSSUM.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Javier Escartin a reçu des financements de l'ANR pour autres projets et sans lien a la campagne NODSSUM.

Patrick Chardon a reçu des financements de ANR sans lien avec le projet NODSSUM

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