Publié le 17.07.2026 à 19:01
Manuel Pavard
« Lorsque nous parlons de ‘bras et de lits’, ce n’est pas un slogan. C’est le minimum indispensable pour garantir une psychiatrie publique accessible, digne et sécurisée. » Isabelle Guiga, secrétaire générale du syndicat CGT du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI), et Rafael de Bortoli-Vargas, secrétaire adjoint, mettent les points sur les i. Face à eux, ce jeudi 16 juillet, dans les locaux de l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS), le directeur de la délégation départementale de l’Isère et le responsable du pôle Offre de soins hospitaliers. La délégation syndicale est venue les alerter sur la profonde crise couvant au sein de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.
Après une manifestation très suivie le 8 juin, avec plus d’une centaine de personnes dans les rues de la commune, puis le rassemblement devant l’hôtel du département le 26 juin, le rendez-vous avec l’ARS faisait office de suite logique. Si l’organisation interne d’un établissement relève en effet de sa direction, en revanche « l’Agence régionale de santé est responsable de la planification de l’offre de soins, de son financement, de la qualité des prises en charge et de la réponse aux besoins de santé de la population », rappellent les deux élus CGT. Lesquels entendaient donc interpeller leurs interlocuteurs sur ces questions.
De fait, l’organisation du travail au CHAI et l’offre de soins en psychiatrie dans le département sont deux sujets étroitement liés. Que ce soit Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas ou leurs collègues rassemblés devant l’ARS, tous en conviennent : la situation actuelle pénalise autant les agents que les patients, la prise en charge des seconds dépendant fortement de la qualité de vie au travail des premiers. Or, cela fait plusieurs mois que les personnels tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation continue des conditions de travail et le manque de moyens humains, tout en avertissant des conséquences directes sur la qualité, la continuité et la sécurité des soins.
Le personnel du CHAI mobilisé le 8 juin devant l’établissement.Aujourd’hui, au CHAI, « les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable », déplorent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, évoquant les services en sous-effectif, les capacités d’hospitalisation souvent réduites ou encore les parcours de soins de plus en plus complexes. Un tableau déjà guère reluisant auquel est venu se greffer le projet de réorganisation du temps de travail annoncé fin 2025 par le nouveau directeur. Argument invoqué par ce dernier, un déficit d’environ 3 millions d’euros révélé par un audit financier. En 2026 pourtant, « le déficit n’est plus d’actualité, mais le projet de réorganisation se poursuit », s’étonnent les syndicalistes.
Venues les soutenir ce jeudi matin, Manon et Sandra [les prénoms ont été modifiés], respectivement infirmière et éducatrice spécialisée au CHAI, se souviennent d’informations d’abord données au compte-gouttes et parfois contradictoires, durant plusieurs mois. Et puis, « dernièrement, une note d’information a été transmise sur toutes les boîtes mail », raconte Manon. « On a su alors qu’il allait y avoir des réorganisations de nos planning, qu’on allait passer en douze semaines. »
C’est ce point qui a mis le feu aux poudres. Jusque-là en effet, les agents ont leurs « plannings à l’année. C’est toujours le même, avec les mêmes repos », explique l’infirmière. Avec le projet, il s’agirait de cycles de douze semaines — en redémarrant à zéro la treizième semaine — avec des changements d’emploi incessants. « Nos repos seraient bougés chaque semaine : par exemple, on aurait repos lundi une semaine, la semaine d’après le mardi, puis mercredi, etc », s’insurge Manon. Dès lors, impossible pour les soignants d’avoir une activité sportive ou culturelle régulière. Idem pour celles et ceux qui ne travaillaient pas le mercredi afin de s’occuper de leurs enfants. Il faudra mettre sa vie personnelle ou familiale entre parenthèses.
Les agents sont partis du CHAI, le 8 juin, pour défiler dans les rues de Saint-Égrève.Cette réorganisation — censée s’appliquer d’ici quelques mois — « allonge les cycles de travail, accroît la flexibilité des plannings, remet en cause des temps partiels fixes et rend les repos moins prévisibles », abondent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. Le tout sans résoudre aucun problème. « Cette évolution dégrade l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais surtout elle fragilise ce qui constitue le cœur de la psychiatrie : la stabilité des équipes, la continuité de la relation thérapeutique et la qualité des prises en charge », ajoutent-ils.
« On sent aussi qu’ils veulent faire ça pour pouvoir avoir du personnel qui ira dépanner dans les unités où ça manque », anticipe Manon. Car partout au CHAI, on manque de bras et de lits (quelque cinquante lits fermés sur les dix dernières années, selon la CGT). Conséquences, « ça engorge les urgences et on se retrouve avec des unités qui sont blindées, où on n’a jamais vraiment de place », poursuit l’infirmière. Tout cela avec un effectif très insuffisant, à savoir « quatre pour vingt-cinq ». Ce qui a le don de « révulser » Manon : « Comment peuvent-ils penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? », s’exclame-t-elle.
Pour sa collègue Sandra, il s’agit déjà d’un effet de « la destruction des conditions de travail » à l’œuvre depuis des années. « Moins il y a de professionnels, moins il y a d’infirmiers, moins les médecins ont envie de venir. Car il y a un ratio de professionnels autour des lits. Et les médecins n’ont plus envie de s’inscrire dans la psychiatrie publique », constate l’éducatrice spécialisée, qui pointe « des éléments structurels ». Le projet de la direction n’est ainsi pas tombé du ciel. « Les réorganisations au CHAI s’inscrivent dans ce contexte-là », souligne-t-elle.
« Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »
Sandra et Manon confirment les propos tenus par les représentants CGT face à l’ARS : « Dès que nos conditions de travail se dégradent, ça a toujours un impact à la fin sur le patient. Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »
La CGT manifestait devant le conseil départemental le 26 juin, afin d’interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l’Isère, qu’elle rencontrera lundi 20 juillet.Toutes deux mentionnent un impératif « d’intérêt général », à savoir « prendre soin des personnes qui sont en situation de grande détresse et de vulnérabilité sociale ». Chose devenant malheureusement « de plus en plus compliquée ». Et in fine, « ça pourrait représenter un danger », affirme Manon. « Car si on ne peut pas accueillir tous les patients qui le nécessitent, on risque de se retrouver avec des patients qui ne pourront pas avoir recours aux soins. »
Éternel parent pauvre de la santé publique, la psychiatrie est ainsi déconsidérée une nouvelle fois. Infirmière au CHAI depuis plus d’une décennie, Manon n’a d’ailleurs « jamais vu [ses] conditions de travail ni les soins s’améliorer. J’ai plus connu de la dégradation qu’autre chose », assène-t-elle.
Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas sont de toute façon formels : « Le financement actuel de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain. » Ce que n’ont pas contesté les responsables de l’ARS, qui ont promis de faire remonter leurs alertes à l’échelon supérieur — eux n’ayant pas le pouvoir, à leur niveau, de débloquer des financements qui relèvent d’une politique nationale.
Cette politique de vaches maigres serait-elle plus ou moins volontaire de la part des pouvoirs publics ? Sandra en est persuadée. Pour elle, « on s’inscrit de plus en plus dans une économie de guerre ». Et de citer des propos du directeur sur « la menace russe » ou encore « une circulaire de François Bayrou, quand il était Premier ministre, qui recommandait de faire un pas de plus vers la rationalisation de la gestion de nos hôpitaux ».
La direction actuelle dans le viseur des soignants.Sandra et Manon évoquent également un autre enjeu caché de la réorganisation : les suppressions de postes. Si la direction avance masquée sur ce point, les deux collègues parlent d’une « économie de 49 postes » parmi les 1600 agents — dont 800 soignants — du Centre hospitalier Alpes Isère.
Cette situation globale entre pourtant en contradiction avec les ambitions nationales affichées pour la santé mentale. « Après 2025, la santé mentale demeure une grande cause nationale en 2026″, rappellent les élus CGT. Les pouvoirs publics ont ainsi martelé leur volonté de « renforcer la psychiatrie, d’améliorer les parcours de soins, de réduire le recours à la contention et de promouvoir des pratiques plus respectueuses des droits des patients », se souviennent-ils.
Mais derrière les annonces, les moyens ne suivent pas et impossible d’atteindre ces objectifs dans les conditions actuelles. « Les personnels du CHAI demandent des bras, des lits et des conditions de travail qui permettent d’assurer des soins dignes, continus et sécurisés », concluent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.
Blouses blanches en colère, au CHAI comme ailleurs.Sans un réel engagement des autorités, celles-ci prennent le risque d’une vague de départs. Beaucoup, au CHAI, songent même à se réorienter, à l’image de Manon, qui entame une reconversion professionnelle. Et il sera bien difficile de compenser par la formation ou le recrutement. « Même en proposant des promotions à l’IFSI [NDLR : Institut de formation en soins infirmiers], ils n’arrivent pas à recruter. Les étudiants ne sont pas dupes, ils voient ce qu’il se passe sur le terrain. »
Sans changement à 180 degrés, Sandra et Manon sont assez pessimistes pour la suite. L’infirmière est lucide : « Ce sont des métiers de passionnés mais il y a des limites. Nos plannings, c’était le dernier truc attractif du CHAI, selon moi. S’ils suppriment ça… »
Léa Martinez Comelli, animatrice du collectif droit des femmes à l’union départementale CGT Isère, en est convaincue : le projet de réorganisation du temps de travail portée par la direction du CHAI va « encore une fois reposer majoritairement sur les femmes ». Tout simplement, explique-t-elle, « parce que c’est encore elles qui ont pour énorme partie — 80/20 de répartition femmes-hommes — la charge domestique et éducative, et on a un emploi féminin à plus de 75 %. Donc c’est sur elles, d’abord, que va reposer cette contrainte des réorganisations de services. »
La responsable syndicale adresse un message à la direction et aux autorités de tutelle : « On sait que ça a été appliqué dans énormément d’hôpitaux mais on reste en résistance au CHAI et on va continuer à le rester. Car il n’y a pas de demande des agents pour passer à ces maquettes organisationnelles et modifier drastiquement leurs conditions de travail. »
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Publié le 16.07.2026 à 21:52
Manuel Pavard
Les chiffres sont éloquents. Cette année, en France, plus de 320 000 personnes sortent de Parcoursup sans affectation, venant grossir le flot des sans-facs. « Pour l’année prochaine, nationalement, 5 700 places ont été supprimées en première année de licence sur Parcoursup », complète Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble. « Et on compte 13 % de places en moins sur Mon Master, soit environ 23 000 places, alors que le nombre de candidats augmente. » Conséquences, certains cursus sont saturés, avec des refus presque systématiques. Par exemple, en master de psychologie, les probabilités d’être accepté aujourd’hui après avoir validé une licence oscillent entre 1 et 5 %, selon une enquête de l’Association des enseignants-chercheurs de psychologie des universités (AEPU).
Les sans-facs et leurs soutiens tapent sur les vitres du bâtiment pour attirer l’attention des représentants de la présidence… qui ne descendront pas les rencontrer.Plus globalement, « ces dernières années, c’est en moyenne un·e étudiant·es sur trois qui se retrouve sans admission satisfaisante à l’issue des phases complémentaires de ces plateformes », soulignent différentes organisations (UNEF, UEG, Solidaires étudiant·e·s, CGT FERC Sup, CAAEI, SIAG, Cisem, NPA‑R jeunes, UCL, Jeunes Insoumis) dans un communiqué commun. Syndicats étudiants ou de personnel, partis, mouvements de jeunesse, associations… Tous appelaient à se rassembler ce mercredi 15 juillet devant le bâtiment de la présidence de l’Université Grenoble Alpes (UGA) afin de soutenir le collectif des sans-facs dans son initiative.
Dans le cadre de la campagne pilotée par l’UNEF Grenoble, celui-ci organisait un dépôt collectif des dossiers de recours des étudiants recalés avant l’inscription en licence ou en master. Lesquels sont de plus en plus nombreux. « C’est une campagne qu’on mène tous les ans mais la sélection est chaque année de plus en plus brutale et de plus en plus importante », constate Léonce Subtil. Illustration, entre juin et octobre 2025, le collectif avait soutenu une dizaine de postulants, in fine tous inscrits à l’issue d’un long et âpre combat. Un chiffre déjà largement dépassé, cet été, après seulement quelques semaines de mobilisation.
« Étudier est un droit, pas un privilège », rappellent les pancartes et les slogans scandés par les manifestants.« Il y a actuellement une trentaine de dossiers déposés ou en cours de dépôt », précise ainsi le représentant de l’UNEF. « Une trentaine qu’on demande à l’Université Grenoble Alpes d’inscrire, ajoute-t-il, sachant que la campagne, elle, va continuer ». Le syndicat étudiant propose des permanences quasi quotidiennes sur le campus depuis les résultats de Parcoursup, le 2 juin, et ce, jusqu’à la fermeture de la fac, le 24 juillet au soir, avant de reprendre début septembre. D’ici là, d’autres étudiants devraient rejoindre la campagne des sans-facs, comme à la rentrée 2025. « Beaucoup de gens sont encore sur liste d’attente ou en tout cas ne savent toujours pas s’ils sont acceptés ou non », explique le militant.
Les drapeaux de l’UNEF aux premières loges.Ce dernier fustige par ailleurs l’absence de réponse de la présidence de l’UGA, que ce soit au mail de l’UNEF la semaine dernière ou aux sollicitations des sans-facs manifestant devant le bâtiment. Pourtant, dans ce type de cas, c’est bien la présidence de l’université qui décide en dernier ressort, ayant « le pouvoir d’inscrire qui elle veut », affirme Léonce Subtil. Avant cela, une commission étudie les dossiers. « Mais on connaît le fonctionnement de la sélection à l’université, c’est un peu du travail à la chaîne », nuance le responsable syndical. « Et dans les filières où il y a très peu de place, comme psycho ou droit, les refus sont quasiment automatiques. »
En outre, le choix final s’appuie essentiellement sur les notes et « ne prend pas du tout en compte les situations personnelles », déplore-t-il. C’est d’ailleurs ce que regrette Loubna [le prénom a été modifié], arrivée durant l’année 2023–2024 d’Algérie où elle était étudiante en L3 biologie. Venue en France pour rejoindre son père, qui souffre d’un handicap, elle a tenté de s’inscrire en troisième année de licence à l’UGA mais est recalée depuis plus de deux ans via Parcoursup. Qu’elle plaide sa situation personne et familiale particulière ou qu’elle mette en avant son cursus universitaire, rien n’y fait. Motif invoqué : « résultats scolaires insuffisants ».
Les manifestants ont écouté les prises de parole successives des organisations présentes. Un argument que réfute vivement Loubna : « J’ai un Bac+2 en biologie et en Algérie, nos études étaient en français. En plus, j’ai un bon niveau de français en TCF et j’ai même passé un test de français ici, à l’université », assure-t-elle. Désespérée par les refus d’inscription successifs, l’étudiante a finalement décidé de passer le Bac français en juin dernier… « Puisqu’ils semblent avoir un problème avec mon Bac algérien », justifie-t-elle.
Problème, « les vœux sur Parcoursup sont prévus avant les épreuves ». Ses très bons résultats et son succès n’ont pas été pris en tête. « Je suis sur liste d’attente, beaucoup trop loin », se lamente l’Algérienne. Malgré son Bac obtenu dans deux pays différents, malgré ses deux années de licence validées en biologie. Loubna s’est donc rapprochée de l’UNEF et du collectif des sans-facs, avant de déposer un dossier de recours ce mercredi. « Je suis même prête à m’inscrire en L1 », confie-t-elle. « Je n’ai pas le choix. Eux [NDLR : l’administration de l’UGA], ils veulent juste qu’on aille travailler dans les magasins. »
« La sélection, […] c’est un choix politique qui s’inscrit dans une politique beaucoup plus large du gouvernement, de casse de l’université. »
Pour Léonce Subtil, c’est justement cette fausse alternative que le ministère et donc le gouvernement entendent soumettre à une partie des étudiants. « Après le Bac, si tu ne vas pas à l’université, si t’es refusé sur Parcoursup ou Mon Master, t’as deux options : soit tu vas travailler à McDo ou dans un autre travail précaire, soit tu vas faire le nouveau service militaire qu’ils ont mis en place », décrypte-t-il, pointant la recherche par le patronat d’une « main d’oeuvre peu qualifiée, précaire et qu’on paye ainsi moins bien ». Besoins auxquels les universités accepteraient honteusement de se plier, estime-t-il.
Un rassemblement qui a fait du bruit.Parmi les manifestants, beaucoup en sont convaincus, la situation actuelle ne doit rien au hasard. « La sélection, ce n’est pas juste le hasard de la vie. C’est un choix politique qui s’inscrit dans une politique beaucoup plus large du gouvernement, de casse de l’université », assène le président de l’UNEF Grenoble. Et de citer l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires — appliquée en principe à la rentrée 2027 à l’UGA — avec des projets de hausse généralisée par la suite, ou encore la volonté de développer les partenariats public-privé. « Aujourd’hui, l’université n’est plus pensée pour être au service des étudiants, mais pour être rentable et au service des entreprises. »
Léonce Subtil comme plusieurs étudiants concernés évoquent également la question du « stress » qui gagne les sans-facs, dans l’attente du précieux sésame. « Car l’inscription, ce n’est pas juste l’accès à l’université », rappelle le militant. « Il y a des gens qui ont besoin de venir étudier pour avoir le statut étudiant qui permet d’accéder aux bourses et à certaines aides, d’autres fois pour changer de ville ou pour s’éloigner de situations familiales compliquées. »
Emmanuel Omolongo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI), est intervenu au micro.Pour beaucoup d’étudiants étrangers, déjà inquiets face à la suppression des allocations logement et à la fin d’exonération des droits d’inscription différenciés en 2027, « être inscrit à l’université est indispensable pour renouveler son titre de séjour », souligne Emmanuel Omolongo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI). « Ce ne sont pas seulement des dossiers, des procédures, que les algorithmes vont traiter », conclut l’étudiant béninois. « Mais ce sont des vies et des accomplissements avec lesquels on en est en train de jouer actuellement. »
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Publié le 10.07.2026 à 21:18
Travailleur Alpin
« Ce post est prêt depuis longtemps. » Ainsi débute la publication postée par Lauren Viguier sur Instagram, ce jeudi 9 juillet, pour commenter son exclusion et celle de son colistier Thomas Mandroux du groupe LFI au conseil municipal de Grenoble. Information que les deux élus affirment avoir « apprise par voie de presse » — en l’occurrence via un article du Dauphiné libéré. « Nous n’avons reçu aucun message, appel ou mail de la part du groupe, seulement constaté que nous n’étions plus dans les boucles Telegram des élu·es », s’exclament-ils dans un communiqué commun diffusé également ce jeudi.
Depuis leur participation au conseil municipal d’installation de Laurence Ruffin, le 27 mars, Lauren Viguier et Thomas Mandroux, élus à la suite de l’accord technique conclu dans l’entre-deux-tours entre les listes d’Allan Brunon et de la future maire de Grenoble, n’étaient plus réapparus sur les bancs de la France insoumise. Une absence qui interrogeait et que les récents événements éclairent donc d’un jour nouveau.
De fait, le ver était dans le fruit depuis de longues semaines, comme le confirme Lauren Vigiuier sur le réseau social. Ce post, la conseillère municipale et métropolitaine avait en effet « commencé à l’écrire depuis le jeudi 23 avril 2026, jour du conseil métropolitain d’installation ». Ce jour-là, la séance, émaillée d’interminables suspensions et discussions, s’était achevée, au bout de treize heures, par le malaise du futur président Guillaume Lissy, au coude-à-coude avec Raphaël Guerrero.
Allan Brunon au conseil métropolitain d’installation, fin avril.C’est aussi là qu’étaient apparues les premières fissures dans le groupe LFI, selon Lauren Viguier, qui explique aujourd’hui s’être opposée au maintien de la candidature d’Allan Brunon. « Je tente en vain d’éviter le pire : que la droite gagne la présidence de la métropole », raconte-t-elle. « Traitée en traîtresse » tout au long de la réunion de groupe, la désormais ex-élue insoumise s’insurge également du contenu des tractations menées entre Allan Brunon et Guillaume Lissy. « Il n’est nullement question d’avancées sociales et de mesures programmatiques, mais de petits postes pour lui et ses copains, et d’indemnités de mandat », accuse-t-elle, évoquant des « négociations absolument indignes d’un membre de la France insoumise ».
« Il était physiquement impossible d’exercer notre mandat dans ces conditions. »
Pour cette dernière comme pour Thomas Mandroux, le coupable de la rupture actuelle est clairement identifié. Tous deux dénoncent ainsi une « nouvelle violence » commise à leur encontre par le candidat LFI aux municipales, dont ils pointent les propos et les actes « violents, autoritaires, sexistes, LGBTphobes ». Face à un acharnement qu’ils qualifient de « harcèlement moral », il était, selon eux, « physiquement impossible d’exercer [leur] mandat dans ces conditions ». Il en allait de leur santé, affirment-ils.
Lauren Viguier et Thomas Mandroux assurent toutefois regretter de porter sur la place publique une polémique qui aurait dû rester et se régler en interne. « Par cette énième purge, Allan Brunon prend le risque de salir l’image de notre mouvement », déplorent les élus. Ceci, alors que « des démarches en interne étaient en cours » auprès des différentes instances compétentes de la France insoumise. Et qu’une demande de médiation par l’intermédiaire de la députée Élisa Martin aurait été refusée par le président du groupe LFI, d’après les deux exclus.
Ciblé nommément par ses anciens colistiers, Allan Brunon réagit d’abord froidement aux sollicitations du Travailleur alpin, maintenant sa position de « ne pas répondre à l’organe local de propagande du Parti communiste français ». Il prend néanmoins le temps de glisser un message au ton menaçant, invitant « certains à la prudence », avant de fustiger « la calomnie utilisée par ces deux militants pour masquer des problèmes politiques qu’ils ont avec la ligne de notre mouvement ».
Jean-Luc Mélenchon à Vencorex en mars 2025 : Lauren Viguier et Thomas Mandroux assurent qu’ils soutiendront le leader insoumis lors de la campagne présidentielle 2027. © Manuel PavardUne rupture liée à de banals désaccords politiques ? La thèse ne tient pas, rétorquent Lauren Viguier et Thomas Mandroux — membre du parti Révolution écologique pour le vivant (REV) d’Aymeric Caron — qui se disent fidèles à l’idéal insoumis originel, accusant Allan Brunon de « trahir constamment les principes » de la France insoumise. Eux le promettent, ils continueront à faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon en vue de la présidentielle 2027 ainsi qu’à se battre pour le passage à la VIe République et pour l’avènement de « la nouvelle France ».
« Pour également nous concentrer sur la victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 et la défaite du péril fasciste, nous présenterons notre démission de nos mandats municipaux et métropolitains. Nous rembourserons intégralement les indemnités perçues à ce titre », conclut le binôme.
Aucun des treize colistiers LFI initiaux ne figurant au-delà de la 46e place, les deux sièges laissés vacants au conseil municipal par la démission de Lauren Viguier et Thomas Mandroux ne pourront revenir à d’autres élus insoumis. Selon l’arithmétique, ce sont donc les deux suivants sur la liste, Myriam Messaoudi (47e) et Mohamed Belhadj (48e), tous deux élus sur la liste Oui Grenoble de Laurence Ruffin, qui devraient siéger en théorie au conseil municipal.
Au premier plan, Michelle Sy (Oui Grenoble), qui devrait prendre la place de Lauren Viguier à la métropole.La question se pose également pour la métropole de Grenoble puisque Lauren Viguier était conseillère métropolitaine. Et selon la même logique, c’est Michelle Sy, autre élue Oui Grenoble et 29e sur la liste des candidats au conseil communautaire, qui lui succédera sur les bancs de cette assemblée.
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Publié le 10.07.2026 à 10:53
Martine BRIOT
C’était leur souhait, savoir exactement à quoi correspondent les taxes millefeuille du papier bleu électrique. Rudy Prepoleski, secrétaire du syndicat CGT énergie Isère, était invité à décortiquer l’historique d’EDF pour expliciter la situation actuelle, née en 1905 de l’Éclairage en France, devenue entreprise nationale en 1946 (loi de la nationalisation de l’électricité et du gaz élaborée par Marcel Paul, ministre communiste) après des années de lutte de la CGT. Jusque-là tout est clair ! EDF entreprise florissante, novatrice et qui plus est, une entreprise où il fait bon travailler! En effet, dès 1947, cette entreprise se dote d’un comité d’œuvres sociales qui font des envieux.
En 1996, les premières directives européennes de l’ouverture du marché de l’électricité et du gaz vont tout faire basculer. Ces directives élaborées par la Commission européenne sont la traduction concrète de décisions prises antérieurement par le Conseil européen, c’est-à-dire la réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union européenne.
Doucement, mais sûrement, en huit ans la structure d’EDF vole en éclats. EDF devient une société anonyme et une autre société est créée pour le transport de l’électricité, le Réseau de transport d’électricité (RTE). Jusqu’alors, nous étions usagers, mais le 2 août 2004, nous sommes devenus clients différents – gros industriels, professionnels et consommateurs domestiques – de plusieurs producteurs, plusieurs transporteurs et plusieurs fournisseurs.
La traduction de ces évolutions figure sur votre facture. Des taxes, quelles taxes, pour qui, pourquoi ?
Toutes ces taxes sont soumises à la taxe globale finale, la célèbre TVA au taux de 20%. Si l’on calcule bien, et comme le souligne la CGT, la facture pourrait être moins salée!
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Publié le 09.07.2026 à 18:34
Manuel Pavard
Le 16 juin, soit deux semaines avant l’événement échirollois, le Sénat adoptait le projet de loi autorisant les boulangers et fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er Mai. Une attaque lourde de sens contre le seul jour férié chômé et payé du calendrier, au moment même où la gauche et les syndicats célèbrent les 90 ans des congés payés, créés en 1936, à l’époque du Front populaire. L’un des principaux conquis sociaux issus des accords de Matignon, signés par la CGT et le patronat, sous la tutelle du gouvernement de Léon Blum. Et surtout un héritage direct des grandes grèves et occupations d’usines lancées par les travailleurs dans toute la France.
Le parc Maurice-Thorez s’est vite rempli.Dans ce contexte, l’offensive de la droite et de ses alliés patronaux contre le 1er Mai apparaît comme une provocation aux yeux de la CGT Isère. Une raison de plus pour l’union départementale de fêter ce 90e anniversaire, mercredi 1er juillet, au parc Maurice-Thorez d’Échirolles. Avec la volonté de s’inscrire dans la continuité des mouvements revendicatifs de 1936, tout en rappelant l’importance cruciale des congés payés pour des millions de salariés.
Les militants et élus syndicaux ont débattu toute la matinée avec les acteurs associatifs du tourisme et des secteurs culturel et sportif.Au menu, une matinée de débats et discussions avec les élus CGT des comités sociaux et économiques (CSE), comités d’œuvres sociales (COS) et comités d’action sociale (CAS), des directions de syndicats, ainsi que des acteurs associatifs issus de l’économie sociale et solidaire (ESS) — en particulier dans les domaines du tourisme et des activités culturelles et sportives (FSGT, association Léo-Lagrange, Upcoop…). Puis, dans le cadre d’un partenariat avec la fédération de l’Isère du Secours populaire français, un repas offert à la population des quartiers populaires, bien souvent privée de loisirs et de vacances. Avant des jeux pour enfants, animés par la Maison des jeux, l’après-midi.
L’idée, explique Nicolas Benoit, secrétaire général de l’UD CGT Isère, c’était de concocter « un moment populaire » autour d’un double, voire d’un triple anniversaire : les 90 ans des congés payés donc, mais aussi les 80 ans de la création des comités d’entreprise et les 40 ans de Savatou, association de tourisme social présente à Échirolles en tant qu’intervenante. « On travaille avec Savatou pour faire des propositions aux CSE, COS et CAS sur les activités de tourisme et de loisirs », précise-t-il.
L’UD CGT et le SPF 38 offraient un repas aux habitants.Associés aux représentants du Secours populaire, les militants et élus syndicaux des différentes structures ont débattu, éclaire le responsable CGT, sur « les moyens de changer de paradigme et de ne pas se laisser manger par le tourisme marchand et par l’extrême droite ». Laquelle se matérialise par les figures de « Stérin et Bolloré qui achètent tout, notamment les Relay ». Outil qui permet ensuite à la mouvance d’essayer de « peser idéologiquement en y mettant un peu de propagande ».
Plusieurs stands étaient présents (Savatou, Upcoop, FSGT…).Contre ces attaques réactionnaires, la CGT se fait un devoir de résister et d’engager le bras-de-fer. Comme ses aînés, il y a 90 ans. « En 1936, le patronat et le gouvernement de Léon Blum concèdent aux salariés, sous la pression syndicale, des avancées sociales considérables », rappelle Nicolas Benoit. « À l’époque, le seul jour de repos non payé, c’était le dimanche, pour aller à l’église. On travaillait souvent 45 heures par semaine, voire plus… Donc ça a été un conquis : la semaine de 40 heures, les congés payés. Mais en 1936, les gens sont peu partis en vacances car ils étaient sidérés, ils ne savaient pas comment réagir à ça. En revanche, en 1937, beaucoup de gens sont partis en train, à vélo, etc. »
Malheureusement, qui dit progrès social pour les dominés dit tentative de rejet des dominants. « En 1936, 1945, 1947 ou aujourd’hui, on voit un patronat qui tente, avec certains politiques de droite, de dézinguer les conquis et détricoter tous les acquis du Conseil national de la Résistance (CNR). Et même s’ils sont freinés, ils continuent », déplore le syndicaliste. Et de citer la suppression du jour férié pour le lundi de Pentecôte ou plus récemment les attaques contre le 1er Mai.
Des tables prises d’assaut par la population, dans une ambiance conviviale.Le combat pour sauvegarder ces conquis sociaux n’est toutefois pas une fin en soi, souligne Nicolas Benoit, qui appelle également à se battre pour de nouvelles avancées sociales. « On doit réfléchir au travail autrement », poursuit-il, évoquant notamment « la question des 32 heures, fortement posée aujourd’hui, au regard de l’évolution de l’histoire ». De fait, on peut garder les congés payés et même avoir une semaine supplémentaire, si on ne se penche pas sur la « répartition du travail et des richesses », la lutte restera inachevée.
Une exposition sur les congés payés et l’éducation populaire était présentée dans le parc.En effet, la théorie et les grandes mesures doivent trouver une traduction concrète pour ne pas en rester au stade des belles idées. Ainsi, « les congés payés, c’est une chose, mais tout le monde ne peut pas partir en vacances », nuance le secrétaire général de la CGT Isère. D’où le partenariat avec le Secours populaire qui « offre aux familles les plus défavorisées des vacances pour les enfants », salue-t-il. Un effort auquel contribue également la CGT avec ses comités d’entreprise et ses centres de vacances dédiés. Autant d’éléments que les organisateurs de cette belle journée ont pu présenter à des habitants réceptifs et ravis de l’aubaine.
Militants et militantes CGT ont préparé et servi le repas offert aux Échirollois.Comme chaque année à pareille époque, la CGT donne rendez-vous sur le Tour de France lors du passage du peloton dans la région. Ce sont d’abord les unions locales de Chambéry et Voiron qui seront présentes sur le trajet de la 17e étape reliant les deux villes, le 22 juillet. Puis, le 24 juillet, une équipe cyclo de la CGT s’élancera de Bourg-d’Oisans en début de matinée, en marge de la 19e étape entre Gap et l’Alpe d’Huez, pour gravir les mythiques 21 virages menant à la station iséroise.
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Publié le 06.07.2026 à 18:25
Daniel Oriol
À Roussillon, l’union locale CGT n’a pas attendu la décision du congrès confédéral de Tours de début juin pour créer un syndicat interentreprises. Dès 2023, après avoir contacté l’ensemble des syndiqué.es isolé.es, une assemblée constitutive a permis d’élire un bureau et de rédiger des statuts accompagnés de deux orientations principales : former tous les adhérent.es, et créer des bases syndicales.
Plusieurs résolutions ont été adoptées lors de ce congrès. La première vise à mettre à la disposition des soixante adhérents quelque quarante-cinq stages de formation syndicale. La deuxième a porté sur la création de deux bases syndicales, projet bien avancé qui devrait voir le jour très bientôt.
Une mission a été confiée par l’union locale à ce syndicat inter-entreprises, celle de l’accompagnement des syndicats en difficulté en prenant temporairement en charge la gestion des cotisations, le financement des formations le temps qu’ils retrouvent un effectif suffisant pour fonctionner de façon autonome.
Une vue partielle es congressistes.L’évolution du nombre d’adhérent.es de ce syndicat inter-entreprises montre bien la nécessité de donner toute leur place aux syndiqué.es isolé.es puisque de 33 cotisant.es en 2024, le nombre de cotisants enregistré ce 4 juillet à l’ouverture du congrès est passé à 61.
Une troisième résolution a été votée lors de congrès : donner une place à chaque syndiqué.e dans la vie de la CGT.
A l’issue du congrès une nouvelle équipe de direction a été élue, 100% féminine :
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Publié le 05.07.2026 à 18:32
Luc Renaud
« La région et le département fonctionnement dans la logique de l’appel à projets. Les compagnies sont amenées à proposer des créations qui entrent dans le cadre de critères établis par l’institution. Cela revient à une entrave à la création. Je crois au contraire que nous devons mettre au centre de nos politiques culturelles locales la liberté de création. » Iseult Brenier est adjointe apparentée communiste, à la culture à la mairie de Saint-Martin‑d’Hères. Tout comme le sont Lencka Popravka à Échirolles et Alexis Monge à Grenoble. Trois élus qui échangent et partagent des convictions affirmées.
Alexis Monge situe l’enjeu de ces politiques dans le cadre du pouvoir des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). « Ces multinationales américaines captent non seulement nos données, mais surtout travaillent à modifier nos imaginaires, à prendre le pouvoir culturel à l’échelle planétaire. Face à cette offensive, notre ambition est celle du renforcement du lien social et de la création culturelle par et pour les habitants. » Cadre posé qui appelle des politiques culturelles non seulement transversales – équipements culturels, associations, services enfance et jeunesse, centres sociaux… –, mais aussi exprimées, exposées, affichées comme telles avec l’objectif de « donner envie de lâcher son téléphone ».
Lencka Popravka l’explicite dans une collaboration entre une institution culturelle reconnue et les politiques de la petite enfance. La scène de la Rampe « organise des résidences d’artistes. L’une des ces résidences a développé un projet dans les crèches et les écoles de la ville. Au départ, les familles – et notamment les mamans – venaient récupérer les gamins à la porte de la salle. Au fur et à mesure, les parents ont été invités à assister aux représentations. Avec leurs enfants, ils sont devenus « légitimes à entrer ». C’est cette déconstruction des murs frontières que nous voulons favoriser ».
Pour ce faire, les trois adjoints communistes ne partent pas de rien, pour le moins. C’est particulièrement vrai à Échirolles et Saint-Martin‑d’Hères. « Je n’imaginais pas la richesse de l’action culturelle de la ville », témoigne Iseult Brenier. « À Échirolles, c’est un foisonnement d’initiatives de programmes, de manifestations très diverses », note Lencka Popravka. À Échirolles, trois musées, une scène conventionnée art et création – la Rampe –, un conservatoire de musique, un centre du graphisme… À Saint-martin‑d’Hères, une salle de spectacle, l’Heure bleue, un centre d’art contemporain – l’espace Vallès, reconnu nationalement –, l’espace culturel René Proby, Mon Ciné, salle art et essai.… Tandis que Grenoble accueille la MC2, mais aussi la Belle électrique ou l’Ampérage, l’Espace 600, le musée de peinture, le musée dauphinois, etc. « La culture représente 10% du budget de la ville », souligne Alexis Monge. Le fruit de décennies d’engagement de municipalités de gauche aux côtés de la création artistique et de ses acteurs.
Des acquis, des atouts, qui sont aujourd’hui confrontés à une crise budgétaire. Les finances des collectivités locales sont gravement affectées par les politiques d’austérité des gouvernements qui se sont succédés. Mais plus encore « nous sommes confrontés à une crise inédite : la consommation d’objets culturels prend le pas sur les pratiques culturelles, les arts vivants », souligne Alexis Monge.
D’où l’ambition partagées par les trois élus de tisser des liens entre les publics, de favoriser la diversité des initiatives des institutions culturelles, de dépasser l’opposition entre « culture savante » et « culture populaire ».
« Nous devons aller vers un appropriation par les habitants des lieux qui portent l’étiquette de la culture », estime Iseult Brenier en prenant l’exemple de l’espace René Proby. « c’est un lieu de création vivante dont le quartier peut peut-être davantage s’emparer ». Ce qui passe parfois par des initiatives simples. « En période de canicule, les enfants ont pu suivre leur cours dans des salles du musée de Grenoble, au milieu de tableaux ; ce n’était pas une visite de musée avec commentaires savants – ce qui est très utile par ailleurs – mais simplement de l’art au quotidien, en plus de la fraîcheur de la climatisation », explique Alexis Monge. Tout comme Lencka Popravka se félicite de l’impact dans le quartier populaire de la Luire de l’activité de l’école de cirque Aux agrès du vent. Un va-et-vient culturel qui peut s’appuyer sur les associations comme sur les acteurs culturels, avec un objectif : valoriser toutes les cultures, permettre l’accès des cultures dites populaires – parce qu’elles sont constitutives d’identités sociales, communautaires ou festives – à la reconnaissance. « Ce n’est pas seulement « aller vers », c’est aussi s’ouvrir et accueillir », résume Lencka Popravka. En utilisant l’outil de « l’hybridité », ajoute Alexis Monge, la capacité à irriguer d’actes culturels l’ensemble des politiques publiques qui s’adressent aux habitants.
Trois mois après leur entrée en fonction, les trois élus découvrent. « J’ai tout de suite été plongée dans le grand bain », sourit Iseult Brenier. « Découvrir les rouages des institutions, rencontrer les associations, les acteurs culturels, l’administration… », décrit Lencka Popravka. Avec un constat commun aux trois villes, l’engagement, l’investissement sans faille des agents qui animent les différents services et équipements culturels.
Trois élus communistes en charge de la culture dans les trois premières villes de l’agglomération grenobloise et une vice-présidente communiste en charge de ce secteur à la métropole, c’est sans nul doute un atout pour les habitants de l’agglomération. « On se connaît, on se parle, on échange sur nos pratiques et nos difficultés… c’est une vraie richesse », souligne Alexis Monge.
Comme un nouveau chapitre qui s’ouvre dans la très riche histoire culturelle de l’agglomération grenobloise.
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