Publié le 16.06.2026 à 14:36
Luc Renaud
Ce sera sans doute l’un des lieux forts en symboles et en colère de cette édition 2026 de la fête du TA. Une exposition de dix-neuf photographies sera présentée par le stand de la Société des lecteurs et lectrices de l’Humanité. Dix-neuf images prises à Gaza.
Elles sont issues de l’exposition I Grant You Refuge (Je t’accorde l’asile), une œuvre photographique collective poignante réalisée par six photojournalistes palestiniens (Jehad Al-Sharafi, Mahdy Zourob, Mohammed Hajjar, Omar Ashtawy, Saeed Jaras, Shadi Al-Tabatibi), qui nous plonge au cœur de la bande de Gaza. Un témoignage, au travers d’images fortes et émouvantes, des atrocités et des souffrances endurées par le peuple palestinien. Le titre de l’exposition s’inspire du poème éponyme de l’écrivaine et poétesse palestinienne Hiba Abu Nada, tuée dans sa maison dans le Sud de Gaza, à Khan Yunis, lors d’un raid israélien le 20 octobre 2023.
Alors que plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués et malgré le risque vital, les photojournalistes ont persisté à documenter la vie sous siège et au milieu d’un bombardement implacable et quotidien. Ces images racontent avec force la réalité de l’un des conflits les plus dévastateurs de notre époque, soulignant le rôle fondamental du journalisme indépendant dans la dénonciation des violations et des injustices.
Le vernissage de cette exposition aura lieu le vendredi 26 juin à 17h, en ouverture de la fête en présence notamment de Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens, d’Anne Tuaillon, président de l’Association France Palestine solidarité et d’Antoine Jacquet, membre de la flottille de Gaza 2026.
Les rendez-vous « solidarité Palestine » de la fêteOutre cette exposition de photojournalisme, on aura bien sûr rendez-vous au stand de l’Association France Palestine solidarité où l’on trouvera toute la documentation utile à l’information et à l’action solidaire avec le peuple palestinien, mais aussi de l’artisanat vendu au profit de projets humanitaires en Palestine ainsi que des falafels et autres propositions gastronomiques palestiniennes.
Autre rendez-vous à la librairie Joséphine Baker : Michel Cambon y dédicacera l’ouvrage 100 dessins pour la Palestine auquel il a contribué aux côtés de plumes internationales comme Art Spiegelman et Joe Sacco. Il sera accompagné de Lara et de son reportage BD sur l’élection présidentielle de 2022, Du pied gauche, vers 2027. Ce sera le samedi 27 juin de 16h à 19h. Une rencontre débat avec les auteurs est prévue à 16h45.
On notera également le débat qui aura lieu à l’espace débat le vendredi 26 à 17h15, dans la foulée du vernissage de l’exposition de photos gazaouies, sur le thème « L’extrême-droite contre le droit international ». Avec Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France ; Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens ; Leila Moussavian-Huppe, dirigeante nationale du PCF et Pascal Torre, historien et co-président de France Kurdistan.
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Publié le 16.06.2026 à 10:33
Travailleur Alpin
Adrianna Wallis, artiste, qui vit dans le Vercors, a découvert, 80 ans après les faits, grâce à l’historienne Sophie Juliard , que sa grand-mère, Diane Esmond, a été spoliée de ses biens à Paris . « Après le départ précipité de celle-ci pour New York, l’appartement parisien qu’elle occupait a été entièrement vidé par l’administration nazie, comme 38 000 autres dans la capitale : les toiles ont disparu, mais aussi le mobilier et jusqu’aux moindres objets du quotidien », apprend-on par France Culture.
Edouard Schoene, rédacteur au Travailleur alpin, a appris en 2025 que la bibliothèque municipale de Lyon avait identifié des livres spoliés à son grand-père Jacob Pawlotzky, à Nice, déposés à Lyon en 1945. Une recherche menée par Benjamin Ravier-Mazzocco, conservateur à la bibliothèque, permet d’identifier des livres portant l’ex-libris de Jakob Pawlotzky. « Jakob Pawlotzky, né en Russie dans une famille juive en 1881, docteur en médecine, érudit et polyglotte, a circulé en Allemagne, en Pologne, en France, en Italie et en Suisse, avant de s’installer à Nice en 1931. Il échappe de peu à une arrestation en 1943 puis se cache avec sa famille. Son appartement est entièrement pillé à l’été 1944 dont le contenu de son importante bibliothèque » comprenant 20 000 ouvrages, nous précise le podcast de France Culture.
Agenda trouvé parmi les livres spoliés de Jacob Pawlotzky.Le document de France Culture, relatif à la spoliation des biens de Diane Esmond, a été réalisé par Adrianna Wallis. L’artiste a également, dans le même temps, produit ou réactivé des performances et créations artistiques. Parmi ces réalisations, celle présentée à la galerie Anne-Laure Buffard à Paris. Adrianna Wallis, connue dans notre région, a produit une série d’œuvres remarquables très liées à la mémoire, en particulier expositions et livre sur les lettres perdues de la poste.
La bibliothèque de Lyon consacre une soirée, le 25 juin, aux livres spoliés à Jacob Pawlotzky.
Fabien Beaubois
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Publié le 16.06.2026 à 09:32
Luc Renaud
C’est une œuvre d’exception que les participants à la fête du Travailleur alpin vont pouvoir acquérir, les 26 et 27 juin prochains à Saint-Egrève. Otist, artiste reconnu de street art, a offert au Travailleur alpin l’un de ses tableaux, Héritage. Il sera édité en sérigraphie à tirage limité, tableau que l’on pourra s’offrir pour 110 euros. Précisons que ce montant sera déductible des impôts compte tenu de l’accord de partenariat scellé par le Travailleur alpin avec une fondation agréée par les pouvoirs publics.
Ce tableau dit beaucoup des valeurs et de l’engagement de l’artiste pochoiriste, tout à la fois humaines et déterminées. Et nos remerciements les plus vifs vont à Otist pour ce geste qui contribuera à l’équilibre financier de la fête tout en permettant l’accès à une œuvre sans doute marquante de l’art contemporain.
Rappelons que Otist travaillera en direct sur le site pendant les deux jours de la fête du TA où il a prévu de peindre deux tableaux. On pourra observer l’artiste en pleine création, ses techniques et ses méthodes de travail. Il sera accompagné du graffeur Lotus que l’on verra à l’oeuvre lui aussi pendant les deux jours de fête.
Une édition 2026 qui s’annonce foisonnante de propositions.
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Publié le 15.06.2026 à 16:22
Manuel Pavard
« Près de la moitié des agents sont en grève dans toute la région ; à Grenoble, on est à 55 % de grévistes chez les conducteurs et environ 30 % chez les contrôleurs. Et on a des postes avec 100 % de grévistes, comme le poste d’aiguilleur de Moirans qui est fermé. Ce qui veut dire qu’il n’y a aucun train qui circule aujourd’hui entre Valence et Grenoble. » Martin Vidal, conducteur de train et secrétaire de la CGT Cheminots Grenoble, se félicite de la mobilisation observée ce mercredi 10 juin. Il l’assure, « ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu des chiffres comme ça ». Et ce, localement comme nationalement.
Les agents de la CGT Cheminots et de SUD Rail s’étaient rassemblés devant la gare mais la CFDT et l’UNSA appelaient également à la grève ce 10 juin.Quatre syndicats de la SNCF (CGT Cheminots, SUD Rail, CFDT Cheminots, UNSA Ferroviaire) appelaient les cheminots à la grève dans toute la France. Une unité syndicale qui illustre l’ampleur du malaise régnant parmi les agents depuis de longs mois, pour ne pas dire des années. « La SNCF est dans un contexte de privatisation, avec des recherches de profits, des réorganisations constantes », explique le représentant syndical.
Le dernier conflit social en date, liée à la question des visites avant expédition (VAE), en fournit une parfaite illustration. Les VAE, ce sont ces contrôles de sécurité réalisés par les agents d’escale à l’arrivée des trains pour vérifier qu’aucun voyageur, bagage ou objet ne se trouve encore à bord. À plusieurs reprises en avril et mai, les syndicats ont appelé les cheminots à la grève contre la suppression de la procédure envisagée par la SNCF au 1er juin en gare de Grenoble — avec deux emplois menacés à la clé.
Les cheminots s’étaient mobilisés contre la suppression des VAE le 7 avril dernier.Un mouvement de grève bien suivi à chaque fois mais qui n’a pas suffi. « Malheureusement, on n’a pas pu faire changer de ligne la direction, donc c’est un projet qui a été mis en place », regrette Martin Vidal. Pour la CGT, aucun doute, cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des TER, programmée en 2032, dans le secteur de Grenoble et Chambéry. « On va couper des postes pour que les entreprises privées qui vont prendre la main dessus aient en fait un service rentable », dénonce le syndicaliste. C’est ainsi « de l’argent public qui, au final, va servir à financer des boîtes privées ».
Outre les suppressions de postes et les réorganisations — moins de jours et de périodes de repos notamment -, c’est aussi la rémunération qui cristallise le mécontentement des cheminots. « À la SNCF, nos salaires ne sont pas indexés sur l’inflation. On a des augmentations mais qui sont toujours inférieures à l’inflation : en fait, on perd du salaire finalement », déplore le conducteur du train. Les quatre organisations syndicales réclament donc l’ouverture de véritables négociations salariales au niveau du groupe SNCF.
Entre les pertes de missions, les « conditions de travail déplorables » et l’avenir aussi sombre qu’incertain, le tableau global n’est guère reluisant. D’où un « mal-être au travail » de plus en plus généralisé, comme en témoigne « l’explosion des arrêts maladie longue durée »… Et parfois pire. « Depuis le début de l’année, il y a eu treize suicides et quatre accidents du travail », s’inquiète Martin Vidal. « Et ça, pour nous, ce n’est pas décorrélé des baisses de budget et de la recherche de rentabilité au sein de la SNCF. » Un facteur « humain » qui explique en partie le succès de la mobilisation actuelle, selon lui.
La CGT Cheminot mobilisée contre l’ouverture à la concurrence.Des négociations sont actuellement en cours entre les syndicats et la direction sur cette question du mal-être au travail. Les cheminots espèrent maintenant que leur lutte contraindra la SNCF à lâcher du lest. Sans grandes illusions sur les objectifs de leurs adversaires. « Les capitalistes sont dans la recherche permanente du profit, ils cherchent toujours à étendre leurs revenus et leurs bénéfices », souligne Martin Vidal. « Le rail, c’est un endroit qui n’était pas encore privatisé, ils en profitent. »
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Publié le 11.06.2026 à 21:59
Manuel Pavard
En football, on appelle ça un but contre son camp. Ce mercredi 10 juin, Franck Sinisi en a même marqué plusieurs face aux juges, tant le prévenu a multiplié les déclarations contraires à ses intérêts. Défense de Mussolini, propos complotistes sur la thèse du « grand remplacement » et l’islamisation de Fontaine, promotion des catholiques traditionnalistes et intégristes, haine anticommuniste et plus largement à l’égard de la gauche… Durant près de trois heures, l’ancien conseiller municipal d’extrême droite de Fontaine n’a rien fait pour s’éloigner du portrait brossé de lui par les parties civiles. De quoi conforter le tribunal correctionnel de Grenoble qui a condamné Franck Sinisi à dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans.
L’Isérois de 54 ans était jugé pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion en récidive. En cause, des faits qui avaient défrayé la chronique, suscitant un torrent d’indignation, le 19 septembre 2025, à Fontaine. Ce jour-là, les fidèles fréquentant la salle de prière musulmane Eugénie-Cotton, rue Marguerite-Tavel, avaient découvert huit os de côtes de porc et du saucisson déposés devant la porte d’entrée et une inscription — « Charlie Martel 732, islam dehors » — taguée sur une fenêtre.
Les os de côtes de porc et le saucisson découverts devant la salle de prière musulmane, le 19 septembre 2025.Les investigations avaient ensuite permis de prélever sur les côtes de porc un ADN, celui de Franck Sinisi. Dans les sphères militantes locales, l’homme est connu comme le loup blanc. Une figure de l’extrême droite dans l’agglomération grenobloise. Et plutôt l’extrême droite radicale pour cet ancien disciple de Jean-Marie Le Pen qui insiste à la barre sur la différence entre le Front national et le Rassemblement national. « Quand on me traite d’ancien du RN, je me sens insulté », lance tout naturellement l’ex-frontiste.
Mais le prévenu est surtout déjà connu de la justice pour des faits similaires. En février 2017, celui qui était alors élu sous l’étiquette Front national avait provoqué une intense polémique en pleine séance du conseil municipal, à Fontaine, par ses propos visant les Roms. Il suggérait en effet de « récupérer leurs dents en or » afin de financer leur hébergement. Exclu du FN, avant de rejoindre Civitas, Franck Sinisi avait été jugé pour « incitation à la haine raciale » par le tribunal correctionnel. Puis définitivement condamné, en 2019, par la cour d’appel de Grenoble, à deux mois de prison avec sursis et quatre ans d’inéligibilité. Le préfet de l’Isère l’avait enfin déclaré démissionnaire d’office de son mandat, en 2020.
Tout au long de la procédure, le mis en cause avait nié farouchement, inventant une histoire à dormir debout sur des côtes de porc récupérées dans sa poubelle par une tierce personne afin de lui nuire. Volte-face complet devant le tribunal : « J’ai menti par panique. C’est moi qui ai déposé les os et le saucisson. » Mêmes aveux pour les inscriptions racistes et islamophobes — bien qu’il conteste sans surprise les qualificatifs.
Franck Sinisi sort de la salle d’audience, précédé de son avocat Me Grobel.S’il ne nie plus les faits et les propos tenus, il semble néanmoins ne ressentir aucune culpabilité. Sa condamnation de 2017, confirmée en appel en 2019 ? A cause des « pressions du Parti communiste et de la gauche ». Les ossements de porc sur le pas de la salle de prière musulmane ? « J’avais des problèmes de santé, j’étais en dépression », se justifie-t-il. Pour lui, « ce n’était pas une provocation ». « Je voulais lancer un message : vous nous dérangez, rentrez dans votre pays ! » Mais à quel pays fait-il allusion ? La « Musulmanie » (sic) ? Visiblement, pour Franck Sinisi, un musulman n’est jamais de nationalité française.
Le prévenu l’assure, étant « fils et petit-fils d’immigrés italiens », il ne peut être raciste. « Je n’ai rien contre les musulmans, prétend-il, je suis contre l’islamisation de la France »… Et de Fontaine où « il y avait deux églises mais il n’y en a plus ». La faute, selon lui, au « grand remplacement », la fameuse théorie développée par l’écrivain identitaire Renaud Camus, pourtant démentie par toutes les études un peu sérieuses mais devenue une sorte de totem pour l’extrême droite radicale. Franck Sinisi aurait d’ailleurs des chiffres, confie-t-il aux juges : « Aujourd’hui, à Fontaine, 80 % des commerces sont tenus par des musulmans. » Source, l’institut « Au doigt mouillé ».
Me Yvan Grobel et Franck Sinisi au cours de l’audience devant le tribunal correctionnel de Grenoble.Le président Alain Troilo évoque alors les recherches en sources ouvertes de ses comptes sur les réseaux sociaux, citant quelques exemples de commentaires édifiants. Petit florilège : « La religion musulmane et la religion juive sont les deux cancers de ce monde » ; « Les LGBTQIA n’ont pas leur place sur Terre mais en enfer ». Sans compter le soutien au « camarade nationaliste » Hervé Ryssen, star des négationnistes, ou encore les publications pro-Mussolini. « Cela ne donne pas un portrait très flatteur de vous », souligne le magistrat qui, en tant que « fils d’immigrés italiens » lui aussi, s’indigne de l’éloge du Duce. L’échange qui suit est assez surréaliste. Le président : « Si on vous traite de facho, c’est plutôt un compliment alors ? » Franck Sinisi : « A partir de maintenant, oui ! »
Durant toute l’audience, le militant d’extrême droite semble minimiser, voire justifier son acte. « Vous vous prenez un peu pour le centre du monde », le tance Alain Troilo. « Comprenez-vous que déposer des côtes de porc devant leur lieu de culte soit blessant et insultant pour des musulmans ? », lui demande Me Bienvenue Gomis, avocate de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Réponse : « C’est moins grave qu’un attentat. »
Me Gomis pointe la « dangerosité » de Franck Sinisi. Le racisme n’est pas une opinion en effet, c’est un délit, rappelle-t-elle. Pour lui, « le noir, le musulman, le Juif n’est pas français ». Avec l’inscription « Charlie Martel 732 » — référence à Charles Martel détournée à l’époque par Jean-Marie Le Pen (« Je suis Charlie Martel ») et à la bataille de Poitiers —, Franck Sinisi lance « un appel à la guerre civile contre les Français impurs », estime l’avocate. « Sa pensée raciste est illégale et doit être punie. »
Devant la salle, les avocats des parties civiles, Me Bienvenue Gomis pour la LDH, Me Pierre Janot pour le MRAP.Avec la référence à Charles Martel, « ce que Franck Sinisi mène, c’est un combat civilisationnel », abonde Me Pierre Janot, avocat du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). Ce dernier est formel, « on ne changera pas M. Sinisi. C’est quelqu’un d’intrinsèquement raciste ». « M. Sinisi n’a aucune compassion, aucune empathie », assène de son côté l’avocate de l’Association cultuelle des musulmans de Fontaine. Avant de lui adresser un message sans équivoque : « Qu’il aille vivre dans l’Italie de Meloni ! Ce n’est pas au Français de se plier à M. Sinisi. »
« L’existence même des musulmans, des Maghrébins, est une provocation à ses yeux et lui pose problème. M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Prenant la parole pour les réquisitions du ministère public, Inès Delay, procureure de la République adjointe, dénonce « la multiplication des propos haineux et séparatistes qui prolifèrent dans l’espace public, virtuel et concret », insistant sur la nécessité de les combattre et réprimer. Selon elle, l’infraction est caractérisée. Certes, il n’y a pas d’atteinte à la personne mais on constate « une volonté de souiller, de salir, de provoquer ». « L’existence même des musulmans, des Maghrébins est une provocation à ses yeux et lui pose problème », affirme la magistrate. « M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Inès Delay fustige « un homme qui va constamment rejeter la responsabilité sur les autres, un homme désespéré et vindicatif ». Problème, depuis ses propos de 2017, Franck Sinisi n’a tiré aucune leçon de sa condamnation, déplore-t-elle : « Là, il passe à l’étape supplémentaire, il a durci sa position, il est dangereux. L’enjeu de ce dossier est donc de lui mettre un coup d’arrêt juridique. » La procureure adjointe requiert donc dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, 150 heures de travaux d’intérêt général, l’interdiction de détenir une arme, l’indemnisation des parties civiles, la privation de son droit d’éligibilité ou encore la diffusion du jugement dans différents médias.
Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi.Dans un tel contexte, Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi, n’a pas la tâche facile. Première surprise, contrairement à l’habitude des militants d’extrême droite de choisir des ténors du barreau identitaires et néo-fascistes — souvent anciens du GUD à Assas —, le prévenu est « venu consulter un avocat qui ne partage pas ses idées », indique celui-ci. Lui aussi se dit choqué par les faits et par « l’atteinte au vivre ensemble ». Mais Me Grobel invite les juges à « voir ce dossier sous l’angle humain », dans une plaidoirie plutôt digne et réussie, malgré la difficulté de défendre un tel client. L’avocat de la défense invoque « l’oisiveté », la nécessité ressentie par le prévenu de « remplir le vide » de son existence, sa « vanité ».
Au moment de s’exprimer en clôture des débats, Franck Sinisi tente de « s’excuser envers la communauté musulmane ». Chacun jugera de la sincérité… Quant à sa promesse de ne plus faire de politique, difficile de la juger crédible en voyant le quinquagénaire assister dimanche 7 juin, au cimetière du Touvet, à la cérémonie d’hommage à quatre terroristes de l’OAS, organisée par des associations d’extrême droite pro-Algérie française. Une présence attestée par des photos prises sur les lieux.
Franck Sinisi, qui prétend ne plus faire de politique, était au Touvet pour l’hommage à Claude Piegts et trois autres anciens terroristes de l’OAS, dimanche 7 juin.Après s’être retirés un moment pour délibérer, les trois juges reviennent annoncer leur décision. Franck Sinisi est condamné à dix mois de prison avec sursis entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, une privation d’éligibilité de cinq ans. Il devra également indemniser l’ensemble des parties civiles (entre 500 et 1000 euros par association) et a l’obligation de suivre des soins et trouver un travail. Enfin, le jugement sera publié dans Le Monde, Le Dauphiné libéré et Les Affiches.
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Publié le 11.06.2026 à 00:07
Manuel Pavard
« Si nous sommes réunis aujourd’hui, […] c’est pour contester l’idée qu’il existerait sur notre territoire des enfants qui mériteraient moins que les autres. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. » Au micro, Valérie Favier, professeure des écoles et représentante de la FSU-SNUipp, résume le sentiment général animant les manifestants rassemblés devant elle, dans la cour de l’école Le Lac, au cœur du parc Jean-Verlhac, à la Villeneuve. De enseignants, accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et parents d’élèves issus en grande majorité des écoles Le Lac et Anatole-France.
Les personnels de deux des écoles les plus pauvres de l’académie se sont mobilisés ensemble, aux côtés de parents d’élèves.Deux écoles primaires grenobloises mais situées dans des quartiers distincts, l’une à la Villeneuve donc, l’autre à Mistral. Pourtant, leurs points communs sont plus nombreux que les différences, justifiant amplement la mobilisation commune — laquelle s’inscrit également dans le mouvement de contestation touchant de nombreuses écoles grenobloises. « Les écoles Le Lac et Anatole-France accueillent parmi les publics les plus fragiles de ce territoire et même de l’académie, souligne Valérie Favier, en témoigne leur IPS » [NDLR : l’indice de position sociale est un indicateur qui résume les conditions socio-économiques et culturelles des familles des élèves accueillis dans l’établissement].
L’enseignante dépeint un tableau particulièrement préoccupant : « La pauvreté, la précarité, les difficultés d’accès aux soins, au logement, à une alimentation digne, sont le quotidien de nombreuses familles qui nous accompagnent. » Quant aux enfants en situation de handicap, ceux-ci « attendent souvent des mois, parfois des années, les accompagnements auxquels la loi leur donne droit », s’insurge-t-elle.
Dans ces deux établissements scolaires, « la situation est devenue insoutenable », affirment la FCPE Isère et les syndicats FSU-SNUipp 38, CNT Éducation 38 et Sud Éducation 38 dans un communiqué commun. Pour couronner le tout, six élèves de l’école Anatole-France ont été témoins de la fusillade — qui a fait un mort et quatre blessés — survenue le 26 mai dernier dans le quartier Mistral, à quelque 200 mètres du bâtiment. Ce qui a provoqué « un traumatisme majeur pour les enfants comme pour les adultes », constatent ces organisations.
Davantage de moyens, pour de meilleures conditions d’apprentissage offertes aux élèves.Les enseignants, qui ont dû recueillir la parole des élèves et les accompagner après ces faits, se sont une fois encore sentis abandonnés. Mais si ce n’était pas eux, qui l’aurait fait ? « Nous portons à bout de bras un service public fragilisé », dénonce Valérie Favier. « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir des conditions d’accueil dignes. Mais nous atteignons aujourd’hui les limites de ce qui est humainement supportable. »
L’élue SNUipp confie ainsi qu’à l’école du Lac, « trois personnels de direction se sont effondrés, sous le poids de leurs responsabilités ». Et à Anatole-France, il s’agit carrément de l’ensemble de l’équipe, soit douze personnes. « Mais combien d’autres collègues AESH, ATSEM, enseignants, se sont effondrés silencieusement ? », s’interroge-t-elle, en prenant à témoin les manifestants.
« Lorsque des enfants sont privés des accompagnements indispensables à leur scolarisation, ce n’est pas seulement un dysfonctionnement administratif. C’est une atteinte à leurs droits fondamentaux, une rupture de l’égalité. »
« Ça fait deux ans qu’on demande à ce qu’il y ait plus de temps de direction pour accompagner au mieux les familles », grince Elsa, enseignante au Lac. Elle évoque ces arrêts de travail qui se multiplient chez ses collègues. « On est épuisés de combler les manques de moyens qui nous sont donnés par l’institution », explique-t-elle. Cet établissement classé en réseau d’éducation prioritaire (REP+) devrait normalement bénéficier d’une priorité de remplacement. Mais ça, c’est la théorie, selon Elsa : « On a une collègue qui est arrêtée depuis novembre. Dans cette classe, ils ont eu quelqu’un de temps en temps mais ce n’est pas toujours assuré », euphémise-t-elle.
Valérie Favier, enseignante à la Villeneuve et élue FSU-SNUipp, s’est longuement adressée aux manifestants.Problème, dans ce cas, « ceux qui en pâtissent le plus, ce sont les enfants », déplore l’instit’. « Lorsque des enfants sont privés des accompagnements indispensables à leur scolarisation, ce n’est pas seulement un dysfonctionnement administratif. C’est une atteinte à leurs droits fondamentaux. Une rupture de l’égalité », assène Valérie Favier. Et d’ajouter : « Nous refusons que les plus vulnérables soient toujours les premiers sacrifiés quand les moyens manquent. »
Avec sa fille en CE1 et son fils entrant en maternelle — tous deux au Lac -, Stéphanie est aux premières loges et reconnaît que « ça empire chaque année ». Dans la cour de l’école, l’habitante de la Villeneuve est venue manifester son soutien au personnel éducatif mais également crier sa colère contre « l’abandon » qu’elle ressent. « Ce n’est pas parce qu’on vit dans un quartier qu’il faut nous abandonner. Nos enfants aussi peuvent réussir et aller loin… comme tout le monde ! »
Stéphanie regrette que l’aide demandée pour son fils à la rentrée lui ait été refusée. « Il a de grosses lacunes pour parler mais on m’a répondu que ça n’avait pas d’intérêt car il n’était qu’en première année de maternelle », raconte-t-elle, pourtant convaincue que c’était le moment idéal pour « rattraper ce qui n’a pas été acquis. Pour moi, plus c’est pris tôt, plus il pourra avancer », poursuit la mère de famille.
Une parent d’élève membre de la FCPE a pris la parole également.Pour que le fils de Stéphanie soit suivi correctement, il aurait fallu un ou une AESH. Mais au Lac comme à Anatole-France, les élèves en situation de handicap sont particulièrement touchés par le manque de moyens. « De nombreuses notifications d’accompagnement ne sont pas respectées », expliquent les syndicats. « Des heures d’AESH manquent chaque semaine et des enfants attendent toujours une place dans les structures spécialisées auxquelles ils et elles ont droit. »
En grève ce mardi 9 juin, les AESH sont également mobilisées à l’école Le Lac. Première revendication : réclamer un statut de fonctionnaire de catégorie B. « C’est quand même la moindre des choses parce qu’il faut savoir que 98 % des ARSH sont à temps partiel », précise Émilie, AESH, au micro. Résultat des courses, « un salaire moyen de 1000 euros… donc pour vivre, c’est impossible. Le rectorat ne nous donne pas les moyens pour faire notre métier correctement. »
Émilie, AESH en grève, exprime au micro la colère d’une profession méprisée et maltraitée.Les AESH demandent ainsi depuis belle lurette des formations. « Il faut savoir que nous ne sommes pas formés, on se forme sur le terrain, donc parfois c’est compliqué », indique Émilie, qui fait part de leur profonde fatigue : « Nous sommes à bout de souffle ! » Le gouvernement aurait pourtant tort de les snober, avertit-elle. « Nous sommes le deuxième métier de l’Éducation nationale et sans AESH, l’inclusion se ferait très difficilement. »
À toutes ces difficultés s’ajoutent aujourd’hui des fermetures de classes annoncées — comme dans beaucoup d’autres établissements scolaires locaux — dans les deux écoles primaires. Des décisions qui entraîneront une dégradation des conditions d’apprentissage et une surcharge supplémentaire pour des équipes déjà épuisées, à en croire les nombreux témoignages concordants.
En attendant la réponse des services académiques, les organisations syndicales ont listé une série de revendications. Des mesures à appliquer immédiatement, selon elles : l’annulation des fermetures de classes au Lac et à Anatole-France, le renforcement des moyens humains dans les deux établissements, le respect des notifications d’accompagnement des élèves en situation de handicap, l’attribution des moyens AESH nécessaires, le renforcement des moyens de direction, une prise en compte réelle de la souffrance au travail des personnels et des besoins spécifiques de ces écoles.
Belle mobilisation dès le début de matinée, dans la cour de l’école du Lac.Enseignants, AESH, parents d’élèves… Tous s’accordent sur un point : cette mobilisation est menée avant tout pour les élèves. Pour les syndicats, « les élèves des écoles Le Lac et Anatole-France ne peuvent pas être les sacrifié·es de l’école publique ». Valérie Favier ironise d’ailleurs sur les réponses qui leur sont souvent apportées : « Quand on dit qu’on souffre dans ces écoles, on nous demande de partir, de faire mouvement. Mais nous, on ne veut pas quitter le navire. On veut des conditions décentes pour nos élèves. »
Stéphanie a, elle, un message à adresser : « J’aimerais bien que le rectorat ouvre un peu les yeux, ce n’est pas parce qu’on vit dans un quartier qu’on mérite d’être abandonnés. On est des familles comme tout le monde. »
Jasmine Nebili, conseillère municipale insoumise à Grenoble, a suivi toute sa scolarité à la Villeneuve.Cet article Grenoble. Mobilisation générale dans les écoles Le Lac et Anatole-France est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 10.06.2026 à 14:43
Luc Renaud
Otist a grandi dans la peinture. Sa maman a étudié à l’école des Beaux arts, il a toujours dessiné, photographié… Premier déclic : un voyage à Londres. « J’ai vu des œuvres de Banksy, et je me suis dit, un peu naïvement sûrement : « pas si difficile ! » Un artiste important du street art était né.
Otist commence à travailler et trouve la technique qui lui convient, celle du pochoir. Dans l’univers des cultures urbaines, mais peut-être « une autre mentalité que le graff, plus ouverte ». Vient ensuite un second déclic, la naissance de son fils. « Dans quel monde va-t-il grandir ? », s’interroge le jeune père. A la maîtrise technique s’ajoute ce questionnement qui s’exprime dans ses œuvres : ce seront des tableaux qui expriment des messages de paix et de justice, comme celui qui évoque le génocide à Gaza, avec une peluche d’enfants éclatée.
Otist utilise la technique de street art du pochoir.La technique du pochoir offre la possibilité d’un travail, d’une réflexion en amont. L’œuvre murit avant d’affronter la rue. Une dimension qui est aussi celle du collage. Le principe est de créer à domicile, puis de coller le tableau sur un mur, un support… une autre expression du street art – du coup, comme « il n’existait pas de festival de collage en France et nous l’avons créé au Minimistan », se réjouit Otist ; pour sa deuxième édition en octobre dernier, le festival a réuni les créations de quatre cents artistes du monde entier.
Et c’est la conjugaison de cette maîtrise technique et de cette envie de dire au monde qui fait la force du travail d’Otist.
« Le street art est devenu un produit de spéculation, enfermé dans des galeries qui lui retirent son âme. Cette peinture, c’est ma réponse : un retour à la rue, à l’état sauvage. À une époque de conformisme absolu, sortir du cadre est un pur réflexe de liberté. C’est refuser de suivre le troupeau pour tracer sa propre voie. L’humain détruit, calcule et spécule ; l’animal, lui, reste digne, indomptable et authentique. L’art est dans la rue. Restons sauvage » , commente Otist sur Insta à propos de ce tableau.Un travail désormais reconnu par ses pairs du street art et par un public plus large. « Peindre dans la rue, c’est s’exposer au risque d’être recouvert ; mais il arrive maintenant que des dessins soit entourés d’autres tableaux, sans être abîmés. »
Des tableaux que l’on pourra découvrir à la fête du Travailleur alpin où Otist peindra au pochoir deux œuvres pendant la fête sur des supports de 5 mètres carrés prévus à cet effet. Cette fête « je la découvre », concède Otist. Il a lui-même pris contact avec les organisateurs après qu’un ami lui en ait parlé et qu’il ait noté la présence de Rim’K dans la programmation de cette édition 2026. « Je suis un enfant du rap, 113, j’ai été bercé avec ça ». Contact pris, entente immédiate. « Je partage ces valeurs ; c’est une belle histoire, de festival, ça fait partie du patrimoine de Grenoble », et puis, « coco, c’est pour le peuple, ça me parle », nous dit-il, lui qui, dans le civil, est ouvrier dans les ateliers d’une entreprise de transport. Ses œuvres témoignent régulièrement de son engagement contre l’extrême droite et le racisme.
Otist a hâte du « plaisir de l’événement ; j’aurai l’impression d’être chez moi », assure-t-il. Un plaisir assurément partagé par le public de la fête qui pourra voir travailler l’artiste vendredi et samedi 26 et 27 juin à Saint-Egrève, juste au milieu du parc Marius Camet.
L’art est mon arme.
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