29.09.2026 à 12:17
La gauche élargit à nouveau son socle
Hors Série Entretiens filmés avec des personnalités artistiques ou intellectuelless
29.09.2026 à 12:17
La gauche élargit à nouveau son socle
À huit mois de l’élection présidentielle, la plupart des sondeurs et des éditorialistes s’interrogent : qui accompagnera Marine Le Pen au second tour ? Édouard Philippe, longtemps présenté comme le mieux placé, semble s’essouffler. Gabriel Attal ne parvient pas, pour l’instant, à récupérer la majorité de l’électorat macroniste. Raphaël Glucksmann espère profiter de cet affaiblissement mais reste devancé, dans la plupart des enquêtes, par Jean-Luc Mélenchon, désormais crédité de 20% des intentions de vote. Les commentateurs autorisés scrutent donc les écarts et spéculent sur les effets du vote utile. À force de regarder les candidats séparément, ils passent cependant à côté de l’information la plus étonnante contenue dans les derniers sondages : la gauche, prise dans son ensemble, n’a jamais été aussi haute depuis dix ans.
Le chiffre apparaît dans le baromètre Ifop-Fiducial réalisé le 24 août dernier. L’institut a testé sept configurations, en raison des incertitudes pesant sur plusieurs candidats. Dans les scénarios où Mélenchon, Glucksmann, Roussel et Tondelier se présenteraient toustes les 4, le total de la gauche oscille entre 38 et 42%. Ce score est confirmé par le sondage Cluster 17 pour Politico du 24 septembre. Il s’agit d’un étiage anormalement élevé.
Pour en prendre la mesure, j’ai examiné les séries de sondages de premier tour compilées pour les trois dernières élections présidentielles, celles de 2017, 2022 et 2027. La comparaison doit être menée avec précaution. L’offre électorale n’est pas la même, certains instituts testent plusieurs scénarios et il convient évidemment de ne pas additionner deux hypothèses incompatibles. J’ai donc retenu, dans chaque configuration, l’ensemble des candidatures situées à gauche du macronisme : extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, communistes, écologistes, Parti socialiste et ses alliés. Je n’ai pas compté Emmanuel Macron parmi les candidats de gauche en 2017, même si une partie de la presse et certains électeurs le percevaient alors encore comme tel.
À partir de là, un constat émerge : on ne trouve, dans les séries publiées depuis 2016, aucun sondage où le total de la gauche atteigne le niveau observé aujourd’hui. Au printemps 2016, au moment où François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et les écologistes disposaient chacun d’un espace électoral significatif, certaines configurations approchaient les 35%. Ainsi, dans une enquête BVA de juin 2016, selon le candidat de droite testé, Arthaud, Poutou, Mélenchon, Duflot et Hollande totalisaient entre 33 et 35%. Après la primaire socialiste de 2017, la remontée de Benoît Hamon a brièvement permis à la gauche de retrouver une trentaine de points, mais jamais quarante.
| Moment | Niveau de la gauche |
| Printemps 2016, parmi les configurations les plus favorables | autour de 35% |
| Premier tour de 2017 | 27,7% |
| Premier tour de 2022 | 31,9% |
| Ifop, 24-25 août 2026, scénario Édouard Philippe | 36% |
| Ifop, 24-25 août 2026, scénario Bruno Le Maire | 42 % |
| Cluster 17, 24 septembre 2026 | 40% |
Quid de la présidentielle de 2022 ? La gauche y présentait une profusion de candidats : Mélenchon, Jadot, Hidalgo, Roussel, Poutou, Arthaud et, pendant une partie de la campagne, Christiane Taubira. Cette abondance de l’offre n’a pas produit de poussée de l’électorat de gauche. Fin janvier 2022, lorsque sept candidatures de gauche étaient simultanément testées, leur addition se situait sous les 30%. Au cours des dernières semaines, lorsque Mélenchon progressa fortement, le total augmenta peu, car ses gains s’accompagnaient du recul des autres candidats de gauche. Le 8 avril, deux jours avant le vote, Ipsos donnait par exemple Mélenchon à 17,5%, Jadot à 5%, Roussel à 3%, Hidalgo à 2%, Poutou à 1% et Arthaud à 0,5%, soit 29% au total. Au soir du premier tour, Mélenchon fit mieux qu’annoncé et l’ensemble de ces candidatures atteignit finalement 31,94%. Ce niveau constituait un redressement de 4 points par rapport à 2017. Il reste néanmoins dix points en dessous des 42% mesurés en cet fin d’été 2026 par l’Ifop.
Le plus intéressant, dans la percée sondagière actuelle du candidat insoumis, n’est pas la percée elle-même mais ce dont elle résulte. En 2017 comme en 2022, les progressions de Jean-Luc Mélenchon se sont produites tardivement et se sont nourries pour une bonne part du vote utile à gauche. Au printemps 2017, Benoît Hamon s’effondre tandis que Mélenchon décolle ; cinq ans plus tard, le même phénomène se reproduit aux dépens d’Anne Hidalgo, Yannick Jadot et des autres candidats de gauche. La progression de LFI modifiait alors le rapport de forces interne à la gauche, sans augmenter la superficie de la gauche elle-même. Pour le dire autrement, Mélenchon obtenait une part de plus en plus grosse d’un gâteau dont la taille ne variait pas.
Ce mécanisme n’est plus à l’œuvre aujourd’hui. De ce point de vue, la comparaison entre deux enquêtes du même institut est instructive. Les 7-8 juillet, l’Ifop teste une configuration dans laquelle Édouard Philippe est le principal candidat du bloc central : Mélenchon est à 15%, Glucksmann à 9%, Roussel à 3%, Tondelier à 3,5% et Arthaud à 0,5%. Ensemble, ils représentent 31% des intentions de vote. Les 24-25 août, dans une configuration analogue où Édouard Philippe est toujours le candidat central le mieux placé, Mélenchon passe à 17%, Glucksmann à 12%, Roussel reste à 3%, Tondelier est à 3% et Arthaud à 1%. La gauche totalise désormais 36%. En six semaines, elle gagne cinq points – du côté de Cluster 17, sur la même période, la gauche gagne six points. Mélenchon en gagne deux, Glucksmann en gagne trois. La progression du premier ne s’effectue pas au détriment du second. Même les candidatures communiste et écologiste restent stables.
C’est le point décisif. Depuis des années, le débat stratégique à gauche repose sur l’idée implicite que son électorat constitue un stock fixe et que les transferts de voix se font à somme nulle. Si Mélenchon monte, les socialistes baissent ; si Glucksmann progresse, c’est qu’il prend des électeurs à LFI ; si les écologistes retrouvent des couleurs, c’est au détriment de l’un ou de l’autre. De cette représentation découle une obsession compréhensible pour les rapports de forces internes, les primaires, l’unité de la gauche et le fameux risque de « dispersion ». Les sondages actuels dessinent pourtant un scénario différent : plusieurs gauches peuvent progresser simultanément, parce que le périmètre de la gauche recommence à s’élargir. On peut considérer avec raison qu’entre Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann les divergences programmatiques et stratégiques sont immenses. Du point de vue électoral, cela ne change rien : pour la première fois depuis longtemps, leurs électorats ne fonctionnent plus uniquement comme des vases communicants.
D’où viennent alors ces électeurs supplémentaires ? Il faudrait disposer d’études de flux plus précises pour répondre, et il faut se garder de confondre la comparaison de deux sondages avec une enquête longitudinale. Les données disponibles fournissent néanmoins un indice. Dans son enquête de juillet, Elabe observe que l’essentiel des soutiens de Jean-Luc Mélenchon proviennent de l’électorat du Nouveau Front populaire. Raphaël Glucksmann, lui, mord dans un espace différent : 16% des électeurs d’Ensemble déclarent vouloir voter pour lui. Quelques mois auparavant, Elabe observait déjà que 22% de l’électorat macroniste se tournait vers Glucksmann. Autrement dit, la progression actuelle de la gauche provient à la fois du retour d’électeurs qui l’avaient quittée pour le centre et de citoyens qui s’étaient réfugiés dans l’abstention.
On peut évidemment présenter la séquence actuelle comme une nouvelle guerre des gauches : Mélenchon contre Glucksmann, gauche de rupture contre gauche sociale-démocrate, NFP contre centre gauche. Cette lutte existe et elle sera féroce. Mais elle masque un second mouvement, plus décisif. Lorsque Mélenchon passe de 15 à 20% tandis que Glucksmann passe de 9 à 14%, ce n’est plus la même histoire qu’en 2017 ou en 2022. LFI n’est pas en train de prospérer sur les ruines du reste de la gauche. Son espace électoral se consolide pendant qu’à côté d’elle une autre composante de la gauche récupère des électeurs qui avaient rejoint le macronisme. A mesure que le centre s’érode et que les classes populaires reprennent espoir, la gauche cesse d’être confinée dans le couloir des 25-30 % auquel on la croyait condamnée.
2017 avait précipité l’effondrement simultané du Parti socialiste et des Républicains – les deux partis qui s’étaient partagé le pouvoir depuis les début de la Vème République. Emmanuel Macron avait réussi ce dont rêvaient les centristes depuis des décennies : construire un espace politique suffisamment puissant pour disloquer le clivage gauche-droite. Il avait attiré vers lui une part considérable de l’ancien électorat socialiste, puis agrégé des électeurs venus du centre droit et de la droite libérale. Le face-à-face PS-LR avait laissé place à un système dominé par le centre.
Cette décennie centriste apparaît à présent pour ce qu’elle est : une parenthèse fragile, le dernier souffle d’une oligarchie à l’agonie, dont les différentes fractions (de droite et de gauche) ont fusionné pour tenter de prolonger leur règne de quelques années. Sauver le capitalisme par une union au centre de ses valets politiques – le macronisme en France, la coalition CDU-SPD en Allemagne, le gouvernement technique de Monti en Italie, etc. – est une option qui a échoué. Pris en étau entre des intérêts antagoniques, les dirigeants d’extrême centre n’ont fait que retarder l’heure du choix. Leur domination électorale craque de partout. En Allemagne (avec une percée simultanée de Die Linke et de l’AfD), en France (avec le duel RN / LFI), aux Etats-Unis (avec Trump et les Socialistes Démocrates d’Amérique), un même scénario est à l’œuvre : le bloc central est, a été, ou est en train, de se faire déborder sur sa gauche et sur sa droite.
« Socialisme ou barbarie » : la formule, reprise à Karl Kautsky et popularisée par Rosa Luxembourg, est à nouveau à l’ordre du jour. Les compromis économiques et politiques qui ont tant bien que mal présidé au fonctionnement des sociétés occidentales au cours des deux dernières décennies se fissurent. L’avenir s’ouvre. On nous dit que le monde est complexe. Il n’a en vérité jamais été aussi simple. L’avenir est ouvert. L’alternative qui s’offre à nous oppose l’avènement d’une société émancipée et la régression dans la barbarie. L’effondrement du centre, la résistible ascension du RN et l’élargissement du socle de la gauche ne sont qu’un symptôme – au plan électoral – parmi beaucoup d’autres des gros temps dans lesquels nous entrons.
Sondages mobilisés dans le texte :
BVA / Salesforce pour Orange et l’Union de la presse régionale – présidentielle 2017
BVA pour Orange et RTL – présidentielle 2022, vague 5
Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde – ultime enquête avant le premier tour de 2022
Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche – présidentielle 2027, vague de mars 2026
Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio – présidentielle 2027, 7-8 juillet 2026
Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche – présidentielle 2027, juillet 2026
Ifop-Fiducial pour LCI, Le Figaro et Sud Radio – présidentielle 2027, vague 5
Cluster 17 pour Politico – présidentielle 2027, 24 septembre 2026
23.09.2026 à 11:40
« C’était ça ou mourir » : entre consécration et soupçon, retour sur l’œuvre
Je m’abstiens généralement de parler des romans que je n’ai pas aimés. C’est une règle que je me suis fixée et dont je tire une grande fierté. J’ai donc refermé C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien1, avec la ferme intention de la fermer. Puis j’ai appris que L’Humanité avait aimé (je n’ai rien dit). Que Le Figaro avait aimé (toujours rien dit). Que Le Monde avait aimé (j’ai commencé à trouver mon silence admirable). Puis que le roman était en cours de traduction dans une vingtaine de langues. Et, maintenant, qu’il figurait sur la première liste du Goncourt (à ce stade, il m’est soudainement apparu que mon silence n’était pas de la noblesse d’esprit mais de la pleutrerie, mon incapacité à assumer publiquement une opinion à contre-courant).
C’était ça ou mourir raconte l’histoire de Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie à Port-au-Prince. Pour échapper à la violence des gangs, il quitte sa maison et entame un voyage qui le conduira en République dominicaine, au Brésil, en Colombie, dans les griffes de l’ICE, puis jusqu’au Canada. Partout, Jonas tombe plus bas. Et chaque fois qu’on pense qu’il a atteint le fond, le roman lui trouve une trappe.

Jonas perd tout, sauf son sac Carrefour en plastique, son recueil de poèmes, son sourire, sa répartie et une fascinante aptitude à fournir, au moment opportun, une phrase qui résume la condition humaine. Car Jonas ne vit jamais simplement les choses. Il en tire toujours une leçon. Il a faim : aphorisme. Il a peur : métaphore. Il traverse une frontière : maxime. Quelqu’un lui parle : sentence sur l’exil. Quelqu’un ne lui parle pas : sentence sur le silence. Il pleut : probablement quelque chose sur les larmes du monde.
Le livre est une fiction, mais Orélien – Haïtien installé au Québec après le tremblement de terre de 2010 – l’a construite à partir de témoignages d’exilé·es qu’il a recueillis et compilés. Il en tire une sorte de roman picaresque et tragi-comique, dans lequel Jonas Dorléon avance de pays en pays, de galère en galère, de passeur en policier, de frontière en centre de détention.
Le roman semble craindre qu’une expérience laissée à elle-même ne soit pas suffisamment émouvante. Il faut donc la souligner. La métaphoriser. Puis, au cas où nous n’aurions toujours pas compris, en extraire une vérité éternelle. À mesure que les métaphores prolifèrent, les phrases raccourcissent. Parfois beaucoup. Très beaucoup. Une idée – une phrase. Une autre idée – une autre phrase. Et soudain une image. C’est là que l’auteur m’a perdu : je vois les procédés avant de voir ce qu’ils sont censés me montrer. À force de vouloir produire de l’émotion, son écriture m’en éloigne.
Reste le propos politique : le roman ne prend pas de risque. Son message est le suivant : les migrants ne sont pas des envahisseurs. Ils ne viennent pas voler nos emplois, imposer leurs coutumes ou égorger nos filles et nos compagnes. Ils fuient la misère, la violence et la dictature. Ils méritent notre compassion. Fort bien.
Mais il existe au fond deux manières, pour les Blancs, de se représenter les migrants. La première est celle du Blanc raciste : le migrant comme menace. Il est dangereux, violent, ingrat. Il faut s’en protéger. La seconde est celle du Blanc progressiste : le migrant comme victime. Il est courageux, résilient, digne malgré les épreuves, reconnaissant envers ceux qui lui tendent la main. Dans un cas, nous construisons des murs. Dans l’autre, nous ouvrons nos bras. Dans les deux cas, les Blancs restent au centre de la photo.
C’était ça ou mourir plait beaucoup, si j’en crois les échos, à la seconde catégorie. Jonas est la bonne victime. Il souffre énormément mais correctement. Il ne nous reproche rien. Il ne nous emmerde pas. Il ne réclame pas grand-chose. Il ne débarque pas avec une théorie de l’impérialisme, une conviction politique ou des revendications sur la régularisation. Il endure. Il plaisante. Il remercie les gens qui l’aident.
Il pourrait être en colère et il l’est par moments mais d’une colère qui laisse intact le cours du monde. Une colère qui ne vise pas les États qui ferment leurs frontières. Pas le capital qui organise sa clandestinité pour mieux l’exploiter. Pas l’inégale distribution de la sécurité, de la richesse et de la possibilité de circuler selon l’endroit où l’on a eu la bonne ou la mauvaise idée de naître. Il pourrait devenir revendicatif, ingrat, antipathique. Il pourrait même ne pas être résilient. Mais non. Jonas souffre et reste lumineux.
C’est là que le roman, qui se veut évidemment humaniste, me paraît politiquement inoffensif. Il remplace un stéréotype (négatif) par un autre (positif). À la figure du grand-remplaçant, il oppose cette autre figure dont les sociétés occidentales raffolent : le grand-méritant. La victime qui a souffert sans devenir méchante. Qui a tout perdu sans rien réclamer. Qui arrive chez nous cabossée mais reconnaissante. Qui nous permet, lorsque nous lui tendons la main, de nous trouver formidables. Le raciste veut que le migrant reste chez lui. Le progressiste est prêt à l’accueillir, pourvu qu’il corresponde au personnage prévu pour lui.
Il faut cependant rendre au livre deux choses. La première, c’est son passage sur la République dominicaine. Il s’agit à mes yeux d’un des moments où le roman cesse enfin de nous expliquer ce qu’il faut penser pour nous montrer ce qu’il faut voir. Jonas y découvre un pays vendu aux touristes, un morceau de paradis posé sur la mer des Caraïbes, dont le confort repose sur le travail infernal et invisible des Haïtiens. Ceux qui servent les cocktails ne les boivent pas. Ceux qui construisent les hôtels n’y dorment pas. Ceux qui nettoient les cuisines, récurent les toilettes et portent les sacs sont absents de la carte postale.
Là, Orélien est juste. Il montre la coexistence obscène de deux mondes : devant, les bracelets all inclusive, les buffets à volonté et les piscines bleu chloré ; derrière, une main-d’œuvre haïtienne sous-payée, clandestinisée et jetable. Le paradis touristique n’abolit pas l’enfer : il en est l’envers. Il lui fait porter des plateaux, couler du béton et changer les draps. Dans ces pages, le roman n’a pas besoin d’ajouter une morale à la fin de la scène. L’exploitation raciale du travail s’en charge toute seule.
L’autre réussite arrive plus tard, à la frontière mexicaine, avec CBP One. Là encore, Orélien saisit quelque chose d’important : la frontière n’est plus seulement un mur, un grillage et des policiers. Elle tient dans un téléphone. Pour demander l’asile, il faut avoir le bon appareil, du réseau, de la batterie, comprendre l’application, passer par la reconnaissance faciale, obtenir un rendez-vous et patienter sans savoir si l’algorithme finira un jour par vous élire. Le droit d’asile prend la forme d’une notification qu’on rafraîchit compulsivement. L’administration transforme le migrant en utilisateur et l’utilisateur en donnée. Ces pages sont excellentes parce que l’absurdité n’a pas besoin d’être surlignée : elle est dans le dispositif. Avec CBP One, le progrès technologique accomplit un miracle bureaucratique : rendre la frontière à la fois plus moderne et plus cruelle. Le barbelé a désormais une interface utilisateur.
Ces deux passages font d’autant plus regretter le reste. Lorsque le roman laisse les situations parler, lorsqu’il montre un système plutôt qu’il ne fabrique une victime, il acquiert davantage de volume politique que toutes ses sentences sur l’exil.
J’en termine par un dernier problème, plus romanesque : autour de Jonas, personne n’a le temps d’exister. Ses compagnons d’infortune apparaissent, marchent quelques pages à ses côtés, racontent un bout de leur histoire, puis disparaissent aussi vite qu’ils étaient entrés. Les étapes de succèdent, les visages aussi. Le roman ne s’attarde jamais assez longtemps pour qu’une relation se constitue. Le cas de la cousine canadienne est symptomatique. Elle joue un rôle décisif dans le secours de Jonas, mais le narrateur la remercie comme on remercie un employé qu’on met à la porte. On aurait pu imaginer qu’après des milliers de kilomètres, la famille retrouvée devienne digne d’intérêt. Il n’en est rien. Jonas reste seul.
Ce serait moins gênant si Jonas lui-même avait une consistance. Or il m’a semblé conçu moins comme un personnage que comme une fonction : drôle quand le récit a besoin d’air, poète lorsqu’il faut une belle phrase, naïf lorsqu’il faut expliquer quelque chose au lecteur, lucide lorsqu’il faut produire une analyse. Il traverse douze mille kilomètres mais sa psychologie fait du sur-place. C’est peut-être, au fond, ce qui m’a le plus manqué : davantage de roman. Des personnages qui impriment. Des liens qui se tissent. Un protagoniste qui résiste au message que l’auteur – car il en va toujours ainsi – voudrait lui faire porter.
Thélyson Orélien est désormais accusé, sur les réseaux sociaux, d’avoir fait rédiger tout ou partie de son roman par une intelligence artificielle. L’accusation est partie d’un compte confidentiel qui a soumis plusieurs passages de C’était ça ou mourir au logiciel Pangram et obtenu des scores très élevés de probabilité d’écriture par IA. Depuis, la presse de droite, puis la presse généraliste, s’est emparée de l’affaire. Et comme souvent, plus une accusation circule, plus le conditionnel perd des plumes en chemin.
Je dois commencer par confesser que je me suis posé la même question lorsque j’ai lu le roman, et ce dès le premier tiers du livre. C’est même une des raisons pour lesquelles son écriture m’a agacé. Les rythmes ternaires. Les antithèses impeccablement équilibrées. Les constructions du type « pas ceci, pas cela, mais ceci ». Une syntaxe si bien calibrée qu’on entend presque la machine faire ding à la fin. Bref : plusieurs des tics que nous avons appris, depuis trois ans, à reconnaître comme du Claude ou du ChatGPT.
J’ai eu un sérieux doute. Mais plutôt que de demander à une machine si Orélien avait utilisé une machine – vertige épistémologique que je n’ai osé affronter –, je suis allé lire ses textes anciens, disponibles sur son blog. Et là, problème pour l’accusation : dans ses poèmes et chroniques des années 2008-2014 – sur lesquels je ne parviens plus à remettre la main car son blog est désormais inaccessible (depuis quand ? je n’en sais rien !) – Orélien écrivait déjà par anaphores, oppositions, phrases nominales et structures ternaires.
Le style qu’on nous présente aujourd’hui comme la preuve que l’auteur écrit avec ChatGPT existait chez lui quinze ans avant ChatGPT.
Quelques mots aussi sur les fameux détecteurs. Je leur ai donné des textes que j’ai écrits moi-même, entièrement. Verdict : 30%, 40%, parfois 60% d’IA. J’ai essayé avec Rimbaud, Simenon, Despentes. Résultats identiques. J’invite chacun·e à faire le test. Je lis ici et là que Pangram a été testé par le MIT et présente un taux de faux positifs extrêmement faibles. On a dit la même chose de ses prédécesseurs. Ces logiciels anti-IA sont, à mes yeux, quelque part entre « défaillants » et « nullissimes ». Ils traquent des régularités statistiques (lexique, syntaxe, rythme, prévisibilité). Lorsqu’un texte humain ressemble au profil qu’ils ont appris à associer aux modèles génératifs, ils le signalent.
Il y a aussi quelque chose de loufoque dans le modèle économique de ces logiciels. On vous propose, dans la même boutique, de détecter l’IA puis d’« humaniser » le texte pour qu’elle ne soit plus détectée, moyennant abonnement. Détecteur à gauche, « humanizer » à droite, carte bancaire au milieu. Comme si le douanier qui vous annonçait que votre passeport est douteux possédait, dans la pièce d’à côté, une petite imprimerie de faux papiers.
Enfin, on notera que la campagne d’accusation qui cible Thélyson Orélien depuis hier a été lancée et massivement relayée par des comptes et des personnalités d’extrême droite. Le zèle avec lequel on entreprend de démontrer qu’un écrivain noir couvert de succès n’a pas pu écrire le livre pour lequel il est récompensé appartient à une histoire qui ne commence pas avec l’IA. Je pense notamment à Yambo Ouologuem. Son Devoir de violence comportait bien des emprunts à d’autres textes et l’histoire éditoriale de ces emprunts est complexe. Le scandale a vite débordé la question du plagiat pour devenir une affaire d’authenticité, de légitimité et de droit d’un écrivain africain à occuper la place qu’il venait de conquérir.

Je pense aussi, beaucoup plus récemment, au sociologue et universitaire britannique Jason Arday, auquel Norman Ajari vient de consacrer un texte indispensable dans nos colonnes, pour pointer les deux racismes ayant conduit à sa mort : la négrophobie scientifique soutenue économiquement par l’extrême droite et le cynisme des intellectuels progressistes qui instrumentalisent les personnalités noires. Quand un écrivain ou un universitaire noir connaît le succès, il se trouve souvent quelqu’un pour aller vérifier, avec un étrange enthousiasme, s’il n’aurait pas un peu triché pour arriver jusque-là. On attend avec curiosité de semblables campagnes de détection appliquées aux écrivains blancs consacrés.
︎22.09.2026 à 19:05
Comment Tintin échappa à l’épuration
Tintin, visage le plus reconnaissable et le plus admiré de ce massif de la culture populaire européenne qu’est la bande-dessinée franco-belge, est tout l’inverse d’une figure controversée. Certes, on se souvient plus ou moins clairement des errements coloniaux de l’album Tintin au Congo ; certes il se chuchote que son démiurge Georges Rémi, alias Hergé, n’aurait pas été tout à fait clair durant la période de l’occupation nazie. Toutefois, l’idée qu’il puisse y avoir derrière ces quelques faits éparses un véritable problème politique semble à première vue peu crédible. Généralement, on s’en sort à bon compte en décrétant qu’Hergé était un « homme de son temps », pétri de préjugés omniprésents. Ainsi, on feint d’oublier que ce « temps » était un moment d’histoire hautement conflictuel où, précisément, aucune prise de position n’allait de soi. Où toute décision impliquait nécessairement le rejet énergique d’une option inverse.

En tous cas, ces vagues souvenirs ou rumeurs quant au passé d’Hergé n’ont pas empêché un réalisateur de blockbusters d’origine juive et grand donateur du parti démocrate étatsunien d’adapter avec délectation les aventures de Tintin. Cela n’empêche pas davantage le bédéiste français Joann Sfar, qui a placé son identité juive au cœur de son œuvre et de ses engagements politiques, de présenter dans Le Figaro la carrière du père de Tintin comme un parcours de rédemption1. Ailleurs, il va même jusqu’à s’identifier à lui : « Peut-être qu’Hergé disait des conneries quand il dessinait Tintin au pays des Soviets, mais Tintin reporter, ça se veut du journalisme. Hergé nous informait sur l’état d’esprit de l’époque. Et peut-être que j’informe, moi aussi, sur l’état d’esprit de mon époque2. »

À une époque où les invitations à séparer l’artiste de son œuvre sont de plus en plus souvent reçues avec scepticisme, le regard excessivement charitable que nous portons sur la trajectoire d’Hergé peut surprendre. À ce titre, le passionnant ouvrage du journaliste Sébastien Bourdon, Tintin au pays des fascistes3, entreprend un salutaire effort de clarification en retraçant le parcours du dessinateur dans l’occupation, mais surtout le rôle de ses accointances et influences fascistes dans la genèse des albums. Ce faisant, Bourdon ne s’enferme pas dans une posture iconoclaste mais procède avec méthode, en agençant preuves et arguments. Le livre se garde de réduire la saga à un tract fasciste. Cependant, il fait la démonstration du caractère matriciel du fascisme dès l’origine des aventures de Tintin, tant sur un plan matériel (c’est-à-dire économique et médiatique) que sur un plan intellectuel.

Trois raisons expliquent que les lectrices et lecteurs d’aujourd’hui soient si peu sensibles à l’esprit fasciste lié à ces albums. Premièrement, de nombreux albums ont été remaniés pour en expurger les caricatures antisémites ou faire disparaitre les jurons négrophobes de la bouche du capitaine Haddock. Bourdon précise que ces modifications étaient à l’initiative de l’éditeur Casterman mais jamais du dessinateur qui les acceptait sans enthousiasme, par opportunisme, et en s’en plaignant à l’occasion dans sa correspondance.
Deuxièmement, la conception du divertissement pour enfants propre à Hergé ne tolère pas une lourde armature idéologique. La lecture peut facilement se laisser aller au plaisir d’assister à une lutte du bien contre le mal et de la vertu contre les vices, sans que de forts signaux politiques ne viennent jamais troubler l’évidence du drame.
Enfin, les contextes culturels de l’entre-deux guerres et de l’occupation belges sont aujourd’hui loin derrière nous, et nous ont rendus aveugles à certains éléments de contexte, mais aussi à certains points d’intrigue, qui de toute évidence sont le fruit de puissantes influences fascistes. Autrefois évidentes, elles sont parfois devenues méconnaissables. Si l’ouvrage de Bourdon fait habilement le point sur les deux précédents aspects, c’est la complexité de ce troisième motif qu’il éclaire de la façon la plus détaillée.
La pièce à conviction la plus décisive, mais aussi la plus déroutante, de cette enquête réside en un ouvrage posthume de l’ancien capitaine de la SS Wallonie : l’intarissable et égocentrique hâbleur Léon Degrelle. Intitulé Tintin mon copain, le texte entreprend de prouver que l’aventureux reporter ne serait qu’un simple décalque de son auguste personne. La houpette et les pantalons de golf, la profession et la propension au voyage, l’existence intrépide en somme, cela aurait été emprunté à la biographie de l’officier nazi.

Au cours des nombreux entretiens qu’il a eu le loisir de donner depuis son exil espagnol d’après-guerre, Degrelle n’a cessé de s’attribuer des inventions fabuleuses. À l’en croire, le livre de poche, les vacances pour les enfants ou l’enquête ouvrière seraient tous nés de son seul génie. Il est dès lors difficile ici de prendre au pied de la lettre sa revendication de paternité. D’ailleurs, Tintin au pays des fascistes passe ses arguments au crible, prouvant souvent leur mauvaise foi. Seulement, plusieurs faits importants demeurent et la proximité professionnelle aussi bien que personnelle entre les deux hommes est avérée. Il est en effet incontestable que le jeune journaliste Degrelle faisait partie du voisinage immédiat de Hergé à la naissance de Tintin et que ce voisinage lui-même était idéologiquement saturé de pensées et d’intérêts fascistes.
Dans les années 1980, au micro du journaliste français Jean-Michel Charlier, Degrelle se remémorait avec émoi son entrée en journalisme dans les colonnes du quotidien catholique Le Vingtième Siècle. Il y avait été convié à la fin des années 1920 par une future figure de la collaboration avec les Nazis : un abbé aux évidentes accointances fascistes du nom de Norbert Wallez. L’ambition de ce dernier était de faire prospérer en Belgique une politique influencée par Charles Maurras et l’Action française. Ainsi Degrelle décrivait-il la ligne qui avait été la sienne dès ses premiers articles du Vingtième Siècle : « Nous serions bientôt, nous, jeunes révolutionnaires de l’Europe qui naissait, les porteurs du véritable socialisme, réconciliant l’ordre indispensable de l’État et la justice sociale, dans la collaboration des classes artificiellement et criminellement dressées l’une contre l’autre par le marxisme et, tout autant, par l’hypercapitalisme4. » On reconnait la doctrine de la troisième voie, celle du corporatisme mussolinien, avec sa volonté de se distancier à la fois du communisme et du capitalisme anglo-américain.
L’abbé Wallez, qui exhibait fièrement une photo dédicacée du Duce dans son bureau du Vingtième Siècle, n’y avait pas mis en avant que Degrelle : c’est lui qui y a fait de Hergé un véritable dessinateur de presse. Auparavant, le jeune homme n’avait publié que quelques dessins en amateur (y compris des caricatures antisémites), notamment dans la presse scoute catholique. Pensé par Wallez, le supplément pour la jeunesse du Vingtième Siècle, titré Le Petit Vingtième, verra s’épanouir les premières histoires de Tintin – c’est d’ailleurs le journal où travaille le reporter dans la diégèse. Selon Bourdon, Le Petit Vingtième développe dans les années 1930 des thèmes antisémites à destination des enfants ainsi que des apologies d’Hitler et de Mussolini.
Les deux premiers albums de Tintin, d’abord publiés en feuilleton dans les pages du périodique pour enfants, sont le fruit d’une commande directe de l’abbé Wallez, en conformité avec sa vision sociale. En réalité, les trois premiers tomes dessinent à eux seuls une orientation doctrinale claire et conforme à la troisième voie chère à Degrelle.
Tintin au pays des Soviets inaugure la saga avec un brûlot anticommuniste qui définit d’emblée le marxisme et la révolution socialiste comme l’ennemi principal du Vingtième siècle. L’album suivant, Tintin au Congo, demeuré dans les mémoires pour son racisme forcené, est né de la suggestion de Wallez d’exalter la mission civilisatrice de la Belgique dans sa vaste colonie d’Afrique centrale. Tintin en Amérique, enfin, illustre l’anticapitalisme tronqué et compatible avec les théories du complot qui caractérise la pensée fasciste. Les figures du banquier et de la spéculation y servent toujours de bouc-émissaires, par contraste avec la saine économie industrielle et nationale.

Au-delà même du détail de leur contenu, les trois premières histoires de Tintin symbolisent à elles seules trois piliers du fascisme : l’anticommunisme et l’antimarxisme d’abord, la suprématie blanche et l’impérialisme ensuite, un anticapitalisme partiel, limité à une critique de la « finance apatride », enfin. Ces dimensions seront à l’occasion amendées et nuancées dans les épisodes suivants, mais jamais désavouées une fois pour toutes. C’est notamment le cas de la troisième : comme l’écrit Bourdon, l’antagoniste récurrent de Tintin, Roberto Rastapopoulos, riche producteur de cinéma et businessman à l’épais nez crochu, n’est pas juif. En revanche, de l’aveu même du dessinateur, il incarne une figure « apatride ». Hergé n’a pas besoin de recourir au nom Juif pour continuer à faire fructifier une critique du cosmopolitisme assortie de caricatures de provenance antisémite.

Commencée sous l’égide d’une revue de l’extrême-droite catholique, la carrière de Hergé a fortement bénéficié de l’occupation de la Belgique par les forces allemandes. Lorsque Le Soir, quotidien de référence du pays, bascule entre les mains des services de propagande allemands, il offre presque aussitôt l’asile à Tintin et à son créateur. Ce sont donc les tirages considérables, sans commune mesure avec ceux du Vingtième Siècle, qui vont catapulter la célèbre BD sous les yeux d’un maximum de jeunes lecteurs.
Là encore, le contenu des histoires est au diapason de la ligne politique du périodique collaborationniste. L’antagoniste de L’Étoile mystérieuse, qui parait en feuilleton dans le supplément jeunesse du Soir, est un banquier juif à l’appendice nasal caractéristique, nommé Blumenstein. Pour plus de discrétion, il sera renommé Bohlwinkel après-guerre. La caractérisation de ce comploteur perfide est bien conforme aux valeurs et à la vision du monde fascistes qui font consensus de Wallez à Degrelle, en passant par la nouvelle rédaction du Soir. Au cours de la période, Hergé se fend de quelques autres dessins antisémites où se bousculent des Juifs aussi similaires et interchangeables que l’étaient ses Congolais.

Sans réserve, le dessinateur se complait dans la collaboration aussi longtemps qu’elle dure. Ainsi, lorsque la perspective de la libération devient inéluctable, il confie dans sa correspondance qu’il s’attend à être fusillé pour trahison. En réalité, il n’en sera rien, et ce pour au moins deux raisons, toutes deux liées à sa profession. Premièrement, le tribunal tient pour dérisoire la production de dessins pour enfants et ne prend pas le cas d’Hergé très au sérieux. Deuxièmement, il reçoit l’appui d’un ancien résistant d’obédience royaliste, Raymond Leblanc, qui use de son aura et de son entregent pour le sauver de l’indignité. L’opération n’est pas sans arrière-pensée : Leblanc compte sur Hergé pour lui permettre de lancer une nouvelle publication destinée au jeune public. Le projet se concrétise avec l’hebdomadaire Tintin, dont le premier numéro parait en septembre 1946.
Malgré ce sauvetage inespéré, Hergé déplore l’injustice et la mesquinerie de l’épuration qui frappe nombre de ses amis. La rédaction de son journal se spécialise alors dans le recyclage des ex-collabos, auxquels Tintin offre l’hospitalité professionnelle. Au cours de cette période, Hergé continue d’entretenir une correspondance avec des figures françaises et belges de collaboration, à lire Degrelle et à confesser son admiration pour le capitaine SS. Ce que montre implacablement Tintin au pays des fascistes, c’est que le grand récit de rédemption de Georges Rémi relève du mythe opportunément construit pour des raisons de respectabilité et des impératifs commerciaux.
Subtile et détaillée, l’analyse de Sébastien Bourdon prend garde à ne pas mélanger les niveaux de lecture. Certes, écrit-il, « ni le personnage, ni ses aventures ne sont à proprement parler fascistes », mais la vision du monde d’Hergé qui s’y déploie « est résolument fascisto-compatible ». Ces albums passionnants et pleins de rebondissements sont ainsi traversés par l’ambivalence. Le fascisme parait occuper la même place pour les aventures de Tintin que le piédestal d’une sculpture. Il se fait oublier et n’attire pas trop le regard, tout en soutenant l’ensemble de l’œuvre.
︎
︎
︎
︎