Publié le 12.05.2026 à 20:05
« On connaît déjà ce virus ! », entend-on depuis la découverte d’un foyer épidémique d’hantavirus des Andes en avril sur le MV Hondius, un navire de croisière embarquant alors 175 personnes. De quoi être rassuré ? Attention, prévient Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’université Paris-Cité. « On le connaît, oui… mais il fait partie de ce qu’on appelle les “maladies tropicales négligées” […] On peut vite être induit en erreur. Sa virulence, sa contagiosité, ses modes de transmission restent très, très imprécis. On connaît surtout les hantavirus de l’Ancien Monde - qui n’ont rien à voir, et provoquent surtout des fièvres hémorragiques. Mais ceux dits du Nouveau Monde, comme celui des Andes, restent très négligés. »
L’hantavirus des Andes est le seul des hantavirus à être transmissible entre humains. Chaque année, il infecte quelques centaines de personnes à travers le monde. Mais une épidémie particulière, survenue en Patagonie entre novembre 2018 et février 2019, ressemble à la situation actuelle, comme le rappelle le New England Journal of Medicine. « Un rassemblement de 100 personnes, dans un village, avec un jeune infecté de 14 ans qui contamine d’abord cinq personnes lors d’une fête. Au final, 34 personnes sont infectées par la chaîne de contamination », détaille le Pr Flahault. Onze des 34 meurent du virus, soit 32 %.
De quoi en déduire une létalité de 30 % ? Parmi la dizaine de cas confirmés sur le MV Hondius, trois sont morts - le même ordre de grandeur. Sauf que « l’histoire n’est pas finie », rappelle le Pr Flahault. « Je compare souvent ce virus avec Ebola, qui affiche une létalité de 25 à 70 %. Mais on a vu que ça dépend surtout de la prise en charge : chez des malades accueillis en Europe, dans des structures sanitaires adaptées, on n’observe aucune mortalité. » Rien d’étonnant donc si des malades sont morts, isolés sur un bateau ou peu après, loin de tout hôpital. Mais les patients désormais traités à l’hôpital augmentent considérablement leurs chances de survie.
Les soins sont lourds : « Sans soins intensifs, ces maladies respiratoires graves peuvent tuer les patients. Elles endommagent les vaisseaux, les organes… Mais ces dommages sont transitoires. Si on passe le cap, on peut le plus souvent sauver les patients », précise Antoine Flahault. Qui voit d’un bon œil l’isolement contraint et « sans exception en milieu hospitalier » de tous les cas contacts, décidé par la France. « C’est une maladie très rapide. L’état des patients dégénère très vite. Donc il vaut mieux être déjà à l’hôpital - et pas n’importe lequel : des chambres très particulières, avec des soins intensifs de très haute technicité, une chirurgie cardiaque pour pouvoir faire de l’ECMO (oxygénation par membrane extracorporelle)… On n’est pas du tout sur de l’ambulatoire », rappelle-t-il.
Lors du transfert des patients et cas contacts français entre l’aéroport du Bourget et l’hôpital où ils devront rester 42 jours à l’isolement. Photo Sipa/Thibault Camus
L’autre intérêt d’un tel isolement réside dans la très longue incubation possible : jusqu’à six semaines entre l’infection et les premiers symptômes. « C’est pas fréquent… c’est une des plus hautes latences. C’est un problème pour les patients et les cas contacts, parce que 42 jours à l’isolement, c’est très long. Cela permet de tracer efficacement les cas contacts, mais pose aussi un risque chez ceux qui ignorent l’être… surtout s’il s’avère qu’ils sont contagieux pendant l’incubation. Pour l’heure, on l’ignore. Mais on juge que c’est très probable », prévient Antoine Flahault.
La question du mode de contamination reste aussi posée : « On ne peut pas dire actuellement que ce n’est que par contact rapproché », a déclaré ce mardi l’infectiologue Gilles Pialoux sur BFMTV. Le virus pourrait aussi se propager « par aérosols », en restant en suspension dans l’air - comme la plupart des virus respiratoires. En Patagonie, en 2018, six cas auraient été contaminés ainsi. « C’est un débat scientifique en cours », refuse de trancher le Pr Flahault. « Mais par précaution, mieux vaut ne pas l’écarter, afin de maximiser les chances de limiter la propagation du virus […] On a une fenêtre d’opportunité pour frapper fort sur cette émergence épidémique, sur laquelle on ignore encore beaucoup de choses. »
D’autant qu’il n’existe aucun traitement ni vaccin spécifique. « Les virologues et les cliniciens travaillent sur les antiviraux qui existent, pour voir si l’un d’eux est efficace. On aura aussi bientôt les réponses, par la prise en charge des patients à Paris, Zurich, ou ailleurs. Mon intuition, c’est que la létalité sera très inférieure, parce que les soins sont mieux adaptés qu’en Patagonie en 2018-2019. Sur X, le Pr Flahault rappelle qu’en Patagonie, avant les mesures de contrôle, le taux de reproduction du virus était de 2,12 (soit 20 à 30 fois inférieur à celui du Covid), et à moins de 1 après la mise en place de mesures de contrôle.
Alors, rien à voir avec le Covid-19, qui avait mis le monde à l’arrêt en 2020 ? « Je ne suis pas devin, mais je n’ai connaissance d’aucune pandémie d’Ebola, ou de SRAS. Or, on est face à un virus qui ressemble beaucoup plus au SRAS qu’au Covid : une contagiosité réduite, 10 % de mortalité dans un cadre sanitaire de qualité, soit en définitive 8 000 contaminations, 774 décès et plusieurs mois de turbulences - également politiques et économiques », se souvient le Pr Flahault. Qui pointe une autre grosse différence avec le Covid : « Il semble que tous les patients ont des symptômes, de la fièvre, des signes cliniques… donc on a très peu de cas qui circulent sous les radars. » De même, si « un risque de mutation est toujours possible », ce virus apparaît « très stable » jusqu’ici, sans variant depuis son émergence il y a 30 ans, rappelle Antoine Flahault.
Reste une zone grise : les protocoles mis en place en France comme ailleurs en Europe sont très stricts, et à même de freiner la propagation de la maladie. Mais c’est moins vrai dans d’autres pays - comme les États-Unis -, qui pourraient constituer « un maillon faible » dans la gestion épidémique. « Il faut exiger de tous les États d’appliquer les protocoles très stricts. Sur des tout petits effectifs [de malades], comme aujourd’hui, cela permet de contrôler la situation et de mettre fin à l’épidémie », conclut le Pr Flahault.
La patiente française souffre de la forme la plus sévère de la maladie
Elle respire grâce à un poumon artificiel, et fait l’objet de soins extrêmement techniques pour tenter de la guérir. La patiente française, infectée par l’hantavirus des Andes, souffre de la forme « la plus sévère » de la maladie, a expliqué, lors d’une conférence de presse ce mardi, Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, où elle est hospitalisée en réanimation, dans une chambre à pression négative.
Pour les équipes qui la soignent, « c’est une épreuve de force » : prendre en charge, avec des gestes très techniques, une maladie qui s’aggrave rapidement, et dans des conditions qui exigent des mesures de sécurité très importantes. La prise en charge est rendue encore plus difficile par l’urgence : « Autant le délai d’incubation est long, autant il y a une aggravation rapide de la maladie », précise le médecin.
Même si le virus est identifié depuis 1995, il reste encore beaucoup d’inconnues : « on ne connaît pas les facteurs de risque de gravité de la maladie » et les experts ne disposent « pas d’éléments clairs pour définir une population à risque », observe Xavier Lescure. Par ailleurs, l’arsenal thérapeutique est réduit - il n’y a ni médicament ni vaccin contre l’infection. « Il n’y a pas de traitement antiviral efficace, on fait uniquement des soins de support », précise Xavier Lescure, responsable médical du Coreb, le réseau des établissements de santé de référence pour la prise en charge des patients à risque épidémique et biologique. Et le taux de létalité - observé dans les foyers précédents de l’infection - est élevé.
C’est la raison pour laquelle le gouvernement joue la carte du principe de précaution maximal. Les 22 cas contacts - parmi lesquels des enfants - sont hospitalisés ou en cours d’hospitalisation, où ils resteront à l’isolement pendant 15 jours, a rappelé Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, lors de la conférence de presse organisée.
Les scientifiques attendent d’en savoir plus sur la structure du virus dans les jours qui viennent. Un séquençage complet est en cours pour comparer celui retrouvé sur le MV Hondius avec la souche historique de l’hantavirus des Andes. « Il n’est pas impossible qu’on soit en présence d’un variant », qui pourrait être plus contagieux que la forme initialement connue, estime Xavier Lescure. Tant que cette hypothèse n’est pas écartée, « tant que l’on n’est pas sûr, on est obligé de prendre des mesures maximalistes », plaide l’infectiologue. Le but est de casser, dès l’origine, la chaîne de transmission du virus. Il n’y a aujourd’hui « pas d‘éléments en faveur d’une circulation diffuse du virus » en France, a précisé la ministre de la Santé. À ce stade, 11 cas sont confirmés dans le monde.
Élodie Bécu
Publié le 12.05.2026 à 21:02

« Ils ont tué mon désir d’être psychologue institutionnelle. Je ne méritais pas ça », confie une ex-employée de l’Afiph (Association française pour l’insertion des personnes handicapées) de La Tour-du-Pin. « C’était du lynchage. Ils ont fait du nettoyage. Je suis partie en février 2018 car...
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Publié le 12.05.2026 à 19:15

Il est cabossé, balafré, tenaillé par la douleur. Mais vivant. Charles Marillac se déplace avec des béquilles depuis quatre semaines, se rend tous les matins au service d’hospitalisation de jour de Rhône Azur, à Gap. Échappé du lit d’hôpital qu’il n’a pas quitté pendant deux mois, libéré du fauteuil roulant qui a suivi. Le 29 janvier 2026, il a été pris par une avalanche qui a failli lui emporter la vie.
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