Publié le 19.05.2026 à 15:03
Luc Renaud
Une grande dame vient de nous quitter. Claudine, nous l’avons côtoyée longtemps à la rédaction du Travailleur alpin. Ce n’est qu’au fil du temps que nous avions pu mesurer l’ampleur de ses connaissances et l’éclectisme de ses passions. Car si l’on devait retenir un trait de sa personnalité, ce serait sans doute l’humilité, la modestie et la bienveillance avec lesquelles elle abordait celles et ceux avec qui elle travaillait, militait, chantait ou randonnait.
Claudine, c’était une astrophysicienne de renom. Elle avait soutenu sa thèse de doctorat le 23 juin 1982, sous le titre Etude de nuages moléculaires : le rapport d’abondances ortho/para du formaldéhydre : observations millimétriques de quatre régions de formation d’étoiles.. Sa thèse de docteur d’Etat, soutenu le 9 septembre 1989, portait sur les Observations millimétriques de molécules circumstellaires : de la recherche de nouvelles espèces, à la mesure d’abondances isotopiques. « Je me souviens d’une jeune doctorante qui avait un don inné de la vulgarisation, la capacité à rendre accessibles des objets complexes qui ne le sont pas vraiment de prime abord », raconte Edouard Schoene qui avait assisté à cette soutenance.
Claudine Kahane participait en 2018 à Valence à l’inauguration du bâtiment universitaire qui porte le nom de sa mère, Josette Kahane.Sa formation à l’université de Grenoble avait été complétée par des études à l’École normale supérieure. Comme une sorte de tradition familiale : son grand-père, son père André, son oncle Jean-Pierre, sa mère Josette, l’avaient précédée sur les bancs de cette école publique prestigieuse. Elle avait ensuite construit une carrière de professeur des universités, à l’UFR Physique, ingénierie, terre, environnement, mécanique de l’université Grenoble Alpes et à l’Observatoire des sciences de l’univers de Grenoble. Elle avait été membre du jury et souvent présidente du jury de nombreuses thèses. Richard Monvoisin, enseignant à l’université de Grenoble, peut en témoigner : Claudine Kahane a présidé son jury de thèse en 2007, thèse intitulée Pour une didactique de l’esprit critique, Zététique et utilisation des interstices pseudoscientifiques dans les médias. « À l’époque où elle était directrice du département des licences, elle m’a permis de monter un cours, Zététique et autodéfense intellectuelle ; comme présidente de mon jury de thèse, elle a été extraordinaire avec moi, c’était quelqu’un de très ouvert sur la pensée critique, l’analyse des théories controversées », dit-il. Elle a publié des articles scientifiques dans des revues scientifiques de renommée internationale jusqu’à la fin de sa carrière.
Claudine Kahane en compagnie de ses deux petites-filles.Cette rigueur, ce sourire bienveillant et lumineux dont elle ne se départissait pas, l’avaient également accompagnée dans son parcours militant. Claudine Kahane était communiste et syndicaliste. Elle fut ainsi co-secrétaire du Syndicat national de l’enseignement supérieur – FSU, de 2013 à 2015, aux côtés de Marc Neveu. Elle en avait exercé d’autres responsabilités nationales, comme celle d’élue SNESUP au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle les conjuguait avec son métier d’enseignante chercheuse à l’université de Grenoble. « Je l’ai vue œuvrer à réparer des torts, je l’ai vue afficher des positions fermes, ce qui est quand même assez rare dans un milieu relativement policé », se souvient Richard Monvoisin.
Claudine Kahane avait pris sa retraite universitaire en 2019. Retraite toute relative puisque, dès 2020, elle était élue maire-adjointe à la municipalité de Saint-Martin‑d’Hères, chargée de la culture. On sait la place importante que tient la culture dans cette ville de la banlieue grenobloise. « Adjointe à Saint-Martin‑d’Hères, elle avait une place unanimement reconnue par les militants culturels et les représentants des institutions de l’agglomération grenobloise », témoigne Edouard Schoene, lui aussi investi dans ce réseau informel.
Le 29 septembre 2022, Claudine Kahane participait à une manifestation syndicale pour un SMIC à 15 euros de l’heure, la semaine à 32h, et la retraite à 60 ans.À Saint-Martin‑d’Hères, elle venait de céder sa responsabilité lors des toutes récentes élections municipales à Iseult Brenier, 21 ans. La préoccupation constante de Claudine Kahane était aussi de transmettre et de laisser – et de faire – la place à de plus jeunes générations. « Je ne l’ai connue que deux mois, précise Iseult Brenier, en plus de toutes les informations qu’elle a pu me communiquer sur son mandat qui a été exceptionnel, elle m’a donné confiance, constamment souligné que j’étais bien à ma place ; je me souviens, quand elle me parlait de culture, de ses étoiles dans les yeux tant elle était passionnée ». « Elle va me manquer. »
Passion qui l’animait également dans son engagement de militante communiste dans la section Est-agglo du PCF, ou encore comme membre active de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.
Claudine Kahane, une amoureuse des grands espaces.Car des passions, Claudine n’en manquait pas. Celle de la montagne, parmi beaucoup d’autres. Peu de sentiers des massifs alpins ne l’ont pas rencontrée. À pied, à ski… Au Travailleur alpin, elle coordonnait tout naturellement la rubrique « Sciences », mais c’est avec autant d’enthousiasme qu’elle dirigeait la rubrique « Randonnées » et qu’elle publiait sur l’actualité de la montagne. Ses connaissances en la matière étaient reconnues par les amateurs, tandis que les néophytes s’inquiétaient parfois de l’importance des dénivelées qu’elle proposait à nos lecteurs : une boucle qui passait par le sommet du Grand Colon surplombant Grenoble, par exemple — notre numéro de septembre 2024. Passion encore, la gastronomie : ses contributions nous faisait découvrir le métissage culturel familial dont elle était issue, par exemple avec cette recette de caviar d’aubergine transmise par la branche roumaine de sa famille que nous avions publiée en novembre 2020. Non sans l’humour qui ne la quittait pas : « Les ministres communistes, c’est comme les cerises. On vous explique », introduisait-elle son article titré « Pourquoi il faut garder les noyaux » et consacré à la recette du moelleux aux cerises, publié dans notre numéro de juillet 2022.
Le 25 avril dernier, Claudine Kahane donnait un concert avec la chorale les Matines d’Hères.Claudine Kahane avait encore une vie, celle du chant choral. « Non, pas le mardi, j’ai répétition », nous disait-elle quand il s’agissait de fixer la date des réunions de nos conférences de rédaction. C’était sacré, comme les jours où elle se consacrait à ses petits-enfants. Elle chantait au pupitre des alti, dans la chorale des Matines d’Hères et la chorale universitaire des Rainbow Swingers – un monde de l’enseignement supérieur, ses enseignants et ses étudiants, avec lequel elle a toujours conservé des liens étroits. « On la remarquait forcément, témoigne Nila Djadavjee, cheffe de chœur des Rainbow, pour son plaisir à chanter, sans retenue, son envie de faire les choses bien ; mais aussi parce qu’elle avait toujours un tricot en cours : tricoter pendant les répétitions, c’était pour elle une façon de se concentrer ». Sa rigueur de scientifique n’épargnait pas le chant choral.« Elle était très attentive à la justesse de la prononciation de ce que nous chantions », sourit Nila Djadavjee.« J’aimais beaucoup Claudine… » Son dernier concert, elle l’a donné avec les Matines d’Hères le 25 avril.
Elle va nous manquer. Le constat est unanime, il est aussi le nôtre.
À ses enfants Sophie et Nicolas, ses deux petites-filles, sa famille et ses proches, nous présentons nos condoléances émues.
Lors d’un stage de chant choral, en 2023.
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Publié le 18.05.2026 à 12:49
Edouard Schoene
L’exposition, qui se tient jusqu’au 3 janvier 2027, s’intitule Dès potron-minet. Elle est consacrée à l’œuvre d’Adrien Fregosi et de douze artistes qui l’ont accompagné.
Adrien Fregosi, né à Echirolles en 1980, est décédé en 2024, emporté par un cancer. Dessinateur, graffeur, peintre et éditeur d’art, c’était un artiste autodidacte très prolifique. Le Magasin mais également le MIAM (Musée international des arts modestes), à Sète — ville où il vécut les dix dernières années de sa vie — lui rendent hommage, évoquant « une vie marquée par la maladie, mais une œuvre emplie de confiance en l’humanité ».
Le public est venu nombreux assister à l’inauguration.Au Magasin, l’exposition est organisée en cinq salles qui marquent les étapes de la vie en explorant une journée de 24 heures (du soir à la fin de journée). Le titre de l’exposition, Dès potron-minet, renvoie à une expression ancienne symbolisant le moment du jour où les premiers mammifères sortent de leur sommeil. Le catalogue du Magasin explicite les choix des deux commissaires de l’exposition, Margaux Bonopera et Marine Lang, d’exposer également des œuvres de douze artistes amis ou mentors d’Adrien Fregosi.
Une inauguration très attendue, d’abord bien sûr pour la curiosité de découvrir cette très belle exposition. Mais également pour rencontrer la nouvelle directrice, Vittoria Matarrese, qui prend ses fonctions, après le départ de Céline Kopp — laquelle avait programmé l’exposition inaugurée ce mois de mai. Architecte de formation, ancienne journaliste à TV5 Monde, elle a été en charge de la direction artistique de la Villa Médicis à Rome, entre 2008 et 2010, avant de programmer les arts vivants au prestigieux Palais de Tokyo (Paris), de 2010 à 2022.
Marine Lang, co-commissaire de l’exposition, au micro ; derrière, quelques-unes des artistes exposés ; à droite, la nouvelle directrice du Magasin Vittoria Matarrese, la présidente Alice Vergara, et l’adjoint à la culture Alexis Monge.Vittoria Matarrese prend la direction du Magasin après une grave crise à rebondissements, commencée à la fin de la direction de l’établissement par Yves Aupetitallot, en 2015. Dans un bref discours, la directrice a remercié les Grenoblois·es présents ainsi que le travail d’arrache-pied d’Alice Vergara, présidente du CNAC, pour le chemin parcouru jusqu’à cette inauguration.
Alexis Monge, adjoint à la culture de la ville de Grenoble, à la tribune.Seul représentant des tutelles du Magasin (Etat, région, département, ville de Grenoble), Alexis Monge, nouvel adjoint à la culture de Grenoble, a pris aussi la parole. L’occasion pour l’élu communiste de prononcer des vœux de réussite au CNAC : « Nous serons pleinement à vos côtés avec l’Etat, la région, le département, pour vous accompagner et soutenir l’élan. Le projet porté propose de prendre soin de construire la coopération et le dialogue. Cette exposition est ma première inauguration. Je tiens à souligner que nous sommes attachés à la liberté de création qui permet aux artistes de s’exprimer, d’être en résonance notamment des tensions de la ville, des imaginaires. »
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Publié le 18.05.2026 à 09:00
Luc Renaud
« Nous sommes légitimes à demander le respect de nos droits. » Lison, de la CGT gardiens de troupeaux PACA, animait un atelier intitulé « Salaire et conditions de travail : se préparer pour négocier avec les employeurs ». Faire face à ses patrons, ça n’est pas automatique. « Souvent, les gardiens sont embauchés par un groupement d’éleveurs, plusieurs employeurs auxquels ils doivent faire face ; il n’est pas toujours simple de demander un salaire, des conditions de logement décentes… lorsqu’on est seul, souvent jeune, pour un contrat d’estive par définition précaire… »
Alors Lison appelle à revenir aux bases. Ce qui crée la richesse de l’éleveur, c’est le travail du berger : la valeur ajoutée au troupeau doit être partagée. « Il faut toujours insister sur la qualification des nos métiers : nous travaillons en milieu isolé pour conduire les troupeaux en fonction de la qualité de l’herbage, nous soignons les bêtes, nous les protégeons contre les prédations, nous nous occupons des chiens de conduite et des chiens de protection, nous veillons à la cohabitation entre randonneurs et troupeaux… tout cela ne s’improvise pas et demande des connaissances, une formation. »
Lison, l’une des responsables du syndicat CGT des gardiens de troupeaux PACA.Réalités que refusent de reconnaître les employeurs au premier rang desquels la FNSEA, première organisation patronale agricole.
L’objectif des syndicats de gardiens de troupeaux (SGT) et de la Fédération nationale de l’agroalimentaire et de la forêt CGT, c’est la reconnaissance de la spécificité du métier de gardien de troupeau dans le cadre de la convention collective des ouvriers agricoles. Au niveau national, les négociations ont été être mises sous la tutelle du ministère de l’Agriculture face au refus de toute discussion exprimé par la FNSEA et la Fédération nationale ovine – pour leurs représentants, le niveau national n’était pas l’échelon pertinent. En Isère et en Savoie, les FDSEA ont pourtant décrété que le niveau départemental n’était pas adapté à la négociation… Et la FDSEA « a mis comme préalable à d’éventuelles négo qu’ils ne discuteraient pas avec ceux d’entre nous qui parlent à des journalistes », témoigne Emmeline Tabillon, secrétaire du SGT CGT Isère.
Dans certains départements, il existe pourtant des accords comportant quelques acquis pour les bergers et vachers. « Ils s’appliquent en fonction de la localisation du siège de l’entreprise, explique Lison, ce qui fait que d’un versant à l’autre d’une même montagne, selon là où habite votre patron, vous n’avez pas les mêmes droits. »
Emmeline Tabillon, secrétaire du SGT-CGT Isère Alpes du Nord.D’où la nécessité d’une négociation nationale mais aussi de discussions locales pour faire avancer les revendications.
Lesquelles relèvent d’un strict minimum. Le matin, le troupeau part au lever du jour. Il rentre en fin d’après-midi, début de soirée. Huit à dix heures de conduite. La journée n’est pas terminée : soins des bêtes, installation et vérification des parcs, alimentation des chiens… Au total, une dizaine d’heures de travail au minimum, sept jours sur sept. Sans compter la responsabilité de « veilleur de nuit », face à la prédation. Soixante-dix heures hebdomadaires – souvent davantage – payées entre 35 et 44 heures. Payées au SMIC horaire.
L’équipement ? Il est à la charge du salarié. Chien de conduite, chaussures, vêtements de travail… « Nous estimons à 250 euros par mois ce qui est à notre charge », commente Emmeline Tabillon, secrétaire du syndicat SGT Isère. Et des conditions d’hébergement souvent insalubres : accès à l’eau potable parfois déficient, par exemple.
Sans oublier la santé et la sécurité au travail. « La saison dernière, deux gardiens sont morts. Le premier a été foudroyé alors qu’il soignait ses bêtes ; les premiers mots de son employeur ont été pour dire que c’était son jour de repos, ce n’était donc pas un accident du travail, il se reposait sous l’orage ; le second s’est suicidé en laissant une lettre où il disait qu’il n’en pouvait plus de travailler dans ces conditions », déplore Emmeline Tabillon.
Dans les Hautes-Alpes, la réponse opposée publiquement à ces exigences par des employeurs se résume à une menace : « Il n’y aura plus que des Roumains et des Tunisiens pour garder les bêtes. » Tout un programme.
40 %
du travail agricole
est réalisé par des salariés – chiffre issu de la comparaison en « équivalents temps plein des salariés et des exploitants agricoles. Les salariés agricoles sont deux fois plus nombreux que les agriculteurs qui les emploient, mais ils sont souvent saisonniers, ce qui explique cette différence sur un travail à l’année. Les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à employer de la main d’œuvre.
Le Canigou, une montagne emblématique de Catalogne Nord, que Samy connaît à pied, à ski, avec son piolet ou son baudrier d’escalade… Il y travaille aussi, et il vient d’être l’un des artisans de la création du syndicat.Un drapeau planté au sommet du Canigou pour annoncer la création du syndicat CGT. Tout un symbole. Celui d’une détermination sans faille et d’un attachement viscéral à la montagne, au pays catalan, à l’alpage…
Le déclencheur, ce fut la dermatose nodulaire bovine, en fin d’année dernière. « L’abattage, un carnage, même si ça a été moins massif chez nous, se souvient Samy, j’ai un voisin qui a perdu tout son troupeau ; tout le monde a pleuré avec les éleveurs, mais personne n’a eu un mot pour les salariés des fermes. » De fait, « j’ai un copain qui a perdu son boulot de vacher, et rien, pas un mot, pas une aide, juste bon à aller chercher du travail au marché gare, à Saint-Charles. » De l’alpage au tri des plateaux de pêches à l’usine du marché d’intérêt national de Perpignan.
La création du syndicat des gardiens de troupeaux CGT des Pyrénées orientales, c’est peut-être d’abord la détermination à faire reconnaître un travail invisibilisé, celui de salariés ignorés.
Le sommet du Canigou, aux couleurs du SGT CGT Pâtres des Pyrénées catalanes.Samy a pris son bâton de berger, lui qui travaille de mai à octobre sur les pentes du Canigou, avec un troupeau de vaches qui sera cette année amputé de moitié. « L’isolement, c’est d’abord ça qui caractérise notre profession, il faut commencer par pouvoir contacter les vachers et bergers qui travaillent dans les différents massifs du département », explique Samy. Il a fallu « grappiller les numéros ». Ils s’y sont mis à plusieurs avec un objectif, celui de dresser une cartographie de l’activité des gardiens de troupeaux, de ce que représente leur travail. De quoi avoir du biscuit pour négocier.
« Nous voulons obtenir un avenant départemental à la convention collective nationale, comme cela existe dans des départements où le pastoralisme est représenté, ce qui n’existe pas aujourd’hui chez nous et laisse les gardiens de troupeaux au bon vouloir des employeurs », précise Samy.
Le travail de mise en relation des salariés se poursuit et devrait déboucher sur une assemblée générale en novembre, après la saison d’estive. Et Samy souligne l’importance de l’aide qu’il a reçue de la part des autres syndicats CGT de bergers, mais aussi de l’union locale de Prades et de l’union départementale CGT des PO.
Le syndicat des gardiens de troupeaux CGT Pâtres Pyrénées catalanes (PPC-CGT) est le sixième syndicat CGT créé par des salariés vachers et bergers.
6
syndicats CGT de gardiens de troupeaux
ont été créés en France depuis quatre ans. Les deux derniers viennent de l’être en Franche-Conté et dans les les Pyrénées catalanes. Les quatre autres sont présents en Ariège, Cévennes, Provence-Alpes-Côte‑d’Azur et Isère Alpes du Nord. Une branche du salariat au sein de laquelle la CGT accroît ses effectifs.
Au programme.Massif Attaque – dont c’était mai la quatrième édition du 29 avril au 3 mai – c’est un peu l’université d’été des syndicalistes CGT des gardiens de troupeaux, à l’intersaison, au moment où les saisonniers ont moins de contraintes. Une semaine nationale de formation et de débats organisée par la CGT à l’attention des membres des syndicats mais aussi de tous les bergers qui souhaitent s’informer et témoigner. Cette année, des thèmes comme « Paysannerie et lutte des classes », « Histoire des luttes des ouvriers agricoles » ou « Développement du salariat précaire en agriculture » et « Lutter pour la santé et la sécurité au travail » figuraient au programme.
Ils sont descendus du Trièves pour défiler le 1er Mai dans les rues de Grenoble.La députée ciottiste des Alpes de Haute-Provence, Sophie Ricourt Vaginay, a déposé le 3 mars dernier une proposition de loi visant à créer « un statut juridique particulier pour le berger d’alpage ». « Pensé pour (et par) le patronat agricole, le contenu de cette proposition est catastrophique pour les gardiens de troupeaux », commentent les syndicats CGT de ces salariés.
Le fil conducteur du texte consiste à « légaliser les abus plutôt que d’y mettre fin ». Ainsi de l’article 2 de la proposition. Il porte sur le temps de travail en fixant sa durée hebdomadaire par un « forfait national adapté ». La réalité actuelle est celle d’une durée pouvant aller à 90 heures par semaine. Un « forfait », c’est l’abandon de toute perspective de comptabilisation du temps de travail effectif et d’une récupération du temps de travail par les repos compensateurs, comme cela se pratique dans d’autres secteurs comparables. C’est aussi la légalisation de la rémunération du forfait et la disparition de la notion de temps de travail.
Dans son article 3, cette proposition prévoit la création de primes d’isolement et de pénibilité établies en fonction « de la durée de l’estive, du nombre d’animaux et de l’isolement géographique objectif ». Les SGT-CGT rappellent que les gardiens de troupeaux « ne bénéficient toujours pas de la prime de précarité de fin de contrat » due aux contrats à durée déterminée « classiques ». « C’est la seule prime que nous réclamons, quels que soient le niveau d’isolement géographique, le nombre d’animaux gardés ou la durée du contrat de travail. » Et de rappeler que « nous attendons surtout une revalorisation de nos salaires à la hauteur de nos qualifications et de la pénibilité réelle de nos métiers ». D’autant que les indemnités chômage – pour ceux qui y ont droit – sont calculées sur la base du salaire, hors primes.
Enfin, les dispositions sur l’amélioration de l’hébergement contenues dans les articles 4 et 5 de la proposition concernent uniquement les « cabanes d’alpage », notion qui n’est pas définie. Ce qui « exclut sans aucune justification les hébergements de colline et de plaine, souvent occupés en période hivernale. Nous savons mieux que quiconque qu’une caravane délabrée en bord de route n’est pas plus supportable qu’une cabane insalubre en altitude ».
Pour les gardiens de troupeaux CGT, « produit sans jamais tenir compte des besoins réels des gardiens et gardiennes de troupeaux salarié.e.s, ce texte débarrasse les exploitants agricoles d’une grande partie de leurs obligations et de leurs responsabilités : travail gratuit légalisé, précarisation de la profession inscrite dans la loi, conditions fantaisistes pour bénéficier d’une reconnaissance de la pénibilité du travail ».
47,8 %
c’est le taux du « surrisque de suicide » chez les salariés agricoles par rapport à la moyenne des chiffres enregistrés par professions et par tranches d’âge. Pour ce qui concerne les exploitants agricoles, ce « surrisque » fait, légitimement, la une des médias : les agriculteurs ont 36,3 % de risque supplémentaire de se suicider que la moyenne des assurés sociaux d’autres régimes. Les salariés agricoles, eux, se suicident dans le silence médiatique.
Parmi les conférences et ateliers organisé au fil de la semaine, l’une d’elles était consacrée à la santé au travail et aux risques, parfois mortels, pris par les gardiens de troupeaux dans l’exercice de leur profession.
L’association des cordistes en colère et solidaires avait été invitée à y participer. Une profession dont les points communs avec celle des gardiens sont nombreux : une moyenne d’âge jeune, des métiers à risque, précaires, au taux de renouvellement important, particulièrement exposée aux accident du travail… On apprenait ainsi que depuis 2006, au moins quarante cordistes ont perdu la vie dans un accident du travail. Pour une profession représentant un équivalent temps plein d’à peine plus de sept mille travailleurs, ces drames représentent un taux moyen de 27 décès par an pour 100 000 salariés. En 2024, la moyenne nationale tous secteurs confondus était de 3,6 morts pour 100 000 salariés.
Table ronde sur la santé et la sécurité au travail.
La cantine de Massif attaque, sous chapiteau.
A l’accueil.
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Publié le 15.05.2026 à 21:10
Travailleur Alpin
Un Toit pour tous, c’est un ensemble de deux associations, d’un observatoire et d’une coopérative foncière possédant l’agrément de bailleur social. L’association Un Toit pour tous, à proprement parler, s’occupe de l’interpellation et de la mobilisation autour des questions du mal-logement. La coopérative foncière achète et réhabilite des logements. Elle en possède actuellement cinq cents qu’elle loue à des publics précaires. L’association Territoires accompagne les locataires dans le cadre d’une agence immobilière à vocation sociale et d’un pôle de travailleurs sociaux. L’observatoire produit des études pour Un Toit pour tous, d’autres associations et des collectivités publiques. Tout cet ensemble emploie une cinquantaine de personnes et mobilise une centaine de bénévoles.
Comme pour toute bonne soirée d’intégration, il faut trouver un lieu sympa et des activités. Pour le lieu, quoi de mieux qu’un endroit festif au cœur de la ville, dans un cadre intemporel, comme l’offre le Minimistan. Pour rappel, ce lieu est né de la réhabilitation d’un ancien couvent dans le quartier Très-Cloître de Grenoble. Il dispose d’un bar-restaurant dont l’atout majeur est une grande terrasse dans la cour intérieure de l’ancien bâtiment religieux. Des espaces de co-working, des salles de réunion, un atelier de distillerie viennent compléter les possibilités de cette structure de l’économie sociale et solidaire.
Pour débuter les festivités, Jean-Louis Chenevas, bénévole au service communication, nous présente l’exposition photographique Considérables installée depuis quelques semaines au Minimistan, dont il a réalisé lui-même des clichés. Celle-ci se décompose en deux parties. La première représente des locataires d’Un Toit pour tous dans leur appartement au cours de leur vie quotidienne. Certains se reposent sur leur canapé, d’autres cuisinent, un enfant fait ses devoirs. Ces activités, somme toute assez ordinaires, revêtent ici un aspect extraordinaire pour ces gens qui ont été privés pendant des années de logement et ont connu des parcours de vie extrêmement difficiles.
La deuxième partie a été réalisée en studio photo. Les locataires étaient invités à venir essayer de nombreux accessoires et de beaux costumes. Mais mis à part les enfants qui se sont beaucoup amusés à se déguiser, les adultes étaient venus avec leur propre tenue. L’objectif de la pose photographique en studio était de sortir les locataires de leur quotidien, de leur permettre de se projeter dans un ailleurs, une autre vie. Ainsi voit-on un locataire jouer au mannequin, un enfant porter un chapeau melon, des femmes en train de danser. De l’ensemble de cette exposition ressort une impression générale de joie. Un bénévole nous dit : « Quand je vois ces photos, je sais pourquoi je fais tout ça. »
Une image de l’exposition « Considérables », actuellement visible du Minimistan.Toujours pour rester dans le domaine artistique, s’ensuit une petite chorégraphie. La danseuse Gaëlle Revenu réalise des figures autour d’une chaise de bureau. Se dessinent à travers ses mouvements les épreuves de la vie, la souffrance de l’exil. La chaise représente toutefois le repère, le refuge que constitue un logement.
La soirée se poursuit avec une mini-conférence consacrée au mal-logement, en France et en Isère, présentée par l’Observatoire de l’hébergement et du logement (OHL). René Ballain, son président, nous raconte les grandes lignes de l’histoire du logement depuis 1945, puis nous explique comment est née la notion du « mal-logement » dans les années 90. Il était à l’époque membre de la fondation Abbé Pierre. Avec d’autres compagnons de l’association, il cherchait une notion plus globale que celle du « sans-abrisme ». Pour trouver cette notion, ils sont repartis d’une comparaison avec la situation des travailleurs qui n’étaient ni au chômage ni en CDI mais dans toute une série de contrats précaires sur des temps plus ou moins partiels, ce que l’on appelait à cette époque le « mal-emploi ». En 1999, un journaliste demande ce que signifie exactement le « mal-logement ». La fondation Abbé Pierre a pu construire alors une définition qui rend compte des difficultés concrètes des gens par rapport à leur logement. Cette notion englobe en réalité cinq grandes difficultés. Premièrement, l’absence de logement personnel. Deuxièmement, les difficultés d’accès au logement social à partir des années 80. Troisièmement, les mauvaises conditions d’habitation. Quatrièmement, les difficultés du maintien dans un logement dès lors qu’il y a une perte d’emploi ou un accident de la vie. Cinquièmement, une inégalité territoriale dans le sens où certaines personnes peuvent choisir leur lieu de résidence alors que d’autres n’ont pas le choix. Ces éléments définitionnels sont très importants selon René Ballain, car il considère que « c’est important d’avoir un cadre solide d’études pour l’interpellation ».
Marie Guillaumin, chargée d’études à l’OHL, prend ensuite le relais pour présenter des chiffres clés en France et en Isère. Cependant, derrière les chiffres, elle s’attelle surtout à décrire les conséquences sur les individus. Elle se rappelle d’une femme en difficulté qui a exprimé « la souffrance de passer la nuit dehors ». De nombreuses personnes laissent leur peau dans la rue. Le collectif « Les morts à la rue » a recensé 855 décès en France en 2024. En Isère, tous les dispositifs sont saturés. Une demande d’hébergement sur six aboutit et une demande de logement social sur cinq. Quant aux mauvaises conditions d’habitation, elles entraînent de multiples dégâts ; de la honte sociale, des dépenses conséquentes de chauffage dans des passoires thermiques, des pertes d’emploi à cause de la fatigue engendrée par le bruit du voisinage, des répercussions sur la santé ( allergies, saturnisme). Un logement non décent impacte les cinq sens, l’ouïe, l’odeur, la vue avec les murs abîmés, le toucher avec les décharges liées aux mauvaises installations électriques. René Ballain reprend la parole pour insister sur l’ampleur du mal-logement. « En France, ce sont plusieurs millions de personnes qui sont concernées. Une telle notion qui regroupe autant de situations a l’avantage toutefois d’être très mobilisatrice », rajoute-t-il avec une note d’optimisme.
La danseuse Gaëlle Revenu.C’est au tour de différents groupes de bénévoles de se présenter. Il existe le groupe web pour la communication sur le site numérique, le groupe copropriétés pour être présent aux assemblées générales, le groupe des bricoleurs, le groupe des permanences DALO /DAHO, le groupe GAST (Groupe d’appui et soutien technique) qui vient donner les avis architectes.
Marie Odile vient à la tribune. Elle raconte son expérience dans le groupe Permanence numérique. Elle l’a rejoint à la retraite, mais elle était déjà adhérente depuis quinze ans. Leur mission est d’aider des demandeurs de logement et d’hébergement dans leurs démarches en ligne. Quand une personne trouve un logement, c’est un succès pour eux. Ils ressentent beaucoup de satisfaction.
Un autre bénévole du groupe Bricolage et mécénat s’exprime à son tour. Pendant sa période d’activité professionnelle, il travaillait dans une grande entreprise à proximité d’Un Toit pour tous. C’est tout naturellement à la retraite qu’il a décidé de tenter l’aventure dans l’association. Il nous relate plus particulièrement son quotidien au sein du groupe Bricolage. Sur sollicitation des travailleurs sociaux, les membres du groupe interviennent chez les locataires pour de menus travaux (refaire les joints de douche, le montage de tringles à rideaux, de meubles). À chaque fois, ils sont très bien reçus par les locataires avec le café, les gâteaux. Les locataires peuvent même les assister dans les travaux. Quand cela est possible, les bénévoles essaient même de les rendre plus autonomes pour les petites réparations de façon à ce qu’ils se sentent moins dépendants. Pour les plus gros travaux, c’est un autre service d’Un Toit pour tous qui intervient. Ce qu’il apprécie beaucoup chez Un Toit pour tous, c’est la bonne ambiance et les belles rencontres avec les locataires.
Vient le tour de l’ancienne présidente, Michelle Daran. de prendre la parole. Élue à la mairie de Grenoble en mars 2026, elle a démissionné de ses fonctions d’Un Toit pour tous. Pour elle aussi, l’ambiance a beaucoup compté dans son engagement. Elle a commencé à l’OHL car elle avait rencontré René Ballain à l’université quand ils étaient tous les deux chercheurs. Puis elle a évolué vers le conseil d’administration. Ce qu’elle admire beaucoup dans l’association, c’est l’intelligence et les trésors d’astuces de ses membres. « Il a fallu beaucoup d’astuces pour créer la coopérative foncière. » « A chaque fois qu’Un Toit pour tous a connu des difficultés, il s’est toujours trouvé des gens astucieux pour trouver des nouvelles pistes ».
C’est maintenant l’heure de l’apéritif. Salariés et bénévoles apprennent à mieux se connaître. Tout le monde ressort encore plus motivé que jamais car c’est toujours plaisant d’agir au sein d’une structure organisée, professionnelle, astucieuse et où surtout règne une bonne ambiance.
Marion Toiture
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Publié le 13.05.2026 à 13:58
Didier Gosselin
Sa demande d’asile a enfin abouti officiellement. Maxwell Nkambule a annoncé, mardi 12 mai, au Travailleur alpin qu’il venait d’obtenir le statut de réfugié auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).
Maxwell, vous avez été contraint de quitter votre patrie, l’Eswatini, suite à une tentative d’assassinat, en raison « de votre défense d’activistes pro-démocratie », selon l’Observatoire international des avocats en danger (OIAD) qui alerte sur votre cas. Pouvez-vous nous éclairer sur la situation des avocats engagés dans les droits humains dans votre pays ?
« J’ai été attaqué le 7 décembre 2022 en me rendant au tribunal en pleine journée par une berline ressemblant à celles utilisées par les forces de sécurité. Une poursuite s’en est suivie, et j’ai couru directement jusqu’au poste de police de Big Bend, où je me suis mis en sécurité. Un mois après, l’avocat Thulani Maseko a été assassiné.
Illustration fournie par Encylopaedia Universalis sous licence CC BY-NCLors d’une réunion tenue à Nelspruit, dans la région de Mpumalanga en Afrique du Sud, j’avais rencontré Thulani Maseko et exprimé mes inquiétudes concernant le prochain avocat qui pourrait être attaqué, sans en avoir conscience, comme cela a été mon cas. Il a été tué. Lors de cette réunion, à laquelle j’étais invité en tant qu’agent électoral, Thulani a été élu comme premier président du Multi Stakeholders Forum (MSF), un groupe de partis politiques et d’organisations de la société civile appelant à entreprendre des réformes démocratiques dans le pays.
Par la suite, il est devenu encore plus dangereux d’être avocat engagé dans les droits humains. Beaucoup étaient sous surveillance, menacés, etc. Les victimes défendues étaient des personnes arrêtées pour des accusations de terrorisme, laissées sans représentation légale. La situation perdure encore aujourd’hui, peu favorable, mais les avocats continuent malgré ces circonstances. J’ai l’intention de porter cette question devant des instances juridiques locales et internationales, notamment les barreaux de Lyon et de Paris ».
Comment en êtes-vous venu à vous engager pour défendre les droits des Swazis ?
« Mon engagement a débuté par ma participation active aux manifestations étudiantes. En 2007, j’étais au bureau de Durban de l’association Avocats pour les droits humains en Afrique du Sud, qui servait alors de centre d’accueil pour les réfugiés. La réalité des difficultés et des épreuves liées à la migration m’a ouvert les yeux sur les souffrances quotidiennes de mes compatriotes africains. La migration est un processus brutal. Vingt ans plus tard, j’en fais désormais l’expérience personnelle.
Lors de l’arrestation très médiatisée de Thulani Maseko et Bheki Makhubu en 2014, j’étais président de l’association Avocats pour les droits humains au Swaziland. J’ai participé à la campagne pour leur libération. Nous avons mené des actions jusqu’à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples en Gambie.
C’est à peu près à la même époque que nous avons déposé un recours contre la destitution du juge Thomas Masuku. C’était une période difficile pour le système judiciaire. Finalement, le président de la Cour suprême, Michael Ramodibedi, a été démis de ses fonctions. Mais la corruption au sein de la justice était depuis longtemps bien ancrée. Le mandat du défunt Premier ministre Barnabas Dlamini fut un véritable enfer pour l’état de droit.
J’ai publié des articles critiques dans le journal local pendant la crise judiciaire, alors que j’étais encore président de ADHS. J’ai été arrêté lors de la campagne exigeant la libération de Thulani et Bheki.
J’ai ensuite continué à exercer comme avocat et à défendre les droits humains. En juin 2021, une vague de manifestations massives a déferlé sur le Swaziland. Ce contexte était marqué par une conjonction de difficultés quotidiennes pour les Swazis. La mort d’un étudiant et la dissimulation de ses actes par la police ont provoqué un tumulte dans tous les établissements d’enseignement supérieur. Face à l’inaction du gouvernement et aux difficultés du quotidien, les citoyens sont descendus dans la rue pour exiger d’être entendus sur les questions qui les affectent. Comme à son habitude, le gouvernement a cherché à réprimer brutalement ces manifestations légitimes. Les citoyens bénéficiaient du soutien de trois personnalités politiques et de partis politiques, et étaient largement représentés ».
Manifestation contre la répression et l’assassinat de Thulami Maseko.Quels sont à ce propos les partis d’opposition et dans quelle mesure peuvent-il agir ?
« Il existe des partis politiques au Swaziland. Le principal est le PUDEMO, désormais interdit. On trouve également le Conseil national de libération de Ngwane (NNLC), le plus ancien. Viennent ensuite le Mouvement de libération du Swaziland (SWALIMO), le Premier Front démocratique du Swaziland (SFDF), le Parti communiste du Swaziland (CPS), le Mouvement populaire de libération du Swaziland (SPLM) et les Combattants pour la liberté économique du Swaziland (EFFSWA). Les partis politiques restent interdits de toute participation à la vie politique du pays, malgré une constitution factice qui les autorise. La plupart des dirigeants de ces partis ont été contraints à l’exil. Le gouvernement Swazi a utilisé la loi sur la répression du terrorisme pour leur refuser la libération sous caution et les arrêter arbitrairement. Nombre d’entre eux ont souffert et ont dû quitter le pays. De nombreux prisonniers politiques sont incarcérés et privés de leurs droits fondamentaux.
Des personnes sont mortes avant, pendant et à la suite des événements de juin 2021. Nombre d’entre elles ont perdu leurs moyens de subsistance, leurs maisons ont été incendiées et détruites, certaines ont été mutilées et d’autres portent encore des balles dans le corps. Le régime Swazi a chassé les dirigeants politiques du pays. Mais il ne s’arrête pas là. Il continue de les traquer en Afrique du Sud, les tuant et les enlevant. La maison de Mlungisi Makhanya, président du PUDEMO, a été détruite par des explosifs militaires. Mais ce n’est pas tout. Il est constamment recherché en Afrique du Sud. Pire encore, il a survécu à une tentative d’empoisonnement, l’une des nombreuses dont il a été victime. Il n’est pas un cas isolé.
Bacede Mabuza, ancien parlementaire, purge une peine de prison suite à des accusations fabriquées de toutes pièces. Un tribunal corrompu l’a condamné à 85 années de prison ! Il a été condamné en même temps qu’un autre ancien parlementaire. Ce dernier, contraint par les conditions de détention, a dû exécuter une danse traditionnelle et présenter des excuses humiliantes en public, afin d’obtenir sa libération. Un troisième parlementaire a dû fuir le Swaziland et a obtenu l’asile politique sur le territoire britannique, au prix de lourdes conséquences personnelles. Deux militants ont été enlevés en Afrique du Sud par la police Swazie, en violation du droit international. Le rédacteur en chef d’un journal en ligne indépendant est la cible de poursuites judiciaires en Afrique du Sud. L’objectif est de le ruiner et de le fragiliser.
Vous parlez de conséquences personnelles, pouvez-vous évoquer la déchirure que représente pour vous cet engagement politique et cet exil forcé ?
« J’ai dû tout abandonner. Mes enfants se retrouvent sans protection ni soutien. J’ai dû quitter mon cabinet d’avocats, où j’exerçais depuis plus de dix ans. Je n’ai pas pu enterrer mon fils. J’ai également perdu de nombreux proches sans avoir pu leur offrir de sépulture. Ma santé s’est dégradée. J’ai vu des amis et des collègues devenir des étrangers. Je suis devenu un fardeau et un paria pour ceux qui défendent le système. On m’a averti que si je revenais, je risquais même d’être arrêté.
Manifestation à Pretoria, en Afrique du Sud, contre le roi Mswati III. (Photo du Parti communiste de Swaziland)Lorsque j’ai contacté la police et le parquet, je me suis heurté à un mur. J’ai subi la même indifférence lorsque j’ai demandé des nouvelles de mon affaire. J’ai procédé au suivi de mon dossier auprès du commissariat et de plusieurs officiers supérieurs, sans succès. Je suis persuadé que la fusillade est liée à mon activité d’avocat. À cette époque, je représentais exclusivement tous les militants inculpés en vertu de la loi antiterroriste.
J’ai représenté avec dévouement et impartialité tous les partis politiques, sans distinction. Au plus fort des troubles, je me levais tôt pour rentrer tard le soir afin de représenter les nombreux manifestants arrêtés dans ma région.Tout cela au prix de sacrifices personnels, car c’était un engagement bénévole et dans le respect des droits humains. J’ai été insulté et marginalisé.
Je tiens à remercier tout particulièrement chacune des personnes qui m’ont soutenu : les organisations de défense des droits humains, la société civile, les dirigeants politiques et les agences des Nations Unies. Un merci tout spécial aux partis politiques sud-africains qui ont défendu le peuple du Swaziland. J’étais, et je suis toujours, un simple avocat passionné par la défense des plus vulnérables. Je n’étais pas une personnalité connue, ce qui explique sans doute pourquoi mon histoire n’a jamais suscité autant d’intérêt. Et pour reprendre les mots de l’emblématique Winnie Mandela, si j’en avais l’occasion, je choisirais à nouveau cette voie ».
Quelle est la responsabilité du roi Mswati III qui dirige le pays d’une main de fer ?
« En effet, il serait vain d’évoquer l’effondrement de l’État de droit et les pires violations des droits de l’homme au Swaziland sans aborder les pouvoirs du roi.
Le dernier monarque absolu est maître et propriétaire de tout. L’histoire du Swaziland est chargée des pires atrocités. Esclavage. Absence de toute loi. Oppression. Gouvernement par l’intimidation et la répression exercées par les forces de sécurité. Obligations de la famille royale. Systèmes de santé et d’éducation détruits. Chômage et pauvreté endémiques. Le roi contrôle l’économie et plus de 60 % des entreprises. Il a célébré ses 40 ans de règne et ses 55 ans en dépensant plus de 50 millions d’emalengeni (2,6 millions d’euros) dans un pays où plus de 60 % de la population vit dans la pauvreté. Les caisses de l’État, déjà exsangues, supportent toutes les dépenses. Le budget de l’État suffit pour les célébrations et l’étalage d’opulence, mais pas pour répondre aux besoins des citoyens. Rien que cette année, et nous ne sommes même pas à la mi-année, plus de 100 millions d’emalengeni ont déjà été dépensés pour les festivités.
Tous les maux du Swaziland sont imputables à la suprématie royale et à un seul homme : le roi Mswati III.
Je pense que cela restera dans l’histoire comme un des grands crimes contre l’humanité : la façon dont le roi du Swaziland, avec sa mère, ses nombreuses épouses, ses frères et sœurs et ses enfants, a transformé une nation magnifique, riche d’histoire, en une ferme privée, hypothéquée pour son seul profit personnel et royal, sous le regard et les applaudissements du monde entier. Les citoyens ont été réduits à l’état de bétail, exploités, maltraités et vendus, les plus dociles étant récompensés au détriment de la majorité ».
L’Eswatini semble effectivement bénéficier d’une réelle impunité. La situation peut-elle évoluer favorablement du fait de la proximité avec l’Afrique du Sud par exemple ?
« Pour comprendre la situation du Swaziland, il faut examiner sa position internationale. C’est le seul pays africain qui entretient encore des liens avec Taïwan par exemple. Et qui continue d’accueillir des prisonniers américains dans le cadre d’un programme qui ne profite qu’au roi. Ce dernier, plus avide d’argent que de pouvoir, privilégie ses intérêts personnels et ceux de sa famille royale surceux du pays. La situation est déplorable. Les travailleurs restent exploités. La culture demeure politisée et instrumentalisée comme une arme de répression pour priver la population de ses droits fonciers et de toute possibilité de subsistance.
Rencontre du président de Taïwan avec le roi Mswati III, le 2 mai 2026.J’ai toujours pensé que pour que le peuple du Swaziland soit libre, l’Afrique du Sud pouvait jouer un rôle décisif. Nous apprécions le rôle joué par l’Afrique du Sud pour soutenir le mouvement démocratique, mais il est possible de faire davantage. Nous apprécions le rôle de l’ANC, du SACP, de l’EFF et de tous les autres partis. Mais nous avons besoin d’une détermination plus ferme de la part de ce gouvernement. Quant à l’UE, elle continue de surprotéger le Swaziland et l’aide que mon pays reçoit ne profite pas aux Swazis ordinaires. Je crois qu’il faut imposer des sanctions ciblées aux membres de la famille royale, ainsi qu’à certains responsables gouvernementaux et judiciaires et à des membres spécifiques des forces de sécurité.
Comment s’est passée votre arrivée en France et qu’attendez-vous de notre pays et de l’Europe ?
« À l’aéroport Charles-de-Gaulle, j’ai demandé à être pris en charge par l’immigration et j’ai été dirigé vers la police, le service compétent. J’ai déclaré mon intention de demander l’asile en France. J’ai été détenu plusieurs nuits à l’aéroport. Après avoir exposé mon cas à un agent de l’OFPRA, j’ai été libéré. Un représentant de la Croix rouge est venu me chercher et m’a conduit au terminal pour que je dorme sur les bancs. On m’a dit de me rendre le lendemain matin aux bureaux de la Croix rouge. Le soir même, on m’a volé mon téléphone, mes médicaments, mon argent et d’autres objets essentiels dans mon sac. J’ai passé plus de huit nuits à dormir à même le sol et sur les bancs. La Croix rouge m’a aidé pour les démarches juridiques et m’a fourni de la nourriture. Le week-end seulement, je me contentais d’eau et de restes.
L’OFII m’a ensuite demandé de rejoindre ma région actuelle, en Isère. Je suis arrivé début juillet 2025 et j’y suis toujours. Je suis toujours demandeur d’asile et j’espère une réponse positive du gouvernement français. À l’avenir, j’ai l’intention de sensibiliser le public au sort des défenseurs des droits humains au Swaziland, aux difficultés quotidiennes des Swazis et à la situation des avocats dans ce pays.
J’ai le cœur brisé pour les nombreux hommes d’affaires, employés et étudiants dont la vie est détruite par le régime de Mswati III. Je suis profondément attristé par tout ce qui se passe au Swaziland et par l’indifférence générale. Partout où je vais, personne ne semble connaître le Swaziland. Pourtant, ce sont des êtres humains qui habitent cette terre. Il est inacceptable qu’elle devienne le terrain de jeu de Mswati III avec ses épouses et sa famille. Je déplore le manque de soutien et d’informations des instances étudiantes internationales quant à la libération des étudiants détenus arbitrairement et indéfiniment dans ces prisons.
J’en appelle aux partis politiques occidentaux, comme le PCF et les autres, pour qu’ils contribuent à libérer le peuple Swazi de ce joug. J’espère que le gouvernement français et l’Europe dans son ensemble entendront la détresse de tous les Swazis en quête de protection. Plus important encore, il est essentiel que la France et l’Europe reconstruisent leurs relations et leur aide au gouvernement, conformément aux valeurs démocratiques européennes. Nous appelons les responsables politiques, le gouvernement et tous les partis politiques à prendre en considération le peuple du Swaziland ».
Cet article Banni par le roi, Maxwell Nkambule poursuit son combat depuis la France est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 12.05.2026 à 21:17
Manuel Pavard
« Nous ne sommes pas des statistiques. Nous ne sommes pas du bétail. Nous ne sommes pas des cobayes au service d’expérimentations politiques injustes. » Fort et éloquent, le discours d’Emmanuel Omonlogo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI), est chaudement applaudi par les quelque 200 manifestants rassemblés lors de la pause méridienne, ce mardi 12 mai, devant la présidence de l’Université Grenoble Alpes. L’étudiant béninois traduit, il est vrai, parfaitement le sentiment d’écœurement et d’injustice animant une grande partie des étudiants étrangers, ici comme dans les autres facs françaises.
Emmanuel Omonlogo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI) et étudiant à l’UGA.En cause, le décret Baptiste, du nom du ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, qui vient d’annoncer sa volonté de supprimer par décret l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. En 2019, le gouvernement Macron avait en effet instauré le très mal nommé plan « Bienvenue en France » qui visait notamment à augmenter les frais d’inscription pour les étudiants étrangers n’étant pas originaires de l’Union européenne, de Suisse ou du Québec. Frais qui devaient atteindre 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de master — contre respectivement 178 et 254 euros actuellement.
À l’époque, la mobilisation étudiante avait poussé la majorité des universités, dont l’UGA, à appliquer l’exonération de ces frais. Un simple sursis malheureusement. Un mouvement national et intersyndical a donc vu le jour pour tenter de contrer cette nouvelle décision scandaleuse. Et sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, c’est la CGT Université de Grenoble qui menait la contestation ce mardi 12 mai, avec un préavis de grève déposé pour la journée.
Plus de 200 personnes — étudiants, enseignants et autres membres du personnel — se sont réunies devant la présidence de l’UGA.« Pour nous, l’université et la recherche devraient être accessibles, publics, laïques, gratuites et surtout émancipatrices », affirme Samira Saïdoune, co-secrétaire générale du syndicat CGT Université de Grenoble et également enseignante en français langue étrangère au Centre universitaire d’études françaises (CUEF). « Là, on prend en otage des étudiants étrangers, extra-communautaires, pour payer les baisses de budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui sont constantes dans toute la France », déplore-t-elle.
Samira Saïdoune, co-secrétaire générale du syndicat CGT Université de Grenoble et enseignante en français langue étrangère au CUEF.Les universités, qui sont presque toutes en déficit aujourd’hui, vont ainsi « chercher de l’argent sur le dos des plus précaires et plus fragiles », s’indigne la responsable syndicale. Laquelle constate l’une des multiples incongruités de la situation : « Les étudiants étrangers actuellement à l’UGA, qui ont été exonérés des frais d’inscription différenciés, ne le seront pas l’année prochaine… Donc s’ils veulent continuer leurs études ici, à l’université, ils devront payer plus. »
« Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »
Pour Emmanuel Omonlogo, une telle augmentation est tout sauf une simple mesure budgétaire. « C’est une violence sociale, c’est un tri assumé, c’est une sélection par l’argent, par l’origine, par le passeport, dénonce-t-il. Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »
Les manifestants écoutent le discours très puissant d’Emmanuel Omonlogo.L’étudiant béninois rappelle les « sacrifices » consentis par la plupart d’entre eux, « l’espoir » qu’ils et elles représentent pour leurs familles et pays, les « discriminations quotidiennes » subies par de nombreux étudiants extra-communautaires. Pourtant, « malgré cela, on nous demande de payer encore plus. Mais de qui se moque-t-on ?, s’insurge-t-il. On nous parle d’attractivité, mais quelle attractivité construit-on en érigeant des barrières financières ? »
Pancarte des enseignant·es du CUEF, dont la mobilisation a été particulièrement massive.Et le président du CAAEI de poursuivre, encouragé par les étudiants et enseignants présents à ses côtés : « Ce que vous appelez réforme, nous l’appelons injustice. Ce que vous appelez politique, nous l’appelons violence. Nous refusons une université à deux vitesses, une université qui vend le savoir aux plus offrants. »
En s’attaquant une nouvelle fois aux plus pauvres et aux étrangers, le gouvernement s’inscrit dans une politique de « préférence nationale », accuse de son côté la CGT, fustigeant un projet « inspiré directement de l’extrême droite ». Lors des prises de parole qui se succèdent sur la place des Damiers, les représentants de différentes organisations (UNEF, FSU, NPA‑R…) émettent par ailleurs leur crainte de voir la hausse des frais d’inscription se généraliser à l’ensemble des étudiants — stratégie qu’a notamment suivie le gouvernement britannique.
Un étudiant syrien a brièvement témoigné de son impossibilité à poursuivre ses études si une telle hausse était validée.Mais nul besoin de traverser la Manche pour trouver un exemple similaire. Ainsi, « Grenoble INP voulait augmenter les frais d’inscription et les multiplier par dix, en passant de 600 à 6000 euros l’année », souligne Samira Saïdoune. Pour l’instant, ajoute la militante CGT, « c’est stoppé. Mais c’est seulement en sursis », la pression de la mobilisation ayant conduit la direction des écoles d’ingénieurs à mettre le projet sous moratoire.
Au micro, d’autres étudiants étrangers — un Syrien, un Américain — évoquent leurs études qu’ils devront certainement arrêter si le décret Baptiste est adopté. Trois enseignants du CUEF prennent ensuite la parole pour réaffirmer leur soutien au combat des étudiants. Mais également pour décrire leur cas personnel puisque tous trois risquent de voir leur CDD non renouvelé par l’administration.
Trois enseignant·es du CUEF sont menacés de perdre leur emploi à la prochaine rentrée universitaire.Si les situations sont différentes, la hausse discriminatoire des frais d’inscription et les suppressions de postes relèvent finalement d’un même combat contre les politiques d’austérité. Ce qui explique la forte mobilisation des personnels du CUEF où « plus de 90 % de l’équipe enseignante est en grève aujourd’hui », se félicite Samira Saïdoune. Drôle d’anniversaire pour un établissement qui fête ses 130 ans.
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Publié le 12.05.2026 à 00:41
Manuel Pavard
Le nom, AGATES — pour « Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités » -, a été choisi le jour même, précisent les quatre élus attablés ce lundi 11 mai dans un café du centre de Vizille. Son lancement, en revanche, est le fruit de longues et multiples discussions. « Cela fait quelques mois qu’on réfléchit à la création d’un groupe des petites communes plutôt axées à gauche », indique Florent Cholat, maire de Champagnier. À ses côtés, Catherine Troton, Gilles Strappazzon et Gildas Bouffaud, maires respectifs de Vizille, Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et Le Sappey-en-Chartreuse, opinent.
Gilles Strappazzon, Bertrand Spindler, Gildas Bouffaud, Catherine Troton, Mickaël Guiheneuf et Florent Cholat, les six maires fondateurs du groupe métropolitain AGATES (Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités).Le quatuor fait partie, avec l’édile de La Tronche, Bertrand Spindler, et son homologe de Gières, Mickaël Guiheneuf, des six fondateurs du nouveau groupe à la Métropole de Grenoble. Certains sont issus des groupes UMA (écologistes, insoumis…), NMC (petites communes) ou ACTES (socialistes et divers gauche), d’autres viennent d’intégrer le conseil métropolitain. Leur point commun ? Administrer des petites ou moyennes communes et « porter des valeurs de gauche ».
Si la naissance d’AGATES s’est avérée nécessaire et opportune, c’est en raison de la configuration offerte par l’exécutif métropolitain depuis le 30 avril. À savoir l’élection à la présidence de Guillaume Lissy, maire PS de Seyssinet-Pariset, à la tête d’une majorité plurielle comprenant des vice-président·e·s de gauche… et de droite. « On n’a pas créé ce groupe par opposition à qui que ce soit, explique Catherine Troton. C’est au contraire un groupe qui doit faire la liaison entre NMC et les différents partis de gauche. »
« Mettre du liant, rétablir la confiance »… Les mots employés par la maire de Vizille traduisent le fort besoin ressenti par les six élus après « les moments douloureux vécus au sein de la Métropole ». Une allusion à l’interminable conseil métropolitain du 23 avril, marqué par l’élection avortée à la suite du malaise de Guillaume Lissy. Cette première séance d’installation avait en effet laissé apparaître deux blocs distincts. « D’un côté, une vision d’une gouvernance à gauche ; de l’autre, une vision de gouvernance plus territoriale, plus ouverte », rappelle Florent Cholat. En résumé, « une opposition gauche-territoriale dont on ne veut pas », ajoute-t-il.
Néanmoins, lancer le groupe il y a deux semaines, à un moment où « les tensions étaient cristallisées autour de la question de la présidence, de la mise en place de l’exécutif métropolitain », aurait été vu comme une provocation, voire « une agression », estiment-ils, unanimes. Aujourd’hui, le contexte est différent. L’intérêt d’avoir un tel groupe à la Métropole, c’est « d’être certain que l’intérêt des petites communes ne puisse pas être dilué », confie le maire écologiste de Champagnier.
Guillaume Lissy, nouveau président de Grenoble Alpes Métropole après son élection, le 30 avril.Cet objectif va de pair avec « une vraie volonté de travailler en complémentarité avec l’ensemble des autres groupes, particulièrement les groupes de gauche », affirme Gilles Strappazzon. Car, contrairement à d’autres élus de petites communes, officiellement sans étiquette mais penchant concrètement vers la droite, les membres du groupe AGATES, eux, ne cachent pas leur positionnement. « On assume clairement de porter des politiques publiques de gauche », souligne Florent Cholat. Ce qui n’est « pas incompatible », selon lui, avec le fait de travailler ponctuellement avec des maires d’autres sensibilités.
Les six édiles entendent par ailleurs « reconnaître la place de Grenoble et des grandes communes ». De fait, leurs habitants vont « consommer, travailler, apprendre, se distraire » à Grenoble, soulignent-ils. Et « les métropoles n’existent pas sans les centres urbains ». D’où la volonté affichée de « tourner la page de l’affrontement » entre la ville de Grenoble et l’exécutif métropolitain, qui a émaillé le dernier mandat. « C’est nécessaire parce qu’on ne peut pas vivre en s’affrontant au sein de la métropole, en luttant contre la grosse ville », assène Catherine Troton.
Gilles Strappazzon salue ainsi « le sens des responsabilités de Laurence Ruffin, qui a accepté de jouer le jeu » en devenant première vice-présidente, tout comme Raphaël Guerrero. « Un binôme composé d’un élu d’une petite commune et de la maire de la ville-centre, ça nous paraît de bon augure pour la suite. C’est ça, la coopération », abonde Gildas Bouffaud.
Les élus d’AGATES espèrent travailler en confiance à la fois avec Guillaume Lissy et Laurence Ruffin, première vice-présidente comme Raphaël Guerrero.Quid de la suite, ces prochaines semaines ? Le groupe AGATES se dit ouvert aux autres conseillers métropolitains partageant ses valeurs, notamment « les élus NMC qui se considèrent de gauche ». Et il espère « exister » dans les négociations à venir, concernant les conseillers délégués ainsi que les désignations dans les commissions. Mais Gilles Strappazzon tient à éviter toute ambigüité : « On ne le fait pas par opportunisme, on le fait par conviction. »
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