Publié le 02.10.2026 à 22:19
Manuel Pavard
C’était la grande question de ce vendredi 2 octobre. Après trois jours de forte mobilisation — et même quatre à Mounier, bloqué depuis lundi 28 septembre — dans l’agglomération grenobloise, la décision préfectorale de fermer vingt-neuf lycées en Isère, dont la totalité des lycées publics de Grenoble, allait-elle casser la dynamique du mouvement lycéen ? En gros, briser la grève ? Le calme régnant dans la matinée aux abords des établissements semblait confirmer ces craintes. Mais il en faudra bien davantage pour éteindre les flammes de cette immense colère.
Des lycéens déterminés à faire entendre leurs revendications.Déterminés à « ne rien lâcher », les lycéens grenoblois ont donc organisé un rassemblement improvisé devant le rectorat, conviant leurs camarades en lutte de l’ensemble des établissements locaux ainsi que des enseignants et étudiants. Objectif : d’une part, maintenir une mobilisation active, de l’autre faire entendre leurs revendications aux services académiques. Des demandes communes aux élèves manifestant dans toute la France, à savoir de meilleures conditions d’études, moins d’élèves par classe, des enseignants en nombre suffisant et remplacés en cas d’absence, des journées plus équilibrées, des bâtiments mieux isolés face au réchauffement climatique… Sans oublier l’abrogation de Parcoursup et l’arrêt des violences policières.
L’une des lycéennes membres de la délégation reçue par la recteur.Une délégation représentant six lycées grenoblois a ainsi été reçue par le recteur durant un long moment. « On n’acceptera pas des miettes, on est là pour continuer notre lutte », a promis Emma [le prénom a été modifié], lycéenne et porte-parole de la délégation, aux manifestants, avant de s’engouffrer dans le bâtiment avec cinq autres jeunes. « Sachez également que le rectorat n’a pas accepté de discuter en terrain neutre, ils nous obligent à monter dans leurs locaux », a‑t-elle ajouté.
Dans la foule, de plus en plus fournie au fil de l’après-midi, plusieurs centaines de lycéens donc, mais aussi des enseignants. Réunis en assemblée générale le matin même, ceux-ci ont voté la grève pour le mardi 6 octobre, avec le soutien de l’intersyndicale. « On était 140 ce matin, ça fait un moment qu’on n’avait pas eu une aussi grosse AG d’enseignants », se félicite Louison, professeur d’histoire-géo dans l’agglomération. Pour lui, la convergence des luttes est aussi nécessaire qu’évidente : « Je soutiens les lycéens car leurs revendications sont aussi les nôtres, que ce soit sur les moyens, l’état de nos établissements, les coupes de budget, les suppressions de postes… »
Les lycéens ont observé à plusieurs reprises des minutes de silence en hommage aux lycéens gravement blessés par les forces de l’ordre.Louison voit déjà des signaux positifs à l’issue de cette première semaine de mobilisation lycéenne : « Le fait que des collègues soient venus aider les lycéens sur les blocus, c’est très positif. On a aussi vu, par exemple à Mounier ou Aristide-Bergès [NDLR : à Seyssinet-Pariset], des profs et des syndicalistes du travail social, de l’énergie, de la territoriale, qui sont venus protéger les élèves face aux violences policières. » Une solidarité qu’il estime naturelle. Car derrière les revendications liées à l’Éducation nationale, « c’est aussi la question des salaires, de l’inflation, des coupes de budget du gouvernement un peu partout, sauf dans l’armée », affirme-t-il.
« Les intérêts des lycéens sont les mêmes que ceux des profs et des travailleurs du privé », souligne l’enseignant. Reste à savoir maintenant « comment l’étincelle qui débute va se propager et comment tout cela va converger », ajoute-t-il. Une jonction des luttes qu’appellent également de leurs vœux les étudiants, à l’instar de Malo, militant de l’UNEF, présent au rassemblement. « Il y a eu une assemblée générale étudiante, aujourd’hui, à Sciences Po, qui a voté le soutien à la mobilisation lycéenne », explique-t-il.
L’ambiance était joyeuse et bon enfant pendant une bonne partie de l’après-midi.De fait, étudiants et lycéens ont « beaucoup de revendications en commun, comme la question de la sélection à la fac et la fin de Parcoursup qui est l’un des premiers slogans scandés par les lycéens », souligne Malo, rappelant la campagne des sans-facs menée par le collectif éponyme, piloté par l’UNEF. À l’Université Grenoble Alpes, la mobilisation doit ainsi monter progressivement en intensité, avec une AG lundi 5 octobre à la galerie des amphis, et une manifestation partant du campus le lendemain, à 10 heures, avant de rejoindre le cortège lycéen devant Mounier.
Lycéens, étudiants, enseignants… Dans toutes les conversations, le sujet de la répression policière est omniprésent. Bien sûr, les dégradations et feux de poubelles causés par certains manifestants sont jugés « contre-productifs », même si « la colère est souvent compréhensible ». Ceci, d’autant que « le gouvernement s’en sert pour discréditer un mouvement qui a toute sa légitimité », déplore Sandrine Nosbé, députée LFI de la 9e circonscription de l’Isère. Mais cela ne justifie pas l’attitude souvent violente des forces de l’ordre — de surcroît à l’égard d’adolescents — que beaucoup pointent du doigt.
Sandrine Nosbé, députée LFI de l’Isère, présente au rassemblement.Illustration de nouveau ce vendredi. Pendant que la délégation lycéenne est reçue par le recteur, les manifestants patientent en entonnant chants et slogans, entrecoupés de prises de parole de lycéens. L’ambiance est joyeuse et bon enfant durant la majeure partie de l’après-midi, aucun uniforme ni véhicule de police n’étant alors visibles à proximité du rectorat. Pourtant, l’ambiance va subitement se tendre en fin d’après-midi.
L’atmosphère se tend subitement, au bout de la rue Dolomieu, les policiers vont bientôt gazer.En cause, l’irruption de plusieurs dizaines de jeunes masqués tirant notamment des feux d’artifice et cherchant la confrontation. Mais également — et de manière tout aussi déterminante — l’arrivée concomitante de la police, dont la simple présence va contribuer à alourdir l’atmosphère et à susciter les tensions. Des forces de l’ordre qui, en réaction aux feux de palettes allumés par des manifestants, vont noyer la place Bir-Hakeim et les rues alentour sous les gaz lacrymogènes. Une pluie de grenades tirées en direction des lycéens rassemblés pacifiquement.
« Des promesses d’adultes, on en entend à longueur de journée, les promesses du gouvernement aussi et on voit bien que ça ne se traduit jamais, donc on a du mal à croire celles du recteur. »
Tandis que policiers et jeunes jouent au chat et à la souris devant le rectorat, les membres de la délégation ressortent, eux, enfin du bâtiment pour livrer leur compte-rendu. Et le bilan est, sans grande surprise, plus que mitigé. Certes, le recteur les a écoutés et a « proposé de [les] revoir après le vote du budget », reconnaissent-ils.
Les membres de la délégation dressent le bilan de leur entrevue avec le recteur.« Mais des promesses d’adultes, on en entend à longueur de journée, les promesses du gouvernement aussi et on voit bien que ça ne se traduit jamais, donc on a du mal à croire celles du recteur », lance Emma, sous les acclamations des lycéens. La jeune lycéenne se projette donc vers la suite, notamment vers la manifestation du mardi 5 octobre. « On ne lâchera rien, assure-t-elle, on va continuer la lutte. Le mouvement ne doit pas faiblir et ne faiblira pas. »
Dans la rue jouxtant le rectorat, autre ambiance.Cet article Grenoble. Malgré la fermeture des lycées, les lycéens mobilisés devant le rectorat est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 02.10.2026 à 17:30
Luc Renaud
Atos, l’informatique des Jeux olympiques… Ça, c’était avant. Les Jeux, Disney aux Etats-Unis… comptent parmi les contrats perdus par ce qui fut un géant mondial des entreprises de services numériques.
La vente à la découpe est passée par là. Des « cessions d’actifs », comme on dit dans le langage boursier, imposées par les fonds spéculatifs qui ont pris la direction du navire, avec un critère unique : réduire la dette. « Même les ressources humaines, l’essentiel de la valeur d’une entreprise qui produit du travail intellectuel, sont dans le collimateur ; il faut réduire la masse salariale », constate Emmanuel Kilgus, coordinateur des syndicats CGT du groupe Atos. Et de citer des augmentations de salaire « peau de chagrin », des attaques contre le télétravail, des licenciements… ce que la CGT appelle « un plan social à bas bruit ». Au point que les ingénieurs et techniciens qui sont restés chez Atos regardent avec une pointe d’envie ceux qui sont partis avec la vente de Bull : « Eux, ils ont des augmentations, et Bull embauche. »
De ventes de secteurs entiers de l’entreprise en départs de salariés qui trouvent mieux ailleurs, cette stratégie du court terme a obtenu des résultats : 18 000 salariés en France en 2015, 8000 aujourd’hui, 122 000 au niveau mondial en 2019, 56 000 aujourd’hui. À Echirolles, de mille salariés, le groupe Atos n’en emploie plus aujourd’hui que 250 – dans les mêmes locaux, 500 ex-Atos travaillent pour le groupe Alten et 250 autres pour Bull.
Pour la CGT, c’est la conséquence de la stratégie industrielle mise en œuvre sous la direction de Thierry Breton – P‑DG du groupe de 2009 à 2019 avant d’être nommé commissaire européen chargé de la politique industrielle. Avec une décision emblématique : l’achat en 2018 de l’entreprise américaine Syntel pour un montant de 3,4 milliards d’euros, qui fut le premier à être financé par le recours à la dette. Cette croissance externe a été massive : de 2008 à 2022, quarante-trois entreprises ont été acquises par le groupe Atos. Un rapport sénatorial du 30 avril 2024 précise que « les prix d’acquisition ont été communiqués pour seulement neuf d’entre elles, lesquelles représentaient un total atteignant de l’ordre de 6,5 milliards d’euros. Le prix d’achat des 34 autres acquisitions n’a en revanche pas été rendu public. » Dans ce même rapport, on apprend aussi que « l’acquisition de Xerox ITO en juin 2015, pour laquelle Atos a versé 811 millions d’euros […] s’est portée sur une entreprise active sur un marché en décroissance ».
Une stratégie patronale qui a conduit droit dans le « mur de la dette », résultat dont les syndicalistes n’exonèrent cependant pas l’État. Atos travaille pour la défense nationale (des systèmes informatiques du Rafale, par exemple), les sites gouvernementaux comme celui de la direction des finances, la carte vitale et « Mon espace santé », la cybersécurité… Plus de 70 % de l’activité d’Atos en France est liée à la commande publique. De fait, l’entreprise, certes privée, n’en est pas moins étroitement imbriquée aux rouages de l’État. En témoignent par ailleurs les fréquents allers et retours de dirigeants entre l’entreprise et la tête de l’État : Thierry Breton, ministre de l’Economie de 2005 à 2009 ; Edouard Philippe, nommé au conseil d’administration en 2020 ; Nicolas Bazire. administrateur de la société de 2009 à 2020, directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, de 1993 à 1995…
Et « si l’État avait bougé entre 2019 et 2023, on n’en serait pas là », souligne Pascal Besson, coordinateur adjoint des syndicats CGT du groupe. Bouger, c’est-à-dire tenir compte des alertes et des propositions de la CGT, par exemple, qui craignait à l’époque « une catastrophe industrielle de grande ampleur » mettant en cause la souveraineté nationale. Dès 2023, le groupe communiste à l’Assemblée nationale déposait un projet de loi pour nationaliser Atos. En 2024, la CGT avançait un projet chiffré. Fabien Roussel interpellait le ministre de l’Economie en octobre 2024. Les 22 octobre et 5 novembre 2025, le groupe LFI déposait des amendements au projet de loi de finances en vue de la nationalisation d’Atos.
Aujourd’hui, la CGT estime la nationalisation plus que jamais nécessaire, compte tenu des enjeux de souveraineté – même si les supercalculateurs et l’informatique des centrales nucléaires ont été vendus à l’État et à Alten – associés aux services rendus par Atos à la population française.
La nationalisation, c’est aussi ce que préconise le rapport daté du 9 juin dernier de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs présidé par Emmanuel Mandon, député Modem, et dont la rapporteure est Aurélie Trouvé, députée LFI : « Nationaliser les activités stratégiques d’Atos, en priorité les activités de systèmes de missions critiques (MCS) et de cybersécurité » , peut-on lire dans sa recommandation n°35.
Un État stratège pour reprendre la main, tout particulièrement dans des domaines plus sensibles que jamais.
Le site d’Atos à Echirolles, inauguré le 20 octobre 2022.Le 24 octobre 2024, le tribunal de commerce de Nanterre a approuvé le plan de sauvegarde accélérée qui a converti en actions Atos une partie des créances correspondant aux dettes de la société. 2,9 milliards de dettes ont ainsi été transformés en capital : les créanciers, majoritairement des fonds spéculatifs, sont devenus propriétaires du groupe. Ces fonds possèdent aujourd’hui entre un quart et un tiers du capital d’Atos : ils disposent de fait du contrôle de la stratégie du groupe, le reste de l’actionnariat étant émietté entre une multitude de petits porteurs.
Ces actionnaires principaux, au nombre de quatre sont : Melqart Asset Management et Tresidor Investment Management basés à Londres, D. E. Shaw & Co. LP basé à New-York, et ING Bank N.V., une banque d’investissement, basée à Amsterdam.
Les décisions de cession d’actif, de réorganisation, de choix de développement sont ainsi soumises à l’approbation de ces fonds anglo-américains et hollandais.
Pour valider la conversion de dettes en capital, les fonds d’investissement anglo-saxons ont exigé la modification du statut juridique du groupe Atos. Les entreprises relevant du groupe Atos ont ainsi été englobées dans une double holding, DutchCo / LuxCo, basée en Hollande, le droit néerlandais offrant des garanties renforcées sur les actifs du groupe.
Cette restructuration sous droit néerlandais permet aux créanciers propriétaires de sécuriser leurs « nantissements », c’est-à-dire la mise en gage des actifs des sociétés du groupe Atos : en cas de défaillance lors des remboursements prévus à partir de 2029, les fonds spéculatifs pourraient se payer sur la bête.
61000
salariés
dans le monde en mars 2026. En 2024, Atos était encore présent dans 69 pays et comptait 95 140 salariés dans le monde, dont 11 600 en France répartis sur 30 sites sur l’ensemble du territoire. Avec un chiffre d’affaires mondial s’établissant à 10,7 milliards d’euros en 2023, dont 1,96 réalisé en France.
Deux ans plus tard, en mars 2026, ils ne sont plus que 61000 dans le monde – avec un objectif annoncé par le groupe de 55 000 pour fin 2026 – et 8 000 en France. Le résultat de nombreuses cessions de filiales et d’activités, et du retrait de pays comme l’Italie, les pays scandinaves ou l’Amérique du Sud. À Échirolles, Atos qui a compté jusqu’à mille salariés, n’en emploie plus que deux cent cinquante – les 750 autres qui travaillent toujours sur le site, sont employés dans des sociétés qui ont racheté des activités d’Atos.
Le chiffre d’affaires d’Atos s’élève à 8 milliards sur l’exercice 2025, moins un quart en deux ans.
Sept directeurs généraux se sont succédés entre 2019 et 2025 après le départ de Thierry Breton, plusieurs ayant exercé moins d’un an.
La connectique du Rafale, l’avion de chasse de Dassault, est gérée par Atos.Avantix est une filiale du groupe Atos. Elle assure les activités de fabrication logicielle pour les armées incluant entre autres le système d‘information Scorpion de l’armée de terre, les connectiques du Rafale, des logiciels de combats et de communication de la marine nationale, Artemis logiciel de renseignement, sans oublier les téléphones sécurisés Auxylium… Raison pour laquelle l’État dispose d’un droit de contrôle sur Avantix, dit « action de préférence ».
Mais Avantix ne rassemble pas la totalité des activités militaires du groupe. Au point qu’en 2025, la Direction générale de l’armement s’en était émue. Des systèmes sensibles sous contrôle étranger après la restructuration de 2024, pour résumer. Raison pour laquelle la direction d’Atos a engagé en septembre 2025 une consultation du comité social et économique compétent pour engager le transfert de salariés vers la filiale Avantix.
L’opération ne s’est pas faite. Pourquoi ? Le compte-rendu de la réunion du CSE du 28 février 2026 apporte une réponse. « La finance et les créanciers n’ont pas donné leur accord », « l’opération pourrait ne pas se faire », « on verra alors une autre solution », répondait la direction à une question de la CGT sur le sujet. Autrement dit, les « propriétaires-créanciers » du groupe Atos refusaient que ces activités sortent du périmètre des actifs constituant « garantie de créances » pour les fonds spéculatifs propriétaires et intègrent Avantix, davantage contrôlée par l’État.
Officiellement ce n’est pas le cas. Aux termes des déclarations du P‑DG du groupe devant la commission d’enquête sur les fonds spéculatifs de l’Assemblée nationale, « faire passer des contrats d’une société sous caution à une société qui ne l’est pas pose des questions techniques. Nos créanciers n’ont strictement rien à voir avec cela, ils ne sont même pas au courant. Simplement, nous devons respecter un accord qui date de 2024 ». Et « le projet a été mis en suspens le temps de faire une analyse juridique et opérationnelle permettant de s’assurer que le transfert serait fait en toute conformité par rapport aux accords de financement notamment. »
Aurélie Trouvé, rapporteure de la commission d’enquête, en conclut toutefois dans son rapport du 9 juin 2026 : « Cette séquence révèle que des transferts d’activités comportant des enjeux de défense nationale peuvent se voir bloqués sinon freinés par des clauses contractuelles protégeant des créanciers financiers étrangers : c’est la souveraineté française qui se trouve, de facto, subordonnée à l’architecture capitalistique imposée par le plan de sauvegarde accéléré d’Atos de 2024. »
La transaction approuvée en 2024 par le tribunal de commerce de Nanterre n’efface cependant pas la totalité de la dette du groupe, qui reste redevable de 3,5 milliards d’euros. Les remboursements sont différés à la période 2029–2032, moyennant 200 millions d’euros d’intérêt comptabilisés chaque année : le mur de la dette est simplement décalé. Dans l’attente, les créanciers-actionnaires ont obtenu que toute cession d’actif déclenche automatiquement un remboursement anticipé obligatoire au bénéfice des créanciers.
Bull fournit des machines, notamment utilisées par les centres de données.Les dix dernières années sont celles d’une longue succession de plans de réorganisation et de ventes de fleurons de ce qui faisait Atos dans les années 2010.
La filiale Worldline, l’un des acteurs mondiaux du paiement électronique, a été progressivement vendue à partir de 2019. À l’époque, c’était ce que l’on appelle une « usine à cash ».
En 2023 le groupe décide de se scinder en deux, Eviden d’un côté et Atos de l’autre. « Trois plans de réorganisation interne en deux ans et demi se sont ainsi succédé conduisant à une scission très contestée en deux entités dont la pertinence demeure encore à démontrer. Et ce d’autant plus que le coût de ces plans est faramineux au regard de l’endettement de l’entreprise : plus de 700 M€, dont la moitié pour la scission », peut-on lire à ce sujet dans le rapport d’information sénatorial du 30 avril 2024.
Atos Italie est cédé en 2023, ainsi que les sociétés Unify et Ecoact.
Après la décision du tribunal de commerce d’octobre 2024, c’est la branche Worldgrid – assurant la gestion du Réseau de transport de l’électricité et les commandes des centrales nucléaires – qui est vendue à Alten le 5 novembre 2024. « Cette entreprise jouait un rôle majeur pour stabiliser la trésorerie du groupe », note Emmanuel Kilgus, délégué CGT.
Atos Pays nordiques est sorti du groupe en mars 2025.
Bull – 2 500 salariés, construction de supercalculateurs et logiciels d’intelligence artificielle – est vendu à l’Agence de participation de l’état le 31 mars 2026. Bull a emporté la majorité des brevets du groupe (quelque 1500 sur 2000)). Aujourd’hui nationalisé, Bull embauche et a signé en août dernier le plus important contrat de son histoire d’une valeur de 388 millions d’euros avec la Finlande, pour fournir un supercalculateur dans le cadre de l’Entreprise commune pour le calcul à haute performance européen (EuroHPC).
Les activités d’Atos Amérique latine sont cédées le 30 avril 2026.
Ce qui demeure au sein du groupe Atos– Atos pour les services : infrastructures en nuage et hébergées, services de cybersécurité, données et intelligence artificielle, applications numériques, poste de travail numérique, plateformes intelligentes et conseil.
Dans le secteur de la santé et de la protection sociale, Atos est prestataire de la Caisse nationale de l’assurance maladie pour l’espace numérique de santé. Le groupe intervient également dans la gestion informatique de la carte Vitale ainsi que dans l’infrastructure du portail FranceConnect. Atos assure la gestion informatique d’impots.gouv.fr Dans le domaine de la défense, les actifs considérés comme stratégiques sont couverts par une convention de sécurité entre l’État et le groupe Atos. L’essentiel des actifs sensibles sont rassemblés au sein de la holding Eviden Holding France et de sa filiale opérationnelle Avantix, dans laquelle l’État détient une action de préférence lui conférant des droits spécifiques. Atos est prestataire d’environ 150 collectivités territoriales en matière de cybersécurité et de gestion financière.
– Eviden pour les produits : produits de cybersécurité, systèmes de missions critiques, et analyse vidéo augmentée par l’intelligence artificielle (IA).
Cet article Atos ou le naufrage de la gestion patronale est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 02.10.2026 à 15:52
Kevin Gazoufer
C’est symboliquement en face de la bibliothèque Joseph Fourier, juste à côté du bâtiment de la présidence que commence le rassemblement des sans-facs, principalement accompagnés par l’UNEF. Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble, annonce le déroulé de l’après-midi et qu’un rendez-vous est prévu à 17h avec la direction de l’université Grenoble Alpes (UGA).
Où se déroulera le rendez-vous auquel deux représentants de l’UNEF et deux sans-facs participeront ? À l’espace MUSE (la maison des services étudiants), à quelques centaines de mètres de là. Pourquoi là-bas ? Cela interroge aussi les personnes sur place mais la motivation reste de mise et des slogans commencent à être entonnés aux mégaphones avant de se déplacer vers l’espace MUSE.
« Étudier est un droit, pas un privilège », « Facs ouvertes aux enfants d’ouvriers, facs fermées aux intérêts privés » ou « Qu’est ce qu’on veut? Des inscriptions! Pour qui? Les sans-facs! Pour quand? Maintenant! », sont repris pendant la marche et ne semblent pas effaroucher les moutons que le cortège croise plusieurs dizaines de mètres après le départ.
Rencontre inattendue entre le cortège des sans-facs et un petit groupe de moutonsIntrigué·es des étudiant·es filment la scène et, même après cette curieuse rencontre, beaucoup de regards se tournent vers le cortège d’une petite centaine de personnes. Des tracts avec un QR Code vers la pétition de l’UNEF pour les sans-facs sont distribués aux passant·es sur le trajet.
Une fois arrivé devant le lieu du rendez-vous, le cortège installe la sono portable proche des vitres de la salle. Même si l’immense majorité des personnes n’est pas conviée à l’intérieur, l’idée est de se faire entendre et de soutenir les camarades quand ils seront avec la présidence de l’université pour obtenir le plus d’inscriptions possible.
Les syndicats réunis devant MUSE (l’espace de service étudiant) avec les sans-facsUne des premières nouvelles que nous aurons de cette réunion est qu’ils ont du mal s’entendre à l’intérieur, le groupe s’est donc ensuite écarté d’une vingtaine de mètres de la salle. Avant que les nombreuses interventions au micro des sans-facs et des syndicats soient démarrées.
Des interventions qui poussent à la solidarité, un ex sans-fac étant par exemple venu pour encourager ses camarades. Un sans-fac qui malgré sa licence de droit et 37 candidatures en master ainsi que de nombreux recours s’indigne « On nous dit tout le temps d’étudier, mais au final on nous chie dessus comme ça, c’est pas normal ! ». D’autres sans-facs viennent courageusement au micro expliquer leur situation et exprimer leur soutien envers les autres.
Les syndicats appellent à une union avec les mobilisations actuelles (lycéens, fonction publique, sapeurs-pompiers…) et dénoncent des politiques qui ne donnent pas assez de moyens aux secteurs du public.
Une des nombreuses interventions au micro pendant la réunion avec la présidence« 15 milliards d’euros » revendiqués par les organisations syndicales françaises de l’enseignement supérieur nous précise un membre de l’UNEF. Pour le budget de l’état c’est peu et « de l’argent il y en a pour l’armée ou pour les entreprises », ajoute-t-il. Par ailleurs il se réjouit que les sans-facs ne soient pas tout seuls lors des rassemblements et que cette mobilisation inscrive la sélection dans les débats de la rentrée. À Grenoble, sur une cinquantaine de dossiers de base, il y a eu 17 propositions faites puis acceptées dont 8 dans la première filière souhaitée. Cinq masters (quatre en génie civil et un en cinéma) ayant été trouvés pendant la semaine précédente. L’UNEF continuera de revendiquer des inscriptions pour les 15/20 dossiers qui lui restent à ce moment. Certaines personnes ayant abandonné le processus, voire dû aller chercher du travail.
Anaïs (prénom modifié), sans-fac, accepte de répondre à quelques questions. Anaïs a validé sa licence de psychologie avec mention assez bien, malgré une promesse de stage et 18 candidatures dans des masters en psychologie clinique (pour pratiquer auprès de patient·es) et en psychologie du travail « même si ce n’était pas vraiment ce que je voulais », reste pour l’instant sans solution. Quand on lui demande ce qu’elle ressent par rapport à tout ça, elle nous répond: « Ça m’énerve parce que j’avais envie de faire tout d’une traite et mon rêve c’était d’être psychologue ». Ce qu’elle pense de la mobilisation ? « Que les résultats pour certain•es donne espoir pour nous ». Mais rapidement elle est appelée à rejoindre les personnes qui rentrent dans la salle de réunion, vers 18h.
Occupation de la salle de réunion par les sans-facsEn réaction de la rentrée de quelques dizaines de personnes deux membres de l’université quittent la salle par la porte vitrée, tandis que deux autres restent à l’intérieur discuter avec les personnes présentes. Pourquoi être rentré ainsi ? Léonce Subtil indique que la présidence a fermé la porte à certains dossiers, les masters de psychologie, de droit et un master de communication. « Ce qu’on trouve inacceptable c’est qu’on nous dise pour certain·es, il n’y a pas de solution » ajoute-t-il.
Deux dossiers ont tout de même avancé ce lundi soir, un pour un master Arts, lettres et civilisations et l’autre pour une proposition de L0 en biologie. Les deux concernées pensent l’accepter même si « Loubna », titulaire d’une L2 biologie en Algérie dont nous parlions plus en détails dans cet article, espérait mieux.
Discussions entre la présidence et le collectif des sans-facs sur le parvisLes demandes du collectif s’orientent rapidement pour appeler M. Lakhnech, président de l’UGA, auprès de ses collaborateurs dont M. Oudart, son directeur de cabinet, qui arrive après l’occupation de la salle. Les discussions semblent tourner en rond quand M. Oudart propose d’envoyer un mail, raillé par les mobilisé·es qui répètent n’avoir reçu de réponses à leurs mails qu’une seule fois. M. Oudart propose alors d’y répondre dans la soirée pour un rendez-vous avec M. Lakhnech. L’impatience de connaître la date de rendez-vous est palpable. Une membre de l’UNEF envoie le mail dans la foulée.
« Si ils pensent qu’on va arrêter de se battre contre la sélection parce qu’ils ne font pas de proposition ils se trompent ». Léonce Subtil, président de l’UNEF Grenoble
Léonce Subtil reste prudent sur cette déclaration orale et réaffirme que « ce qu’on veut c’est discuter avec M. Lakhnech », il prévient aussi que « si ils pensent qu’on va arrêter de se battre contre la sélection parce qu’ils ne font pas de proposition ils se trompent ». La mobilisation se termine au crépuscule par le départ de la direction puis le débriefing au micro de cette mobilisation. Nous apprendrons par la suite que la demande de rendez-vous avec M. Lakhnech a été acceptée et a eu lieu mercredi matin.
Entrevue qui n’a pas permis de faire bouger les lignes : deux étudiants ont pu être inscrits… dans des filières qui ne correspondent pas à leurs souhaits initiaux.
Affaire à suivre!
Débriefing du collectif des sans-facs vers 20h30Cet article Les syndicats étudiants et le collectif des sans-facs toujours déterminés est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 01.10.2026 à 20:19
Manuel Pavard
Emmanuel-Mounier, Vaucanson, Eaux-Claires, André-Argouges, Louise-Michel, Stendhal, Champollion à Grenoble, Marie-Curie et Thomas-Edison à Échirolles, Pablo-Neruda à Saint-Martin-d’Hères, Aristide-Bergès à Seyssinet-Pariset, mais aussi Edouard-Herriot, La Nat et Ferdinand-Buisson à Voiron, l’Oiselet, Gambetta et Jean-Claude-Aubry à Bourgoin-Jallieu, Elie-Cartan à La Tour-du-Pin, Léonard-de-Vinci à Villefontaine, Ella-Fitzgerald à Saint-Romain-en-Gal, Delorme à l’Isle-d’Abeau, Galilée à Vienne… La liste des lycées isérois bloqués et mobilisés a encore grossi ce jeudi 1er octobre, comme partout en France.
Blocage au lycée Mounier jeudi 1er octobre.Débutée localement au lycée Mounier lundi 28 septembre, la contestation lycéenne a rapidement fait tâche d’huile les deux jours suivants, gagnant de nouveaux établissements dans l’agglomération grenobloise, avant de s’étendre à la quasi-totalité du département ce jeudi. Dès le début de matinée, les élèves grévistes ont bloqué les entrées de leurs lycées respectifs, avant de faire face, dans une atmosphère souvent tendue, à des forces de l’ordre peu disposées à discuter.
Les images des lycéens gravement blessés à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) et à Tours (Indre-et-Loire) ont tourné sur tous les réseaux sociaux, alimentant de nombreuses conversations. « Il y a clairement des consignes données à la police pour qu’elle nous fasse peur et nous décourage », estime Camelia, croisée sur l’avenue Marcelin-Berthelot, près de Mounier. « Mais on ne lâchera pas », assène la lycéenne.
Blocage également au lycée Pablo-Neruda de Saint-Martin-d’Hères où des poubelles barraient l’entrée de l’établissement.La jeune fille insiste, comme ses amis : leurs demandes sont « juste normales ». À savoir de meilleures conditions d’études, moins d’élèves par classe, des enseignants en nombre suffisant et remplacés en cas d’absence, des journées plus équilibrées, des bâtiments mieux isolés face au réchauffement climatique… Des revendications pouvant varier d’un établissement à l’autre mais qui dessinent toutes une même colère teintée d’inquiétude face à un avenir terriblement incertain.
C’est d’ailleurs ce qu’exprime un lycéen de Mounier au mégaphone lors d’un discours marquant, ce jeudi matin, devant ses camarades rassemblés dans la rue. « Jamais nous n’avons vu un 8h-18h rendre plus intelligent. Jamais nous n’avons vu un ministre améliorer la vie d’un lycéen ou étudiant en France. Jamais nous n’avons vu jusqu’ici un présumé ministre de l’Éducation délaisser à ce point ce dont il a la charge », lance l’adolescent. Avant d’avertir : « Mépriser nos blocages ne diminuera en rien notre détermination. »
Des lycéens déterminés à Mounier.« Aujourd’hui, nous voulons des conditions d’apprentissage dignes, des classes moins chargées, des emplois du temps plus cohérents et moins contre-productifs, des établissements climatisés et correctement chauffés », détaille le porte-parole improvisé des manifestants. Et d’ajouter : « Apprendre suppose d’abord de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Nous souhaitons aussi une revalorisation du budget de l’Éducation nationale et davantage de moyens humains et matériels mis en place suite à des études sur le terrain. »
Le face-à-face entre lycéens et gendarmes mobiles s’est prolongé le long des rams de tramway.« Sans investissements réels, aucune amélioration durable n’est possible », affirme enfin le lycéen, réclamant également « la fin de Parcoursup et une vraie méritocratie ». Un vœu largement partagé par les jeunes manifestants, vent debout contre le dispositif. « Chaque élève doit pouvoir construire son avenir sans être trié par un algorithme », souligne celui qui prévient que « [leur] conscience politique est plus forte que jamais ».
Sera-t-il entendu ? Du côté du gouvernement, de la presse réactionnaire et des élus de droite et d’extrême droite, on répond sans surprise par la force, le mépris et les mensonges. D’où le nécessaire contrepoids à apporter de la part des personnalités politiques de gauche et syndicales. Plusieurs d’entre elles ont ainsi réagi en Isère, diffusant des communiqués ce jeudi. Avec un point commun : que ce soit Laurence Ruffin, Amandine Demore ou la CGT Isère, toutes ont évoqué des « revendications légitimes ».
« Nous devons savoir écouter les raisons de cette colère, les aspirations de notre jeunesse, et leur apporter une véritable réponse politique », indique ainsi la maire PCF d’Échirolles. « Les inquiétudes exprimées sur les conditions d’apprentissage, les moyens accordés aux établissements et l’accompagnement des élèves doivent être entendues et discutées. »
Amandine Demore et Laurence Ruffin (ici avec Philippe Rio au meeting du second tour de la liste Oui Grenoble) ont toutes deux réagi par communiqué au mouvement lycéen dans leur ville.Amandine Demore souhaite toutefois « appeler au calme » et « condamne avec la plus grande fermeté les actes malveillants qui ont pu émailler ces mobilisations et qui nuisent à la portée du message véhiculé par les lycéens ». Elle demande donc que « le dialogue puisse s’engager rapidement avec les lycéens et lycéennes, les équipes éducatives, les directions des établissements et les services de l’Éducation nationale ».
Un discours assez similaire à celui de Laurence Ruffin. La maire de Grenoble explique que « la réponse des pouvoirs publics doit être à la hauteur : de l’écoute, des moyens et le respect des droits des jeunes. La répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation », déplore-t-elle. « Des élu-es de la majorité grenobloise étaient à leurs côtés ces derniers jours, parce que nous considérons que leur mobilisation doit pouvoir être entendue et que leurs préoccupations méritent une réponse politique », ajoute l’édile.
Comme sa consœur d’Échirolles, Laurence Ruffin tient cependant à être « claire sur un autre point : les dégradations, les casses et les violences n’ont pas leur place dans l’expression d’une revendication. Elles doivent être condamnées. Elles pénalisent les habitant-es, les agent-es et elles ne doivent pas faire oublier qu’une très grande majorité des jeunes mobilisé-es le font pacifiquement, pour défendre leur avenir et celui de l’école publique », souligne l’élue, qui salue l’ensemble des enseignants et des agents de l’Éducation nationale.
« La CGT Isère insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées. »
De son côté, l’UD CGT Isère dénonce, dans un communiqué offensif, « le mépris du ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, comme de ses prédécesseurs » face aux revendications des lycéens. Énumérant les problématiques auxquelles ces derniers sont confrontés, le syndicat juge que « toutes les conditions étaient réunies pour que cette colère explose », d’où la montée en puissance de la mobilisation.
Le cortège des lycéens de Mounier à la manifestation intersyndicale de la fonction publique, mardi 29 septembre, à Grenoble.Par ailleurs, « la CGT Isère condamne fermement la répression policière et les violences faites sur les enfants mineurs mobilisés autour de leurs lycées pour exiger l’amélioration de leurs conditions d’études, et dénonce l’instrumentalisation politique qui l’accompagne ». Appelant les responsables de l’Éducation nationale à tous les niveaux (direction locale, rectorat…) à recevoir les organisations de jeunesse, elle « insiste pour que les lycéen·ne·s puissent tenir des assemblées générales dans les lycées pour leur permettre de clarifier, établissement par établissement, leurs revendications ».
Dans ce cadre, les quatorze unions locales du territoire mettent « leurs locaux à la disposition de la jeunesse qui souhaiterait s’organiser et tenir des réunions ». En conclusion, « la CGT Isère appelle les travailleur·se·s, les retraité·e·s, demandeurs d’emploi, à se mobiliser aux côtés de la jeunesse et des personnels de l’éducation nationale lors des manifestations prévues ce mardi 6 octobre ».
Les gendarmes mobiles se sont déployés sur la place Victor-Hugo, investie par les lycéens de Champollion dans la matinée. En début de soirée, les lycéens apprennent la fermeture décrétée par la préfecture de vingt-neuf lycées isérois — dont la totalité des lycées publics de Grenoble — ce vendredi 2 octobre. Des établissements où les cours seront dispensés à distance, dans la mesure du possible. Pour couronner le tout, les manifestations sont interdites toute le journée de vendredi, par arrêté préfectoral, aux abords des lycées fermés. « La préfecture a trouvé le meilleur moyen de casser la grève », se désole une enseignante du SNUEP-FSU. Et qui elle aussi donne rendez-vous dans la rue, mardi 6 octobre.
Vingt-neuf lycées fermés en Isère vendredi 2 octobreLa préfecture de l’Isère a annoncé que 29 lycées seraient fermés ce vendredi 2 octobre, dans l’ensemble du département. « La situation de ces 29 établissements ne permet pas d’assurer l’accueil des élèves dans des conditions normales », estime-t-elle, précisant que « dans ces établissements, la poursuite des enseignements se fera à distance, selon les modalités les plus adaptées à leur situation ».
Il s’agit des lycées suivants :
Lycées publics de Grenoble
Lycée public de Saint Martin d’Hères
Lycées publics d’Échirolles
Lycées publics de Bourgoin-Jallieu
Lycée public de Villefontaine
Lycée public de Moirans
Lycée public de l’Isle d’Abeau
Lycée public de Vizille
Lycée public de Saint-Marcellin
Lycée public de Saint-Romain-en-Gal
Lycée public de Sassenage
Lycée public de Seyssinet-Pariset
Lycée public de Vienne
Lycées publics de Pont de Cheruy
Lycées publics de Voiron.
Cet article Des « revendications légitimes » : la mobilisation lycéenne s’étend en Isère est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 01.10.2026 à 11:37
Luc Renaud
« Alors que les prix des fruits et légumes ont encore bondis de 13% cet été, après des années de hausse continue, la crise du modèle agricole et alimentaire néolibéral apparait au grand jour », constate le PCF. L’inflation et la baisse du pouvoir d’achat, aggravées par les « bouleversements climatiques et la flambée des prix du pétrole » sont la conséquence « du capitalisme débridé pour les premiers et de l’impérialisme qu’il engendre pour la seconde ».
Les communistes le rappellent, « il est toujours plus difficile de se nourrir correctement, et un tiers des Français renonce à faire trois repas par jour ».
Dans ce contexte, « la réponse du néolibéralisme est toujours la même : moins de règles, moins de normes, pour tenter de freiner la montée des prix – sans grand succès ». Cette dérégulation se développe au risque « d’un empoisonnement des populations : PFAS « polluants éternels », cadmium cancérigène : les scandales sanitaires se suivent et se ressemblent, la société de marché est toujours plus toxique pour petits et grands ».
« Ces actions de ventes militantes à prix producteur permettent de démontrer en pratique qu’il est possible de rémunérer correctement nos paysans tout en donnant accès au plus grand nombre à une alimentation de qualité. Pour cela, les communistes défendent une nouvelle organisation du lien entre production et consommation, qui sorte des logiques du marché », précise la fédération iséroise du PCF.
Vendredi 2 octobre :
- Renage, 16h-19h, Parc à jeux rue de la piscine
- Péage-de-Roussillon, 16h-19h, kiosque des Ayencins
- Fontaine, à partir de 15h30, parvis des écoles Balmes et Tavel
- St Martin d’Hères, 15h-18h, à proximité de la Maison de quartier Romain Rolland
- St Marcellin, 16h-19h, parking Beau Soleil, 33 avenue du Vercors
Samedi 3 octobre :
- Fontaine, à partir de 15h, Place des Ecrins
- Salaise sur Sanne, 10h-12h30, quartier de la Salamandre
- St Martin d’Hères, 9h30-11h30, parvis de l’école Paul Langevin
- Bourgoin-Jallieu, 9h30-13h, place Nelson Mandela
Dimanche 4 octobre :
- Vizille, 10h-12h, place du Château
- Grenoble, 9h-12h, square Lafleur, quartier Capuche 56 rue du Général Ferrié
- St Egrève, 9h-12h, place Nelson Mandela
Lundi 5 octobre :
- Grenoble, 9h-12h, place du marché de l’Arlequin
- Campus universitaire, 10h-12h, parvis de la BU Droit-Lettres
Cet article PCF. Opération fruits et légumes solidaires cette fin de semaine est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 30.09.2026 à 03:25
Manuel Pavard
Assis sur un muret, derrière l’arrêt de tram Mounier, le petit groupe de lycéens n’est pas peu fier de sa « punchline ». Ousmane et Rayan [les prénoms ont été modifiés] la ressortent en chœur : « On prépare le bac et on nous envoie la BAC ! » Derrière la formule et la rime se cache toutefois une triste réalité. Car depuis la veille, une bonne partie des élèves du lycée Mounier ont expérimenté la répression policière et les jets de grenades lacrymogènes. Le prix à payer pour un établissement qui se trouve une nouvelle fois à l’épicentre de la contestation dans le département.
Poubelles brûlées et renversées devant l’entrée du lycée Mounier, mardi 29 septembre.Dès le lundi 28 septembre, le lycée Mounier a ainsi été bloqué, à l’aide notamment de poubelles brûlées ou renversées, disséminées devant le portail d’entrée et sur les rams du tramway. Un blocage reconduit dès le début de matinée, ce mardi 29 septembre, à Mounier donc mais aussi aux lycées André-Argouges, Stendhal, Les Eaux-Claires, Vaucanson, Lesdiguières, Le Clos d’Or, Marie-Curie (à Échirolles)… Soit « une dizaine d’établissements scolaires, majoritairement dans l’agglomération grenobloise », selon la préfecture de l’Isère.
Blocage au lycée Stendhal, mardi en début de matinée.De retour de la manifestation des agents de la fonction publique, qu’ils ont rejoints le matin au sein d’un important cortège lycéen, les lycéens précités tentent de synthétiser leurs principales revendications. Celles-ci mêlent, pêle-mêle, des demandes liées à leurs conditions d’études — des classes trop chargées aux salles trop chauffées -, au manque de professeurs, à la sélection jugée « injuste » sur Parcoursup, aux nouvelles restrictions vestimentaires…
« Même nous, aujourd’hui, on était en grève en tant que prof pour dire ‘le gouvernement nous prend pour des cons depuis très longtemps’. Et ça, les élèves le ressentent aussi, même s’il ne l’expriment pas de cette façon », explique une enseignante au lycée professionnel Mounier [NDLR : lycée polyvalent, Mounier propose des voies générale, technologique et professionnelle], syndiquée au SNUEP-FSU et venue en soutien sur le blocage, ce mardi midi.
Les enseignants du lycée Argouges, dans le cortège des agents de la fonction publique, à Grenoble.Selon elle, les revendications lycéennes se répartissent en deux catégories principales. Tout d’abord la question des moyens et des conditions d’études, prioritaire dans tous les établissements mobilisés. « Le lycée Mounier est quand même plutôt bien doté mais ce n’est pas le cas partout : il y a plein de lycées où le bâti est en mauvais état, où il n’y a pas assez d’ordinateurs, pas assez de vidéo-projecteurs, etc. Tout ça, les élèves le voient et ça les saoule ! »
La deuxième grande question est, elle, liée à la « liberté » ou plutôt l’absence de liberté. « C’est la tenue professionnelle qu’on leur impose, c’est l’obsession autour du voile et des signes religieux », détaille l’enseignante. « Ils ressentent aussi une forme de discrimination sur le mode ‘t’es en jogging, t’es en Crocs, bah tu dégages’. Donc plus globalement, ils en ont ras-le-bol ! »
« Nos élèves se sont habitués à cette répression. (…) Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu normal. »
Et puis, impossible de ne pas évoquer les interventions des forces de l’ordre, après une matinée passée à jouer au chat et à la souris pour de nombreux lycéens. Dans son bilan communiqué en fin de journée, la préfecture annonce dix-sept interpellations, « principalement pour des faits de violences à l’encontre de représentants de l’autorité publique et dégradations ». Mais pour la professeur de Mounier syndiquée au SNUEP, « la répression policière n’a fait qu’accentuer la colère » des lycéens.
Les élèves du lycée Mounier sur l’avenue Marcelin-Berthelot, alors que des voitures de police arrivent à l’horizon.Son constat est même terrible et particulièrement symptomatique d’une époque : « On se disait avec les collègues que nos élèves se sont habitués à cette répression. Là, ils voient les flics arriver, il y a une vague, ils courent tous et ils reviennent direct. Pour eux, manger des lacrymos, c’est devenu habituel, normal. Ils se disent que la police fait ça… Et clairement, ça les calme pas du tout, ils attendent la deuxième manche, pour refaire le match. »
Un élève de première passant à proximité ne dit pas autre chose : « Vous savez, quand on vient d’un quartier, on a grandi avec les contrôles et la violence policière… Ce n’est pas parce qu’on est au lycée que ça va s’arrêter. » Ce traitement répressif de la jeunesse désolé profondément l’enseignante : « À aucun moment, l’institution ne vient les voir en leur demandant quelles sont leurs demandes. On leur envoie une seule chose : la police ! »
Devant l’entrée du lycée Stendhal.Cet article Grenoble. « On prépare le bac, on nous envoie la BAC » : le ras-le-bol des lycéens est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 29.09.2026 à 18:58
Manuel Pavard
« Une honte », « du jamais vu »… Les mots employés sont forts et traduisent l’indignation de Laurence Ruffin après ces nouveaux faits impliquant le groupe grenoblois de la France insoumise. Une affaire qui pourrait laisser des traces et marquer un point de non-retour dans les relations entre LFI et la majorité municipale à Grenoble. À la suite des heurts survenus ce mardi 29 septembre entre les élus insoumis et des policiers municipaux, la maire a en effet annoncé l’ouverture d’une enquête administrative et le report du conseil municipal, qui sera « reconvoqué dans un bref délai ».
Alors, que s’est-il passé exactement en marge de la séance, ce mardi matin ? Sur ce point, les versions diffèrent assez nettement selon les parties. Le conseil municipal venait de débuter par l’appel — les élus LFI n’étaient d’ailleurs pas encore présents — puis un hommage rendu par Laurence Ruffin à différentes personnes, dont Jean Giard, récemment disparu. « Pendant ces hommages, on a entendu du bruit et des heurts dans le hall, qui faisaient suite à des altercations entre les agents et des élus LFI qui voulaient tenir une manifestation », raconte-t-elle. « Or, notre règlement intérieur ne permet pas de manifestation au sein du conseil municipal. »
Les insoumis ont voulu rentrer dans la salle du conseil, « ce qui a donné lieu à des violences de ces élus contre des policiers municipaux », poursuit la maire de Grenoble, qui a « dû suspendre la séance, le temps d’avoir les premiers éléments de l’enquête ». Selon ces premiers éléments, Allan Brunon, président du groupe LFI Grenoble, et ses colistiers entendaient protester contre le jumelage de Grenoble avec la ville israélienne de Rehovot. Un sujet que les insoumis espéraient inscrire à l’ordre du jour de ce conseil municipal, avant de voir leur délibération repoussée par la municipalité.
Laurence Ruffin a vivement condamné les violences dont se rendraient coupables selon elle les élus insoumis depuis des semaines.Certaines informations faisaient état de pancartes avec les inscriptions « Palestine Ruffin censure », que ces élus auraient tenté d’introduire au conseil. Affirmation que conteste fermement Allan Brunon. « Nous n’étions pas en train de manifester, nous avions des stickers sur nos ordinateurs », dément le conseiller municipal. « Par contre, c’est vrai qu’on n’a pas le droit de rentrer avec des banderoles mais je mets au défi quiconque de trouver une seule banderole de la part de mon groupe politique. »
« C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. »
Quoiqu’il en soit, le ton est monté et les choses se sont rapidement envenimées entre les élus LFI et les policiers municipaux cherchant à leur barrer l’accès au conseil. Une violente empoignade, possiblement assortie de coups. De la part de qui ? Là encore, les récits s’opposent. Laurence Ruffin entend « laisser la justice faire son travail », le parquet de Grenoble confirmant avoir ouvert une enquête. Mais d’après les éléments qui lui ont été communiqués par la police municipale, il y aurait eu « des faits de violences et des coups portés de la part d’élus, ce qui est particulièrement grave ».
Trois agents de la police municipale, légèrement blessés, ont dû se rendre à l’hôpital et cinq de ces policiers municipaux ont déposé plainte pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». « C’est d’autant plus grave que l’on est sur une journée de mobilisation où des milliers de Grenoblois sont dans la rue pour soutenir le service public. Et moi, je sais à quel point les agents sont essentiels pour la bonne réalisation de notre service public », assène Laurence Ruffin, désireuse de marquer son « complet désaccord envers ce type de fonctionnement qui abîme la démocratie ».
De leur côté, les conseillers municipaux LFI livrent sans surprise une tout autre version des faits. Allan Brunon dénonce ainsi « les violences de ces agents de police qui nous ont insultés, qui nous ont attrapés à la gorge. Il y a un constat médical — le premier d’une série à venir — qui atteste du fait que ma collaboratrice a le poignet tuméfié. » La France insoumise a ainsi fourni à la presse une copie de ce certificat médical.
Une partie des élus LFI (Abdelnour Djebbouri, Bastien Castillo, Allan Brunon) impliquée dans cette affaire.Le groupe LFI assure par ailleurs que la conseillère municipale Kenza Doukhi a subi « une entorse attestée par médecin suite à l’agression d’un agent de la police municipale ». Ce qui lui a valu un arrêt de travail prescrit jusqu’au 20 octobre, ainsi qu’une béquille et une attelle pendant dix jours. Allan Brunon, lui aussi blessé selon ses dires, annonce ainsi que la France insoumise va également déposer plainte pour « violences » contre les agents impliqués.
Pour Laurence Ruffin, c’est pourtant ce dernier qui est le premier responsable de la situation actuelle. Elle pointe ainsi les « dérives de violences manifestes de la part du président local de la FI ». Dérives qui se traduisent de différentes manières, selon elle. « On voit qu’on a, de conseil municipal en conseil municipal, une augmentation de la violence », s’insurge l’édile. « Je pense que l’affaire Barbara Butch était elle-même un élément marquant de cette montée de la violence, avec le fait de s’en prendre à une femme seule sur scène et de montrer qu’on est prêt à tout pour faire du buzz médiatique ».
La maire le répète, « il n’est pas acceptable d’avoir des actes de violence, quelles que soient les raisons », dans l’enceinte du conseil municipal et plus globalement à Grenoble. Rappelant qu’il n’y a « pas de co-construction sur des dossiers puisque LFI est dans l’opposition et pas dans l’exécutif », Laurence Ruffin réaffirme néanmoins avoir « toujours porté à Grenoble l’union de la gauche, des écologistes et des citoyens ».
Les élus de la majorité municipale, après la suspension et le report de la séance du conseil municipal.Pour elle, « ce qui relie la gauche dans son ensemble, c’est la défense des services publics, de la santé, de l’école, la justice fiscale… » Des sujets sur lesquels la gauche doit pouvoir s’unir et se rassembler, à l’échelle locale comme au niveau national… Mais pas à n’importe quel prix. Et de marteler : « Sur la manière de faire, nous n’acceptons aucun acte de violence ! »
La section de Grenoble Meylan du PCF a réagi dans un communiqué, jugeant la situation « inacceptable ». Sans nier les désaccords qui peuvent exister à gauche, elle estime que ceux-ci doivent être assumés « sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique », et non par « la violence » ou « l’intimidation ». Pour les communistes, La France insoumise a fait le choix de l’opposition à Grenoble, une position qu’ils considèrent comme « parfaitement légitime », celle-ci devant permettre de contester, proposer des alternatives et contrôler l’action de la majorité. Cependant, « la radicalité d’une position politique ne se mesure pas à la violence des mots ou des comportements », soulignent-ils mais aux propositions et aux actes.
La section PCF demande en outre que les faits survenus au conseil municipal soient « clairement établis et mis en lumière ». Avant d’élargir sa critique au contexte national : « À l’heure où la droite et l’extrême droite progressent, ce n’est pas en cartonnant la gauche que nous serons plus forts pour les combattre », affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Ce n’est pas par la violence que l’on élargit l’indispensable soutien à la lutte du peuple palestinien contre le génocide et l’épuration ethnique dont il est l’effroyable victime. »
« Entre mouvements de gauche, nous continuerons à avoir des désaccords, parfois même importants », poursuivent les communistes grenoblois. « Mais nous voulons les avoir sur le terrain politique, dans le respect des personnes et du cadre démocratique. » Le PCF assure ainsi vouloir continuer à « construire une majorité qui empêchera la droite et l’extrême droite de dominer le pays ». Ceci, « pour les citoyens et citoyennes, pour l’intérêt général, pour combattre l’injustice sociale face à un gouvernement qui gonfle les fortunes et réduit le pouvoir d’achat, pour la paix dans le monde et la solidarité avec les peuples victimes de l’oppression, en Palestine notamment », conclut la section.
Cet article Grenoble. Heurts entre élus LFI et policiers municipaux : le conseil municipal reporté est apparu en premier sur Travailleur alpin.