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Le Travailleur Alpin


Publié le 08.11.2026 à 17:02

Manuel Pavard

Comme un air de déjà-vu. Depuis l’acte II de la mobilisation des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats, le 24 octobre, la manifestation — pourtant légale et déclarée — se fait systématiquement gazer, chaque samedi, en arrivant sur la place Gustave-Rivet. L’acte IV n’a ainsi pas échappé à la règle, ce samedi 7 novembre. Une salve de grenades lacrymogènes très fournie, qui a donné le ton de la suite du parcours, ouvrant la deuxième séquence de cette journée.

Une chaîne humaine du SO pour protéger le cortège des lycéens, étudiants, travailleurs.

Mais avant cela, c’est une foule encore massive, compacte, dynamique et déterminée qui s’est élancée depuis la gare, sur l’avenue Alsace-Lorraine, puis le cours Jean-Jaurès. Les manifestations ont beau se succéder tous les deux ou trois jours, la colère reste intacte. Et la mobilisation ne faiblit pas, contredisant les propos tenus par le gouvernement et les chiffres de plus en plus sous-estimés donnés par la préfecture. La preuve ? Quarante-huit heures après l’énorme défilé intersyndical et interprofessionnel du 5 novembre, ils étaient encore plus de 20 000 à battre le pavé ce samedi.

« Une course de fond ou un marathon, pas un sprint »

Petite particularité de cet acte IV, un cortège commun rassemblant lycéens, étudiants et travailleurs a pris d’emblée la tête de la manifestation. Une décision prise lors de l’assemblée générale interprofessionnelle organisée durant la semaine, à l’initiative de l’AG UGA en lutte. « Cette convergence nous semble hyper importante, surtout au vu des enjeux de l’année 2027, avec le fascisme qui arrive aux portes du pouvoir — on devrait même parler d’un arc Macron-Le Pen », explique Lizon Marion-Bonnet, présidente de la Coordination étudiante Grenoble (ex-Union étudiante).

La CGT toujours pleinement mobilisée.

Face à un gouvernement qui « donne des miettes » et une répression policière qui se durcit, le syndicat étudiant appelle, comme la coordination inter-lycées et l’ensemble des organisations de jeunesse mobilisées, à « la grève générale reconductible ». En effet, avertit Lizon Marion Bonnet, le mouvement social actuel doit éviter l’écueil des « journées en saute-moutons », avec des grèves et manifestations trop espacées. « C’est un risque qui existe aussi à la fac en bloquant le mardi et le jeudi mais pas le reste du temps », reconnaît l’étudiante.

Macron, cible de multiples pancartes et slogans.

« On sait que la grève, c’est compliqué », poursuit-elle. « Beaucoup de militants et militantes commencent à être épuisés de lutter au quotidien, donc c’est à nous de travailler sur la façon de renouveler les formes de mobilisation, pour que le rapport de force penche de plus en plus en notre faveur. »

Les militants communistes isérois au premier plan, devant les Gilets jaunes de Crolles.

De fait, le mouvement est « une course de fond ou un marathon, pas un sprint », souligne Liam [le prénom a été modifié], jeune salarié et militant antifasciste. « Il faut qu’on tienne sur la durée car les autorités et les flics vont fatiguer aussi », ajoute-t-il.

Orchestre, gazage et manif’ sauvage

En tête durant la première partie du parcours, le cortège des jeunes et des travailleurs a ensuite dû céder la priorité aux militants autonomes masqués et vêtus de noir. Lesquels ont formé un Black bloc positionné en cortège de tête, rappelant les souvenirs des manifestations de 2016 contre la loi Travail. Ce sont ces derniers qui, en arrivant place Gustave-Rivet, ont eu une vive altercation avec les patrons d’un bar soupçonnés d’accointances avec l’extrême droite. La réaction — comme souvent assez disproportionnée — des forces de l’ordre n’a pas tardé.

Les militants autonomes ont pris la tête du cortège peu avant de tourner sur les Grands boulevards.

La pluie de grenades lacrymogènes et de désencerclement a immédiatement scindé le cortège en deux, de nombreux manifestants se plaignant de gazages particulièrement intenses ce samedi. Une partie d’entre eux ont ensuite affronté les gendarmes mobiles tandis que le gros de la foule poursuivait son chemin sur l’avenue Albert-1er-de-Belgique.

La place Gustave-Rivet noyée sous les gaz lacrymogènes, vue depuis l’avenue Albert-1er-de-Belgique.

À l’arrivée sur l’anneau de vitesse, les manifestants ont entonné des chants, profitant d’un intermède musical assuré par l’Orchestre du nouveau monde. Mais le concert improvisé des musiciens militants a malheureusement pris fin brutalement lorsque les heurts avec les forces de l’ordre se sont déplacés jusque-là. Celles-ci ont alors noyé la piste de l’anneau de vitesse sous un nuage de gaz lacrymogènes, entraînant le départ subit de la majorité des manifestants. Près de 300 irréductibles ont toutefois formé une manifestation sauvage qui a déambulé jusqu’au quartier des Eaux-Claires, avant d’être dispersée et gazée par la police, aux alentours de 19 heures.

La foule des manifestants à l’arrivée sur l’anneau de vitesse.

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Publié le 07.11.2026 à 23:11

Travailleur Alpin

« Ecolo-traitres » : les militants de STopMicro n’auront pas mâchés leurs mots à l’occasion du conseil métropolitain de ce vendredi 6 novembre. Le collectif qui se mobilise contre les projets relatif à l’industrie microélectronique sur l’Isère protestait contre la vente d’un terrain destiné à l’implantation du « Bâtiment de haute technologie — fabrication », projet de 15000 m² visant à favoriser l’industrialisation des nouvelles technologies conçues par les startups du secteur. En réponse, le conseiller délégué et ancien vice-président (groupe NMC – petites communes de centre-droit) Guy Julien a déclaré auprès de nos confrères du Dauphiné libéré « Moi je soutiens ce projet car, comme vous le savez, je n’appartiens pas à l’ultragauche ». Mais porter une alternative au capitalisme revient-il nécessairement à s’opposer aux industries de la tech ? Un débat qui fera date se tiendra le samedi 28 novembre à Grenoble.

Le débat est vieux comme le capitalisme : les technologies développées dans le cadre d’une société régie par l’exploitation sont-elles intrinsèquement mauvaises, ou doivent-elles au contraire être placées sous le contrôle des travailleurs et au service des besoins sociaux ?

Le 10 septembre dernier, le collectif STopMicro organisait un rassemblement, place de Verdun, pour dénoncer « l’accaparement » de l’eau potable par STMicroelectronics.

Dès le début du XIXe siècle, le mouvement luddiste des « briseurs de machines » dénonçait dans l’Angleterre victorienne la mécanisation du travail générant intensification de l’exploitation et dégradation de la nature. Pierre-Joseph Proudhon (1809–1865), figure fondatrice de l’anarchisme, prolongea la critique du machinisme industriel, prônant en contre-point une société décentralisée de petites communautés autogérées. Karl Marx et Friedrich Engels répondront en fondant les bases de la philosophie politique « matérialiste dialectique » prônant un socialisme scientifique, défendant la pleine prise en main des moyens de productions par le monde du travail organisé, moyens de production placés ainsi au service de l’ensemble de l’espèce humaine.

Du XIXe siècle à nos jours…

Si l’hégémonie du marxisme sur le mouvement ouvrier durant le XXe siècle a pu laisser à penser que ce débat était dépassé, l’émergence de la question écologique l’a finalement fait revenir sur le devant de la scène. Face aux conséquences de l’industrialisation, pollutions comme réchauffement climatique, la réponse première des mouvements écologistes a été de prôner une « décroissance ». S’il est bon de rappeler que l’idée d’origine vient d’un club de réflexion patronal, le « club de Rome », mis en place par la fondation Rockefeller et copiloté au départ par un dirigeant du groupe Fiat –, elle a fécondé rapidement les milieux anticapitalistes et alternatifs, largement reprise en fin de siècle par le mouvement altermondialiste, qui cherche à tracer la voie d’une autre société après le double-choc de la chute du bloc de l’Est et de l’échec des expériences sociales-démocrates.

A tel point qu’aujourd’hui, l’univers de la « gauche radicale » est désormais dominé par cette matrice décroissante, entre revendication assumée de la sortie de l’énergie nucléaire et soutien sans faille aux luttes contre les « grands projets [présentés comme] inutiles ».

Le numérique, véritable enjeu de civilisation

L’industrie du numérique prend une place singulière dans ce paysage. D’un côté, en quelques décennies à peine, ses produits sont devenus omniprésents ; de l’autre, le grand public peine à saisir les implications industrielles derrière ce qui est perçu à tort comme « immatériel ». D’autant que la « révolution numérique » prend d’autres dimensions plus anthropologiques, redéfinissant les rapports entre les êtres humains, ce qui n’est pas sans ouvrir de vastes débats.

Un site qui n’a pas vu se concrétiser les promesses d’Emmanuel Macron de 2022.

En Isère, l’opposition aux technologies avancées n’est pas nouvelle, elle se structure – et travaille – depuis longtemps au sein de collectifs comme « Pièces et main d’œuvre », connu notamment pour son rôle dans les grandes mobilisations des années 2000 contre Minatech (inaugurée en 2006) et le projet Giant, qui ont installé Grenoble comme « pôle d’excellence » dans le domaine des nanotechnologies.

Cet écosystème militant accouche aussi du collectif STopMicro, en pointe de la lutte contre les projets industriels dans le domaine des puces électroniques.

Alors, faut-il stopper ou nationaliser STMicroelectronics ?

En parallèle, les communistes occupent une place singulière, de part leurs liens avec le milieu syndical. La publication en 2023 du Plan climat empreinte 2050 illustre la démarche de leur parti : prôner une nouvelle planification démocratique pour relever les défis du XXIe siècle, et au premier chef celui du réchauffement climatique. Le PCF s’illustre également par une défense de la souveraineté industrielle, thème qui prend davantage de place suite à la crise de la COVID-19.

Alors c’est tout naturellement qu’il s’intéresse à la filière, réagissant de façon critique au plan présenté par Emmanuel Macron en 2022, et en faisant même un axe central de sa campagne lors des européennes de 2024, autour de la revendication d’un « AirBus de la microélectronique ».

Un retour en lice – rappelons aussi que l’implantation d’origine de STMicroelectronics à Crolles en 1992 est due au travail du maire communiste de l’époque, Jean-Claude Paturel (maire de 1986 jusqu’à sa mort en 2005) – qui attire l’attention des militants de STopMicro, peu habitués à se voir opposer d’autres visions que celle des tenants du néolibéralisme dominant.

De là, germe l’idée partagé d’un débat contradictoire entre ces deux courants, dans un contexte où la quête d’alternatives se fait de plus en plus forte pour une part importante de la population. Un débat se voulant respectueux, destiné à éclairer le sujet en permettant à chacun de présenter sa vision en toute transparence, et les objections qu’il peut avoir quant aux analyses de l’autre.

Une initiative qui verra finalement le jour le samedi 28 novembre 2026, à 16h30, à la salle rouge de Grenoble (15 rue des Arts & Métiers), et qui devrait faire date dans le Landerneau local !

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Publié le 07.11.2026 à 21:47

Edouard Schoene

Jenny-Jean Penelon, responsable pôle public de la cinémathèque de Grenoble, a présenté avec des détails précieux, les trois films sélectionnés parmi les cinquante-et-un de la sélection 2026 (sur 3400 films reçus, issus de cinquante pays). Thibaud Fréchet, président de l’association fil Rouge a présenté l’association et son activité de production cinématographique.

Jenny-Jean Penelon.

Le débat qui a suivi, animé par Michel Szempruch (l’un des professionnels de l’équipe Fil rouge) a permis d’analyser, avec les différentes sensibilités du public, les trois films visionnés qui, hasard presque de la sélection, portaient sur une thématique commune « ça veut dire quoi être un homme ».

Rendez vous a été donné au 50e festival du court métrage de Grenoble, (le plus ancien festival de courts métrages de France) fin juin 2027.

Le débat a été animé par Michel Szempruch.

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Publié le 06.11.2026 à 23:45

Manuel Pavard

Il est devenu, malgré lui, un symbole de la répression policière envers le mouvement lycéen, à Grenoble. Interpellé devant son lycée mercredi 4 novembre à 7h40, Lokman, élève en première à Emmanuel-Mounier, est enfin sorti de l’hôtel de police le lendemain soir. Après trente-six heures de garde à vue ! Mais sans aucune charge. Officiellement, il a été arrêté pour une altercation présumée, la veille, avec un lycéen non bloqueur. Pourtant, « même les policiers reconnaissaient qu’ils n’avaient rien contre moi », ironise Lokman lors de la conférence de presse organisée, ce vendredi 6 novembre, à la Correspondance, par des enseignants et lycéens mobilisés.

De g. à d., Salima, parent d’élèves, Rémi Adam, prof à Vaucanson, Ulka, élève à Argouges, et Amélie Durville, enseignante à Mounier, lors de la conférence de presse organisée vendredi 6 novembre à la Correspondance.

Pour lui, « les ordres venaient de plus haut ». De l’avis général, le fait que l’adolescent soit une figure locale du mouvement lycéen, membre de la coordination inter-lycées de Grenoble, explique sans doute en grande partie la décision de le prendre pour cible. Les quelque 200 manifestants rassemblés mercredi après-midi devant le commissariat, pour réclamer sa libération, étaient d’ailleurs conscients du vide du dossier. Parmi eux, la mère de Lokman, restée sans nouvelles de son fils, pourtant mineur, et « dans une inquiétude terrible jusqu’au lendemain ».

« Une politique qui vise à nous faire rentrer dans le rang »

« La police avait la volonté de me laisser dans le flou », affirme Lokman qui n’avait lui non plus quasiment aucune information durant sa garde à vue. « C’est une politique qui vise à faire baisser la tête de tout le mouvement et à nous faire rentrer dans le rang », lance Rémi Adam, enseignant au lycée Vaucanson. À ses côtés, dans la salle du tiers-lieu La Correspondance, des collègues profs et des élèves de différents lycées de l’agglomération grenobloise (Vaucanson donc, mais aussi Mounier, Louise-Michel, Argouges, les Eaux-Claires, Marie-Curie, Aristide-Bergès). Tous partagent le même constat : un « durcissement très intense » de la répression policière depuis lundi 2 novembre au matin.

Rassemblement devant l’hôtel de police, le 4 novembre, en solidarité avec Lokman, lycéen de Mounier interpellé le matin, lors du blocage de son lycée.

Les effectifs de CRS, police nationale ou gendarmerie mobile positionnés depuis des semaines aux abords ou devant les lycées ont visiblement reçu des consignes de fermeté du gouvernement depuis la dernière rentrée. Rémi Adam proteste ainsi « contre la volonté du pouvoir de reprise en main policière faite de fouilles, de contrôles d’identité tout aussi arbitraires, de brutalité, d’interpellations, de gardes à vue et d’intimidations sans précédent dans l’histoire récente ».

« On est tous choqués de cette répression policière et de ces violences qui sont allées encore plus loin depuis la rentrée, dans la plupart des lycées », confirme Ulka, élève en terminale au lycée André-Argouges, qui évoque notamment « les policiers rentrant dans les lycées pour arrêter les élèves ». Le cas de Lokman est en effet loin d’être isolé à Grenoble où au moins vingt-cinq interpellations ont été recensées entre lundi et mercredi, sur les blocages de lycées. Parmi les jeunes arrêtés, quatorze ont été placés en garde à vue en début de semaine, auxquels s’ajoutent a priori d’autres lycéens ce vendredi — les chiffres définitifs restent incertains.

Violences physiques, insultes, coups, menaces, intimidations

Les témoignages faisant état de violences policières affluent depuis la rentrée, en provenance de nombreux établissements scolaires. Les enseignants de la Cité scolaire internationale Europole ont ainsi écrit une lettre ouverte dénonçant le comportement des CRS intervenus lors du blocage de leur lycée, lundi 2 novembre. Violences physiques, insultes, coups, menaces, intimidations… Rien n’a manqué à ce triste palmarès.

Rassemblement devant le lycée Mounier, le 5 novembre, pour dénoncer notamment la répression policière.

Idem lors de la conférence de presse où tous, profs comme lycéens, rivalisent d’anecdotes sur l’attitude choquante des policiers au cours de leurs interventions. Exemple avec Mathieu, enseignant au lycée Louise-Michel. « Lundi matin, ça a été très violent », raconte-t-il. « Il y avait six cars de CRS installés devant et ils fouillaient les élèves comme les profs. Certains parmi nous ont refusé d’être fouillés donc on s’est mis de fait en grève et on a commencé à protester devant le lycée. Mais les CRS nous ont repoussés à 50 mètres du lycée. Et la cheffe d’établissement, qu’on a interpellée, nous a dit qu’elle n’y pouvait rien, que c’était les ordres de la préfecture. »

Le bilan de cette matinée à Louise-Michel a été lui aussi très lourd. « Il y a eu cinq interpellations d’élèves ; un élève qui a pris un tir de LBD en tir tendu dans les jambes, avant d’être arrêté également ; une personne qui était sur la voie publique et qui a été elle aussi interpellée, sans aucune raison valable… Juste car elle prenait une vidéo de la scène », s’indigne Mathieu. « On a tous été profondément choqués ! »

« La violence, ce n’est pas que les coups. Cette image de la police qui fait entrer les élèves, c’est aussi une violence très importante ! »

Pourquoi le gouvernement a‑t-il décidé de monter encore d’un cran le niveau de la répression au retour de ces vacances d’automne ? « Il tenait à annoncer que les lycées étaient ouverts lundi 2 novembre », estime Rémi Adam. « La majorité des établissements l’ont effectivement été mais sous cette pression et cette menace », ajoute-t-il.

Amélie Durville, enseignante en section professionnelle au lycée Mounier, l’a observé également. Avant les vacances, se souvient-elle, les élèves bloquaient avec des poubelles le lycée, qui était « déclaré fermé quasiment tous les jours ». À l’époque, « le proviseur faisait en sorte que la police intervienne le moins possible ». Mais depuis lundi, changement d’ambiance. « Le lycée est censé être ouvert et on nous a bien dit que dès qu’un portail serait bloqué, il y aurait intervention policière directe. Ce sont les consignes du rectorat, c’est-à-dire de la préfète », souligne la prof de lettres histoire.

Cordon de gendarmes mobiles barrant l’accès au lycée Mounier, début octobre.

Dans une grande partie des établissements grenoblois, les lycéens ont ainsi dû s’habituer à voir les policiers les accueillir — ou plutôt les cueillir — chaque matin au portail d’entrée. Ainsi, à Argouges, « les ouvertures ont été assurées par la police presque tous les jours, quand le lycée était ouvert », indique Ulka. « En fait, ça ne marche pas car soit les élèves rentrent sous pression mais ne veulent pas y aller, soit ils ont trop peur de rentrer et de devoir passer devant une dizaine de CRS armés pour aller en cours. Et il y a aussi beaucoup d’élèves racisés qui nous expliquent que les CRS ont des regards noirs quand ils passent. » Chose guère rassurante pour ces lycéens.

« Dérive autoritaire » et « hypocrisie totale »

Présente à la conférence de presse, Salima, mère de deux enfants en seconde et première au lycée Mounier, rappelle une évidence : « La violence, ce n’est pas que les coups. Cette image de la police qui fait entrer les élèves, c’est aussi une violence très importante ! » Elle l’avoue, « cette répression l’inquiète, en tant que maman ». Salima ne comprend pas la passivité et le « silence » des autorités — politiques comme éducatives. La Grenobloise y voit aussi « une violence institutionnelle ». Et pour elle, « c’est très grave que l’inspection accepte cette répression ».

Les camarades de Lokman étaient présents pour le soutenir, mercredi 4 novembre, devant le commissariat.

Il est désormais grand temps de tirer la sonnette d’alarme face à cette « dérive autoritaire », s’insurge Lokman, pointant « l’hypocrisie totale » d’une partie de la classe politique et des médias mainstream, qui auraient réagi bien différemment « si ça se passait en Iran », par exemple. Alors que faire ? Le lycéen appelle de nouveau à la convergence des luttes et des colères ainsi qu’à « remettre en cause le système tout entier, sans se limiter à l’éducation ».

« Ils essayent de nous faire peur mais on n’a pas peur »

En outre, contrairement à ce que prétend le gouvernement, la majorité des lycées fonctionnent toujours en mode dégradé. « Depuis le 29 septembre, il n’y a pas eu un seul jour de cours qui s’est tenu normalement… Donc faire croire qu’on pourrait reprendre comme si de rien n’était, accueillir les élèves et faire l’appel, ça nous semble impossible », souligne Amélie Durville. Certes, « on a passé un cap » en matière de répression. Mais « ça n’entame ni la détermination des élèves ni la nôtre. Au contraire même : à Mounier, les élèves ont pris la mobilisation en main, ont demandé à organiser des AG. C’est plutôt un succès », se félicite la prof.

Pancarte d’une lycéenne dénonçant les violences policières à la manifestation interprofessionnelle et intersyndicale du 5 novembre.

Rémi Adam abonde. Au lycée Vaucanson, le dispositif policier, impressionnant, a été « ressenti par beaucoup comme une véritable provocation », assure-t-il. « Il n’a pas éteint la colère de la jeunesse et des personnels mobilisés mais au contraire, renforce leur volonté d’inverser le cours des choses et d’imposer leurs revendications. »

Dans la salle, tous affichent leur « détermination à continuer jusqu’au bout », comme l’explique Alice Chapuis, enseignante au lycée Mounier. Avec cette conviction que plus rien ne sera comme avant. Car, poursuit-elle, « on ne peut et on ne veut pas vivre dans une société qui permet ce genre de choses ». De toute façon, ils et elles se savent du bon côté de l’histoire. « La jeunesse se mobilise pour un avenir meilleur », insiste Zakaria, lycéen à Mounier. Et de conclure avec un air de défi : « Ils essayent de nous faire peur mais nous, on n’a pas peur. »

Banderole déployée devant le lycée Mounier, après l’interpellation de Lokman.

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Publié le 06.11.2026 à 18:32

Didier Gosselin

Dès 8h00, des élèves du lycée L’Oiselet se sont rassemblés devant leur établissement, à proximité de la place de la République. C’était devenu le rendez-vous de départ du cortège, conséquence de l’interdiction préfectorale de se rassembler place St-Michel, en centre-ville, comme c’est l’usage lors de chaque manifestation sociale berjallienne. Aucun débordement ni violence n’ont été à déplorer, si ce n’est l’interpellation d’un élève du lycée L’Oiselet ayant tenté de bloquer la grille du lycée avec un collier de serrage type Serflex (!) et le confinement du lycée Aubry, suite à un tir de mortier.

Le tribunal administratif de Grenoble n’avait pas encore eu le temps de casser l’arrêté préfectoral — ce qu’il fit en fin de matinée — lorsque, à 10h30, le cortège s’est élancé de la place de la République, trop étroite pour accueillir les centaines de manifestant·es. Des lycéen·nes de L’Oiselet et Léonard de Vinci étaient présent·es en tête de cortège. Nombre de militant·es, habitué·es des manifestations, soulignaient leur joie de voir autant de monde.

Une foule dense que l’on n’avait pas vue depuis longtemps à Bourgoin-Jallieu.

Bien que relégué sur un parcours évitant les rues piétonnes et commerçantes du centre-ville, nul n’a pu ignorer ce défilé festif et revendicatif, sécurisé par les syndicalistes, notamment ceux de l’union locale CGT, qui s’est déroulé pacifiquement et sans présence policière.

Une batucada revendicative s’est chargée de mettre l’ambiance.

Outre les syndicats clairement identifiables (CGT, CFDT, FO, SUD, FSU), on notait la présence de salarié·es de différents secteurs ou services. Le Planning familial, l’AFIPH (Association familiale de l’Isère pour personnes handicapées), des enseignant·es des lycées Aubry, Gambetta, L’Oiselet (Bourgoin-Jallieu), Delorme (L’Isle‑d’Abeau), Léonard de Vinci (Villefontaine), La Pléiade (Pont-de-Cheruy), étaient présent·es, ainsi que des salarié·es de Thermofisher, d’EDF, de la SNCF, d’Hermès, de Geismar, de Porcher… Les retraité·s n’étaient pas en reste qui manifesteront le 19 novembre à Paris, dont celles et ceux de la fédération Textile habillement de la CGT venu·es en délégation ce jour.

Les syndicats CGT de la fédération du Textile cuir habillement étaient présents.

La manifestation a été ponctuée de discours et de chants divers et variés dont l’Internationale et le Chant des partisans, témoignant ainsi d’une détermination sans faille pour résister et exiger des réponses aux revendications, avant de se disperser vers 13h00.

Les conseillères du Planning familial de Bourgoin-Jallieu ne ratent jamais une manifestation…
Ici comme ailleurs les pancartes ont fleuri, marquant la diversité des revendications que chacun·e affiche fièrement.

Les militant·es communistes venu·es de différentes sections du Nord-Isère étaient présent·es pour apporter leur soutien et leurs propositions à travers la distribution d’un tract de campagne de Fabien Roussel.

Les militant·es communistes étaient présent·es et ont distribué un tract de leur candidat.

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Publié le 05.11.2026 à 21:21

Manuel Pavard

La nouvelle est tombée en fin de matinée alors que le cortège, parti peu après 11 heures du parvis de la gare et de l’avenue Alsace-Lorraine, se trouvait encore sur le cours Jean-Jaurès. Saisi en urgence, via un référé-liberté, par l’union départementale CGT Isère, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu l’arrêté préfectoral pris la veille. Lequel interdisait, comme lors des actes II et III des Gilets jaunes, les « rassemblements, attroupements, manifestations et cortèges le jeudi 5 novembre dans plusieurs secteurs du centre-ville de Grenoble et les zones commerciales de Grand Place (Grenoble), Comboire (Echirolles) et Neyrpic (Saint-Martin d’Hères) ».

La place de Verdun, noire de monde, a pu accueillir l’arrivée de la manifestation grâce à la décision du tribunal administratif suspendant l’arrêté préfectoral. © Kevin Gazoufer

Cet arrêté promulgué en dernière minute avait provoqué la colère de l’intersyndicale Isère qui, dans un communiqué diffusé mercredi 4 novembre au soir, avait dénoncé « une décision préfectorale irresponsable qui abîme la démocratie sociale ». Les syndicats reprochaient notamment à la préfète de l’Isère de ne pas avoir proposé de parcours alternatif et d’ignorer leurs réclamations. Heureusement, le juge des référés a estimé, dans sa décision, que l’arrêté portait une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester, à la liberté d’expression et à l’exercice de l’action syndicale collective ».

Salariés, lycéens et étudiants se heurtent à « un mur d’indifférence »

Conséquences, les manifestants ont finalement pu défiler sur le parcours initialement déposé par l’intersyndicale. Une véritable marée humaine a ainsi emprunté la rue Lesdiguières avant d’arriver place de Verdun, devant la préfecture. Combien étaient-ils ? Les organisations syndicales ont comptabilisé quelque 28 600 personnes. Soit une affluence assez proche de celle du 17 octobre, pour l’acte I de la mobilisation des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats.

La « fin de l’époque contemporaine », un concept largement repris par les lycéens et étudiants depuis le début du mouvement. © Kevin Gazoufer

Salariés, retraités, lycéens, étudiants… Cette journée a rassemblé les différents mouvements sociaux s’opposant actuellement à la politique gouvernementale dans l’ensemble du pays. Des mobilisations ayant chacune leur singularité mais toutes confrontées à la même hostilité des autorités. « Qu’il s’agisse des agents de la fonction publique alertant sur leurs conditions d’exercice, des salariés du secteur privé frappés par l’inflation, ou des étudiants réclamant des conditions d’études décentes, toutes ces voix se heurtent depuis trop longtemps à un mur d’indifférence », déplore ainsi l’intersyndicale.

Les étudiants de l’école Ocellia et les travailleurs sociaux étaient bien présents. © Kevin Gazoufer

« Balayer ces aspirations légitimes par une doctrine de maintien de l’ordre méprisante ne fait qu’alimenter un ressentiment dangereux », poursuit-elle. « L’intersyndicale exige l’ouverture immédiate de véritables négociations, une revalorisation significative des rémunérations dans le privé comme dans le public, et un partage plus équitable des richesses. »

Une vague d’interpellations de lycéens depuis le début de semaine

Des revendications déclinées dans les slogans et les pancartes, tout comme la dénonciation des violences policières, omniprésente dans la bouche des manifestants, en particulier chez les plus jeunes d’entre eux. La répression des blocages de lycées de ces trois derniers jours était encore ainsi dans toutes les têtes. Entre lundi et mercredi matin, ce sont en effet au moins 25 interpellations qui ont recensées dans ce cadre. Des lycéens d’Argouges, Louise-Michel, Vaucanson, Champollion, Europole, Emmanuel-Mounier… Dont de nombreux mineur·es (dix sur les onze élèves arrêtés mardi 3 novembre, par exemple).

Encore beaucoup de jeunes dans le cortège. © Kevin Gazoufer

Ces jeunes ont été interpellés et pour la plupart placés en garde à vue, pour des motifs divers et souvent futiles. « Pour des fumigènes retrouvés dans un sac, pour avoir été à proximité d’une poubelle incendiée, ou à la suite d’échanges avec les forces de l’ordre », détaille le compte Instagram Matière noire, qui suit de près les mobilisations lycéennes.

Rassemblement devant le commissariat de Grenoble, le 4 novembre, en solidarité avec Lokman, lycéen de Mounier placé en garde à vue le matin. © Manuel Pavard

Parfois, les raisons restent même très incertaines, voire inconnues, à l’image du cas de Lokman, élève au lycée Mounier interpellé mercredi matin. Membre de la coordination inter-lycées de Grenoble et figure du mouvement, l’adolescent a été embarqué par la police devant son établissement, apparemment pour une altercation survenue la veille avec un élève non bloqueur. Plus de 200 personnes se sont rassemblées, mercredi 4 novembre au soir, devant le commissariat de Grenoble pour réclamer sa libération. Parmi elles, la mère de Lokman, « très fière » de son fils et qui « s’attendait » à ce que les autorités veuillent « le museler ».

Le sénateur Guillaume Gontard a dénoncé, devant Mounier, la répression policière visant les lycéens. DR

Le rassemblement a par ailleurs donné lieu à quelques échauffourées avec les policiers, qui ont notamment tenté d’arrêter l’un des manifestants. Ce jeudi, en fin d’après-midi, Lokman n’était toujours pas sorti de l’hôtel de police, après déjà plus de vingt-quatre heures de garde à vue. Une durée qui interrogeait nombre de militants et d’élus. Le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard et les députées Cyrielle Chatelain et Élisa Martin ont d’ailleurs évoqué leur inquiétude et leur incompréhension face à ces trop nombreuses interpellations lors d’une conférence de presse tenue devant le lycée Mounier, ce jeudi matin, peu avant le départ de la manifestation.

Poursuivre la lutte et la mobilisation

Du côté des syndicats, la satisfaction était unanime quant au succès de la mobilisation de ce 5 novembre. Outre l’impressionnant défilé grenoblois, des manifestations étaient également organisées sur l’ensemble du territoire isérois, à Bourgoin-Jallieu, Vienne, Saint-Marcellin, Voiron ou encore Roussillon. Partout, une volonté affichée de poursuivre la lutte au-delà de ce jeudi. Prochaine étape dès ce samedi 7 novembre, avec l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs, à Grenoble et dans toute la France.

Des manifestants mobilisés pour la défense du service public. © Luc Renaud
L’ingéniosité des manifestants : un gaufrier mobile. © Luc Renaud
Les « métallos » de la CGT fidèles au poste. © Kevin Gazoufer
Le cortège des communistes isérois. © Luc Renaud

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Publié le 03.11.2026 à 20:32

Manuel Pavard

Raviver la flamme et pérenniser la lutte, en attendant la journée de grève intersyndicale du 5 novembre. C’est pour cette raison que les coordinations nationales lycéenne et étudiante appelaient toutes deux à une journée de mobilisation et de blocage, ce mardi 3 novembre, dans toute la France. « On a appelé à cette date pour montrer qu’il n’y aura pas de rentrée scolaire, que la mobilisation ne s’essoufflera pas parce qu’il y a des vacances, et qu’on se battra tant qu’on n’obtiendra pas gain de cause », explique Lena, militante à l’UNEF et étudiante à l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine (IUGA).

Le cortège des étudiants de l’IUGA a défilé dans les rues de Grenoble et de Saint-Martin-d’Hères.

Une fois n’est pas coutume, ce sont en effet les étudiants du campus Sud, plus particulièrement de l’IUGA, qui menaient la danse ce mardi, avec une manifestation partant de leur établissement, avenue Marie-Reynoard, en direction du domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères. « L’objectif, c’est que nous qui sommes loin du campus de Saint-Martin-d’Hères, on puisse montrer notre présence, notamment à M. Lakhnech [NDLR : le président de l’Université Grenoble Alpes] qui, depuis des semaines, refuse de répondre à nos revendications », affirme Lena.

« On demande le droit de grève étudiante »

Comme leurs camarades de l’UGA, sur le campus « principal », les étudiants de l’IUGA demandent ainsi « le droit de grève étudiante, de manière à ce que tout le monde puisse se mobiliser sans avoir peur des conséquences », poursuit la militante de l’UNEF, rappelant que l’absence de ce droit freine considérablement la mobilisation. « On nous empêche en nous mettant le couteau sur la gorge, en nous disant que si on va pas en cours, on va pas avoir nos partiels, on va perdre notre bourse », déplore-t-elle.

Les manifestants à l’arrivée devant le bâtiment Stendhal, sur le campus de l’UGA.

Entre les deux campus, le cortège étudiant a fait étape devant les lycées Argouges, à Grenoble, et Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d’Hères. Avec l’ambition initialement de récupérer sur le parcours les lycéens en lutte. Mais ces derniers ont finalement décidé de rester devant leurs établissements respectifs, pour continuer les blocages et maintenir une présence humaine suffisante face à la police. Exemple à Argouges où les lycéens ont une nouvelle fois été confrontés à la répression policière.

Les CRS positionnés devant le lycée Argouges, bloqué par les lycéens mobilisés.

Après un premier blocage stoppé par la police, tôt le matin, les lycéens ont rebloqué l’accès au lycée. « On a formé une chaîne humaine devant l’entrée et vers 10 heures, les CRS se sont mis en ligne face à nous, puis ont foncé sur notre chaîne, en mettant des coups de pied et en nous gazant à bout portant avec du spray au poivre », raconte Mika, lycéenne en terminale à Argouges et membre de la coordination inter-lycées de Grenoble. Une réaction totalement « injustifiée et disproportionnée », estiment plusieurs militants venus sur place, en soutien.

« L’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées. »

Des propos qui confirment les nombreux récits d’élèves et d’enseignants pointant des violences policières lors des blocages, lundi 2 comme mardi 3 novembre. Des profs de la Cité scolaire internationale Europole ont par exemple dénoncé des « violences physiques » ainsi que des « insultes et propos discriminatoires » lors de l’intervention de la police, ce lundi matin.

Étudiants du campus Sud et lycéens se sont rejoints brièvement devant le lycée Argouges, en milieu de matinée.

Ils évoquent ainsi « l’usage de gaz lacrymogènes directement au niveau des visages des élèves et adultes alors que les élèves étaient en chaîne de manière pacifique et que des collégien·es étaient en train d’arriver, le plaquage violent de jeunes lycéen·es avec les boucliers ou des lanceurs LBD, un coup de pied sur une lycéenne au sol, le plaquage d’une élève au mur de telle sorte que sa tête a frappé contre le mur, des contacts au niveau de la poitrine des femmes pour les repousser, une élève projetée à terre depuis le haut des poubelles alors qu’elle obtempérait ». Sans oublier des propos tels que « Ça va toi la tête de dealer » à un élève, ou « Vous êtes pas français ? » à un enseignant.

Pancarte au milieu du cortège étudiant.

Pour les enseignants d’Europole, « l’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées ». Un épisode qui a profondément « choqué » les adultes présents à ce moment-là. Même constat, le même jour, au lycée Louise-Michel où les enseignants fustigent pêle-mêle les tirs de grenades lacrymogènes et de LBD, le « coup de matraque à un professeur de maths », leur collègue projetée au sol lors d’une charge policière ou encore les profs « mis en joue par un CRS sans tirer ». Quant aux élèves, plusieurs ont été « menottés et arrêtés car ils avaient du sérum physiologique et des masques covid dans leurs sacs », s’insurgent-ils.

« On attend le 5 novembre avec beaucoup de détermination »

Après les quatorze interpellations recensées la veille, de nouvelles arrestations ont par ailleurs eu lieu ce mardi 3 novembre, notamment sur les blocages des lycées Marie-Curie, à Échirolles, et les Eaux-Claires, à Grenoble. Au lycée Argouges, ce sont deux adolescents qui ont été interpellés, selon Mika : « une jeune fille de 17 ans et une personne non binaire de 14 ans ». La première aurait « lancé un œuf sur un CRS en armure », confie la représentante de l’inter-lycées. Et l’autre aurait interpellé les policiers « en leur disant que c’était lâche » [NDLR : cette interpellation], ajoute-t-elle.

Les étudiants de l’IUGA ont profité de leur passage sur le campus de Saint-Martin-d’Hères pour interpeller la direction, sans succès.

Lycéens comme étudiants ont désormais en ligne de mire la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du jeudi 5 novembre. « On pense qu’aujourd’hui, il y a une nécessité à ce que les travailleurs nous rejoignent dans cette bataille et se mettent en grève », indique Lena. Et de lancer : « Nous, on attend le 5 avec beaucoup de détermination ! » Avant l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens et étudiants le 7 novembre. Puis la suite : « On ne pense pas que la mobilisation se gagne en une ou deux dates. C’est un rapport de force qui s’établit et qui se gagne sur du long terme. »

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