Publié le 18.06.2026 à 21:45
Manuel Pavard
Classes fermées, postes supprimés, moyens en berne… Pas une semaine ne passe, depuis le début du printemps, sans une mobilisation des enseignants, AESH ou parents d’élèves dans un établissement scolaire de l’agglomération. Quand il ne s’agit pas des écoles primaires — seize écoles grenobloises concernées par des fermetures de classes à la rentrée -, ce sont des collèges qui sont emportés par cette vague contestataire. Mardi 16 juin, les personnels des collèges Vercors et Jules-Vallès, situés respectivement à Grenoble et Fontaine, étaient ainsi en grève pour demander le « rétablissement des moyens supprimés ».
Si les griefs sont nombreux, une revendication prédominait chez les grévistes rassemblés le midi devant le rectorat : le refus de la fermeture d’une classe, mesure prévue dans chacun des deux établissements, d’après les annonces des services académiques. Au collège Jules-Vallès, c’est ainsi une classe de sixième qui passera à la trappe en septembre. Avec, à chaque fois, le même argument employé par le rectorat comme par le ministère de l’Éducation nationale, à savoir la baisse démographique.
Si « l’argument est a priori réel nationalement », Aurélien Lapierre, professeur d’EPS à Jules-Vallès et syndiqué au SNEP-FSU (Syndicat national de l’éducation physique), regrette le choix systématique du nivellement par le bas : « C’est dommage de ne pas en profiter pour maintenir les moyens. On ne demande même pas d’augmenter les moyens mais de les maintenir, pour améliorer les conditions d’apprentissage. »
Les collèges Vercors et Jules-Vallès vont perdre respectivement une classe de cinquième et une classe de sixième à la rentrée de septembre 2026.Concrètement, les effectifs 2026–2027 passeront à 26 élèves par classe en moyenne, dans les trois classes de sixième du collège fontainois. « Sans la fermeture, on serait entre 19 et 20 élèves par classe », souligne l’enseignant. « Ça aurait été une belle occasion de pouvoir rejoindre la moyenne européenne qui est à 21 élèves par classe dans le secondaire — contre 26 en France », déplore-t-il.
Aurélien Lapierre évoque également les dispositifs destinés aux « élèves qui peuvent arriver au fil de l’eau », comme l’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Toutes les classes étant quasiment pleines, « on aura très peu de places pour ces élèves non francophones qui ont vraiment besoin d’un accueil spécifique », prévient le prof d’EPS.
« Ça aurait été une belle occasion de pouvoir rejoindre la moyenne européenne qui est à 21 élèves par classe dans le secondaire — contre 26 en France. »
Le constat global effectué par ce dernier est aussi valable pour ses collègues du collège Vercors. L’établissement du quartier Abbaye-Jouhaux perd, lui, une classe de cinquième. Chrystelle Blanc-Lanaute, professeure de français, dénonce un tour de passe-passe, voire une manipulation de la part du rectorat. Déjà car la dotation horaire avait été allouée sur la base d’une prévision d’effectifs, en février dernier, de 288 élèves. Ce, alors que le total se monte aujourd’hui à 304 élèves.
Quant aux cinquièmes, ceux-ci se répartiront en trois classes à la rentrée prochaine. « On avait des classes de sixième peu chargées, avec plutôt 19–20 élèves et effectivement, en cette fin d’année, ils étaient 74 », précise l’enseignante. Soit tout proche du seuil de 76 qui permettrait l’ouverture d’une quatrième classe — on ne peut pas dépasser les 25 élèves par classe. « On trouve ça scandaleux parce qu’à cette époque de l’année, on n’est pas à 76 pile en effet, il en manque deux », ajoute-t-elle. Mais avec l’arrivée des UPE2A et des élèves ULIS non encore affectés au collège, le seuil sera en réalité largement atteint et les effectifs avoisineront donc les 25 élèves par classes.
« Sur certains niveaux, dont la cinquième, on a sept ou huit élèves à besoins particuliers par classe, soit près du tiers », poursuit Chrystelle Blanc-Lanaute. À ses côtés, l’un de ses collègues abonde : « On a des élèves qui sont réellement en difficulté, des élèves qui ne parlent pas français, d’autres qui devraient être en IME mais qui n’y sont pas et qui se retrouvent dans nos classes. À 19, c’était déjà compliqué. Et là, on va être à 24, 25… Ça ne laisse aucune chance à ces élèves de s’en sortir. »
AESH (au premier plan, assises sur le muret) et enseignants luttent ensemble dans les deux collèges.L’enseignant du collège Vercors met en balance les 4 000 suppressions de postes annoncées — « ça représente 40 heures supprimées dans notre établissement » — et les « 10 milliards donnés pour construire un porte-avions ». Difficile pour lui de cacher son amertume : « Il y a de l’argent qui déborde des caisses pour les marchands d’armes. Et de l’autre côté, une école où la seule promesse pour les élèves, ça va être de marcher au pas avec le nouveau service militaire. »
En outre, les collèges Vercors et Jules-Vallès font partie des 800 collèges dits « en progrès ». Ceux qui concentrent les situations de plus grande difficulté scolaire. « On nous demande donc d’avoir une réflexion, au niveau des équipes de la communauté éducative, sur les dispositifs pédagogiques, sur l’organisation de l’établissement pour améliorer la réussite des élèves… Ce qui est très bien », reconnaît Aurélien Lapierre. « Mais éluder complètement la question des moyens humains et du taux d’encadrement, ça va à l’encontre de l’objectif affiché et ça, c’est problématique. »
Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) des collèges Vercors et Jules-Vallès étaient également en grève et mobilisées mardi 16 juin. Elles réclament notamment une revalorisation de leur statut, avec une titularisation comme fonctionnaires de catégorie B, et de leur salaire. « Aujourd’hui, on ne gagne même pas 1000 euros par mois, on est à 960 euros pour 24 heures », indique Katia, AESH au collège Vercors. « On n’a aucune reconnaissance du rectorat ou du gouvernement. Pour eux, ce n’est même pas un métier mais une fonction », s’emporte-t-elle.
Sa collègue Florence rappelle par ailleurs un point crucial : pour les AESH, ces 24 heures en valent bien 35. « C’est le concept de temps plein émotionnel, explique-t-elle. Parce que vous faites 24 heures en présence d’élèves avec des besoins lourds, avec une hyper-vigilance constante pour faire en sorte que ça se passe bien. Concrètement, quand on a fini les 24 heures, on est complètement rincés ! » L’AESH l’assure, « on ne peut pas faire 35 heures sur ces fonctions-là en étant disponible pour les élèves, en étant dans la bienveillance. Ce n’est pas possible. »
Si leur lutte rejoint celle de l’ensemble des personnels, c’est car tous sont touchés par la suppression d’une classe. Suivre des élèves dans une classe de 25 ou de 19, dans un groupe ou dans un demi-groupe, ce n’est pas la même chose. « La jeunesse, c’est vraiment le parent pauvre dans le pays aujourd’hui », se désolent Katia et Florence. « Que ce soit les enfants qui sont en danger — on l’a vu la semaine dernière avec les manifestations contre les VSS — et ici, l’éducation… L’État n’investit pas dans son avenir. »
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Publié le 17.06.2026 à 17:43
Manuel Pavard
Le choix du lieu comme de la date ne devait rien au hasard. Ce mardi 16 juin, l’union départementale CGT Isère avait convié la presse et une poignée de militants à un rassemblement devant la chambre de commerce et d’industrie de Grenoble, place Robert-Schuman, pour envoyer un message. « La CCI, c’est le centre d’affaires et le lieu où le patronat exerce », souligne Nicolas Benoit, secrétaire général de la CGT 38. « On ne pense pas qu’on sera reçus — de toute manière, on n’a pas fait de demande — mais on est là pour exiger du patronat qu’il ouvre le coffre-fort et sorte la machine à cash… Car à un moment, ça suffit d’engraisser les actionnaires et les grands groupes qui délocalisent et licencient ! »
Nicolas Benoit s’adresse aux militants CGT et aux journalistes réunis devant la CCI de Grenoble.Quant au 16 juin, il s’agissait du jour où le Sénat examinait un projet de loi visant à créer une exception au droit du travail pour le seul jour férié du 1er Mai, normalement chômé et payé. Et malheureusement, les sénateurs, majoritairement de droite, ont adopté, par 229 voix contre 110, ce texte autorisant les boulangers et les fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er Mai.
Banderole de l’intersyndicale lors de la manifestation grenobloise du 1er mai 2026.« Un nouveau coup contre les salariés », s’emporte Nicolas Benoit, qui replace cet épisode dans la vaste offensive menée depuis plusieurs mois par le patronat, le gouvernement et l’ensemble de la droite — extrême droite comprise. Le 1er mai dernier en effet, « des commerces ont ouvert, notamment dans le Nord-Isère, avec le soutien du Premier ministre, M. Lecornu, qui s’est engagé à ne pas respecter la loi, en tout cas à en dispenser ces personnes », rappelle le syndicaliste, dénonçant « une honte absolue ».
Autres sujets de mobilisation, les salaires, l’inflation et le pouvoir d’achat. Thèmes étroitement imbriqués, en particulier à l’approche des vacances estivales. Le secrétaire de l’UD fustige notamment cette incongruité incitant les employeurs à ne surtout pas revaloriser les rémunérations : « Plus les salaires sont bas, plus les exonérations de cotisations sociales sont élevées. » Conséquences, les patrons « tassent les salaires sur le bas. Et en attaquant le salaire brut et les cotisations sociales, ce n’est pas seulement notre fiche de paie qui diminue, ce sont nos droits en cas de licenciement, d’accident du travail, de maladie, de congés parentaux et de retraite », énumère-t-il.
À partir du 22 juin, la CGT lance une grande initiative nationale sur la question des salaires. « On demande la réouverture de négociations dans les entreprises et dans les collectivités. Il y a besoin de pouvoir d’achat sinon les gens ne pourront pas partir en vacances », anticipe Nicolas Benoit, évoquant ce qui est « devenu pour beaucoup un luxe quasi inaccessible ». Plus globalement, poursuit-il, « avec l’inflation, vivre de son travail devient un parcours du combattant ». Et ce, pour « s’évader quelques jours en vacances » comme pour les choses du quotidien : « faire le plein de carburant, remplir le frigo, acheter des vêtements pour enfants… »
Concernant le carburant justement, « les annonces du Premier ministre sont insuffisantes », déplore le représentant syndical. « On ne nous fera pas avaler des miettes ! » La CGT revendique ainsi, pêle-mêle, « un service public de l’énergie, le blocage des prix du carburant, une véritable augmentation générale des salaires, l’égalité salariale, la garantie de vivre dignement de notre travail ».
La CGT Isère avait volontairement choisi de se rassembler devant la CCI pour s’adresser indirectement au patronat.Quid de l’inflation et de ses effets délétères sur le pouvoir d’achat ? « La CGT exige une loi pour indexer les salaires sur les prix », explique Nicolas Benoit. « Quand les prix augmentent, les salaires doivent augmenter d’autant. C’est le principe de l’échelle mobile des salaires, appliqué en France jusqu’en 1983 et toujours en vigueur en Belgique aujourd’hui. Ce n’est pas une mesure extrême, c’est une mesure de justice pour ne pas perdre notre niveau de vie. »
Côté mobilisation, la CGT Isère a déjà coché plusieurs dates sur son calendrier. À commencer par ce jeudi. « Le 18 juin, nous serons aux côtés des personnels de la DDETS pour soutenir nos inspecteurs du travail que leur propre direction criminalise », annonce le secrétaire général. « Ils subissent des pressions intolérables et nous ne les laisserons pas tomber. » L’intersyndicale du ministère du Travail (SUD TAS, CGT TEFP, CNT Travail, FSU TEFE) donne ainsi rendez-vous à 10h30 devant les locaux de l’avenue Marie-Reynoard, pour dire « stop à l’autoritarisme patronal ».
Dès le lendemain, vendredi 19 juin, à 11 heures, direction le CHU Grenoble Alpes pour un rassemblement de soutien aux infirmiers de bloc opératoire (IBODE) et agents de service hospitalier (ASH), à l’appel de la CGT. « Ces personnels soignants qui se donnent sans compter pour nos proches ne peuvent plus supporter les conditions de travail dégradées. Allons les soutenir massivement », lance Nicolas Benoit.
Un rassemblement est prévu le 19 juin à Écully, devant le siège du groupe Seb, qui a déposé plainte pour « diffamation » contre Sophie Binet.Toujours ce vendredi 19 juin, à midi, les unions départementales CGT 38, 69 et 74 et la CGT du groupe Seb (détenteur de Tefal) appellent les militants à se mobiliser à Écully (Rhône), devant le siège de la société. « Le groupe Seb, non content d’avoir injustement sanctionné une mandatée syndicale CGT dans l’exercice de son mandat syndical, a porté plainte contre notre secrétaire générale Sophie Binet, pour avoir dénoncé la répression syndicale dans l’entreprise, confirmant par ce seul acte, son attitude répressive à l’encontre de tout exercice des droits syndicaux », s’insurgent les syndicats dans un communiqué commun.
Là encore, « c’est une honte », s’indigne Nicolas Benoit. Et celui-ci de dénoncer « la casse de l’emploi alors qu’ils [NDLR : les filiales du groupe Seb : Calor, Tefal, Moulinex, etc] jettent dehors 500 salariés sans justification économique et sans aucune perspective industrielle » ainsi que « la dissimulation de la pollution avérée aux perfluorés et le risque sanitaire pour le personnel et la population ».
« Maintenant, il faut que la richesse qui est créée dans le pays revienne aux salarié·es et aux agents et agentes des collectivités. »
Le 54e congrès confédéral de la CGT a lancé, début juin à Tours, « un appel clair. La mobilisation s’intensifie à partir du 22 juin sur les salaires », prévient-il. Le responsable de l’UD cite notamment l’appel à la grève, dès le 22, des personnels d’Agir à dom Meylan, pour exiger des augmentations. Puis le 26 juin, le rassemblement des agents du Centre hospitalier Alpes Isère (CHAI) de Saint-Égrève devant le conseil départemental, « pour interpeller les élus, exiger des moyens humains et financiers et exiger l’arrêt des économies faites sur le dos du personnel ».
Nicolas Benoit liste les nombreux points de mobilisations des prochaines semaines en Isère.Des exemples parmi d’autres pour la CGT Isère, qui entend bien impulser une large dynamique, « secteur après secteur ». Car aujourd’hui, le coupe est pleine, estime Nicolas Benoit. Avant de formuler un vœu qui devrait relever de l’évidence : « Maintenant, il faut que la richesse qui est créée dans le pays revienne aux salarié·es et aux agents et agentes des collectivités. »
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Publié le 16.06.2026 à 14:36
Luc Renaud
Ce sera sans doute l’un des lieux forts en symboles et en colère de cette édition 2026 de la fête du TA. Une exposition de dix-neuf photographies sera présentée par le stand de la Société des lecteurs et lectrices de l’Humanité. Dix-neuf images prises à Gaza.
Elles sont issues de l’exposition I Grant You Refuge (Je t’accorde l’asile), une œuvre photographique collective poignante réalisée par six photojournalistes palestiniens (Jehad Al-Sharafi, Mahdy Zourob, Mohammed Hajjar, Omar Ashtawy, Saeed Jaras, Shadi Al-Tabatibi), qui nous plonge au cœur de la bande de Gaza. Un témoignage, au travers d’images fortes et émouvantes, des atrocités et des souffrances endurées par le peuple palestinien. Le titre de l’exposition s’inspire du poème éponyme de l’écrivaine et poétesse palestinienne Hiba Abu Nada, tuée dans sa maison dans le Sud de Gaza, à Khan Yunis, lors d’un raid israélien le 20 octobre 2023.
Alors que plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués et malgré le risque vital, les photojournalistes ont persisté à documenter la vie sous siège et au milieu d’un bombardement implacable et quotidien. Ces images racontent avec force la réalité de l’un des conflits les plus dévastateurs de notre époque, soulignant le rôle fondamental du journalisme indépendant dans la dénonciation des violations et des injustices.
Le vernissage de cette exposition aura lieu le vendredi 26 juin à 17h, en ouverture de la fête en présence notamment de Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens, d’Anne Tuaillon, président de l’Association France Palestine solidarité et d’Antoine Jacquet, membre de la flottille de Gaza 2026.
Les rendez-vous « solidarité Palestine » de la fêteOutre cette exposition de photojournalisme, on aura bien sûr rendez-vous au stand de l’Association France Palestine solidarité où l’on trouvera toute la documentation utile à l’information et à l’action solidaire avec le peuple palestinien, mais aussi de l’huile d’olive et des keffiehs vendus au profit de projets humanitaires en Palestine ainsi que des falafels et autres propositions gastronomiques palestiniennes.
Autre rendez-vous à la librairie Joséphine Baker : Michel Cambon y dédicacera l’ouvrage 100 dessins pour la Palestine auquel il a contribué aux côtés de plumes internationales comme Art Spiegelman et Joe Sacco. Il sera accompagné de Lara et de son reportage BD sur l’élection présidentielle de 2022, Du pied gauche, vers 2027. Ce sera le samedi 27 juin de 16h à 19h. Une rencontre débat avec les auteurs est prévue à 16h45.
On notera également le débat qui aura lieu à l’espace débat le vendredi 26 à 17h15, dans la foulée du vernissage de l’exposition de photos gazaouies, sur le thème « L’extrême-droite contre le droit international ». Avec Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France ; Youssef Habash, président de la branche européenne du syndicat des journalistes palestiniens ; Leila Moussavian-Huppe, dirigeante nationale du PCF et Pascal Torre, historien et co-président de France Kurdistan.
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Publié le 16.06.2026 à 10:33
Travailleur Alpin
Adrianna Wallis, artiste, qui vit dans le Vercors, a découvert, 80 ans après les faits, grâce à l’historienne Sophie Juliard , que sa grand-mère, Diane Esmond, a été spoliée de ses biens à Paris . « Après le départ précipité de celle-ci pour New York, l’appartement parisien qu’elle occupait a été entièrement vidé par l’administration nazie, comme 38 000 autres dans la capitale : les toiles ont disparu, mais aussi le mobilier et jusqu’aux moindres objets du quotidien », apprend-on par France Culture.
Edouard Schoene, rédacteur au Travailleur alpin, a appris en 2025 que la bibliothèque municipale de Lyon avait identifié des livres spoliés à son grand-père Jacob Pawlotzky, à Nice, déposés à Lyon en 1945. Une recherche menée par Benjamin Ravier-Mazzocco, conservateur à la bibliothèque, permet d’identifier des livres portant l’ex-libris de Jakob Pawlotzky. « Jakob Pawlotzky, né en Russie dans une famille juive en 1881, docteur en médecine, érudit et polyglotte, a circulé en Allemagne, en Pologne, en France, en Italie et en Suisse, avant de s’installer à Nice en 1931. Il échappe de peu à une arrestation en 1943 puis se cache avec sa famille. Son appartement est entièrement pillé à l’été 1944 dont le contenu de son importante bibliothèque » comprenant 20 000 ouvrages, nous précise le podcast de France Culture.
Agenda trouvé parmi les livres spoliés de Jacob Pawlotzky.Le document de France Culture, relatif à la spoliation des biens de Diane Esmond, a été réalisé par Adrianna Wallis. L’artiste a également, dans le même temps, produit ou réactivé des performances et créations artistiques. Parmi ces réalisations, celle présentée à la galerie Anne-Laure Buffard à Paris. Adrianna Wallis, connue dans notre région, a produit une série d’œuvres remarquables très liées à la mémoire, en particulier expositions et livre sur les lettres perdues de la poste.
La bibliothèque de Lyon consacre une soirée, le 25 juin, aux livres spoliés à Jacob Pawlotzky.
Fabien Beaubois
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Publié le 16.06.2026 à 09:32
Luc Renaud
C’est une œuvre d’exception que les participants à la fête du Travailleur alpin vont pouvoir acquérir, les 26 et 27 juin prochains à Saint-Egrève. Otist, artiste reconnu de street art, a offert au Travailleur alpin l’un de ses tableaux, Héritage. Il sera édité en sérigraphie à tirage limité, tableau que l’on pourra s’offrir pour 110 euros. Précisons que ce montant sera déductible des impôts compte tenu de l’accord de partenariat scellé par le Travailleur alpin avec une fondation agréée par les pouvoirs publics.
Ce tableau dit beaucoup des valeurs et de l’engagement de l’artiste pochoiriste, tout à la fois humaines et déterminées. Et nos remerciements les plus vifs vont à Otist pour ce geste qui contribuera à l’équilibre financier de la fête tout en permettant l’accès à une œuvre sans doute marquante de l’art contemporain.
Rappelons que Otist travaillera en direct sur le site pendant les deux jours de la fête du TA où il a prévu de peindre deux tableaux. On pourra observer l’artiste en pleine création, ses techniques et ses méthodes de travail. Il sera accompagné du graffeur Lotus que l’on verra à l’oeuvre lui aussi pendant les deux jours de fête.
Une édition 2026 qui s’annonce foisonnante de propositions.
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Publié le 15.06.2026 à 16:22
Manuel Pavard
« Près de la moitié des agents sont en grève dans toute la région ; à Grenoble, on est à 55 % de grévistes chez les conducteurs et environ 30 % chez les contrôleurs. Et on a des postes avec 100 % de grévistes, comme le poste d’aiguilleur de Moirans qui est fermé. Ce qui veut dire qu’il n’y a aucun train qui circule aujourd’hui entre Valence et Grenoble. » Martin Vidal, conducteur de train et secrétaire de la CGT Cheminots Grenoble, se félicite de la mobilisation observée ce mercredi 10 juin. Il l’assure, « ça fait longtemps qu’on n’avait pas vu des chiffres comme ça ». Et ce, localement comme nationalement.
Les agents de la CGT Cheminots et de SUD Rail s’étaient rassemblés devant la gare mais la CFDT et l’UNSA appelaient également à la grève ce 10 juin.Quatre syndicats de la SNCF (CGT Cheminots, SUD Rail, CFDT Cheminots, UNSA Ferroviaire) appelaient les cheminots à la grève dans toute la France. Une unité syndicale qui illustre l’ampleur du malaise régnant parmi les agents depuis de longs mois, pour ne pas dire des années. « La SNCF est dans un contexte de privatisation, avec des recherches de profits, des réorganisations constantes », explique le représentant syndical.
Le dernier conflit social en date, liée à la question des visites avant expédition (VAE), en fournit une parfaite illustration. Les VAE, ce sont ces contrôles de sécurité réalisés par les agents d’escale à l’arrivée des trains pour vérifier qu’aucun voyageur, bagage ou objet ne se trouve encore à bord. À plusieurs reprises en avril et mai, les syndicats ont appelé les cheminots à la grève contre la suppression de la procédure envisagée par la SNCF au 1er juin en gare de Grenoble — avec deux emplois menacés à la clé.
Les cheminots s’étaient mobilisés contre la suppression des VAE le 7 avril dernier.Un mouvement de grève bien suivi à chaque fois mais qui n’a pas suffi. « Malheureusement, on n’a pas pu faire changer de ligne la direction, donc c’est un projet qui a été mis en place », regrette Martin Vidal. Pour la CGT, aucun doute, cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des TER, programmée en 2032, dans le secteur de Grenoble et Chambéry. « On va couper des postes pour que les entreprises privées qui vont prendre la main dessus aient en fait un service rentable », dénonce le syndicaliste. C’est ainsi « de l’argent public qui, au final, va servir à financer des boîtes privées ».
Outre les suppressions de postes et les réorganisations — moins de jours et de périodes de repos notamment -, c’est aussi la rémunération qui cristallise le mécontentement des cheminots. « À la SNCF, nos salaires ne sont pas indexés sur l’inflation. On a des augmentations mais qui sont toujours inférieures à l’inflation : en fait, on perd du salaire finalement », déplore le conducteur du train. Les quatre organisations syndicales réclament donc l’ouverture de véritables négociations salariales au niveau du groupe SNCF.
Entre les pertes de missions, les « conditions de travail déplorables » et l’avenir aussi sombre qu’incertain, le tableau global n’est guère reluisant. D’où un « mal-être au travail » de plus en plus généralisé, comme en témoigne « l’explosion des arrêts maladie longue durée »… Et parfois pire. « Depuis le début de l’année, il y a eu treize suicides et quatre accidents du travail », s’inquiète Martin Vidal. « Et ça, pour nous, ce n’est pas décorrélé des baisses de budget et de la recherche de rentabilité au sein de la SNCF. » Un facteur « humain » qui explique en partie le succès de la mobilisation actuelle, selon lui.
La CGT Cheminot mobilisée contre l’ouverture à la concurrence.Des négociations sont actuellement en cours entre les syndicats et la direction sur cette question du mal-être au travail. Les cheminots espèrent maintenant que leur lutte contraindra la SNCF à lâcher du lest. Sans grandes illusions sur les objectifs de leurs adversaires. « Les capitalistes sont dans la recherche permanente du profit, ils cherchent toujours à étendre leurs revenus et leurs bénéfices », souligne Martin Vidal. « Le rail, c’est un endroit qui n’était pas encore privatisé, ils en profitent. »
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Publié le 11.06.2026 à 21:59
Manuel Pavard
En football, on appelle ça un but contre son camp. Ce mercredi 10 juin, Franck Sinisi en a même marqué plusieurs face aux juges, tant le prévenu a multiplié les déclarations contraires à ses intérêts. Défense de Mussolini, propos complotistes sur la thèse du « grand remplacement » et l’islamisation de Fontaine, promotion des catholiques traditionnalistes et intégristes, haine anticommuniste et plus largement à l’égard de la gauche… Durant près de trois heures, l’ancien conseiller municipal d’extrême droite de Fontaine n’a rien fait pour s’éloigner du portrait brossé de lui par les parties civiles. De quoi conforter le tribunal correctionnel de Grenoble qui a condamné Franck Sinisi à dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans.
L’Isérois de 54 ans était jugé pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion en récidive. En cause, des faits qui avaient défrayé la chronique, suscitant un torrent d’indignation, le 19 septembre 2025, à Fontaine. Ce jour-là, les fidèles fréquentant la salle de prière musulmane Eugénie-Cotton, rue Marguerite-Tavel, avaient découvert huit os de côtes de porc et du saucisson déposés devant la porte d’entrée et une inscription — « Charlie Martel 732, islam dehors » — taguée sur une fenêtre.
Les os de côtes de porc et le saucisson découverts devant la salle de prière musulmane, le 19 septembre 2025.Les investigations avaient ensuite permis de prélever sur les côtes de porc un ADN, celui de Franck Sinisi. Dans les sphères militantes locales, l’homme est connu comme le loup blanc. Une figure de l’extrême droite dans l’agglomération grenobloise. Et plutôt l’extrême droite radicale pour cet ancien disciple de Jean-Marie Le Pen qui insiste à la barre sur la différence entre le Front national et le Rassemblement national. « Quand on me traite d’ancien du RN, je me sens insulté », lance tout naturellement l’ex-frontiste.
Mais le prévenu est surtout déjà connu de la justice pour des faits similaires. En février 2017, celui qui était alors élu sous l’étiquette Front national avait provoqué une intense polémique en pleine séance du conseil municipal, à Fontaine, par ses propos visant les Roms. Il suggérait en effet de « récupérer leurs dents en or » afin de financer leur hébergement. Exclu du FN, avant de rejoindre Civitas, Franck Sinisi avait été jugé pour « incitation à la haine raciale » par le tribunal correctionnel. Puis définitivement condamné, en 2019, par la cour d’appel de Grenoble, à deux mois de prison avec sursis et quatre ans d’inéligibilité. Le préfet de l’Isère l’avait enfin déclaré démissionnaire d’office de son mandat, en 2020.
Tout au long de la procédure, le mis en cause avait nié farouchement, inventant une histoire à dormir debout sur des côtes de porc récupérées dans sa poubelle par une tierce personne afin de lui nuire. Volte-face complet devant le tribunal : « J’ai menti par panique. C’est moi qui ai déposé les os et le saucisson. » Mêmes aveux pour les inscriptions racistes et islamophobes — bien qu’il conteste sans surprise les qualificatifs.
Franck Sinisi sort de la salle d’audience, précédé de son avocat Me Grobel.S’il ne nie plus les faits et les propos tenus, il semble néanmoins ne ressentir aucune culpabilité. Sa condamnation de 2017, confirmée en appel en 2019 ? A cause des « pressions du Parti communiste et de la gauche ». Les ossements de porc sur le pas de la salle de prière musulmane ? « J’avais des problèmes de santé, j’étais en dépression », se justifie-t-il. Pour lui, « ce n’était pas une provocation ». « Je voulais lancer un message : vous nous dérangez, rentrez dans votre pays ! » Mais à quel pays fait-il allusion ? La « Musulmanie » (sic) ? Visiblement, pour Franck Sinisi, un musulman n’est jamais de nationalité française.
Le prévenu l’assure, étant « fils et petit-fils d’immigrés italiens », il ne peut être raciste. « Je n’ai rien contre les musulmans, prétend-il, je suis contre l’islamisation de la France »… Et de Fontaine où « il y avait deux églises mais il n’y en a plus ». La faute, selon lui, au « grand remplacement », la fameuse théorie développée par l’écrivain identitaire Renaud Camus, pourtant démentie par toutes les études un peu sérieuses mais devenue une sorte de totem pour l’extrême droite radicale. Franck Sinisi aurait d’ailleurs des chiffres, confie-t-il aux juges : « Aujourd’hui, à Fontaine, 80 % des commerces sont tenus par des musulmans. » Source, l’institut « Au doigt mouillé ».
Me Yvan Grobel et Franck Sinisi au cours de l’audience devant le tribunal correctionnel de Grenoble.Le président Alain Troilo évoque alors les recherches en sources ouvertes de ses comptes sur les réseaux sociaux, citant quelques exemples de commentaires édifiants. Petit florilège : « La religion musulmane et la religion juive sont les deux cancers de ce monde » ; « Les LGBTQIA n’ont pas leur place sur Terre mais en enfer ». Sans compter le soutien au « camarade nationaliste » Hervé Ryssen, star des négationnistes, ou encore les publications pro-Mussolini. « Cela ne donne pas un portrait très flatteur de vous », souligne le magistrat qui, en tant que « fils d’immigrés italiens » lui aussi, s’indigne de l’éloge du Duce. L’échange qui suit est assez surréaliste. Le président : « Si on vous traite de facho, c’est plutôt un compliment alors ? » Franck Sinisi : « A partir de maintenant, oui ! »
Durant toute l’audience, le militant d’extrême droite semble minimiser, voire justifier son acte. « Vous vous prenez un peu pour le centre du monde », le tance Alain Troilo. « Comprenez-vous que déposer des côtes de porc devant leur lieu de culte soit blessant et insultant pour des musulmans ? », lui demande Me Bienvenue Gomis, avocate de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Réponse : « C’est moins grave qu’un attentat. »
Me Gomis pointe la « dangerosité » de Franck Sinisi. Le racisme n’est pas une opinion en effet, c’est un délit, rappelle-t-elle. Pour lui, « le noir, le musulman, le Juif n’est pas français ». Avec l’inscription « Charlie Martel 732 » — référence à Charles Martel détournée à l’époque par Jean-Marie Le Pen (« Je suis Charlie Martel ») et à la bataille de Poitiers —, Franck Sinisi lance « un appel à la guerre civile contre les Français impurs », estime l’avocate. « Sa pensée raciste est illégale et doit être punie. »
Devant la salle, les avocats des parties civiles, Me Bienvenue Gomis pour la LDH, Me Pierre Janot pour le MRAP.Avec la référence à Charles Martel, « ce que Franck Sinisi mène, c’est un combat civilisationnel », abonde Me Pierre Janot, avocat du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). Ce dernier est formel, « on ne changera pas M. Sinisi. C’est quelqu’un d’intrinsèquement raciste ». « M. Sinisi n’a aucune compassion, aucune empathie », assène de son côté l’avocate de l’Association cultuelle des musulmans de Fontaine. Avant de lui adresser un message sans équivoque : « Qu’il aille vivre dans l’Italie de Meloni ! Ce n’est pas au Français de se plier à M. Sinisi. »
« L’existence même des musulmans, des Maghrébins, est une provocation à ses yeux et lui pose problème. M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Prenant la parole pour les réquisitions du ministère public, Inès Delay, procureure de la République adjointe, dénonce « la multiplication des propos haineux et séparatistes qui prolifèrent dans l’espace public, virtuel et concret », insistant sur la nécessité de les combattre et réprimer. Selon elle, l’infraction est caractérisée. Certes, il n’y a pas d’atteinte à la personne mais on constate « une volonté de souiller, de salir, de provoquer ». « L’existence même des musulmans, des Maghrébins est une provocation à ses yeux et lui pose problème », affirme la magistrate. « M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Inès Delay fustige « un homme qui va constamment rejeter la responsabilité sur les autres, un homme désespéré et vindicatif ». Problème, depuis ses propos de 2017, Franck Sinisi n’a tiré aucune leçon de sa condamnation, déplore-t-elle : « Là, il passe à l’étape supplémentaire, il a durci sa position, il est dangereux. L’enjeu de ce dossier est donc de lui mettre un coup d’arrêt juridique. » La procureure adjointe requiert donc dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, 150 heures de travaux d’intérêt général, l’interdiction de détenir une arme, l’indemnisation des parties civiles, la privation de son droit d’éligibilité ou encore la diffusion du jugement dans différents médias.
Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi.Dans un tel contexte, Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi, n’a pas la tâche facile. Première surprise, contrairement à l’habitude des militants d’extrême droite de choisir des ténors du barreau identitaires et néo-fascistes — souvent anciens du GUD à Assas —, le prévenu est « venu consulter un avocat qui ne partage pas ses idées », indique celui-ci. Lui aussi se dit choqué par les faits et par « l’atteinte au vivre ensemble ». Mais Me Grobel invite les juges à « voir ce dossier sous l’angle humain », dans une plaidoirie plutôt digne et réussie, malgré la difficulté de défendre un tel client. L’avocat de la défense invoque « l’oisiveté », la nécessité ressentie par le prévenu de « remplir le vide » de son existence, sa « vanité ».
Au moment de s’exprimer en clôture des débats, Franck Sinisi tente de « s’excuser envers la communauté musulmane ». Chacun jugera de la sincérité… Quant à sa promesse de ne plus faire de politique, difficile de la juger crédible en voyant le quinquagénaire assister dimanche 7 juin, au cimetière du Touvet, à la cérémonie d’hommage à quatre terroristes de l’OAS, organisée par des associations d’extrême droite pro-Algérie française. Une présence attestée par des photos prises sur les lieux.
Franck Sinisi, qui prétend ne plus faire de politique, était au Touvet pour l’hommage à Claude Piegts et trois autres anciens terroristes de l’OAS, dimanche 7 juin.Après s’être retirés un moment pour délibérer, les trois juges reviennent annoncer leur décision. Franck Sinisi est condamné à dix mois de prison avec sursis entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, une privation d’éligibilité de cinq ans. Il devra également indemniser l’ensemble des parties civiles (entre 500 et 1000 euros par association) et a l’obligation de suivre des soins et trouver un travail. Enfin, le jugement sera publié dans Le Monde, Le Dauphiné libéré et Les Affiches.
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