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Le Travailleur Alpin


Publié le 05.11.2026 à 21:21

Manuel Pavard

La nouvelle est tombée en fin de matinée alors que le cortège, parti peu après 11 heures du parvis de la gare et de l’avenue Alsace-Lorraine, se trouvait encore sur le cours Jean-Jaurès. Saisi en urgence, via un référé-liberté, par l’union départementale CGT Isère, le tribunal administratif de Grenoble a suspendu l’arrêté préfectoral pris la veille. Lequel interdisait, comme lors des actes II et III des Gilets jaunes, les « rassemblements, attroupements, manifestations et cortèges le jeudi 5 novembre dans plusieurs secteurs du centre-ville de Grenoble et les zones commerciales de Grand Place (Grenoble), Comboire (Echirolles) et Neyrpic (Saint-Martin d’Hères) ».

La place de Verdun, noire de monde, a pu accueillir l’arrivée de la manifestation grâce à la décision du tribunal administratif suspendant l’arrêté préfectoral.

Cet arrêté promulgué en dernière minute avait provoqué la colère de l’intersyndicale Isère qui, dans un communiqué diffusé mercredi 4 novembre au soir, avait dénoncé « une décision préfectorale irresponsable qui abîme la démocratie sociale ». Les syndicats reprochaient notamment à la préfète de l’Isère de ne pas avoir proposé de parcours alternatif et d’ignorer leurs réclamations. Heureusement, le juge des référés a estimé, dans sa décision, que l’arrêté portait une « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester, à la liberté d’expression et à l’exercice de l’action syndicale collective ».

Salariés, lycéens et étudiants se heurtent à « un mur d’indifférence »

Conséquences, les manifestants ont finalement pu défiler sur le parcours initialement déposé par l’intersyndicale. Une véritable marée humaine a ainsi emprunté la rue Lesdiguières avant d’arriver place de Verdun, devant la préfecture. Combien étaient-ils ? Les organisations syndicales ont comptabilisé quelque 28 600 personnes. Soit une affluence assez proche de celle du 17 octobre, pour l’acte I de la mobilisation des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et syndicats.

La « fin de l’époque contemporaine », un concept largement repris par les lycéens et étudiants depuis le début du mouvement.

Salariés, retraités, lycéens, étudiants… Cette journée a rassemblé les différents mouvements sociaux s’opposant actuellement à la politique gouvernementale dans l’ensemble du pays. Des mobilisations ayant chacune leur singularité mais toutes confrontées à la même hostilité des autorités. « Qu’il s’agisse des agents de la fonction publique alertant sur leurs conditions d’exercice, des salariés du secteur privé frappés par l’inflation, ou des étudiants réclamant des conditions d’études décentes, toutes ces voix se heurtent depuis trop longtemps à un mur d’indifférence », déplore ainsi l’intersyndicale.

Les étudiants de l’école Ocellia et les travailleurs sociaux étaient bien présents.

« Balayer ces aspirations légitimes par une doctrine de maintien de l’ordre méprisante ne fait qu’alimenter un ressentiment dangereux », poursuit-elle. « L’intersyndicale exige l’ouverture immédiate de véritables négociations, une revalorisation significative des rémunérations dans le privé comme dans le public, et un partage plus équitable des richesses. »

Une vague d’interpellations de lycéens depuis le début de semaine

Des revendications déclinées dans les slogans et les pancartes, tout comme la dénonciation des violences policières, omniprésente dans la bouche des manifestants, en particulier chez les plus jeunes d’entre eux. La répression des blocages de lycées de ces trois derniers jours était encore ainsi dans toutes les têtes. Entre lundi et mercredi matin, ce sont en effet au moins 25 interpellations qui ont recensées dans ce cadre. Des lycéens d’Argouges, Louise-Michel, Vaucanson, Champollion, Europole, Emmanuel-Mounier… Dont de nombreux mineur·es (dix sur les onze élèves arrêtés mardi 3 novembre, par exemple).

Encore beaucoup de jeunes dans le cortège.

Ces jeunes ont été interpellés et pour la plupart placés en garde à vue, pour des motifs divers et souvent futiles. « Pour des fumigènes retrouvés dans un sac, pour avoir été à proximité d’une poubelle incendiée, ou à la suite d’échanges avec les forces de l’ordre », détaille le compte Instagram Matière noire, qui suit de près les mobilisations lycéennes.

Rassemblement devant le commissariat de Grenoble, le 4 novembre, en solidarité avec Lokman, lycéen de Mounier placé en garde à vue le matin.

Parfois, les raisons restent même très incertaines, voire inconnues, à l’image du cas de Lokman, élève au lycée Mounier interpellé mercredi matin. Membre de la coordination inter-lycées de Grenoble et figure du mouvement, l’adolescent a été embarqué par la police devant son établissement, apparemment pour une altercation survenue la veille avec un élève non bloqueur. Plus de 200 personnes se sont rassemblées, mercredi 4 novembre au soir, devant le commissariat de Grenoble pour réclamer sa libération. Parmi elles, la mère de Lokman, « très fière » de son fils et qui « s’attendait » à ce que les autorités veuillent « le museler ».

Le sénateur Guillaume Gontard a dénoncé, devant Mounier, la répression policière visant les lycéens.

Le rassemblement a par ailleurs donné lieu à quelques échauffourées avec les policiers, qui ont notamment tenté d’arrêter l’un des manifestants. Ce jeudi, en fin d’après-midi, Lokman n’était toujours pas sorti de l’hôtel de police, après déjà plus de vingt-quatre heures de garde à vue. Une durée qui interrogeait nombre de militants et d’élus. Le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard et les députées Cyrielle Chatelain et Élisa Martin ont d’ailleurs évoqué leur inquiétude et leur incompréhension face à ces trop nombreuses interpellations lors d’une conférence de presse tenue devant le lycée Mounier, ce jeudi matin, peu avant le départ de la manifestation.

Poursuivre la lutte et la mobilisation

Du côté des syndicats, la satisfaction était unanime quant au succès de la mobilisation de ce 5 novembre. Outre l’impressionnant défilé grenoblois, des manifestations étaient également organisées sur l’ensemble du territoire isérois, à Bourgoin-Jallieu, Vienne, Saint-Marcellin, Voiron ou encore Roussillon. Partout, une volonté affichée de poursuivre la lutte au-delà de ce jeudi. Prochaine étape dès ce samedi 7 novembre, avec l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs, à Grenoble et dans toute la France.

Des manifestants mobilisés pour la défense du service public.
L’ingéniosité des manifestants : un gaufrier mobile.
Les « métallos » de la CGT fidèles au poste.
Le cortège des communistes isérois.

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Publié le 03.11.2026 à 20:32

Manuel Pavard

Raviver la flamme et pérenniser la lutte, en attendant la journée de grève intersyndicale du 5 novembre. C’est pour cette raison que les coordinations nationales lycéenne et étudiante appelaient toutes deux à une journée de mobilisation et de blocage, ce mardi 3 novembre, dans toute la France. « On a appelé à cette date pour montrer qu’il n’y aura pas de rentrée scolaire, que la mobilisation ne s’essoufflera pas parce qu’il y a des vacances, et qu’on se battra tant qu’on n’obtiendra pas gain de cause », explique Lena, militante à l’UNEF et étudiante à l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine (IUGA).

Le cortège des étudiants de l’IUGA a défilé dans les rues de Grenoble et de Saint-Martin-d’Hères.

Une fois n’est pas coutume, ce sont en effet les étudiants du campus Sud, plus particulièrement de l’IUGA, qui menaient la danse ce mardi, avec une manifestation partant de leur établissement, avenue Marie-Reynoard, en direction du domaine universitaire, à Saint-Martin-d’Hères. « L’objectif, c’est que nous qui sommes loin du campus de Saint-Martin-d’Hères, on puisse montrer notre présence, notamment à M. Lakhnech [NDLR : le président de l’Université Grenoble Alpes] qui, depuis des semaines, refuse de répondre à nos revendications », affirme Lena.

« On demande le droit de grève étudiante »

Comme leurs camarades de l’UGA, sur le campus « principal », les étudiants de l’IUGA demandent ainsi « le droit de grève étudiante, de manière à ce que tout le monde puisse se mobiliser sans avoir peur des conséquences », poursuit la militante de l’UNEF, rappelant que l’absence de ce droit freine considérablement la mobilisation. « On nous empêche en nous mettant le couteau sur la gorge, en nous disant que si on va pas en cours, on va pas avoir nos partiels, on va perdre notre bourse », déplore-t-elle.

Les manifestants à l’arrivée devant le bâtiment Stendhal, sur le campus de l’UGA.

Entre les deux campus, le cortège étudiant a fait étape devant les lycées Argouges, à Grenoble, et Pablo-Neruda, à Saint-Martin-d’Hères. Avec l’ambition initialement de récupérer sur le parcours les lycéens en lutte. Mais ces derniers ont finalement décidé de rester devant leurs établissements respectifs, pour continuer les blocages et maintenir une présence humaine suffisante face à la police. Exemple à Argouges où les lycéens ont une nouvelle fois été confrontés à la répression policière.

Les CRS positionnés devant le lycée Argouges, bloqué par les lycéens mobilisés.

Après un premier blocage stoppé par la police, tôt le matin, les lycéens ont rebloqué l’accès au lycée. « On a formé une chaîne humaine devant l’entrée et vers 10 heures, les CRS se sont mis en ligne face à nous, puis ont foncé sur notre chaîne, en mettant des coups de pied et en nous gazant à bout portant avec du spray au poivre », raconte Mika, lycéenne en terminale à Argouges et membre de la coordination inter-lycées de Grenoble. Une réaction totalement « injustifiée et disproportionnée », estiment plusieurs militants venus sur place, en soutien.

« L’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées. »

Des propos qui confirment les nombreux récits d’élèves et d’enseignants pointant des violences policières lors des blocages, lundi 2 comme mardi 3 novembre. Des profs de la Cité scolaire internationale Europole ont par exemple dénoncé des « violences physiques » ainsi que des « insultes et propos discriminatoires » lors de l’intervention de la police, ce lundi matin.

Étudiants du campus Sud et lycéens se sont rejoints brièvement devant le lycée Argouges, en milieu de matinée.

Ils évoquent ainsi « l’usage de gaz lacrymogènes directement au niveau des visages des élèves et adultes alors que les élèves étaient en chaîne de manière pacifique et que des collégien·es étaient en train d’arriver, le plaquage violent de jeunes lycéen·es avec les boucliers ou des lanceurs LBD, un coup de pied sur une lycéenne au sol, le plaquage d’une élève au mur de telle sorte que sa tête a frappé contre le mur, des contacts au niveau de la poitrine des femmes pour les repousser, une élève projetée à terre depuis le haut des poubelles alors qu’elle obtempérait ». Sans oublier des propos tels que « Ça va toi la tête de dealer » à un élève, ou « Vous êtes pas français ? » à un enseignant.

Pancarte au milieu du cortège étudiant.

Pour les enseignants d’Europole, « l’intervention de la police, à l’appel de la direction, a généré des violences à la fois inutiles et inexcusables parce que disproportionnées ». Un épisode qui a profondément « choqué » les adultes présents à ce moment-là. Même constat, le même jour, au lycée Louise-Michel où les enseignants fustigent pêle-mêle les tirs de grenades lacrymogènes et de LBD, le « coup de matraque à un professeur de maths », leur collègue projetée au sol lors d’une charge policière ou encore les profs « mis en joue par un CRS sans tirer ». Quant aux élèves, plusieurs ont été « menottés et arrêtés car ils avaient du sérum physiologique et des masques covid dans leurs sacs », s’insurgent-ils.

« On attend le 5 novembre avec beaucoup de détermination »

Après les quatorze interpellations recensées la veille, de nouvelles arrestations ont par ailleurs eu lieu ce mardi 3 novembre, notamment sur les blocages des lycées Marie-Curie, à Échirolles, et les Eaux-Claires, à Grenoble. Au lycée Argouges, ce sont deux adolescents qui ont été interpellés, selon Mika : « une jeune fille de 17 ans et une personne non binaire de 14 ans ». La première aurait « lancé un œuf sur un CRS en armure », confie la représentante de l’inter-lycées. Et l’autre aurait interpellé les policiers « en leur disant que c’était lâche » [NDLR : cette interpellation], ajoute-t-elle.

Les étudiants de l’IUGA ont profité de leur passage sur le campus de Saint-Martin-d’Hères pour interpeller la direction, sans succès.

Lycéens comme étudiants ont désormais en ligne de mire la grande journée de mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle du jeudi 5 novembre. « On pense qu’aujourd’hui, il y a une nécessité à ce que les travailleurs nous rejoignent dans cette bataille et se mettent en grève », indique Lena. Et de lancer : « Nous, on attend le 5 avec beaucoup de détermination ! » Avant l’acte IV des Gilets jaunes, lycéens et étudiants le 7 novembre. Puis la suite : « On ne pense pas que la mobilisation se gagne en une ou deux dates. C’est un rapport de force qui s’établit et qui se gagne sur du long terme. »

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Publié le 02.11.2026 à 21:32

Luc Renaud

Grenoble n’est pas épargnée par la vague de fermeture de bureaux de poste : quatre bureaux sont concernés, parmi les 471 disparitions annoncées au niveau national. Il s’agit des bureaux de Bajatière, Stalingrad, les Eaux claires et l’Île verte.

Le collectif « J’aime ma poste », engagé dans la lutte contre ces fermetures, annonce aujourd’hui avoir reçu le soutien de neuf mouvement et partis politiques : ADES , Les Ecologistes , Génération S , GO citoyenneté , L’Après , LFI , PCF , PS , Réseau Citoyen Grenoble. A l’initiative du collectif qui regroupe usagers, syndicalistes, élus, unions de quartiers, citoyens, une pétition papier et une pétition en ligne circulent.

La direction de la poste invoque la diminution du volume du courrier postal. Un argument que réfutent les mouvements et partis grenoblois dans une déclaration commune. « Le volume du courrier baisse, c’est vrai, mais celui des colis explose et le travail des guichetiers s’est intensifié. » Et de noter que « le bureau Alsace-Lorraine avait une forte fréquentation, il a quand même été fermé ». Tandis que les bureaux de Malherbe et celui de Fontaine n’avaient dû leur salut qu’à la mobilisation des usagers du service public.

Un chiffre d’affaires postal en hausse de treize milliards en dix ans

Les mouvements et partis voient une autre origine à cette frénésie de fermetures. « Le groupe la poste casse le service public de la poste pour augmenter ses profits : le résultat net pour 2025 s’élève à 1 milliard 200 millions et le chiffre d’affaires postal a augmenté de 13 milliards d’euros en 10 ans, porté notamment par le boom du colis », s’indignent-ils.

Et de noter par ailleurs que « le gouvernement soutient cette stratégie. Pire, il l’accompagne puisqu’il veut réduire de 50 millions le financement de la présence postale dans les territoires et sa politique de casse est la même dans tous les services publics l’hôpital, la justice, l’éducation nationale qui connaît en ce moment un puissant mouvement social que nous soutenons ».

Les neufs organisations signataires appellent à soutenir les actions entreprises par le collectif « J’aime ma poste » et appellent « les habitantes et habitants de Grenoble à se mobiliser pour dire non à la fermeture des bureaux de poste, oui au maintien et au développement du service public de la poste ».

Le collectif « J’aime ma poste » participera à la manifestation du 5 novembre et donne rendez-vous avenue Alsace-Lorraine au départ du cortège.

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Publié le 01.11.2026 à 07:05

Travailleur Alpin

La pancarte était brandie par une manifestante quadragénaire, le 17 octobre, dans le cortège grenoblois. Le message ? « I love Gen Z ». Une déclaration d’amour à cette génération désignant les jeunes nés entre 1997 et 2012. On les disait en effet futiles, dépolitisés, individualistes, vissés non stop à leur smartphone ou à TikTok… Mais ces jeunes […]

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Publié le 01.11.2026 à 01:41

Manuel Pavard

C’était l’une des inconnues de cet acte III du mouvement des Gilets jaunes, lycéens, étudiants et travailleurs. Entre la répression policière — avec un cortège principal abondamment gazé le 24 octobre -, les peines de prison ferme prononcées pour les manifestants interpellés, le tour de vis de la préfecture (interdiction de manifester dans le centre-ville, couvre-feu) et les vacances scolaires et universitaires, toutes les conditions était réunies pour freiner la mobilisation. Il n’en a finalement rien été, avec encore une marée humaine déferlant dans les rues de Grenoble.

Étudiants et Gilets jaunes ont pris la tête de la manifestation. © Kevin Gazoufer

Selon les premières estimations, ce sont ainsi plus de 20 000 personnes qui ont été comptabilisées sur le parcours reliant la gare de Grenoble à l’anneau de vitesse. Un tracé (gare, avenue Alsace-Lorraine, cours Jean-Jaurès, boulevard Foch, avenue Albert-1er-de-Belgique, boulevard Clémenceau, anneau de vitesse) imposé par la préfecture et contournant le centre-ville dont tous les accès étaient barrés par d’imposants cordons de police. Ceci, officiellement afin d’éloigner « casseurs » et « pilleurs » des commerces de l’hyper-centre, pour ne pas revivre le chaos du 17 octobre.

« Les vrais casseurs, c’est eux »

« Les casseurs, ils n’ont que ce mot-là à la bouche », s’agacent Tina et Matéo, étudiants à l’UGA, qui défilent pour le troisième samedi consécutif, comme une grande partie des manifestants. « On ne justifie pas les pillages des petits commerçants, c’est sûr, mais pour le reste, c’est bien moins grave de casser des vitrines que de détruire l’éducation, la santé ou le social. Les vrais casseurs, c’est eux : le gouvernement et le Medef », lancent-ils en chœur.

De très nombreux slogans et pancartes faisaient référence aux violences policières, ici mis en parallèle avec les revendications initiales. © Kevin Gazoufer

Dominique, jeune retraité et « quasiment un demi-siècle de manif’ au compteur », évoque quant à lui l’évolution de la répression au fil des décennies. « Quand j’étais plus jeune, on parlait déjà de violences policières mais pour être honnête, ça n’avait rien à voir avec maintenant. Les flics n’avaient pas toutes ces armes de guerre et il y avait beaucoup moins de chances d’être blessé ou de se faire arrêter », souligne-t-il, pointant le nombre « démesuré » d’interpellations et gardes à vue depuis le début du mouvement lycéen.

De nombreux manifestant·es étaient déguisé·es. © Kevin Gazoufer

Des lycéens gazés et matraqués au cours des blocages du lycée Mounier aux étudiants molestés par des vigiles privés sur le campus, tous ont une histoire à raconter à ce sujet. Même les plus âgés dont beaucoup ont reçu leur dose de gaz lacrymogène lors de l’acte II, le 24 octobre. « Aujourd’hui, tu as beau manifester calmement, sur un parcours déclaré, sans sortir du cortège, tu n’es pas du tout à l’abri de te prendre une grosse salve de grenades lacrymo, comme samedi dernier quand ils ont tiré en plein milieu de la foule à Gustave-Rivet », s’indigne Dominique.

Chaude ambiance dans le cortège. © Manuel Pavard

Une stratégie policière qui a choqué les manifestants. Mais sans avoir l’effet escompté par les autorités. Car au lieu d’être découragées et tétanisées, bon nombre de personnes en sont ressorties encore plus déterminées. Et la morgue affichée aussi bien par Emmanuel Macron que par ses ministres — à l’image de Laurent Nuñez face à la délégation lycéenne et étudiante — a fait le reste.

Cap vers le 5 novembre

Après un début de manifestation dynamique et assez bon enfant, la tension est montée progressivement à l’approche de la place Gustave-Rivet, là où les choses s’étaient envenimées le samedi précédent. Et là encore, ça n’a pas tardé. À l’issue d’un bref face-à-face entre jeunes et policiers, ces derniers ont noyé la place sous un déluge de grenades lacrymogènes, gazant de nouveau le cortège à l’aveugle. Les dégâts ont été heureusement un peu plus limités, cette fois, pour la majorité des manifestants qui ont pu reprendre leur chemin, les yeux rougis, en direction du boulevard Clémenceau.

Les street médics n’ont, une nouvelle fois, pas manqué de travail. © Kevin Gazoufer

À l’arrivée, l’anneau de vitesse s’est rempli sans discontinuer au fil des minutes. Sur place, une ambiance festive avec des manifestants dansant au rythme de la techno sortant des enceintes d’un sound-system mobile, tandis que d’autres entonnaient les tubes du mouvement social. Le fameux « Siamo tutti antifascisti » ou le plus récent et potache « On fait caca sur Bardella, pipi sur les nazis (…) », chant inventé par de jeunes manifestantes anti-RN, le 24 octobre, à Orléans, et devenu totalement viral en quelques jours.

L’anneau de vitesse s’est rempli à la vitesse grand V, au fil de l’arrivée des manifestants. © Kevin Gazoufer

Non loin de là, l’atmosphère était tout autre. Plusieurs centaines de militants autonomes et de jeunes cagoulés ont ainsi affronté les policiers, les tirs de mortiers d’artifice répliquant aux grenades lacrymogènes et assourdissantes. Un manège qui s’est ensuite déplacé jusqu’au parc Paul-Mistral où les CRS ont chargé à plusieurs reprises les manifestants, avant d’évacuer sans ménagements les nombreuses personnes encore présentes sur l’anneau de vitesse.

Une demande de justice sociale omniprésente. © Kevin Gazoufer

Déterminés et galvanisés, les manifestants avaient déjà les yeux rivés vers la semaine prochaine. Avec plusieurs dates à retenir. D’abord la journée nationale de mobilisation des lycéens et étudiants, mardi 3 novembre — avec notamment un appel à une assemblée générale interprofessionnelle lancé par l’AG étudiante de l’UGA. Puis le plat de résistance de cette séquence sociale, jeudi 5 novembre, avec la grande journée de grève et de manifestation intersyndicale, marquée par un appel à la grève générale. Et enfin, rebelote samedi 7 novembre, pour l’acte IV des jeunes et des Gilets jaunes.

Une manifestation qui coïncidait avec Halloween. © Kevin Gazoufer
Les policiers interviennent dans le parc Paul-Mistral à la fin de la manifestation. © Kevin Gazoufer

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Publié le 31.10.2026 à 15:28

Pierre-Jean Crespeau

C’est dans le cadre du mois d’action contre l’armement d’Israël initié par l’Association France Palestine solidarité (AFPS), Boycott désinvestissement sanctions (BDS), Stop Arming Israël, Urgence Palestine et plus de soixante organisations, que la CGT STMicroelectronics a pris l’initiative de planter un olivier, vendredi 30 octobre, sur le terre-plein du rond-point situé devant l’entrée principale du site de l’entreprise à Crolles.

Un olivier pour la paix en Palestine.

Au-delà du geste symbolique, le syndicat demande la suspension immédiate de toute collaboration de STMicro avec les entreprises du secteur de la défense israélienne, y compris hors armement, tant qu’il n’y aura pas de cessez-le-feu effectif, et que les droits des Palestinien-nes ne seront pas respectés. Il demande aussi de rendre public, et notamment de communiquer au comité social et économique central (CSEC) et aux CSE locaux, l’ensemble des partenariats avec des entités israéliennes. Enfin la CGT demande de la transparence vis-à-vis des représentants du personnel et un engagement formel de l’entreprise à ne plus travailler avec des intermédiaires commerciaux qui permettent à des États criminels de se procurer des composants STMicroelectronics, de contourner les embargos et de tuer impunément des civils.

Après la lecture par Alice (CGT) d’un texte poignant de Ziad Medoukh, écrivain et poète palestinien, c’est Nadia Salhi, déléguée syndicale, qui a pris la parole pour expliquer l’initiative.

Nadia Salhi, déléguée syndicale centrale CGT STMicroelectronics.

Le micro a ensuite circulé pour BDS France, Urgence Palestine et l’Assemblée générale anti-militariste et anti-impérialiste. Notons aussi les présences d’Isère Palestine, Stop Micro, de l’union locale CGT, du NPA, et du PCF

Une quarantaine de personnes étaient présentes ; des klaxons de soutien de la part de véhicules personnels ou professionnels, de bus, camions… et des encouragements chaleureux


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Publié le 30.10.2026 à 20:54

Luc Renaud

Les élus membres de la commission des finances de la ville de Grenoble se sont réunis le 28 octobre pour désigner le vice-président de la commission – qui fait fonction de président, le titre étant légalement détenu par la maire. En mai dernier, c’est Allan Brunon, président du groupe LFI au conseil municipal, qui avait été désigné à ce poste. Une nouvelle élection était rendue nécessaire par le passage de quatre à cinq commissions décidé par le conseil municipal le 6 octobre dernier.

Lors de l’élection de ce 28 octobre, les élus de la liste de Laurence Ruffin ont fait le choix de voter pour un candidat du groupe d’opposition le plus nombreux, le groupe LFI, conformément aux engagements pris. Mais leurs suffrages ne se sont pas portés sur Allan Brunon : un premier tour de scrutin a désigné le Lfiste Bastien Castillo, qui a aussitôt démissionné ; un second tour son collègue de groupe Khemisti Boubeker, qui a pris la même décision.

C’est donc Abdelwaheb Kismoune, premier adjoint, qui assumera cette fonction de vice-président, « de manière transitoire, pour assurer le fonctionnement de l’institution », précise Laurence Ruffin dans une déclaration qui a suivi la réunion.

« Violence physique et verbale »

Les co-présidents du groupe de gauche majoritaire « Oui Grenoble », Isabelle Peters et Vincent Berlandis, explicitent le choix de confier cette vice-présidence à un élu LFI qui ne soit pas Allan Brunon. « Nous regrettons les diverses provocations portées par Allan Brunon lors de la séance. Nous n’en sommes toutefois pas étonné-es. […] Ce dernier n’aura construit, jusqu’à ce jour, que sur les pierres de la violence physique et verbale », écrivent-ils dans une déclaration remise à la presse. On se souvient notamment de la réunion du 29 septembre du conseil municipal qui avait donné lieu à des heurts entre les élus LFI et la police municipale.

« Ruffin exécute »

Isabelle Peters et Vincent Berlandis se déclarent « convaincus que LFI a toute sa place au sein de la gauche grenobloise » et espèrent « qu’un véritable travail constructif puisse enfin voir le jour avec son groupe d’opposition ». De son côté, Allan Brunon a fait diffuser sur les réseaux sociaux un visuel sur lequel on peut lire : « La droite et l’extrême droite demandent : Ruffin exécute. (Encore !) La présidence de la commission des finances retirée à la France insoumise. »

Pas certain que les conditions d’un dialogue constructif entre la gauche grenobloise et la France insoumise soient encore tout à fait réunies.

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