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Le Travailleur Alpin

Publié le 20.07.2026 à 20:01

Travailleur Alpin

Après des semaines de communication intensive appelant à la déprogrammation puis au boycott du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, l’équipe France insoumise de Grenoble a mis ses menaces à exécution, en orchestrant le sabotage de l’événement. Confrontés à des jets de bouteilles et au risque de mouvements de foule dangereux, les organisateurs ont été contraints de prendre la seule décision responsable dans ce type de situation, tout en réaffirmant avec force leur opposition à la censure artistique.

Alexis Monge (ici à la fête du Travailleur alpin 2026), adjoint à la maire de Grenoble en charge de la vie culturelle et des arts, a dû monter sur la scène du Cabaret frappé pour annoncer l’arrêt du concert de Barbara Butch.

Mais de quoi parle-t-on réellement, et en quoi cette affaire est-elle une bascule dangereuse, sur le fond comme sur la forme ?

Sur le fond, une faute démagogique

Sur le fond, la communication de l’équipe d’Allan Brunon s’est raccrochée à la campagne de « boycott / désinvestissement / sanctions » animée par les réseaux de solidarité avec le peuple palestinien.

Cette campagne vise à faire pression sur l’économie israélienne, comme cela fut le cas à l’encontre du régime d’apartheid sud-africain, pour contraindre « par le portefeuille » l’État voyou d’Israël à cesser les multiples violations du droit international et à enfin reconnaître les droits légitimes du peuple palestinien. Face à l’impuissance des proclamations morales, il s’agit d’une arme pertinente, qui a déjà montré son efficacité.

Le boycott est davantage questionnable lorsqu’il cible des personnalités israéliennes du monde de la culture qui s’opposent sans ambiguïté au gouvernement d’extrême droite au pouvoir, et mettent précisément leur voix au service de l’égalité et de la dignité du peuple palestinien, à l’image de ce qu’a subi le réalisateur Nadav Lapid lors du festival international de cinéma FIDMarseille, en juin dernier.

L’avocat et militant franco-palestinien Salah Hamouri à la fête du Travailleur alpin 2019.

Mais concernant Barbara Butch, s’agit-il d’un cas similaire ? Non, la DJ n’est pas israélienne, mais bien française. Alors, que lui est-il reproché par les organisateurs de la campagne de dénigrement qui a abouti au coup de force du 18 juillet ?

-> D’une part, d’avoir signé une tribune de soutien à la loi Yadan. Mais l’artiste s’en est rapidement expliquée, déclarant en avril : « J’ai signé une tribune pour dénoncer l’antisémitisme en France, que je subis au quotidien […] et depuis mon enfance, qui a été encore plus fort après les JO. […] Bien évidemment que je ne supporte aucune violence d’où qu’elle vienne. […] Bien évidemment qu’il y a des choses à redire sur cette loi. » Nous ne sommes donc pas là en présence d’une Enrico Macias au féminin… On ne peut même pas trouver de positionnement de sa part qui permettrait de la qualifier de « sioniste ».

-> D’autre part, d’avoir animé la Gay Pride de Tel-Aviv en pleine offensive génocidaire à Gaza. Et ici, l’information est tout simplement fausse, puisque ladite Gay Pride n’a pas eu lieu, et que Barbara Butch n’y était pas programmée. En clair, quand l’extrême droite attaque Barbara Butch suite à sa prestation lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, elle le fait pour ce qu’elle est : militante du mouvement LGBTQIA+, progressiste, figure de la lutte anti-grossophobie, ect. Mais ici, l’équipe locale LFI s’est attaquée à une épouvantail, une « femme de paille » fabriquée de toute pièce pour servir les besoins de la « cause ».

Allan Brunon, président du groupe LFI à Grenoble, au milieu des manifestants, samedi 18 juillet, au Jardin de ville. DR

Tel le Procuste mythologique, qui tranchait les pieds des passants trop grands et étirait les trop petits, nos pseudo-révolutionnaires font passer le réel par pertes et profits derrière l’imaginaire de la lutte… sauf que ce n’est pas l’épouvantail qui subit les agissements déclenchés samedi soir, mais bien l’artiste réelle. Et avec elle, toutes celles et ceux qui seraient amenés à se poser la question « Et si moi aussi, je devenais une cible ? ».

Le philosophe Dominique Pagani nous alertait sur le danger que représentait la prise du pouvoir de l’imaginaire sur le réel, fût-ce au nom de nobles idéaux… Sur le fond donc, ce à quoi se sont livrés les élu·e·s LFI est une lourde faute politique, qui résonne cruellement avec la formule du texte issu du quarantième congrès du PCF, dénonçant « les outrances flirtant parfois avec l’antisémitisme, le racisme, la démagogie et le complotisme ».

Sur la forme, une provocation qui ne sert que l’adversaire

Sur la forme ensuite, ce qui s’est passé samedi soir est une première dans l’agglomération grenobloise : un retour d’une forme de violence contre un événement populaire festif.

Cette violence est sans commune mesure avec celle des groupes néofascistes qui pullulent notamment sur Lyon. Violence dont nous avions jusqu’à présent été épargnés à Grenoble. Néanmoins, elle risque fort d’incarner un précédent sur notre territoire entraînant des logiques d’escalade dont tout notre camp social aura à souffrir.

Une exposition de photos prises à Gaza par six photo-journalistes palestiniens était présentée à la fête du TA 2026, à Saint-Égrève.

À l’image de l’envahissement de la mairie de Charvieu-Chavagnieux organisé le 26 novembre 2021, alors qu’Allan Brunon était encore militant dans le Nord-Isère, cette action est en réalité digne d’un remake du Pope Gapone — agent provocateur tsariste qui a conduit des milliers d’ouvriers à la mort lors d’émeutes réprimées dans le sang -, ne faisant pas avancer d’un pouce la cause prétendument défendue, mais alimentant la légitimation de l’adversaire de classe.

En 2021, le « secouage » des agents municipaux par les militants « anti extrême droite » avait permis au maire Gérard Dezempte (Reconquête) de dérouler son discours de soi-disant « défenseur de l’ordre républicain face au fascisme d’extrême gauche ». Ici, les droites se frisent les moustaches, avec un exemple de choix alimentant leur discours sur les soi-disant « Chickens for KFC », et sur leur récupération frauduleuse de la défense des LGBTQIA+ comme des Juifs de France.

Face à l’adolescence politique, il faut durcir le ton

Cette affaire doit faire réfléchir au sein de notre camp social. Si nous sommes très prompts — à juste titre — à pointer les défaillances « droitières » et à faire nos autocritiques dans ce domaine, il faut bien reconnaître que le « gauchisme » — au sens de la « maladie infantile » décrite par Lénine — est accueilli avec beaucoup plus de bienveillance.

On se dit souvent « Ils crient fort, mais c’est la jeunesse, ils vont apprendre, au moins ils ont des convictions et ils les défendent… », voire qu’ils piquent la gauche de transformation sociale là où ça fait mal, au cœur des contradictions auxquelles nous faisons face en nous confrontant concrètement à l’exercice du pouvoir local dans un cadre contraint.

Conférence organisée par l’AFPS à Échirolles, en janvier 2024, avec la participation de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri : un exemple de solidarité concrète avec les Palestiniens.

Mais s’il ne doit jamais être question de reprendre les argumentaires de l’adversaire et de « hurler avec les loups », il est temps de durcir le ton, précisément dans l’intérêt de notre camp social. Il est temps de ne plus baisser la tête face aux injonctions de ceux qui ne font que jouer un mauvais cosplay dans un costard trop grand pour eux, et de poser les termes, sans sectarisme artificiel mais avec fermeté, à chaque fois que nécessaire.

C’est à ce prix que nous éviterons de laisser dans une impasse mortifère toutes celles et ceux qui se raccrochent sincèrement à une force « tribunicienne » dont on ne peut nier l’attrait, mais qui ne propose à ce stade rien d’autre comme perspective stratégique que la défaite — « avec panache », s’il vous plaît ! — face au fascisme.

Cet article Tribune. « Campagne » contre Barbara Butch : chronique d’un naufrage est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 20.07.2026 à 12:17

Travailleur Alpin

Combattre et condamner le génocide et la loi Yadan est totalement légitime, mais avec d’autres méthodes. C’est en substance le message qu’a souhaité délivrer la section de Grenoble du PCF, en réaction à l’interruption forcée du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, samedi 18 juillet au soir, au Jardin de ville. La DJ a en effet dû arrêter son set et quitter la scène du festival grenoblois au bout de vingt minutes, face aux huées, invectives, sifflets, de près de 200 manifestants pro-palestiniens.

Barbara Butch fait un cœur au public, avant de quitter la scène prématurément. DR

L’action était menée à l’appel de la France insoumise et de plusieurs autres organisations, comme Urgence Palestine, l’Action antifasciste (AFA) Grenoble, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP) ou le Collectif Georges Abdallah 38. Depuis plusieurs semaines, celles-ci militaient pour boycotter et déprogrammer Barbara Butch. L’artiste lesbienne, connue par ailleurs pour son engagement contre l’antisémitisme, les lgbtphobies et la grossophobie, était surtout accusée par les manifestants d’avoir signé une tribune en faveur de la très controversée proposition de loi Yadan (in fine retirée). Sans oublier sa participation à un concert organisé dans la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, en juillet 2025.

Allan Brunon, président du groupe LFI à Grenoble, au milieu des manifestants réunis au Jardin de ville. DR

Dans un communiqué intitulé « Oui aux débats, non aux interdictions », le PCF Grenoble rappelle en préambule son opposition à la loi Yadan qui, « si elle avait été adoptée, aurait été une atteinte grave à la liberté d’exprimer son opposition à la politique génocidaire et colonialiste du gouvernement Netanyahou en assimilant toute critique à de l’antisémitisme ». La section se félicite également que cette proposition de loi ait été retirée — en attendant une nouvelle version préparée par le gouvernement — « grâce à une forte mobilisation citoyenne (700 000 signataires de la pétition) et à celle des partis de gauche, syndicats, associations ».

« Liberté de création, liberté de programmation »

« Nous rejetons fermement la loi Yadan », répètent donc les communistes, rappelant leur engagement aux côtés des Palestiniens et contre le génocide à Gaza. Toutefois,« empêcher la tenue d’un concert d’une artiste en raison de son positionnement politique est une atteinte à la liberté d’expression et d’exercice de son métier d’artiste », nuancent-ils. Et de conclure : « Nous laissons au RN et au gouvernement qui voulait interdire une fête organisée par LFI à Paris ce genre de méthode qui s’en prend à la liberté d’expression et de création. »

Les manifestants pro-palestiniens protestant contre la venue de Barbara Butch au Cabaret frappé. DR

Une position rejoignant celle de l’adjoint à la culture Alexis Monge, qui invoque la liberté de programmation, refusant de s’immiscer dans les choix artistiques de l’association Retour de Scène, en charge de la programmation musicale du Cabaret frappé depuis 2021. « Liberté de création, liberté de programmation : c’est ce qu’on défend et ce qu’on a défendu ces dernières semaines à Grenoble pour laisser Barbara Butch s’exprimer », répondait l’élu communiste à France 3, peu avant le début du festival. « Il n’y aura pas de censure préalable […] alors qu’elle subit depuis les Jeux olympiques beaucoup d’attaques antisémites » — émanant en particulier de l’extrême droite.

Alexis Monge a néanmoins annoncé au Travailleur alpin son intention de déposer plainte pour intimidation à son égard et pour la bouteille qui a été lancée alors qu’il prenait la parole sur la scène du Cabaret frappé, après l’arrêt du concert. Dépôt de plainte également de la part de la ville de Grenoble, qui a indiqué à Libération vouloir saisir la justice, notamment pour le sabotage des installations électriques. Ce dossier n’a donc pas fini de faire parler…

Cet article Barbara Butch. Pas la bonne méthode pour s’opposer au génocide, selon le PCF est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 18.07.2026 à 11:22

Didier Gosselin

On savait le maire LR de Bourgoin-Jallieu, Vincent Chriqui, peu soucieux des conditions de travail des agents territoriaux, mais la canicule et ses conséquences ont montré qu’il n’avait que faire non plus des conditions faites aux usagers des services municipaux, notamment les enfants dans les écoles…

Pierrette, agente territoriale spécialisée dans les écoles maternelles (Atsem) ne cache pas sa colère et son indignation. « Quand j’ai fait le tour des offices et des cantines, souligne cette militante CGT, et que j’ai téléphoné à toutes les cheffes d’équipe, j’ai appris que des particuliers avaient fait des dons de ventilateurs, et que des parents d’élèves en avaient acheté pour plus de 1500 euros… C’est parfaitement anormal », insiste-t-elle.

Arrêts maladie consécutifs à la chaleur

La canicule de fin juin a éprouvé durement tous les agent·e·s de la restauration scolaire qui ont travaillé dans des conditions de chaleur infernale, amplifiée par la cuisson des plats. Une chaleur qui n’a bien évidemment pas épargné les enfants. Pierrette souligne que des collègues ont fait des malaises et que certains ont été mis en arrêt maladie. Sans remplacement bien sûr, et donc une charge de travail reportée sur les collègues restés en activité.

Si du côté de la mairie, on reconnaît cette défaillance, on promet aussi d’investir dans des ventilateurs et dans de gros travaux qui pourront limiter les effets de ces fortes chaleurs… Mais sans préciser quand et avec quel budget.  En attendant, précise Pierrette, « les écoles accueillent les centres de loisirs pendant l’été et leur situation n’a pas évolué, alors que la canicule risque de se poursuivre cet été » … Le syndicat CGT a, dans le même sens, préconisé la production et le service de repas froids. Proposition rejetée par la mairie…

Seule concession du maire, reporter le feu d’artifice du 14 juillet au 23 août, anniversaire de la Libération, car il ne faudrait pas que la canicule gâche la fête et empêche la population d’en prendre plein les yeux…

Eric Orcel, délégué CGT, rappelle que le maire VIncent Chriqui déroule son programme avec entre autres l’obsession de faire des économies, d’où une politique rampante de privatisation des services municipaux et de tentatives récurrentes de rendre polyvalent·e·s les fonctionnaires territoriaux afin qu’ils pallient aux manques ou absences de personnels. Ce qui n’empêche pas l’édile de vouloir, c’est l’autre versant de sa politique, développer l’axe sécuritaire et étoffer sa police municipale en recrutant de nouveaux agents…

La gauche avait sonné l’alerte dès le conseil municipal du 18 juin.

Le groupe GRECS (Gauche rassemblée écologiste citoyenne et solidaire) est effectivement intervenu le 18 juin en conseil municipal, un jour avant que l’Isère ne soit placée en vigilance orange canicule par Météo France.

« Nous constatons chaque année que lors des épisodes de fortes chaleurs, la température grimpe en flèche dans bon nombre de nos école », avait déclaré l’élue Céline Girard. « Faute de solutions structurelles de la part de la municipalité, nous assistons à un système D permanent : des enfants qui apportent des ventilateurs individuels, ou des associations de parents d’élèves qui en sont réduites à proposer l’achat de rafraîchisseurs mobiles sur leurs propres budgets. Cette situation n’est pas tenable.

Les vagues de chaleur vont s’intensifier et se multiplier à l’avenir. Face à ce constat scientifique, l’adaptation de nos locaux est une responsabilité de premier plan pour la commune. Protéger les enfants, les enseignants et les agents périscolaires est un devoir.

Pourtant, à ce jour, nous n’avons connaissance d’aucun plan global d’adaptation de notre patrimoine public face aux canicules.

Monsieur le Maire, nous profitons de cette décision pour vous poser deux questions précises :

  • Quelles sont les intentions de votre équipe sur la durée du mandat pour garantir le confort d’été dans l’ensemble des établissements scolaires ?
  • La commune compte-t-elle formaliser un véritable plan pluriannuel d’adaptation des locaux scolaires au changement climatique (végétalisation des cours, stores extérieurs, isolation d’été, refuges climatiques, etc.) ?

Il est de notre responsabilité collective de planifier dès aujourd’hui l’école de demain ».

Le 20 juin, l’élue Frédérique Pénavaire (PCF) interpellait le maire, par courrier, au nom du groupe d’opposition GRECS.

« Nous vivons une nouvelle fois un épisode de chaleur intense et précoce qui touche une bonne partie de la France. Ces fortes chaleurs devraient durer jusqu’à la fin de la semaine et sont susceptibles de mettre en difficulté les personnes les plus fragiles :  enfants, personnes âgées, personnes isolées…

Notre groupe considère qu’une action forte doit être mise en place par l’état dont l’action va à l’inverse des objectifs de lutte contre les émissions des gaz à effet de serre qui causent ces canicules en réduisant drastiquement les investissements publics pour le climat : coup de frein à Ma Prime Renov, division par deux du Fonds Vert, par cinq du Fonds Vélo, suppression de la prime à la conversion pour encourager le passage aux voitures électriques…

Cependant, la commune a un rôle important et doit prendre des mesures pour protéger les habitants-tes, certaines communes ou intercommunalités ont mis en place un plan comprenant par exemple la gratuité des transports collectifs pour limiter la pollution, la gratuité des piscines, la multiplication de lieux arborés ….

Le Département de l’Isère, en vigilance jaune canicule depuis mercredi 17 juin 2026, est désormais passé en vigilance orange canicule à compter du vendredi 19 juin à 12h00.

Aussi notre groupe souhaite avoir connaissance du plan de prévention des risques liés à la canicule mis en place à Bourgoin-Jallieu.

Plus globalement nous souhaiterions être informés et débattre d’un plan d’investissement d’adaptation au changement climatique ». 

Pas de réponse sur un plan local d’adaptation

Comme réponse, les élu·e·s de gauche ont reçu de la part du directeur de cabinet la liste des recommandations nationales appliquées localement aux personnes âgées, les plus vulnérables. « Le plan canicule de la ville repose notamment sur le suivi des populations fragiles, déclare le directeur de cabinet. L’ensemble des services du centre communal d’action sociale (service social, résidence autonomie la Berjallière, et espace des services séniors) est mobilisé afin d’assurer une veille active auprès des publics les plus fragilisés.

Aucun début de réponse n’est apporté aux questions de fond posées par les élu·e·s de gauche, à savoir la mise en place au niveau local d’un plan de lutte contre les effets dévastateurs de la canicule, tant pour anticiper à moyen terme (isolation des locaux, refuges climatiques, végétalisation etc.) que pour protéger immédiatement (climatisation des lieux publics comme les écoles, gratuité des piscines et des transports en commun…). Aucune proposition non plus pour articuler un projet local climat à un plan plus général (communauté de communes, région…) et pour le financer sérieusement, y compris en développant l’emploi et la formation aux métiers de la lutte contre le réchauffement climatique.

Cet article Mairie de Bourgoin-Jallieu. Usagers et personnels abandonnés à la canicule… est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 17.07.2026 à 19:01

Manuel Pavard

« Lorsque nous parlons de ‘bras et de lits’, ce n’est pas un slogan. C’est le minimum indispensable pour garantir une psychiatrie publique accessible, digne et sécurisée. » Isabelle Guiga, secrétaire générale du syndicat CGT du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI), et Rafael de Bortoli-Vargas, secrétaire adjoint, mettent les points sur les i. Face à eux, ce jeudi 16 juillet, dans les locaux de l’antenne grenobloise de l’Agence régionale de santé (ARS), le directeur de la délégation départementale de l’Isère et le responsable du pôle Offre de soins hospitaliers. La délégation syndicale est venue les alerter sur la profonde crise couvant au sein de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.

Après une manifestation très suivie le 8 juin, avec plus d’une centaine de personnes dans les rues de la commune, puis le rassemblement devant l’hôtel du département le 26 juin, le rendez-vous avec l’ARS faisait office de suite logique. Si l’organisation interne d’un établissement relève en effet de sa direction, en revanche « l’Agence régionale de santé est responsable de la planification de l’offre de soins, de son financement, de la qualité des prises en charge et de la réponse aux besoins de santé de la population », rappellent les deux élus CGT. Lesquels entendaient donc interpeller leurs interlocuteurs sur ces questions.

« Les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable »

De fait, l’organisation du travail au CHAI et l’offre de soins en psychiatrie dans le département sont deux sujets étroitement liés. Que ce soit Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas ou leurs collègues rassemblés devant l’ARS, tous en conviennent : la situation actuelle pénalise autant les agents que les patients, la prise en charge des seconds dépendant fortement de la qualité de vie au travail des premiers. Or, cela fait plusieurs mois que les personnels tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation continue des conditions de travail et le manque de moyens humains, tout en avertissant des conséquences directes sur la qualité, la continuité et la sécurité des soins.

Le personnel du CHAI mobilisé le 8 juin devant l’établissement.

Aujourd’hui, au CHAI, « les équipes travaillent dans un contexte de pénurie durable », déplorent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas, évoquant les services en sous-effectif, les capacités d’hospitalisation souvent réduites ou encore les parcours de soins de plus en plus complexes. Un tableau déjà guère reluisant auquel est venu se greffer le projet de réorganisation du temps de travail annoncé fin 2025 par le nouveau directeur. Argument invoqué par ce dernier, un déficit d’environ 3 millions d’euros révélé par un audit financier. En 2026 pourtant, « le déficit n’est plus d’actualité, mais le projet de réorganisation se poursuit », s’étonnent les syndicalistes.

Avec la réorganisation, la vie personnelle ou familiale entre parenthèses

Venues les soutenir ce jeudi matin, Manon et Sandra [les prénoms ont été modifiés], respectivement infirmière et éducatrice spécialisée au CHAI, se souviennent d’informations d’abord données au compte-gouttes et parfois contradictoires, durant plusieurs mois. Et puis, « dernièrement, une note d’information a été transmise sur toutes les boîtes mail », raconte Manon. « On a su alors qu’il allait y avoir des réorganisations de nos planning, qu’on allait passer en douze semaines. »

C’est ce point qui a mis le feu aux poudres. Jusque-là en effet, les agents ont leurs « plannings à l’année. C’est toujours le même, avec les mêmes repos », explique l’infirmière. Avec le projet, il s’agirait de cycles de douze semaines — en redémarrant à zéro la treizième semaine — avec des changements d’emploi incessants. « Nos repos seraient bougés chaque semaine : par exemple, on aurait repos lundi une semaine, la semaine d’après le mardi, puis mercredi, etc », s’insurge Manon. Dès lors, impossible pour les soignants d’avoir une activité sportive ou culturelle régulière. Idem pour celles et ceux qui ne travaillaient pas le mercredi afin de s’occuper de leurs enfants. Il faudra mettre sa vie personnelle ou familiale entre parenthèses.

Les agents sont partis du CHAI, le 8 juin, pour défiler dans les rues de Saint-Égrève.

Cette réorganisation — censée s’appliquer d’ici quelques mois — « allonge les cycles de travail, accroît la flexibilité des plannings, remet en cause des temps partiels fixes et rend les repos moins prévisibles », abondent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas. Le tout sans résoudre aucun problème. « Cette évolution dégrade l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, mais surtout elle fragilise ce qui constitue le cœur de la psychiatrie : la stabilité des équipes, la continuité de la relation thérapeutique et la qualité des prises en charge », ajoutent-ils.

« Comment penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? »

« On sent aussi qu’ils veulent faire ça pour pouvoir avoir du personnel qui ira dépanner dans les unités où ça manque », anticipe Manon. Car partout au CHAI, on manque de bras et de lits (quelque cinquante lits fermés sur les dix dernières années, selon la CGT). Conséquences, « ça engorge les urgences et on se retrouve avec des unités qui sont blindées, où on n’a jamais vraiment de place », poursuit l’infirmière. Tout cela avec un effectif très insuffisant, à savoir « quatre pour vingt-cinq ». Ce qui a le don de « révulser » Manon : « Comment peuvent-ils penser qu’à quatre soignants, on peut contenir vingt-cinq patients ? », s’exclame-t-elle.

Pour sa collègue Sandra, il s’agit déjà d’un effet de « la destruction des conditions de travail » à l’œuvre depuis des années. « Moins il y a de professionnels, moins il y a d’infirmiers, moins les médecins ont envie de venir. Car il y a un ratio de professionnels autour des lits. Et les médecins n’ont plus envie de s’inscrire dans la psychiatrie publique », constate l’éducatrice spécialisée, qui pointe « des éléments structurels ». Le projet de la direction n’est ainsi pas tombé du ciel. « Les réorganisations au CHAI s’inscrivent dans ce contexte-là », souligne-t-elle.

« Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »

Sandra et Manon confirment les propos tenus par les représentants CGT face à l’ARS : « Dès que nos conditions de travail se dégradent, ça a toujours un impact à la fin sur le patient. Nos revendications, ce n’est pas uniquement des lits pour notre confort, c’est aussi la question des conditions d’accueil de nos patients. »

La CGT manifestait devant le conseil départemental le 26 juin, afin d’interpeller la présidente du conseil de surveillance Annie Pourtier, vice-présidente du département de l’Isère, qu’elle rencontrera lundi 20 juillet.

Toutes deux mentionnent un impératif « d’intérêt général », à savoir « prendre soin des personnes qui sont en situation de grande détresse et de vulnérabilité sociale ». Chose devenant malheureusement « de plus en plus compliquée ». Et in fine, « ça pourrait représenter un danger », affirme Manon. « Car si on ne peut pas accueillir tous les patients qui le nécessitent, on risque de se retrouver avec des patients qui ne pourront pas avoir recours aux soins. »

« Le financement de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain »

Éternel parent pauvre de la santé publique, la psychiatrie est ainsi déconsidérée une nouvelle fois. Infirmière au CHAI depuis plus d’une décennie, Manon n’a d’ailleurs « jamais vu [ses] conditions de travail ni les soins s’améliorer. J’ai plus connu de la dégradation qu’autre chose », assène-t-elle.

Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas sont de toute façon formels : « Le financement actuel de la psychiatrie ne répond pas aux besoins réels du terrain. » Ce que n’ont pas contesté les responsables de l’ARS, qui ont promis de faire remonter leurs alertes à l’échelon supérieur — eux n’ayant pas le pouvoir, à leur niveau, de débloquer des financements qui relèvent d’une politique nationale.

Économie de guerre et suppressions de postes

Cette politique de vaches maigres serait-elle plus ou moins volontaire de la part des pouvoirs publics ? Sandra en est persuadée. Pour elle, « on s’inscrit de plus en plus dans une économie de guerre ». Et de citer des propos du directeur sur « la menace russe » ou encore « une circulaire de François Bayrou, quand il était Premier ministre, qui recommandait de faire un pas de plus vers la rationalisation de la gestion de nos hôpitaux ».

La direction actuelle dans le viseur des soignants.

Sandra et Manon évoquent également un autre enjeu caché de la réorganisation : les suppressions de postes. Si la direction avance masquée sur ce point, les deux collègues parlent d’une « économie de 49 postes » parmi les 1600 agents — dont 800 soignants — du Centre hospitalier Alpes Isère.

Cette situation globale entre pourtant en contradiction avec les ambitions nationales affichées pour la santé mentale. « Après 2025, la santé mentale demeure une grande cause nationale en 2026, rappellent les élus CGT. Les pouvoirs publics ont ainsi martelé leur volonté de « renforcer la psychiatrie, d’améliorer les parcours de soins, de réduire le recours à la contention et de promouvoir des pratiques plus respectueuses des droits des patients », se souviennent-ils.

La santé mentale reste officiellement « une grande cause nationale »

Mais derrière les annonces, les moyens ne suivent pas et impossible d’atteindre ces objectifs dans les conditions actuelles. « Les personnels du CHAI demandent des bras, des lits et des conditions de travail qui permettent d’assurer des soins dignes, continus et sécurisés », concluent Isabelle Guiga et Rafael de Bortoli-Vargas.

Blouses blanches en colère, au CHAI comme ailleurs.

Sans un réel engagement des autorités, celles-ci prennent le risque d’une vague de départs. Beaucoup, au CHAI, songent même à se réorienter, à l’image de Manon, qui entame une reconversion professionnelle. Et il sera bien difficile de compenser par la formation ou le recrutement. « Même en proposant des promotions à l’IFSI [NDLR : Institut de formation en soins infirmiers], ils n’arrivent pas à recruter. Les étudiants ne sont pas dupes, ils voient ce qu’il se passe sur le terrain. »

Sans changement à 180 degrés, Sandra et Manon sont assez pessimistes pour la suite. L’infirmière est lucide : « Ce sont des métiers de passionnés mais il y a des limites. Nos plannings, c’était le dernier truc attractif du CHAI, selon moi. S’ils suppriment ça… »

Les femmes, premières victimes de la réorganisation

Léa Martinez Comelli, animatrice du collectif droit des femmes à l’union départementale CGT Isère, en est convaincue : le projet de réorganisation du temps de travail portée par la direction du CHAI va « encore une fois reposer majoritairement sur les femmes ». Tout simplement, explique-t-elle, « parce que c’est encore elles qui ont pour énorme partie — 80/20 de répartition femmes-hommes — la charge domestique et éducative, et on a un emploi féminin à plus de 75 %. Donc c’est sur elles, d’abord, que va reposer cette contrainte des réorganisations de services. »

La responsable syndicale adresse un message à la direction et aux autorités de tutelle : « On sait que ça a été appliqué dans énormément d’hôpitaux mais on reste en résistance au CHAI et on va continuer à le rester. Car il n’y a pas de demande des agents pour passer à ces maquettes organisationnelles et modifier drastiquement leurs conditions de travail. »

Cet article La CGT du CHAI à l’ARS : une réorganisation « au détriment des agents et des patients » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 16.07.2026 à 21:52

Manuel Pavard

Les chiffres sont éloquents. Cette année, en France, plus de 320 000 personnes sortent de Parcoursup sans affectation, venant grossir le flot des sans-facs. « Pour l’année prochaine, nationalement, 5 700 places ont été supprimées en première année de licence sur Parcoursup », complète Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble. « Et on compte 13 % de places en moins sur Mon Master, soit environ 23 000 places, alors que le nombre de candidats augmente. » Conséquences, certains cursus sont saturés, avec des refus presque systématiques. Par exemple, en master de psychologie, les probabilités d’être accepté aujourd’hui après avoir validé une licence oscillent entre 1 et 5 %, selon une enquête de l’Association des enseignants-chercheurs de psychologie des universités (AEPU).

Les sans-facs et leurs soutiens tapent sur les vitres du bâtiment pour attirer l’attention des représentants de la présidence… qui ne descendront pas les rencontrer.

Plus globalement, « ces dernières années, c’est en moyenne un·e étudiant·es sur trois qui se retrouve sans admission satisfaisante à l’issue des phases complémentaires de ces plateformes », soulignent différentes organisations (UNEF, UEG, Solidaires étudiant·e·s, CGT FERC Sup, CAAEI, SIAG, Cisem, NPA‑R jeunes, UCL, Jeunes Insoumis) dans un communiqué commun. Syndicats étudiants ou de personnel, partis, mouvements de jeunesse, associations… Tous appelaient à se rassembler ce mercredi 15 juillet devant le bâtiment de la présidence de l’Université Grenoble Alpes (UGA) afin de soutenir le collectif des sans-facs dans son initiative.

Déjà une trentaine de dossiers déposés et encore plus à la rentrée

Dans le cadre de la campagne pilotée par l’UNEF Grenoble, celui-ci organisait un dépôt collectif des dossiers de recours des étudiants recalés avant l’inscription en licence ou en master. Lesquels sont de plus en plus nombreux. « C’est une campagne qu’on mène tous les ans mais la sélection est chaque année de plus en plus brutale et de plus en plus importante », constate Léonce Subtil. Illustration, entre juin et octobre 2025, le collectif avait soutenu une dizaine de postulants, in fine tous inscrits à l’issue d’un long et âpre combat. Un chiffre déjà largement dépassé, cet été, après seulement quelques semaines de mobilisation.

« Étudier est un droit, pas un privilège », rappellent les pancartes et les slogans scandés par les manifestants.

« Il y a actuellement une trentaine de dossiers déposés ou en cours de dépôt », précise ainsi le représentant de l’UNEF. « Une trentaine qu’on demande à l’Université Grenoble Alpes d’inscrire, ajoute-t-il, sachant que la campagne, elle, va continuer ». Le syndicat étudiant propose des permanences quasi quotidiennes sur le campus depuis les résultats de Parcoursup, le 2 juin, et ce, jusqu’à la fermeture de la fac, le 24 juillet au soir, avant de reprendre début septembre. D’ici là, d’autres étudiants devraient rejoindre la campagne des sans-facs, comme à la rentrée 2025. « Beaucoup de gens sont encore sur liste d’attente ou en tout cas ne savent toujours pas s’ils sont acceptés ou non », explique le militant.

Les drapeaux de l’UNEF aux premières loges.

Ce dernier fustige par ailleurs l’absence de réponse de la présidence de l’UGA, que ce soit au mail de l’UNEF la semaine dernière ou aux sollicitations des sans-facs manifestant devant le bâtiment. Pourtant, dans ce type de cas, c’est bien la présidence de l’université qui décide en dernier ressort, ayant « le pouvoir d’inscrire qui elle veut », affirme Léonce Subtil. Avant cela, une commission étudie les dossiers. « Mais on connaît le fonctionnement de la sélection à l’université, c’est un peu du travail à la chaîne », nuance le responsable syndical. « Et dans les filières où il y a très peu de place, comme psycho ou droit, les refus sont quasiment automatiques. »

« Les situations personnelles ne sont pas prises en compte »

En outre, le choix final s’appuie essentiellement sur les notes et « ne prend pas du tout en compte les situations personnelles », déplore-t-il. C’est d’ailleurs ce que regrette Loubna [le prénom a été modifié], arrivée durant l’année 2023–2024 d’Algérie où elle était étudiante en L3 biologie. Venue en France pour rejoindre son père, qui souffre d’un handicap, elle a tenté de s’inscrire en troisième année de licence à l’UGA mais est recalée depuis plus de deux ans via Parcoursup. Qu’elle plaide sa situation personne et familiale particulière ou qu’elle mette en avant son cursus universitaire, rien n’y fait. Motif invoqué : « résultats scolaires insuffisants ».

Les manifestants ont écouté les prises de parole successives des organisations présentes.

Un argument que réfute vivement Loubna : « J’ai un Bac+2 en biologie et en Algérie, nos études étaient en français. En plus, j’ai un bon niveau de français en TCF et j’ai même passé un test de français ici, à l’université », assure-t-elle. Désespérée par les refus d’inscription successifs, l’étudiante a finalement décidé de passer le Bac français en juin dernier… « Puisqu’ils semblent avoir un problème avec mon Bac algérien », justifie-t-elle.

Problème, « les vœux sur Parcoursup sont prévus avant les épreuves ». Ses très bons résultats et son succès n’ont pas été pris en tête. « Je suis sur liste d’attente, beaucoup trop loin », se lamente l’Algérienne. Malgré son Bac obtenu dans deux pays différents, malgré ses deux années de licence validées en biologie. Loubna s’est donc rapprochée de l’UNEF et du collectif des sans-facs, avant de déposer un dossier de recours ce mercredi. « Je suis même prête à m’inscrire en L1 », confie-t-elle. « Je n’ai pas le choix. Eux [NDLR : l’administration de l’UGA], ils veulent juste qu’on aille travailler dans les magasins. »

« La sélection, […] c’est un choix politique qui s’inscrit dans une politique beaucoup plus large du gouvernement, de casse de l’université. »

Pour Léonce Subtil, c’est justement cette fausse alternative que le ministère et donc le gouvernement entendent soumettre à une partie des étudiants. « Après le Bac, si tu ne vas pas à l’université, si t’es refusé sur Parcoursup ou Mon Master, t’as deux options : soit tu vas travailler à McDo ou dans un autre travail précaire, soit tu vas faire le nouveau service militaire qu’ils ont mis en place », décrypte-t-il, pointant la recherche par le patronat d’une « main d’oeuvre peu qualifiée, précaire et qu’on paye ainsi moins bien ». Besoins auxquels les universités accepteraient honteusement de se plier, estime-t-il.

Un rassemblement qui a fait du bruit.

Parmi les manifestants, beaucoup en sont convaincus, la situation actuelle ne doit rien au hasard. « La sélection, ce n’est pas juste le hasard de la vie. C’est un choix politique qui s’inscrit dans une politique beaucoup plus large du gouvernement, de casse de l’université », assène le président de l’UNEF Grenoble. Et de citer l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires — appliquée en principe à la rentrée 2027 à l’UGA — avec des projets de hausse généralisée par la suite, ou encore la volonté de développer les partenariats public-privé. « Aujourd’hui, l’université n’est plus pensée pour être au service des étudiants, mais pour être rentable et au service des entreprises. »

L’inscription, une nécessité pour beaucoup d’étudiants

Léonce Subtil comme plusieurs étudiants concernés évoquent également la question du « stress » qui gagne les sans-facs, dans l’attente du précieux sésame. « Car l’inscription, ce n’est pas juste l’accès à l’université », rappelle le militant. « Il y a des gens qui ont besoin de venir étudier pour avoir le statut étudiant qui permet d’accéder aux bourses et à certaines aides, d’autres fois pour changer de ville ou pour s’éloigner de situations familiales compliquées. »

Emmanuel Omolongo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI), est intervenu au micro.

Pour beaucoup d’étudiants étrangers, déjà inquiets face à la suppression des allocations logement et à la fin d’exonération des droits d’inscription différenciés en 2027, « être inscrit à l’université est indispensable pour renouveler son titre de séjour », souligne Emmanuel Omolongo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI). « Ce ne sont pas seulement des dossiers, des procédures, que les algorithmes vont traiter », conclut l’étudiant béninois. « Mais ce sont des vies et des accomplissements avec lesquels on en est en train de jouer actuellement. »

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Publié le 10.07.2026 à 21:18

Travailleur Alpin

« Ce post est prêt depuis longtemps. » Ainsi débute la publication postée par Lauren Viguier sur Instagram, ce jeudi 9 juillet, pour commenter son exclusion et celle de son colistier Thomas Mandroux du groupe LFI au conseil municipal de Grenoble. Information que les deux élus affirment avoir « apprise par voie de presse » — en l’occurrence via un article du Dauphiné libéré. « Nous n’avons reçu aucun message, appel ou mail de la part du groupe, seulement constaté que nous n’étions plus dans les boucles Telegram des élu·es », s’exclament-ils dans un communiqué commun diffusé également ce jeudi.

Depuis leur participation au conseil municipal d’installation de Laurence Ruffin, le 27 mars, Lauren Viguier et Thomas Mandroux, élus à la suite de l’accord technique conclu dans l’entre-deux-tours entre les listes d’Allan Brunon et de la future maire de Grenoble, n’étaient plus réapparus sur les bancs de la France insoumise. Une absence qui interrogeait et que les récents événements éclairent donc d’un jour nouveau.

« Traitée en traîtresse »

De fait, le ver était dans le fruit depuis de longues semaines, comme le confirme Lauren Vigiuier sur le réseau social. Ce post, la conseillère municipale et métropolitaine avait en effet « commencé à l’écrire depuis le jeudi 23 avril 2026, jour du conseil métropolitain d’installation ». Ce jour-là, la séance, émaillée d’interminables suspensions et discussions, s’était achevée, au bout de treize heures, par le malaise du futur président Guillaume Lissy, au coude-à-coude avec Raphaël Guerrero.

Allan Brunon au conseil métropolitain d’installation, fin avril.

C’est aussi là qu’étaient apparues les premières fissures dans le groupe LFI, selon Lauren Viguier, qui explique aujourd’hui s’être opposée au maintien de la candidature d’Allan Brunon. « Je tente en vain d’éviter le pire : que la droite gagne la présidence de la métropole », raconte-t-elle. « Traitée en traîtresse » tout au long de la réunion de groupe, la désormais ex-élue insoumise s’insurge également du contenu des tractations menées entre Allan Brunon et Guillaume Lissy. « Il n’est nullement question d’avancées sociales et de mesures programmatiques, mais de petits postes pour lui et ses copains, et d’indemnités de mandat », accuse-t-elle, évoquant des « négociations absolument indignes d’un membre de la France insoumise ».

« Il était physiquement impossible d’exercer notre mandat dans ces conditions. »

Pour cette dernière comme pour Thomas Mandroux, le coupable de la rupture actuelle est clairement identifié. Tous deux dénoncent ainsi une « nouvelle violence » commise à leur encontre par le candidat LFI aux municipales, dont ils pointent les propos et les actes « violents, autoritaires, sexistes, LGBTphobes ». Face à un acharnement qu’ils qualifient de « harcèlement moral », il était, selon eux, « physiquement impossible d’exercer [leur] mandat dans ces conditions ». Il en allait de leur santé, affirment-ils.

Lauren Viguier et Thomas Mandroux assurent toutefois regretter de porter sur la place publique une polémique qui aurait dû rester et se régler en interne. « Par cette énième purge, Allan Brunon prend le risque de salir l’image de notre mouvement », déplorent les élus. Ceci, alors que « des démarches en interne étaient en cours » auprès des différentes instances compétentes de la France insoumise. Et qu’une demande de médiation par l’intermédiaire de la députée Élisa Martin aurait été refusée par le président du groupe LFI, d’après les deux exclus.

Trahison des principes contre calomnie et désaccords politiques

Ciblé nommément par ses anciens colistiers, Allan Brunon réagit d’abord froidement aux sollicitations du Travailleur alpin, maintenant sa position de « ne pas répondre à l’organe local de propagande du Parti communiste français ». Il prend néanmoins le temps de glisser un message au ton menaçant, invitant « certains à la prudence », avant de fustiger « la calomnie utilisée par ces deux militants pour masquer des problèmes politiques qu’ils ont avec la ligne de notre mouvement ».

Jean-Luc Mélenchon à Vencorex en mars 2025 : Lauren Viguier et Thomas Mandroux assurent qu’ils soutiendront le leader insoumis lors de la campagne présidentielle 2027. © Manuel Pavard

Une rupture liée à de banals désaccords politiques ? La thèse ne tient pas, rétorquent Lauren Viguier et Thomas Mandroux — membre du parti Révolution écologique pour le vivant (REV) d’Aymeric Caron — qui se disent fidèles à l’idéal insoumis originel, accusant Allan Brunon de « trahir constamment les principes » de la France insoumise. Eux le promettent, ils continueront à faire campagne pour Jean-Luc Mélenchon en vue de la présidentielle 2027 ainsi qu’à se battre pour le passage à la VIe République et pour l’avènement de « la nouvelle France ».

« Pour également nous concentrer sur la victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 et la défaite du péril fasciste, nous présenterons notre démission de nos mandats municipaux et métropolitains. Nous rembourserons intégralement les indemnités perçues à ce titre », conclut le binôme.

Qui les remplacera aux conseils municipal et métropolitain ?

Aucun des treize colistiers LFI initiaux ne figurant au-delà de la 46e place, les deux sièges laissés vacants au conseil municipal par la démission de Lauren Viguier et Thomas Mandroux ne pourront revenir à d’autres élus insoumis. Selon l’arithmétique, ce sont donc les deux suivants sur la liste, Myriam Messaoudi (47e) et Mohamed Belhadj (48e), tous deux élus sur la liste Oui Grenoble de Laurence Ruffin, qui devraient siéger en théorie au conseil municipal.

Au premier plan, Michelle Sy (Oui Grenoble), qui devrait prendre la place de Lauren Viguier à la métropole.

La question se pose également pour la métropole de Grenoble puisque Lauren Viguier était conseillère métropolitaine. Et selon la même logique, c’est Michelle Sy, autre élue Oui Grenoble et 29e sur la liste des candidats au conseil communautaire, qui lui succédera sur les bancs de cette assemblée.

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Publié le 10.07.2026 à 10:53

Martine BRIOT

C’était leur souhait, savoir exactement à quoi correspondent les taxes millefeuille du papier bleu électrique. Rudy Prepoleski, secrétaire du syndicat CGT énergie Isère, était invité à décortiquer l’historique d’EDF pour expliciter la situation actuelle, née en 1905 de l’Éclairage en France, devenue entreprise nationale en 1946 (loi de la nationalisation de l’électricité et du gaz élaborée par Marcel Paul, ministre communiste) après des années de lutte de la CGT. Jusque-là tout est clair ! EDF entreprise florissante, novatrice et qui plus est, une entreprise où il fait bon travailler! En effet, dès 1947, cette entreprise se dote d’un comité d’œuvres sociales qui font des envieux.

En 1996, les premières directives européennes de l’ouverture du marché de l’électricité et du gaz vont tout faire basculer. Ces directives élaborées par la Commission européenne sont la traduction concrète de décisions prises antérieurement par le Conseil européen, c’est-à-dire la réunion des chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union européenne.

Doucement, mais sûrement, en huit ans la structure d’EDF vole en éclats. EDF devient une société anonyme et une autre société est créée pour le transport de l’électricité, le Réseau de transport d’électricité (RTE). Jusqu’alors, nous étions usagers, mais le 2 août 2004, nous sommes devenus clients différents – gros industriels, professionnels et consommateurs domestiques – de plusieurs producteurs, plusieurs transporteurs et plusieurs fournisseurs.

La traduction de ces évolutions figure sur votre facture. Des taxes, quelles taxes, pour qui, pourquoi ?

  • La Contribution tarifaire d’acheminement (CTA) est une taxe acquittée depuis la création de l’entreprise sur le montant des factures. Depuis cinq ans, la collecte de cette taxe est supérieure aux charges à couvrir, générant un excédent croissant, injustifié et alourdissant indûment les factures.
  • La Taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) anciennement CSPE : cette taxe, initialement destinée à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables éoliennes et solaires, est de plus en plus utilisée au financement de budget de l’État.
  • La petite dernière, le Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) permet de payer les réseaux d’infrastructure des transports d« électricité, leur renforcement, mais aussi les dividendes des actionnaires de l’entreprise !

Toutes ces taxes sont soumises à la taxe globale finale, la célèbre TVA au taux de 20%. Si l’on calcule bien, et comme le souligne la CGT, la facture pourrait être moins salée!

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