LePartisan.info à propos Webcams Podcasts Fil web
Médias
flux grenoblois

Le Travailleur Alpin


Publié le 29.10.2026 à 21:13

Manuel Pavard

Un curieux sentiment de déjà-vu. En fêtant la fin de l’occupation du siège de la Métropole de Grenoble, fin septembre, les militants associatifs ayant accompagné les familles relogées savouraient cette victoire mais sans verser dans l’euphorie. Tous conscients que les 150 anciens occupants de la Métro n’étaient malheureusement qu’une goutte d’eau dans l’océan du mal-logement. Ce qu’ils n’avaient pas prévu en revanche, c’est de revivre une situation aussi similaire.

Des militants du DAL, de RESF et de l’intersyndicale enfants migrants se sont rassemblés, aux côtés d’ex-occupants de la Métro, le 28 octobre, devant le siège social d’Actis, à la Villeneuve.

Rassemblés ce mercredi 28 octobre devant le siège social d’Actis, les représentants du DAL 38, de la FCPE Isère, de l’Intersyndicale enfants migrants à l’école (FSU, CGT éduc’action, CNT éducation, SUD éducation) et de RESF 38 expliquent avoir été alertés, il y a quelques semaines, d’une série d’expulsions à venir, à partir du 2 novembre, dans l’ensemble du quartier de la Villeneuve, à la galerie de l’Arlequin comme sur la place des Géants.

Les 150 occupants du siège de la Métropole ont mené une lutte de dix mois avant d’être relogés.

À leur grande « surprise », ils découvrent que, parmi les quarante-cinq logements concernés, figurent notamment « les mêmes appartements que ceux dont ont été expulsés, l’an dernier, tout au long du mois de novembre 2025, une partie des anciens occupants du siège de la Métropole », indique au micro Manon, militante du DAL. C’est après avoir été mis à la rue que de nombreux livreurs à vélo avaient investi avec leurs familles le bâtiment de la place André-Malraux, le 19 novembre 2025, donnant le coup d’envoi d’une lutte de dix mois.

Les logements auraient dû être remis en location

À l’époque pourtant, le bailleur social Actis justifiait ces expulsions par la nécessité de remettre en location des logements que s’étaient accaparés des marchands de sommeil. Or, un an après, rien n’a été fait et ces mêmes appartements étaient occupés par des familles précaires payant un loyer à des faux propriétaires et vrais escrocs. Parmi elles, on retrouve notamment les familles évacuées, le 21 juillet, du squat Léon-Blum, à Grenoble.

« Aucune solution n’avait alors été proposée aux douze enfants et dix-neuf adultes — dont des femmes enceintes et des personnes en situation de handicap — qui y vivaient, contrairement à l’obligation qui incombe à l’État de mettre à l’abri toute personne qui en a le besoin. Elles n’ont alors eu d’autre choix que de s’en remettre aux marchands de sommeil pour ne pas rester à la rue », déplorent les associations.

Manon, militante du DAL 38, lit le communiqué commun des différentes organisations, devant deux pères de famille victimes d’expulsion.

L’année dernière, « on avait bien compris que c’était impératif pour Actis d’expulser ces logements puisqu’ils devaient être mis en location », ironise Manon. Mais « aujourd’hui, on voit que ce n’est pas le cas », ajoute-t-elle. Le choix, ou plutôt le non-choix du bailleur social, interpelle. « Manque de moyens ? Manque d’envie ? » : la militante du DAL 38 est indécise. Présents au rassemblement, les élus municipaux LFI Khemisti Boubeker et Robinson Rossi n’hésitent pas à tacler Actis, avouant ne pas comprendre « pourquoi ces appartements n’ont pas été rénovés et remis à la location ».

Des familles « triplement victimes »

Venu apporter son soutien, Amadou, ex-occupant de la Métro et membre du syndicat CGT des livreurs à vélo, met quant à lui en garde les familles vivant actuellement dans ces logements de la Villeneuve. « Il y a des personnes qui vont être mises dehors mais on sait déjà qu’il n’y aura pas de solutions d’hébergement pour ces gens-là », prévient-il. Chat échaudé craint l’eau froide en effet. Amadou se souvient que même la « présence de femmes enceintes et d’enfants en bas âge » n’avait pas suffi à convaincre les services préfectoraux et départementaux.

Amadou, ex-occupant de la Métro et livreur à vélo, le jour du départ du bâtiment, le 22 septembre dernier.

« Nous savons qu’il est peu probable, cette fois encore, que des solutions de relogement soient proposées aux occupants des logements concernés », confirme Manon, qui dénonce la triple peine infligée à toutes ces familles précaires. Celles-ci sont ainsi « victimes des manquements de l’État face à la loi qui doit garantir un hébergement à toute personne sans-abri ; victimes des marchands de sommeil ; victimes des procédures d’expulsion engagées par le bailleur, facilitées par la loi Kasbarian anti-squat ».

Une quinzaine d’écoliers du quartier vivent dans ces logements

Expulser ces personnes aura par ailleurs de lourdes conséquences sur leurs démarches et accompagnements en cours, en matière d’accès aux soins, à leurs droits… Ou à l’éducation pour les enfants, scolarisés pour certains dans les écoles du quartier. « À ce jour, plus d’une quinzaine d’enfants de nos écoles vivraient dans des logements susceptibles d’être concernés », précisent ainsi deux enseignants du quartier, lisant une lettre ouverte signée par 120 membres des équipes éducatives et des personnels des écoles de la Villeneuve, du collège Lucie-Aubrac et de l’école Jean-Racine.

« En tant que professionnels, nous sommes particulièrement préoccupés car nous connaissons les graves conséquences sur nos élèves de cette précarité », poursuivent-ils. D’où leur demande de « suspendre les opérations d’expulsion annoncées le temps qu’un examen des situations familiales soit réalisé et que des solutions adaptées soient recherchées ».

« J’ai payé 3000 euros à un faux propriétaire »

Dans un tel contexte, les associations et collectifs réaffirment leur incompréhension, se demandant « pourquoi ces expulsions sont menées chaque année si elles ne permettent jamais de rendre ces logements au parcours locatif classique ». Le phénomène n’est en outre pas circonscrit à la Villeneuve et Actis. Illustration avec Ali, père de famille avec trois enfants — dont un en situation de handicap — qui a reçu un avis d’expulsion de son logement géré par le bailleur Alpes Isère Habitat (AIH), à Saint-Martin-d’Hères. « Je me suis fait arnaquer par un faux propriétaire », se désole-t-il. « J’ai payé 3000 euros et il a disparu ensuite. »

Les anciens occupants du siège de la Métropole et leurs soutiens se sont retrouvés devant Actis, un an après le début de leur combat commun.

« Tandis que les logements sociaux vides sont laissés à la merci des marchands de sommeil et que les bâtiments vides et réquisitionnables se comptent par milliers, les remises à la rue s’enchaînent et le nombre de personnes sans toit ne cesse d’augmenter », s’insurgent les associations, qui pointent également la pénurie de places d’hébergement proposées par l’État.

« On se tient prêt à agir si la réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur. »

Au vu de la situation, pourrait-on revivre une nouvelle occupation massive d’un bâtiment institutionnel, comme avec le siège de la Métropole ? Personne ne le souhaite et tout le monde espère encore trouver une autre issue. Mais la balle n’est pas dans leur camp, souligne Raphaël, militant du DAL. « On se tient prêt à agir si la réponse des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur », lâche-t-il en guise d’avertissement. Tout en rappelant que ce sont les familles qui décideront de la forme que prend la lutte.

Pleinement mobilisés, le DAL, l’intersyndicale enfants migrants, la FCPE et RESF rappellent leurs revendications : la fin des expulsions sans relogements décents et adaptés pour chaque personne concernée, la baisse des loyers dans le privé et le social, la création des places d’hébergement décentes et adaptées, la réquisition des logements et bâtiments vacants dans la métropole grenobloise, la régularisation de toutes les personnes sans-papiers qui vivent ici, travaillent ici, étudient ici.

Le siège social d’Actis est situé à quelques encablures de la place des Géants où sont situés une partie des logements menacés d’expulsion.

Le DAL 38 a également saisi la Défenseure des droits, le procureur de la République, la préfète de l’Isère, et écrit à la mairie de Grenoble, à la Métropole, et à Actis. L’association espère maintenant un retour rapide… Car le 2 novembre arrive dans quelques jours.

Cet article Grenoble. Un an après, expulsions prévues dans les mêmes logements à la Villeneuve est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 29.10.2026 à 12:28

Manuel Pavard

« Nos organisations ont eu connaissance de violences inadmissibles commises sur des étudiant·es et des agent·es de l’UGA par les vigiles privés recrutés par l’UGA pour empêcher le blocage des bâtiments. » Ces mots ouvrent la lettre ouverte adressée vendredi 23 octobre, par l’intersyndicale de l’Université Grenoble Alpes (CGT Université de Grenoble, Coordination étudiante Grenoble — ex-UEG -, FSU, Solidaires Étudiant·e·s, Sud Éducation, Sud Recherche, UNEF), au président et à la directrice des services. Si les syndicats ont décidé d’interpeller la direction, c’est parce que les faits mettant en cause ces mystérieux agents de sécurité se répètent dangereusement.

Cortège étudiant à la manifestation du 13 octobre, à Grenoble.

Le dernier en date s’est produit la veille de l’envoi du courrier. Jeudi 22 octobre, journée de mobilisation nationale, les étudiants et personnels en lutte appelaient ainsi à se rassembler dès 9 heures devant la Maison du doctorat Jean-Kuntzmann, où se tenait le conseil d’administration de l’UGA. « Une dizaine de vigiles menaçants sont arrivés devant le bâtiment, avec des masques ou cache-nez et des bonnets », narre Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble, qui les voit « partout » sur le campus.

Des vigiles engagés pour « casser les blocages »

Depuis quand sont-ils présents sur le domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères ? Dans quelles conditions ? Pour quel objectif ? Autant de questions aux réponses très incertaines. « Cela fait au moins deux semaines que l’UGA a embauché des vigiles privés », estime la représentante CGT [NDLR : propos tenus le 23 octobre]. « Mais je ne pense pas que leur recrutement soit passé par le conseil d’administration », ajoute-t-elle, soulignant qu’on « ne connaît pas leurs instructions ».

Selon la plupart des témoins, ces vigiles — une bonne vingtaine au total — seraient arrivés dans les jours suivant les premiers blocages organisés par les étudiants, qui ont rejoint à partir du 6 octobre le mouvement initié par les lycéens. « Au départ, les gardes du campus — qui, eux, travaillent ici toute l’année — étaient aussi mobilisés et de notre côté, ils passaient discuter avec nous près des bâtiments bloqués. Du coup, le président de l’UGA a pris la décision de faire appel à une société de sécurité privée », explique un étudiant en histoire, co-administrateur du nouveau compte Instagram violences_uga, dédié aux agissements de ces vigiles.

Les vigiles sont arrivés sur le campus après les premiers blocages de bâtiments par les étudiants (ici le 8 octobre).

Leur rôle ? « La présidence les a engagés pour casser les blocages et donc les grèves étudiantes », affirme-t-il. « Sur les bâtiments comme Simone-Veil, Michel-Dubois, les Alpilles, on nous les envoie à chaque fois. » Des vigiles décrits comme « violents » et qui, systématiquement, « cachent leur numéro d’identification », poursuit l’étudiant. « Beaucoup sont cagoulés, on ne voit que leurs yeux. Et en général, ce sont justement les plus violents, ceux qui ont frappé des étudiants. »

« Le vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Sur le campus, ces individus n’ont ainsi pas tardé à se faire remarquer. Le 9 octobre, lors d’une tournée des services, dans le cadre de la campagne pour les élections professionnelles, « deux militants CGT en chasuble se sont vu refuser l’accès à un bâtiment bien qu’ils aient montré leur carte professionnelle », s’indigne Samira Saïdoune. Ses deux camarades ont alors commencé à filmer les vigiles qui, en retour, « ont menacé de leur mettre des claques ».

Samira Saïdoune, co-secrétaire du syndicat CGT Université de Grenoble.

Apprenant que des étudiants avaient eux aussi subi des violences verbales et/ou physiques de la part des mêmes personnes, la CGT a appelé les victimes et témoins à fournir des vidéos et photos, pour rassembler le maximum de preuves. « Une enseignante-chercheuse nous a contactés », relate Samira Saïdoune. « Le 16 octobre, à la fin de l’assemblée générale de son UFR, dans le bâtiment Michel-Dubois, une dizaine d’agents de sécurité cagoulés et masqués sont venus sur les lieux. » L’un d’eux s’est approché de la chercheuse, lui glissant cette menace : « Je pourrai revenir vous voir en civil dans quelques jours pour régler ça. »

Une vidéo accablante

Un autre exemple a été filmé par un témoin. La vidéo [que nous avons pu visionner et authentifier] est particulièrement accablante. L’étudiant en histoire était présent : « On bloquait le bâtiment Veil et au moment où j’arrive, il y avait trois personnes qu’on ne connaissait pas, dont un agent de sécurité qui criait et insultait un étudiant tenant une barrière », raconte-t-il. « On a alors commencé à filmer mais ils ont voulu prendre nos téléphones. À ce moment-là, le même vigile a mis une énorme claque à un étudiant ! Et une amie qui a essayé de le défendre a reçu des coups. »

Des faits malheureusement pas si isolés, selon l’étudiant, qui nous montre également une photo d’un de ses camarades au visage tuméfié : « Ils l’ont poussé très violemment contre une barrière en fer, lors d’un blocage des Alpilles. » En voyant les différentes images, la CGT a aussitôt fait remonter l’information à la direction du département qui l’a elle-même transmise à la présidence. « On a montré la vidéo avec le coup à la directrice des services », indique Samira Saïdoune. Pour l’instant, sans résultats.

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables »

« Il faut qu’ils arrêtent avec ces vigiles incontrôlables », s’exclame la responsable syndicale, qui ne cache pas son inquiétude pour la suite de la mobilisation. « Plus le temps passe, plus ils sont violents », abonde l’étudiant. Pourtant, assure-t-il, « on essaye d’être diplomates, de parler avec eux ».

Jonction des cortèges étudiants et lycéens, le 15 octobre, à Saint-Martin-d’Hères.

Dans sa lettre ouverte, l’intersyndicale exige donc « l’arrêt immédiat de toute violence et répression contre la mobilisation étudiante et les formes qu’elle se choisira » ainsi que « l’abandon du recours à des vigiles privés et le report des sommes dépensées pour améliorer les conditions de travail et d’études à l’université ». En attendant, les syndicats réclament aussi à très court terme « la transmission par écrit aux organisations syndicales et étudiantes du cahier des charges et des consignes transmises aux vigiles ou aux prestataires qui les emploient ».

Un fonctionnement « hyper vertical et autoritaire »

L’étudiant en histoire précise de son côté « en avoir parlé pendant une AG à la direction de l’UFR ARSH (arts et sciences humaines). Je n’ai eu aucun retour », déplore-t-il. Vivement interpellé par les manifestants, le 22 octobre, devant la Maison du doctorat, Yassine Lakhnech, président de l’Université Grenoble Alpes, a quant à lui promis : « Concernant ce que vous dites sur les aspects vigiles et sécurité, on va enquêter, on va voir ce qu’il en est. » Sans plus de précisions.

Drapeau de la CGT FERC Sup dans le cortège parti du campus, le 13 octobre.

Sa réponse est loin d’avoir convaincu la CGT qui dénonce depuis longtemps, comme la quasi-totalité des syndicats de l’UGA, le fonctionnement « hyper vertical et autoritaire » de la présidence. Et notamment de Yassine Lakhnech avec lequel les relations sont notoirement exécrables. « Le vice-président à la formation a démissionné, on n’a plus non plus de vice-président·e aux relations internationales ni à l’égalité — le poste n’est pas pourvu -, une autre responsable est en burn-out », égrène Samira Saïdoune. « En fait, tout est catastrophique, ce qui fait écho à nos revendications sur les baisses de budget et les suppressions de postes. »

Contactée, la présidence de l’Université Grenoble Alpes n’avait pu être jointe au moment de la publication de cet article.

Cet article UGA. Des vigiles recrutés pour casser les blocages et mis en cause pour des violences est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 28.10.2026 à 19:22

Manuel Pavard

« Refusons que la haine raciste fasse la loi dans notre pays ! » C’est un cri du cœur que lance la section de Grenoble du PCF ce mardi 27 octobre, dans un communiqué, quelques jours après l’attentat raciste commis par Kevin T., qui a ouvert le feu sur plusieurs personnes, vendredi 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, assassiné, cinq blessés, dont une enfant de 12 ans très grièvement… Le bilan est lourd et le choc immense.

Au lendemain de l’hommage rendu par des habitants, sur le parvis de la MC2, à l’initiative d’organisations antiracistes et d’associations des quartiers populaires, les communistes grenoblois ont eux aussi tenu à réagir. Car « la gravité de ces actes nous oblige », soulignent-ils. Et d’évoquer le contexte actuel marqué par la banalisation des paroles racistes. Un moment où « les préjugés et les discours de haine se multiplient de la part de l’extrême droite et de la droite extrême ».

Plus d’un millier de Grenoblois et Grenobloises sont venus rendre un hommage poignant aux victimes de l’attentat. © Édouard Schoene

Derrière l’assassin, les responsables ne manquent pas en effet. « La classe des privilégiés impose dans le débat public via leurs médias des discours de haine et désigne des boucs émissaires », dénonce ainsi le PCF Grenoble, qui met en garde : « Restons unis face à ceux qui cherchent à nous diviser. »

« Personne, absolument personne, ne doit avoir peur de sortir dans la rue, d’aller travailler ou d’accompagner ses enfants à l’école en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de sa religion. »

L’occasion également de rappeler une évidence. « Personne, absolument personne, ne doit avoir peur de sortir dans la rue, d’aller travailler ou d’accompagner ses enfants à l’école en raison de sa couleur de peau, de son origine ou de sa religion », martèlent les communistes. « Quelles que soient nos origines, battons nous pour une société où chacune et chacun puisse vivre dignement. »

Le PCF Grenoble réitère donc son appel à l’unité. Il « se tient aux côtés de toutes les associations qui luttent et qui s’engagent contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Avec elles, les syndicats, les forces politiques et les habitantes et habitants, nous appelons à élargir la mobilisation, en solidarité avec les victimes de Trappes et de La Verrière », conclut la section.

Rassemblements le 30 octobre devant les mairies de Grenoble et Échirolles

Répondant à l’appel des maires de Trappes et La Verrière, les villes de Grenoble et Échirolles rendront toutes deux hommage aux victimes de l’attentat raciste ce vendredi 30 octobre. Les deux municipalités invitent les habitants et habitantes à se rassembler devant leurs mairies respectives. À Grenoble, cela se déroulera à 12h30 sur le parvis de l’hôtel de ville, côté parc Paul-Mistral. Et à Échirolles, rendez-vous à 18 heures, là aussi sur le parvis de l’hôtel de ville, au 1 place des Cinq Fontaines.

Cet article Attentat de Trappes. Contre la « haine raciste », le PCF Grenoble appelle à l’unité est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 28.10.2026 à 16:07

Luc Renaud

Quel sera l’avenir de l’usine de production du principe actif du paracétamol, à Roussillon, dans l’Isère rhodanienne ? Les élus communistes s’en inquiètent. Son plan de charge n’est en effet pas assuré et ses éventuelles difficultés auraient des conséquences pour l’ensemble de la plateforme chimique et du tissu économique roussillonais. C’est pourtant une usine qui vient d’être construite, qui est unique en Europe, et qui utilise des procédés considérablement moins polluants que ceux en vigueur par le passé en Europe et actuellement encore en Chine ou aux Etats-Unis.

Adopté à l’unanimité

Le dossier a été évoqué lors de la réunion du 22 octobre du conseil régional. Eric Hours, conseiller régional communiste, a proposé l’adoption d’un vœu afin de permettre à la région de prendre position. Il l’a été à l’unanimité.

Les élus de la région Auvergne-Rhône-Alpes demandent ainsi « au président de la République et au Premier ministre de garantir la réussite du lancement industriel et commercial de l’unité, ainsi que sa montée en charge » ou encore « des engagements précis et vérifiables concernant la création et le maintien des emplois, la formation, les conditions de travail et le recours aux entreprises sous-traitantes du territoire » mais aussi « la création d’un comité de suivi, associant l’État, la Région, les collectivités concernées, Seqens, le GIE Osiris, les clients industriels et les représentants des salariés ».

La demande de contrôle de l’utilisation des fonds publics rejetée

Eric Hours, à l’initiative de ce vote, se félicite de l’engagement affiché du conseil régional à soutenir la pérennité de cette unité de production. On notera toutefois que la droite régionale a refusé la proposition initiale de l’élu communiste qui comportait la demande d’un contrôle de l’emploi des fonds publics qui ont financé l’investissement du groupe Sequens pour un tiers de l’enveloppe globale.

Les élus communistes du pays roussillonais vont maintenant proposer aux conseils municipaux concernés ainsi qu’au conseil de la communauté de communes d’adopter ce même vœu afin de manifester publiquement leur soutien à l’activité de la plateforme chimique. Parallèlement, les élus communistes vont prendre langue avec l’union locale CGT et le syndicat CGT de la plateforme chimique de Roussillon afin d’envisager concrètement une série d’actions utile à l’activité économique et à la souveraineté nationale dans le domaine du médicament.

Cet article Roussillon. Le conseil régional adopte un vœu de soutien à la fabrication du paracétamol est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 27.10.2026 à 10:31

Travailleur Alpin


En réponse à l’attentat raciste de Trappes, plusieurs organisations antiracistes ont appelé à se rassembler à travers tout le pays. En Isère, des rassemblements ont ainsi eu lieu à à Échirolles dès dimanche et le lundi 26 octobre à Grenoble, Bourgoin-Jallieu, Vienne, Saint-Marcellin…

À Grenoble, l’événement était organisé par différents collectifs parmi lesquels l’Assemblée des quartiers, l’Union antiraciste contre l’islamophobie ou encore les interlycées et le Droit au logement (DAL). Un ensemble de ces organisations, dont certaines coopèrent dans la Coordination antiraciste. Plus d’un millier de personnes ont répondu à leur appel et se sont retrouvées devant la MC2 ce lundi soir dès 18h parmi lesquelles Laurence Ruffin, maire de Grenoble.

Plus d’un millier de personnes rassemblées devant la MC2 © Asmar

Plusieurs intervenants se sont succédé pour rendre hommage aux victimes de l’attentat, notamment à Pengo Bossio Wangi et à ses proches en deuil. Une marche blanche sera prochainement organisée en son nom.

Ils ont ensuite dénoncé le caractère raciste, négrophobe et islamophobe de cet attentat qui découle de décennies de stigmatisation des noirs, des arabes et des musulmans, en particulier par l’extrême droite. A ce titre, minimiser la portée raciste de ces actes par des troubles psychiatriques reviendrait à les dépolitiser et à invisibiliser les structures de domination dans lesquels ils s’inscrivent.

Enfin, les organisations ont appelé à la solidarité de quartiers, de communautés, de classe, pour exiger du gouvernement un droit réel à l’émancipation sans peur ni injustice. Les organisations ne sont néanmoins pas naïves quant aux intentions du gouvernement. A cet égard, des appels à l’autodéfense ont été prononcés pour se protéger de la police mais également des milices fascistes qui osent de plus en plus passer à l’acte, comme ce samedi 24 octobre, dans une quinzaine de villes (Nice, Rouen, Tours, Montpellier, Nancy, Dijon, Bordeaux, Clermont-Ferrand…) — où les nervis d’extrême droite ont attaqué, le plus souvent sous les yeux des policiers, les manifestants participant à l’acte II des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats.

Une fusillade aux motivations racistes

Cette mobilisation iséroise et nationale faisait suite à l’attentat terroriste perpétré par Kevin T., un homme de 39 ans, qui a ouvert le feu avec un pistolet-mitrailleur sur des passants dans les communes de Trappes et de La Verrière. Il a provoqué la mort de Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans, et blessé cinq personnes, dont une fillette de 12 ans.

Même si l’enquête n’en est qu’à ses débuts, plusieurs éléments convergent vers une motivation raciste derrière cet attentat. Tout d’abord, le suspect, Kevin T., qui a tiré sur une station-service, une maison de santé et une aire de jeux, a affirmé explicitement aux enquêteurs avoir visé des “Noirs” et des “Arabes” en réaction aux pillages survenus lors des manifestations du 17 octobre. Ces déclarations, couplées à la gravité de l’attentat, ont conduit à une saisie du Parquet national antiterroriste qui a ouvert une enquête pour “assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante que les faits ont été commis en raison de l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion”.

Les perquisitions qui ont suivi dans ce cadre ont révélé le caractère prémédité de l’attentat.

Asmar

Cet article Isère. Mobilisation antiraciste après l’attentat de Trappes est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 26.10.2026 à 12:36

Luc Renaud

Le Front populaire reste dans la mémoire collective comme un moment d’unité de la gauche et une période d’acquis sociaux dont nous bénéficions toujours. Mais quelle unité ? Comment ces acquis ont-ils été obtenus ? Que nous raconte l’histoire du Front populaire de 1936 ? C’était au fond le fil conducteur des conférences données ce 24 octobre par Gérard Lauthier, animateur de l’Institut CGT d’histoire sociale de l’Isère ; et Guillaume Roubaud-Quashie, historien, président de la fondation Gabriel Péri et membre de la direction nationale du PCF.

En décrivant par le menu cette histoire vue d’ici, Gérard Lauthier – dont nos lecteurs suivent la chronique dans le Travailleur alpin mensuel – soulignait un fait historique : en Isère, les grèves qui ont suivi les accords de Matignon (8 juin 1936) après la victoire électorale du 3 mai, ont été parfois brèves, quelques jours tout au plus avant que le patronat ne cède devant les revendications exprimées. « Cela s’est produit dans des entreprises, comme Merlin Gerin à Grenoble, Rhône-Poulenc à Roussillon, où la CGT était très fortement implantée. » Plus longues dans le textile ou dans la métallurgie en septembre 1936 où le syndicalisme était moins prégnant.

Une conférence très suivie.

Car, et Guillaume Roubaud-Quashie le soulignait, « la plupart des acquis de 1936 ne figuraient pas dans le programme électoral du Front populaire ». À cela, une raison : face à l’extrême droite, l’unité des partis de gauche s’était forgée sur la base d’un accord a minima entre les positions du PCF, du Parti socialiste et du Parti radical – à l’époque dominant à gauche sur une ligne que l’on peut rapprocher du PS actuel. L’historien replaçait cet accord dans le contexte des années 30 : la montée vertigineuse du chômage, les politiques gouvernementales déflationnistes – on dit aujourd’hui « politique de l’offre » – et le succès électoral des nazis en 1932, alors même que l’Allemagne des années 20 concentrait les espoirs révolutionnaires. « Cette situation internationale a conduit le PCF à faire cette proposition de Front populaire – le PCF en a inventé le terme – et ce sont les communistes qui ont insisté pour que cet accord intègre le Parti radical », expliquait Guillaume Roubaud-Quashie.

Guillaume Roubaud-Quashie.

Mais la dimension institutionnelle, électorale, est loin d’être l’unique théâtre des opérations. « C’est l’unité de classe que voulait construire le PCF avec l’objectif de la mise en mouvement du plus grand nombre. » L’historien cite un article que signe Paul Vaillant-Couturier publié dans l’Humanité du 23 février 1935. « Il y a deux sortes d’étrangers. Les bons et les mauvais. C’est du moins la bourgeoisie qui l’affirme » écrivait-il avant de démonter point par point l’argumentation de la droite et de l’extrême droite : « Quand on ne veut pas montrer la véritable origine de la crise, il faut bien trouver un “responsable” au malheur des temps. C’est l’étranger en France, en Allemagne, c’était le juif. Dans l’ancienne Rome, c’était le chrétien qui servait à détourner la colère des masses. Le but de la campagne contre les étrangers, c’est de diviser les travailleurs pour mieux organiser la baisse des salaires. »

Ce dont Guillaume Roubaud-Quashie tire un enseignement. « Le succès du Front populaire s’est fondé tout à la fois sur un résultat électoral qui a vu le PCF progresser tandis que reculait le parti radical avec un parti socialiste en légère progression, et sur un combat idéologique pour l’unité du peuple sur la base d’une argumentation portée par un engagement militant. »

Gérard Lauthier.

Le Front populaire et nous, en 2026 ? La question venait tout naturellement dans le débat qui suivait les interventions des conférenciers. Dans la suite logique de son exposé, Guillaume Roubaud-Quashie relevait que « l’alliance ne se décrète pas », tout en notant que la primaire social-démocrate qui a vu la désignation de Raphaël Glucksmann s’est jouée sur le refus de l’unité à gauche, dans le même temps que Jean-Luc Mélenchon s’estime seul légitime et son parti l’unique représentant de la gauche. « Face à deux formations politiques qui disent qu’elles n’en veulent pas, la revendication de l’unité devient un volontarisme de posture. » Mais comment faire avancer les choses ? « Faire reculer la division de notre peuple », propose Guillaume Roubaud-Quashie. Travailleur français, immigrés ; banlieues, ruralité ou villes centres ; fractures générationnelles ; positions différentes dans la chaîne de production… les sujets ne manquent pas. Et ils sont exploités par les possédants pour diviser, individualiser, opposer… et régner.

« Ce pays a besoin d’une action communiste pour unir autour d’une conscience de classe ; et ce travail, personne ne le fera à notre place », concluait Guillaume Roubaud-Quashie

La matinée s’est achevée par un repas convivial qui a réuni près de cent cinquante convives, suivi par un après-midi en chansons avec l’ensemble les Voyageurs.

L’article de Paul Vaillant-Couturier, l’Humanité du 23 février 1935, extraits

« Il y a deux sortes d’étrangers. Les bons et les mauvais. C’est du moins la bourgeoisie qui l’affirme. Il ne se passe pas de jour en effet que, dans ses journaux, elle ne se lamente sur la crise du tourisme et de l’absence des voyageurs étrangers en France d’une part et, de l’autre, ne se plaigne que les ouvriers étrangers retirent le pain de la bouche des ouvriers français. Autrement dit, il n’y a pas, en France, assez d’étrangers riches et trop d’étrangers pauvres. Cela donne tout de suite une idée de la relativité de la fameuse formule “La France aux Français” chère aux fascistes… Soyez un étranger riche, la France vous appartiendra, que vous soyez escroc, roi déchu, espion, Russe blanc ou chef fasciste préparant des attentats. […] Soyez un étranger pauvre, c’est-à-dire l’un de ceux ou le fils ou la fille de l’un de ceux qui ont contribué avec leur force vitale à produire toutes les richesses, on vous priera de prendre la porte.

Pour quel résultat ? Donner du travail aux Français ? Allons donc ! Pour permettre aux Français pauvres de crever en famille, devant des montagnes de denrées réservées aux étrangers riches et aux Français riches qui n’arrivent pas à les consommer. Quel que soit le nombre des étrangers pauvres qu’on expulse, ça ne changera rien du tout à la misère forcément croissante de l’immense majorité des travailleurs français. Des dizaines de milliers d’ouvriers étrangers ont été expulsés l’année dernière et dans le même temps le chômage “officiel” a grandi du double ou du triple.

Seulement, n’est-ce pas, quand on ne veut pas montrer la véritable origine de la crise, il faut bien trouver un “responsable” au malheur des temps. C’est l’étranger en France, en Allemagne, c’était le juif. Dans l’ancienne Rome, c’était le chrétien qui servait à détourner la colère des masses. Le but de la campagne contre les étrangers, c’est de diviser les travailleurs pour mieux organiser la baisse des salaires.

En effet, les ouvriers immigrés traqués, menacés d’être privés de leur carte de travailleurs ou sans carte, se laissent, pour vivre, embaucher à des salaires de famine et sont obligés de se montrer plus dociles que les autres. L’ennemi du travailleur français, ce n’est pas le travailleur immigré, c’est l’employeur de ce travailleur immigré, qui spécule sur sa détresse morale et matérielle, sur le fait que souvent son propre pays lui est fermé, ce qui le contraint, s’il ne veut pas mourir, à un épouvantable travail forcé que pas un Français n’accepterait. […]

Quand on vous dit : “Chassons les ouvriers étrangers, répondez comme lorsqu’on vous dit : il faut briser les machines et arrêter le progrès technique.” Répliquez simplement : “Diminuer les heures de travail sans diminuer les salaires. Et il y aura du travail pour tout le monde” »

L’Humanité, 23 février 1935, page 4.

Un repas partagé grâce aux militants de la S2LH.

Cet article Front populaire. Ce que nous dit son histoire, quatre-vingts ans plus tard est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 25.10.2026 à 00:55

Manuel Pavard

Une semaine après « l’acte I », première démonstration de la convergence des luttes entre les mouvements lycéens et étudiants et leurs aînés, Gilets jaunes et syndicats de salariés, la même coalition était de retour dans la rue, ce samedi 24 octobre, à Grenoble comme partout en France. Avec deux enjeux majeurs. Tout d’abord, confirmer et conforter l’énorme mobilisation populaire du 17 octobre. Ensuite, tirer les leçons du fiasco sécuritaire de cette journée, qui a vu de nombreux manifestants nassés, bloqués et/ou gazés par la police, tandis que plusieurs commerces du centre-ville subissaient des pillages.

Un cortège fourni, avec environ 22 000 manifestants comptabilisés par l’UL CGT Grenoble.

Si le premier pari a été tenu, avec plus de 22 000 manifestants recensés dans la capitale des Alpes, selon l’UL CGT Grand Grenoble, rien ne leur aura pourtant été épargné. Mis sous pression par cette alliance Gilets jaunes / Gen Z faisant trembler la macronie, le gouvernement a en effet répliqué par une fuite en avant autoritaire, avec la bénédiction de l’ensemble de la droite et de l’extrême droite.

Les Gilets jaunes de Crolles ont pris la tête du cortège sur l’avenue Alsace-Lorraine, puis le cours Jean-Jaurès.

Accusations envers les partis de gauche, menaces de dissolution de LFI, interdictions de manifester, annonce de déploiement du Raid, du GIGN et même de militaires dans certaines villes, pressions de Gérald Darmanin afin d’inciter les tribunaux à la fermeté face aux interpellés du 17 octobre — avec des peines de prison ferme pour des personnes n’ayant commis aucun délit de casse ou pillage… Comme dans une mauvaise dystopie, l’exécutif s’est affranchi des contraintes démocratiques, déroulant tout un arsenal liberticide.

La CGT suit derrière les Gilets jaunes.

Traduction à Grenoble : la préfecture de l’Isère a interdit toute manifestation dans un large périmètre du centre-ville, à compter du jeudi 22 octobre. Sans oublier un couvre-feu sur plusieurs secteurs du centre-ville, ainsi que sur les zones commerciales de Grand Place, Comboire et Neyrpic, du samedi 24 octobre à 18h au dimanche 25 octobre à 6h. Un dispositif souvent lié, en France, à la répression coloniale (guerre d’Algérie, Guadeloupe en 1967, Kanaky en 2024, etc.).

Passage de relais entre générations mobilisées

Les organisateurs ont donc dû renoncer au tracé initial prévoyant un départ de la place Victor-Hugo, pour concocter un nouveau parcours en dernière minute, avec l’aval de la préfecture. Objectif affiché par les autorités, tenir les manifestants éloignés des commerces de l’hyper-centre dont les accès étaient tous barrés par d’imposants cordons de policiers, ce samedi après-midi.

Des cordons de policiers sont postés dans toutes les rues menant à l’hyper-centre.

Le cortège s’est ainsi élancé de la gare de Grenoble, pour emprunter le cours Jean-Jaurès, dans une atmosphère à la fois joyeuse, festive et revendicative. Et en s’étoffant au fur et à mesure. « Macron et Nuñez ont voulu nous intimider pour nous décourager de sortir de chez nous aujourd’hui, mais on défend nos droits, c’est trop important », s’exclame Joëlle, infirmière, venue avec sa fille, lycéenne en première, et des amies de cette dernière.

Nombre de slogans et pancartes font référence aux violences policières.

Derrière le petit groupe, Camille [le prénom a été modifié] avoue que « la situation [l’]inquiète. Mais de toute façon, quand on va en manif’ maintenant, on sait qu’on risque de se faire blesser ou arrêter sans raison. C’est devenu normal d’avoir peur, c’est fou ! »

Un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes

Arrivée au croisement Vallier-Libération, la manifestation — jusque-là menée par les Gilets jaunes de Crolles, suivis de la CGT — rejoint quelques centaines d’étudiants rassemblés, qui prennent alors la tête du cortège en tournant sur les Grands boulevards. Comme un passage de relais entre générations mobilisées. Malgré quelques escarmouches sur le parcours, peu d’incidents sont à signaler avant d’arriver à hauteur de la place Gustave-Rivet, moment où l’ambiance va changer radicalement.

Les super-héros étaient aussi de la partie.

Selon les témoins, les policiers postés là, au bout du cours Gambetta, n’ont pourtant pas été particulièrement ciblés, hormis un ou deux mortiers d’artifice et — sans surprise — quelques insultes, de la part de militants autonomes présents en bordure de défilé. Mais leur réaction sera totalement disproportionnée, avec une pluie de gaz lacrymogènes tirés au beau milieu du cortège « officiel ». Le tout, sans aucune sommation entendue par les personnes présentes. Bref moment de panique dans la foule, beaucoup de manifestants n’étant pas du tout préparés à cette action des forces de l’ordre auxquelles ils ne prêtaient alors aucune attention.

Place Gustave-Rivet, après les premières grenades lacrymogènes tirées par la police.

Cette attaque gratuite et aveugle va en outre immédiatement couper le cortège en deux. La tête de manifestation poursuit ainsi son chemin en direction de l’anneau de vitesse. Mais derrière, plusieurs centaines de personnes se retrouvent prises au piège face à des policiers qui noient la place Gustave-Rivet sous un déluge de grenades lacrymogènes et assourdissantes. Conséquences, en queue de cortège, des milliers de manifestants sont quant à eux bloqués un peu plus loin, et vont également subir des gazages et charges policières.

Cap sur le 5 novembre

Une partie d’entre eux répliquent par des jets de projectiles tandis que quelques vitrines volent — dans une proportion toutefois bien moindre que le 17 octobre. Et lorsque tous les manifestants auront enfin rejoint leurs camarades arrivés depuis bien longtemps sur l’anneau de vitesse, les CRS sont sur leurs talons. La fin de journée est rythmée par les heurts et courses-poursuites entre jeunes et policiers, en attendant le déclenchement du couvre-feu.

La foule à l’arrivée sur l’anneau de vitesse.

Si le bilan final de la journée reste à effectuer, le succès populaire indéniable de cet acte II ne peut effacer totalement une pointe d’amertume. Avec le sentiment, pour de nombreuses personnes présentes, que la stratégie et les manœuvres de la police sont venues en partie gâcher la fête. Toutes ont désormais une date en tête : le 5 novembre, pour la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle.

La fuite en avant autoritaire du gouvernement est unanimement dénoncée.
Humour et politique font bon ménage sur les pancartes.
Les CRS ont chargé en fin de manifestation sur l’anneau de vitesse.

Cet article Mobilisation du 24 octobre à Grenoble : 22000 manifestants bravent la répression est apparu en premier sur Travailleur alpin.