Publié le 25.06.2026 à 18:13
Manuel Pavard
Le Travailleur alpin — La ville d’Échirolles a reçu plusieurs prix récompensant sa stratégie numérique, ces dernières années. Comment est-elle devenue une municipalité pionnière sur ce plan ?
Aurélien Farge — Je suis élu en charge du numérique depuis 2014, j’étais conseiller municipal délégué au développement du numérique [NDLR : Aurélien Farge est maintenant adjoint aux solidarités, à la santé, aux finances et commande publique et au numérique]. L’acte fondateur, toujours en 2014, c’est la signature de la charte du logiciel libre, proposée par l’association April. Il y a eu un vrai changement de paradigme à l’époque à Échirolles : la prise en considération que le numérique n’est pas simplement un support mais soulève aussi des enjeux politiques. Ce qui implique donc une représentation politique de ces enjeux au sein de l’équipe municipale.
Pour autant, ça prend du temps de mettre en phase une prise en considération politique et une organisation technique et administrative au sein d’une collectivité. C’est justement ce qui a été le rôle du mandat 2014–2020. Et c’est pour cela qu’il y avait un peu moins de choses qui transpiraient vers l’extérieur. On a d’abord dû passer par une phase de pédagogie.
À qui était destinée cette pédagogie ? Au maire, aux élus, aux agents ?
Renzo [NDLR : Renzo Sulli, maire d’Échirolles de 1999 à 2023] avait compris qu’il y avait des enjeux politiques et qu’il fallait un élu pour s’en occuper. Mais quand je parle de pédagogie, ce n’est pas tellement auprès des élus — quoique — mais plutôt des agents de la ville. Car derrière ce changement de paradigme et ces enjeux politiques, il y a des questions de valeurs, qui doivent être prises en compte dans les choix. Ça a donc nécessité un temps d’acclimatation, d’autant qu’on touche au quotidien des agents à travers les outils informatiques. Ce ne sont pas des petites questions !
Ensuite, il y a eu toute une réflexion sur comment avoir une bonne interface politique, technique, pour mener à bien ces enjeux d’une manière stratégique et opérationnelle. Le résultat, c’est la création du poste de Nicolas Vivant, directeur de la stratégie et de la culture numériques, fin 2020 ou début 2021, peu après les municipales.
Quel sens revêt la création de ce poste pour la ville ?
Considérer le numérique comme un support, c’est le cantonner au service informatique. En revanche, créer le poste de Nicolas Vivant, c’est comprendre que les enjeux sont éminemment transversaux et concernent aussi l’éducation, la culture, l’action sociale, l’inclusion numérique… Le directeur de la stratégie et de la culture numériques, c’est un poste positionné en transversalité dont le rôle est effectivement de porter ces enjeux du numérique à une autre échelle. Il va donc discuter avec l’ensemble des directions de la ville. C’est un type de poste qui est un peu en train de se généraliser mais Échirolles a été assez précurseur parmi les collectivités.
Aurélien Farge à la remise de prix du label national Territoire numérique libre, décerné à la ville d’Échirolles.Échirolles a aussi très vite adopté le logiciel libre. Cela s’est-il fait naturellement ?
Oui mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avant la question du logiciel libre, il y a celle des valeurs. Depuis 2020, je mène un groupe de travail d’élus sur les enjeux du numérique, dans lequel on vient positionner ces principes politiques et valeurs. On retrouve ainsi la qualité du service public et du service rendu à la population qui est une valeur essentielle pour notre majorité. Avec des outils numériques qui viennent en complément de l’action humaine et donc du travail de nos agents, mais non pas en remplacement. À Échirolles, il n’y a jamais eu aucun service qui a été remplacé par un service en ligne. On peut citer ensuite les valeurs environnementales : ce qui a trait aux consommations, à la sobriété, etc.
Enfin, une question pour nous essentielle, celle de la souveraineté et du coup de l’indépendance face aux géants du numérique, particulièrement les GAFAM, comme Google, Microsoft ou d’autres, qui ne sont pas uniquement des fournisseurs d’outils numériques mais qui sont porteurs d’une certaine vision de la société. Et ce, y compris dans une relation client qui est en réalité une relation de mise sous contrainte et de dépendance. Par exemple, quand Windows décide de passer à Windows 11 et que tout un tas de machines sont considérées comme obsolètes parce qu’ils l’ont décidé, on est dans une relation de contrainte : soit tu changes ton ordinateur, soit tu n’as pas accès à Windows. Ainsi, une fois qu’on a posé ces enjeux et ces valeurs-là, le logiciel libre est apparu comme une évidence.
Une évidence à quel niveau ?
C’est une bonne réponse à des vrais enjeux politiques, de par sa philosophie qui est complètement différente. On oppose aux licences propriétaires déployées par Windows, les licences libres dans lesquelles on a notamment un certain nombre de libertés fondamentales, dont l’accès au code source de ces logiciels. En résumé, on sait ce qu’il y a dedans. La possibilité de pouvoir lire le code source, le modifier et l’adapter, ça signifie qu’on n’est pas sous contrainte.
Que vous ont apporté les logiciels libres ?
Petit à petit, ça a répondu à presque tous nos enjeux : la modernisation de l’action du service public, la sobriété financière… Car qui dit logiciel sous licence propriétaire, dit licence payante. Et qui dit logiciel libre, dit gratuité. Ainsi, en tant que collectivité, on va parfois payer du support extérieur parce qu’on peut avoir besoin d’aide. Mais on ne paye pas de licence.
Pour donner un chiffre, ça équivaut à une économie de 2 millions d’euros à l’échelle du mandat précédent. Entre 2014 et 2020, on a fait un comparatif en regardant les logiciels libres qu’on a déployés durant le mandat. On a pris par exemple Office 365 : nous, on n’en a pas, on a que du LibreOffice, donc on a multiplié par le nombre de postes et à la fin, on obtient un total. Idem pour les mails : on utilise SOGo et on a comparé avec Exchange, de Microsoft. Cela vaut aussi pour les logiciels d’infrastructure, notamment la gestion de nos serveurs qui est aujourd’hui sur Proxmox, et non pas sur VMware — avec lequel il y a d’ailleurs eu quelques soucis de souveraineté. On a fait le même scénario pour tout.
Les faits ont confirmé votre stratégie — on pourrait même dire votre intuition…
Oui, par rapport au lot des collectivités territoriales, la ville d’Échirolles a anticipé les enjeux politiques, les enjeux environnementaux, de souveraineté, autour des outils numériques, avant de les décliner à chaque fois. Et aujourd’hui, l’actualité nous donne raison à 200 % ! Si je voulais être provoc’, je dirais que Donald Trump est sans doute l’un des meilleurs vendeurs de l’utilité du logiciel libre et de la souveraineté numérique en Europe. Il faut se rappeler qu’à une époque, quand on disait « attention, en passant par des logiciels propriétaires des grands géants américains, nous n’avons aucune souveraineté », on nous répondait « non mais vous exagérez, ça se passera »… Et finalement, on voit bien qu’ils sont prêts à appuyer sur le bouton si ça peut permettre de défendre leurs enjeux stratégiques, même si ces enjeux sont contradictoires avec les nôtres.
Aujourd’hui, tout le monde se précipite un peu, notamment l’État, dans la prise en considération de ces enjeux numériques. Ça se voit, par exemple, avec la suite territoriale qu’ils sont en train de mettre en place. L’État a en effet réalisé que plein de petites communes de moins de 3500 habitants avaient Outlook ou Gmail pour leur adresse mail. D’où un vrai problème de souveraineté. Ils ont donc développé une suite mail-visio-cloud qu’ils commencent à déployer à destination des petites collectivités. Ce qui me permet de faire le lien avec le SITPI et avec la question de la mutualisation, c’est-à-dire comment, sur un certain nombre de projets, le fait de s’associer à plusieurs collectivités entraîne à la fois un gain d’efficacité et parfois des économies.
Animateur d’un débat sur la sécurité lors de la campagne des municipales 2026 à Échirolles — l’une de ses multiples casquettes.Vous venez de prendre la présidence de ce Syndicat intercommunal pour les télécommunications et les prestations informatiques (SITPI). À quoi sert cette structure méconnue ?
Le SITPI existe depuis 1974, créé à l’origine par trois villes à direction communiste, Pont-de-Claix, Saint-Martin-d’Hères et Fontaine, rejointes quelques années après par Échirolles. Pour l’anecdote, ça s’appelait alors « syndicat intercommunal pour la télématique — donc le Minitel — et les problèmes informatiques » — avant de devenir « prestations informatiques ». L’idée, c’était déjà comment mutualiser des ressources informatiques à une époque où commençait à émerger cet enjeu-là. Les anciens camarades qui y ont travaillé avaient les énormes ordinateurs avec les cartes à trous et commençaient à gérer, par exemple, la paye des agents avec ces outils. Ça, c’est l’ancêtre du SITPI. On constate ainsi qu’il y avait, de la part des maires communistes de l’époque, un côté d’avant-garde : ils avaient déjà compris que la mutualisation des ressources informatiques permettaient un gain d’efficacité et également une capacité à pouvoir mieux gérer et répondre aux enjeux de l’informatique naissante. Ce qui est toujours vrai aujourd’hui.
À une échelle différente, non ?
Oui, actuellement, le SITPI représente dix communes : Échirolles, Pont-de-Claix, Fontaine, Vif, Varces, Claix, Seyssins, Seyssinet-Pariset, Saint-Égrève, Saint-Martin‑d’Uriage. Mais l’idée est toujours la même, c’est-à-dire qu’on mutualise un certain nombre de ressources informatiques, des logiciels métiers pour les ressources humaines, pour la facturation de services municipaux aux habitants, mais aussi de l’infrastructure, donc des serveurs. Soit, dans le cas d’Échirolles, pour mettre une partie de la redondance de nos serveurs là-bas. Soit, pour d’autres communes, afin de s’en servir comme d’un data center. Et le SITPI, c’est aussi et toujours un formidable outil pour permettre à des communes de pouvoir faire face à des enjeux numériques qui peuvent être d’ampleur.
À quels enjeux faites-vous référence ?
On peut en citer plusieurs. J’évoquais la question de l’infrastructure et des serveurs mais aujourd’hui, pour une certaine échelle de collectivité, c’est compliqué de disposer de ses propres serveurs et de sa propre infrastructure. Du coup, si tu n’as comme alternative que le privé, en prenant un contrat chez OVH ou Amazon, tu peux être hébergé chez eux mais tu n’as plus aucune souveraineté. Inversement, quand tu as un syndicat intercommunal comme le SITPI, tu peux te mettre dans un data center sur lequel tu gardes intégralement ta souveraineté, d’abord parce que c’est public, et ensuite parce que tu sièges à la gouvernance. Tu mutualises mais tu ne perds pas ta compétence.
Le deuxième élément, c’est que face à des grands enjeux de souveraineté numérique, le SITPI est une très bonne réponse. Quand on arrive sur cette question, on tire un fil qui est très long. En plus de notre dépendance aux GAFAM, on a aussi une dépendance aux logiciels sous licence propriétaire. Il n’y a pas que les GAFAM qui ont des pratiques commerciales douteuses. Prenons une entreprise comme Arpège [NDLR : éditeur de logiciels pour les collectivités]. À chaque fois qu’une nouvelle version est sortie, ils t’envoient un courrier pour te dire de passer à la nouvelle et de payer. Et de toute façon, ils ont arrêté l’ancienne version. C’est vraiment des pratiques commerciales typiques. Là aussi, on est donc dans la dépendance, sous contrainte.
Et puis, de fil en aiguille, se pose la question de l’accès à Internet. Aujourd’hui, on a relativement peu de choix, avec quatre grands opérateurs [NDLR : Orange, SFR, Free, Bouygues Telecom]. Pourtant, on se rend compte que le SITPI pourrait très bien devenir demain un fournisseur d’accès à Internet à destination des collectivités. Techniquement, il suffit d’un raccordement, le SITPI étant déjà adossé à un réseau de fibre optique.
Comment les collectivités et le SITPI perçoivent l’irruption de l’intelligence artificielle ?
C’est l’un des plus grands défis actuels, avec un enjeu de souveraineté majeur car aujourd’hui, il n’existe aucune solution qui permette d’utiliser l’IA dans les collectivités tout en gardant sa souveraineté. Néanmoins, qu’on le veuille ou non, l’IA est une réalité déjà présente. Pour ma part, je n’ai pas la capacité de savoir aujourd’hui si, dans ma collectivité, j’ai des agents qui, à un moment donné, disent « Tel courrier, je vais le faire vérifier par ChatGPT, par Gemini, etc ». Ce qui est normal parce que c’est aussi un outil, une aide intéressante.
L’enjeu environnemental est très clair également. On ne peut raisonnablement pas se permettre de faire sa photo de profil en studio Ghibli sur l’IA si on réfléchit au rapport entre la consommation énergétique et l’utilité du truc… Et évidemment, on n’a aucun contrôle sur l’utilisation des données qui est faite par l’IA. Autrement dit, si je fais corriger mon courrier de réponse à l’habitant par ChatGPT, toutes les informations qui sont dans le courrier, j’en perds complètement les droits.
Au final, l’IA est-elle plutôt un danger ou un atout ?
Les deux à la fois… Malgré tout ce qu’on vient de dire, l’IA est potentiellement une opportunité pour les collectivités. Le sujet qui va arriver pour nous, c’est de faire en sorte que le SITPI soit pour les collectivités un pôle d’expérimentation des grands enjeux numériques, pour essayer de trouver des solutions alternatives. Typiquement, la ville d’Échirolles et les autres communes membres sont en train d’expérimenter le déploiement d’une IA qui serait hébergée potentiellement au SITPI — ou dans ce qu’on appelle un tiers de confiance. L’idée, c’est de déployer auprès des communes un outil pertinent dans le cadre du métier des agents, permettant un gain en efficacité, souverain parce qu’on hébergerait complètement l’outil — donc on sait où les données vont — et enfin maîtrisé, sur l’utilisation qui peut en être faite comme sur les enjeux environnementaux (on ne l’utiliserait pas pour faire de la transformation d’images, etc).
Une IA « maîtrisée », c’est-à-dire en lui mettant des limites ?
En fait, c’est ça qu’on expérimente. C’est pour ça qu’aujourd’hui, dans le SITPI, l’un des enjeux les plus forts, c’est la création du pôle d’expérimentation : avant même de déployer un outil, il faut que les collectivités et le SITPI au centre puissent se dire « On va regarder ce qu’on peut faire et comment on peut construire ensemble des alternatives à ces enjeux-là ». Malheureusement, dans un pays comme la France et dans un continent comme l’Europe, qui gèrent très mal les questions de souveraineté, on est obligé de s’organiser à travers des pôles d’expérimentation pour pousser un certain nombre de choses.
Dans un monde idéal, on aurait un État qui ferait le nécessaire. Mais ce n’est pas possible parce qu’actuellement, à part nous parler de Mistral, qui pose les mêmes problèmes de souveraineté que les autres, il n’a pas d’alternative à nous proposer. Tout simplement car dans l’informatique, tu n’as pas de réelle souveraineté si tu n’héberges pas les données. Avec un gros bémol toutefois : je dis tout cela dans un contexte où on n’a pas de souveraineté industrielle. On ne produit pas les composants.
C’est moins pénalisant à court terme ?
À chaque fois que je parle de souveraineté logicielle, on me dit toujours « oui, mais on n’a pas de souveraineté industrielle ». Ok, c’est vrai. Mais je prends toujours cet exemple, ce qui empêche de faire décoller un F‑35, c’est la surcouche logicielle : il faut notamment une mise à jour du Pentagone — tout le scandale qu’on connaît sur les F‑35. Idem pour tout ce qui est géré par Windows, Google, etc. On sait aujourd’hui que les États-Unis ont un bouton d’arrêt avec lequel ils peuvent réellement nous paralyser. Pour la souveraineté matérielle en revanche, si on nous coupait l’apport, ça nous gênerait, mais sur un temps beaucoup plus long. Bien sûr, c’est un enjeu de souveraineté qui est absolument fondamental mais c’est moins immédiat.
Aurélien Farge, désormais vice-président de la Métropole en charge de l’insertion, de l’emploi et de la jeunesse, au conseil métropolitain le 23 avril 2026, aux côtés d’Amandine Demore.On a évoqué la mutualisation des outils, la baisse des coûts… Des points positifs pour les mairies et les agents. Peut-on citer un exemple de réalisation concrète du SITPI bénéficiant aux habitants ?
Le SITPI a depuis très longtemps mis en réseau les bibliothèques des quatre villes fondatrices : Échirolles, Pont-de-Claix, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères. Ça veut dire que les fonds documentaires de nos bibliothèques sont connectés, associés à une navette qui est gérée par le SITPI, donc avec un livreur. Aujourd’hui, on a ainsi un click & collect en 48 heures pour un bouquin. Autrement dit, si le bouquin que je cherche n’est pas dans la bibliothèque d’Échirolles, mais est disponible dans la bibliothèque de Fontaine, je peux l’emprunter sous 48 heures grâce à la navette. Et on peut rendre à Échirolles un bouquin appartenant à la bibliothèque de Fontaine et inversement ; il reviendra dans sa bibliothèque. En plus, avec la mise en réseau de nos professionnels, chaque médiathèque renouvelle son fonds documentaire en fonction des fonds des autres médiathèques. Du coup, on est quasiment toujours à jour. Et ça permet d’avoir un fonds documentaire de près de 300 000 documents sur quatre villes.
Le SITPI a été fondé par quatre mairies communistes mais aujourd’hui, les dix communes membres ne sont pas homogènes politiquement. Est-ce un problème ?
C’est vrai que c’est très divers. En 2008, Pont-de-Claix change de majorité, avec Christophe Ferrari, mais reste dans le SITPI. Puis en 2020, c’est Fontaine qui change de majorité, avec Franck Longo, mais qui reste dans le SITPI. Et aujourd’hui, on voit bien dans les nouvelles communes ayant adhéré qu’il n’y a pas d’uniformité politique. Il y a des communes plutôt ancrées à gauche et écologistes, comme Saint-Égrève, des communes plutôt ancrées à gauche et socialistes, type Seyssinet-Pariset, des communes plutôt ancrées à droite, genre Claix… Au-delà de la sensibilité politique, le SITPI est un outil pertinent pour toutes les collectivités territoriales. Je pense que les enjeux politiques autour de la souveraineté numérique sont tellement prégnants qu’ils dépassent les clivages. Dans le contexte actuel, c’est quand même très compliqué d’expliquer que ce n’est pas grave d’être dépendant des Américains en termes numériques. Ce qui veut dire aussi que ne pas faire le choix du logiciel libre aujourd’hui, c’est faire un choix politique conscient.
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Publié le 24.06.2026 à 17:19
Luc Renaud
Loanne, Sarra, Emna, Bahdon, Mohamed, Hamza et Adam ont préparé le matériel : vendredi 26, ils seront à la fête du TA, micros en main et sourires aux lèvres. Leur mission, interviewer des participants à la fête et, pourquoi pas, un artiste qui se produira vendredi soir sur la grande scène de la fête.
Ils en ont l’expérience. Tous participent à l’atelier radio de la maison de quartier Louis Aragon, située entre les quartiers Renaudie et Champberton, à Sant-Martin‑d’Hères. Et ils ont plusieurs podcasts à leur actif, destinés à être mis en ligne sur le site de la ville.
« Tous les thèmes sont abordés dans leurs enquêtes », explique Faouzi Bensalem, coordinateur jeunesse de la maison de quartier. C’est ainsi que des podcasts de deux à une dizaine de minutes ont été produits sur les thèmes comme le harcèlement, les violences faites aux femmes, l’environnement, Neyrpic – l’usine d’hier et le centre d’activité d’aujourd’hui –, l’engagement politique et citoyen… Ils ont aussi rencontré des artistes, Jason Brokerss par exemple, lors de son passage en mars à l’Heure bleue. « Une rencontre très agréable », témoigne Bahldon.
De nombreuses émissions pour lesquelles ils ont préparé des questions, rencontré des gens, réalisé les montages. Pour cela, ils utilisent le matériel dont la maison de quartier est équipée – table de mixage, appareils d’enregistrement, micros – et bénéficient des conseils et de la formation d’un professionnel : « un animateur de NewsFM vient tous les mercredis pour leur apprendre les ficelles du métier », remercie Faouzi Bensalem.
L’expérience s’avère enrichissante pour ces adolescents de douze à quinze ans. « On s’habitue à parler devant tout le monde ; ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas de jugement », souligne Emna. Pour Bahdon, « ça enlève la timidité de faire des interviews, ça aide à mieux parler et puis le travail des préparation est intéressant pour nous ». Adam aime beaucoup « donner son avis » dans la préparation des reportages. Pour tous, unanimes, « on s’amuse bien ».
Le travail des ateliers de la maison de quartier Aragon – outre la radio, il y a aussi du théâtre, de l’aide au devoir et de l’accueil des jeunes (un lieu ou l’on se retrouve pour faire des choses ensemble en fonction des centres d’intérêt) – sera présenté aux Martinérois à la maison de quartier Paul Bert samedi de 14h à 18h.
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Publié le 22.06.2026 à 19:39
Manuel Pavard
La fontaine d’eau fraîche mobile, installée au milieu du parc Marius-Camet, remporte un franc succès. Mais la canicule n’a pas empêché les bénévoles d’attaquer, dès 8 heures ce lundi 22 juin, le montage de la fête du Travailleur alpin, à Saint-Égrève. Barriérage, installation des scènes et des stands, mise en place des accès public et artistes, signalisation, catering, alimentation électrique, approvisionnement, sécurité… D’ici vendredi 26 juin, le site sera fin prêt pour accueillir l’édition 2026 de cette fête lancée il y a près d’un siècle, en 1929.
Des bénévoles à pied d’œuvre dès le début de matinée.Du pique-nique entre camarades des premières années à l’événement actuel rassemblant plusieurs milliers de personnes, le festival a bien grandi. Au point de devenir cette grande fête populaire, culturelle et engagée qui s’impose aujourd’hui comme une date de référence non seulement pour les communistes, mais également pour l’ensemble de la gauche et du mouvement social et associatif en Isère.
Durant deux jours, le public pourra profiter d’une programmation aussi riche que variée et ce, grâce à l’investissement bénévole des militants tout au long de l’année. Le tout à des tarifs accessibles au plus grand nombre — avec même une entrée gratuite le samedi, de 10 à 13 heures. Au menu, des concerts avec en têtes d’affiche, le tonton du rap Rim’K, ancien membre des mythiques Mafia K’1 Fry et 113, et la chanteuse féministe Mathilde, devenue l’un des grands noms de la chanson française.
Le premier clôturera une soirée placée sous le signe du hip-hop, vendredi, avec Lwanbé et Ly. La seconde précédera les rythmes survoltés d’Afrique de l’ouest proposés par Balani Sound System, lors d’une soirée du samedi qui s’ouvrira avec un autre temps fort de cette fête 2026. À savoir Le Truc, deux heures de chant à trois voix et un concept à la fois très simple et original : c’est vous qui chantez.
Le Truc va enflammer la fête du TA. © Sylvain SabardPour le reste, la programmation offrira une large palette culturelle, des arts de la rue, avec les spectacles de Nash et des compagnies Sale gamine et Tant’Hâtive, au spectacle pour les tout petits samedi matin, en passant par des animations maquillage et karaoké, les DJ sets de DJ Zou. Sans oublier le street art avec les créations graphiques en direct d’Otist, pochoiriste, et Lotus, graffeur. Ou encore les dédicaces de Michel Cambon et Lara, auteurs de 100 dessins pour Gaza et Du pied gauche, et le vernissage d’une exposition sur Gaza.
Mais la fête du Travailleur alpin, c’est aussi de la politique. Et à la veille d’une année 2027 marquée par les élections présidentielles et législatives — et donc par un réel risque de prise de pouvoir du Rassemblement national -, la lutte contre les idées d’extrême droite s’est imposée comme le fil conducteur des débats. D’une part car celles-ci sont l’antithèse des valeurs de solidarité et de fraternité prônées par la fête du TA. D’autre part pour porter un vrai discours alternatif et antifasciste à même de séduire et convaincre les électeurs.
Les débats rythmeront les journées du vendredi et du samedi.Le premier débat, vendredi à 17h45, aura pour thème « L’extrême droite contre le droit international ». Avec la participation d’Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France, Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens, Leila Moussavian-Huppe, dirigeante nationale du PCF, et Pascal Torre, historien et co-président de France Kurdistan.
Le samedi, à 10h15, Alexis Monge, nouvel adjoint à la culture de Grenoble, animera le débat consacré à « l’offensive de l’extrême droite contre la culture », avec ses collègues communistes d’Échirolles, Lencka Popravka, et de Saint-Martin-d’Hères, Iseult Brenier. Lesquelles côtoieront leur camarade nîmois Denis Lanov, également élu à la culture dans la préfecture du Gard, et l’association Mix’Arts.
Alexis Monge, nouvel adjoint à la culture de la ville de Grenoble, animera le débat « Combattre l’offensive de l’extrême droite contre la culture ».Place ensuite, à 12h45, à un autre thème d’actualité : « Immigration et travail : quand l’extrême droite sert le capital ». Y interviendront l’ancien secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, le secrétaire de la CGT livreurs à vélo Mohamed Fofana, qui a mené la lutte des occupants du siège de la Métropole, et la dirigeante du PCF Patricia Tejas.
Enfin, on se projettera sur les perspectives avec le débat de clôture, intitulé « Montée du fascisme : on fait quoi ? ». Le secrétaire départemental du PCF Jérémie Giono arbitrera la discussion, à laquelle participeront l’UD CGT, pour le collectif VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes), les ultras grenoblois des Red Kaos, la Ligue des droits de l’homme (LDH) et Baptiste Bonargent, secrétaire national du Mouvement des jeunes communistes de France.
Pour découvrir le programme complet, avec les horaires, rendez-vous sur le site de la fête du Travailleur alpin : fete.travailleur-alpin.fr
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Publié le 20.06.2026 à 18:47
Luc Renaud
« Lorsque nous nous sommes tous retrouvés à l’aéroport d’Istanbul, j’ai vu le regard de certains d’entre nous ; il avait changé, ils seront traumatisés pour longtemps. » Le monde entier a eu un aperçu de ce que l’État d’Israël avait été capable de commettre en découvrant la vidéo publiée par le ministre de la Sécurité nationale, suprémaciste d’extrême droite, Itamar Ben Gvir.
Cette expérience, si l’on peut dire, Antoine Jacquet l’a vécue. Voileux dans l’âme, skipper confirmé, il avait candidaté à l’été dernier pour faire partie de la flottille de Gaza. Il a embarqué le 13 avril 2026, après plusieurs semaines de préparation et de formation. Avec une simple motivation, faire quelque chose contre l’oppression, les dominations, le génocide des Palestiniens bien sûr. Dimension humanitaire qui fait partie de son ADN : dans les favelas de Rio de Janeiro, il enseignait la musique avant de rejoindre Barcelone.
Composée de soixante-dix bateaux à voile et à moteur, l’escadre de la Global Sumud Flotilla a fait route sur Marseille et puis la Sicile où d’autres navires sont venus la grossir. C’est déjà en Crète qu’une première attaque a eu lieu. Des bateaux ont été sabotés et trente-cinq personnes ont dû être hospitalisées en Grèce… où les dossiers médicaux ont été perdus. « Le gouvernement grec a prêté main forte aux Israéliens, par exemple pour débarquer les militants capturés », constate Antoine Jacquet. Saif Abukesek, citoyen hispano-suédois d’origine palestinienne, et Tiago Avila, Brésilien, ont été emmenés en Israël et détenus pendant plusieurs jours. « Ces deux enlèvements, ce n’était pas au hasard, ils savaient tout sur nous, qui avait quel rôle, quelle responsabilité. »
La flottille, amoindrie, s’est alors dirigée vers la Turquie. Elle a ensuite mis sur le cap sur Gaza et a été attaquée, le 18 mai, au large de Chypre par la marine israélienne. « Comme chaque fois, ça s’est passé dans les eaux internationales et c’est ce qu’on appelle un acte de piraterie, en droit international », s’indigne Antoine Jacquet.
Pour kidnapper l’ensemble des 430 passagers des bateaux de la flottille, les militaires israéliens ont mis 36 heures – les bateaux de la flottille s’étaient espacés en prévision de l’attaque. Les assauts sont perpétrés par des marins sur des vedettes rapides ; leur premier geste étant de tirer sur les caméras embarquées. Les militants sont ensuite parqués dans des bateaux prison, débarqués dans le port d’Ashdod, près de Tel Aviv, puis conduits dans la prison de Ktziot dans le désert du Néguev avant qu’ils ne soient expulsés dans des avions turcs qui les ont déposés à Istambul le 21 mai. Deux Français sont restés plus longtemps hospitalisés en Turquie, leur état ne leur permettant pas de voyager.
L’une des images que l’on pourra voir parmi celles de l’exposition présentée à la fête du Travailleur alpin, au stand de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité. En 2024, après le retrait partiel de l’armée israélienne à Khan Yunis. Bande de Gaza, 2024. © Ehad Al-Sharafi« J’ai pris des coups, témoigne Antoine Jacquet, dans le bateau, puis lors d’interrogatoires arrivé en Israël, à la prison… » Les membres de la flottille ont été privés d’eau potable, nourris au pain sec, connu l’humiliation des fouilles à nu… Antoine Jacquet estime cependant s’en être « bien sorti ». D’une part parce que « ce que nous avons subi, ce n’est rien à côté de ce que vivent les Palestiniens », et puis aussi parce qu’il était « dans le bon bateau prison ». Ce que lui ont raconté les kidnappés de l’autre bateau relève de l’horreur : « ils étaient battus en permanence, il y a eu des agressions sexuelles ». Des récits qui disent les heures passées à genoux, front contre le sol, mains menottées dans le dos, les privations de sommeil, la musique assourdissante, l’utilisation de tasers, de balles en caoutchouc, de grenades assourdissantes et de chiens ; trainés à terre par les cheveux.
Ce que retient Antoine Jacquet, c’est aussi la fébrilité avec laquelle les soldats israéliens tentaient de justifier par les massacres du 7 octobre le génocide du peuple palestinien. « Ils nous ont projeté des vidéos de l’attaque du Hamas, certains d’entre nous ont vu des films de décapitation ; il y avait comme une sorte de volonté pathétique de justifier l’injustifiable. » Avec un racisme décomplexé, en français dans le texte : « ils me disaient, ‘vous êtes français, vous parlez arabe alors, il n’y a plus de vrais Français chez vous’ ».
Avec le recul – sur le moment, il fallait tenir – Antoine Jacquet tente une analyse. « Ça vaut ce que ça vaut ; il m’a semblé que les plus jeunes n’étaient pas fiers de ce qu’ils faisaient ; sur le port, une soldate était chargée de moi et elle me tapait dessus chaque fois que je bougeais, mais j’avais l’impression qu’elle le faisait pour obéir aux ordres ; j’en ai vu d’autres, plus âgés, qui en rajoutaient dans les brutalités, par plaisir, avec de la haine dans les yeux. »
Lorsque nous nous sommes rencontrés, Antoine Jacquet était en retard. Il sortait du cabinet d’un médecin où il avait fait constater les traces corporelles des brutalités qu’il avait subies, trois semaines avant, en vue des procédures en cours. Le 5 juin, compte tenu des témoignages des militants, une enquête a été ouverte à Paris pour tortures et crimes de guerre par le Parquet national antiterroriste. Une enquête préliminaire a été confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) des chefs de « tortures, au sens de la convention de New-York du 10 décembre 1984, et de crimes de guerre » a annoncé le PNAT.
Les rendez-vous « solidarité Palestine » à la fête du Travailleur alpinOn aura bien sûr rendez-vous au stand de l’Association France Palestine solidarité où l’on trouvera toute la documentation utile à l’information et à l’action solidaire avec le peuple palestinien, mais aussi de l’huile d’olive et des keffiehs vendus au profit de projets humanitaires en Palestine ainsi que des falafels et autres propositions gastronomiques palestiniennes.
Moment fort dès l’ouverture de la fête avec le vernissage de l’exposition d’images issues de l’initiative I Grant You Refuge (Je t’accorde l’asile), une œuvre photographique collective poignante réalisée par six photojournalistes palestiniens (Jehad Al-Sharafi, Mahdy Zourob, Mohammed Hajjar, Omar Ashtawy, Saeed Jaras, Shadi Al-Tabatibi), qui nous plonge au cœur de l’enfer de la bande de Gaza. Le vernissage aura lieu le vendredi 26 à 17h, au stand de la Société des lectrices et lecteurs de l’Humanité.
Autre rendez-vous à la librairie Joséphine Baker : Michel Cambon y dédicacera l’ouvrage 100 dessins pour la Palestine auquel il a contribué aux côtés de plumes internationales comme Art Spiegelman et Joe Sacco. Il sera accompagné de Lara et de son reportage BD sur l’élection présidentielle de 2022, Du pied gauche, vers 2027. Ce sera le samedi 27 juin de 16h à 19h. Une rencontre débat avec les auteurs est prévue à 16h45.
On notera également le débat qui aura lieu à l’espace débat le vendredi 26 à 17h15, dans la foulée du vernissage de l’exposition de photos gazaouies, sur le thème « L’extrême-droite contre le droit international ». Avec Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France ; Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens ; Leila Moussavian-Huppe, dirigeante nationale du PCF et Pascal Torre, historien et co-président de France Kurdistan.
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Publié le 20.06.2026 à 12:32
Antonin Grandfond
Un rassemblement s’était déjà tenu le 27 mai dernier devant le commissariat de police de Grenoble tandis que Pierre et Benoit, deux inspecteurs du travail militants syndicaux de Sud Travail Affaires sociales et représentants du personnel à la F3SCT, étaient auditionnés par la police. Leur tort : ils se seraient rendus coupables de harcèlement vis-à-vis d’une supérieure hiérarchique, responsable d’unité de contrôle (RUC). Il s’agit d’une procédure bâillon et de représailles pour les syndicalistes puisque cette même responsable, avait elle-même fait l’objet d’un signalement pour harcèlement moral en décembre 2024. Ce signalement a depuis été enterré par la hiérarchie.
Cette situation n’est pas un cas isolé et s’inscrit au contraire dans le contexte de conditions de travail très dégradées pour les inspecteurs du travail, pourtant eux-mêmes garants des conditions de travail des salariés du privé. L’intersyndicale CGT, SUD, CNT et FSU appelait donc au rassemblement ce 18 juin à Grenoble et Paris pour soutenir Benoit et Pierre, victimes de répression syndicale, mais aussi pour dénoncer la situation générale dégradée au ministère du Travail, de l’emploi et des solidarités, une F3SCT (formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail) ministérielle se tenant ce jour.
Pierre Boutonnet témoignant de son audition par des policiers mettant en cause le bienfondé de son action syndicale.Car un rapport a été remis au ministère le 18 décembre dernier par le cabinet indépendant APTEIS, qui confirme qu’il est devenu difficile de travailler dans ce ministère et que « l’organisation du travail des agents […] est génératrice de risques psychosociaux ». Cela n’est certainement pas gratuit mais plutôt cohérent avec la volonté politique plus ou moins avouée depuis plusieurs années d’empêcher l’inspection du travail d’assurer sa mission, à savoir faire respecter le droit du travail. Baisse de 10% des effectifs depuis 10 ans (1800 inspecteurs pour 21 millions de salariés), restriction des prérogatives et mise sous tutelle des DDETS par les préfectures, les actes ne manquent pas pour neutraliser l’inspection du travail.
Et violer le Code du travail ne semble plus relever de l’infraction selon le gouvernement. Le 1er mai en a été une édifiante illustration cette année. Alors que les inspecteurs du travail de l’Isère s’étaient déjà réunis le 27 avril devant la DDETS pour dénoncer l’obstruction de leur hiérarchie à leur action pour faire respecter la législation sur le 1er mai, le Premier ministre Lecornu s’était permis d’assurer de son soutien par téléphone un boulanger du nord-Isère. Celui-ci venait de contrevenir au Code du travail et d’être contrôlé par un inspecteur suite à l’ouverture illégale de son commerce.
Plus d’une centaine de personnes étaient présentes ce jeudi, avec des participants venus de nombreux départements en soutien de Benoit et Pierre et pour refuser le sort qui est fait aux inspecteurs, à l’institution et ses missions. Les interventions se sont succédées, notamment pour rappeler que le cas de la DDETS de l’Isère s’inscrit dans un contexte d’intimidation et de répression de l’action syndicale de plus en plus systématiques. Ainsi, Nicolas Benoit, secrétaire de l’UD CGT, établit le lien avec le cas du groupe SEB, implanté à Vienne, qui, en plus de sanctionner une représentante syndicale qui a mis en évidence l’exposition et la pollution aux PFAS, attaque la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et le sénateur communiste Fabien Gay pour avoir dénoncé cette répression syndicale.
Nicolas Benoit, secrétaire de l’union départementale CGT, participait au rassemblement.Mais concernant l’inspection du travail, l’enjeu prend une importance toute particulière. Lorsque les inspecteurs du travail ne peuvent plus accomplir leur mission, ce sont les droits de l’ensemble des salariés qui sont menacés. C’était le thème de l’intervention de David Majewski, de la CGT STMicroeletronics à Crolles, qui rappelait combien l’appui de l’inspection du travail avait été indispensable à leurs combats menés face à une direction obtuse.
La détermination des agents du ministère du travail est forte, et malgré les obstacles dressés par le gouvernement et leur hiérarchie, il est certain que cette lutte va se poursuivre.
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Publié le 19.06.2026 à 22:16
Manuel Pavard
« Notre service, pourtant indispensable à la prise en charge des patients, est en souffrance. Notre santé est en danger. » Les mots, prononcés au micro lors du rassemblement organisé devant le pavillon Dauphiné du CHU Grenoble Alpes (CHUGA), sont forts. Ils traduisent l’ampleur du malaise ressenti par l’équipe de la stérilisation, en grève ce vendredi 19 juin, à l’appel de la CGT. Des agents qui n’hésitent pas à parler de « danger imminent », pour eux comme pour les patients.
Les agents se sont rassemblés devant le pavillon Dauphiné en fin de matinée.En cause principalement, le sous-effectif. « La direction nous promet de recruter six agents mais ce n’est pas assez. Il en faudrait au moins dix ou onze », indique Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation depuis treize ans, qui travaille sur le poste du gravage. « Un poste à part du processus de stérilisation, explique-t-elle. On s’occupe de la création, la modification des boîtes de chirurgie, et aussi de tracer chaque instrument dans les boîtes. »
Aujourd’hui, tous ou presque affirment prendre en charge des missions supplémentaires sans aucune contrepartie. « Les agents sont épuisés, moralement et physiquement, ce qui entraîne de nombreux arrêts et accidents de travail », observe une agente au micro. « Des non-renouvellements de contrats de travail, des démissions ou des mutations dans d’autres services ont diminué l’effectif présent en poste. »
Une agente du processus a pris longuement la parole.Quant à l’absentéisme, celui-ci concerne « un tiers des agents ces douze derniers mois », précise-t-elle. En outre, « les personnels absents ne sont pas remplacés ». D’où une surcharge de travail et d’activité quasi généralisée. « Nous sommes régulièrement sollicités pour occuper plusieurs postes dans la même journée », ajoute la même agente.
« On prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a. »
Un constat que fait également Cynthia, à son poste de gravage. « On nous a sollicités il y a deux ans pour prendre des missions en plus que les IBOD (infirmières de bloc opératoire), elles, effectuent depuis des années. Du coup, on est OP et on fait fonction d’IBOD, mais sans salaire d’IBOD », déplore-t-elle.
Une mobilisation très suivie.Idem pour les agents du processus, qui sont ouvriers professionnels ou agents d’entretien qualifiés (AEQ). « Anciennement, la recomposition des boîtes de chirurgie était effectuée par des IBOD. Elles ont été remplacées petit à petit par des aide-soignantes, puis par des OP et AEQ », raconte Cynthia. Pour tout cela, ces derniers n’ont eu ni reconnaissance ni revalorisation salariale. Pourtant, « on prend des responsabilités qu’on ne devrait pas assumer avec le salaire qu’on a », confie l’agente.
La reconnaissance devrait aussi porter sur la « pénibilité », estime Cynthia. « Parce que notre travail est physique. Il y a de plus en plus de procédures, de plus en plus de traçabilité. » Sa collègue précitée ne dit pas autre chose : « Les gestes répétitifs ainsi que le port de charges lourdes sont le quotidien de notre travail. C’est d’autant plus difficile avec l’augmentation d’activité et majoré par l’absentéisme non remplacé. »
La CGT aux côtés des grévistes.Dès lors, que revendique le personnel de la stérilisation ? En priorité « des recrutements immédiats à hauteur réelle des besoins actuels et anticipés ». Indispensable, selon Cynthia, qui souhaite simplement « un effectif suffisant pour toute la hausse d’activité qu’on a eue ». « Normalement, on est 54 — soit 51,8 équivalents temps plein (ETP) — mais au final, avec tous les arrêts, on se retrouve à 46, constate-t-elle. Donc on est déjà en sous-effectif. »
Le personnel a décliné ses revendications, soumises ensuite à la direction par une délégation de grévistes.Côté salaire, les agents réclament « une prime exceptionnelle pour tout ce qu’on a vécu depuis un an ». Cependant, toute augmentation est limitée, fonction publique oblige, par leur statut — en l’occurrence catégorie C. Les OP et les AEQ demandent donc le passage en catégorie B. Ce qui entraînerait automatiquement une revalorisation salariale.
Ces différentes revendications ont été soumises par la délégation reçue, après le rassemblement, par la direction de l’hôpital. Laquelle n’a pas encore fourni d’engagements écrits, promettant de le faire au terme d’un délai de quinze jours. « Le point bloquant, c’est le nombre de postes à recruter », rapporte Sandra Coulouvrat, trésorière de la CGT CHUGA et membre de la délégation. La direction reste ainsi sur sa proposition de six recrutements, loin de la grosse dizaine exigée par les grévistes.
Sandra Coulouvrat, trésorière de la CGT CHUGA.La rencontre a néanmoins donné lieu à quelques avancées. Concernant l’évolution de carrière, « un concours sera ouvert aux AEQ pour passer OP, au premier trimestre 2027. Et la direction s’engage pour passer les OP2 en première catégorie », se félicite la représentante syndicale. Autre motif de satisfaction, la proposition d’externaliser une partie de la production, envisagée par le CHU, est finalement repoussée sine die.
En revanche, « ils sont très frileux à propos de la revalorisation salariale », regrette Sandra Coulouvrat. Sans surprise, la direction botte en touche et reporte toute la responsabilité sur l’État. Et pour le changement de statut de la fonction publique, « elle s’engage simplement à appuyer le dossier des agents ».
Damien Bagnis, secrétaire de l’union syndicale départementale CGT santé et action sociale.Maintenant, les agents de la stérilisation vont attendre les engagements écrits promis sous quinze jours. « On refera le point après », annonce la syndicaliste CGT. « Nous, soignants, travailleurs sociaux, citoyens, on se mobilise pour leur dire que ça suffit », lance Damien Bagnis, secrétaire de l’union syndicale départementale CGT santé et action sociale, en clôture du rassemblement. « Car on n’aura jamais, jamais, jamais d’argent si on ne se mobilise pas tous ensemble. Toutes les professions ! »
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Publié le 19.06.2026 à 19:22
Edouard Schoene
Dans une ambiance très lourde, Julien Bouvier, adjoint à l’enfance et à l’éducation, a expliqué à une cinquantaine de parents être désolé de devoir annoncer la fermeture de l’école du quartier La Poya. Il a fondé la décision sur la baisse du nombre d’enfants en dix ans (moins 400) et surtout sur une situation financière critique de la ville, notamment pour assumer la dépense (17 millions d’euros) pour le groupe scolaire Rose Valland qui devrait remplacer l’école Robespierre.
La représentante du collectif « Non à la fermeture de l’école Labourbe » a énoncé les questions et arguments en six points d’un texte remis aux élus : pourquoi une telle décision, quel avenir du site ? Quelle répartition des élèves ? Quelles garanties de sécurité et d’accessibilité ? Quelles conditions d’accueil dans les écoles ? Quelles conséquences pour les élèves ? Impacts sur les familles et le quartier ? Exigence de transparence des projections démographiques.
La représentante des parents d’élèves du groupe scolaire Labourbe a exprimé les demandes des familles.Très vite, la colère est montée dans la salle, plusieurs intervenants ne comprenant pas la précipitation d’une telle décision, quelques semaines après les élections municipales, tandis que cette perspective de fermetures n’était pas avancée dans le programme municipal de l’équipe de Franck Longo. Les parents d’élèves, dont la mémoire n’est sans doute pas courte, se souviennent que les candidats de droite s’étaient vantés d’avoir eu un mandat exemplaire en matière de gestion des groupes scolaires et une santé budgétaire remarquable.
Vincent Arpin, élu en charge de « la stratégie budgétaire », a plutôt énervé la salle en expliquant que chaque 100 000 € de dépenses de fonctionnement en moins permettent à la ville d’emprunter 1 million d’euros aux banques. Il évoquait les économies possibles avec de noires perspectives.
Côté « salle 38 bis » se tenait la réunion pour justifier la fermeture du groupe Marcel Cachin. Les services de la ville avaient pour consigne d’interdire l’entrée à tous les non parents d’élèves dont… les élus d’opposition. Ceci n’a pas calmé l’ambiance.
Une centaine de parents d’élèves écoutaient le maire qui s’est expliqué très longuement. « Il y a quelques années, en 2020, au début du mandat précédent, la volonté de notre équipe municipale était de refaire des groupes scolaires, surtout des groupes qui sont dans des situations de dégradation très avancées. Nous avions des ambitions. Mais […]il y a eu la guerre en Ukraine, qui a coûté entre 2023 et 2024 1,7 million d’eurossur un budget de 30 millions. […]Il nous faudrait faire deux millions d’euros d’économies pour pouvoir dégager suffisamment d’argent pour pouvoir réemprunter à la banque, sinon la banque ne vous prête pas. » Évoquant des charges inattendues de réparation d’écoles, le maire affirme qu’aucune alternative n’existe à la fermeture des deux écoles envisagées aujourd’hui.
Parmi les réactions dans une salle surchauffée et bruyante : « Moi qui suis ancienne élève, j’avoue, c’est violent. Parce que vous n’avez pas prévenu ! » « Cette fermeture n’a jamais été évoquée lors de la campagne des élections municipales. Cette question engage durablement la ville sans avoir été portée ni au débat public ni au vote des habitants. » Un parent d’élève, fâché, dit regretter son vote pour la liste Longo. De nombreux intervenants font état de colère, tristesse, incompréhension devant une décision précipitée sans concertation. Face aux multiples questions de parents inquiets pour l’avenir, Franck Longo tente une diversion : « Ne vous inquiétez pas, on examinera cas par cas ».
Laurent Jadeau, élu d’opposition PCF, a apporté son soutien aux parents.Au sortir de la réunion, Laurent Jadeau, élu d’opposition (PCF), nous a fait part de sa réaction. « M. Longo a annoncé brutalement la fermeture de trois écoles sans aucune concertation, en laissant des centaines de familles dans la stupeur et l’incompréhension. Cette façon d’agir est inadmissible ! J’apporte mon soutien aux familles », nous dit-il
Pour lui, il ne s’agit pas de contester la nécessaire« réflexion globale sur les périmètres scolaires et le nombre d’établissements. Je rappelle qu’au précédent mandat, les élus d’opposition avaient interpelé à plusieurs reprises le maire et sa majorité à ce sujet, sans jamais avoir obtenu le moindre début de réponse. »
Quant à l’argument financier, Laurent Jadeau remarque que« M. Longo cherche à économiser 2 millions d’euros sur son budget de fonctionnement alors qu’il n’a eu cesse de vanter la bonne santé financière de son équipe et nous expliquait, lors du dernier budget prévisionnel, que grâce à eux, le financement de l’école Rose Valand passait sans problème ! » L’élu communiste souligne également « que « le maire se plaint que les communes soient maltraitées financièrement par le gouvernement. Ce sont pourtant ses amis politiques qui sont aux manettes ! » Et de conclure sur ce point : « Il est évident que ces décisions de fermetures étaient dans les cartons du maire depuis plusieurs années. Les parents d’élèves l’ont fait savoir au maire ! En le taisant, il a donc menti par omission tout au long de sa campagne électorale ».
Plus généralement, Laurent Jadeau estime que « la révision complète de la sectorisation scolaire impacte, la vie d’une ville, de ses quartiers, de ses habitants. Il ne s’agit pas ici d’une simple retouche entre deux secteurs, mais d’une redistribution globale. Toutes ces questions méritaient une réflexion et une concertation de grande ampleur. C’était une occasion de penser avec les Fontainoises et les Fontainois, les premiers intéressés, le Fontaine que nous voulons pour demain. »
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