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Le Travailleur Alpin

Publié le 01.04.2026 à 15:59

Manuel Pavard

Sur la page d’accueil du site de la MC2, un message informe les spectateurs : « En raison du mouvement social en cours, suivi par une partie du personnel de la MC2, les représentations du spectacle Taire prévues ce mercredi 1er avril et jeudi 2 avril sont annulées. » Annulation également — comme la veille — pour le spectacle Richard III ce mercredi, le concert Wagner/Liszt étant en revanche maintenu. Cela fait ainsi plus d’une semaine que la grève menée notamment par les équipes techniques perturbe fortement la programmation de la maison de la culture. « Lundi, en fin de journée, on a fait une proposition de sortie de grève à la direction, qu’elle a refusée », déplore le Syndicat national des professionnels du théâtre et des activités culturelles (Synptac-CGT).

À l’origine du conflit, débuté mardi 24 mars, une démarche de la direction « visant à dénoncer l’usage issu de l’accord de mise en place du CSE » (comité social et économique), expliquent le syndicat et les salariés mobilisés. Bien qu’arrivé à son terme, « cet accord continue d’être appliqué depuis 2023 et constitue un usage encadrant notamment la participation des membres suppléants, certaines modalités de fonctionnement du CSE ainsi que des dispositions relatives à l’exercice des mandats », ajoutent-ils.

Les grévistes accusent la direction de la MC2 d’entraver le dialogue social en modifiant le fonctionnement du CSE.

Or, avertissent les représentants du personnel, la dénonciation de cet usage conduirait à « réduire les moyens du CSE ». Et ce, « au moment même où l’instance doit exercer pleinement ses prérogatives dans le cadre du droit d’alerte économique ». Ce mouvement de grève intervient en effet dans un contexte économique et social particulièrement dégradé, la MC2 devant soumettre prochainement au conseil d’administration un nouveau vote du budget 2026 demandé par les autorités de tutelle (Métropole, Département, Région, État).

Déficit d’1,25 million et plan d’économie de 850 000 euros

Inquiet devant la situation financière de l’établissement, « marquée par un déficit d’environ 9 %, soit près de 1,25 million d’euros », selon le Synptac-CGT, les représentants du personnel ont donc déclenché une procédure de droit d’alerte économique au sein du CSE. Car en parallèle, « un plan d’économies d’environ 850 000 euros est également envisagé » avec, craignent-ils, des répercussions sur la programmation, l’activité, les conditions de travail, l’emploi et le volume horaire des intermittents dans les mois à venir.

« Ce mouvement vise à défendre les droits des salariés et à préserver les moyens nécessaires à l’exercice des missions du CSE et des représentants du personnel ainsi qu’à l’obtention de l’ouverture rapide d’un dialogue social sérieux », indiquent par ailleurs les grévistes dans un tract diffusé aux spectateurs le 24 mars, au commencement de la grève. Ceux-ci soulignent en outre le « rôle essentiel » du CSE, qui peut à la fois analyser les données financières, interroger la direction, demander des expertises, défendre les intérêts des salariés — qu’ils soient permanents ou intermittents.

De son côté, la direction affirme vouloir « clarifier le fonctionnement de l’instance afin de garantir transparence et équité, et affirme qu’il ne s’agit pas de réduire les droits des salariés mais d’établir un cadre conforme et partagé ». Mais elle « refuse toujours d’inviter le Synptac-CGT, dépositaire du préavis, à la table et d’ouvrir un dialogue social », accusent les représentants du personnels. Lesquels se disent disposés à discuter et négocier, mais pas à n’importe quel prix. En attendant, la grève continue et les annulations aussi…

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Publié le 31.03.2026 à 18:08

Manuel Pavard

Laurence Ruffin a cité la phrase dans son premier discours, le 22 mars au soir, quelques minutes après l’officialisation de sa victoire. Elle est du grand poète chilien Pablo Neruda : « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas le printemps. » Une citation qui « nous correspond bien », observait alors la nouvelle édile. Car malgré l’adversité, […]

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Publié le 30.03.2026 à 16:20

Luc Renaud

Résister mais aussi avancer. C’était un peu le fil conducteur de la journée « Made in France » organisée par le CGT au Pont-de-Claix, le 26 mars dernier. Le haut de l’affiche y a certes été tenu par l’actualité du jour : le rejet par le tribunal de commerce du projet Exalia et les conséquences de cette décision qualifiée de « scandaleuse » par Sophie Binet secrétaire générale de la CGT. En organisant cette journée, le syndicat avait cependant l’ambition d’une réflexion approfondie sur le devenir de l’industrie en France et en Europe. Et sur la manière de conjuguer deux impératifs, la lutte pour sauver tout ce qui peut l’être et l’action pour prévenir ce qui peut advenir chaque fois que l’on laisse les mains libres aux actionnaires et aux marchés financiers.

Nicolas Benoit, secrétaire général de l’union départementale CGT de l’Isère, a ouvert la journée.

Premier enseignement des tables rondes et témoignages qui se sont succédés tout au long de la matinée, les projets de fermetures d’usine ne sont pas inéluctables. Le cas de la SCOP-TI dans les Bouches-du-Rhône est connu. Celui de l’usine d’aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne – anciennement Péchiney aujourd’hui Trimet – l’est sans doute moins. Treize ans après la menace d’une disparition, l’usine tourne. Les salariés et leur syndicat CGT s’étaient opposés à la fermeture en avançant un projet industriel intégrant EDF et un contrat de fourniture d’énergie sur le long terme, excluant les variations spéculatives du marché, expliquait Christian Hergault, dirigeant du syndicat CGT de l’entreprise. Le débouché des luttes syndicales, c’est aussi la création d’une coopérative marseillaise, la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne, constituée après une année d’occupation du site marseillais de Prestalis, après la liquidation du diffuseur de presse.

Capucine Grandon expose les propositions syndicales pour l’usine Prysmian à Chavanoz, dans le Nord-Isère.

Les échanges portaient également sur l’analyse des mécanismes à l’œuvre pour détruire l’emploi industriel. L’un d’entre eux est particulièrement efficace, la reprise sous LBO (leveraged buy-out, ou rachat avec effet de levier). L’« effet de levier », décrit par Didier Chaix, délégué syndical central CGT de Kem One, entreprise chimique de Saint-Fons dans la banlieue lyonnaise propriété du fonds d’investissement américain Apollo, c’est un effet de mise à mort : l’acheteur emprunte pour acheter l’entreprise et le remboursement de l’emprunt est mis à la charge de l’entreprise et de ses salariés achetés. D’où des exigences de profitabilités accrues, des investissements à l’arrêt et une entreprise essorée généralement en redressement judiciaire quelques exercices budgétaires plus tard. « Nous menons la lutte pour sortir des griffes des fonds vautours », expliquait Didier Chaix.

Les ravages de la reprise par leveraged buy-out, comme disent les financiers

Sidérurgie, chimie, la métallurgie, plasturgie, verrerie, informatique… les responsables syndicaux brossaient une large panorama des luttes en cours pour la défense de l’industrie. Tableau qui comporte aussi des luttes syndicales dites « préventives » : des projets élaborés par la CGT, ses syndiqués et souvent des chercheurs, des experts issus d’organismes extérieurs…

Outre Exalia pour que vive la plateforme chimique du Pont-de-Claix, on pourra citer le projet de reprise de la papeterie de la Chapelle Darblay, à Rouen, élaboré avec le concours d’ingénieurs du Centre technique du papier, basé sur le domaine universitaire de Saint-Martin‑d’Hères. À Chalon-sur-Saône, dans l’usine Isover qui fabrique des isolants à base de laine minérale en utilisant des fours électriques, c’est un livre blanc qui a été élaboré par la CGT avec les salariés pour assurer le développement de l’entreprise. « En analysant les forces et les faiblesses du site, nous avons travaillé sur un plan d’investissements nécessaire pour faire face aux exigences de la transition énergétique, expliquait Philippe Thibaudet, délégué CGT à Isover, nous ne restons pas l’arme au pied en attendant les mauvaises nouvelles ». Un projet qui se confronte aujourd’hui aux stratégies patronales de profitabilité immédiate et la perspective d’une délocalisation plus ou moins rampante après des années de sous-investissement.

Un table ronde pour évoquer les différents projets industriels élaborés par la CGT, dont celui d’Axel, sur le site Thales de Moirans.

Cette journée consacrée à l’industrie était largement mise à profit pour contribuer aux échanges d’informations et d’expériences entre syndicalistes. Et c’est sans doute l’un des intérêts majeurs de ces rencontres : de part son implantation et l’expertise de ses syndiqués, la CGT joue le rôle d’un service public de mise en relation des compétences et des savoir faire industriels pour bâtir des projets alternatifs et développer les luttes, là où l’État a abandonné toute ambition industrielle aux seules mains des actionnaires et des financiers.

Un ministre sous le feu des propositions industrielles de la CGT

« N’attendez pas de moi que je critique un tribunal. » Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, était à la peine, ce jeudi 26 mars au Pont de Claix. 26 mars, au lendemain de la décision du tribunal de commerce – désormais nommé tribunal des affaires économiques – de préférer un ferrailleur au projet industriel Exalia pour liquider les actifs restant de Vencorex. Car Sébastien Martin reste fidèle à la doxa en vigueur depuis des décennies : lorsqu’un site industriel ferme, il peut être remplacé par diverses implantations de PME. Ce que l’on appelle la reconversion.

Sophie Binet s’est adressée au ministre de l’Industrie, Sébastien Martin.

La réalité est pourtant là : les plans de suppressions d’emplois se multiplient et le solde est dramatique. « La politique de l’offre est un naufrage », constatait Sophie Binet. Lors de ces assises du made in France, la CGT a rendu public son décompte national : 545 plans de licenciements depuis 2024, concernant 126 233 emplois menacés ou supprimés, dont 55 018 dans l’industrie.

Raison pour laquelle Sophie Binet a interpellé le ministre : « Quand est-ce qu’on prend des mesures sur les marchés publics pour faire primer le made in France ? Quand est-ce qu’on contraint la politique d’achat des grandes entreprises pour qu’elles fassent primer les circuits courts et les acteurs locaux ? Quand est-ce qu’il y aura une vraie stratégie de pilotage stratégique des secteurs avec une nationalisation des secteurs clés à commencer par le médicament et l’acier ? »

Pour avancer, la dirigeante syndicale a proposé des mesures concrètes. La réforme des tribunaux de commerce, tout d’abord. Des instances patronales dont le seul objectif est aujourd’hui de vendre au plus offrant, en dehors de toute prise en compte de l’emploi, des conséquences de leurs décisions sur l’équilibre des filières industrielles.

Le ministre de l’Industrie a notamment mis en avant la politique de subventions de l’appareil productif chinois.

Elle demande également la réforme des conseils d’administration des grandes entreprises pour y intégrer davantage de représentants des salariés. Les stratégies industrielles sont pour l’heure construites pour assurer les profits et les dividendes, au détriment des salariés, de leur emploi et de l’avenir de l’industrie dans le pays. Parallèlement, Sophie Binet demande que les comités sociaux et économiques aient voix au chapitre sur l’attribution des aides publiques. Aujourd’hui, les 211 milliards versés sans contrôle aux entreprises et notamment aux plus importantes, constituent le premier budget de l’État.

Troisième exigence, celle de l’intervention d’un État stratège. Le recours au marché comme facteur de régulation de l’industrie est un échec qui laisse béante la porte ouverte à toutes les puissances industrielles, de la Chine aux États-Unis, qui pratiquent les uns comme les autres des politiques d’intervention massive et de planification à long terme des choix de développement. « Aujourd’hui, s’indignait Sophie Binet, la BPI se comporte comme la pire des banques privées. Elle refuse de financer des projets de Scop préférant les montages patronaux qui détruisent l’emploi et les capacités de production ».

Les projets de différentes entreprises industrielles ont été présentés au ministre.

L’après-midi s’est poursuivie par des échanges entre les syndicalistes qui faisaient part de leurs projets dans différentes entreprises et le ministre qui décrivait les dispositifs gouvernementaux en cours. Non sans découvrir certaines perspectives, comme celle de la valorisation industrielle du cuivre que contiennent les câbles du réseau de télécommunication, en cours de remplacement.

Une journée du Made in France qui aura décidément fait la démonstration que ce sont bien aujourd’hui les salariés et leurs syndicats CGT qui sont à la pointe du combat pour la réindustrialisation du pays.

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Publié le 27.03.2026 à 22:51

Manuel Pavard

Laurence Ruffin (Oui Grenoble), trente-trois voix ; Allan Brunon (LFI), treize ; Nathalie Béranger (LR), douze… Sans oublier un bulletin blanc — issu par déduction des rangs de la droite. Le doyen présidant jusque-là ce conseil municipal d’installation égrène les résultats, mettant fin au (très) maigre suspense. Déjà choisie par les électeurs grenoblois dimanche 22 mars, avec 56,59 % des suffrages, contre 43,41 % à Alain Carignon, la candidate de l’union de la gauche écologiste et citoyenne est cette fois élue par le nouveau conseil. Laurence Ruffin est donc officiellement désignée maire de Grenoble ce vendredi 27 mars.

Éric Piolle a transmis l’écharpe tricolore à Laurence Ruffin, qui lui succède pour le prochain mandat.

« La première femme à occuper cette fonction, après cinquante maires hommes », s’est félicitée la nouvelle édile, ceinte de l’écharpe tricolore que venait de lui remettre un Éric Piolle très ému. Il s’agit pour elle d’un « engagement supplémentaire, celui de faire progresser l’égalité », a‑t-elle affirmé, chaudement applaudie par plus de la moitié de la salle.

« Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante »

« Consciente de la responsabilité particulière » qui est la sienne, Laurence Ruffin a rappelé, dans ce premier discours, son leitmotiv : agir pour « améliorer la vie des habitants ». Pour cela, a‑t-elle expliqué, « nous avons un cap clair : coopérer, protéger, inventer ». Et la maire de citer quelques mesures et objectifs correspondant à chacun des trois termes. Elle a ainsi évoqué, pêle-mêle, l’ouverture des référendums citoyens à partir de 16 ans, la participation des habitants aux projets de leur quartier, le développement du logement social, la lutte contre la spéculation immobilière, l’investissement dans les services de proximité, l’accès à une alimentation de qualité ou encore la végétalisation.

Laurence Ruffin vote, quelques minutes avant d’être élue par le nouveau conseil municipal.

« Je serai une maire à l’écoute et une maire exigeante », a également promis Laurence Ruffin en concluant sa prise de parole. Intervention qui avait commencé notamment par un message sous forme de rappel à l’ordre, adressé aux conseillers municipaux : « La campagne est derrière nous. Je veux que dans cette assemblée, nous puissions travailler ensemble et nous respecter, même si nous ne sommes pas d’accord. Au sein de cette institution, nous sommes toutes et tous au service des Grenoblois. » À bon entendeur…

Au terme du dépouillement avec les deux autres assesseurs, l’ex-première adjointe Isabelle Peters, présidente du groupe « Oui Grenoble », annonce les résultats du vote et l’élection de Laurence Ruffin.

De fait, cette première séance a longtemps rappelé les pires heures des conseils municipaux de la dernière mandature, avec ces interminables séquences de ping-pong verbal entre Éric Piolle et Alain Carignon. Pourtant, aucun des deux anciens maires de Grenoble ne siège encore sur ces bancs. L’écologiste a choisi de céder la place après deux mandats tandis que le leader historique de la droite grenobloise a annoncé sa démission et son retrait de la vie politique locale, au lendemain de sa défaite au second tour. Mais les passes d’armes ont cette fois opposé les deux groupes d’opposition — droite et LFI — qui se sont répondu par invectives interposées.

« Mauvais perdants »

Ralliés à la liste Oui Grenoble au second tour, à l’issue d’une fusion « technique » visant à constituer « un front antiraciste ample », les insoumis ont repris depuis leur indépendance, siégeant comme prévu dans l’opposition. Une « opposition exigeante », qui « ne reculera pas face aux injustices » et défendra les Grenoblois, les jeunes, les habitants des quartiers populaires, a promis Allan Brunon dans un discours offensif. Une intervention au cours de laquelle le candidat LFI n’a pas ménagé l’ex-municipalité Piolle, mais a surtout vivement attaqué la droite, taclant Alain Carignon et ses acolytes « corrompus » et « violents ».

De gauche à droite, les conseillers municipaux LFI Abdelnour Djebbouri, Bastien Castillo et Allan Brunon (au micro), qui s’est présenté à l’élection.

Les élus du groupe divers droite, de Nathalie Béranger à Clément Chappet en passant par Émilie Chalas, lui ont sans surprise répondu sur le même ton. Mais ces derniers se sont également distingués par leurs propos de mauvais perdants, faisant le procès en légitimité de Laurence Ruffin qu’ils ont quasiment accusée d’avoir usurpé son fauteuil de maire. En cause selon eux, l’accord conclu entre sa liste et celle de la France insoumise.

Au premier rang, au fond, les élus insoumis ; deux rangs derrière eux, ceux du groupe divers droite.

Oubliant visiblement l’écart de plus de treize points en leur défaveur, certains conseillers municipaux du groupe d’opposition de droite osaient même se faire passer pour les vainqueurs légitimes du scrutin. Le ridicule ne tue pas…

Abdelwaheb Kismoune désigné premier adjoint

« Nos collègues de Reconcilier Grenoble [NDLR : le groupe divers droite] feraient mieux de se focaliser sur les politiques publiques et les politiques d’intérêt général au service des Grenoblois », a rétorqué Alan Confesson, colistier de Laurence Ruffin, soulignant que « la fusion avec la France insoumise [avait]été validée dans les urnes », par les électeurs. Celui qui se présente toujours comme un « insoumis unitaire » a en outre vanté la victoire au second tour de « la liste la mieux élue en pourcentage de toute l’histoire de la Ve République pour des municipales à Grenoble ». Tout en fustigeant lui aussi les « mauvais perdants » battus au second tour.

Gaëtan Monot (écologiste), 9e adjoint, et Alexis Monge (PCF), 3e adjoint.

Après trois heures de débats houleux, souvent hors-sujet par rapport aux délibérations figurant à l’ordre du jour, le conseil municipal s’est conclu par le vote de la liste des 21 adjoints et adjointes (cf noms en encadré). On connait déjà, parmi eux, le premier adjoint de Laurence Ruffin : Abdelwaheb Kismoune, assistant médical de 61 ans, ancien dirigeant d’un club de football amateur et d’une MJC, issu de la société civile. Les différentes délégations des élus seront, elles, connues la semaine prochaine.

L’élue socialiste Amandine Germain, désormais 2e adjointe.
Les applaudissements saluant l’élection de la nouvelle maire de Grenoble.
Les vingt-et-un adjoint-es
  • Abdelwaheb KISMOUNE (premier adjoint)
  • Amandine GERMAIN
  • Alexis MONGE
  • Léonie MARCOUX
  • Mehdi TADJINE
  • Chloé PANTEL
  • Luis BELTRAN-LOPEZ
  • Cécile CENATIEMPO
  • Gaëtan MONOT
  • Isabelle PETERS (présidente du groupe)
  • Gilles NAMUR
  • Kheira CAPDEPON
  • Olivier BERTRAND
  • Sandra KRIEF
  • Nicolas KADA
  • Céline DESLATTES
  • Antoine BACK
  • Michelle SY
  • Vincent BERLANDIS
  • Meriem NAILI
  • Lény MOULIN
  • Les occupants de la Métro manifestent durant le conseil municipal

    Après plus de cent jours d’occupation du siège de la Métropole de Grenoble, les quelque 150 personnes sans-logis n’ont pas toutes été relogées, le rythme des opérations de relogement ayant fortement ralenti pendant la période des municipales. Ces familles, soutenues par le DAL, le syndicat CGT des livreurs à vélo, la CNT, l’intercollectif des écoles occupées, se sont rassemblés ce vendredi 27 mars devant l’hôtel de ville de Grenoble, à l’occasion du conseil municipal d’installation, pour rappeler que leur combat continue.

    « Les occupant-es se félicitent de la défaite d’Alain Carignon dont les convictions et le programme se situaient à l’opposé des intérêts des travailleurs, des privés de domicile, des mal-logés, ont-ils indiqué. Ils et elles souhaitent la bienvenue à la nouvelle maire Laurence Ruffin, élue suite à une fusion technique avec LFI, qui a mené une campagne affirmée sur le droit au logement. »

    Les manifestants ont donc demandé à l’édile de « tenir ses promesses de campagne et appliquer la loi de réquisition des logements vides ». Et d’ajouter : « Nous savons également que la mise en oeuvre d’un programme municipal du logement réellement ambitieux rencontrera une forte résistance des représentants de l’État actuel, du secteur de l’immobilier et du lobby des propriétaires. » D’où leur mobilisation nécessaire sur la durée.

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    Publié le 27.03.2026 à 18:07

    Travailleur Alpin

    Lundi 23 mars, quelques heures à peine après le second tour des élections municipales, Claudine Didier [tête de liste d’union de la gauche « Fontaine Nous Rassemble »] reçoit un SMS. « As-tu déjà envoyé ta lettre de démission de la Métropole ? ». Une question simple, posée par Esma Rais, nouvelle élue d’opposition LFI.

    Problème. La tête de liste s’était effectivement engagée à démissionner de la métropole si elle était élue maire, en faisant même un argument de campagne en revendiquant une « maire 100% disponible pour sa ville »… Mais le résultat du scrutin en a décidé autrement, et la liste de gauche n’a pas réussi à s’imposer dans les urnes le dimanche 15 mars : Claudine Didier n’est pas maire de Fontaine.

    La machine s’emballe, et aux messages agressifs dans des boucles Telegram [ndlr : outil de messagerie instantanée] succèdent les communiqués de presse et publications « indignées » sur les réseaux sociaux.

    En réalité, l’exagération de cette affaire – qui demeure un non-sujet pour les communistes – vise à deux autres objectifs, qui concerneraient davantage les débats internes au sein du mouvement insoumis.

    Des insoumis fontainois divisés…

    Un observateur des discussions engagées entre les forces de gauche fontainoises au printemps et à l’été se rappelle qu’il n’avait pas été simple de convaincre l’état-major LFI de jouer le jeu de l’union. A l’époque, il était apparu que si une part non négligeable des militants locaux poussaient sincèrement à la roue de l’union, le couple Rais était plus sensible aux arguments des dirigeants pesant depuis l’extérieur et prônant une liste autonome LFI. À l’image de… Allan Brunon, candidat à Grenoble, qui serait allé jusqu’à intervenir dans des réunions fontainoises pour essayer d’imposer sa ligne stratégique, en cohérence avec la campagne autonome qu’il lançait lui-même à Grenoble.

    Esma Rais (LFI), Anne Habozit (les Écologistes), Maryline Fily (PCF), candidates sur la liste que conduisait Claudine Didier.

    Au final, le choix de l’union l’a emporté, non sans obtenir un très fort quota de candidats insoumis sur la liste commune, faisant sur le papier du mouvement la première force au sein de la future majorité en cas de succès. Un accord qui sera ensuite utilisé par les (ex-)socialistes et le représentant Place Publique pour justifier leur ralliement au maire de droite sortant.

    Mais les tensions ont continué de s’exprimer dans la campagne, fragilisant la dynamique de terrain. Ainsi, perdant la main en interne, Slimane et Esma Rais ont créé leur propre groupe d’action LFI – la structure de base du mouvement –, distinct de celui « historique » qui regroupe encore la majorité des militants insoumis fontainois. Et, après la publication des candidats présentés sur le livret programme, le couple a fait retirer de a liste déposée en préfecture des candidatures LFI jugées « non conforme » à leurs attentes.

    Un militant communiste se souvient, presque amusé, de ce moment : « On allait déposer la liste, et là, ils nous appellent pour dire que finalement ils modifient certaines candidatures ; comme ils n’avaient pas assez de monde proche d’eux pour remplacer ceux qu’ils écartaient, un sympathisant communiste s’est retrouvé sur leur quota et ça a fait remonter un adhérent PCF dans le tableau… heureusement que les insoumis « unitaires » sont sympas, ils ont continué à s’investir à fond dans la campagne ; après un coup comme ça de leurs représentants officiels, on craignait qu’ils finissent par claquer la porte… »

    Ces divisions au sein du mouvement insoumis dépassent d’ailleurs le cadre de la commune : la campagne électorale aura vu nombre de militants grenoblois venir aider la liste unitaire à Fontaine, pendant que l’appareil de LFI dirigeait des militants fontainois vers celle de Antar Labiod, candidat LFI à Echirolles, qui se présentait contre la maire communiste Amandine Demore.

    L’opération engagée à l’encontre de Claudine Didier vient donc tenter de légitimer une ligne contre une autre, certains allant jusqu’à parler presque ouvertement de « caporalisation »

    et un contre-feu concernant les négociations métropolitaines LFI/Place Publique

    Autre motivation de l’opération : éviter d’attirer le regard des militants insoumis sur les négociations en cours entre Allan Brunon, qui dirige une délégation LFI de sept élus grenoblois à la Métropole, avec Christophe Ferrari (Place Publique), président sortant de l’institution, négociations visant à conforter ce dernier.

    Allan Brunon, lors de la première réunion du conseil municipal de Grenoble.

    Alors que la gauche sort traumatisée du mandat 2020–2026, et que du côté des écologistes et de certains socialistes, beaucoup entendent tout faire pour tourner la page, la position d’Allan Brunon dans les manœuvres en cours a pu surprendre. Le chef de file insoumis, s’il affirme prévoir un tour de piste autour de sa propre candidature, ne cache pas le fait que le président sortant mène des discussions avec lui, en vue d’œuvrer à sa réélection. De fait, si les échanges entre élus de gauche ne s’engagent pas sérieusement dans les jours qui viennent, on pourrait donc retrouver avec un axe « Petites communes – centristes – LFI » lors du conseil du 17 avril, les élus insoumis participant à rééditer le tour de force de 2020 en mêlant leurs voix à celles du groupe macroniste, voire de la droite, contre celles des élus socialistes et écologistes…

    Un bel exemple de tactique politique que d’aucun pourrait qualifier de « tambouille », pour citer Jean-Luc Mélenchon, et qui risque fort de ne pas passer auprès de la base insoumise. D’où l’enjeu de multiplier les contre-feux.

    Les semaines qui arrivent semblent devoir s’annoncer mouvementées.

    Robert W. Wellnes

    Métropole : les communistes appellent à la responsabilité et au dialogue

    De leur côté, les communistes ne restent pas inactifs. Alors qu’ils sortent renforcés de la séquence, et pourront compter sur un groupe d’au moins une quinzaine d’élus au conseil métropolitain comprenant deux maires triomphalement réélus malgré une profusion de listes en face d’eux – 51,1% dès le premier tour pour David Queiros, 59,6% au second tour pour Amandine Demore –, ils entendent « poursuivre leur rôle de trait d’union, pour bâtir un pacte de gouvernance qui intègre à la fois la dimension politique – à gauche – et celle des territoires, indispensable dans une intercommunalité de coopération choisie ». Une expression est en préparation, ainsi que des propositions de rencontres. Affaire à suivre.

    Cet article Fontaine. Comprendre la polémique post-élections entre LFI et le PCF est apparu en premier sur Travailleur alpin.


    Publié le 26.03.2026 à 23:51

    Manuel Pavard

    Le thème de l’événement — « Produire local, agir global » — était bien plus large que le seul dossier Exalia. Mais en organisant ses assises du « Made in France », ce jeudi 26 mars, à Pont-de-Claix, à quelques encablures de la plateforme chimique et au lendemain de la décision de justice sur la reprise des actifs de Vencorex, la CGT avait conscience que le sujet se retrouverait au cœur des débats. Précision qui s’est avérée juste, mais pas dans le sens espéré.

    Sophie Binet a dénoncé le « scandale national » de Vencorex et fustigé le rôle des tribunaux de commerce, au lendemain de la décision négative rendue pour Exalia.

    « Nous pensions fêter aujourd’hui une décision emblématique, à savoir la reprise du site un an et demi après sa fermeture et le redémarrage du site industriel », indique la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. « Malheureusement, le tribunal de commerce en a décidé autrement. » À la grande surprise des porteurs de projet et des anciens salariés de Vencorex — présents en nombre dans le public ce jeudi — engagés dans l’aventure, le tribunal des activités économiques (TAE) de Lyon [NDLR : son nouveau nom depuis janvier 2025] a en effet rejeté le projet Exalia.

    La CGT demande « une commission d’enquête immédiate »

    La juridiction a ainsi décidé de « vendre à la découpe Vencorex à un ferrailleur, au lieu de privilégier notre projet industriel, porté par les salariés ». Lesquels avaient pourtant réussi, souligne-t-elle, « à déplacer des montagnes et à mettre autour de leur projet tous les élus locaux, de très nombreux industriels locaux et même la BPI qui, miracle, était montée à bord et avait sorti son carnet de chèques ». Mais malgré ce soutien et les financements confirmés, malgré le savoir-faire des équipes et la dimension stratégique des produits, malgré la qualité des installations décarbonées, « tout est tombé à l’eau ».

    Le public, venu en nombre au boulodrome de Pont-de-Claix pour ces assises, a chaudement applaudi Sophie Binet.

    « Un scandale de A à Z et une honte », tonne Sophie Binet au micro, applaudie par le public. La CGT lance donc la contre-attaque et demande d’ores et déjà « une commission d’enquête immédiate sur ce scandale national ». Objectif : examiner la « série de décisions catastrophiques » prises ces deux dernières années et ayant abouti à la situation actuelle. Première d’entre elles, « le fait que l’État n’actionne pas les mécanismes anti-dumping qui auraient pu empêcher la faillite de Vencorex », à l’époque où son concurrent chinois Wanhua a justement usé de cette stratégie de dumping.

    Quand la secrétaire générale de la CGT fait la leçon au ministre.

    « Deuxième décision scandaleuse, lorsque M. Ferracci, l’ancien ministre de l’Industrie, a refusé de nationaliser, à l’automne 2024 », s’opposant ainsi à la demande unanime des organisations syndicales et de nombreux élus locaux. La troisième décision concerne l’échec du projet de reprise en coopérative, monté en trois semaines par les salariés, qui « se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part de la BPI puis du tribunal de commerce », déplore la secrétaire générale de la CGT.

    « Le problème des tribunaux de commerce est simple. On ne peut pas laisser l’avenir de nos industries et de nos entreprises entre copains et coquins, dans les mains de patrons qui sont entre eux, sans aucune transparence et en toute opacité. »

    Enfin, dernier volet de ce « drame en quatre actes », l’ordonnance du TAE de Lyon retoquant le projet Exalia. Après les « cas emblématiques » des papeteries Condat (Dordogne) ou de Brandt, c’est ainsi une nouvelle illustration édifiante de la partialité des tribunaux de commerce dans ce type d’affaires. « Le problème des tribunaux de commerce est simple. On ne peut pas laisser l’avenir de nos industries et de nos entreprises entre copains et coquins, dans les mains de patrons qui sont entre eux, sans aucune transparence et en toute opacité », s’insurge Sophie Binet.

    Sébastien Martin, un ministre de l’Industrie qui était attendu de pied ferme à Pont-de-Claix.

    La dirigeante de la CGT souhaite donc qu’une commission d’enquête fasse « toute la lumière sur les dysfonctionnements profonds des tribunaux de commerce ». Elle appelle ainsi à les « démocratiser », notamment en y intégrant les syndicats de salariés. « Ce n’est pas possible que dans le dossier Exalia, pourtant soutenu par le ministre et par la BPI, le tribunal de commerce décide, pour des raisons qui échappent à tout le monde, d’envoyer cette plateforme chimique à la casse », assène-t-elle.

    « Le tribunal n’a pas regardé la réalité industrielle »

    Les porteurs de projet ont d’ailleurs dû batailler pour prendre connaissance — seulement dans la soirée de mercredi — de l’ordonnance du juge. « On est toujours déboussolés par les décisions des tribunaux de commerce », avoue le président de la Métropole Christophe Ferrari. Cette fois encore, « le tribunal a choisi celui qui mettait le plus d’argent sur la table et n’a pas regardé la réalité industrielle ». Or, la meilleure offre financière émanait du ferrailleur qui ne proposait a priori que « 1,6 million d’euros de plus qu’Exalia ».

    Christophe Ferrari, président de Grenoble Alpes Métropole et co-porteur du projet Exalia.

    « Pour nous, le tribunal n’a pas pris en compte la durée pendant laquelle le liquidateur devra entretenir la plateforme. Il se base sur aujourd’hui, pas sur le long terme », ajoute l’ex-déléguée CGT de Vencorex Séverine Dejoux, autre cheville ouvrière d’Exalia. Autre point évoqué dans l’ordonnance, la pollution historique du site. Mais là aussi, cette dernière conteste l’argument : « Notre dossier permet d’avoir une meilleure gestion de la pollution puisque nous reprenons l’ensemble de la plateforme, en permettant la réindustrialisation du site. » Ceci, alors que « le ferrailleur va laisser tout en l’état, avec une friche industrielle », insiste-t-elle.

    Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT Vencorex, est maintenant engagée dans le projet Exalia.

    Le troisième et dernier élément concerne les autorisations d’exploiter. Le TAE reproche aux promoteurs d’Exalia de ne pas avoir encore ce précieux sésame. Argument totalement ubuesque ! « C’est normal, c’est comme ça que ça se passe, ironise Séverine Dejoux. On a déposé le dossier auprès de la DREAL, il y a maintenant trois mois de délai pour avoir l’autorisation. On attend cette réponse mais ça ne peut pas être un motif de refus du tribunal. »

    Le ministre prié d’intervenir « pour empêcher la catastrophe »

    Outre la commission d’enquête, la CGT avait une seconde requête à formuler au ministre de l’Industrie, lui demandant d’intervenir « pour empêcher cette catastrophe ». De retour à Pont-de-Claix quatre mois après sa venue sur la plateforme chimique, Sébastien Martin était invité à participer, ce jeudi après-midi, à une table ronde sur l’avenir industriel en France, avec Sophie Binet et Gisèle Rossat-Mignot, directrice du réseau de la Banque des territoires. Mais avant cela, il a pu s’entretenir avec la secrétaire générale de la CGT et les porteurs de projet — Séverine Dejoux, Christophe Ferrari et Olivier Six, PDG de CIC Orio — pour évoquer le dossier Exalia.

    Dans le public, la maire PCF d’Échirolles Amandine Demore, aux côtés de son adjoint Aurélien Farge et (à droite) de la députée LFI de l’Isère Sandrine Nosbé.

    Une rencontre plutôt fructueuse, se félicitent les différents acteurs. « Il y a eu un changement de ton de la part du ministre, se félicite Sophie Binet. C’est une première victoire, on a eu sa confirmation que l’histoire n’était pas finie pour Vencorex. Le ministre s’est engagé à tout mettre en œuvre », poursuit-elle, pour trouver une solution — notamment en engageant des négociations financières avec le ferrailleur pour remettre Exalia dans le jeu.

    Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin croit toujours au projet Exalia, assure-t-il.

    « Hier, on a pris un énorme coup de massue sur la tête », reconnaît de son côté Christophe Ferrari, quelque peu rasséréné depuis. Comme ses collègues, le président de la Métropole et maire de Pont-de-Claix a en effet réalisé qu’il restait « encore des options sur la table ». Et ce, sur deux plans. Au niveau judiciaire, les porteurs de projet ont ainsi sollicité — sans réponse à ce stade — la procureure générale de Lyon, la seule ayant autorité pour faire appel d’un jugement du tribunal de commerce. « Elle a dix jours pour déposer un recours », précise Christophe Ferrari.

    Une réunion des acteurs à Bercy

    En parallèle, les discussions se poursuivent entre les services de l’État et les différents acteurs concernés. Ceux-ci vont ainsi se retrouver à Bercy en fin de semaine prochaine [certainement vendredi 3 avril] pour une réunion de travail, sous l’égide du ministre de l’Industrie. Interpellé par Séverine Dejoux aux « Assises du made in France », Sébastien Martin l’assure : « Le projet Exalia, j’y crois. » Une conviction ancrée, selon lui, de longue date, en l’occurrence depuis sa visite de la plateforme chimique, en novembre dernier. Et ce, même s’il ne faut « pas compter sur [lui] pour critiquer une décision de justice ».

    Séverine Dejoux a interpellé directement le ministre durant la table ronde.

    Le ministre entend « mettre tout le monde autour de la table » : les représentants d’Exalia et les repreneurs — en particulier le ferrailleur, mais également Suez, dont l’offre a été retenue pour le foncier (comme PDC Chemical / Wanhua) mais qui a besoin de la venue d’Exalia pour son activité. « On va essayer de trouver la solution », explique Sébastien Martin, pour répondre à cette question : « Comment réintroduire le projet Exalia à l’intérieur de l’ancien site Vencorex ? » Avec quels partenaires ? Peu diserte sur ce dossier précis, Gisèle Rossat-Mignod, directrice du réseau de la Banque des territoires, confirme néanmoins que « la Banque des territoires et la BPI s’étaient alliées pour ce projet et devaient engager les financements la semaine prochaine ». Mais selon elle, « ce n’est que partie remise ».

    Sophie Binet a conclu la journée en s’adressant aux nombreux militants et militantes CGT dans la salle.

    Quoiqu’il en soit, « maintenant, on attend des actes », lance Sophie Binet. Car « la CGT ne lâchera rien tant qu’il n’y aura pas de solution sur le dossier Vencorex », promet sa secrétaire générale. De fait, Exalia constitue, conclut Séverine Dejoux, le parfait symbole du thème de ces assises CGT, à savoir « produire ici ce qu’on consomme ici. Le projet Exalia, c’est notamment produire du chlore et des produits pour le traitement de l’eau dans un territoire où aujourd’hui, on a un manque. » S’y opposer, c’est, estime Sophie Binet, faire définitivement de « Vencorex un symbole de la désindustrialisation ».

    Un public nombreux dès le matin.
    Les élus avaient fait le déplacement.

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    Publié le 25.03.2026 à 19:11

    Manuel Pavard

    La scène a des airs de déjà-vu. Comme le 10 avril et le 7 juillet 2025, Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, Olivier Six, PDG de CIC Orio, et Christophe Ferrari, président de la Métropole de Grenoble, font face aux journalistes, devant l’entrée de la plateforme chimique de Pont-de-Claix. La première fois, le trio déplorait la décision du tribunal de commerce entérinant la cession de l’entreprise à BorsodChem, filiale du groupe chinois Wanhua. La seconde, l’abattement avait laissé place à l’espoir représenté par le projet Exalia visant à relancer l’activité du site. Même lieu et mêmes personnes ce mercredi 25 mars, mais une curieuse sensation de retour à la case départ.

    Les porteurs de projet et les ex-salariés de Vencorex — espérant rejoindre Exalia — en pleine discussion devant la plateforme, mercredi 25 mars.

    Le trois porteurs de projet et les anciens salariés de Vencorex qui les entourent sont encore sous le choc, ce mercredi midi, du coup de massue reçu en fin de matinée. Le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Lyon vient enfin en effet de rendre sa décision sur le dossier Exalia, attendue initialement en janvier dernier et plusieurs fois repoussée. « À notre immense surprise, on a appris ce matin que notre offre n’était pas retenue, qu’ils [NDLR : les juges] avaient cédé une partie des terrains pour les offres de Suez et de PDC Chemical et qu’ils avaient attribué la totalité de la ferraille de la plateforme à un ferrailleur, tuant ainsi le projet Exalia », indique Olivier Six, profondément « écœuré ».

    Un projet « solide », une décision « totalement incompréhensible »

    L’industriel comme ses deux partenaires dénoncent « une décision totalement incompréhensible ». De fait, le projet, qui ambitionnait de relancer la production de chlore, de soude et de sel, en s’appuyant notamment sur la mine d’Hauterives (Drôme), semblait « extrêmement solide », insistent-ils. Exalia avait d’ailleurs reçu le soutien du ministre de l’Industrie Sébastien Martin, en visite sur la plateforme chimique en novembre dernier. « On a 80 millions d’euros de financement ; les financeurs attendaient uniquement cette décision », souligne Olivier Six, qui évoque également l’engagement de plusieurs collectivités, à commencer par la Métropole, ainsi que les promesses de financement de la BPI ou de la Banque des territoires.

    Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin était venu apporter son soutien à Exalia en novembre 2025 et se rendra de nouveau à Pont-de-Claix jeudi 26 mars.

    « On a aussi des dizaines de lettres d’intention de clients parce qu’on voulait produire — ou on va produire — ici des produits stratégiques pour le traitement de l’eau, pour l’industrie, pour l’agro-alimentaire », détaille le dirigeant de CIC Orio. Des produits qui, en outre, « ne sont plus fabriqués ici et sont importés », ajoute-t-il, citant l’exemple de la soude, qui provient à 20 % des pays du Golfe. C’est donc un vrai « projet de souveraineté ».

    Pour les promoteurs d’Exalia, tout était ainsi réuni pour faire revivre la plateforme, un an après la liquidation judiciaire de Vencorex : une équipe motivée, des financements, l’appui de grands bureaux d’ingénierie, des « installations décarbonées », avec la mine de sel d’Hauterives et un saumoduc de 82 km la reliant à Pont-de-Claix, une électrolyse « qui a coûté cent millions d’euros, financée par la collectivité », les compétences des anciens salariés de Vencorex, des créations d’emplois — environ 250 dans les deux ans à venir et plus d’un millier d’ici cinq ans…

    « Sans le projet Exalia, cette plateforme risque de mourir plus vite que prévu »

    Si les motivations de la décision du tribunal de commerce ne sont pas encore connues à ce stade, au vu des atouts précités, « l’incompréhension est totale », répètent à tour de rôle les porteurs de projet. « Aujourd’hui, on demande aux plus hautes sphères de l’État, au ministre de l’Industrie qui vient demain [NDLR : Sébastien Martin sera jeudi 26 mars à Pont-de-Claix, aux côtés de Sophie Binet, pour les « Assises du made in France », organisées par la CGT], au Premier ministre et au président de la République de regarder ce dossier et de voir pourquoi on en est là », lance Olivier Six.

    Les porteurs de projet ont tous avoué leur « totale incompréhension » face à cette décision de justice.

    Sans présumer de l’argumentaire des juges, tous s’étonnent néanmoins des premières informations parvenues. « Cette offre du ferrailleur, c’est la possibilité d’être là, sur la plateforme, pendant trois ans pour démanteler tout le métal, afin de l’utiliser et le revendre, explique Séverine Dejoux. Cela revient à laisser en l’état une friche industrielle puisque dans trois ans, on sera au même niveau… sauf qu’il n’y aura plus de métal. Mais on aura des ateliers complètement désaffectés, une plateforme avec sa pollution historique, donc rien de possible à faire. »

    Seule la procureure générale peut effectuer un recours

    Soit l’exact opposé d’un véritable « projet industriel » comme Exalia, qui devait permettre par ailleurs d’accueillir de nouvelles entreprises sur la plateforme, tout en bénéficiant à celles déjà présentes, comme Suez ou Seqens. « Aujourd’hui, on est encore plus inquiets qu’avant car sans le projet Exalia, cette plateforme risque de mourir plus vite que prévu », s’alarme la syndicaliste CGT. Choisir le ferrailleur signifie, selon elle, « qu’on préfère démanteler plutôt que se dire qu’il y a une chance que se projet aboutisse ».

    Assommés, les porteurs de projet promettent cependant de continuer la bataille. « On épuisera toutes les voies de recours possibles car on n’arrive pas à se résoudre à se dire que c’est fini pour cette plateforme et qu’on abandonne l’industrie à Pont-de-Claix », assure Séverine Dejoux. Des options toutefois assez limitées, seule la procureure générale de Lyon pouvant effectuer un recours contre ce type de décision du tribunal de commerce.

    Le ministre de l’Industrie attendu de pied ferme

    Alors, que faire pour contester « une décision qui n’a aucune rationalité », selon Christophe Ferrari ? En attendant de pouvoir prendre connaissance de l’ordonnance, les porteurs de projet ont déjà les yeux rivés vers la venue, ce jeudi 26 mars, du ministre de l’Industrie, qui participera à une table ronde sur la situation industrielle, à l’invitation de l’UD CGT Isère. Quatre mois après avoir affirmé, sur place, que « toutes les planètes [étaient] alignées » pour Exalia, Sébastien Martin sera attendu de pied ferme.

    « On ne peut pas continuer, dans ce pays, à accepter que tout le monde se relève les manches et trouve des solutions, pour qu’au final, elles ne puissent pas aboutir. Ce n’est pas possible », s’insurge le président de la Métropole. Lequel se dit « tétanisé par une décision hors-sol, qui ne tient pas compte de l’intérêt public ».

    « J’ai l’impression que l’État ne veut plus de chimie en France »

    Du côté des anciens salariés de Vencorex présents ce mercredi sur le site, le désarroi est partagé. Beaucoup, parmi eux, comptaient en effet rejoindre Exalia, à l’image d’Anne-Marie, « trente ans de Vencorex » au compteur. « J’ai fait dix ans de mécanique, après, j’ai fini au bureau de trafic route. Et j’ai été la première femme pompier dans l’usine », raconte celle qui n’a jamais vraiment fait le deuil de l’entreprise. « J’ai envie d’y retourner. J’habite à 200 mètres de l’usine, je la vois tous les jours, je regarde les camions, je me demande quels produits ils transportent. Pendant des mois, je ne dormais plus, je rêvais de l’usine. »

    Plusieurs anciens de Vencorex postulant pour Exalia étaient présents sur le site, mercredi 25 mars.

    Depuis quelques mois pourtant, en voyant le projet Exalia franchir les étapes les unes après les autres, Anne-Marie avait « retrouvé l’espoir. J’étais persuadée que c’était bon, que ça allait se remonter. » Elle comme ses ex-collègues sont « sous le choc » aujourd’hui. « On était tellement sûrs que ça allait être accepté. On a tout : les finances, le savoir-faire… Pourquoi ils refusent ? », s’interroge la salariée, qui veut « une réponse solide ». Et a son idée sur la question : « J’ai l’impression que l’État ne veut plus de chimie en France. »

    « Ce projet sera soit le symbole de la réindustrialisation possible, soit le symbole qu’il faut arrêter et faire autre chose dans ce pays. »

    Dans cette période où l’industrialisation et la souveraineté sont dans toutes les bouches, le destin final d’Exalia et de la plateforme chimique sera lourd de conséquences, affirme Olivier Six. Pour l’industriel, « ce projet sera soit le symbole de la réindustrialisation possible, soit le symbole qu’il faut arrêter et qu’il faut faire autre chose dans ce pays ».

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