Publié le 11.06.2026 à 21:59
Manuel Pavard
En football, on appelle ça un but contre son camp. Ce mercredi 10 juin, Franck Sinisi en a même marqué plusieurs face aux juges, tant le prévenu a multiplié les déclarations contraires à ses intérêts. Défense de Mussolini, propos complotistes sur la thèse du « grand remplacement » et l’islamisation de Fontaine, promotion des catholiques traditionnalistes et intégristes, haine anticommuniste et plus largement à l’égard de la gauche… Durant près de trois heures, l’ancien conseiller municipal d’extrême droite de Fontaine n’a rien fait pour s’éloigner du portrait brossé de lui par les parties civiles. De quoi conforter le tribunal correctionnel de Grenoble qui a condamné Franck Sinisi à dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans.
L’Isérois de 54 ans était jugé pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion en récidive. En cause, des faits qui avaient défrayé la chronique, suscitant un torrent d’indignation, le 19 septembre 2025, à Fontaine. Ce jour-là, les fidèles fréquentant la salle de prière musulmane Eugénie-Cotton, rue Marguerite-Tavel, avaient découvert huit os de côtes de porc et du saucisson déposés devant la porte d’entrée et une inscription — « Charlie Martel 732, islam dehors » — taguée sur une fenêtre.
Les os de côtes de porc et le saucisson découverts devant la salle de prière musulmane, le 19 septembre 2025.Les investigations avaient ensuite permis de prélever sur les côtes de porc un ADN, celui de Franck Sinisi. Dans les sphères militantes locales, l’homme est connu comme le loup blanc. Une figure de l’extrême droite dans l’agglomération grenobloise. Et plutôt l’extrême droite radicale pour cet ancien disciple de Jean-Marie Le Pen qui insiste à la barre sur la différence entre le Front national et le Rassemblement national. « Quand on me traite d’ancien du RN, je me sens insulté », lance tout naturellement l’ex-frontiste.
Mais le prévenu est surtout déjà connu de la justice pour des faits similaires. En février 2017, celui qui était alors élu sous l’étiquette Front national avait provoqué une intense polémique en pleine séance du conseil municipal, à Fontaine, par ses propos visant les Roms. Il suggérait en effet de « récupérer leurs dents en or » afin de financer leur hébergement. Exclu du FN, avant de rejoindre Civitas, Franck Sinisi avait été jugé pour « incitation à la haine raciale » par le tribunal correctionnel. Puis définitivement condamné, en 2019, par la cour d’appel de Grenoble, à deux mois de prison avec sursis et quatre ans d’inéligibilité. Le préfet de l’Isère l’avait enfin déclaré démissionnaire d’office de son mandat, en 2020.
Tout au long de la procédure, le mis en cause avait nié farouchement, inventant une histoire à dormir debout sur des côtes de porc récupérées dans sa poubelle par une tierce personne afin de lui nuire. Volte-face complet devant le tribunal : « J’ai menti par panique. C’est moi qui ai déposé les os et le saucisson. » Mêmes aveux pour les inscriptions racistes et islamophobes — bien qu’il conteste sans surprise les qualificatifs.
Franck Sinisi sort de la salle d’audience, précédé de son avocat Me Grobel.S’il ne nie plus les faits et les propos tenus, il semble néanmoins ne ressentir aucune culpabilité. Sa condamnation de 2017, confirmée en appel en 2019 ? A cause des « pressions du Parti communiste et de la gauche ». Les ossements de porc sur le pas de la salle de prière musulmane ? « J’avais des problèmes de santé, j’étais en dépression », se justifie-t-il. Pour lui, « ce n’était pas une provocation ». « Je voulais lancer un message : vous nous dérangez, rentrez dans votre pays ! » Mais à quel pays fait-il allusion ? La « Musulmanie » (sic) ? Visiblement, pour Franck Sinisi, un musulman n’est jamais de nationalité française.
Le prévenu l’assure, étant « fils et petit-fils d’immigrés italiens », il ne peut être raciste. « Je n’ai rien contre les musulmans, prétend-il, je suis contre l’islamisation de la France »… Et de Fontaine où « il y avait deux églises mais il n’y en a plus ». La faute, selon lui, au « grand remplacement », la fameuse théorie développée par l’écrivain identitaire Renaud Camus, pourtant démentie par toutes les études un peu sérieuses mais devenue une sorte de totem pour l’extrême droite radicale. Franck Sinisi aurait d’ailleurs des chiffres, confie-t-il aux juges : « Aujourd’hui, à Fontaine, 80 % des commerces sont tenus par des musulmans. » Source, l’institut « Au doigt mouillé ».
Me Yvan Grobel et Franck Sinisi au cours de l’audience devant le tribunal correctionnel de Grenoble.Le président Alain Troilo évoque alors les recherches en sources ouvertes de ses comptes sur les réseaux sociaux, citant quelques exemples de commentaires édifiants. Petit florilège : « La religion musulmane et la religion juive sont les deux cancers de ce monde » ; « Les LGBTQIA n’ont pas leur place sur Terre mais en enfer ». Sans compter le soutien au « camarade nationaliste » Hervé Ryssen, star des négationnistes, ou encore les publications pro-Mussolini. « Cela ne donne pas un portrait très flatteur de vous », souligne le magistrat qui, en tant que « fils d’immigrés italiens » lui aussi, s’indigne de l’éloge du Duce. L’échange qui suit est assez surréaliste. Le président : « Si on vous traite de facho, c’est plutôt un compliment alors ? » Franck Sinisi : « A partir de maintenant, oui ! »
Durant toute l’audience, le militant d’extrême droite semble minimiser, voire justifier son acte. « Vous vous prenez un peu pour le centre du monde », le tance Alain Troilo. « Comprenez-vous que déposer des côtes de porc devant leur lieu de culte soit blessant et insultant pour des musulmans ? », lui demande Me Bienvenue Gomis, avocate de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Réponse : « C’est moins grave qu’un attentat. »
Me Gomis pointe la « dangerosité » de Franck Sinisi. Le racisme n’est pas une opinion en effet, c’est un délit, rappelle-t-elle. Pour lui, « le noir, le musulman, le Juif n’est pas français ». Avec l’inscription « Charlie Martel 732 » — référence à Charles Martel détournée à l’époque par Jean-Marie Le Pen (« Je suis Charlie Martel ») et à la bataille de Poitiers —, Franck Sinisi lance « un appel à la guerre civile contre les Français impurs », estime l’avocate. « Sa pensée raciste est illégale et doit être punie. »
Devant la salle, les avocats des parties civiles, Me Bienvenue Gomis pour la LDH, Me Pierre Janot pour le MRAP.Avec la référence à Charles Martel, « ce que Franck Sinisi mène, c’est un combat civilisationnel », abonde Me Pierre Janot, avocat du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). Ce dernier est formel, « on ne changera pas M. Sinisi. C’est quelqu’un d’intrinsèquement raciste ». « M. Sinisi n’a aucune compassion, aucune empathie », assène de son côté l’avocate de l’Association cultuelle des musulmans de Fontaine. Avant de lui adresser un message sans équivoque : « Qu’il aille vivre dans l’Italie de Meloni ! Ce n’est pas au Français de se plier à M. Sinisi. »
« L’existence même des musulmans, des Maghrébins, est une provocation à ses yeux et lui pose problème. M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Prenant la parole pour les réquisitions du ministère public, Inès Delay, procureure de la République adjointe, dénonce « la multiplication des propos haineux et séparatistes qui prolifèrent dans l’espace public, virtuel et concret », insistant sur la nécessité de les combattre et réprimer. Selon elle, l’infraction est caractérisée. Certes, il n’y a pas d’atteinte à la personne mais on constate « une volonté de souiller, de salir, de provoquer ». « L’existence même des musulmans, des Maghrébins est une provocation à ses yeux et lui pose problème », affirme la magistrate. « M. Sinisi se nourrit de cette haine des Juifs, des musulmans, des femmes, des homosexuels, des Roms… »
Inès Delay fustige « un homme qui va constamment rejeter la responsabilité sur les autres, un homme désespéré et vindicatif ». Problème, depuis ses propos de 2017, Franck Sinisi n’a tiré aucune leçon de sa condamnation, déplore-t-elle : « Là, il passe à l’étape supplémentaire, il a durci sa position, il est dangereux. L’enjeu de ce dossier est donc de lui mettre un coup d’arrêt juridique. » La procureure adjointe requiert donc dix mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, 150 heures de travaux d’intérêt général, l’interdiction de détenir une arme, l’indemnisation des parties civiles, la privation de son droit d’éligibilité ou encore la diffusion du jugement dans différents médias.
Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi.Dans un tel contexte, Me Yvan Grobel, avocat de Franck Sinisi, n’a pas la tâche facile. Première surprise, contrairement à l’habitude des militants d’extrême droite de choisir des ténors du barreau identitaires et néo-fascistes — souvent anciens du GUD à Assas —, le prévenu est « venu consulter un avocat qui ne partage pas ses idées », indique celui-ci. Lui aussi se dit choqué par les faits et par « l’atteinte au vivre ensemble ». Mais Me Grobel invite les juges à « voir ce dossier sous l’angle humain », dans une plaidoirie plutôt digne et réussie, malgré la difficulté de défendre un tel client. L’avocat de la défense invoque « l’oisiveté », la nécessité ressentie par le prévenu de « remplir le vide » de son existence, sa « vanité ».
Au moment de s’exprimer en clôture des débats, Franck Sinisi tente de « s’excuser envers la communauté musulmane ». Chacun jugera de la sincérité… Quant à sa promesse de ne plus faire de politique, difficile de la juger crédible en voyant le quinquagénaire assister dimanche 7 juin, au cimetière du Touvet, à la cérémonie d’hommage à quatre terroristes de l’OAS, organisée par des associations d’extrême droite pro-Algérie française. Une présence attestée par des photos prises sur les lieux.
Franck Sinisi, qui prétend ne plus faire de politique, était au Touvet pour l’hommage à Claude Piegts et trois autres anciens terroristes de l’OAS, dimanche 7 juin.Après s’être retirés un moment pour délibérer, les trois juges reviennent annoncer leur décision. Franck Sinisi est condamné à dix mois de prison avec sursis entièrement assortis d’un sursis probatoire de trois ans, une privation d’éligibilité de cinq ans. Il devra également indemniser l’ensemble des parties civiles (entre 500 et 1000 euros par association) et a l’obligation de suivre des soins et trouver un travail. Enfin, le jugement sera publié dans Le Monde, Le Dauphiné libéré et Les Affiches.
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Publié le 11.06.2026 à 00:07
Manuel Pavard
« Si nous sommes réunis aujourd’hui, […] c’est pour contester l’idée qu’il existerait sur notre territoire des enfants qui mériteraient moins que les autres. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. » Au micro, Valérie Favier, professeure des écoles et représentante de la FSU-SNUipp, résume le sentiment général animant les manifestants rassemblés devant elle, dans la cour de l’école Le Lac, au cœur du parc Jean-Verlhac, à la Villeneuve. De enseignants, accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et parents d’élèves issus en grande majorité des écoles Le Lac et Anatole-France.
Les personnels de deux des écoles les plus pauvres de l’académie se sont mobilisés ensemble, aux côtés de parents d’élèves.Deux écoles primaires grenobloises mais situées dans des quartiers distincts, l’une à la Villeneuve donc, l’autre à Mistral. Pourtant, leurs points communs sont plus nombreux que les différences, justifiant amplement la mobilisation commune — laquelle s’inscrit également dans le mouvement de contestation touchant de nombreuses écoles grenobloises. « Les écoles Le Lac et Anatole-France accueillent parmi les publics les plus fragiles de ce territoire et même de l’académie, souligne Valérie Favier, en témoigne leur IPS » [NDLR : l’indice de position sociale est un indicateur qui résume les conditions socio-économiques et culturelles des familles des élèves accueillis dans l’établissement].
L’enseignante dépeint un tableau particulièrement préoccupant : « La pauvreté, la précarité, les difficultés d’accès aux soins, au logement, à une alimentation digne, sont le quotidien de nombreuses familles qui nous accompagnent. » Quant aux enfants en situation de handicap, ceux-ci « attendent souvent des mois, parfois des années, les accompagnements auxquels la loi leur donne droit », s’insurge-t-elle.
Dans ces deux établissements scolaires, « la situation est devenue insoutenable », affirment la FCPE Isère et les syndicats FSU-SNUipp 38, CNT Éducation 38 et Sud Éducation 38 dans un communiqué commun. Pour couronner le tout, six élèves de l’école Anatole-France ont été témoins de la fusillade — qui a fait un mort et quatre blessés — survenue le 26 mai dernier dans le quartier Mistral, à quelque 200 mètres du bâtiment. Ce qui a provoqué « un traumatisme majeur pour les enfants comme pour les adultes », constatent ces organisations.
Davantage de moyens, pour de meilleures conditions d’apprentissage offertes aux élèves.Les enseignants, qui ont dû recueillir la parole des élèves et les accompagner après ces faits, se sont une fois encore sentis abandonnés. Mais si ce n’était pas eux, qui l’aurait fait ? « Nous portons à bout de bras un service public fragilisé », dénonce Valérie Favier. « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir des conditions d’accueil dignes. Mais nous atteignons aujourd’hui les limites de ce qui est humainement supportable. »
L’élue SNUipp confie ainsi qu’à l’école du Lac, « trois personnels de direction se sont effondrés, sous le poids de leurs responsabilités ». Et à Anatole-France, il s’agit carrément de l’ensemble de l’équipe, soit douze personnes. « Mais combien d’autres collègues AESH, ATSEM, enseignants, se sont effondrés silencieusement ? », s’interroge-t-elle, en prenant à témoin les manifestants.
« Lorsque des enfants sont privés des accompagnements indispensables à leur scolarisation, ce n’est pas seulement un dysfonctionnement administratif. C’est une atteinte à leurs droits fondamentaux, une rupture de l’égalité. »
« Ça fait deux ans qu’on demande à ce qu’il y ait plus de temps de direction pour accompagner au mieux les familles », grince Elsa, enseignante au Lac. Elle évoque ces arrêts de travail qui se multiplient chez ses collègues. « On est épuisés de combler les manques de moyens qui nous sont donnés par l’institution », explique-t-elle. Cet établissement classé en réseau d’éducation prioritaire (REP+) devrait normalement bénéficier d’une priorité de remplacement. Mais ça, c’est la théorie, selon Elsa : « On a une collègue qui est arrêtée depuis novembre. Dans cette classe, ils ont eu quelqu’un de temps en temps mais ce n’est pas toujours assuré », euphémise-t-elle.
Valérie Favier, enseignante à la Villeneuve et élue FSU-SNUipp, s’est longuement adressée aux manifestants.Problème, dans ce cas, « ceux qui en pâtissent le plus, ce sont les enfants », déplore l’instit’. « Lorsque des enfants sont privés des accompagnements indispensables à leur scolarisation, ce n’est pas seulement un dysfonctionnement administratif. C’est une atteinte à leurs droits fondamentaux. Une rupture de l’égalité », assène Valérie Favier. Et d’ajouter : « Nous refusons que les plus vulnérables soient toujours les premiers sacrifiés quand les moyens manquent. »
Avec sa fille en CE1 et son fils entrant en maternelle — tous deux au Lac -, Stéphanie est aux premières loges et reconnaît que « ça empire chaque année ». Dans la cour de l’école, l’habitante de la Villeneuve est venue manifester son soutien au personnel éducatif mais également crier sa colère contre « l’abandon » qu’elle ressent. « Ce n’est pas parce qu’on vit dans un quartier qu’il faut nous abandonner. Nos enfants aussi peuvent réussir et aller loin… comme tout le monde ! »
Stéphanie regrette que l’aide demandée pour son fils à la rentrée lui ait été refusée. « Il a de grosses lacunes pour parler mais on m’a répondu que ça n’avait pas d’intérêt car il n’était qu’en première année de maternelle », raconte-t-elle, pourtant convaincue que c’était le moment idéal pour « rattraper ce qui n’a pas été acquis. Pour moi, plus c’est pris tôt, plus il pourra avancer », poursuit la mère de famille.
Une parent d’élève membre de la FCPE a pris la parole également.Pour que le fils de Stéphanie soit suivi correctement, il aurait fallu un ou une AESH. Mais au Lac comme à Anatole-France, les élèves en situation de handicap sont particulièrement touchés par le manque de moyens. « De nombreuses notifications d’accompagnement ne sont pas respectées », expliquent les syndicats. « Des heures d’AESH manquent chaque semaine et des enfants attendent toujours une place dans les structures spécialisées auxquelles ils et elles ont droit. »
En grève ce mardi 9 juin, les AESH sont également mobilisées à l’école Le Lac. Première revendication : réclamer un statut de fonctionnaire de catégorie B. « C’est quand même la moindre des choses parce qu’il faut savoir que 98 % des ARSH sont à temps partiel », précise Émilie, AESH, au micro. Résultat des courses, « un salaire moyen de 1000 euros… donc pour vivre, c’est impossible. Le rectorat ne nous donne pas les moyens pour faire notre métier correctement. »
Émilie, AESH en grève, exprime au micro la colère d’une profession méprisée et maltraitée.Les AESH demandent ainsi depuis belle lurette des formations. « Il faut savoir que nous ne sommes pas formés, on se forme sur le terrain, donc parfois c’est compliqué », indique Émilie, qui fait part de leur profonde fatigue : « Nous sommes à bout de souffle ! » Le gouvernement aurait pourtant tort de les snober, avertit-elle. « Nous sommes le deuxième métier de l’Éducation nationale et sans AESH, l’inclusion se ferait très difficilement. »
À toutes ces difficultés s’ajoutent aujourd’hui des fermetures de classes annoncées — comme dans beaucoup d’autres établissements scolaires locaux — dans les deux écoles primaires. Des décisions qui entraîneront une dégradation des conditions d’apprentissage et une surcharge supplémentaire pour des équipes déjà épuisées, à en croire les nombreux témoignages concordants.
En attendant la réponse des services académiques, les organisations syndicales ont listé une série de revendications. Des mesures à appliquer immédiatement, selon elles : l’annulation des fermetures de classes au Lac et à Anatole-France, le renforcement des moyens humains dans les deux établissements, le respect des notifications d’accompagnement des élèves en situation de handicap, l’attribution des moyens AESH nécessaires, le renforcement des moyens de direction, une prise en compte réelle de la souffrance au travail des personnels et des besoins spécifiques de ces écoles.
Belle mobilisation dès le début de matinée, dans la cour de l’école du Lac.Enseignants, AESH, parents d’élèves… Tous s’accordent sur un point : cette mobilisation est menée avant tout pour les élèves. Pour les syndicats, « les élèves des écoles Le Lac et Anatole-France ne peuvent pas être les sacrifié·es de l’école publique ». Valérie Favier ironise d’ailleurs sur les réponses qui leur sont souvent apportées : « Quand on dit qu’on souffre dans ces écoles, on nous demande de partir, de faire mouvement. Mais nous, on ne veut pas quitter le navire. On veut des conditions décentes pour nos élèves. »
Stéphanie a, elle, un message à adresser : « J’aimerais bien que le rectorat ouvre un peu les yeux, ce n’est pas parce qu’on vit dans un quartier qu’on mérite d’être abandonnés. On est des familles comme tout le monde. »
Jasmine Nebili, conseillère municipale insoumise à Grenoble, a suivi toute sa scolarité à la Villeneuve.Cet article Grenoble. Mobilisation générale dans les écoles Le Lac et Anatole-France est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 10.06.2026 à 14:43
Luc Renaud
Otist a grandi dans la peinture. Sa maman a étudié à l’école des Beaux arts, il a toujours dessiné, photographié… Premier déclic : un voyage à Londres. « J’ai vu des œuvres de Banksy, et je me suis dit, un peu naïvement sûrement : « pas si difficile ! » Un artiste important du street art était né.
Otist commence à travailler et trouve la technique qui lui convient, celle du pochoir. Dans l’univers des cultures urbaines, mais peut-être « une autre mentalité que le graff, plus ouverte ». Vient ensuite un second déclic, la naissance de son fils. « Dans quel monde va-t-il grandir ? », s’interroge le jeune père. A la maîtrise technique s’ajoute ce questionnement qui s’exprime dans ses œuvres : ce seront des tableaux qui expriment des messages de paix et de justice, comme celui qui évoque le génocide à Gaza, avec une peluche d’enfants éclatée.
Otist utilise la technique de street art du pochoir.La technique du pochoir offre la possibilité d’un travail, d’une réflexion en amont. L’œuvre murit avant d’affronter la rue. Une dimension qui est aussi celle du collage. Le principe est de créer à domicile, puis de coller le tableau sur un mur, un support… une autre expression du street art – du coup, comme « il n’existait pas de festival de collage en France et nous l’avons créé au Minimistan », se réjouit Otist ; pour sa deuxième édition en octobre dernier, le festival a réuni les créations de quatre cents artistes du monde entier.
Et c’est la conjugaison de cette maîtrise technique et de cette envie de dire au monde qui fait la force du travail d’Otist.
« Le street art est devenu un produit de spéculation, enfermé dans des galeries qui lui retirent son âme. Cette peinture, c’est ma réponse : un retour à la rue, à l’état sauvage. À une époque de conformisme absolu, sortir du cadre est un pur réflexe de liberté. C’est refuser de suivre le troupeau pour tracer sa propre voie. L’humain détruit, calcule et spécule ; l’animal, lui, reste digne, indomptable et authentique. L’art est dans la rue. Restons sauvage » , commente Otist sur Insta à propos de ce tableau.Un travail désormais reconnu par ses pairs du street art et par un public plus large. « Peindre dans la rue, c’est s’exposer au risque d’être recouvert ; mais il arrive maintenant que des dessins soit entourés d’autres tableaux, sans être abîmés. »
Des tableaux que l’on pourra découvrir à la fête du Travailleur alpin où Otist peindra au pochoir deux œuvres pendant la fête sur des supports de 5 mètres carrés prévus à cet effet. Cette fête « je la découvre », concède Otist. Il a lui-même pris contact avec les organisateurs après qu’un ami lui en ait parlé et qu’il ait noté la présence de Rim’K dans la programmation de cette édition 2026. « Je suis un enfant du rap, 113, j’ai été bercé avec ça ». Contact pris, entente immédiate. « Je partage ces valeurs ; c’est une belle histoire, de festival, ça fait partie du patrimoine de Grenoble », et puis, « coco, c’est pour le peuple, ça me parle », nous dit-il, lui qui, dans le civil, est ouvrier dans les ateliers d’une entreprise de transport. Ses œuvres témoignent régulièrement de son engagement contre l’extrême droite et le racisme.
Otist a hâte du « plaisir de l’événement ; j’aurai l’impression d’être chez moi », assure-t-il. Un plaisir assurément partagé par le public de la fête qui pourra voir travailler l’artiste vendredi et samedi 26 et 27 juin à Saint-Egrève, juste au milieu du parc Marius Camet.
L’art est mon arme.
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Publié le 10.06.2026 à 09:24
Didier Gosselin
Les Berjalliennes et Berjalliens sont venus en nombre devant le palais de justice exprimer tout à la fois leur solidarité, leur colère et leur détermination suite au meurtre de Lyhanna, lequel a mis en évidence à quel point le fonctionnement du système judiciaire était attaqué par les politiques d’austérité.
« Aujourd’hui, nous sommes réunies devant un palais de justice. Mais nous pourrions aussi nous rassembler devant un commissariat, une gendarmerie ou une préfecture » a déclaré Stella Brunet du collectif Féministes berjalliennes. « Nous voilà ici, pour Lyhanna, ses parents et toutes celles et ceux qui l’aimaient. Aujourd’hui, nous voulons exprimer la douleur immense qui nous traverse. Notre colère aussi est immense car cet infanticide n’aurait jamais dû se produire. La police, la gendarmerie et la justice auraient dû faire leur travail. Le gouvernement n’a pas pris ses responsabilités. L’Assemblée nationale n’a pas daigné se pencher sur ce sujet. Pourtant, une loi intégrale contre les violences sexuelles contre les enfants et les femmes attend d’être examinée à l’assemblée nationale » a insisté, avec force et dignité, Stella Brunet.
Les intervenantes à l’issue du rassemblement. Au centre, Stella Brunet, co-fondatrice, avec sa sœur Ophélie, du collectif Féministes berjalliennesGabrielle, de l’association La phrase qui tue, a rappelé que « chaque année 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles ou violé.e.s soit 483 par jour, un enfant sur dix donc trois par classe. Parmi elles et eux, plusieurs enfants ont porté plainte contre Jérome Barella mais notre pays ne les a pas protégés. En toute impunité, cet homme, le père de sa meilleure amie, s’est senti autorisé à tuer une enfant de 11 ans, Lyhanna ». Et la militante féministe de souligner que Lyhanna « aurait dû devenir une femme » et que « son meurtre constitue le 67° féminicide de l’année 2026 ».
« Nous ne pouvons plus nous taire », a‑t-elle poursuivi, « nous ne pouvons plus minimiser, nous ne pouvons pas ignorer : cela se passe aussi près de chez nous ».

Dans un communiqué de la Fondation des femmes, lu lors de ce rassemblement, c’est une « défaillance systémique des institutions » qui est dénoncée. « En France, il y a deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne. 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite, la plupart du temps parce qu’aucune enquête n’est menée, faute de moyens et de volonté ». La Fondation des femmes exige une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, financée, et qui comprenne la prévention, la justice et la réparation !
« En France, il y a deux fois moins de juges et quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne. »
La mise en œuvre de cette loi, portée par 130 associations féministes et enfantistes et par 114 parlementaires, nécessiterait un investissement de 2,6 milliards d’euros annuel. Un chiffre à mettre en regard des 9 milliards d’aide militaire de la France à l’Ukraine, des 36 milliards supplémentaires qui viennent d’être attribués à la loi de programmation militaire, des 80 milliards d’évasion ou d’optimisation fiscale, des 211 milliards d’aides publiques aux entreprises sans contreparties, etc.
Il s’agit donc bien de choix politiques et financiers. Ceux de Macron visent à mettre la France et les services publics au pas selon les exigences du capital. D’autres choix sont possibles et nécessaires pour accroître les dépenses publiques, pour embaucher et former en s’en donnant les moyens financiers, afin de développer le pays, d’avoir des services publics à la hauteur et de vivre toutes et tous mieux.
La pluie n’a pas découragé, ni dispersé les manifestant·es…Cet article Bourgoin-Jallieu. Rassemblement en mémoire de Lyhanna est apparu en premier sur Travailleur alpin.
Publié le 09.06.2026 à 13:47
Manuel Pavard
Séverine Dejoux et Olivier Six avaient parlé eux-mêmes de « montagnes russes », le 3 avril. Ce jour-là, l’ancienne salariée et élue CGT de Vencorex et le PDG de CIC Orio, porteurs du projet de reprise Exalia, voyaient l’espoir revenir au sortir d’une réunion encourageante à Bercy, dix jours après le coup de massue du tribunal des activités économiques de Lyon (ex-tribunal de commerce) qui avait rejeté leur offre. Conscients des difficultés à venir, ils appelaient toutefois à ne pas s’emballer. Une prudence malheureusement justifiée… Car ce mardi 9 juin au matin, tous deux ont annoncé dans un communiqué « l’abandon définitif » du projet Exalia. Décision à laquelle ils ont été « contraints ».
Cette fois, plus de place au doute malheureusement. Les porteurs de projet évoquent ainsi le « retrait définitif et irrévocable » de leur offre visant à la renaissance industrielle de la plateforme chimique de Pont-de-Claix. « Les impératifs de délais, l’inertie et les verrous procéduraux actuels condamnent définitivement un projet qui représentait pourtant l’avenir d’une filière industrielle régionale et nationale stratégique », déplorent Séverine Dejoux et Olivier Six, avec « un profond sentiment de révolte, d’amertume ».
Outre les « centaines de milliers d’euros investis à fonds perdus en études techniques et juridiques », il s’agit avant tout, selon eux, d’un « gâchis industriel, social et humain inacceptable ». Ce, à l’image du « travail colossal » abattu durant un an par l’équipe pilotant le projet, finalement en pure perte. « L’échec d’Exalia est l’histoire d’un projet industriel stratégique, solide et unanimement soutenu, percuté par les aberrations de la gestion d’une liquidation judiciaire », résume le duo.
Les porteurs de projet sur le site de Pont-de-Claix, au lendemain du rejet du tribunal de commerce.Un « fiasco » qui s’est écrit en deux temps. D’abord avec la décision du 24 mars du tribunal de commerce, qui a préféré céder l’essentiel des installations au ferrailleur drômois All Metal, « sur la recommandation du liquidateur judiciaire ». Un choix « court-termiste », regrettent Séverine Dejoux et Olivier Six. Dictée par « la recherche d’un gain immédiat de 1,5 millions d’euros », cette décision « occulte totalement l’abysse financier que devraient représenter, à terme, les coûts réels de démantèlement et de dépollution de la plateforme », soulignent-ils.
La deuxième étape correspond à la seconde offre formulée par les promoteurs d’Exalia. Refusant d’abandonner, ceux-ci se sont appuyés sur le soutien de leurs partenaires, notamment le « support financier renforcé de l’État et de la ville du Pont-de-Claix », pour tenter de racheter les actifs restants et négocier le rachat des installations nécessaires auprès du ferrailleur. Proposition qui s’est là encore heurtée à un refus, malgré d’intenses discussions.
Pour le binôme, le responsable est clairement désigné : « le cadre procédural de la liquidation judiciaire et la rigidité de l’application de ce cadre revendiquée par le liquidateur judiciaire. En privilégiant la vente à la découpe plutôt que la continuité d’un projet industriel d’avenir, le liquidateur a revendiqué la prévalence d’une logique comptable immédiate sur l’intérêt général », dénonce-t-il.
La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet avait évoqué le dossier avec le ministre de l’Industrie Sébastien Martin, lors des assises CGT du made in France, le 26 mars, à Pont-de-Claix.Les porteurs de projet pointent « un coup d’arrêt dramatique ». Exalia avait pour vocation « de recréer plus de 250 emplois directs à court terme, de sauver une mine de sel stratégique et de permettre le développement sur la plateforme du Pont-de-Claix, d’une chimie d’avenir, moderne et décarbonée ». Les conséquences de cet abandon s’annoncent lourdes, avec une « perte de souveraineté majeure » et la disparition d’un « actif hautement stratégique » pour le pays.
Séverine Dejoux et Olivier Six avertissent : « Le projet Exalia devait sécuriser la production nationale de matières premières stratégiques indispensables à nos industries clés, notamment pour le nucléaire, l’armement, le traitement de l’eau et à la chaîne agroalimentaire. » Ainsi, « l’arrêt de cette production force désormais la France à importer massivement ces composants essentiels ». D’où une nouvelle « dépendance » et d’inévitables « surcoûts » pour les entreprises et les collectivités. Sans compter le coût humain pour les ex-salariés de Vencorex arrivés en fin de droits, qui espéraient encore une embauche chez Exalia.
Les deux partenaires fustigent enfin « une hérésie écologique », avec l’augmentation de l’empreinte carbone de produits importés de l’étranger — au lieu d’une production locale « moderne et décarbonée ». « C’est un contresens écologique total à l’heure de la transition environnementale », s’insurgent-ils.
Séverine Dejoux et Olivier Six appellent à tirer les leçons de ce « désastre inadmissible ». Cet échec est en effet « inacceptable », concluent les porteurs du projet Exalia. « Il doit aujourd’hui servir de contre-exemple absolu et de jurisprudence de ce qui ne doit plus jamais se produire en France. Le droit des procédures collectives ne peut plus être le fossoyeur de notre souveraineté industrielle. »
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Publié le 08.06.2026 à 22:27
Manuel Pavard
Sur le campus de l’Université Grenoble Alpes, à Saint-Martin-d’Hères, les allées comme les amphis se vident progressivement, à mesure que sonne la fin de l’année universitaire dans les différentes filières. Mais pour les militants de l’Unef, l’heure n’est pas encore aux vacances. Assemblée générale le 5 mai, rassemblement le 12 mai — aux côtés de la CGT Université de Grenoble, de l’UEG ou de Solidaires étudiant-e‑s -, manifestations les 21 et 26 mai, conférence de presse le 2 juin, rencontre avec le président de l’UGA le 4 juin… Ces dernières semaines, le syndicat étudiant fait feu de tout bois, à la fois contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et contre la sélection à l’entrée à l’université.
Conférence de presse de l’Unef devant la présidence de l’UGA, le 2 juin, contre la sélection à l’université à l’issue de Parcoursup et pour lancer la campagne de défense des sans-facs.Deux luttes distinctes mais complémentaires car s’opposant à la vision, défendue par l’Unef, d’une université ouverte à toutes et tous. Preuve de l’utilité de ces combats, les trois semaines de mobilisation contre le décret Baptiste ont fini par faire reculer la présidence de l’UGA. Le ministre de l’Enseignement supérieur entendait en effet supprimer l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiants extra-communautaires. Lesquels devaient, selon le plan « Bienvenue en France » instauré en 2019, s’acquitter de droits multipliés par quinze ou seize : 2895 euros pour une année de licence et 3941 euros pour une année de master — contre respectivement 178 et 254 euros actuellement.
Des enseignants et personnels du CUEF mobilisés contre les frais d’inscription différenciés pour les étudiants étrangers, le 21 mai, à l’appel de la CGT Université de Grenoble.Finalement, seuls ces derniers montants seront dus pour l’année universitaire 2026–2027, l’Université Grenoble Alpes ayant décidé d’accorder une exonération totale des droits différenciés à tout étudiant qui en fait la demande. En revanche, l’augmentation prévue par le décret devrait s’appliquer à partir de septembre 2027. D’où la prudence affichée par le syndicat, qui se félicite toutefois de cette « première victoire ».
Désormais, les regards sont majoritairement tournés vers celles et ceux que l’on surnomme les « sans-facs ». Autrement dit les recalés de Parcoursup et Mon Master, soit des centaines de milliers de jeunes refusés en licence ou en master dans l’ensemble des universités françaises. C’est donc pour lancer sa campagne que l’Unef s’est adressée aux médias, devant le bâtiment de la présidence, le mardi 2 juin, jour du début de la phase d’admission sur Parcoursup.
Les drapeaux de l’Unef flottant sur la place des Damiers, le 2 juin.« On entame une phase de permanence : toutes celles et tous ceux qui ont été refusés en licence et en master pourront nous contacter pour commencer à monter un collectif des sans-facs », explique Léonce Doulat, président de l’Unef Grenoble. Objectif, « exiger des inscriptions auprès de l’université ». De fait, poursuit l’étudiant, « chaque université en France a le pouvoir d’inscrire qui elle veut. C’est ce qu’on appelle un recours gracieux, qui relève du président de la fac. »
Léonce Doulat, président de l’Unef Grenoble, prend la parole, le 2 juin, devant la présidence.Combien sont-ils aujourd’hui à postuler à l’UGA et à se retrouver le bec dans l’eau, à trois mois de la rentrée ? « Parcoursup, c’est 80 000 demandes à Grenoble », indique Léonce Doulat. Mais difficile de déterminer précisément lesquelles s’apparentent à des sans-facs puisque les néo-bacheliers ont formulé plusieurs vœux — soit dans plusieurs universités, soit différents vœux dans la même fac. Néanmoins, « les 80 000 demandes sont juste pour les L1 alors que Grenoble compte 60 000 étudiants au total, donc il n’y a pas 60 000 places en licence. Ce n’est pas du tout à la hauteur », souligne-t-il, pointant « un manque de places criant ».
Léonce Doulat entend s’appuyer sur la dernière campagne menée par l’Unef qui a réussi à inscrire la dizaine d’étudiants mobilisés au sein du collectif des sans-facs, au début de l’année 2025–2026. Parmi eux, Cyprien, ex-sans-fac aujourd’hui étudiant en master, après avoir dû batailler à la même époque, l’an passé. « L’administration va dire aux lycéens qui sont refusés en licence ou aux étudiants de licence qui ne sont pas pris en master que c’est de leur faute », s’insurge-t-il. « Tout au long de ma licence, les profs nous ont répété que tous ceux qui valideraient leur licence seraient acceptés en master. Pourtant, j’ai validé mon année et on m’a refusé dans mon master qui était la suite logique. »
Cyprien, étudiant en master et ancien sans-fac, revient au micro sur son combat pour l’inscription, il y a quelques mois.Dénonçant une « politique mise en place pour attaquer la jeunesse », Cyprien appelle l’ensemble des étudiants et des jeunes exclus via Parcoursup ou Mon Master à « s’organiser collectivement pour combattre les politiques d’austérité, les politiques racistes, nationalistes et anti-sociales ».
Alara, étudiante turque en L3 et sans-fac, a vivement dénoncé la « sélection par l’argent » à l’université.Autre sans-fac, Alara, étudiante turque en L3 souhaitant intégrer un master, fustige, elle, le bien mal-nommé plan « Bienvenue en France ». « Sous ce titre cynique, le gouvernement a institutionnalisé une sélection par l’argent assumée et décomplexée », accuse-t-elle. Appliquer des frais différenciés de 3000 à 4000 euros revient, selon elle, à « fermer les portes de l’enseignement supérieur public à des milliers de jeunes ».
Alara incarne ainsi la synthèse entre les luttes contre « Bienvenue en France » et Parcoursup / Mon Master. Deux systèmes et dispositifs qui cachent une même logique de sélection à l’entrée à l’université. « Parcoursup, c’est la face immergée de l’iceberg », affirme Léonce Doulat. Et de citer « les coupes de budget chaque année, avec des places supprimées dans toutes les facs, la hausse des frais d’inscription qui est une sélection au portefeuille ». Quant à Parcoursup, « c’est une sélection sociale et raciste », estime-t-il. « Si tu ne viens pas du bon lycée, si tu es enfant d’immigré, tu n’as pas les mêmes chances d’aller à la fac. »
Sur la banderole tendue devant le bâtiment de la présidence, un slogan symbolisant la lutte de l’Unef et des sans-facs.Pour le militant de l’Unef, la volonté du gouvernement de « casser l’université » est également à relier au reste de l’actualité : « Ils mettent en place le nouveau service national, pensé exactement pour ceux qui sont refusés à Parcoursup. Si tu ne vas pas à la fac, que fais-tu de ta vie ? Soit tu vas travailler à McDo, soit tu fais le nouveau service militaire. C’est un peu ce que le gouvernement nous propose. » Face à cela, le but de la campagne des sans-facs est double, conclut Léonce Doulat. Il s’agit ainsi « d’exiger le droit d’étudier — qui est un droit fondamental — et de refuser cet avenir qu’on nous réserve ».
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Publié le 08.06.2026 à 15:57
Luc Renaud
« Ce que je peins vient souvent de quelque chose que j’ai vécu, qui résonne en moi et qui n’est pas forcément compréhensible par quelqu’un qui ne connaît pas l’histoire. » Est-ce là ce qui donne le force des œuvres de Lotus ?
Voilà trois ans que l’artiste de street art s’est lancé. Il peint exclusivement à la bombe. Son inspiration est plutôt figurative et sa technique utilise la transparence de formes abstraites sur lesquelles s’invitent des figures humaines et des objets qui lui sont familiers : l’influence est là celle des vanités, ces tableaux du XVIIe siècle qui interrogent la vacuité des passions et activités humaines.
Les œuvres de Lotus que l’on peut trouver sur les murs de Grenoble sont de grande dimension. Il a notamment eu l’occasion de s’exprimer sur la friche Dolomieu, sur les pentes de la Bastille.
Lotus vient de réaliser sa première exposition, Intériorité. Elle est visible à la maison des associations de Pont-de-Claix. Ses tableaux ont été peints sur des panneaux de bois récupérés, une dimension de l’engagement de l’artiste. Ce qui permet aussi d’assurer leur pérennité.
C’est sur un panneau de ce type que Lotus s’exprimera à la fête du Travailleur alpin les 26 et 27 juin. « La fête du TA, ça fait longtemps que je connais ; je suis aussi musicien. Elle témoigne d’un engagement politique que je soutiens, même si je ne suis pas pleinement impliqué. » On pourra le voir peindre à la bombe pendant toute la durée de la fête, au cœur du parc Marius-Camet, à Saint-Egrève. Lotus a déjà décidé du thème et du message qu’il exprimera à la fête du TA, le public en aura la primeur.
Rendez-vous à Saint-Egrève pour un moment spectaculaire et passionnant.
Intériorité, une exposition à découvrir à la maison des associations du Pont-de-ClaixJusqu’au 3 juillet, entrée libre aux horaires d’ouverture de la maison des associations, les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 8h30 à 12h.
29 avenue du Maquis de l’Oisans
38800 Pont de Claix
Lors du vernissage de l’exposition de Lotus, son ami Otist, qui participera lui aussi à la fête, s’est exprimé sur un mur de la cour de la maison des associations du Pont-de-Claix.Cet article Fête du TA. Lotus peindra pendant toute la durée de la fête est apparu en premier sur Travailleur alpin.