05.05.2026 à 15:19
François Drémeaux, Enseignant-chercheur en histoire contemporaine, Université d’Angers
L’incident en cours à bord du MV Hondius, ce navire de croisière confronté à un foyer suspect d’infection à hantavirus et refoulé par les autorités du Cap-Vert, permet de souligner à la fois la difficulté et l’importance de la gestion des crises sanitaires en mer. Une perspective historique montre que les développements actuels reproduisent des schémas anciens.
Trois morts, cinq cas suspects, des passagers confinés en mer et un pays qui refuse l’accès à son port : l’épisode ravive des images récentes et d’autres plus lointaines ancrées dans l’imaginaire collectif, celles de navires en quarantaine au large, chargés de menaces invisibles.
À Marseille en 1720, la peste arrive par le Grand Saint-Antoine, de retour du Proche-Orient, et décime la ville au cours des mois qui suivent, notamment après de longues hésitations au sujet des mesures sanitaires à appliquer. Plus récemment, en 2020, le Diamond Princess, immobilisé au large du Japon avec ses 3 600 passagers au début de la pandémie de Covid-19, avait illustré la vulnérabilité des navires modernes face aux maladies infectieuses. Le Hondius s’inscrit dans cette lignée d’événements où la mer devient un espace d’isolement autant que de crise.
Alors que les épidémies peuvent désormais se transmettre rapidement par l’intermédiaire des transports aériens, un tel incident en mer donne l’impression de pouvoir arrêter le temps et de maîtriser la situation. Pour les épidémiologistes, ce sont des cas d’école qui permettent d’étudier la maladie au ralenti, pour les historiennes et historiens, c’est aussi l’occasion de constater l’efficacité de pratiques anciennes. Car, en mer, la gestion des épidémies obéit à des logiques spécifiques.
Jusqu’au début du XXe siècle, les longues traversées des paquebots constituaient des incubateurs potentiels pour les maladies infectieuses. Choléra, typhus ou fièvres diverses pouvaient se déclarer en cours de voyage et l’organisation sanitaire était alors pensée en conséquence. Selon les pays, des médecins embarqués deviennent peu à peu obligatoires à partir des années 1850, des protocoles d’isolement à bord sont mis en place et, surtout, les ports améliorent de rigoureux dispositifs de surveillance sanitaire. Les protocoles mis en place à Ellis Island à partir de 1892 pour contrôler les migrants européens qui débarquent aux États-Unis procèdent de cette logique.
Le long des lignes maritimes qui forment les épines dorsales de la mondialisation au XIXᵉ siècle, d’abord en Méditerranée puis au fil des expansions impériales, les Européens organisent un complexe système de surveillance sanitaire. À la fois pour se prémunir de leurs voisins, pour affirmer leur domination sur certains pays – notamment colonisés –, mais aussi pour assurer une circulation fluide des produits et des passagers entre eux, la santé maritime devient un enjeu impérial. À l’approche des côtes, des médecins dits arraisonneurs montaient à bord pour évaluer l’état sanitaire du navire.
En cas de suspicion, l’embarcation se voyait refuser la patente qui lui permettait la libre pratique de son commerce, et les passagers étaient dirigés vers un lazaret, lieu de quarantaine souvent situé à l’écart des villes. Ces infrastructures formaient un maillage essentiel de la sécurité sanitaire internationale. Elles ont progressivement disparu après la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet combiné des progrès médicaux et du basculement vers le transport aérien, bien plus rapide.
Ce changement de temporalité a profondément modifié la dynamique des épidémies. Les périodes d’incubation des maladies n’ont pas changé, mais les durées de voyage, elles, se sont drastiquement réduites, y compris sur les navires de croisière dont l’objectif est souvent de multiplier les escales terrestres (un peu plus de sept jours en moyenne). Les croisières dites d’exploration dans des zones reculées et a fortiori les circuits dits de repositionnement d’un hémisphère à l’autre – comme celle que réalisait le Hondius jusqu’à présent – représentent précisément des exceptions par la multiplication du nombre de journées en mer, dans le cas présent entre Ushuaïa (Argentine) et Praia (Cap-Vert) et malgré des escales dans les îles de Géorgie du Sud et à Saint-Hélène.
En conséquence, les infections ont aujourd’hui davantage tendance à se manifester après le débarquement qu’en pleine mer. Le cas du Hondius, qui proposait ici un voyage de quarante-six jours, apparaît ainsi comme une résurgence d’un schéma ancien où la maladie se déclare à bord et impose une gestion en vase clos.
Il semble évident que des leçons ont été tirées de la pandémie de Covid-19. Lors de la quarantaine du Diamond Princess au Japon en 2020, le manque de clarté dans les informations données aux passagers et de formation du personnel ont été largement soulignés comme des facteurs aggravants. Le secteur de la croisière, en pleine expansion ces dernières années et représentant un marché de 37 millions d’individus en 2025, a vraisemblablement évolué sur le sujet puisque les personnels sont désormais formés et de stricts protocoles sont en place à bord.
Paradoxalement, avec les moyens de communication actuels, le huis clos du Hondius est rapidement devenu un événement global. Nos sociétés contemporaines, traumatisées par la pandémie de Covid-19, ont retrouvé des réflexes isolationnistes de précaution. À quelques encablures du port de Praia au Cap-Vert, le Hondius s’est vu refuser l’accès au territoire alors qu’un passager était déjà décédé à Saint-Hélène et deux autres avaient été évacués vers l’Afrique du Sud. Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe Hans Kluge a jugé que « le risque pour l’ensemble du public demeure faible. Il n’y a aucune raison de céder à la panique ni d’imposer des restrictions de voyage ». Il n’empêche que la couverture médiatique dont bénéficie l’événement depuis le début de la crise en dit long sur les peurs de propagation.
Au cours du XIXe siècle, et notamment face aux grandes pandémies cholériques, des réglementations internationales ont été élaborées pour harmoniser les réponses et repousser les dangers sanitaires. En 1887, par exemple, les pays du cône sud-américain adoptent la convention de Rio pour protéger leurs relations commerciales internes et se prémunir des épidémies extracontinentales. Ces réglementations sanitaires maritimes sont alors strictement appliquées, notamment par l’Argentine, car ces dispositifs participent également à affirmer l’indépendance des États face aux pressions des puissances occidentales. Le refus du Cap-Vert d’accueillir le Hondius peut être lu par ce prisme. C’est un acte de précaution, mais aussi une décision politique de souveraineté.
Au cœur de ces événements se trouve une figure souvent oubliée : le médecin maritime. Héritier des médecins de la marine militaire, son rôle s’est structuré au sein de la marine marchande au XIXᵉ siècle, notamment en France au fil des réformes de 1876 et 1896 qui professionnalisent la médecine embarquée. Aujourd’hui encore, une formation spécialisée subsiste en France à Brest (Finistère), préparant des praticiens à intervenir à bord ou depuis la terre mais toujours « en situation maritime ». L’épisode du Hondius souligne l’importance de ces compétences, à l’intersection de la médecine, de l’épidémiologie et de la logistique en milieu contraint.
La spécificité du milieu maritime ne tient pas seulement à l’isolement. Elle concerne aussi les vecteurs de maladies et, en l’occurrence, l’infection à hantavirus, lequel est suspecté dans cette affaire, se transmet par les rongeurs. Même s’il est hautement improbable que le mal vienne des entrailles du navire mais plutôt d’une escale, l’événement rappelle que la lutte contre les rats est une constante de l’histoire navale.
Les mesures drastiques mises en place au XIXᵉ siècle sont efficaces et permettent un net recul des populations de muridés à bord. La fumigation des cales en particulier, ou tout simplement l’installation de disques métalliques sur les amarres pour empêcher les rats de monter à bord comptent parmi les progrès majeurs. Malgré cela, la présence des rongeurs à bord n’est jamais totalement éradiquée. Paradoxalement, le nombre de rats retrouvés morts – mais sains après autopsie – à la fin d’une traversée était souvent considéré comme un indicateur indirect de l’état sanitaire du navire. La présence d’un cadavre animal pesteux signalait l’alerte sanitaire, avant même qu’un cas humain se manifeste.
Ces éléments rappellent que la mer reste un environnement à part, où les équilibres sanitaires sont fragiles. Ils invitent ainsi à réinvestir des champs d’études parfois négligés, à la fois dans le domaine maritime et sanitaire. Depuis quelques années, les historiennes et les historiens du fait maritime se penchent davantage au chevet des gens de mer. Une journée d’études consacrée à la santé en milieu maritime, intitulée « Prévenir et Guérir – Organiser la santé en mer (XVIIᵉ-XXᵉ siècle) », se tiendra par ailleurs le 13 mai prochain à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire), signe que ces questions continuent de mobiliser les chercheuses et les chercheurs.
Loin d’être une simple anomalie, l’épisode du Hondius agit ainsi comme un révélateur. Il montre que, malgré les transformations des mobilités et des systèmes de santé, certaines configurations anciennes peuvent ressurgir. Et que, face à l’incertitude sanitaire, les sociétés renouent, parfois presque instinctivement, avec des pratiques héritées de plusieurs siècles d’expérience maritime.
La journée d’études « Prévenir et Guérir », sur l’histoire de la santé en mer, se tiendra le 13 mai 2026 à l’Université d’Angers (Maine-et-Loire).
François Drémeaux a reçu des financements de la commission européenne dans le cadre d'un contrat Marie Skłodowska-Curie Actions pour le programme de recherche SHIPPAN (Shipping Pandemics).
05.05.2026 à 11:57
Barbara Jacquelyn Sahakian, Professor of Clinical Neuropsychology, University of Cambridge
Christelle Langley, Postdoctoral Research Associate, Cognitive Neuroscience, University of Cambridge
Fei Li, Professor of Pediatrics, Shanghai Jiao Tong University
Qiang Luo, Associate Principal Investigator of Neuroscience, Fudan University

Il est particulièrement difficile d’aider les enfants atteints à la fois par un trouble du spectre de l’autisme et une déficience intellectuelle à mieux communiquer. Les résultats d’une étude récente ouvrent une nouvelle piste pour améliorer leur situation : la stimulation magnétique transcrânienne, une technique non invasive et indolore.
On estime, sur la base de travaux menés aux États-Unis, qu’environ 30 à 35 % des enfants autistes présentent une déficience intellectuelle.
Ces enfants ont moins de chances de bénéficier d’une prise en charge que ceux qui n’en sont pas atteints, notamment parce que les médecins ne sont pas toujours au fait des approches à adopter, et parce que les divers contrats d’assurance couvrent plus ou moins bien les frais afférents aux déficiences intellectuelles. Et ce, alors même que leurs besoins sont plus importants que ceux des autres enfants autistes, ce qui pèse davantage sur leurs familles. Cette population est par ailleurs trop souvent négligée par les travaux de recherche.
Si les thérapies par la parole et les programmes comportementaux peuvent aider certains de ces enfants, ces approches doivent être mises en œuvre par des spécialistes. Or, leur nombre est insuffisant, y compris dans les pays à hauts revenus.
Ces divers constats nous ont amenés à tester un autre type d’intervention : l’application de brèves impulsions magnétiques ciblées, destinées à stimuler des régions précises du cerveau. Cette technique, connue sous le nom de stimulation cérébrale non invasive ou neuromodulation, ne nécessite ni chirurgie, ni anesthésie, ni médicament.
Placé à proximité du cuir chevelu, un dispositif génère un champ magnétique qui varie rapidement. Sans danger, celui-ci traverse la boîte crânienne et stimule l’activité des neurones sous-jacents. Cette approche est utilisée depuis des années pour traiter la dépression, et les chercheurs explorent de plus en plus la possibilité qu’elle puisse également atténuer les difficultés sociales et communicationnelles qui constituent un symptôme cardinal de l’autisme.
La version que nous avons testée repose sur une technique appelée stimulation par bouffées thêta (theta-burst stimulation). Plutôt que d’envoyer des impulsions une à une, elle les délivre en salves rapprochées. Chaque séance s’en trouve considérablement raccourcie par rapport aux protocoles classiques – un avantage de taille lorsqu’il s’agit de demander à de jeunes enfants de rester assis et de coopérer.
Dans notre étude, publiée dans le British Medical Journal, chaque séance ne durait que quelques minutes, et le protocole complet s’étalait sur cinq jours seulement. Un groupe d’enfants recevait une stimulation réelle, l’autre une stimulation fictive.
Lors de cette condition placebo, l’équipement était appliqué de manière identique et produisait des vibrations, mais aucune impulsion n’était délivrée. Ce dispositif permettait de comparer les résultats sans qu’aucun des deux groupes ne sache ce qu’il avait reçu, garantissant ainsi la fiabilité des observations.
Cent quatre-vingt-quatorze enfants ont participé à l’étude. L’âge moyen était d’environ 6,5 ans. Près de la moitié des participants présentaient un quotient intellectuel inférieur à 70, le seuil en deçà duquel on parle généralement de déficience intellectuelle (tous avaient cependant obtenu un score supérieur à 50 – le minimum requis pour garantir un diagnostic fiable et une participation pertinente à l’étude).
Les enfants ont été recrutés sur plusieurs sites, par voie d’affichage dans des consultations externes et par l’intermédiaire de registres cliniques locaux. Tous les représentants légaux ont donné leur consentement écrit.
Les parents ont rempli un questionnaire portant sur les capacités de leur enfant en matière de communication sociale avant le traitement, immédiatement après, puis un mois plus tard.
Les résultats indiquent que le protocole a significativement amélioré la communication sociale chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Au regard des standards de la recherche clinique, l’effet observé peut être considéré comme important. Les améliorations constatées au bout de cinq jours étaient toujours présentes un mois plus tard. En outre, les capacités langagières des enfants ont également progressé.
Aucun effet indésirable grave n’a été signalé, les effets secondaires mineurs se sont tous résolus spontanément.
Il existe peu de données concernant l’efficacité des prises en charge sur les enfants autistes présentant une déficience intellectuelle, car ils sont souvent exclus des essais cliniques. Le seul fait que cet essai en ait inclus un nombre significatif est, en soi, notable. Ces travaux ne constituent cependant qu’une première étape, et de nombreuses inconnues demeurent.
On ignore encore si les bénéfices persisteront au-delà d’un mois, et pour combien de temps. Le nombre de séances nécessaire pour les maintenir devra encore être déterminé. Il faudra aussi évaluer les effets de la transposition de cette approche du laboratoire au contexte d’une consultation ordinaire.
Pour conclure, soulignons que la stimulation cérébrale ne se substitue pas aux prises en charge comportementales. L’équipement nécessaire pour la mettre en place n’est ni bon marché ni disponible partout. Toutefois, les approches classiques requièrent souvent – lorsqu’elles sont disponibles – de mettre en place des séances quotidiennes avec un professionnel, plusieurs semaines durant, ce qui représente aussi un investissement en temps, en argent et en ressources spécialisées.
Pour les familles déjà durement éprouvées par la situation, une cure de cinq jours est une tout autre affaire. Si celle-ci s’avère déboucher sur des progrès modestes mais durables, en matière de capacité à communiquer, la portée de ce type de prise en charge pourrait être considérable, tant pour l’enfant que pour ses proches, améliorant sensiblement leur bien-être et leur qualité de vie.
Barbara Jacquelyn Sahakian bénéficie d'un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s'inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d'auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost: Healthy Habits for a Happier Life*.
Christelle Langley bénéficie d'un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s'inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d'auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost : Healthy Habits for a Happier Life*.
Fei Li bénéficie d'un financement de la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine. Elle est rattachée au département de pédiatrie du développement et du comportement de la Société de pédiatrie de l'Association médicale chinoise.
Qiang Luo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
05.05.2026 à 11:55
Courtney P. McLean, Research Fellow, School of Psychological Sciences, Monash University
Chelsea Arnold, Clinical Psychologist and Research Fellow (Lead Clinician), Monash University

Un nombre conséquent d’enfants et d’adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques. En tant que parent, comment donner le bon exemple et aborder avec ses enfants les questions de nourriture et d’image du corps ? Voici quelques pistes.
Élever ses enfants de façon à ce qu’ils aient un rapport apaisé à l’alimentation et à leur corps est l’une des meilleures approches pour favoriser le développement d’une bonne estime de soi, et les protéger contre le développement de troubles du comportement alimentaire.
Toutefois, l’exercice peut s’avérer délicat lorsqu’on rencontre soi-même des difficultés vis-à-vis de ce sujet. Quels comportements adopter – et lesquels éviter ? On fait le point.
L’expression « conduites alimentaires problématiques » désigne un ensemble de comportements (et d’attitudes) dysfonctionnels vis-à-vis de son alimentation, de son poids et de son corps. Ceux-ci peuvent se traduire par la mise en place de régimes, par l’exclusion de certains aliments ou groupes d’aliments, par le fait de sauter des repas, de se livrer à des jeûnes, de s’adonner à une pratique sportive excessive, ou de connaître des épisodes d’hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture).
Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire (TCA) (on dénombre trois TCA : l’anorexie, la boulimie et la frénésie alimentaire, NdT). Néanmoins, les TCA sont généralement précédés par des conduites alimentaires problématiques, en particulier par le fait de suivre des régimes.
Les préoccupations liées à l’alimentation et à l’image corporelle sont fréquentes et peuvent apparaître dès le plus jeune âge : à l’échelle mondiale, on estime que 22 % des enfants et des adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques, avec une prévalence plus élevée chez les filles.
De nombreux facteurs influencent la perception qu’ont les enfants de la nourriture et de leur corps : les représentations véhiculées par les médias, l’estime de soi et les attitudes familiales, notamment.
Étant donné que les enfants observent et reproduisent la manière dont leurs parents parlent de leur corps et de la nourriture, il peut s’avérer judicieux de leur proposer un modèle fondé sur l’emploi d’un langage positif ou neutre et sur des comportements alimentaires sains. Voici quelques pistes pour y parvenir.
1. Classer les aliments en « bons » et « mauvais »
Évitez de parler de régime, de perte de poids ou de qualifier les aliments de « bons » ou « mauvais » : cela revient à faire de l’alimentation une question morale. Dire, par exemple, que l’on a « fait n’importe quoi aujourd’hui » lorsque l’on a mangé des aliments sucrés, ou que l’on a « été raisonnable » en respectant son régime, entretient la culpabilité et la honte autour de l’acte de manger.
Mieux vaut privilégier un discours centré sur la façon dont les différents aliments nourrissent notre corps, ou sur le plaisir et la satisfaction qu’ils procurent.
2. Commenter le corps des autres
Faire des remarques sur le corps, le poids ou les habitudes alimentaires d’autrui – qu’il s’agisse d’un proche, d’un inconnu ou d’une célébrité – peut inciter les enfants à se comparer aux autres et à porter un jugement sur eux-mêmes. Si votre enfant fait une remarque sur le physique de quelqu’un, vous pouvez, par exemple, lui répondre que chacun est différent : certaines personnes sont plus grandes, d’autres sont plus petites, certaines ont un corps plus imposant, d’autres un corps plus menu, une couleur de peau différente, etc.
Célébrer ainsi la diversité des morphologies enseigne aux enfants que la valeur d’une personne n’est pas déterminée par son poids.
3. Faire des compliments centrés sur l’apparence
Lorsque vous félicitez votre enfant, concentrez-vous sur des aspects qui n’ont rien à voir avec le poids, l’apparence physique ou l’alimentation. Vous pouvez, par exemple, lui dire : « C’était très généreux de ta part de partager tes jouets » ou « J’ai vu comme tu t’es appliqué pour tes devoirs. » De même, lorsque l’on s’adresse à un enfant que l’on ne connaît pas, le premier réflexe est de le complimenter sur son apparence (« Comme tu es joli ! »).
Or, mieux vaut commenter son énergie, son humour, son style ou sa créativité : « J’adore ton sens du style » ou « Tu as une énergie formidable. »
4. Dénigrer son propre corps
En matière d’image du corps, il est essentiel que vous soyez positif, car vos enfants vous ont pour modèle. Des travaux de recherche ont révélé qu’entendre un adulte critiquer son propre corps incite les enfants à adopter également un discours négatif sur le leur.
Tâchez de ne pas vous focaliser sur l’apparence, mais plutôt de souligner la force, la bonne santé ou la fonctionnalité de votre propre corps : « Ces bras me permettent de te serrer fort » ou « Mes jambes sont faites la marche ».
1. Ayez confiance en la capacité de votre enfant à s’autoréguler
Même si cela peut sembler difficile, essayez de faire confiance à votre enfant : il mangera autant – ou aussi peu – que son corps en a besoin. Les enfants sont, en effet, tout à fait capables de s’autoréguler pour répondre aux besoins de leur organisme. Leur apprendre à écouter les signaux que leur envoie leur corps – comme la faim et la satiété – contribue à construire une relation positive à l’alimentation.
Beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants terminent leur assiette avant de quitter la table. Mais cette exigence peut engendrer des conflits autour de la nourriture, et mener les enfants à négliger leurs signaux corporels.
Vous pouvez tout à fait demander à vos enfants de rester à table jusqu’à la fin du repas, sans que cette demande ne soit liée à la quantité de nourriture consommée.
Les apports alimentaires pouvant varier en quantité comme en qualité d’un jour à l’autre, pour vous rassurer, tâchez plutôt de considérer l’alimentation de votre enfant sur l’ensemble de la semaine, au lieu de vous focaliser sur un repas ou une journée en particulier.
2. Cultivez votre propre plaisir de manger
Si vous avez vous-même une alimentation variée et que vous savez apprécier et savourer votre nourriture, vous deviendrez un précieux modèle pour votre enfant. À l’inverse, si vous rencontrez des difficultés avec votre propre image corporelle ou votre alimentation, il peut être nécessaire que vous déconstruisiez certaines injonctions liées aux régimes (quand manger, quoi manger, en quelle quantité…). Si cette démarche vous semble ardue, solliciter l’aide d’un professionnel peut s’avérer utile.
3. À défaut de positivité, visez la neutralité
Tout le monde ne parvient pas à atteindre la « positivité corporelle », cet état d’esprit qui permet de se dire « Je me sens bien dans mon corps ». Si vous êtes dans ce cas, vous pouvez plutôt viser la neutralité corporelle. Cette approche, qui consiste à accepter et à respecter son corps tel qu’il est, implique de reformuler ses pensées et ses ressentis à l’égard de son corps. Par exemple, au lieu de vous dire « J’ai pris du poids », envisagez plutôt que votre corps a le droit de changer.
Connaître les signes de conduites alimentaires problématiques est utile pour les repérer chez vos enfants. Si vous observez que leur alimentation ou leur poids changent brusquement, ou si vous avez d’autres motifs d’inquiétude, il peut être judicieux d’engager la conversation à ce sujet. Parler de nourriture et d’image du corps peut se faire à tout âge.
L’important est de favoriser le dialogue et d’inviter son enfant à exprimer ses sentiments et ses réflexions sur son corps et son poids. S’il fait une remarque négative sur lui-même, sur son alimentation ou sur son poids, essayez d’en comprendre les raisons. Écoutez-le sans porter de jugement.
Et si vous êtes préoccupé par sa santé physique et mentale, n’hésitez pas à demander de l’aide. Vous pouvez vous tourner vers votre médecin traitant ou vers des professionnels de santé spécialisés dans les troubles alimentaires, tels que des diététiciens ou des psychologues.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.