24.06.2026 à 09:00
A qui profite la protection de la nature ?
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24.06.2026 à 09:00
A qui profite la protection de la nature ?
Mais derrière ce vernis se cachent des exactions commises contre les peuples autochtones, spoliés de leurs terres. Car cette idée de protection de la nature est fondée sur le mythe d’une nature sauvage, héritée du colonialisme, et crée désormais un véritable apartheid vert dans les zones concernées.
Alors à quoi – et à qui – profite la protection de la nature ? On en parle avec Fiore Longo, anthropologue et directrice de Survival International France. Elle est l’autrice de Décolonisons la protection de la nature. Plaidoyer pour les peuples autochtones et l’environnement (2023)
23.06.2026 à 20:00
La guerre au Soudan vient d’entrer dans sa troisième année. Très peu traité dans les médias mainstream, le conflit a jeté sur les routes 15 millions de déplacés et généré la pire crise humanitaire au monde. Depuis quelques semaines, plusieurs collectifs tentent de porter devant la justice les responsables de cette crise : au Kenya, une plainte a été déposée contre dix responsables des Forces de soutien rapide (FSR), l’une des parties au conflit, quand plusieurs victimes ont déposé une requête auprès de la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères pour l’ouverture d’une enquête sur les liens entre les Émirats arabes unis, premier acheteur d’armes françaises, et les mêmes FSR, soupçonnés de crimes contre l’humanité.
Le Soudan est en guerre depuis avril 2023. Deux factions militaires s'affrontent: l'armée régulière d'Al-Burhan et les Forces de Soutien Rapide (FSR) du général Hémetti, déjà impliqué dans les massacres du Darfour sous Omar el-Béchir. Bilan: 150 000 morts, 15 millions de déplacés - le plus grand mouvement de population au monde - et une famine qui frappe des centaines de milliers de personnes dans des camps éparpillés à travers le pays.
Pour Youssef Abdelrahman, avocat franco-soudanais et membre du collectif SUDFA, l'origine du conflit est précise: «Il y avait comme un accord, une charte qui avait été approuvée par l'ensemble des parties prenantes, avec parmi les points l'intégration de la milice dans l'armée régulière et l'arrêt de la détention directe de certaines sociétés d'État par la milice. La milice a souhaité que ce délai soit allongé. L'armée régulière refusait. Personne ne pouvait s'attendre à ce que ça s'explose de cette manière-là en pleine capitale.»
La guerre est aussi une guerre contre les femmes. Zahra Suliman, étudiante en sciences politiques et militante pour les droits des femmes, est sans détour: «Quand l'armée de soutien rapide a pris une ville, la première chose qu'ils ont faite, c'était de voler la femme.» Le viol est une arme. Les cas documentés ne représentent qu'une fraction de la réalité: la honte et l'absence de sécurité condamnent la grande majorité des victimes au silence. Dans le même temps, les femmes soudanaises organisent les cuisines solidaires, maintiennent l'éducation des enfants, travaillent dans les hôpitaux sous les bombes - certaines prennent les armes pour défendre leur quartier ou rejoindre l'armée régulière.
Au cœur du conflit: les ressources. Or, terres agricoles, gomme arabique - cette dernière achetée à plus de 80% par deux sociétés françaises, selon Abdelrahman. Les Émirats arabes unis, premiers exportateurs d'or mondial «alors qu'ils n'ont pas d'or», financent les FSR en échange de minerais extraits à marché noir, et fournissent des armes. La France, qui les qualifie de «partenaire stratégique» et leur a vendu 31 milliards d'armements, ferme les yeux: «L'intérêt économique est bien au-dessus d'une possible condamnation ou d'un arrêt des relations diplomatiques avec les émirats.»
Le traitement médiatique achève de rendre cette guerre invisible. Pour Abdelrahman, ce n'est pas un hasard: «On s'est rendu compte qu'il y avait des similitudes entre le traitement médiatique des conflits africains par rapport à d'autres conflits. Des biais racistes, conscients ou inconscients, qui permettent d'isoler ce conflit dans une case uniquement remplie d'un nombre de déplacés, d'un nombre de morts, assez déshumanisés.» Et Suliman d'enfoncer le clou: «Beaucoup de fois, ils ont justifié que c'était une guerre civile. Depuis 2003 jusqu'à aujourd'hui, c'est le même acteur de guerre. C'est le même Hémetti, le même régime.»
23.06.2026 à 09:00
Roman national : autopsie d’une arme politique, avec Jean-Christophe Piot
Jean-Christophe Piot, journaliste, auteur et podcasteur («C'est plus compliqué que ça», 3 millions d'écoutes), vient présenter son livre Utiliser l'histoire --- comment les politiques manipulent le passé, 32 chapitres de démolition méthodique des falsifications historiques de la classe politique française et internationale.
D'emblée, il pose le cadre: le roman national n'est pas neutre, c'est «une vision de l'histoire comme ciment, presque comme ordre aux Français de respecter une certaine idée du passé de leur pays, qui est clairement positionnée aujourd'hui à droite». Construite au XIXe siècle en pleine Europe des nations, cette fiction d'une France éternelle «de 2000 ans» sert avant tout à légitimer l'exclusion. Il l'illustre par la Panthéonisation de Marc Bloch, récupérée par l'extrême droite malgré l'opposition de la famille: «Quand le même président qui fait rentrer Marc Bloch au Panthéon est le même qui célèbre les mérites de Philippe Pétain, qui a lui-même corrigé et signé le statut des Juifs, on est tellement dans un paradoxe permanent qu'il ne faut pas s'étonner que l'extrême droite se précipite.»
Sur l'obsession romaine des hommes de droite --- Le Maire, Wauquiez, Musk, Zuckerberg --- Piot est implacable: «Laisser croire sincèrement que l'Empire romain s'est construit sur la bienveillance, à un moment il faut ouvrir un livre d'histoire. La conquête de la Gaule par Jules César, c'est quelque chose comme un million de morts à l'arme blanche.» Sur Wauquiez, major d'agrégation qui convoque Octave pour justifier l'homme fort: «Tout ce que dit Octave, c'est qu'il a rétabli la République, c'est même le grand sens de son testament.» Sur Musk qui appelle de ses voeux «un Sylla des temps modernes»: «Quand Musk dit ça, il dit: il nous faut un système de délation rémunérée et il nous faudra mettre à mort nos ennemis.»
La phrase de Sarkozy --- «vos ancêtres, ce sont les Gaulois» --- provoque l'une des sorties les plus tranchantes de l'entretien: «C'est d'une violence verbale et symbolique proprement ahurissante. Vous n'avez plus d'histoire, si vous venez chez nous, vous avez la nôtre, celle que moi je vous donne.» Sur le révisionnisme zemmourien concernant Vichy, Piot ne laisse rien passer: «Le statut des Juifs qui les fait citoyens de seconde zone, c'est un document corrigé de la main de Philippe Pétain. Ils ont survécu malgré le régime de Vichy, pas grâce à lui.» Il y voit un glissement de moins en moins dissimulé vers le négationnisme, rendu possible par la disparition des derniers témoins et par une gauche qui «a cru que le combat était gagné».
Interrogé sur ses propres limites --- la quasi-absence de la gauche dans son ouvrage --- Piot assume un biais mais rappelle une réalité structurelle: le récit identitaire est un récit de droite. Il critique en revanche Mélenchon, qui en célébrant maladroitement Saladin «a opposé une légende dorée à une légende noire, et a ouvert un boulevard à l'extrême droite». Sa conviction finale: «On ne peut pas lutter contre ces récits identitaires en utilisant les mêmes armes. C'est une erreur fondamentale.». Autrement dit: un Puy du Fou de gauche serait une hérésie.