Publié le 12.05.2026 à 21:17
Manuel Pavard
« Nous ne sommes pas des statistiques. Nous ne sommes pas du bétail. Nous ne sommes pas des cobayes au service d’expérimentations politiques injustes. » Fort et éloquent, le discours d’Emmanuel Omonlogo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI), est chaudement applaudi par les quelque 200 manifestants rassemblés lors de la pause méridienne, ce mardi 12 mai, devant la présidence de l’Université Grenoble Alpes. L’étudiant béninois traduit, il est vrai, parfaitement le sentiment d’écœurement et d’injustice animant une grande partie des étudiants étrangers, ici comme dans les autres facs françaises.
Emmanuel Omonlogo, président du Collectif d’associations africaines et étudiantes de l’Isère (CAAEI) et étudiant à l’UGA.En cause, le décret Baptiste, du nom du ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste, qui vient d’annoncer sa volonté de supprimer par décret l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. En 2019, le gouvernement Macron avait en effet instauré le très mal nommé plan « Bienvenue en France » qui visait notamment à augmenter les frais d’inscription pour les étudiants étrangers n’étant pas originaires de l’Union européenne, de Suisse ou du Québec. Frais qui devaient atteindre 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de master — contre respectivement 178 et 254 euros actuellement.
À l’époque, la mobilisation étudiante avait poussé la majorité des universités, dont l’UGA, à appliquer l’exonération de ces frais. Un simple sursis malheureusement. Un mouvement national et intersyndical a donc vu le jour pour tenter de contrer cette nouvelle décision scandaleuse. Et sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, c’est la CGT Université de Grenoble qui menait la contestation ce mardi 12 mai, avec un préavis de grève déposé pour la journée.
Plus de 200 personnes — étudiants, enseignants et autres membres du personnel — se sont réunies devant la présidence de l’UGA.« Pour nous, l’université et la recherche devraient être accessibles, publics, laïques, gratuites et surtout émancipatrices », affirme Samira Saïdoune, co-secrétaire générale du syndicat CGT Université de Grenoble et également enseignante en français langue étrangère au Centre universitaire d’études françaises (CUEF). « Là, on prend en otage des étudiants étrangers, extra-communautaires, pour payer les baisses de budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui sont constantes dans toute la France », déplore-t-elle.
Samira Saïdoune, co-secrétaire générale du syndicat CGT Université de Grenoble et enseignante en français langue étrangère au CUEF.Les universités, qui sont presque toutes en déficit aujourd’hui, vont ainsi « chercher de l’argent sur le dos des plus précaires et plus fragiles », s’indigne la responsable syndicale. Laquelle constate l’une des multiples incongruités de la situation : « Les étudiants étrangers actuellement à l’UGA, qui ont été exonérés des frais d’inscription différenciés, ne le seront pas l’année prochaine… Donc s’ils veulent continuer leurs études ici, à l’université, ils devront payer plus. »
« Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »
Pour Emmanuel Omonlogo, une telle augmentation est tout sauf une simple mesure budgétaire. « C’est une violence sociale, c’est un tri assumé, c’est une sélection par l’argent, par l’origine, par le passeport, dénonce-t-il. Quand on impose 2895 euros en licence et 3941 euros en master, on ne régule pas le système. On exclut. »
Les manifestants écoutent le discours très puissant d’Emmanuel Omonlogo.L’étudiant béninois rappelle les « sacrifices » consentis par la plupart d’entre eux, « l’espoir » qu’ils et elles représentent pour leurs familles et pays, les « discriminations quotidiennes » subies par de nombreux étudiants extra-communautaires. Pourtant, « malgré cela, on nous demande de payer encore plus. Mais de qui se moque-t-on ?, s’insurge-t-il. On nous parle d’attractivité, mais quelle attractivité construit-on en érigeant des barrières financières ? »
Pancarte des enseignant·es du CUEF, dont la mobilisation a été particulièrement massive.Et le président du CAAEI de poursuivre, encouragé par les étudiants et enseignants présents à ses côtés : « Ce que vous appelez réforme, nous l’appelons injustice. Ce que vous appelez politique, nous l’appelons violence. Nous refusons une université à deux vitesses, une université qui vend le savoir aux plus offrants. »
En s’attaquant une nouvelle fois aux plus pauvres et aux étrangers, le gouvernement s’inscrit dans une politique de « préférence nationale », accuse de son côté la CGT, fustigeant un projet « inspiré directement de l’extrême droite ». Lors des prises de parole qui se succèdent sur la place des Damiers, les représentants de différentes organisations (UNEF, FSU, NPA‑R…) émettent par ailleurs leur crainte de voir la hausse des frais d’inscription se généraliser à l’ensemble des étudiants — stratégie qu’a notamment suivie le gouvernement britannique.
Un étudiant syrien a brièvement témoigné de son impossibilité à poursuivre ses études si une telle hausse était validée.Mais nul besoin de traverser la Manche pour trouver un exemple similaire. Ainsi, « Grenoble INP voulait augmenter les frais d’inscription et les multiplier par dix, en passant de 600 à 6000 euros l’année », souligne Samira Saïdoune. Pour l’instant, ajoute la militante CGT, « c’est stoppé. Mais c’est seulement en sursis », la pression de la mobilisation ayant conduit la direction des écoles d’ingénieurs à mettre le projet sous moratoire.
Au micro, d’autres étudiants étrangers — un Syrien, un Américain — évoquent leurs études qu’ils devront certainement arrêter si le décret Baptiste est adopté. Trois enseignants du CUEF prennent ensuite la parole pour réaffirmer leur soutien au combat des étudiants. Mais également pour décrire leur cas personnel puisque tous trois risquent de voir leur CDD non renouvelé par l’administration.
Trois enseignant·es du CUEF sont menacés de perdre leur emploi à la prochaine rentrée universitaire.Si les situations sont différentes, la hausse discriminatoire des frais d’inscription et les suppressions de postes relèvent finalement d’un même combat contre les politiques d’austérité. Ce qui explique la forte mobilisation des personnels du CUEF où « plus de 90 % de l’équipe enseignante est en grève aujourd’hui », se félicite Samira Saïdoune. Drôle d’anniversaire pour un établissement qui fête ses 130 ans.
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Publié le 12.05.2026 à 00:41
Manuel Pavard
Le nom, AGATES — pour « Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités » -, a été choisi le jour même, précisent les quatre élus attablés ce lundi 11 mai dans un café du centre de Vizille. Son lancement, en revanche, est le fruit de longues et multiples discussions. « Cela fait quelques mois qu’on réfléchit à la création d’un groupe des petites communes plutôt axées à gauche », indique Florent Cholat, maire de Champagnier. À ses côtés, Catherine Troton, Gilles Strappazzon et Gildas Bouffaud, maires respectifs de Vizille, Saint-Barthélémy-de-Séchilienne et Le Sappey-en-Chartreuse, opinent.
Gilles Strappazzon, Bertrand Spindler, Gildas Bouffaud, Catherine Troton, Mickaël Guiheneuf et Florent Cholat, les six maires fondateurs du groupe métropolitain AGATES (Alliance de gauche des territoires pour l’écologie et les solidarités).Le quatuor fait partie, avec l’édile de La Tronche, Bertrand Spindler, et son homologe de Gières, Mickaël Guiheneuf, des six fondateurs du nouveau groupe à la Métropole de Grenoble. Certains sont issus des groupes UMA (écologistes, insoumis…), NMC (petites communes) ou ACTES (socialistes et divers gauche), d’autres viennent d’intégrer le conseil métropolitain. Leur point commun ? Administrer des petites ou moyennes communes et « porter des valeurs de gauche ».
Si la naissance d’AGATES s’est avérée nécessaire et opportune, c’est en raison de la configuration offerte par l’exécutif métropolitain depuis le 30 avril. À savoir l’élection à la présidence de Guillaume Lissy, maire PS de Seyssinet-Pariset, à la tête d’une majorité plurielle comprenant des vice-président·e·s de gauche… et de droite. « On n’a pas créé ce groupe par opposition à qui que ce soit, explique Catherine Troton. C’est au contraire un groupe qui doit faire la liaison entre NMC et les différents partis de gauche. »
« Mettre du liant, rétablir la confiance »… Les mots employés par la maire de Vizille traduisent le fort besoin ressenti par les six élus après « les moments douloureux vécus au sein de la Métropole ». Une allusion à l’interminable conseil métropolitain du 23 avril, marqué par l’élection avortée à la suite du malaise de Guillaume Lissy. Cette première séance d’installation avait en effet laissé apparaître deux blocs distincts. « D’un côté, une vision d’une gouvernance à gauche ; de l’autre, une vision de gouvernance plus territoriale, plus ouverte », rappelle Florent Cholat. En résumé, « une opposition gauche-territoriale dont on ne veut pas », ajoute-t-il.
Néanmoins, lancer le groupe il y a deux semaines, à un moment où « les tensions étaient cristallisées autour de la question de la présidence, de la mise en place de l’exécutif métropolitain », aurait été vu comme une provocation, voire « une agression », estiment-ils, unanimes. Aujourd’hui, le contexte est différent. L’intérêt d’avoir un tel groupe à la Métropole, c’est « d’être certain que l’intérêt des petites communes ne puisse pas être dilué », confie le maire écologiste de Champagnier.
Guillaume Lissy, nouveau président de Grenoble Alpes Métropole après son élection, le 30 avril.Cet objectif va de pair avec « une vraie volonté de travailler en complémentarité avec l’ensemble des autres groupes, particulièrement les groupes de gauche », affirme Gilles Strappazzon. Car, contrairement à d’autres élus de petites communes, officiellement sans étiquette mais penchant concrètement vers la droite, les membres du groupe AGATES, eux, ne cachent pas leur positionnement. « On assume clairement de porter des politiques publiques de gauche », souligne Florent Cholat. Ce qui n’est « pas incompatible », selon lui, avec le fait de travailler ponctuellement avec des maires d’autres sensibilités.
Les six édiles entendent par ailleurs « reconnaître la place de Grenoble et des grandes communes ». De fait, leurs habitants vont « consommer, travailler, apprendre, se distraire » à Grenoble, soulignent-ils. Et « les métropoles n’existent pas sans les centres urbains ». D’où la volonté affichée de « tourner la page de l’affrontement » entre la ville de Grenoble et l’exécutif métropolitain, qui a émaillé le dernier mandat. « C’est nécessaire parce qu’on ne peut pas vivre en s’affrontant au sein de la métropole, en luttant contre la grosse ville », assène Catherine Troton.
Gilles Strappazzon salue ainsi « le sens des responsabilités de Laurence Ruffin, qui a accepté de jouer le jeu » en devenant première vice-présidente, tout comme Raphaël Guerrero. « Un binôme composé d’un élu d’une petite commune et de la maire de la ville-centre, ça nous paraît de bon augure pour la suite. C’est ça, la coopération », abonde Gildas Bouffaud.
Les élus d’AGATES espèrent travailler en confiance à la fois avec Guillaume Lissy et Laurence Ruffin, première vice-présidente comme Raphaël Guerrero.Quid de la suite, ces prochaines semaines ? Le groupe AGATES se dit ouvert aux autres conseillers métropolitains partageant ses valeurs, notamment « les élus NMC qui se considèrent de gauche ». Et il espère « exister » dans les négociations à venir, concernant les conseillers délégués ainsi que les désignations dans les commissions. Mais Gilles Strappazzon tient à éviter toute ambigüité : « On ne le fait pas par opportunisme, on le fait par conviction. »
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Publié le 10.05.2026 à 11:59
Luc Renaud
« La gratuité des transports publics est un choix de société où la collectivité décide de garantir un droit fondamental, au même titre que l’éducation ou la santé », souligne en préambule l’Union pour la gratuité et le développement des transports publics (UGDT aire grenobloise, ex collectif pour la gratuité) tout en récusant l’opposition entre urgence sociale et urgence environnementale : « Il est possible de vivre mieux tout en préservant la planète. » Une prise de position que l’organisation membre de la Coordination nationale des collectifs pour les transports publics gratuits réitère au moment où la flambée des prix du carburant vient apporter de l’eau à son moulin.
L’ UGDT aire grenobloise constate logiquement que le prix de l’essence frappe en premier lieu les plus modestes. Une inflation qui ne se limite pas à l’essence et au gazole : dans la région grenobloise, « le ticket unitaire de transport en commun a été porté à 2 €, et certains abonnements ont subi des hausses considérables : les jeunes de moins de 25 ans non étudiant ont par exemple vu leur abonnement passer de 187 € à 660 € par an. » Dès lors, « comment, dans ces conditions, encourager un report modal massif de la voiture vers les transports en commun ? », interroge l’UGDT.
Ce qui renforce l’intérêt de la solution de la gratuité des transports publics. L’organisation note que la gratuité est efficace pour la préservation du pouvoir d’achat. En attestent la hausse de la fréquentation des transports dans les villes qui l’ont mise en œuvre.
Ainsi, dans la communauté d’agglomération de Dunkerque où les transports sont gratuits depuis depuis 2018 pour ses 200 000 habitants, la fréquentation est passée de 9 millions de voyages en 2017 à 24 millions en 2025. « Face à la flambée actuelle des carburants, les résultats sont spectaculaires : le réseau DK’Bus a enregistré un record historique de 100 000 voyageurs en une seule journée le 8 avril 2026, avec en moyenne 4 800 voyages supplémentaires par jour par rapport à 2025. »
L’union cite un autre exemple hexagonal. « À Niort (où les bus sont gratuits depuis 2017) le réseau Tanlib enregistre une hausse de 25 % de sa fréquentation en seulement deux mois. Le covoiturage y progresse de 30 % et les vélos en libre-service connaissent un succès inédit. Preuve que la gratuité, combinée à une offre multimodale, transforme durablement les habitudes de déplacement. » L’augmentation du nombre de réseaux sous régime d’une gratuité totale ou partielle est d’ailleurs un phénomène planétaire.
L’ UGDT revendique une série de mesures pour l’ensemble des 544 500 habitants des 129 communes qui constituent le territoire du Syndicat mixte des transports de l’aire grenobloise (SMMAG). Et tout d’abord, pour financer la gratuité, le relèvement à 3 % de la masse salariale du versement mobilité dû par les entreprises comme c’est le cas en Île-de-France. Ce taux est actuellement de 2 % dans la métropole grenobloise, de 1,1 % dans le Pays voironnais, et de 1,7 % dans l’intercommunalité du Grésivaudan.
Pour aller vers une gratuité totale, l’UGDT demande « la mise en place immédiate de la gratuité des transports en commun le week-end et les jours de pic de pollution et de crise énergétique, comme mesure d’urgence ».
Elle propose également « l’ouverture d’un débat public et citoyen sur la gratuité totale des transports publics sur l’ensemble du territoire du SMMAG » et n’oublie pas la responsabilité de l’État eu égard à ses engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique : « Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030 passe par un transfert massif de la voiture individuelle vers les transports collectifs, ce qui demande des investissements importants en faveur du ferroviaire et des transports publics. »
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Publié le 09.05.2026 à 21:28
Maryvonne Mathéoud
C’est devant la plaque commémorative, parc André Malraux devant la mairie de Fontaine que Nedjma Bendiab, présidente d’Algérie au coeur prend la parole pour lire la liste des 40 organisations qui soutiennent cette commémoration et pour revendiquer, la reconnaissance par l’État Français des crimes commis lors du 8 mai 1945 dans la région de Sétif, Guelma et Kherrata, l’inscription dans les livres d’Histoire des crimes coloniaux commis contre les peuples (Algérie, Madagascar, Indochine, …), une écriture partagée entre la France et l’Algérie de leur histoire commune ouvrant sur de nouvelles coopérations citoyennes.
Martine, Ras L’Front Grenoble.Martine et Adrien de Ras L’Front Grenoble lisent l’appel ci-dessous :
« La chute du régime nazi a été un événement considérable dans le monde entier, soulevant l’espoir d’un monde plus juste, respectueux des droits et des peuples. Cent trente mille soldats algériens et des dizaines de milliers d’autres soldats et de civils de pays colonisés ont participé à la lutte contre le nazisme au sein de l’armée française, les fameux « indigènes de l’armée française .
Alors que l’Algérie est constituée de trois départements français, la célébration de la victoire des Alliés contre le nazisme le 8 mai 1945 est l’occasion pour les Algériennes et les Algériens de faire entendre les revendications d’égalité des droits et d’indépendance. A Sétif, des milliers d’Algériens manifestent et brandissent des pancartes « Libérez Messali » (Messali Hadj, leader nationaliste emprisonné), « Nous voulons être vos égaux », « À bas le colonialisme », « Vive l’Algérie libre et indépendante », et un drapeau qui deviendra le drapeau algérien. La répression contre les Algériens durera des mois et sera féroce : 10 000 à 40 000 victimes selon les historiens, à Sétif, Guelma et Kherrata.
Cette répression fut un véritable massacre et un crime d’État : il s’agissait pour le pouvoir français de l’époque de maintenir à tout prix l’Algérie sous domination coloniale. Cet événement tragique a été occulté par tous ceux qui veulent masquer la réalité du colonialisme, faite de violence, d’inégalités et d’oppression.
La colonisation ne fut pas une simple coexistence. Il fallut une violence considérable et un ordre social basé sur le racisme et la discrimination légale (code de l’indigénat) pour maintenir l’ordre colonial. Il est grand temps que le sommet de l’État agisse contre les discours nostalgiques de la colonisation et la présence dans l’espace public de symboles de la violence coloniale.
Adrien, Ras L’Front Grenoble.L’occultation ou la négation des crimes coloniaux ne peut avoir que des effets délétères. Leur reconnaissance est une étape nécessaire et importante pour lutter contre les discriminations et les dominations. Il est urgent de comprendre que notre avenir est commun et qu’il est essentiel de construire des ponts plutôt que des murs.
Rendre hommage aux victimes de Sétif, Guelma et Kherrata, c’est dire le crime que fut la colonisation, et affirmer que la défaite de l’ordre colonial est une victoire pour tous les peuples.
Nedjma Bendiab, présidente d’Algérie au coeur.Solidarité avec les démocrates algériens
Il y a une continuité dans les combats menés par les Algériennes et les Algériens pour la démocratie. Le 8 mai 1945, la manifestation réclamait l’égalité des droits pour tous, la proclamation du 1er novembre 1954 donnait comme but à l’indépendance « le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ni de confession ». Ce n’est pas un hasard si la première manifestation importante du Hirak a eu lieu le 16 février 2019 à Kherrata.
Rendre hommage aux manifestantes et manifestants du 8 mai 1945, c’est aussi être solidaire du combat constamment mené par le peuple algérien pour la démocratie.
En Algérie, il y a plus de 200 prisonniers d’opinions qui ont été recensés fin 2024.
Nous demandons la libération de toutes les personnes emprisonnées pour avoir exercé pacifiquement leur droit aux libertés d’expression et de réunion. Nous demandons que cesse la répression contre les organisations démocratiques. »
Elisa Martin, députée LFI.Élisa Martin, députée LFI de l’Isère, prend la parole pour déplorer que, au fur et à mesure des années, dans les cérémonies officielles, on ne parle plus de la victoire contre la barbarie nazie. La remise de médailles prend le pas sur la lutte contre le fascisme et les fusils sur le droit international qui ne cesse d’être bafoué. Les peuples palestinien, iranien, libanais, arménien et tant d’autres peuples sont victimes du non respect du droit international.
Puis elle rappelle qu’en tant que députée, elle doit voter pour la loi de programmation militaire. Dans un premier temps, c’est un montant de 400 milliards d’euros pour l’armée qui a été demandé aux député.es mais comme ce n’est pas suffisant, il a été proposé une rallonge de 36 milliards (budget de 2024 à 2030). « Nous savons tous que, qui prépare la guerre fait la guerre. Bien évidemment mon groupe LFI et les communistes ont voté contre. Pour nous commémorer l’autre 8 mai celui de Sétif, Guelma et Kherrata, c’est regarder la vérité en face. La France doit reconnaître ce qui est un crime d’état ordonné par le gouvernement provisoire mis en œuvre par le gouverneur général et perpétré par les forces armées et les milices coloniales. Il fallait rétablir l’ordre colonial peut importait le nombre de victimes. Nous devons reconnaître le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Malheureusement le droit colonial existe encore. »
Abdelwaheb Kismoune, premier adjoint à la maire de Grenoble.Abdelwaheb Kismoune, premier adjoint de Grenoble, souligne que, alors que les Français fêtaient la victoire contre le nazisme, des milliers d’Africains manifestaient pour exprimer leurs espoirs, leur volonté d’avoir davantage de droits de dignité et de liberté, eux qui avaient participé à la libération de la France. C’est une répression sanglante qui s’abat sur le peuple algérien. Les historiens évaluent entre 10 000 et 40 000 personnes le nombre de victimes mais la souffrance, elle, ne se discute pas. Reconnaitre l’histoire, ce n’est pas affaiblir la nation c’est au contraire lui permettre d’avancer avec vérité et responsabilité. Commémorer Sétif, c’est rendre justice aux victimes et à leurs famille c’est rappeler les idées universelles de liberté, d’égalité et de fraternité et ce pour tous les peuples.
Laurent Jadeau, élu d’opposition à Fontaine, représentant la section de Fontaine et la fédération de l’Isère du PCF, indique en préalable qu’il est fier du nombre de personnes présent à cette commémoration. Il rappelle que la plaque, en accord avec les associations qui porte cet évènement, a été posée par la municipalité communiste. Il fait le constat que la municipalité de droite élue il y a six ans ne participe pas à cette commémoration — ce qui n’est pas étonnant. Laurent Jadeau remercie également le travail fait par les associations qui portent cet évènement. « Pourquoi ce 8 mai ? Pour moi, ce qu’on commémore le matin, à savoir la libération des peuples européens du joug nazi, c’est la même chose que cette commémoration, c’est le combat des peuples à disposer d’eux mêmes, affirme-t-il. La France s’est honorée par la résistance contre le nazisme et s’est déshonorée par ces dirigeants qui ont ordonné ces massacres. »
Slimane Rais, conseiller municipal à Fontaine.Slimane Raïs, élu d’opposition à Fontaine, apporte un témoignage individuel : « Je suis petit-fils de tirailleur sénégalais et fils d’ancien combattants contre l’armée française dans les rangs de l’ANL. En moi, je cristallise l’histoire algéro-française. J’ai du mal à expliquer à mes enfants le massacre de 2 millions d’algériens commis par la même armée dans laquelle était leur arrière grand-père. Il était soldat dans l’armée française et fut déporté en 1944. Il faut que la vérité soit dite pour que nos enfants des deux côtés de la Méditerranée vivent dans la sérénité. »
Une manifestation contre la guerre et le fascisme, organisée par Young Stuggle 38, est partie de la gare de Grenoble. Les quelque 100 participants ont rejoint la commémoration des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.. Leurs mots d’ordre ?
Ni les bombes, ni le bruit des bottes ne sont une fatalité
Ni OTAN, ni défense européenne !
Les riches veulent la guerre : les jeunes, les travailleurs et travailleuses veulent juste un futur !
Résistance contre les guerres impérialistes et le fascisme! »
Lou, Young Stuggle.Lou, militant de Young Stuggle, explique leur démarche : « Dire qu’on est contre la guerre, c’est dire qu’on est contre l’explosion des budgets militaires et contre la casse du service public. Nous dénonçons les guerres coloniales qui existent actuellement dans le monde, en Palestine, au Soudan en Kanake, à Mayotte. Il faut les relier aux guerres coloniales dans le passé. Les guerres de libération en Algérie, au Vietnam en Afrique du Sud. En France comme partout en Europe et dans le monde, l’on observe une accélération de la marche à la guerre, nos médias sont inondés de discours guerriers qui veulent faire croire aux travailleurs et travailleuses, à la jeunesse, aux femmes et aux LGBTI que nos ennemis sont les puissances concurrentes à notre État, que se préparer à la guerre est plus important que de manger, de se loger et de vivre dignement. En plus d’agiter la « menace extérieure » l’État français désigne clairement l’ennemi intérieur à savoir les musulmans, les personnes assimilées comme telles, les migrants et les descendants de l’immigration.
Le 8 mai c’est l’hommage que nous devons aux partisanes et partisans qui ont bravé la violence fasciste de l’occupation nazie, le sacrifice des résistantes et résistants antifascistes .
Le 8 mai c’est aussi celui des Algériennes et Algériens massacrées à Sétif, Guelma et Kherrata pour avoir osé exiger l’indépendance, un rappel de la continuité de la barbarie du système capitaliste-impérialiste entres les crimes coloniaux d’hier et ceux d’aujourd’hui. »
Assia Dib.Assia Dib lit le poème de Jean Amrouche écrit en 1958 : Le combat algérein.
« A l’homme le plus pauvre
à celui qui va demi-nu sous le soleil dans le vent
la pluie ou la neige
à celui qui depuis sa naissance n’a jamais eu le ventre plein
On ne peut cependant ôter ni son nom
ni la chanson de sa langue natale
ni ses souvenirs ni ses rêves
On ne peut l’arracher à sa patrie ni lui arracher sa patrie
Pauvre affamé nu il est riche malgré tout de son nom d’une patrie terrestre son
domaine
et d’un trésor de fables et d’images que la langue des aïeux porte en son flux
comme un fleuve porte la vie
Aux Algériens on a tout pris
la patrie avec le nom
le langage avec les divines sentences
de sagesse qui règlent la marche de l’homme
depuis le berceau jusqu’à la tombe
la terre avec les blés les sources avec les jardins
le pain de bouche et le pain de l’âme
l’honneur
la grâce de vivre comme enfant de Dieu frère des hommes sous le soleil
dans le vent la pluie et la neige.
On a jeté les Algériens hors de toute patrie humaine
on les a faits orphelins
on les a faits prisonniers d’un présent sans mémoire
et sans avenir
les exilant parmi leurs tombes de la terre des ancêtres
de leur histoire, de leur langage et de la liberté
Ainsi
réduits à merci
courbés dans la cendre sous le gant du maître colonial
il semblait à ce dernier que son dessein allait s’accomplir.
que l’Algérien avait oublié son nom son langage et l’antique souche humaine
qui reverdissait
libre sous le soleil dans le vent, la pluie et la neige en lui.
Mais on peut affamer les corps
on peut battre les volontés
mater la fierté la plus dure sur l’enclume du mépris
on ne peut assécher les sources profondes
où l’âme orpheline par mille radicelles invisibles suce le lait de la liberté.
On avait prononcé les plus hautes paroles de fraternité
on avait fait les plus saintes promesses.
Algériens, disait-on, à défaut d’une patrie naturelle perdue voici la patrie la plus
belle
la France
chevelue de forêts profondes hérissée de cheminées d’usines
lourde de gloire de travaux et de villes
de sanctuaires
toute dorée de moissons immenses ondulant au vent de l’Histoire
comme la mer
Algériens, disait-on, acceptez le plus royal des dons ce langage le plus doux, le
plus limpide et le plus juste vêtement de l’esprit.
Mais on leur a pris la patrie de leurs pères
on ne les a pas reçus à la table de la France.
Longue fut l’épreuve du mensonge et de la promesse non tenue d’une
espérance inassouvie
longue, amère
trempée dans les sueurs de l’attente déçue
dans l’enfer de la parole trahie
dans le sang des révoltes écrasées
comme vendanges d’hommes
Alors vint une grande saison de l’histoire
portant dans ses flancs une cargaison d’enfants indomptés
qui parlèrent un nouveau langage
et le tonnerre d’une fureur sacrée :
on ne nous trahira plus
on ne nous mentira plus
on ne nous fera pas prendre des vessies peintes
de bleu de blanc et de rouge
pour les lanternes de la liberté
nous voulons habiter notre nom
vivre ou mourir sur notre terre mère
nous ne voulons pas d’une patrie marâtre
et des riches reliefs de ses festins.
Nous voulons la patrie de nos pères
la langue de nos pères
la mélodie de nos songes et de nos chants
sur nos berceaux et sur nos tombes
Nous ne voulons plus errer en exil
dans le présent sans mémoire et sans avenir
Ici et maintenant
nous voulons
libres à jamais sous le soleil dans le vent
la pluie ou la neige
notre patrie: l’Algérie. »
Après le dépôt des gerbes et une minute de silence, les manifestants se retrouvent autour d’une collation.
Collectif du 17 octobre 1961, (Algérie au cœur, Amal, ANPNPA (association nationale des pieds noirs progressistes et leurs ami·e·s), ASALI (Association de solidarité des Algériens de l’Isère), Coup de Soleil Rhône-Alpes, CSRA (Comité de soutien aux réfugiés algériens), La Libre Pensée Isère, Mouvement de la Paix Isère, Ras L’Front Grenoble,)
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Publié le 09.05.2026 à 18:38
Didier Gosselin
Maxwell, vous avez été contraint de quitter votre patrie, l’Eswatini, suite à une tentative d’assassinat, en raison « de votre défense d’activistes pro-démocratie », selon l’Observatoire international des avocats en danger (OIAD) qui alerte sur votre cas. Pouvez-vous nous éclairer sur la situation des avocats engagés dans les droits humains dans votre pays ?
« J’ai été attaqué le 7 décembre 2022 en me rendant au tribunal en pleine journée par une berline ressemblant à celles utilisées par les forces de sécurité. Une poursuite s’en est suivie, et j’ai couru directement jusqu’au poste de police de Big Bend, où je me suis mis en sécurité. Un mois après, l’avocat Thulani Maseko a été assassiné.
Illustration fournie par Encylopaedia Universalis sous licence CC BY-NCLors d’une réunion tenue à Nelspruit, dans la région de Mpumalanga en Afrique du Sud, j’avais rencontré Thulani Maseko et exprimé mes inquiétudes concernant le prochain avocat qui pourrait être attaqué, sans en avoir conscience, comme cela a été mon cas. Il a été tué. Lors de cette réunion, à laquelle j’étais invité en tant qu’agent électoral, Thulani a été élu comme premier président du Multi Stakeholders Forum (MSF), un groupe de partis politiques et d’organisations de la société civile appelant à entreprendre des réformes démocratiques dans le pays.
Par la suite, il est devenu encore plus dangereux d’être avocat engagé dans les droits humains. Beaucoup étaient sous surveillance, menacés, etc. Les victimes défendues étaient des personnes arrêtées pour des accusations de terrorisme, laissées sans représentation légale. La situation perdure encore aujourd’hui, peu favorable, mais les avocats continuent malgré ces circonstances. J’ai l’intention de porter cette question devant des instances juridiques locales et internationales, notamment les barreaux de Lyon et de Paris ».
Comment en êtes-vous venu à vous engager pour défendre les droits des Swazis ?
« Mon engagement a débuté par ma participation active aux manifestations étudiantes. En 2007, j’étais au bureau de Durban de l’association Avocats pour les droits humains en Afrique du Sud, qui servait alors de centre d’accueil pour les réfugiés. La réalité des difficultés et des épreuves liées à la migration m’a ouvert les yeux sur les souffrances quotidiennes de mes compatriotes africains. La migration est un processus brutal. Vingt ans plus tard, j’en fais désormais l’expérience personnelle.
Lors de l’arrestation très médiatisée de Thulani Maseko et Bheki Makhubu en 2014, j’étais président de l’association Avocats pour les droits humains au Swaziland. J’ai participé à la campagne pour leur libération. Nous avons mené des actions jusqu’à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples en Gambie.
C’est à peu près à la même époque que nous avons déposé un recours contre la destitution du juge Thomas Masuku. C’était une période difficile pour le système judiciaire. Finalement, le président de la Cour suprême, Michael Ramodibedi, a été démis de ses fonctions. Mais la corruption au sein de la justice était depuis longtemps bien ancrée. Le mandat du défunt Premier ministre Barnabas Dlamini fut un véritable enfer pour l’état de droit.
J’ai publié des articles critiques dans le journal local pendant la crise judiciaire, alors que j’étais encore président de ADHS. J’ai été arrêté lors de la campagne exigeant la libération de Thulani et Bheki.
J’ai ensuite continué à exercer comme avocat et à défendre les droits humains. En juin 2021, une vague de manifestations massives a déferlé sur le Swaziland. Ce contexte était marqué par une conjonction de difficultés quotidiennes pour les Swazis. La mort d’un étudiant et la dissimulation de ses actes par la police ont provoqué un tumulte dans tous les établissements d’enseignement supérieur. Face à l’inaction du gouvernement et aux difficultés du quotidien, les citoyens sont descendus dans la rue pour exiger d’être entendus sur les questions qui les affectent. Comme à son habitude, le gouvernement a cherché à réprimer brutalement ces manifestations légitimes. Les citoyens bénéficiaient du soutien de trois personnalités politiques et de partis politiques, et étaient largement représentés ».
Manifestation contre la répression et l’assassinant de Thumani Maseko.Quels sont à ce propos les partis d’opposition et dans quelle mesure peuvent-il agir ?
« Il existe des partis politiques au Swaziland. Le principal est le PUDEMO, désormais interdit. On trouve également le Conseil national de libération de Ngwane (NNLC), le plus ancien. Viennent ensuite le Mouvement de libération du Swaziland (SWALIMO), le Premier Front démocratique du Swaziland (SFDF), le Parti communiste du Swaziland (CPS), le Mouvement populaire de libération du Swaziland (SPLM) et les Combattants pour la liberté économique du Swaziland (EFFSWA). Les partis politiques restent interdits de toute participation à la vie politique du pays, malgré une constitution factice qui les autorise. La plupart des dirigeants de ces partis ont été contraints à l’exil. Le gouvernement Swazi a utilisé la loi sur la répression du terrorisme pour leur refuser la libération sous caution et les arrêter arbitrairement. Nombre d’entre eux ont souffert et ont dû quitter le pays. De nombreux prisonniers politiques sont incarcérés et privés de leurs droits fondamentaux.
Des personnes sont mortes avant, pendant et à la suite des événements de juin 2021. Nombre d’entre elles ont perdu leurs moyens de subsistance, leurs maisons ont été incendiées et détruites, certaines ont été mutilées et d’autres portent encore des balles dans le corps. Le régime Swazi a chassé les dirigeants politiques du pays. Mais il ne s’arrête pas là. Il continue de les traquer en Afrique du Sud, les tuant et les enlevant. La maison de Mlungisi Makhanya, président du PUDEMO, a été détruite par des explosifs militaires. Mais ce n’est pas tout. Il est constamment recherché en Afrique du Sud. Pire encore, il a survécu à une tentative d’empoisonnement, l’une des nombreuses dont il a été victime. Il n’est pas un cas isolé.
Bacede Mabuza, ancien parlementaire, purge une peine de prison suite à des accusations fabriquées de toutes pièces. Un tribunal corrompu l’a condamné à 85 années de prison ! Il a été condamné en même temps qu’un autre ancien parlementaire. Ce dernier, contraint par les conditions de détention, a dû exécuter une danse traditionnelle et présenter des excuses humiliantes en public, afin d’obtenir sa libération. Un troisième parlementaire a dû fuir le Swaziland et a obtenu l’asile politique sur le territoire britannique, au prix de lourdes conséquences personnelles. Deux militants ont été enlevés en Afrique du Sud par la police Swazie, en violation du droit international. Le rédacteur en chef d’un journal en ligne indépendant est la cible de poursuites judiciaires en Afrique du Sud. L’objectif est de le ruiner et de le fragiliser.
Vous parlez de conséquences personnelles, pouvez-vous évoquer la déchirure que représente pour vous cet engagement politique et cet exil forcé ?
« J’ai dû tout abandonner. Mes enfants se retrouvent sans protection ni soutien. J’ai dû quitter mon cabinet d’avocats, où j’exerçais depuis plus de dix ans. Je n’ai pas pu enterrer mon fils. J’ai également perdu de nombreux proches sans avoir pu leur offrir de sépulture. Ma santé s’est dégradée. J’ai vu des amis et des collègues devenir des étrangers. Je suis devenu un fardeau et un paria pour ceux qui défendent le système. On m’a averti que si je revenais, je risquais même d’être arrêté.
Manifestation à Pretoria, en Afrique du Sud, contre le roi Mswati III. (Photo du Parti communiste de Swaziland)Lorsque j’ai contacté la police et le parquet, je me suis heurté à un mur. J’ai subi la même indifférence lorsque j’ai demandé des nouvelles de mon affaire. J’ai procédé au suivi de mon dossier auprès du commissariat et de plusieurs officiers supérieurs, sans succès. Je suis persuadé que la fusillade est liée à mon activité d’avocat. À cette époque, je représentais exclusivement tous les militants inculpés en vertu de la loi antiterroriste.
J’ai représenté avec dévouement et impartialité tous les partis politiques, sans distinction. Au plus fort des troubles, je me levais tôt pour rentrer tard le soir afin de représenter les nombreux manifestants arrêtés dans ma région.Tout cela au prix de sacrifices personnels, car c’était un engagement bénévole et dans le respect des droits humains. J’ai été insulté et marginalisé.
Je tiens à remercier tout particulièrement chacune des personnes qui m’ont soutenu : les organisations de défense des droits humains, la société civile, les dirigeants politiques et les agences des Nations Unies. Un merci tout spécial aux partis politiques sud-africains qui ont défendu le peuple du Swaziland. J’étais, et je suis toujours, un simple avocat passionné par la défense des plus vulnérables. Je n’étais pas une personnalité connue, ce qui explique sans doute pourquoi mon histoire n’a jamais suscité autant d’intérêt. Et pour reprendre les mots de l’emblématique Winnie Mandela, si j’en avais l’occasion, je choisirais à nouveau cette voie ».
Quelle est la responsabilité du roi Mswati III qui dirige le pays d’une main de fer ?
« En effet, il serait vain d’évoquer l’effondrement de l’État de droit et les pires violations des droits de l’homme au Swaziland sans aborder les pouvoirs du roi.
Le dernier monarque absolu est maître et propriétaire de tout. L’histoire du Swaziland est chargée des pires atrocités. Esclavage. Absence de toute loi. Oppression. Gouvernement par l’intimidation et la répression exercées par les forces de sécurité. Obligations de la famille royale. Systèmes de santé et d’éducation détruits. Chômage et pauvreté endémiques. Le roi contrôle l’économie et plus de 60 % des entreprises. Il a célébré ses 40 ans de règne et ses 55 ans en dépensant plus de 50 millions d’emalengeni (2,6 millions d’euros) dans un pays où plus de 60 % de la population vit dans la pauvreté. Les caisses de l’État, déjà exsangues, supportent toutes les dépenses. Le budget de l’État suffit pour les célébrations et l’étalage d’opulence, mais pas pour répondre aux besoins des citoyens. Rien que cette année, et nous ne sommes même pas à la mi-année, plus de 100 millions d’emalengeni ont déjà été dépensés pour les festivités.
Tous les maux du Swaziland sont imputables à la suprématie royale et à un seul homme : le roi Mswati III.
Je pense que cela restera dans l’histoire comme un des grands crimes contre l’humanité : la façon dont le roi du Swaziland, avec sa mère, ses nombreuses épouses, ses frères et sœurs et ses enfants, a transformé une nation magnifique, riche d’histoire, en une ferme privée, hypothéquée pour son seul profit personnel et royal, sous le regard et les applaudissements du monde entier. Les citoyens ont été réduits à l’état de bétail, exploités, maltraités et vendus, les plus dociles étant récompensés au détriment de la majorité ».
L’Eswatini semble effectivement bénéficier d’une réelle impunité. La situation peut-elle évoluer favorablement du fait de la proximité avec l’Afrique du Sud par exemple ?
« Pour comprendre la situation du Swaziland, il faut examiner sa position internationale. C’est le seul pays africain qui entretient encore des liens avec Taïwan par exemple. Et qui continue d’accueillir des prisonniers américains dans le cadre d’un programme qui ne profite qu’au roi. Ce dernier, plus avide d’argent que de pouvoir, privilégie ses intérêts personnels et ceux de sa famille royale surceux du pays. La situation est déplorable. Les travailleurs restent exploités. La culture demeure politisée et instrumentalisée comme une arme de répression pour priver la population de ses droits fonciers et de toute possibilité de subsistance.
Rencontre du président de Taïwan avec le roi Mswati III, le 2 mai 2026.J’ai toujours pensé que pour que le peuple du Swaziland soit libre, l’Afrique du Sud pouvait jouer un rôle décisif. Nous apprécions le rôle joué par l’Afrique du Sud pour soutenir le mouvement démocratique, mais il est possible de faire davantage. Nous apprécions le rôle de l’ANC, du SACP, de l’EFF et de tous les autres partis. Mais nous avons besoin d’une détermination plus ferme de la part de ce gouvernement. Quant à l’UE, elle continue de surprotéger le Swaziland et l’aide que mon pays reçoit ne profite pas aux Swazis ordinaires. Je crois qu’il faut imposer des sanctions ciblées aux membres de la famille royale, ainsi qu’à certains responsables gouvernementaux et judiciaires et à des membres spécifiques des forces de sécurité.
Comment s’est passée votre arrivée en France et qu’attendez-vous de notre pays et de l’Europe ?
« À l’aéroport Charles-de-Gaulle, j’ai demandé à être pris en charge par l’immigration et j’ai été dirigé vers la police, le service compétent. J’ai déclaré mon intention de demander l’asile en France. J’ai été détenu plusieurs nuits à l’aéroport. Après avoir exposé mon cas à un agent de l’OFPRA, j’ai été libéré. Un représentant de la Croix rouge est venu me chercher et m’a conduit au terminal pour que je dorme sur les bancs. On m’a dit de me rendre le lendemain matin aux bureaux de la Croix rouge. Le soir même, on m’a volé mon téléphone, mes médicaments, mon argent et d’autres objets essentiels dans mon sac. J’ai passé plus de huit nuits à dormir à même le sol et sur les bancs. La Croix rouge m’a aidé pour les démarches juridiques et m’a fourni de la nourriture. Le week-end seulement, je me contentais d’eau et de restes.
L’OFII m’a ensuite demandé de rejoindre ma région actuelle, en Isère. Je suis arrivé début juillet 2025 et j’y suis toujours. Je suis toujours demandeur d’asile et j’espère une réponse positive du gouvernement français. À l’avenir, j’ai l’intention de sensibiliser le public au sort des défenseurs des droits humains au Swaziland, aux difficultés quotidiennes des Swazis et à la situation des avocats dans ce pays.
J’ai le cœur brisé pour les nombreux hommes d’affaires, employés et étudiants dont la vie est détruite par le régime de Mswati III. Je suis profondément attristé par tout ce qui se passe au Swaziland et par l’indifférence générale. Partout où je vais, personne ne semble connaître le Swaziland. Pourtant, ce sont des êtres humains qui habitent cette terre. Il est inacceptable qu’elle devienne le terrain de jeu de Mswati III avec ses épouses et sa famille. Je déplore le manque de soutien et d’informations des instances étudiantes internationales quant à la libération des étudiants détenus arbitrairement et indéfiniment dans ces prisons.
J’en appelle aux partis politiques occidentaux, comme le PCF et les autres, pour qu’ils contribuent à libérer le peuple Swazi de ce joug. J’espère que le gouvernement français et l’Europe dans son ensemble entendront la détresse de tous les Swazis en quête de protection. Plus important encore, il est essentiel que la France et l’Europe reconstruisent leurs relations et leur aide au gouvernement, conformément aux valeurs démocratiques européennes. Nous appelons les responsables politiques, le gouvernement et tous les partis politiques à prendre en considération le peuple du Swaziland ».
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Publié le 07.05.2026 à 20:33
Manuel Pavard
Le (très) maigre suspense a été vite éteint et la délibération adoptée à l’unanimité, ce jeudi 7 mai, en fin d’après-midi. Réuni en séance extraordinaire, le conseil municipal de la ville de Pont-de-Claix a accordé au projet de reprise Exalia une avance remboursable de 600 000 euros. Cette aide doit permettre « l’acquisition des parcelles foncières nécessaires au développement du projet et à la poursuite de l’activité », explique la municipalité. Laquelle espère qu’un tel soutien constituera un argument de poids, le moment venu, pour enclencher ce projet qui vise à relancer la plateforme chimique en modernisant la transformation du chlore et en développant une activité industrielle de chimie décarbonée.
Le maire de Pont-de-Claix Christophe Ferrari détaille son idée d’avance pour le foncier, jeudi 7 mai, peu avant le conseil municipal.« Aider Exalia à devenir maître du foncier » est en effet l’un des deux axes indispensables à sa réussite, a souligné le maire de Pont-de-Claix, Christophe Ferrari, depuis la plateforme chimique, peu avant le conseil municipal. Quant à l’autre axe, à savoir les discussions avec le repreneur, celles-ci sont « confidentielles », a‑t-il affirmé, aux côtés d’une partie des porteurs de projet, dont Séverine Dejoux, ex-déléguée CGT de Vencorex, et plusieurs anciens salariés de l’entreprise.
Les multiples rebondissements et coups de théâtre dans le dossier Vencorex, depuis l’automne 2024, les ont de toute façon vaccinés contre tout excès d’optimisme. Mais tous deux ont conscience que le couperet n’est pas passé loin. L’ordonnance rendue le 25 mars par le tribunal des activités économiques (ex-tribunal de commerce) de Lyon « a été pour nous une douche froide », a reconnu Christophe Ferrari. À la surprise générale, Exalia se voyait rejeté, au profit notamment du ferrailleur drômois All Metal, le tribunal privilégiant ainsi le démantèlement du site au développement industriel.
Un coup de massue pour les porteurs de projet, qui avaient cependant repris espoir à l’issue des échanges avec le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, d’abord le lendemain lors des assises CGT du « made in France », à Pont-de-Claix, puis la semaine suivante au cours d’une réunion à Bercy, avec l’ensemble des acteurs. Rencontre qui avait acté la mise en œuvre de « solutions techniques et opérationnelles ».
Interpellé par Sophie Binet lors des assises CGT, au lendemain de la décision du tribunal, le ministre de l’Industrie Sébastien Martin avait promis de rouvrir le dossier en recevant les acteurs à Bercy la semaine suivante.Sur le volet foncier, Christophe Ferrari n’est pas réellement rentré dans les détails, évoquant tout juste « une avance remboursable de 600 000 euros en crédit d’investissement ». Une somme qui n’était évidemment pas programmée dans le budget. Mais « la piste d’une aide à l’acquisition foncière s’est imposée comme l’une des solutions et la ville a immédiatement pris ses responsabilités », s’est félicité l’édile. Et de rappeler l’histoire de la commune, qui s’est « toujours impliquée sur les questions foncières. En 2008 lorsque la plateforme chimique a vendu une grande partie de son patrimoine foncier, c’est la ville de Pont-de-Claix qui l’avait rachetée. »
Ce soutien financier peut-il faire pencher la balance ou du moins y contribuer ? Séverine Dejoux veut le croire : « C’est absolument essentiel car c’est une somme qu’on n’avait pas prévu d’avoir avant l’acquisition et dont on va avoir besoin en tout premier lieu. » Si la deadline de deux semaines annoncée par son partenaire Olivier Six, au lendemain de la réunion à Bercy, a finalement été repoussée, la représentante d’Exalia n’a toutefois pas éludé les difficultés qui se présentent.
De fait, le temps presse et le calendrier se resserre, a‑t-elle admis : « Il y a deux enjeux très critiques qui vont très rapidement nous mettre dans le rouge. » Deux sujets suffisamment importants pour pouvoir sonner la fin d’Exalia en cas d’issue négative. « Le premier, c’est la mine de sel de Hauterives [NDLR : dans la Drôme] : le calendrier prévoyait un premier arrêt du saumoduc fin mai, aujourd’hui c’est reporté à fin juin. » Une rallonge d’un mois bienvenue mais « ça reste très court et il faudra qu’on ait des certitudes d’ici là », a‑t-elle ajouté.
Optimiste, Séverine Dejoux reste toutefois lucide face aux impératifs de calendrier qui imposent un dénouement rapide pour Exalia.« Le deuxième enjeu, il est derrière moi », a confié Séverine Dejoux, en désignant les anciens salariés de Vencorex se tenant à ses côtés sur la plateforme chimique. Tous sont prêts à rejoindre le projet Exalia ; problème, ils arrivent en fin de droits au chômage. « Depuis l’ordonnance du tribunal, on leur a dit de rechercher du travail, a‑t-elle poursuivi. Certains d’entre eux ont trouvé du boulot et vont s’engager très prochainement, donc on ne pourra pas leur demander de revenir si jamais ça se décidait dans trois mois. »
De son côté, Christophe Ferrari a également exprimé son souhait de voir la ville se positionner sur du foncier actuellement en bordure de la plateforme et « présentant un intérêt public ». Un vœu pour lequel le liquidateur a déjà été interpellé. L’ancien président de la métropole l’a par ailleurs répété, la ville de Pont-de-Claix soutiendra Exalia jusqu’au bout, y compris s’il fallait ressortir le portefeuille. Certes, le chiffre de 600 000 euros est une estimation fiable et « n’est pas tombé du chapeau ». Néanmoins, a‑t-il assuré, « si demain il y avait un besoin complémentaire, évidemment on sera là. Il n’y a pas de difficultés là-dessus. »
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Publié le 07.05.2026 à 18:54
Daniel Oriol
En cette veille de commémoration du 8 Mai 45, à l’initiative du syndicat CGT mutipro des retraité-es, soutenu par l’union locale Roussillon /Beaurepaire, ainsi que certaines bases syndicales présentes s’est tenue une conférence de presse ce jeudi 7 mai. L’enjeu est de mettre la paix au centre des préoccupations du syndicat qui souligne que la lutte entre les différents impérialismes, pour des raisons économiques et de domination, la diplomatie est délaissée pour privilégier des conflits armés relançant la course aux armements.
L’histoire montre que les guerres ne règlent jamais les conflits. Il est urgent de mettre l’exigence de paix au cœur des revendications, les peuples n’ayant jamais intérêt à la guerre, ils en sont les victimes ! Anatole France disait : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »
La CGT le traduit ainsi aujourd’hui par des profiteurs de guerre. Exemple Total Energies qui encaisse 5,8 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre ! Cette entreprise se réjouit de « l’environnement favorable » qui lui permet d’encaisser un résultat net 5,3 fois supérieur à l’année précédente à la même époque. Pendant que les poches des actionnaires se remplissent, des millions de personnes voient leur facture énergétique exploser.
Il est donc urgent que le gouvernement mette fin à cette situation en taxant plus fortement les profits, en baissant les taxes et les marges. Cela pourrait aussi compenser la part que l’Etat prélève en taxes sur le carburant en arrêtant de subventionner les grandes entreprises bénéficiant largement des 211 milliards d’euros d’aides prélevées sur le budget national.
La situation pour les familles n’est plus tenable avec plusieurs centaines d’euros dépensées chaque mois uniquement pour le carburant. Avec d’autres, ces dispositions peuvent rendre possible le prix du carburant à 1,20€ le litre !
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