Publié le 29.09.2026 à 11:29
Art contemporain
Installation à la chapelle des Pénitents
Modestement (mais intelligemment) réalisée avec des couvertures de survie, l’installation imaginée par le duo Laurence Duca et Rémy Peyrard pour le bâtiment à l’abandon de la chapelle des Pénitents est d’une grande puissance évocatrice. Ceci d’autant plus qu’elle est accompagnée d’une bande son inquiétante dont on ne divulgâchera rien.
Photo ©DR
Publié le 29.09.2026 à 10:46
Rap
Avis aux amateurices de hip-hop old school : le bar l’Écho accueille le rappeur El Gant ! Actif depuis les années 2000 sur la scène underground, l’artiste originaire de New-York est en tournée pour la promo de son nouvel album House of Cards (boom-bap et street-hip-hop). Grosse énergie en perspective, complétée par le rap des grenoblois Opus Crew.
Photo ©Pascale Cholette
Publié le 29.09.2026 à 10:32
Projection
Ultime film de Robert Bresson, L’Argent fut très mal accueilli en 1983. Le sujet est sensible par ici, où l’on aime croire que l’argent fait notre bonheur. On y suit le parcours d’Yvon, victime d’un poker menteur immoral joué par deux lycéens bourgeois qui veulent blanchir un faux billet de 500 francs. Yvon le prolétaire est accusé du méfait à tort. Au fur et à mesure du récit, il s’enfonce malgré lui dans une précarité destructrice.
Ce qui intéresse Bresson, c’est de mettre en mouvement des corps désincarnés. Les cadrages sont millimétrés, le montage image/son hypnotique. Le ton monocorde confère au film une mécanique inéluctable, où le faible n’a pas d’autre choix que d’être écrasé par les puissants. 40 ans plus tard, la démonstration tient toujours ! / GH
Photo ©MK2
Publié le 29.09.2026 à 10:07
autre style de musique
Musiques actuelles à Grenoble : et voilà la Face B !
Résumé des épisodes précédents.
À Grenoble, survivait depuis quelques années une salle de concert associative où se succédaient de nombreux artistes passionnants, des esthétiques musicales de niche, des programmations jeune public reconnues, des noubas à l’intérieur ou à l’extérieur dans le parc adjacent, des groupes locaux sur scène ou dans les studios de répétition, des associations plus ou moins militantes, des esprits de gauche plus ou moins radicale. Ça s’appelait La Bobine, c’était gratuit, prix libre ou pas cher, c’était défricheur et téméraire, mais le modèle – né il y a près de 30 ans – se fracassait contre une époque de morosité économique et de désaffection du public pour la découverte. En juin 2025, ce fut l’inéluctable liquidation judiciaire. Puis un premier appel à projet du tribunal de commerce qui, fidèle à lui-même, donna la primauté aux plus offrants – aux sous-sous dans la cai-caisse – soucieux de rembourser les dettes mais totalement aveugle au bien-fondé de la proposition : il désigna le collectif L’Autre scène, fraîchement débarqué à Grenoble, qui manqua de clarté dans ses intentions et enchaîna les erreurs de communication. D’autant qu’en parallèle, un petit groupe de gauche avait décidé de squatter la Bobine pour en faire un QG de la lutte contre mille oppressions. La suite fut sans surprise : L’Autre scène jeta l’éponge, et la police en armure expulsa les squatteurs désarmés. La Ville de Grenoble, propriétaire des murs, décida de reprendre la main sur ce dossier cafouilleux et lança un nouvel appel à manifestation d’intérêt, à la veille des vacances de Noël (on est toujours en 2025), prenant tout le monde de court. Sauf la Smac La Belle Électrique qui avait déjà déposé une offre de reprise solide lors du premier appel à projet et remporta naturellement la mise face à trois ou quatre autres candidats. Cette fois-ci, l’objectif était limpide : sauvegarder l’outil (les scènes, les locaux de répétition), le maintenir dans le champ des musiques actuelles et éviter qu’il ne tombe entre les mains d’un privé peu scrupuleux (la rumeur prêtait des velléités à Ninkasi). Le conseil municipal officialisa la nouvelle en février dernier et la Belle électrique rebaptisa la Bobine d’un nom habile évoquant à la fois le passé et l’avenir : la Face B.
Et nous voilà aujourd’hui. Dans quelques jours, l’ex-Bobine rouvrira ses portes à l’occasion d’un week-end festif et la Belle tentera d’écrire une nouvelle page de cette histoire bien grenobloise, évoluant sur un fil entre l’héritage précieux du lieu et sa nécessaire réinvention. Vous l’aurez donc compris : les attentes sont énormes, mais le milieu musical local accueille le projet avec plus de bienveillance que de méfiance. « Je suis partagé car je suis un peu triste qu’on ait perdu le seul lieu ESS pluridisciplinaire de la ville, et qui en plus était très ouvert aux associations militantes et de solidarité. Là on revient avant tout à un espace dédié aux musiques actuelles. Mais c’est chouette que ce lieu reste un vrai projet culturel, avec de l’action culturelle, de l’accompagnement d’artistes, et que ça ne soit pas devenu un projet business comme il y en a partout maintenant », estime Fabien Givernaud, directeur artistique de l’association Mix’Arts qui organise régulièrement des concerts dans l’agglo. Sentiment partagé par LWANBE, musicienne accompagnée par la Belle : « Je suis en lien avec des gens qui ont travaillé à la Bobine, et le projet qui avait été choisi au départ [L’Autre Scène, ndlr] avait un peu fait peur à tout le monde. Cela nous paraissait un peu hors-sol, avec des gens qui ne semblaient pas connaître les enjeux du territoire et les structures existantes. Donc il y a une forme de soulagement. » Programmé lors du week-end d’ouverture de la Face B et bénéficiant également du dispositif d’accompagnement de la Belle électrique, Mogan ne cache évidemment pas son enthousiasme : « La Bobine, c’était un véritable lieu de vie, un espace hybride entre le club et le bar qui nous permettait de découvrir pas mal d’artistes, donc c’est une très bonne nouvelle pour Grenoble. » Enfin, Damien Arnaud, coordinateur de l’asso Retour de scène, se réjouit lui aussi de cette ouverture, tout en regrettant – et il n’est pas le seul – une situation de monopole : « On a tous envie de retrouver les marqueurs de la Bobine, le côté convivial du bar, ce croisement de musiciens qui vont et viennent dans les locaux de répèt’, et puis ce public assez varié. Après, on peut penser que c’est un peu dommage, en termes de diversité d’acteurs, que ce soit une structure occupant déjà une grande place à Grenoble qui récupère ce lieu. Mais en même temps, on ne va pas se mentir : qui d’autre avait les épaules pour reprendre la Bobine aujourd’hui ? »
Il faut en effet des reins solides pour pérenniser une salle de 300 places comme celle-ci, jauge quasi insoutenable financièrement. Car même en maîtrisant les coûts (dont les cachets de plus en plus onéreux de nos jours), le seuil de rentabilité avoisine les 280 billets vendus. Ce qui revient presque à afficher complet tous les soirs ! « Si le bar et le resto ne tournent pas énormément, la Face B ne sera pas rentable. On prévoit ainsi de réinjecter des bénéfices dégagés par la Belle électrique dans ce projet, plusieurs dizaines de milliers d’euros par an », déclare Frédéric Lapierre, directeur de la Smac. D’autant que les soutiens publics ne se bousculent pas au portillon : 50 000€ de la Ville, dont 25 000€ dédiés au versement des loyers, et walou !
« L’idée de la programmation de ce premier trimestre, c’est aussi de faire des tests. »
Voilà pourquoi, comme le résume parfaitement le programmateur historique de la Belle électrique Olivier Dahler : « On va y aller mollo. » Dans un premier temps, seule la partie « lieu de vie » (le bar/resto), munie d’une petite scène, accueillera du public et des événements gratuits au moins deux fois par semaine. Avec notamment le retour des apéromix, format iconique de feu La Bobine. Mais aussi des lives de groupes locaux, ateliers en famille, partenariats avec des festivals du coin, soirées blind test, scènes slam… « Pour l’instant, on se concentre vraiment sur la scène locale. Après, on verra… L’idée de la programmation de ce premier trimestre, c’est aussi de faire des tests. De voir comment les gens réagissent et de pouvoir s’adapter pour la suite. Il y a forcément plein de choses qu’on n’a pas encore imaginées », précise Camille Loury, coordinatrice de la Face B.
La salle de concert en bas, qui nécessite encore pas mal de travaux, n’ouvrira qu’en janvier prochain. Mais Olivier Dahler a déjà calé quelques dates. Ce club de 300 places lui permet enfin de programmer des artistes émergents (ce qui fait partie des objectifs d’une salle labellisée Smac) et des projets moins médiatisés – mission impossible dans la (trop) grande salle de la Belle. Il est un peu tôt pour vous révéler des noms, ce qui n’empêche pas Olivier de détailler ses intentions : « Les premières dates seront très pop/rock mais je tiens à prévenir : ce n’est pas représentatif de ce que je vais faire. Comme à la Belle, j’ai envie au contraire de miser sur la diversité, de ne pas privilégier un style plutôt qu’un autre. J’aimerais rajeunir un peu l’image du lieu en allant vers les musiques urbaines et l’hyperpop, mais il y aura aussi de la chanson, du reggae, du jazz, de la musique du monde… Par exemple, tous les groupes que je programme à la Guinguette électrique [festival estival gratuit organisé par la Belle, ndlr]pourraient avoir leur place ici. » Tout cela dans un budget malheureusement contraint. « Mais j’espère que ça va tourner et qu’on aura d’autres leviers pour dégager de la marge artistique, c’est-à-dire la possibilité de prendre plus de risques sur certaines dates, même si je ne programmerai pas des trucs de niche, car ce serait redondant avec le Ciel. » En attendant, prudence : Olivier ne prévoit pas plus de quatre concerts par mois dans le club pour cette première saison. Programmation qui pourrait toutefois s’enrichir de dates supplémentaires proposées par d’autres producteurs locaux de concerts, sur un modèle collaboratif de mise à disposition qui s’apparente à celui de l’Ampérage. Si la société Le Périscope a réservé quelques créneaux, les associations Retour de scène (RDS) et Mix’Arts se montrent plus dubitatives : « Il y avait besoin d’une salle comme la Face B car l’Ampérage est vraiment sursollicité. Mais avec RDS, si on y va, ce ne sera que sur un ou deux concerts par an », nous dit Damien Arnaud. En cause ? Toujours cette jauge de 300 impossible à rentabiliser : « Si on ne peut pas bénéficier des recettes du bar, ce n’est pas rentable du tout, explique Fabien Givernaud. Pour les structures qui n’ont pas de salariés, ça peut être cool. Mais nous, on se limitera aux résidences et aux soirées de sortie d’album des musiciens qu’on accompagne. »
LWANBE fait partie des artistes estampillés Mix’Arts. Elle a d’ores et déjà deux résidences prévues à la Face B, dont une qui débouchera sur une release party. Également accompagnée par la Belle électrique, elle bénéficiera par ailleurs d’un accès privilégié aux studios de répétition tout neufs qui seront inaugurés en janvier : « C’est une vraie attente pour les musicien·nes d’avoir accès à des studios bien équipés, bien insonorisés, car c’est ce qui pèche souvent dans les locaux de répétition à Grenoble. » Premier artiste à être intégré au programme « Haute fréquence électro » de la Belle, Mogan le confirme, lui qui a construit son live machines à la Clef de sol où étaient jusqu’alors installés les studios du Labo de la Belle, « plus des caves que des vrais locaux de répétition » de l’aveu même de Fred Lapierre. « Il y faisait en effet un peu froid, on avait des problèmes d’humidité, de bruit, ça pouvait rendre le travail un peu compliqué. À la Face B, d’après ce qu’on a entendu, c’est très bien insonorisé, il y a du matériel, et même pour les producteurs de musique électronique comme moi, il va y avoir un studio avec des enceintes dédiées. Donc ça va être une étape supérieure pour nous qui avons la chance d’être accompagnés par la Belle », s’impatiente Mogan. Et nous aussi, on a hâte de découvrir tous ces équipements et de réinvestir pleinement cette néo-Bobine qui ne sera « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », comme l’écrivait Verlaine dans son Rêve familier.
Photo © Stevens Drean
Publié le 29.09.2026 à 10:07
autre style de musique
Un week-end de fête pour l'ouverture de la Face B
Le ton est donné : c’est une programmation solaire, dansante et somme toute encore très estivale qui vous attend lors du week-end d’inauguration de la Face B. Si l’on commence relativement en douceur le vendredi avec les chansons pop de la Brésilienne Maria Luma et la fusion d’inspiration marocaine et sahraouie de Desert Street, le rythme s’accélère ensuite avec la performance électro hybride entre live et DJ set de Mazair et Mogan, pour ne (presque) plus retomber du week-end. Le samedi, s’enchaîneront ainsi un atelier découverte avec le quatuor électronique surdoué INCR, une petite escale au Pavillon de la tour Perret pour découvrir les mélodies mélancoliques de Leonino, puis une suite incandescente de DJ sets dédiés aux musiques afro-descendantes : reggae dancehall, avec Soul Crucial et Yessaï Crew (qui ressuscitent pour l’occasion leur mythique résidence Nice & Easy), funk, disco et groove avec Bei Tres (photo), et enfin rap, dancehall, et afrobeats avec le bouillonnant fondateur de La Fièvre Juicy Gaets. Dernière étape enfin le dimanche avec un brunch musical (sur réservation) ambiancé par le DJ set de Turbo Boom Boom, qui arpentera 3 heures durant l’immense constellation des musiques du Sud global. / DG
Photo ©aggex pics
Publié le 29.09.2026 à 10:07
Humour
Akim Omiri : « Ce qui me choque, c'est qu'on me remercie »
Il y a plusieurs types d’humour – du quotidien, absurde, noir… Diriez-vous que le vôtre est engagé ?
Je dirais que c’est un humour qui est aussi du quotidien, puisque je parle de politique et que la politique a une influence sur notre quotidien. Après, j’ai du mal avec le mot « engagé ». Parfois je le revendique, parfois non… Parce que cette notion d’humour engagé s’oppose à celle d’un humour qui ne dirait soi-disant rien. Mais comme tout est politique, toute blague l’est. La seule question, c’est de qui on rit. Si on rit de personnes qui ne sont pas puissantes, qui sont stigmatisées, c’est aussi un rire engagé. Mais un rire engagé dans le mauvais sens pour moi.
Diriez-vous que votre humour est positionné à gauche ? On le constate dans votre spectacle Contexte où, par exemple, vous parlez du cancer qui vous a touché plus jeune pour alerter sur l’état de notre système de santé actuel…
Je n’aime pas raconter des anecdotes pour raconter des anecdotes. C’est en quelque sorte ce que j’ai pu faire jusqu’ici dans mes spectacles – s’il y avait bien un message dedans, ce n’était pas le point le plus important. Aujourd’hui, j’ai plutôt inversé ma manière d’écrire, en me demandant d’abord quel intérêt a cette anecdote, pourquoi je la raconte, quel propos elle sert… Donc oui, j’assume complètement de faire un humour qui défend des valeurs de gauche : le vivre-ensemble, la communion, la lutte contre l’impérialisme et les gens qui profitent du peuple…
Une parole qui semble presque cathartique pour votre public au vu des réactions dans la salle…
On me dit énormément ça. Et, surtout, ce qui me choque, c’est qu’on me remercie. Quand je joue le spectacle, je vois que les gens se disent qu’ils ne sont pas fous, qu’on est nombreux à penser comme ça finalement. Être dans une salle avec une foule qui rit dans la même direction, ça fait énormément de bien et ça redonne du courage et de l’espoir.
Quel a été le point de départ de votre spectacle ?
Pendant le Covid, j’étais enfermé comme tout le monde, et je voyais cette actualité qui me rendait fou. En en discutant avec mon ami et coauteur Kaza, on s’est dit que mon prochain spectacle devrait plus ressembler à l’engagement que j’ai au quotidien. Si je ne l’avais pas fait avant, c’est parce que je ne m’en sentais pas forcément capable. Mais à force de voir sur les plateaux de CNews des intervenants raconter des conneries sur tous les sujets en se présentant comme experts, je me suis dit que je n’avais aucune raison de m’interdire de donner moi aussi mon point de vue, avec humour bien sûr.
Une démarche que vous prolongez dans l’émission La Riposte que vous avez lancée l’an passé sur Radio Nova avec succès…
Avec La Riposte, on veut essayer de remettre un peu de vérité dans les médias qui nous abreuvent tous les jours d’informations orientées. On fait ce travail en ne prétendant pas être neutres mais en assumant d’être ouvertement orientés, de gauche, tout en étant honnêtes et transparents. Comme ça, il n’y a pas de mensonges sur le contenu.
C’est une émission de combat, comme le nom le montre…
Oui, clairement. On combat aussi bien l’extrême droite que les gens qui se disent de gauche alors qu’ils ne le sont pas. C’est sûr qu’avec cette démarche, on n’a pas beaucoup d’alliés !
Vous avez rejoint Nova en 2024 après un premier passage mouvementé sur France Inter…
Du temps où Guillaume Meurice était sur France Inter le dimanche soir, je l’ai appelé car on se connaissait – j’avais fait l’une de ses premières parties quelques années auparavant. Comme mon nouveau spectacle correspondait à la ligne éditoriale de son émission, je lui ai demandé de le rejoindre. Il m’a répondu que ce n’était pas possible d’être chroniqueur vu que l’équipe était complète, mais que je pouvais venir au tremplin et ainsi promouvoir mon spectacle. J’ai accepté. Sauf que quand la date est arrivée, Guillaume n’avait plus le droit d’être à l’antenne [à la suite de la polémique autour de sa blague sur Benyamin Netanyahou – NDLR]. Au lieu de faire la promo de mon spectacle, j’ai donc écrit une chronique pour le défendre. Ça l’a touché, parce que des gens avec qui il travaillait depuis longtemps ne l’ont pas fait.
Il vous a ensuite proposé de le suivre sur Radio Nova, où vous avez été chroniqueur avant d’avoir votre propre émission…
Il avait compris comme moi qu’après cette chronique, je ne repasserais pas sur France Inter ! Alors quand il a eu l’opportunité de lancer son émission La Dernière, il m’a proposé d’en faire partie en tant que chroniqueur. C’est là que j’ai été repéré par Matthieu Pigasse [propriétaire de la holding Combat Media, à laquelle appartient Radio Nova] et, surtout, Wassila Meddas [directrice des marques du groupe Combat]. Ils m’ont demandé si j’avais des projets qui pourraient être sur Nova. Au bout d’un certain nombre d’échanges, on a réussi à produire La Riposte.
« « La Riposte » devrait être sur le service public ! »
Le fait que Radio Nova soit la propriété d’un milliardaire, Matthieu Pigasse, a dû vous questionner quand vous avez rejoint la station ?
Oui, ça a été une question. J’ai tout de suite dit que je voulais bien présenter une émission chez eux à la condition que personne à la direction ne me dicte mes sujets, ne relise mes textes… C’est bien le cas. Après, oui, Nova appartient à un milliardaire, mais c’est un milliardaire qui soutient les partis de gauche, qui défend la taxe Zucman… Moi, ça me va de travailler dans son média. Le jour où ça ne m’ira plus, je partirai.
Votre émission, et plus globalement Radio Nova, rencontrent une popularité croissante – la station vient de franchir le cap des 2 millions d’auditeurs quotidiens. Est-ce un signal politique ?
Ce succès dit qu’il n’y a pas vraiment de médias grand public de gauche en France, et que dès qu’il y en a un, il fait des scores ! C’est aussi la preuve qu’il y a énormément de gens de gauche dans ce pays mais qu’on ne leur donne pas accès aux médias. Ou alors, quand on les invite, il y a une personne face à six : impossible de réellement développer une pensée. C’est pour ça qu’avoir une émission comme La Riposte est important. Ce n’est pas normal qu’un pays comme la France doive dépendre d’un milliardaire pour avoir ce genre d’émission. On devrait être sur le service public !
Photo ©Raphaël Liot
Publié le 29.09.2026 à 10:07
Humour
David Castello-Lopes à l'Auditorium : il possède de l'humour
Sur France Inter, il répond à des questions que lui seul (ou presque) se pose – Édouard Balladur était-il cool ? Est-ce que Dieu peut rire à une blague ? Que faire avec les petits morceaux de savon qui sont trop petits pour que l’on continue à se laver avec ? Sur Arte, dans sa pastille Le Monde des choses, il « sonde l’âme des objets inanimés », des poêles à frire au vinaigre en passant par le vélo mou. Sur Konbini, il blablate de tout et de rien avec des invités prestigieux (Thomas Pesquet, Angèle, Pierre Niney, Tony Parker…) dans le podcast bien nommé Small Talk. Et sur scène, il mélange un peu tout ça dans une sorte de conférence décalée aussi instructive qu’hilarante. Ainsi va la vie de David Castello-Lopes, journaliste reconverti en humoriste qui garde toutefois son âme de professionnel de l’info avec les trois médias précités.
Celui qui s’est officiellement lancé dans le grand bain du rire il y a quatre ans avec un premier spectacle intitulé Authentique vient d’en livrer un second : Délicieux. Car le quadragénaire, qui a un temps bossé au service vidéo du Monde, a décidé de « démêler ce qui provoque le plaisir chez les êtres humains ». Résultat : son seul-en-scène est à ajouter à la longue liste des sources de plaisir, aux côtés du « verre de Sancerre qu’on fait durer sur les bords de la Seine au printemps » et du « décès d’un être que l’on n’aime pas ».
Sur le plateau, David Castello-Lopes happe ainsi l’attention avec ce qu’il dit, mais également avec ce qu’il propose, notamment en images et en musiques. Celles et ceux qui, dans la salle, connaissent sa fameuse enquête vidéo sur les montres suisses et le tube Je possède des thunes qui en a découlé se retrouveront d’emblée en terrain connu. Les autres seront surpris d’entendre leur hôte d’un soir disserter sur un ancien ministre facétieux (son pote d’enfance), l’écosystème fake des start-up (où les C deviennent des K parce que c’est plus cool) ou encore la signification du nom de la marque Seb (spoiler : il est question d’emboutissage et de Bourgogne).
Des infos qu’il offre avec la décontraction de celui qui sait qu’il a de la matière pour intéresser un quidam sans doute moins informé que lui sur l’état du monde – c’est que le monsieur sort ce mois-ci un livre sur l’histoire de certaines inventions (un concept à prendre au sens très large), titré Les Nouvelles origines (parce qu’il y a eu un premier tome il y a deux ans). Une véritable encyclopédie que ce Franco-Portugais doté, donc – surtout même –, d’un sens de l’humour affûté, et parfois savoureusement noir. En sortant de la salle, personne ne pourra lire feu Jean Teulé sans penser à lui !
Photo ©Thomas O’Brien
Publié le 29.09.2026 à 10:07
autre type de spectacle
"Pss Pss" : un duo de clowns authentiques à la Vence Scène
Que l’on aime ou pas le clown, il est de ces artistes qui, peu importe les goûts et les couleurs, les arts et les registres, emportent notre adhésion en quelques minutes seulement. Camilla Pessi et Simone Fassari sont de ceux-là. Arborant tous les codes d’un spectacle de clown classique – des acrobaties par-ci, des quiproquos par-là, des maladresses et des mimiques cocasses – ils nous amènent pourtant dans un univers singulier empreint de fraîcheur et de joie. L’auditoire est cueilli. Les rires éclatent de façon sonore dans la salle et le public communie autour de ces deux êtres, presque muets mais ô combien expressifs dans leurs regards, leurs gestes et leurs grimaces.
Il y a dans cette proposition une simplicité authentique qui conduit le spectateur dans un univers doux et épuré, loin des plateaux fastes et encombrés. Plutôt que d’appauvrir le spectacle, la quasi-absence de décors révèle au contraire tout le talent des artistes.
Il en va aussi d’une incarnation formidable de leurs personnages : trublions ingénus, duo bagarreur et rieur, clowns malicieux au cœur tendre – ils nous font fondre.
On ne s’étonnera donc pas que ce duo à la vie comme à la scène sillonne depuis plus de 20 ans les routes du monde entier pour parler un langage universel dont ils ont fait leur grammaire, celui du rire, du cirque et de la poésie qui ébranle nos cœurs et nous emplit d’allégresse. / DR
Photo ©Pierre Colletti