Publié le 01.10.2026 à 20:19
Manuel Pavard
Emmanuel-Mounier, Vaucanson, Eaux-Claires, André-Argouges, Louise-Michel, Stendhal, Champollion à Grenoble, Marie-Curie et Thomas-Edison à Échirolles, Pablo-Neruda à Saint-Martin-d’Hères, Aristide-Bergès à Seyssinet-Pariset, mais aussi Edouard-Herriot, La Nat et Ferdinand-Buisson à Voiron, l’Oiselet, Gambetta et Jean-Claude-Aubry à Bourgoin-Jallieu, Elie-Cartan à La Tour-du-Pin, Léonard-de-Vinci à Villefontaine, Ella-Fitzgerald à Saint-Romain-en-Gal, Delorme à l’Isle-d’Abeau, Galilée à Vienne… La liste des lycées isérois bloqués et mobilisés a encore grossi ce jeudi 1er octobre, comme partout en France.
Blocage au lycée Mounier jeudi 1er octobre.Débutée localement au lycée Mounier lundi 28 septembre, la contestation lycéenne a rapidement fait tâche d’huile les deux jours suivants, gagnant de nouveaux établissements dans l’agglomération grenobloise, avant de s’étendre à la quasi-totalité du département ce jeudi. Dès le début de matinée, les élèves grévistes ont bloqué les entrées de leurs lycées respectifs, avant de faire face, dans une atmosphère souvent tendue, à des forces de l’ordre peu disposées à discuter.
Les images des lycéens gravement blessés à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) et à Tours (Indre-et-Loire) ont tourné sur tous les réseaux sociaux, alimentant de nombreuses conversations. « Il y a clairement des consignes données à la police pour qu’elle nous fasse peur et nous décourage », estime Camelia, croisée sur l’avenue Marcelin-Berthelot, près de Mounier. « Mais on ne lâchera pas », assène la lycéenne.
Blocage également au lycée Pablo-Neruda de Saint-Martin-d’Hères où des poubelles barraient l’entrée de l’établissement.La jeune fille insiste, comme ses amis : leurs demandes sont « juste normales ». À savoir de meilleures conditions d’études, moins d’élèves par classe, des enseignants en nombre suffisant et remplacés en cas d’absence, des journées plus équilibrées, des bâtiments mieux isolés face au réchauffement climatique… Des revendications pouvant varier d’un établissement à l’autre mais qui dessinent toutes une même colère teintée d’inquiétude face à un avenir terriblement incertain.
C’est d’ailleurs ce qu’exprime un lycéen de Mounier au mégaphone lors d’un discours marquant, ce jeudi matin, devant ses camarades rassemblés dans la rue. « Jamais nous n’avons vu un 8h-18h rendre plus intelligent. Jamais nous n’avons vu un ministre améliorer la vie d’un lycéen ou étudiant en France. Jamais nous n’avons vu jusqu’ici un présumé ministre de l’Éducation délaisser à ce point ce dont il a la charge », lance l’adolescent. Avant d’avertir : « Mépriser nos blocages ne diminuera en rien notre détermination. »
Des lycéens déterminés à Mounier.« Aujourd’hui, nous voulons des conditions d’apprentissage dignes, des classes moins chargées, des emplois du temps plus cohérents et moins contre-productifs, des établissements climatisés et correctement chauffés », détaille le porte-parole improvisé des manifestants. Et d’ajouter : « Apprendre suppose d’abord de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Nous souhaitons aussi une revalorisation du budget de l’Éducation nationale et davantage de moyens humains et matériels mis en place suite à des études sur le terrain. »
Le face-à-face entre lycéens et gendarmes mobiles s’est prolongé le long des rams de tramway.« Sans investissements réels, aucune amélioration durable n’est possible », affirme enfin le lycéen, réclamant également « la fin de Parcoursup et une vraie méritocratie ». Un vœu largement partagé par les jeunes manifestants, vent debout contre le dispositif. « Chaque élève doit pouvoir construire son avenir sans être trié par un algorithme », souligne celui qui prévient que « [leur] conscience politique est plus forte que jamais ».
Sera-t-il entendu ? Du côté du gouvernement, de la presse réactionnaire et des élus de droite et d’extrême droite, on répond sans surprise par la force, le mépris et les mensonges. D’où le nécessaire contrepoids à apporter de la part des personnalités politiques de gauche et syndicales. Plusieurs d’entre elles ont ainsi réagi en Isère, diffusant des communiqués ce jeudi. Avec un point commun : que ce soit Laurence Ruffin, Amandine Demore ou la CGT Isère, toutes ont évoqué des « revendications légitimes ».
« Nous devons savoir écouter les raisons de cette colère, les aspirations de notre jeunesse, et leur apporter une véritable réponse politique », indique ainsi la maire PCF d’Échirolles. « Les inquiétudes exprimées sur les conditions d’apprentissage, les moyens accordés aux établissements et l’accompagnement des élèves doivent être entendues et discutées. »
Amandine Demore et Laurence Ruffin (ici avec Philippe Rio au meeting du second tour de la liste Oui Grenoble) ont toutes deux réagi par communiqué au mouvement lycéen dans leur ville.Amandine Demore souhaite toutefois « appeler au calme » et « condamne avec la plus grande fermeté les actes malveillants qui ont pu émailler ces mobilisations et qui nuisent à la portée du message véhiculé par les lycéens ». Elle demande donc que « le dialogue puisse s’engager rapidement avec les lycéens et lycéennes, les équipes éducatives, les directions des établissements et les services de l’Éducation nationale ».
Un discours assez similaire à celui de Laurence Ruffin. La maire de Grenoble explique que « la réponse des pouvoirs publics doit être à la hauteur : de l’écoute, des moyens et le respect des droits des jeunes. La répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation », déplore-t-elle. « Des élu-es de la majorité grenobloise étaient à leurs côtés ces derniers jours, parce que nous considérons que leur mobilisation doit pouvoir être entendue et que leurs préoccupations méritent une réponse politique », ajoute l’édile.
Comme sa consœur d’Échirolles, Laurence Ruffin tient cependant à être « claire sur un autre point : les dégradations, les casses et les violences n’ont pas leur place dans l’expression d’une revendication. Elles doivent être condamnées. Elles pénalisent les habitant-es, les agent-es et elles ne doivent pas faire oublier qu’une très grande majorité des jeunes mobilisé-es le font pacifiquement, pour défendre leur avenir et celui de l’école publique », souligne l’élue, qui salue l’ensemble des enseignants et des agents de l’Éducation nationale.
« La CGT Isère insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées. »
De son côté, l’UD CGT Isère dénonce, dans un communiqué offensif, « le mépris du ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, comme de ses prédécesseurs » face aux revendications des lycéens. Énumérant les problématiques auxquelles ces derniers sont confrontés, le syndicat juge que « toutes les conditions étaient réunies pour que cette colère explose », d’où la montée en puissance de la mobilisation.
Le cortège des lycéens de Mounier à la manifestation intersyndicale de la fonction publique, mardi 29 septembre, à Grenoble.Par ailleurs, « la CGT Isère condamne fermement la répression policière et les violences faites sur les enfants mineurs mobilisés autour de leurs lycées pour exiger l’amélioration de leurs conditions d’études, et dénonce l’instrumentalisation politique qui l’accompagne ». Appelant les responsables de l’Éducation nationale à tous les niveaux (direction locale, rectorat…) à recevoir les organisations de jeunesse, elle « insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées pour leur permettre de clarifier, établissement par établissement, leurs revendications ».
Dans ce cadre, les quatorze unions locales du territoire mettent « leurs locaux à la disposition de la jeunesse qui souhaiterait s’organiser et tenir des réunions ». En conclusion, « la CGT Isère appelle les travailleur·se·s, les retraité·e·s, demandeurs d’emploi, à se mobiliser aux côtés de la jeunesse et des personnels de l’éducation nationale lors des manifestations prévues ce mardi 6 octobre ».
Les gendarmes mobiles se sont déployés sur la place Victor-Hugo, investie par les lycéens de Champollion dans la matinée. En début de soirée, les lycéens apprennent la fermeture décrétée par la préfecture de vingt-neuf lycées isérois — dont la totalité des lycées publics de Grenoble — ce vendredi 2 octobre. Des établissements où les cours seront dispensés à distance, dans la mesure du possible. Pour couronner le tout, les manifestations sont interdites toute le journée de vendredi, par arrêté préfectoral, aux abords des lycées fermés. « La préfecture a trouvé le meilleur moyen de casser la grève », se désole une enseignante du SNUEP-FSU. Et qui elle aussi donne rendez-vous dans la rue, mardi 6 octobre.
Vingt-neuf lycées fermés en Isère vendredi 2 octobreLa préfecture de l’Isère a annoncé que 29 lycées seraient fermés ce vendredi 2 octobre, dans l’ensemble du département. « La situation de ces 29 établissements ne permet pas d’assurer l’accueil des élèves dans des conditions normales », estime-t-elle, précisant que « dans ces établissements, la poursuite des enseignements se fera à distance, selon les modalités les plus adaptées à leur situation ».
Il s’agit des lycées suivants :
Lycées publics de Grenoble
Lycée public de Saint Martin d’Hères
Lycées publics d’Échirolles
Lycées publics de Bourgoin-Jallieu
Lycée public de Villefontaine
Lycée public de Moirans
Lycée public de l’Isle d’Abeau
Lycée public de Vizille
Lycée public de Saint-Marcellin
Lycée public de Saint-Romain-en-Gal
Lycée public de Sassenage
Lycée public de Seyssinet-Pariset
Lycée public de Vienne
Lycées publics de Pont de Cheruy
Lycées publics de Voiron.
Cet article Des « revendications légitimes » : la mobilisation lycéenne s’étend en Isère est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 01.10.2026 à 11:37
Luc Renaud
« Alors que les prix des fruits et légumes ont encore bondis de 13% cet été, après des années de hausse continue, la crise du modèle agricole et alimentaire néolibéral apparait au grand jour », constate le PCF. L’inflation et la baisse du pouvoir d’achat, aggravées par les « bouleversements climatiques et la flambée des prix du pétrole » sont la conséquence « du capitalisme débridé pour les premiers et de l’impérialisme qu’il engendre pour la seconde ».
Les communistes le rappellent, « il est toujours plus difficile de se nourrir correctement, et un tiers des Français renonce à faire trois repas par jour ».
Dans ce contexte, « la réponse du néolibéralisme est toujours la même : moins de règles, moins de normes, pour tenter de freiner la montée des prix – sans grand succès ». Cette dérégulation se développe au risque « d’un empoisonnement des populations : PFAS « polluants éternels », cadmium cancérigène : les scandales sanitaires se suivent et se ressemblent, la société de marché est toujours plus toxique pour petits et grands ».
« Ces actions de ventes militantes à prix producteur permettent de démontrer en pratique qu’il est possible de rémunérer correctement nos paysans tout en donnant accès au plus grand nombre à une alimentation de qualité. Pour cela, les communistes défendent une nouvelle organisation du lien entre production et consommation, qui sorte des logiques du marché », précise la fédération iséroise du PCF.
Vendredi 2 octobre :
- Renage, 16h-19h, Parc à jeux rue de la piscine
- Péage-de-Roussillon, 16h-19h, kiosque des Ayencins
- Fontaine, à partir de 15h30, parvis des écoles Balmes et Tavel
- St Martin d’Hères, 15h-18h, à proximité de la Maison de quartier Romain Rolland
- St Marcellin, 16h-19h, parking Beau Soleil, 33 avenue du Vercors
Samedi 3 octobre :
- Fontaine, à partir de 15h, Place des Ecrins
- Salaise sur Sanne, 10h-12h30, quartier de la Salamandre
- St Martin d’Hères, 9h30-11h30, parvis de l’école Paul Langevin
- Bourgoin-Jallieu, 9h30-13h, place Nelson Mandela
Dimanche 4 octobre :
- Vizille, 10h-12h, place du Château
- Grenoble, 9h-12h, square Lafleur, quartier Capuche 56 rue du Général Ferrié
- St Egrève, 9h-12h, place Nelson Mandela
Lundi 5 octobre :
- Grenoble, 9h-12h, place du marché de l’Arlequin
- Campus universitaire, 10h-12h, parvis de la BU Droit-Lettres
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Publié le 30.09.2026 à 03:25
Manuel Pavard
Assis sur un muret, derrière l’arrêt de tram Mounier, le petit groupe de lycéens n’est pas peu fier de sa « punchline ». Ousmane et Rayan [les prénoms ont été modifiés] la ressortent en chœur : « On prépare le bac et on nous envoie la BAC ! » Derrière la formule et la rime se cache toutefois une triste réalité. Car depuis la veille, une bonne partie des élèves du lycée Mounier ont expérimenté la répression policière et les jets de grenades lacrymogènes. Le prix à payer pour un établissement qui se trouve une nouvelle fois à l’épicentre de la contestation dans le département.
Poubelles brûlées et renversées devant l’entrée du lycée Mounier, mardi 29 septembre.Dès le lundi 28 septembre, le lycée Mounier a ainsi été bloqué, à l’aide notamment de poubelles brûlées ou renversées, disséminées devant le portail d’entrée et sur les rams du tramway. Un blocage reconduit dès le début de matinée, ce mardi 29 septembre, à Mounier donc mais aussi aux lycées André-Argouges, Stendhal, Les Eaux-Claires, Vaucanson, Lesdiguières, Le Clos d’Or, Marie-Curie (à Échirolles)… Soit « une dizaine d’établissements scolaires, majoritairement dans l’agglomération grenobloise », selon la préfecture de l’Isère.
Blocage au lycée Stendhal, mardi en début de matinée.De retour de la manifestation des agents de la fonction publique, qu’ils ont rejoints le matin au sein d’un important cortège lycéen, les lycéens précités tentent de synthétiser leurs principales revendications. Celles-ci mêlent, pêle-mêle, des demandes liées à leurs conditions d’études — des classes trop chargées aux salles trop chauffées -, au manque de professeurs, à la sélection jugée « injuste » sur Parcoursup, aux nouvelles restrictions vestimentaires…
« Même nous, aujourd’hui, on était en grève en tant que prof pour dire ‘le gouvernement nous prend pour des cons depuis très longtemps’. Et ça, les élèves le ressentent aussi, même s’il ne l’expriment pas de cette façon », explique une enseignante au lycée professionnel Mounier [NDLR : lycée polyvalent, Mounier propose des voies générale, technologique et professionnelle], syndiquée au SNUEP-FSU et venue en soutien sur le blocage, ce mardi midi.
Les enseignants du lycée Argouges, dans le cortège des agents de la fonction publique, à Grenoble.Selon elle, les revendications lycéennes se répartissent en deux catégories principales. Tout d’abord la question des moyens et des conditions d’études, prioritaire dans tous les établissements mobilisés. « Le lycée Mounier est quand même plutôt bien doté mais ce n’est pas le cas partout : il y a plein de lycées où le bâti est en mauvais état, où il n’y a pas assez d’ordinateurs, pas assez de vidéo-projecteurs, etc. Tout ça, les élèves le voient et ça les saoule ! »
La deuxième grande question est, elle, liée à la « liberté » ou plutôt l’absence de liberté. « C’est la tenue professionnelle qu’on leur impose, c’est l’obsession autour du voile et des signes religieux », détaille l’enseignante. « Ils ressentent aussi une forme de discrimination sur le mode ‘t’es en jogging, t’es en Crocs, bah tu dégages’. Donc plus globalement, ils en ont ras-le-bol ! »
« Nos élèves se sont habitués à cette répression. (…) Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu normal. »
Et puis, impossible de ne pas évoquer les interventions des forces de l’ordre, après une matinée passée à jouer au chat et à la souris pour de nombreux lycéens. Dans son bilan communiqué en fin de journée, la préfecture annonce dix-sept interpellations, « principalement pour des faits de violences à l’encontre de représentants de l’autorité publique et dégradations ». Mais pour la professeur de Mounier syndiquée au SNUEP, « la répression policière n’a fait qu’accentuer la colère » des lycéens.
Les élèves du lycée Mounier sur l’avenue Marcelin-Berthelot, alors que des voitures de police arrivent à l’horizon.Son constat est même terrible et particulièrement symptomatique d’une époque : « On se disait avec les collègues que nos élèves se sont habitués à cette répression. Là, ils voient les flics arriver, il y a une vague, ils courent tous et ils reviennent direct. Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu habituel, normal. Ils se disent que la police fait ça… Et clairement, ça les calme pas du tout, ils attendent la deuxième manche, pour refaire le match. »
Un élève de première passant à proximité ne dit pas autre chose : « Vous savez, quand on vient d’un quartier, on a grandi avec les contrôles et la violence policière… Ce n’est pas parce qu’on est au lycée que ça va s’arrêter. » Ce traitement répressif de la jeunesse désolé profondément l’enseignante : « À aucun moment, l’institution ne vient les voir en leur demandant quelles sont leurs demandes. On leur envoie une seule chose : la police ! »
Devant l’entrée du lycée Stendhal.Cet article Grenoble. « On prépare le bac, on nous envoie la BAC » : le ras-le-bol des lycéens est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 29.09.2026 à 18:58
Manuel Pavard
« Une honte », « du jamais vu »… Les mots employés sont forts et traduisent l’indignation de Laurence Ruffin après ces nouveaux faits impliquant le groupe grenoblois de la France insoumise. Une affaire qui pourrait laisser des traces et marquer un point de non-retour dans les relations entre LFI et la majorité municipale à Grenoble. À la suite des heurts survenus ce mardi 29 septembre entre les élus insoumis et des policiers municipaux, la maire a en effet annoncé l’ouverture d’une enquête administrative et le report du conseil municipal, qui sera « reconvoqué dans un bref délai ».
Alors, que s’est-il passé exactement en marge de la séance, ce mardi matin ? Sur ce point, les versions diffèrent assez nettement selon les parties. Le conseil municipal venait de débuter par l’appel — les élus LFI n’étaient d’ailleurs pas encore présents — puis un hommage rendu par Laurence Ruffin à différentes personnes, dont Jean Giard, récemment disparu. « Pendant ces hommages, on a entendu du bruit et des heurts dans le hall, qui faisaient suite à des altercations entre les agents et des élus LFI qui voulaient tenir une manifestation », raconte-t-elle. « Or, notre règlement intérieur ne permet pas de manifestation au sein du conseil municipal. »
Les insoumis ont voulu rentrer dans la salle du conseil, « ce qui a donné lieu à des violences de ces élus contre des policiers municipaux », poursuit la maire de Grenoble, qui a « dû suspendre la séance, le temps d’avoir les premiers éléments de l’enquête ». Selon ces premiers éléments, Allan Brunon, président du groupe LFI Grenoble, et ses colistiers entendaient protester contre le jumelage de Grenoble avec la ville israélienne de Rehovot. Un sujet que les insoumis espéraient inscrire à l’ordre du jour de ce conseil municipal, avant de voir leur délibération repoussée par la municipalité.
Laurence Ruffin a vivement condamné les violences dont se rendraient coupables selon elle les élus insoumis depuis des semaines.Certaines informations faisaient état de pancartes avec les inscriptions « Palestine Ruffin censure », que ces élus auraient tenté d’introduire au conseil. Affirmation que conteste fermement Allan Brunon. « Nous n’étions pas en train de manifester, nous avions des stickers sur nos ordinateurs », dément le conseiller municipal. « Par contre, c’est vrai qu’on n’a pas le droit de rentrer avec des banderoles mais je mets au défi quiconque de trouver une seule banderole de la part de mon groupe politique. »
« C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. »
Quoiqu’il en soit, le ton est monté et les choses se sont rapidement envenimées entre les élus LFI et les policiers municipaux cherchant à leur barrer l’accès au conseil. Une violente empoignade, possiblement assortie de coups. De la part de qui ? Là encore, les récits s’opposent. Laurence Ruffin entend « laisser la justice faire son travail », le parquet de Grenoble confirmant avoir ouvert une enquête. Mais d’après les éléments qui lui ont été communiqués par la police municipale, il y aurait eu « des faits de violences et des coups portés de la part d’élus, ce qui est particulièrement grave ».
Trois agents de la police municipale, légèrement blessés, ont dû se rendre à l’hôpital et cinq de ces policiers municipaux ont déposé plainte pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». « C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. Et moi, je sais à quel point les agents sont essentiels pour la bonne réalisation de notre service public », assène Laurence Ruffin, désireuse de marquer son « complet désaccord envers ce type de fonctionnement qui abîme la démocratie ».
De leur côté, les conseillers municipaux LFI livrent sans surprise une tout autre version des faits. Allan Brunon dénonce ainsi « les violences de ces agents de police qui nous ont insultés, qui nous ont attrapés à la gorge. Il y a un constat médical — le premier d’une série à venir — qui atteste du fait que ma collaboratrice a le poignet tuméfié. » La France insoumise a ainsi fourni à la presse une copie de ce certificat médical.
Une partie des élus LFI (Abdelnour Djebbouri, Bastien Castillo, Allan Brunon) impliquée dans cette affaire.Le groupe LFI assure par ailleurs que la conseillère municipale Kenza Doukhi a subi « une entorse attestée par médecin suite à l’agression d’un agent de la police municipale ». Ce qui lui a valu un arrêt de travail prescrit jusqu’au 20 octobre, ainsi qu’une béquille et une attelle pendant dix jours. Allan Brunon, lui aussi blessé selon ses dires, annonce ainsi que la France insoumise va également déposer plainte pour « violences » contre les agents impliqués.
Pour Laurence Ruffin, c’est pourtant ce dernier qui est le premier responsable de la situation actuelle. Elle pointe ainsi les « dérives de violences manifestes de la part du président local de la FI ». Dérives qui se traduisent de différentes manières, selon elle. « On voit qu’on a, de conseil municipal en conseil municipal, une augmentation de la violence », s’insurge l’édile. « Je pense que l’affaire Barbara Butch était elle-même un élément marquant de cette montée de la violence, avec le fait de s’en prendre à une femme seule sur scène et de montrer qu’on est prêt à tout pour faire du buzz médiatique ».
La maire le répète, « il n’est pas acceptable d’avoir des actes de violence, quelles que soient les raisons », dans l’enceinte du conseil municipal et plus globalement à Grenoble. Rappelant qu’il n’y a « pas de co-construction sur des dossiers puisque LFI est dans l’opposition et pas dans l’exécutif », Laurence Ruffin réaffirme néanmoins avoir « toujours porté à Grenoble l’union de la gauche, des écologistes et des citoyens ».
Les élus de la majorité municipale, après la suspension et le report de la séance du conseil municipal.Pour elle, « ce qui relie la gauche dans son ensemble, c’est la défense des services publics, de la santé, de l’école, la justice fiscale… » Des sujets sur lesquels la gauche doit pouvoir s’unir et se rassembler, à l’échelle locale comme au niveau national… Mais pas à n’importe quel prix. Et de marteler : « Sur la manière de faire, nous n’acceptons aucun acte de violence ! »
La section de Grenoble Meylan du PCF a réagi dans un communiqué, jugeant la situation « inacceptable ». Sans nier les désaccords qui peuvent exister à gauche, elle estime que ceux-ci doivent être assumés « sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique », et non par « la violence » ou « l’intimidation ». Pour les communistes, La France insoumise a fait le choix de l’opposition à Grenoble, une position qu’ils considèrent comme « parfaitement légitime », celle-ci devant permettre de contester, proposer des alternatives et contrôler l’action de la majorité. Cependant, « la radicalité d’une position politique ne se mesure pas à la violence des mots ou des comportements », soulignent-ils mais aux propositions et aux actes.
La section PCF demande en outre que les faits survenus au conseil municipal soient « clairement établis et mis en lumière ». Avant d’élargir sa critique au contexte national : « À l’heure où la droite et l’extrême droite progressent, ce n’est pas en cartonnant la gauche que nous serons plus forts pour les combattre », affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Ce n’est pas par la violence que l’on élargit l’indispensable soutien à la lutte du peuple palestinien contre le génocide et l’épuration ethnique dont il est l’effroyable victime. »
« Entre mouvements de gauche, nous continuerons à avoir des désaccords, parfois même importants », poursuivent les communistes grenoblois. « Mais nous voulons les avoir sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique. » Le PCF assure ainsi vouloir continuer à « construire une majorité qui empêchera la droite et l’extrême droite de dominer le pays ». Ceci, « pour les citoyens et citoyennes, pour l’intérêt général, pour combattre l’injustice sociale face à un gouvernement qui gonfle les fortunes et réduit le pouvoir d’achat, pour la paix dans le monde et la solidarité avec les peuples victimes de l’oppression, en Palestine notamment », conclut la section.
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Publié le 29.09.2026 à 18:57
Manuel Pavard
En tête de cortège, les représentants de l’intersyndicale iséroise de la fonction publique (CGT, FSU, UNSA, Solidaires, CFDT, FO) défilant derrière la banderole « Pour les services publics, pour le progrès social ». Quelques mètres derrière, un imposant cortège lycéen entonnant les slogans phares des manifestations lycéennes et étudiantes : « Et on est jeunes, déter’ et révolutionnaires » ou le plus caustique « Plus de place au lycée pour pas finir policier, plus de place au Capes pour pas finir CRS, plus de place à la fac pour pas finir à la Bac ». Deux générations, deux ambiances, et pourtant une réelle unité et une même volonté de défendre les services publics.
Des drapeaux CGT en nombre.Ils étaient ainsi plus de 7000, selon les organisateurs, à battre le pavé ce mardi 29 septembre, dans les rues de Grenoble, à l’occasion de cette journée nationale de grève et de mobilisation de la fonction publique. Une foule dense, joyeuse et déterminée, qui s’est élancée de la place Victor-Hugo pour rejoindre la place de Verdun, via les boulevards Gambetta et Jean-Pain, sous un soleil estival.
Les salaires, thème omniprésent.Parmi eux, des agents des différents corps de la fonction publique : enseignants, territoriaux, soignants, retraités… En grève pour le dégel du point d’indice, pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, pour de nouveaux moyens dans leurs services respectifs, pour des recrutements à la hauteur des besoins. Des manifestants refusant l’austérité promise par le gouvernement dans son budget 2027.
« Le gouvernement se moque vraiment de nous », s’insurge David, salarié au CEA de Grenoble. « Tout augmente : la nourriture, le logement, l’électricité, le carburant… sauf nos salaires qui sont bloqués et qui ne bougent quasiment pas depuis quinze ans. Si on compare l’évolution de nos rémunérations avec celle de l’inflation, on pleure. Et je ne parle même pas de comparer avec les salaires de ceux qui travaillent dans le privé — à poste égal — sinon on pleure encore plus ! »
Les salariés du CEA, mobilisés pour la revalorisation du point d’indice.Même constat pour la plupart des catégories professionnelles représentées dans le cortège. « Les avantages qu’on avait avant en tant que fonctionnaires, comme la sécurité de l’emploi, n’existent quasiment plus », déplore Karine, enseignante. Elle l’assure, « la proportion de collègues contractuels, en salle des profs, est de plus en plus importante. On voit de moins en moins de profs titulaires, comme nous, qui restent plusieurs années de suite dans un même établissement, qui conduisent des projets sur le long terme, etc. » La faute, entre autres, au « manque d’attractivité » de la profession, selon elle.
Les lycéens de Mounier, comme toujours à la pointe de la mobilisation lycéenne.Karine désigne les nombreux lycéens venus des différents lycées bloqués depuis le matin — voire la veille — dans l’agglomération (Mounier, Argouges, Stendhal, Eaux-Claires à Grenoble, Marie-Curie à Échirolles…). « Quand on voit leurs conditions d’études et l’avenir qu’on leur réserve, comment s’étonner qu’ils manifestent ? Je trouve même qu’ils sont plutôt sages vu le contexte », lance la mère de deux adolescents, « évidemment présents ce matin ».
Les manifestants lycéens ont également été rejoints par des étudiants de l’Université Grenoble Alpes (UGA) — certes en nombre plus réduit — mobilisés notamment pour l’inscription des sans-facs et contre le plan Bienvenue en France — qui généralise les frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Pour l’UNEF Grenoble, « la date du 29 était importante », confirme son président Léonce Subtil, « mais elle a pris une tournure autre avec les blocages de lycées ».
Les étudiants luttant pour l’inscription des sans-facs;Le syndicaliste étudiant vante même la « lutte exemplaire » des lycéens. Une lutte assez spontanée et échappant assez largement à l’emprise des organisations politiques et syndicales, reconnaît-il. « Mais leur colère est légitime et la répression policière en face est inacceptable », dénonce Léonce Subtil, persuadé que « le gouvernement veut faire taire ceux qui se mobilisent ».
Les militants communistes étaient présents.Une répression policière qui se double d’une répression patronale et institutionnelle tout aussi forte à l’encontre de certains salariés et agents, souligne un agent de l’inspection du travail, rappelant le cas emblématique de ses deux collègues, représentants syndicaux Sud Travail, Pierre et Benoît : « L’idée, c’est vraiment de faire taire toutes les voix discordantes et contestataires. Ça fait peur d’un côté, mais ça montre aussi que le gouvernement et la bourgeoisie ne sont pas si sereins que ça… »
Betty Demange, représentante des territoriaux de la CGT, au micro à l’arrivée, place de Verdun.
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Publié le 29.09.2026 à 16:30
Daniel Oriol
Dans le cadre de la journée d’action de la fonction publique, l’union locale CGT Roussillon/Beaurepaire avait appelé à un rassemblement devant l’EHPAD Bellefontaine à Péage-de-Roussillon.
Près d’une centaine de militants y ont participé. Plusieurs interventions se sont succédées.
Le syndicat de l’établissement fait remarquer les retombées néfastes sur les résident es causées par le manque d’effectif provoquant stress, fatigue et absence de personnel. Le syndicat revendique des embauches.
Le syndicat de la centrale nucléaire est dans l’action depuis le 15 septembre pour le maintien du statut du personnel mais aussi pour la réduction du montant de la TVA sur l’électricité à 5,5% afin d’aider les plus démunis. Il revendique aussi la sortie de l’énergie du secteur marchand.

À France Travail, la CGT souligne souligné là aussi le manque de personnel et les changements qui s’accumulent au fil des différentes directives. C’est la baisse des allocations aux personnes en recherche d’emploi, la baisse de la durée d’indemnisation et plus récemment la refonte de la rupture conventionnelle. Aujourd’hui, les agents de France Travail sont dans l’obligation de plus de contrôle et moins d’accompagnement des demandeurs d’emplois.
La dernière intervention fut à l’adresse du député afin qu’il prenne en compte toutes ces demandes avant le vote du budget national dont le Premier ministre a indiqué qu’il le souhaitait amputé de 54 milliards d’économie.
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Publié le 28.09.2026 à 12:32
Travailleur Alpin
« Contre le racket sur les carburants, nationalisons TotalEnergies ! » : c’est sous ce slogan qu’une dizaine de militantes et militants étaient mobilisés dès potron-minet pour distribuer les tracts de campagne aux automobilistes arrêtés aux feux de la Porte de France.
Alors que les prix peuvent avoisiner les 2€50 à certains endroits, le sujet est électrique : si la moyenne de la part du budget consacré au carburant pour un ménage se situe autour de 4%, elle monte à entre 8% et 15% en zone rurale et périurbaine, voir davantage pour les ménages modestes… donc une augmentation de près de 30% en moins d’un an, ça fait mal, voire très mal.
Face à cette flambée, les libéraux tentent de présenter des mesures ciblées d’accompagnement – chèques carburants et aides pour certaines professions –, que l’extrême droite tape sur les taxes, et qu’à gauche on parle parfois de blocage des prix.
Mais s’ils reprennent tant le blocage des prix que la modulation des taxes – que la gauche plurielle avait appliquée entre 1997 et 2002 –, les communistes vont plus loin en s’attaquant à la source du problème : les multinationales pétrolières. Avec une mesure phare : la nationalisation-sanction de TotalEnergie.
Quitte à défrayer la chronique, en comparant les pratiques de l’entreprise à celles de « profiteurs de guerre » et de « traitres à la France », quand d’autres candidats de gauche radicale comme Jean-Luc Mélenchon n’y sont pas favorables, estimant que « Total défend ses intérêts capitalistes. Nous, nous défendons les intérêts du peuple français. Bon, il doit bien y avoir moyen de trouver une solution qui nous tire d’affaire ».
Un tract qui propose la nationalisation-sanction de TotalEnergie.Une position forte qui entend répondre au niveau de colère qui s’exprime dans le pays, et prendre appui sur les faits : la multinationale profite très largement de la crise, doublant ses bénéfices sur les six premiers mois de l’année, avec 5,4 Milliards d’euros de profits de mars à juin… Une situation que le PDG Patrick Pouyanné assume, saluant la capacité du groupe à « capturer la hausse des marges en s’appuyant sur un modèle intégré dans le pétrole, le gaz et l’électricité. »
Un « modèle intégré », c’est bien ce que défendent les communistes… pas pour gaver des actionnaires, mais bien pour répondre aux besoins du pays, au travers d’un pôle public de l’énergie. Ce groupe public intégrant EDF, Engie et TotalEnergies serait une pièce maitresse de la politique de planification prônée par le Plan climat empreinte 2050.
Alors que le mouvement des gilets jaunes avait surpris largement en 2018, le PCF entend désormais jouer son rôle, et l’exprime dans le tract distribué, qui appelle à rejoindre les cortèges syndicaux de la grève du 29 septembre. Partir du vécu et des problèmes du quotidien, pour contribuer à reconstruire la conscience de classe.
Une action qui a rencontré un franc succès auprès des automobilistes, et que les différentes sections du département seront appelées à décliner sur leurs territoires dans les semaines qui viennent.

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