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Le Travailleur Alpin

Publié le 19.09.2026 à 06:14

Travailleur Alpin

Le soutien reçu dans les locaux du Secours populaire commence par un colis alimentaire et un bon accueil, sans jugement — même les personnes venant en voiture peuvent connaître un épisode de vie très compliqué. Nabil Chetouf, secrétaire général du Secours populaire de l’Isère, défend l’idée que « la misère n’appartient à personne », soulignant que nous avons très probablement, dans notre entourage, au moins une personne touchée. Plus de 20 000 personnes ont ainsi été aidées en Isère par les 3 980 bénévoles de l’association, durant la première moitié de l’année 2026.

Des chiffres qui correspondent aux impressions d’augmentation de besoins sur le terrain de la part des bénévoles. Et qui confirment les enseignements du vingtième sondage Ipsos/Secours populaire, centré cette année sur la précarité énergétique. D’après ce dernier, 40 % des Français actifs estiment que leur travail ne suffit plus et ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses (+10 points par rapport à 2025) tandis que 71 % des Français sont inquiets pour leur capacité à faire face à la hausse du carburant (+13 points).

Après avoir quitté son ancien siège de la rue des Trembles, le SPF 38 vient d’emménager dans son nouveau siège, rue des Alliés.

Le Secours populaire favorise l’entraide, l’émancipation et invite chacun·e à agir pour ne laisser personne au bord de la route. Illustration avec les mineur·es, qui représentent 38 % des bénéficiaires des aides fournies par l’association, selon Zoé Constantini, coordinatrice départementale ressources et communication. Des aides qui ont continué pendant l’été et qui s’étendent bien au-delà de simples colis alimentaires (accès aux droits, aux soins, à l’éducation, aux vacances…).

Un appel aux soutiens de toutes sortes

« La place des associations comme le Secours populaire français est irremplaçable. Elle ne doit ni être sous-estimée, ni instrumentalisée, ni affaiblie », indique le SPF 38. Nabil Chetouf rappelle ainsi que l’État ne pourrait pas faire face si toutes les associations arrêtaient leurs actions. Celles-ci ont donc besoin de soutien de la part des collectivités et de toutes les bonnes volontés.

Concernant le Secours populaire de l’Isère, le responsable associatif sollicite les bénévoles de tous profils. Qualités requises ? Le sens de l’accueil mais aussi la capacité à inspirer confiance aux bénéficiaires, afin que ceux-ci puissent s’ouvrir sur leur situation personnelle. Il lance également un appel pour des espaces de stockage — actuellement un « point noir » — dont les besoins sont de 1500 à 2000 m² pour l’Isère. Cependant il se gardera bien de communiquer leurs emplacements suite aux cambriolages dont ils ont malheureusement été la cible ces dernières années. On songe notamment à celui commis juste avant Noël en 2023, dans un de leur plus grand entrepôts, à Échirolles. Cambriolage qui leur a valu un préjudice de plusieurs centaines de milliers d’euros.

À l’intérieur du bâtiment.

Toujours au rayon des besoins, l’association lance également un appel pour remplacer l’un de ses véhicules, actuellement cassé. M. Chetouf souhaite par ailleurs étudier la possibilité de s’associer à des agriculteurs pour la collecte de denrées. Enfin, un repas de soutien sera organisé par le Secours populaire, au tarif de 250 euros, déductible d’impôts (soit 85 euros de la poche des contributeurs et contributrices après déduction).

Une précarité qui augmente partout en Europe

Dans un contexte où la précarité augmente, Nabil Chetouf note en tout cas une augmentation des tensions. Des personnes ne mangent ainsi qu’un repas par jour dans la septième puissance économique mondiale alors que les grandes fortunes professionnelles françaises ont vu leur patrimoine multiplié par 6,6 entre 2005 et 2025.

Le constat de l’installation de la précarité n’est malheureusement pas meilleur à l’échelle de l’Europe : presque trois Européen·es sur dix (29 %) se déclarent en situation de précarité et 24 % peinent également à se chauffer suffisamment, selon le baromètre Ipsos/Secours populaire.

Chez nos voisins, 72 % des Allemands estiment qu’il sera plus difficile pour les prochaines générations de trouver un emploi stable (12 % de plus qu’en 2025). Ce qui laisse des personnes avec des salaires insuffisants pour maintenir une situation de vie stable, d’après Der Paritätische, partenaire allemand du Secours populaire. De leur côté, 62% des Italiens déclarent se sentir isolés socialement (+10% par rapport à 2025). L’une des raisons poussant Arci, partenaire italien du Secours populaire, à organiser des fêtes ouvertes à tous sur des places publiques.

Heureusement, face à cette situation, 57 % des Européens se disent aujourd’hui prêts à s’engager bénévolement dans une association. La solidarité sera peut-être notre notre alliée face aux difficultés et aux défis de taille que rencontre notre société.

Cet article Grenoble. Le Secours populaire lance sa campagne « pauvreté — précarité » est apparu en premier sur Travailleur alpin.


Publié le 18.09.2026 à 17:54

Manuel Pavard

C’est une histoire qui raconte le racisme d’une époque et d’un pays, la décolonisation jamais achevée de ces anciens « confettis de l’empire » qu’on appelait départements d’outre-mer (DOM) [NDLR : devenus aujourd’hui les départements et régions d’outre-mer (DROM)]. Celle de ces mineurs réunionnais qu’on a surnommés « les enfants de la Creuse ». Et ce, même si la Creuse n’est que l’un des 83 départements concernés. « Il y en a eu aussi en Isère », confie Marie-Germaine Périgogne. De passage dans le département du lundi 14 au mercredi 16 septembre, à l’invitation de l’association AlterÉgaux Isère, elle est venue présenter son livre, Les déracinés de la Réunion (Nouvelles Sources). Et ainsi narrer « l’histoire des 2015 enfants réunionnais arrachés à leur terre natale comme des objets, de 1962 à 1984 ».

Un épisode aussi honteux et scandaleux que méconnu, du moins en métropole. « Je suis intervenue dans quatre classes aujourd’hui, en collège et lycée, et aucun élève n’en avait entendu parler », constate celle qui est devenue l’une des figures de ce combat, en tant que présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM et directrice de campagne en France pour l’initiative Justice Europe. Une méconnaissance qui n’équivaut toutefois pas au désintérêt. Au contraire même. « J’ai été vraiment contente d’échanger avec eux parce qu’ils étaient intéressants et intéressés », se félicite-t-elle.

La « machination » mise en place par Michel Debré

Pour mieux comprendre, il faut « se replonger dans les années 60 ». À l’époque, « La Réunion était un département très pauvre », explique Marie-Germaine Périgogne. « Et quand Michel Debré arrive comme député de La Réunion, après avoir été Premier ministre du général de Gaulle, il a peur de la démographie galopante de l’île ; peur aussi d’une explosion sociale, de ces enfants qui risquent de devenir des délinquants ou des futurs contestataires. » Voire de s’emparer des revendications autonomistes croissantes, portées notamment par le Parti communiste réunionnais (PCR).

Monument aux enfants de la Creuse à l’aéroport de La Réunion-Roland-Garros. © Rémih, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’homme va alors mettre en place « une machination », poursuit-elle. À savoir « prélever le maximum d’enfants, des bébés jusqu’aux adolescents, pour les transplanter, déplacer, déraciner, déporter dans des zones rurales de l’Hexagone ». Michel Debré espère ainsi faire d’une pierre deux coups : réduire la (jeune) population locale donc, mais également repeupler certains départements métropolitains victimes de l’exode rural, comme la Creuse, le Tarn, le Gers, la Lozère, les Pyrénées-Orientales…

« La fratrie de six a été éclatée »

C’est dans ce contexte que Marie-Germaine Périgogne, née à Bois-de-Nèfles Saint-Paul, dans l’ouest de La Réunion, a été exilée dans la Creuse, à l’âge de 3 ans. « J’ai su par la suite que ma mère biologique était gravement malade, donc j’ai été placée à la pouponnière de Saint-Denis pendant un an. Et après, je suis partie en 1966, avec le plus grand nombre d’enfants. » Elle fait en effet partie des quelque 200 enfants réunionnais envoyés cette année-là dans la Creuse — le plus gros transfert de ce programme de déportation.

Marie-Germaine Périgogne embarque dans l’avion avec ses cinq frères et sœurs. Sans savoir qu’elle ne les reverra pas avant treize longues années. Car à l’arrivée dans le foyer, à Guéret, « la fratrie de six a été éclatée », raconte-t-elle. « Les trois premiers sont restés à la DDASS jusqu’à leur majorité et les trois derniers adoptés par des familles différentes. Moi, je me suis retrouvée dans une famille d’accueil où j’ai été maltraitée pendant quatre ans. C’était l’enfer ! »

« À l’âge de 16 ans, j’ai découvert par hasard un document disant que j’avais une autre identité, que je m’appelais en réalité Marie-Germaine Périgogne, née à Bois-de-Nèfles Saint-Paul, à La Réunion. »

Heureusement, après ces « quatre années de maltraitance », la fillette est « adoptée par une famille aimante, dans le village de La Brionne ». En revanche, « le racisme puissance 10, dans la Creuse des années 60, ça a été horrible », se souvient-elle. « Et je regrette d’avoir vécu dans le mensonge pendant tant d’années. » N’ayant aucun souvenir des trois premières années de sa vie passées à La Réunion, Marie-Germaine Périgogne croit s’appeler Valérie Lavaud (le nom de famille de ses parents adoptifs), née à La Brionne, dans la Creuse. Pourtant, le nom, la date, le lieu de naissance… « Tout était faux ! »

« J’avais quand même beaucoup de questionnements par rapport à ma couleur de peau, mes cheveux crépus », reconnaît-elle. « Je trouvais que je ne ressemblais pas du tout à mes parents. Mais quand j’en parlais à ma mère, elle me montrait une photo de mon père en me disant ‘mais si, regarde ton papa, il est bronzé, tu lui ressembles’. On m’a tellement martelé ‘je suis ton papa, je suis ta maman’ que j’y ai cru. »

Marie-Germaine Périgogne raconte dans son livre la découverte de sa véritable identité, à l’âge de 16 ans. © Manuel Pavard

C’est à l’adolescence que tout va basculer. « À l’âge de 16 ans, j’ai découvert par hasard un document disant que j’avais une autre identité, que je m’appelais en réalité Marie-Germaine Périgogne, née à Bois-de-Nèfles Saint-Paul, à La Réunion », relate-t-elle. Le choc est immense : « Là, je me dis, ce n’est pas possible, qui suis-je en fin de compte ? Ça a été un tsunami d’émotions, de la colère, de la haine, de la frustration… J’en ai énormément voulu à mes parents adoptifs. »

« J’ai appris que j’avais des frères et sœurs qui habitaient à Guéret’

Pour l’adolescente qui, jusque-là, travaillait bien à l’école, « c’est la chute totale : j’ai redoublé ma première, j’ai loupé mon Bac », énumère-t-elle. Valérie/Marie-Germaine n’est en outre pas au bout de ses surprises : « Ma mère m’a appris que j’avais des frères et sœurs qui habitaient à côté… À Guéret. C’est-à-dire que je les croisais dans Guéret sans savoir qu’ils étaient mes frères et sœurs. À ce moment-là, j’ai donc décidé de les retrouver un par un. Et je les ai retrouvés un par un. »

Difficile malheureusement de rattraper le temps perdu et cette « enfance volée » lorsqu’on n’a pas grandi ensemble. « J’étais contente de les retrouver mais le sujet de l’exil était tabou, on n’en parlait pas entre nous », avoue la Réunionnaise dont l’un des frères aînés, submergé par les émotions, « n’a pas supporté » le choc de ces découvertes. « Il s’est pendu, à 32 ans. »

Seuls les communistes réunionnais avaient dénoncé un « trafic d’enfants » en 1968

Pendant des années, Marie-Germaine Périgogne continue sa vie dans la Creuse, en laissant ses innombrables questions enfouies dans un coin de sa tête. À l’époque, rien n’était encore sorti dans les médias nationaux. Seuls les communistes réunionnais avaient dénoncé un « trafic d’enfants » dans leur journal, Témoignages, en 1968. « J’étais persuadée qu’on n’était qu’un tout petit groupe dans ce cas, et uniquement dans la Creuse. » Et puis, survient un nouveau tournant : « En 2002, j’entends à la radio Jean-Jacques Martial qui porte plainte contre l’État pour vol, viol et séquestration. »

Pour la première fois, ce scandale d’État est évoqué dans la presse, y compris au journal télévisé. Un déclic ! « J’ai absolument voulu comprendre cette adoption, pourquoi j’avais deux actes de naissance. Donc je suis partie à La Réunion à la recherche de mes origines, de mes racines, à la recherche de moi-même. » En arrivant sur l’île, Marie-Germaine — qui, à cette époque, s’appelle encore officiellement Valérie Lavaud — entame des démarches tous azimuts mais « toutes les portes se ferment ». Les verrous institutionnels sont trop nombreux.

La loi du 29 juin 2026 permettra des réparations mémorielles et financières

Nullement découragée, elle réalise surtout qu’elle ne peut lutter seule. Ce qui l’amène à adhérer à l’association réunionnaise Rasinn anler. « C’est à ce moment-là que le combat collectif commence », souligne-t-elle. Un combat jalonné d’étapes décisives. 2014, Ericka Bareigts, députée socialiste de La Réunion, porte à l’Assemblée nationale une résolution qui reconnaît la « responsabilité morale » de l’État français. 2016–2018, la commission Vitale : une commission d’experts, présidée par le sociologue Philippe Vitale, réalise une étude sociologique et historique qui débouche sur un rapport.

Et puis, le moment crucial arrive en 2026. Approuvée à l’unanimité à l’Assemblée nationale en janvier et au Sénat le 16 juin, la loi portée par la députée réunionnaise Karine Lebon (groupe GDR, communiste et ultramarin) est promulguée le 29 juin dernier. Le texte permettra d’instaurer des réparations mémorielles et financières. Il prévoit ainsi la création d’une commission pour la mémoire, l’institution d’une journée commémorative le 18 février et l’ouverture d’un droit à réparation sous forme d’allocation forfaitaire versée par un fonds mis en place par l’État.

« L’État nous a volé notre enfance »

Des réparations essentielles pour « le devoir de mémoire », affirme Marie-Germaine Périgogne. « La France reconnaît ses fautes et reconnaît nos traumatismes. Mais pour nous, c’est un soulagement. Cette victoire, nous pouvons en être fiers. La Réunion peut être fière de ce que nous avons fait. » La présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM n’oublie pas les nombreux coupables : « Michel Debré a impulsé ce transfert d’enfants mais il y a eu toutes les complicités, à La Réunion comme en métropole (la mairie de La Brionne, sans doute le conseil général de la Creuse…). Les collectivités, les partis, l’église, l’armée. C’est une affaire politique, un mensonge d’État. »

Espace de mémoire pour les victimes, à Saint-Philippe, sur l’île de La Réunion. © Tux-Man, CC0, via Wikimedia Commons

Si Marie-Germaine Périgogne a fini par pardonner en partie à ses parents adoptifs, après avoir longtemps éprouvé un sentiment de « trahison », elle reste en revanche particulièrement remontée contre les autorités. « Je le dis clairement, l’État nous a volé notre enfance », assène-t-elle. « De quel droit peut-on décider de l’avenir d’un enfant comme ça ? » Si elle a heureusement fini par atterrir dans une famille malgré tout aimante, d’autres ont été plus mal lotis : « Il y a eu tellement d’histoires inhumaines, de violences sexuelles, d’abus… Beaucoup ont été battus, brimés, ont servi de main d’œuvre gratuite pour les agriculteurs locaux. »

« J’ai retrouvé mon identité, en septembre 2024. Ce jour-là, ça a été comme un trésor qu’on offre à un enfant. Une renaissance même. »

De son côté, la sexagénaire vit aujourd’hui à La Réunion où elle est retournée vivre en 2020 et où elle a retrouvé son père biologique, la même année. « C’est mon île, c’est ma terre, c’est chez moi. Même si je ne me sens ni de là-bas ni d’ici, je suis Réunionnaise avant tout dans mon cœur, dans mon sang, dans mon âme », souligne-t-elle

Surtout, Valérie Lavaud a définitivement et officiellement laissé la place à Marie-Germaine Périgogne. « J’ai retrouvé mon identité, en septembre 2024. Ce jour-là, ça a été comme un trésor qu’on offre à un enfant. Une renaissance même, 58 ans après mon exil, à 61 ans. » Une émotion particulièrement « intense », mais qui n’a pas non plus effacé ses années creusoises. Au point qu’elle a « demandé à [s]‘appeler Marie-Germaine Valérie Périgogne ». Comme une synthèse de sa double culture et de ses deux identités.

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Publié le 16.09.2026 à 17:49

Manuel Pavard

Le symbole serait fort. Si tout se passe bien, Laurence Ruffin effectuera son premier déplacement international en Palestine, plus précisément à Bethléem, en Cisjordanie occupée, « dans l’année qui vient ». C’est Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, qui a remis une invitation officielle à la maire de Grenoble, ce mardi 15 septembre au soir, lors d’une entrevue dans son bureau de l’hôtel de ville, devant les médias locaux. L’élu faisait partie, avec son épouse et avec Carmen Ghattas, directrice de la culture de la ville de Bethléem, de la délégation palestinienne en visite le jour même à Grenoble, dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

Laurence Ruffin et Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, mardi 15 septembre, devant la banderole accrochée sur la façade de la Maison internationale de Grenoble. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Une coopération qui se poursuit depuis quinze ans maintenant. « Quinze ans de projets communs autour de sujets qui sont chers à nos deux villes : la jeunesse, la culture, le patrimoine, la vie associative », a précisé Laurence Ruffin, vantant un « jumelage vivant ». À cette occasion, les représentants des deux municipalités ont accroché ce mardi matin sur la façade de la Maison internationale de Grenoble une banderole de soutien aux populations civiles de Palestine et du Liban, demandant « le respect du droit international et une solution à deux États », et apportant « la solidarité de Grenoble à la ville de Bethléem, au camp d’Aïda et à toutes les victimes de la colonisation ».

« Une société entière est en train d’être détruite »

Au cours du rendez-vous organisé en mairie, Laurence Ruffin a réitéré son indignation « face à l’horreur qui se déroule à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et les attentats terroristes perpétrés par le Hamas. La population civile palestinienne de Gaza subit une politique méthodique de destruction et d’anéantissement. Tous les signes d’un génocide sont réunis. Une société entière est en train d’être détruite », a‑t-elle dénoncé.

L’édile s’est montrée également « indignée face à la colonisation en Cisjordanie », évoquant les terres confisquées, les ressources accaparées et les violences des colons, de plus en plus nombreuses et de plus en plus graves ces dernières semaines. Une situation encouragée par le gouvernement Netanyahou, que « subissent de plein fouet » les habitants de Bethléem, a‑t-elle déploré.

« Ils volent l’accès à nos terres, à l’eau et aux ressources »

Considérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, Bethléem est pourtant « un symbole mondial de paix et d’espoir », a souligné Jerries Qarra’a. Malheureusement, « aujourd’hui, la réalité de nos vies est très dure », a‑t-il regretté. « Jérusalem se trouve à seulement quelques kilomètres de Bethléem, mais il y a des points de contrôle, il faut des permis et il y a un mur de séparation… Ce qui rend tout voyage très compliqué. »

La délégation palestinienne aux côtés des élus grenoblois, sur les marches de l’hôtel de ville. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Ainsi, « un travailleur qui souhaite se rendre à son travail ne sait pas s’il va y arriver, un étudiant qui doit aller à l’école ne sait pas si la route va être ouverte », a raconté l’élu palestinien. Et de poursuivre : « Plus de 67 % [de la surface] de Bethléem est en zone C, c’est-à-dire sous contrôle israélien. Nous ne pouvons pas construire des maisons librement, ni ouvrir des routes ou élargir nos écoles. » De leur côté, « les Israéliens s’installent continuellement et agrandissent leur occupation tout autour », s’est insurgé Jerries Qarra’a. « Selon le droit international, c’est illégal. Ils volent l’accès à nos terres, à l’eau et aux ressources. »

Un déplacement à Noël ou plus probablement en 2027

Dans ce contexte, le déplacement officiel à Bethléem sera donc lourd de sens pour Laurence Ruffin. « J’y porterai la solidarité des Grenobloises et des Grenoblois », a ainsi assuré la maire, qui entend « rencontrer les habitantes et les habitants de Bethléem, ceux du camp d’Aïda ». Car, a‑t-elle conclu, « la solidarité, c’est aussi de la présence ».

Laurence Ruffin aux côtés de Jerries Qarra’a, premier adjoint au maire de Bethléem, mardi 15 septembre, dans le bureau de la maire de Grenoble, à l’hôtel de ville. © Jean-Sébastien Faure / Ville de Grenoble

Reste à savoir à quel moment se fera ce voyage ? Jerries Qarra’a a cité une période précise : « Tout le monde est invité à Bethléem pour Noël. » La date est particulièrement symbolique, pour la cité de Cisjordanie. Mais Laurence Ruffin et son équipe se montrent plus prudentes — sans pour autant exclure cette option -, conscientes notamment des difficultés d’organisation et notamment de toutes les tracasseries administratives que peuvent imposer les autorités israéliennes. Ce sera donc au plus tôt en fin d’année et plus probablement courant 2027.

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Publié le 16.09.2026 à 00:52

Manuel Pavard

« Cela fait près de vingt ans qu’on subit l’austérité à l’hôpital public ! » Le constat de Damien Bagnis, secrétaire général de l’Union syndicale départementale CGT santé et action sociale (USD CGT 38), est partagé par la totalité des manifestants rassemblés ce mardi 15 septembre sur le parvis Belledonne du CHU Grenoble Alpes. Quels que soient leur service, leur établissement — au CHUGA ou au Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève — ou leur profession, tous décrivent une situation « catastrophique » qui dure et même s’aggrave d’année en année.

La CGT avait appelé à un rassemblement en début d’après-midi sur le parvis Belledonne de l’hôpital Nord, au CHUGA.

À Grenoble comme partout en France, la CGT entendait ainsi « lancer un mouvement » contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, à l’occasion de cette journée de mobilisation nationale du secteur. Un PLFSS 2027 attendu à l’Assemblée nationale en octobre, avec « des projets de baisse financière importante, des économies à faire sur la Sécu, et donc forcément sur les dotations aux établissements de santé publique », dénonce Damien Bagnis.

Damien Bagnis, secrétaire général de l’USD CGT 38 — santé et action sociale.

À ce stade, seules des bribes d’informations ont filtré sur le contenu de ce PLFSS. Néanmoins, confie le syndicaliste, « on sait déjà qu’il reconduirait une économie de 10 milliards d’euros, directement sur les hôpitaux, sans compter toutes les cases de remboursement sur la Sécurité sociale qui ont déjà commencé par décret, en plein été ». Et de citer le déremboursement de certains médicaments et le plafond annuel des franchises médicales qui passera de 100 à 140 euros le 1er octobre. « Ce sont les patients et les citoyens qui payent », souligne-t-il.

Aux urgences pédiatriques, des enfants dont « la vie peut être mise en danger »

Chez les soignants et autres agents hospitaliers présents ce mardi, les mêmes mots et les mêmes maux reviennent à chaque fois. Manque de personnel, manque de lits, salaires trop faibles, horaires à rallonge, pénibilité non reconnue… Et au final, des patients qui en payent le prix. Illustration avec les infirmières des urgences pédiatriques, qui n’en peuvent plus de tirer la sonnette d’alarme. « On est constamment en sous-effectif », déplore Céline [le prénom a été modifié]. « L’exemple flagrant, c’est aujourd’hui : on a normalement une équipe constituée de trois infirmières et trois auxiliaires de puériculture sur la zone de soins. Mais il n’y a qu’une ‘auxi’, au lieu de trois donc. Et s’il ne manque pas d’infirmière aujourd’hui, c’est récurrent. »

Une triste réalité, qui peut avoir de lourdes conséquences. « On a des enfants qui arrivent et qui nécessitent des soins urgents mais on ne peut pas être partout à la fois. Du coup, on ne peut pas les prendre en charge ni les surveiller comme on devrait, et leur vie peut être mise en danger », s’insurge-t-elle. Les infirmières se retrouvent ainsi fréquemment devant « des parents démunis et parfois agressifs », ce qui peut se comprendre lorsque la santé de leurs enfants est en jeu, reconnaissent-elles. Mais c’est à elles de devoir assumer les répercussions d’une situation dont elles ne sont pas responsables, chose particulièrement difficile à vivre.

Les infirmières des urgences pédiatriques parlent de conditions de travail « catastrophiques ».

Résultat des courses, « il y a un vrai ras-le-bol car on travaille dans des conditions catastrophiques », affirme Céline. D’un côté, des arrêts maladie en nombre, de l’autre, « des recrutements insuffisants à cause du manque d’attractivité du service. Les jeunes arrivent et ne restent que quatre ou cinq ans au maximum avant de repartir »« Et même moins », la coupe sa collègue. « Dernièrement, c’est même souvent six mois. » Alors, que faire ? « Il faut simplement que nos conditions de travail s’améliorent, pour rendre le métier plus attractif. »

Des soignants « encore plus fatigués » et un impact sur la qualité des soins

Autre établissement, autre type de patients, mais des problématiques similaires au CHAI. Plusieurs soignants de l’hôpital psychiatrique ont fait le déplacement au CHUGA. Depuis des mois, ceux-ci sont mobilisés contre le projet de réorganisation du temps de travail prévu par la direction. Laquelle n’a toujours pas renoncé. Franck Cocolon, aide-soignant et représentant du personnel CGT, fustige pourtant « des maquettes organisationnelles qui vont avoir un impact direct sur la qualité des soins et sur la qualité de la vie privée des professionnels ». Ceci dans le but annoncé de « réaliser des économies » alors que « le déficit annoncé initialement n’est pas existant », ironise-t-il.

Franck Cocolon, aide-soignant et représentant du personnel CGT au CHAI, était présent aux côtés d’autres soignants de l’hôpital psychiatrique de Saint-Égrève.

Avec ces nouveaux plannings de douze semaines modifiables sans leur accord, les agents vont « perdre la mainmise sur [leur] vie privée », s’inquiète Franck Cocolon. « Les temps de pause et les repos ne seront plus respectés, les congés ne seront pas pris quand nous en avons besoin mais quand nous pourrons les prendre… » Résultat des courses, des soignants « encore plus fatigués » donc des soins potentiellement de moins bonne qualité et in fine, des patients qui risquent de payer les pots cassés.

Manque de reconnaissance et d’attractivité

Pour couronner le tout, les rémunérations sont loin d’être à la hauteur, pour l’écrasante majorité des agents hospitaliers. Exemple parmi d’autres, Cynthia, ouvrière professionnelle (OP) à la stérilisation du CHUGA, « gagne entre 1700 et 1800 euros par mois, avec treize ans d’ancienneté ». Des grilles de salaire et un « manque de reconnaissance » qui expliquent en grande partie l’attractivité insuffisante des métiers, selon la soignante, en grève en juin dernier comme l’ensemble de son équipe.

En outre, indique Damien Bagnis, « dans l’hôpital public, nous avons une taxe sur les salaires de 10 % qui est reversée directement à l’État et qui ne va pas à la Sécu, mais aux impôts. Dans un établissement comme le CHU, avec des budgets de plusieurs millions d’euros, imaginez les 10 % qui repartent directement dans les poches de l’État, alors qu’en fait cet argent devrait revenir à l’hôpital pour embaucher et augmenter les traitements des agents. » Le secrétaire général de l’USD CGT 38 rappelle ainsi que « l’indice est bloqué depuis des années et gelé. En fait, on devient des travailleurs pauvres », observe-t-il.

Des moyens face au changement climatique

À l’occasion de cette mobilisation du 15 septembre et des prochaines à venir — notamment le 29 septembre pour toute la fonction publique en intersyndicale -, la CGT réitère ses revendications. À savoir (liste non exhaustive) l’augmentation générale des salaires et des pensions et leur indexation sur l’inflation, la formation et l’embauche de personnels, l’arrêt des fermetures de lits et de services et la réouverture de tous les lits fermés (80 000 lits depuis 2003, environ 45 000 sous la présidence de Macron), la prise en charge des soins par le 100 % Sécu… Sans oublier de véritables moyens pour faire face au changement climatique.

Les soignants ont écouté les prises de parole successives sous une chaleur caniculaire.

Présent au rassemblement, Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, souligne d’ailleurs ce point : « Avec les canicules, avec le réchauffement climatique, nous aurons besoin d’avoir des services publics encore plus forts et encore plus robustes. Pourtant, les politiques mises en place orchestrent, année après année, une destruction complète de ces services publics ! Comme si on avait besoin de moins d’argent alors que ça craque partout… »

« Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. […] C’est ce qu’on a été capable de faire après la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. »

Les difficultés de la Sécurité sociale ne sont pourtant pas liées à un problème de dépenses, mais bien « de recettes », note le président du groupe écologiste au Sénat. « Les exonérations sociales représentent 86 milliards d’euros dans le précédent budget de la Sécurité sociale », ajoute-t-il. Ces 86 milliards « manquent pour faire fonctionner notre Sécurité sociale, notre hôpital public ».

Le sénateur écologiste Guillaume Gontard a lancé un appel à la solidarité et au partage des richesses.

Et Guillaume Gontard de conclure avec un appel « à la solidarité. Partageons les richesses pour protéger l’ensemble de la population. Ça peut paraître naïf mais c’est ce qu’on a été capable de faire à la sortie de la guerre, avec le Conseil national de la Résistance. Parce qu’il y a eu une volonté politique. Parce que des hommes et des femmes ont dit : ‘Reprenons notre destin en main’. »

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Publié le 15.09.2026 à 17:00

Luc Renaud


« D’abord se taire. » Se taire pour écouter. Une pratique revendiquée par Vincent Bouget, maire communiste de Nîmes, à l’image de la campagne électorale qui a permis à la gauche nîmoise de l’emporter face au Rassemblement national et à la droite dans une élection qui n’avait rien d’acquise – cas unique en France dans une ville de 150 000 habitants.

Vincent Bouget participait au débat aux côtés de Laurence Ruffin, maire de Grenoble, de Lucie Castets, maire du XIIe arrondissement de Paris et de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis. Quatre maires, élus dans des configurations différentes : une liste LFI PCF et citoyens face au maire sortant socialiste à Saint-Denis, une liste d’union de la gauche avec un « accord technique » de second de second tour à Grenoble où les élus LFI se sont constitués en groupe d’opposition, une liste d’union de la gauche sans LFI à Paris et une liste d’union à Nîmes à laquelle LFI avait refusé de participer.

À la fête de l’Humanité, Laurence Ruffin, maire de Grenoble, et Philippe Rio, président de la coopérative des élus communistes et citoyens ont été accueillis au stand de l’Isère du PCF, accompagnés de Vincent Bouget, maire de Nîmes.

Des formules différentes qui n’en débouchent pas moins aujourd’hui sur des ambitions similaires, à gauche. Laurence Ruffin note ainsi que « la ville est le bon endroit pour résister et protéger ». Des mesures concrètes ont déjà été prises. À Saint-Denis, Bally Bagayoko évoque la mutuelle communale, la gratuité des fournitures scolaires, ou le vélo offert aux élèves de troisième.« D’abord les gens, avant les gestions économiques », dit-il. Laurence Ruffin insiste sur les politiques du logement, encadrement des loyers, permis de louer, logement d’urgence pour faire face aux situations dramatiques… mais aussi découverte de la montagne pour de jeunes Grenoblois qui en sont privés. Tout comme Lucie Castets cite la « découverte du bois de Vincennes », à proximité immédiate du XIIe arrondissement de Paris. À Nîmes, après vingt-cinq ans de mandat de la droite et face à une extrême droite en course pour emporter la ville, c’est la remise sur pied des services publics – 90 agents du périscolaire viennent d’être déprécarisés pour améliorer tout à la fois leur situation et la qualité du service – et le désenclavement des quartiers populaires – géographique et à tous les niveaux de l’action municipale – qui comptent parmi les priorités.

Le stand de la fédération de l’Isère du PCF a fait le plein trois jours durant. Près d’une centaine de militants mobilisés, pour certains dès la semaine de montage, dans une ambiance des plus chaleureuse.

Au delà des décisions concrètes – il y a du pain sur la planche dans un contexte d’asphyxie budgétaire organisé par les gouvernements successifs – les quatre maires partagent un objectif, pousser les feux du débat avec tous les habitants. « Les élus sont des militants à part entière et nous sommes en campagne permanente », explique Bally Bagayoko qui cite la présence des conseillers municipaux devant toutes les écoles de ville lors de la rentrée scolaire pour rencontrer les parents dans un moment « d’éducation populaire » et ainsi « créer du commun ». « Nous refusons de mettre des étiquettes sur les gens, de penser à leur place ce qu’ils pourraient nous dire, insiste Vincent Bouget, nous voulons tout à la fois entendre, écouter, donner de l’espoir et créer du lien ». Une initiative parmi d’autres, celle de « places communes », la création de « tiers lieux locaux » : « Nous allons voir des habitants, des associations pour leur proposer de se retrouver dans un espace du quartier, discuter de ce qu’ils pourraient faire ensemble, avec le soutien de la ville à des projets qui sont souvent innovants. » Une illustration de ce que Laurence Ruffin appelle de ses vœux : « La ville peut être un laboratoire où l’on invente et on teste des idées nouvelles, comme cela a été le cas à Grenoble avec le mouvement mutualiste ou le planning familial ». Et elle insiste sur des formes inventives de rencontres, par delà la réunion de concertation. « Pendant la campagne électorale à Grenoble, nous avons participé à un match de foot ; cette rencontre a permis une candidature citoyenne sur notre liste », dit-elle. Le chemin pour « retrouver la confiance » des citoyens, espère Lucie Castets.

Des pratiques politiques, des expérimentations, une envie de renforcer ou de renouer le lien avec l’ensemble des habitants de la ville… faire de la politique, en somme. L’ambition de quatre nouveaux maires élus il y a six mois.

Le débat filmé en intégralité

A découvrir sur le site de l’Humanité, https://www.humanite.fr/politique/bally-bagayoko/les-nouveaux-maires-au-defi-du-municipalisme-b-bagayoko-l-ruffin-v-bouget-et-l-castets

Laurence Ruffin, maire de Grenoble, et Bernard Ughetto-Monfrin, premier adjoint communiste à la maire de Vizille.
Le stand de la fédération communiste de l’Isère et du Travailleur alpin à la fête de l’Huma 2026.
Jusqu’au bout de la nuit.

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Publié le 14.09.2026 à 19:19

Manuel Pavard

Le Travailleur alpin — Cinq ans après ton arrivée à la Région, quel bilan tires-tu de l’action du groupe CIC ?

Éric Hours — On est un groupe minoritaire, donc on ne peut évidemment pas changer la ligne politique de la majorité régionale. Mais en tant qu’élus communistes, on a une crédibilité historique qui est reconnue. Sur Vencorex, par exemple, on n’a pas gagné mais on a quand même bataillé avec la Région pour qu’elle vote le vœu. Et puis, on a réussi à faire avancer certains dossiers dans d’autres domaines. Je pense notamment au commerce de proximité en milieu rural. Au départ, la Région aidait surtout à l’investissement. On a obtenu qu’elle puisse aussi intervenir sur le fonctionnement, parce qu’un petit commerce dans un village de 300 ou 400 habitants peut avoir besoin de quelques milliers d’euros pour survivre. Sans ce soutien, les habitants doivent parfois faire quinze kilomètres pour acheter du pain.

Sur la santé (l’une de mes trois commissions, avec l’économie et les relations internationales), on a également gagné la création d’un groupement d’intérêt public consacré au recrutement et à l’installation de professionnels. La Région a ainsi recruté vingt-et-un professionnels, dont neuf médecins, trois infirmières, des gynécologues, des sages-femmes… Ce qui est une bonne chose. Quant aux maisons et centres de santé, maintenant, on réclame un bilan : combien sont réellement occupés, dans quels territoires, avec quels professionnels ? La Région prétend qu’elle participe au maillage du territoire mais on doit pouvoir le mesurer. Ça fait quatre ans que je demande un état des lieux… Toujours rien !

Sur le volet économique, que reproches-tu principalement à la politique régionale ?

On n’est pas opposé aux aides aux entreprises. La Région est chef de file en matière économique, donc c’est une de ses responsabilités. Le problème, c’est l’évaluation. La Région parle, par exemple, de milliers d’emplois créés grâce à ses dispositifs et d’un effet de levier sur l’investissement privé. Ok mais on aimerait savoir précisément combien d’emplois ont été créés, combien ont été maintenus, ce que deviennent les salariés lorsque l’entreprise ferme ou délocalise…

On peut citer aussi le « pack relocalisation », doté d’un milliard d’euros sur le mandat — pour rappel, le budget de la Région est de 4,8 milliards par an — et qui est assez emblématique. Globalement, il y a beaucoup de dispositifs, parfois pour quelques dizaines de milliers d’euros. On ne conteste pas forcément les aides individuellement, mais on veut connaître leur finalité. L’argent public doit servir à quelque chose et il faut pouvoir en rendre compte aux habitants.

Éric Hours aux côtés de Laurence Ruffin, lors d’un débat sur l’industrie pendant la campagne municipale, à la fédération PCF.

Tu as l’impression que l’exécutif régional a évolué politiquement, depuis le début du mandat ?

Oui, il y a eu un glissement idéologique de la majorité régionale, qui s’est beaucoup déplacée vers la droite, avec une place de plus en plus importante donnée aux questions de sécurité et à des thèmes qui étaient auparavant portés par l’extrême droite. On a vraiment l’impression que certains élus de droite cherchent à courir derrière elle. Mais à force de reprendre les idées de l’extrême droite, on peut se demander pourquoi les électeurs choisiraient la copie plutôt que l’original.

Globalement, c’est un peu toute l’assemblée régionale qui glisse de plus en plus à droite. Il y a des choses qu’on n’aurait pas vues ou entendues avant : une élue Reconquête qui cite Brasillach en assemblée plénière, le portrait de Quentin Deranque affiché sur la façade de l’hôtel de région… Les passerelles avec l’extrême droite sont de plus en plus visibles, le cordon sanitaire est en train de disparaître. Et à côté de ça, on a un Rassemblement national de plus en plus décomplexé.

Quel rôle joue Laurent Wauquiez dans tout cela ?

Aujourd’hui, Laurent Wauquiez est officiellement conseiller spécial de Fabrice Pannekoucke, un poste qui a été créé spécialement pour lui et qui n’existe qu’ici. Mais le vrai président, c’est lui. En fait, pour Wauquiez, l’expérience Auvergne-Rhône-Alpes est d’abord un laboratoire au service de ses ambitions politiques nationales.

Concrètement, comment se manifeste cette droitisation ?

Prenons le cas de la culture, qui l’illustre très bien. Le budget peut rester stable en valeur nominale, mais avec l’inflation, cela signifie déjà une baisse en termes réels. Et surtout, les choix effectués dans les subventions ne sont pas neutres. Il y a une véritable orientation politique de la part de la majorité, qui mène vraiment une bataille idéologique. On le voit avec l’exemple très parlant de la scandaleuse subvention pour « Murmures de la cité », à Moulins [NDLR : spectacle révisionniste promouvant les valeurs du catholicisme intégriste et de l’extrême droite identitaire mais pourtant subventionné par la Région, ce qui provoqué une vive polémique et une forte mobilisation des collectifs laïques et antifascistes, des syndicats, des partis et élus de gauche].

Le groupe CIC a également critiqué la politique régionale en matière d’adaptation au changement climatique…

Il faut distinguer l’urgence et la politique de long terme. Quand il fait très chaud dans une école ou un établissement de santé, installer de la climatisation, comme l’a fait la Région, peut être nécessaire. Mais face au au changement climatique, installer des climatiseurs, c’est un pansement sur une jambe de bois. Ça ne règle rien sur le fond et ça ne fait pas une politique. Dans les lycées, par exemple, il faut adapter les bâtiments, travailler sur l’isolation, l’urbanisme, les matériaux, les espaces végétalisés.

La même chose vaut pour les forêts. Il faut réfléchir dès maintenant aux essences qui seront capables de supporter le climat de demain, à la gestion de l’eau et à la prévention des incendies. On ne peut pas attendre que les problèmes arrivent pour réagir.

Mais ce côté démagogique, c’est assez typique de la droite. Je rappelle que tous les élus LR de la région ont voté pour la loi Duplomb… Même le député Yannick Neuder qui est pourtant cardiologue, alors que l’Ordre des médecins et tous les syndicats de médecins généralistes ont dit que cette loi était nocive pour les gens.

Aux côtés d’Annie David, de Cécile Dhainaut, et du sénateur PCF Fabien Gay, à Crolles, en soutien aux salariés de Teisseire.

Sur ces questions écologiques, vos positions peuvent pourtant diverger de celles d’autres composantes de la gauche, notamment sur l’industrie. Pourquoi ?

Parce qu’on pense qu’il faut réindustrialiser la région et le pays. Mais il ne s’agit évidemment pas de revenir à l’industrie du XIXe siècle. Il faut produire autrement, réduire les pollutions et anticiper les transformations climatiques. On a parfois des désaccords avec les écologistes sur la manière d’aborder certains projets industriels ou énergétiques. Pour nous, il faut être capables de regarder l’ensemble de la question : quels emplois, quelle production, quelles conséquences environnementales, quels transports, quelle consommation d’énergie ? On ne peut pas simplement opposer industrie et écologie.

Dans une région comme la nôtre, il faut aussi se demander comment on transporte les matières premières et les marchandises. Si on installe une nouvelle activité industrielle mais que tout doit ensuite être transporté par camion, on n’a pas réglé le problème. Il faut donc penser les infrastructures en même temps que les projets.

Même constat sur l’énergie ?

Oui, les besoins vont augmenter avec les véhicules électriques, les pompes à chaleur, la climatisation… Il faut donc réfléchir à un mix énergétique. Mais il n’y a pas une seule solution qui permettra de répondre à tous les besoins. Après, ça ne signifie pas qu’il ne faut rien faire sur les renouvelables, simplement qu’il faut avoir une vision globale, notamment sur l’hydroélectricité et la gestion de l’eau. Et surtout, il faut articuler la question énergétique avec celle de l’industrie et de l’aménagement du territoire.

Ces divergences pèseront-elles dans la perspective des élections régionales de 2028 ?

Forcément. Mais c’est justement pour ça qu’il faut commencer le travail suffisamment tôt. Je pense qu’il faut tout remettre à plat. Je ne suis pas favorable à ce qu’on dise aujourd’hui : « On repart comme en 2021 ». Il faut regarder le rapport de forces, les projets et surtout ce qu’on veut construire pour la région.

En 2021, on a fait une alliance qui n’a pas permis à la gauche d’obtenir le résultat espéré. Les discussions avaient été longues et au final, beaucoup de choses se sont décidées tardivement. Pour la prochaine élection, on devra d’abord définir quelques grands axes qui pourraient constituer le socle d’une nouvelle majorité : les transports, l’aménagement du territoire, les services publics, la formation, l’industrie… Et ensuite seulement, regarder quelles forces peuvent se retrouver autour de ce projet. L’objectif, c’est de construire une véritable alternative, pas simplement d’additionner des logos.

Est-ce que ça veut dire que tu ne souhaites pas reconduire obligatoirement l’alliance entre le PCF et LFI ?

Je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler avec les Insoumis. Mais plutôt qu’il ne faut pas considérer que l’alliance de 2021 est automatiquement reconduite. Donc regardons ce qu’elle nous a apporté et ce qu’elle n’a pas permis de faire.

En tant que communistes, il faut aussi qu’on soit capables de travailler avec les socialistes, les écologistes et les autres forces de gauche, en fonction des projets. Les discussions doivent partir des besoins de la région et des habitants. Car on a des désaccords mais aussi des choses en commun. Je pense notamment aux transports. Une région comme Auvergne-Rhône-Alpes doit avoir une véritable politique publique des transports, accessible à tous. C’est un enjeu de pouvoir d’achat, mais aussi d’aménagement du territoire et de transition écologique.

Intervention d’Éric Hours, entouré des élu·es et militant·es communistes (Sylvette Rochas, Jérémie Giono, Amandine Demore, Jad Halwani) à la fête du Travailleur alpin 2026, à Saint-Égrève.

Tu entends justement renforcer le travail des élus communistes dans les douze départements de la région…

Oui. Nous sommes en train de développer des liens entre les élus et les fédérations communistes des différents départements. On veut aller dans les territoires, faire le bilan de ce qui a été fait depuis le début du mandat et regarder ce qui manque. L’idée est de construire un véritable fil rouge de la politique communiste à l’échelle régionale.

Auvergne-Rhône-Alpes compte près de neuf millions d’habitants. C’est une région immense, avec des réalités très différentes. Il faut donc être capable de construire un projet commun sans opposer l’Auvergne aux territoires rhônalpins, ni les zones rurales aux métropoles. Les régions peuvent aussi être des contre-pouvoirs. Quelle que soit la majorité qui sortira des prochaines élections nationales, il faudra des collectivités capables de porter d’autres politiques. On doit donc commencer à travailler dès maintenant.

Et toi-même, envisages-tu de repartir en 2028 ?

Les camarades souhaitent que je reparte. Et pour ma part, je mettrai ma candidature à disposition du parti pour faire un nouveau mandat qui sera le dernier. Je le fais parce que je pense avoir aujourd’hui une connaissance de la Région et des dossiers que je n’avais pas au début du mandat. Je connais mieux les territoires, les mécanismes régionaux, les interlocuteurs… Mais l’essentiel, ce n’est pas ma candidature personnelle, c’est le travail collectif que nous devons construire pour proposer une autre politique régionale.

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Publié le 12.09.2026 à 03:16

Edouard Schoene

Les organisateurs ont rappelé les conditions dans lesquelles Franck Longo et son équipe municipale ont annoncé brutalement, sans la moindre concertation, la fermeture des écoles Cachin et Labourbe pour la rentrée de septembre 2027 : « Une école, c’est un cœur de vie pour un quartier. Pour les enfants, c’est pouvoir aller à l’école à pied, être rassuré parce que la maison est proche, se faire des copains qu’on recroise ensuite au parc. L’école est le premier lien de socialisation. » Les enfants ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire, ont-ils asséné d’une seule voix.

Tracts et affiches remettent en cause l’absurdité de la décision municipale.

Un premier intervenant a ensuite pris la parole. « La décision a été passée au conseil municipal. On a été un petit groupe de personnes qui étaient présentes à cette mobilisation, en juin, à se retrouver ensuite pour organiser cet événement. L’idée, c’est de faire perdurer cette mobilisation, de l’amplifier », a‑t-il expliqué.

Le public est venu relativement nombreux.

Des parents d’élèves de l’école Cachin ont signalé que la promesse du maire d’informer sur la destination des élèves pour 2027 restait lettre morte à ce stade. Tous ont assuré de leur détermination à obtenir l’annulation de la décision de fermeture. Des mamans se sont, elles, insurgées en apprenant que la ville envisageait des réductions d’emplois à Fontaine. L’une d’entre elles a en outre souligné que la population du quartier était pauvre, souvent en difficulté, nombre de parents ne maîtrisant pas le français… Ce qui rend difficile la mobilisation.

Opacité et manque de communication de la municipalité Longo

Une ancienne directrice de l’école Jeanne-Labourbe a insisté de son côté sur l’attachement des parents, enfant et anciens de l’école envers l’établissement. Avant d’évoquer le bouleversement que signifierait la fermeture de l’école : longs et dangereux trajets à pied, accès difficile en voiture à l’école de l’ancienne mairie, frais de cantine et de gardiennage, dégradation des conditions d’enseignement avec un nombre plus important d’élèves par classe.

Plusieurs intervenantes ont insisté sur le rôle de ces écoles pour la population locale.

Après cette série d’interventions, les élus présents ont été invités à prendre la parole à leur tour. Pour ouvrir le bal, Claudine Didier, conseillère municipale d’opposition (PCF) et conseillère communautaire, a noté qu’avec une réduction budgétaire de 11 millions d’euros, la Métropole serait bien en peine de prendre en charge les centaines de mètres de trottoirs qui seraient nécessaire avec la fermeture de l’école Labourbe. Elle soutient bien évidemment, avec son groupe « Fontaine nous rassemble », le combat des parents d’élèves.

Claudine Didier (PCF) est intervenue en soutien des parents d’élèves.

Autre élu communiste, Laurent Jadeau a confié qu’il demandait en vain depuis trois ans à l’équipe municipale Longo de construire, avec une large concertation démocratique, une réponse à la baisse démographique. « Le plan budgétaire de M. Longo est opaque et sans réelles garanties de subventions et prêts bancaires », a‑t-il fustigé.

Mobilisation lors du prochain conseil municipal

Toujours à gauche, Élisa Martin, députée LFI de l’Isère, a elle aussi apporté son soutien aux parents d’élèves, précisant avoir écrit à Franck Longo pour dénoncer les fermetures. Un courrier auquel le maire MoDem n’a sans surprise pas répondu. La direction administrative de l’Éducation nationale, la DASEN, a quant à elle voulu rassurer l’élue insoumise en promettant que les enfants « seraient bien pris en charge ». « Macron supprime 5000 emplois, je suis à vos côtés », a conclu la députée.

Les organisateurs ont pris la parole pour décrire les raisons de leur combat.

Tandis que les enfants poursuivaient leur goûter et leurs jeux, les parents et citoyens en colère projetaient les actions futures pour dire non à la fermeture des écoles, notamment avec des affichages à domicile. Sans oublier une mobilisation attendue lors du prochain conseil municipal, lundi 14 septembre : rendez-vous à 18h30, devant la mairie de Fontaine. Ambiance combative garantie !

Des parents du quartier et leurs enfants sont venus partagés le goûter proposé par le collectif.

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