Publié le 22.10.2026 à 17:04
Edouard Schoene
Tour à tour la maire de Grenoble, Laurence Ruffin puis Nedjma Bendiab, représentante du Collectif du 17 octobre constitué par neuf associations, ont pris la parole en présence de nombreux élus et d’un public grave et attentif.
Laurence Ruffin a rappelé les faits, évoqué les chemins chaotiques, longs, pour la reconnaissance du massacre parisien en appelant à la reconnaissance des faits pour l’apaisement des souffrances concluant : « Notre présent n’a pas d’avenir sans cette mémoire… soyons fiers d’une ville ouverte, engagée, accueillante, antiraciste : Grenoble. »
Laurence Ruffin, maire de Grenoble.Nedjma Bendiab a remercié les présents, les élus, les quarante-quatre organisations ayant appelé au rassemblement. « Ce soutien est extrêmement important, car c’est bien l’action militante et votre présence qui permet de lutter pour la reconnaissance officielle par l’État de son rôle dans cette tragédie. 65 ans après les faits, il reste toujours important d’être mobilisés et d’agir. Sortir les crimes commis pendant la colonisation de l’oubli est une nécessité absolue tout particulièrement dans le contexte actuel où le pouvoir entretient des polémiques injustifiées contre l’Algérie, avec des déclarations et des injonctions inacceptables pour tout pays indépendant. »
Comme chaque année, l’intervention a pris en compte l’actualité pour énoncer les crimes à Gaza et saluer la solidarité avec les Palestiniens.
Puis Nedma Bendiab a poursuivi : « Rendre hommage aux manifestantes et manifestants du 17 octobre 1961, c’est refuser la violence d’État utilisée pour réprimer les manifestations. Comment comprendre la très grande brutalité de la police contre les jeunes qui demandent des conditions d’études correctes pour se construire un avenir ? Plus de 6500 interpellations, le plus fort chiffre depuis… les 12 000 personnes arrêtées lors de la répression du 17 octobre 1961 ! Nous faisons nôtre ce constat de Alexis Deswaef président de la FIDH : ‘’Le rôle de la police est de protéger les libertés publiques et la sécurité de tous et de toutes, en particulier des personnes mineures’’ Nous sommes extrêmement inquiets de la montée de la menace néofasciste en France. »
Important rassemblement mémoriel, ce 17 octobre à 18 heures, place André Arnaud.La fin de l’intervention portait sur l’Algérie d’aujourd’hui : « Depuis le début du Hirak en Algérie, mars 2019, on a compté plusieurs milliers d’incarcérations. Tous ceux qui ont accompagné le Hirak sont visés, des avocats, des journalistes, des professeurs, des syndicalistes, des militants politiques… À ce jour, plus de 200 personnes sont encore emprisonnées pour avoir exprimé leur opinion et exercé leurs droits fondamentaux, des centaines de citoyens sont poursuivis pour de simples opinions exprimées sur les réseaux sociaux. Nous soutenons la demande de Amnesty International de libérer immédiatement et sans condition tous les journalistes détenus arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, notamment Abdelwakil Blamm, Hassan Bouras et Christophe Gleizes ».
A l’issue des discours, des fleurs ont été déposées au pied de la plaque commémorative. Un cortège s’est ébranlé, s’est arrêté devant le musée de l’Évêché, puis s’est rendu jusqu’au pont de la citadelle d’où des centaines de fleurs ont été jetées dans l’Isère, pour rendre hommage aux victimes du 17 octobre 1961.

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Publié le 22.10.2026 à 10:44
Travailleur Alpin
Tout commence par un communiqué de Valentin Gabriac, référent RN sur la métropole, dénonçant la tenue d’une conférence intitulée « S’organiser pour la révolution : comment lutter malgré la répression, comment organiser la suite du mouvement », avec un visuel choc où l’on voit quatre CRS devant un feu. Le responsable d’extrême droite, faisant l’amalgame entre l’organisation de jeunesse Young Struggle et les casseurs et pilleurs d’opportunité qui ont dévasté les rues de Grenoble, réclame que la ville annule la réservation octroyée. Ce qu’elle fera, mais pas pour les mêmes raisons…
C’est que la mairie a la mauvaise surprise de découvrir que la réservation de la Maison de la vie associative et citoyenne n’a pas été faites au nom de Young Struggle, et sous un autre objet que celui annoncé. Contrairement à ce qu’affirmera rapidement le responsable LFI Allan Brunon sur sa page Facebook, il ne s’agit donc pas ici d’un « recul face au RN », mais d’une question de responsabilité juridique.
Une source interne au sein de la mairie nous confie qu’« on ne peut pas se permettre de ne pas savoir ce qui se passe dans nos locaux, et que des associations s’échangent des créneaux de réservation sans nous en informer. En cas de pépin, c’est la ville qui est responsable ! ». Information transmise aux jeunes qui – espérons-le – l’intégreront lors de leurs prochaines demandes.
YS, dont les habitués des manifestations ont déjà vu les drapeaux à l’étoile rouge cerclée de jaune sur fond bleu ciel, c’est une organisation de jeunesse socialiste franco-kurdes, relativement implantée dans le milieu militant grenoblois. Se rattachant au marxisme, ses membres sont, aux côtés des Jeunes communistes (organisation de jeunesse du PCF), l’une des forces les plus présentes au sein de la mobilisation lycéenne actuelle. Des « révolutionnaires », c’est certain, mais en aucun cas des « casseurs » ou des « promoteurs du pillage »…
Pour Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, nous sommes donc face à « une manœuvre habituelle de l’extrême droite dans la période : amalgamer ceux qui cherchent à organiser la mobilisation [les organisations de jeunesse de gauche] à ceux qui précisément profitent de la désorganisation pour semer le désordre. Oui, casseurs et pilleurs d’opportunité sont objectivement les adversaires du mouvement, et c’est précisément en favorisant l’auto-organisation de la jeunesse que ces éléments seront maîtrisés ! ».
Ce qui s’est vérifié dans la pratique devant les établissements scolaires : si au tout début de la mobilisation, des groupes extérieurs venaient impunément semer la discorde aux portails des lycées, et provoquer la police, la situation s’est graduellement calmée à mesure que les lycéennes et lycéens mobilisés, aux côtés de leurs professeurs, progressaient dans l’organisation d’un mouvement au départ spontané.
Pour Jérémie Giono, plutôt que de cibler ceux qui précisément sont « un morceau de l’antidote » face aux casseurs et aux pilleurs, c’est la stratégie du maintien de l’ordre déployée samedi 17 octobre, à Grenoble, qu’il faut interroger.
Dans une vidéo conjointe, le secrétaire départemental du PCF et Baptiste et Mathéo des Jeunes communistes de l’Isère, pointent notamment le choix fait par la préfecture de stopper le cortège jeunes — « le plus volatile » — à l’arrêt Chavant, l’empêchant de suivre le parcours initialement déposé qui devait permettre de rejoindre pacifiquement la place Victor Hugo.
La dispersion brutale qui s’en est suivie a abouti au « nassage » de plusieurs centaines de jeunes sous gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes… jusque devant l’hôtel de ville de Grenoble. Une situation à haut risque qui aurait pu entraîner de très lourds débordements sur le bâtiment public.
Cette dispersion aura aussi eu pour conséquence de diviser le cortège des jeunes en une multitude de petits groupes courant dans les rues, monopolisant inefficacement l’essentiel des forces de l’ordre mobilisées pour la journée, et laissant le champ libre aux pillards sur les autres secteurs de la ville.
Pour les communistes, « il y a eu ce jour-là des choix stratégiques désastreux, qui ont mis en danger les jeunes, les policiers, les commerçants… ». Et de conclure par une demande de rendez-vous avec le cabinet de la préfète, afin que « ce type de situation ne se reproduise plus ».
Robert W. Wellnes
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Publié le 21.10.2026 à 14:42
Travailleur Alpin
Venir à la Vence scène pour le festival Écran total, c’est l’occasion de découvrir des films en avant-premières. Vous pourrez retrouver des films qui luttent et nous permettent de créer des nouvelles grilles de lecture.
Évoquons ainsi le film Les Filles d’Abraham, qui traite d’un sujet ô combien actuel (la religion, le patriarcat) dans une finesse et une musicalité juste et touchante. Notons aussi La Bola Negra, chef d’oeuvre qui a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Trois périodes en Espagne, 1932, 1937 et 2017. Mélange de tous les genres, du film de guerre à la comédie, flirtant avec l’onirisme et le fantastique qui donnent corps et rendent hommage à la poésie de Federico Garcia.
Pour quelque chose de plus décalé et léger, le film d’animation pour adultes Blaise fait aussi partie de la sélection. Histoire, émotions, politique, humour, documentaire…
La programmation est ouverte aux familles et aux enfants dès 3 ans. Patouille et Momo, les contes de la forêt leur permettra de découvrir le cycle de la nature, complété par un atelier spécial pour les tout-petits en sortie de film. Vous pourrez voir aussi le film qui a fait vibrer les festivals de cinéma jeune public, Le Corset. La vie d’un jeune garçon confronté à une scoliose sévère à la campagne dans la ferme familiale.
L’avant-première du film Carmen, l’oiseau rebelle signe le grand retour de S. Laudenbach et permettra à petits et grands de replonger dans l’univers spécifique de ce réalisateur à travers une réinterprétation de l’opéra bien connu de Bizet.
L’essence même du festival, c’est aussi de se rencontrer autour de moments conviviaux. Le bar du festival sera ouvert du vendredi soir au lundi soir. Des dégustations de produits seront prévues après le film très local Tero Loko le dimanche à 10h. Les films du samedi et dimanche matin seront d’ailleurs précédés d’un petit-déjeuner offert aux participant.es. La projection du film Je suis plus fort qu’Israël sera accompagnée d’une vente de pâtisseries orientales au profit de l‘Association France Palestine solidarité. De nombreuses animations ponctueront le festival.
Écran total accueillera Antoine Fromental qui présentera son film Retour au collège, un documentaire sur les derniers mois d’un principal dans un collège du 93. La réalisatrice de Tero Loko, Isalia Petmezakis, parlera du film et des projets de réinsertions à travers la paysannerie de personnes exilées à Notre-Dame-de‑l’Osier (Isère). L’équipe de foot des Deux rochers sera là pour mettre l’ambiance lors de la projection de À Jamais les premières, film qui raconte la première équipe de foot féminine d’Espagne.
Quatre jours de cinéma avec une programmation qui s’adresse à toutes et tous, aussi bien cinéphiles avertis que public familial.
La Vence scène, 1 avenue du général de Gaulle, Saint-Egrève.
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Publié le 19.10.2026 à 18:50
Travailleur Alpin
« Des travaux d’assurance pour le long terme, pas des rustines ! » C’est l’avertissement que lance le Collectif de l’Étoile ferroviaire de Veynes (CEFV) — collectif citoyen réunissant cheminots et usagers — après l’évaluation à 118 millions d’euros du coût des travaux de rénovation de la ligne ferroviaire Grenoble / Gap (surnommée la « ligne des Alpes ») par SNCF Réseau.
En décembre 2022, après deux ans de travaux, le train faisait son retour sur la ligne des Alpes, ici à Lus-la-Croix-Haute.« Rien n’est acquis », insiste le collectif. Le dossier de la concertation, ouverte en ligne du 15 septembre au 15 octobre, stipule en effet que les études sont en cours jusqu’en début 2027. C’est à l’issue de ces études que le montant et le programme technique des travaux prévus en 2028 et 2029 seront définitivement arrêtés. Sur cette base, des conventions de financement seront alors établies entre SNCF Réseau, l’État, les régions Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA) et Provence-Alpes-Côte‑d’Azur (PACA). Le collectif demande aux principaux financeurs de préciser la clef de répartition entre les différentes parties, ainsi que les lignes budgétaires sur lesquelles s’inscrit l’opération de rénovation de la ligne.
Cette prudence est d’autant plus fondée que les déclarations d’intention se sont multipliées de la part de la Région AuRA, qui a dernièrement fait état du déblocage d’une enveloppe de 300 millions d’euros pour améliorer le trafic ferroviaire à l’occasion des prochains Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2030, dans les Alpes françaises. « Ce que l’on craint, c’est qu’au-delà de cet effet d’annonce, les travaux financés dans les années à venir soient beaucoup moindres que ce qui est effectivement annoncé dans un premier temps », indique Éric Gilbert, membre du collectif. « Nous réclamons des garanties sur le financement des travaux et la qualité du service TER après les Jeux olympiques. »
Willy Pepelnjak et Ambroise Di Dio, militants communistes présents au rassemblement.Le Collectif de l’Étoile ferroviaire de Veynes entend ainsi continuer à se battre pour une offre TER performante. Il rappelle en outre que les fréquents retards et les suppressions de train sont une conséquence de l’insuffisance d’entretien de cette ligne où s’enchaînent viaducs et tunnels. « Pour l’instant, c’est une aventure de prendre cette ligne », souligne d’ailleurs le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard, qui attend « des engagements sur la façon dont cette ligne va être utilisée, en termes de fréquence et de cadencement des trains ».
Le maire de Pont-de-Claix Christophe Ferrari fait quant à lui le lien avec le « projet de RER métropolitain », autre moyen de « relier la métropole grenobloise à l’ensemble du territoire » et qui, lui aussi, est « toujours pavé de belles intentions ». L’ex-président de la Métropole de Grenoble promet donc d’être vigilant, prévenant : « Pas un euro ne doit manquer aux 118 millions ! »
Sylvie Loyau représentait également, aux côtés d’Ambroise Di Dio, la délégation du PCF Isère.Pour les militants communistes présents (Willy Pepelnjak, Sylvie Loyau, Ambroise Di Dio et François Simon), l’amélioration et le développement du trafic ferroviaire sont également déterminants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du réchauffement climatique. La réorganisation des modes de transport, en privilégiant le rail et les transports en commun, est l’une des propositions contenues dans le Plan climat du PCF, pour lequel écologie et social relèvent du même combat.
François Simon
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Publié le 18.10.2026 à 03:50
Manuel Pavard
Cette journée du 17 octobre était très attendue. Elle fera date, à Grenoble comme un peu partout en France. Pour son impressionnante mobilisation déjà. Au grand retour des Gilets jaunes, annoncé depuis de longues semaines, se sont en effet greffées les multiples colères couvant actuellement dans le pays. En premier lieu, celle des lycéens, en lutte depuis fin septembre pour l’amélioration de leur quotidien et de leurs conditions d’apprentissage, et des étudiants, qui les ont rejoints dans ce formidable mouvement de la jeunesse depuis une dizaine de jours. Mais aussi les syndicats de salariés, comme la CGT, Solidaires ou la CNT, les partis politiques de gauche (PCF, LFI, NPA, LO, RP…) ou encore la Confédération paysanne.
Les quais de l’Isère noirs de monde, sous les bulles. © Luc RenaudDes agriculteurs dont l’arrivée en tracteurs, place Victor-Hugo, a fait son petit effet. La fameuse convergence des luttes en action dans les rues de Grenoble. Si le terme a été un peu mis à toutes les sauces récemment, il reste un objectif partagé par la quasi-totalité des manifestants, comme l’ont répété lycéens et étudiants ces dernières semaines.
Les tracteurs de la Confédération paysanne aux côtés des manifestants. © Manuel Pavard« C’est ça qu’on veut », affirme Niko, artiste grenoblois et membre du collectif Culture en lutte 38. « J’en ai un peu marre que chaque secteur se mobilise dans son coin, à tour de rôle, alors qu’on se fait tous b… (sic) par l’oligarchie ! Moi, je ne manifeste pas seulement pour la culture, comme les lycéens ne parlent pas que des lycées. »
Message reçu au vu de la marée humaine qui a déferlé sur la capitale des Alpes, ce samedi après-midi. Combien étaient-ils dans les rues ? L’UL CGT Grand Grenoble a comptabilisé « a minima 30 000 personnes » sur le parcours reliant la place Victor-Hugo au parc Paul-Mistral tandis que Solidaires Isère et d’autres donnent le chiffre de 35 000. Néanmoins, réaliser une estimation très précise relevait de la mission impossible. En cause, les nombreux manifestants disséminés dans divers points du centre-ville, pour la plupart bloqués par la police.
Pancartes, slogans et chants en référence aux violences policières étaient très nombreux. © Luc RenaudParmi eux, l’imposant cortège lycéen et étudiant parti vers midi du lycée Mounier, épicentre de la contestation lycéenne, pour en principe rejoindre la place Victor-Hugo, point de départ de la manifestation aux alentours de 13h30. Problème, en arrivant vers la rue Lesdiguières, un cordon de CRS leur a subitement barré le passage, prenant pour prétexte les mortiers d’artifice tirés par une poignée de jeunes. Une stratégie totalement volontaire de la part de la police, qui a tout fait pour séparer les groupes de manifestants et scinder les différents cortèges, afin d’empêcher leur jonction.
Des manifestantes créatives. © Kevin GazouferRésultat des courses, certains ont réussi à emprunter un itinéraire alternatif, au prix d’un long détour dans les rues, pour se rendre place Victor-Hugo. Mais beaucoup d’autres sont restés coincés dans ce périmètre et n’ont jamais pu rejoindre la manifestation. C’est le cas de Babeth, militante communiste. « Je suis arrivée vers Chavant à 13h50 et je n’ai pas réussi à franchir la rue Lesdiguières », regrette-t-elle, racontant les tirs de gaz lacrymogènes réguliers et les « charges aléatoires » des CRS. « Toutes les rues étaient bloquées donc je suis allée directement à l’arrivée au parc Paul-Mistral, qui était plein de gens demandant où était la manif’ et comment passer. »
Emmanuel Macron ciblé sans surprise par de nombreux manifestants. © Kevin GazouferQuant au gros des manifestants, ceux-ci ont stationné un long moment sur la place Victor-Hugo d’où l’on apercevait les échauffourées entre petits groupes de jeunes et policiers dans les rues adjacentes, noyées sous les lacrymos. Lorsque le cortège a enfin pu s’élancer, il a fallu adapter et improviser le parcours, conséquence des barrages installés dans tout l’hyper-centre par les forces de l’ordre. Il s’est ainsi dirigé vers les quais de l’Isère, avant de bifurquer à hauteur du musée de Grenoble, puis de remonter par le quartier Notre-Dame, la place de Metz, etc., jusqu’au parc Mistral.
Une manifestation monstre, joyeuse et dynamique, mais sans incidents, malgré le bruit des grenades rythmant le trajet et les effluves des gaz lacrymogènes arrivant jusqu’aux manifestants, selon le sens du vent. Au sein du cortège, slogans et pancartes évoquent pêle-mêle la vie chère et l’augmentation des prix — thèmes initiaux de la mobilisation des Gilets jaunes — mais aussi les moyens pour les facs et les lycées, la répression policière, l’antifascisme et la lutte contre l’extrême droite, la justice sociale, l’inaction climatique, le démantèlement des services publics…
La foule dans toutes les rues de l’hyper-centre. © Luc RenaudPour une partie des militants, ce défilé venait conclure une intense journée de mobilisation, débutée aux aurores par le blocage du pont de Catane, puis l’instauration de barrages filtrants sur l’A480. Ce qui a conduit à la fermeture, durant un bon moment, des sorties « Grenoble centre » et « Fontaine » ainsi qu’à une paralysie presque totale de la circulation sur cette portion d’autoroute. Après avoir levé le blocage vers 10 heures, après l’intervention des forces de l’ordre, les manifestants — près de 300 au plus fort de l’action — se sont dispersés, certains rejoignant le quartier de la gare, théâtre d’échanges musclés avec la police.
Le 17 octobre, c’était aussi l’anniversaire de la répression coloniale meurtrière des Algériens, le 17 octobre 1961. © Luc RenaudLa tension est ensuite allée crescendo tout au long de la journée. Avec d’un côté, des affrontements qui se sont poursuivis jusqu’à la tombée de la nuit, bien après l’arrivée de la manifestation. Le tout malheureusement accompagné de scènes de pillages et de dégradations qu’ont déjà commencé à exploiter le gouvernement et l’ensemble de la droite — médias réactionnaires inclus. Et de l’autre côté, des policiers qui se sont distingués par leur zèle dans l’emploi de grenades lacrymogènes, y compris en ciblant des personnes totalement étrangères aux violences.
Beaucoup de rues étaient noyées sour les gaz lacrymogènes tirés par la police. © Kevin GazouferLes manifestants se projettent maintenant vers la suite du mouvement avec, en ligne de mire, la prochaine journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du 5 novembre. D’autres reprendront la lutte bien plus tôt. Parfois même dès ce dimanche 18 octobre, à l’instar des étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) qui accueilleront à Grenoble les délégations élues de trente-cinq facs et seize villes différentes, à l’occasion de la coordination nationale étudiante.
Les jeunes communistes de l’Isère, toujours présents sur la mobilisation. © Luc Renaud
Ambiance plus festive avec la batucada. © Kevin GazouferCet article Mobilisation du 17 octobre : près de 35 000 manifestants dans les rues de Grenoble est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 16.10.2026 à 19:20
Manuel Pavard
« Une étape importante pour l’avenir de la Mut’ », selon la ville et la métropole de Grenoble ; « une page se tourne », pour Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du CSE… Très attendue, la décision rendue ce jeudi 15 octobre par le tribunal judiciaire de Grenoble, sur l’avenir du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble, a été accueillie avec une satisfaction et un soulagement quasi unanimes. Les juges ont choisi le plan de cession de la Fondation Georges-Boissel, basée à Bourgoin-Jallieu, préféré au plan de continuation déposé par Paul de Rosen, président de l’Union mutualiste pour la gestion du Groupe hospitalier mutualiste (UMG-GHM), considéré comme « l’homme de paille » de l’ex-PDG d’Avec, Bernard Bensaid.
Thierry Carron, délégué syndical FO du GHM et secrétaire du Comité social d’entreprise (CSE). © Luc Renaud« On se débarrasse enfin du groupe Avec et de Bernard Bensaid », savoure ainsi Thierry Carron, qui n’a cessé de combattre l’ancien repreneur, aux côtés du collectif des usagers, au cours de ces dernières années. Dès son arrivée aux manettes, en 2020, le groupe Avec (anciennement Doctegestio) a en effet mis en place un système de prédation vorace, ponctionnant notamment quelque 8 millions d’euros dans la trésorerie du GHM. Lequel n’a pu récupérer in fine qu’environ 1,6 million d’euros.
Heureusement, le vent a fini par tourner pour le groupe Avec, qui a depuis accumulé les déboires judiciaires. Le tribunal de commerce de Bobigny a ainsi prononcé sa liquidation judiciaire en octobre 2025, décision dont la société a fait appel en juillet dernier. Quant à Bernard Bensaid, celui-ci a été renvoyé en correctionnelle pour « détournement de fonds publics et privés » et « prise illégale d’intérêts ». L’homme d’affaires comparaîtra le 2 février 2027 devant le tribunal judiciaire de Grenoble, l’audience, prévue initialement le 8 septembre 2026, ayant été renvoyée à la demande de ses avocats.
Le procureur de la République Étienne Manteaux annonçant, le 2 octobre 2025, le renvoi en correctionnelle de Bernard Bensaid, qui sera jugé le 2 février 2027. © Manuel PavardDans ces conditions, les salariés comme la majorité des acteurs locaux (collectivités, associations d’usagers, etc.) avaient clairement exprimé leur préférence pour le projet de la Fondation Boissel. « Le plan de continuation de Paul de Rosen ne reposait sur rien : pas d’argent sur la table, aucune garantie bancaire et pour la gouvernance, deux mutuelles placées en liquidation judiciaire », fustige le représentant FO.
En revanche, apprécie Thierry Carron, le nouveau repreneur est « un acteur local à but non lucratif, qui ne vient pas pour nous prendre de l’argent ». Et qui permettra à la Mut’ de poursuivre son activité, sous le statut d’Établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic).
Laurence Ruffin et Guillaume Lissy partagent le soulagement du syndicaliste face au départ définitif du groupe Avec. Dans un communiqué commun, la maire de Grenoble et le président de Grenoble-Alpes Métropole « saluent » la décision du tribunal. « Elle écarte la poursuite d’une trajectoire qui a profondément fragilisé l’établissement et ouvre la perspective d’un retour à un modèle inscrit dans l’économie sociale et solidaire », se félicitent-ils.
Pour les deux élus, « cette décision doit être l’occasion de réaffirmer une conviction fondamentale : la santé n’est pas une marchandise. Elle ne peut être considérée comme une activité ordinaire, soumise aux seules exigences de rendement financier. » De même, ajoutent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy, « les établissements de santé ne sont pas des actifs que l’on achète, que l’on revend ou que l’on démantèle au gré des intérêts économiques. Ils sont des biens communs, indispensables à la cohésion sociale et à l’égalité entre les habitantes et les habitants. »
De leur côté, l’union de quartier Berriat Saint-Bruno Europole et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble soulignent, dans un communiqué publié ce vendredi 16 octobre, que cette première victoire n’est pas tombée du ciel. Car pour extirper le GHM des griffes du vautour Bensaid, « il aura fallu un combat de six années », mené par les syndicats, l’union de quartier et les Amis des cliniques mutualistes de Grenoble, avec le soutien de la métropole puis de la ville.
Les usagers et les représentants des salariés ont mené un long combat contre le groupe Avec : assis, Hervé Derriennic (union de quartier Berriat), Thierry Carron (FO GHM), Joëlle Estivals (Amis des cliniques mutualistes) ; debout, Bruno de Lescure (union de quartier Berriat). © Manuel PavardLes deux associations ne versent toutefois pas dans l’euphorie. « C’est à la fois une décision positive – la Fondation Boissel est un acteur non-lucratif et de proximité – et négative puisqu’elle entraîne le licenciement d’une centaine de salariés qui n’y sont pour rien dans la prédation financière mise en place par Avec et la dégradation qui s’en est suivie », estiment-elles.
Selon Thierry Carron, il y aura sans doute « un peu moins de personnes licenciées que prévu », de l’ordre de « 90 ou 91 licenciements sur les 1350 salariés ». Mais « nous ne pouvons pas nous réjouir totalement », reconnaît-il. Les deux centres dentaires de Grenoble (rue du Général-Ferrié) et Meylan vont ainsi fermer leurs portes tandis que le centre de consultation gynécologique de Meylan devrait être rapatrié sur Grenoble, d’après le délégué FO.
Les collectifs d’usagers et les salariés ont prévenu l’Agence régionale de santé (ARS) en juin, concernant la fermeture des centres dentaires. Celle-ci travaille sur le sujet, tout comme la municipalité et la métropole. « Nous restons également vigilants sur les activités non reprises et qui constituent un sujet important notamment sur l’offre de soin dentaire », indiquent Laurence Ruffin et Guillaume Lissy. À ce stade, ce sont néanmoins plusieurs milliers de patients qui se retrouvent sur le carreau.
La passerelle du Groupe hospitalier mutualiste (GHM) de Grenoble. © Manuel PavardThierry Carron l’avoue, l’offre de reprise de la Fondation Boissel n’était pas parfaite mais selon lui, « c’est le mieux qu’on pouvait obtenir ». Il y avait en effet « un seul repreneur », rappelle-t-il. « On ne pouvait pas être jusqu’au-boutiste et risquer de le faire partir. En juillet, les deux centres dentaires et celui de gynécologie ont perdu 800 000 euros [NDLR : en cumulé]. Pour un repreneur qui raisonne en termes économiques, ce n’était malheureusement pas très tentant. »
Que va-t-il se passer maintenant ? « Le 1er novembre, Boissel va rentrer en fonction », précise le représentant syndical. Une autre phase s’ouvrira alors pour le Groupe hospitalier mutualiste qui prendra le nom de « Cité hospitalière des Alpes ». Le groupe Avec, lui, peut faire appel et le fera certainement. Mais « l’appel n’est pas suspensif », explique Thierry Caron.
Plusieurs rassemblements ont été organisés devant le GHM, ces dernières années, pour protester contre la gouvernance et les malversations du groupe Avec, comme ici en janvier 2023. © Luc RenaudPlusieurs procédures judiciaires restent cependant en cours. Celle concernant Bernard Bensaid donc, le 2 février prochain, mais pas seulement. « L’action au fond que nous avons déposée en avril 2022 et qui a été paralysée par la multiplication des appels de Bernard Bensaid doit être jugée », confient en effet l’union de quartier Berriat et les Amis des cliniques mutualistes. « En jeu : les 9 millions d’euros du fonds de dotation et les 50 millions d’euros de la vente des murs versés à Adrea/Aesio (et quelques autres mutuelles). » Le combat n’est donc pas fini, assurent les associations, qui promettent de « continuer à défendre les intérêts » de la Cité hospitalière des Alpes.
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Publié le 16.10.2026 à 16:11
Luc Renaud
Au moment où le gouvernement annonce son intention de geler le montant des retraites du régime général supérieur à 1281 euros, des négociations avaient lieu entre patronat et syndicat sur le niveau des retraites complémentaires, le régime Agirc-Arcco. Retraites complémentaires qui représentent 20 à 70 % des pensions des retraités du privé.
En 2025, le niveau de ces retraites avait été gelé. Ce qui était en discussion ce 14 octobre, c’était la possibilité de revalorisation des retraites complémentaires au 1er novembre. La CFDT a signé pour une augmentation de 1,4 %, tandis que le niveau de la hausse des prix s’établit à 3,1 % sur un an en septembre, selon les chiffres définitifs de l’Insee.
Une déclaration remise aux administrateurs de la caisse locale de l’Agric-Arcco. © CGT IsèreLa CGT n’a pas signé cet accord et le syndicat organisait le 14 octobre des rassemblements dans tout le pays devant les sièges des caisses Agircc-Arcco tandis que se réunissait à Paris le conseil d’administration de la caisse de retraite.
La CGT souligne que ce sont certes les retraités actuels qui sont touchés par une baisse de leur pouvoir d’achat, mais également les retraités à venir dont le point d’indice est ainsi dévalorisé. Pourtant, note le syndicat, « le régime Agirc-Arrco est dans une situation financière très solide, notamment du fait de ses réserves, et des produits financiers que celles-ci génèrent. Cette situation s’est construite sur le dos des ressortissant ·es du régime par des sous-indexations ».
L’union départementale CGT appelle à participer aux mobilisations du 17 octobre et à participer à la journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestations du 5 novembre.

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