13.05.2026 à 18:00
Comment lutter contre la corruption en Afrique
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13.05.2026 à 18:00
Comment lutter contre la corruption en Afrique
Après s’être exilé en Europe, il dévoile des milliers de documents qui trouvent les malversations au sein de son ancienne banque au profit de l’entourage du président Joseph Kabila. Les « Congo Hold Up » seront une déflagration pour le régime en place. Dix ans après, de retour dans son pays, le petit neveu de Patrice Lumumba, Premier ministre assassiné en 1961 au lendemain de l’indépendance, continue son combat contre la corruption en Afrique, alors que l'ancien président est aujourd'hui visé par des sanctions états-uniennes.
13.05.2026 à 09:00
Redevenir juif : le manifeste qui dynamite le sionisme de l’intérieur
Michel Feher, philosophe belgo-américain bien connu de nos services, cofondateur de Diagrammes.fr et fin obervateur de l'extrême droite contemporaine, est venu présenter son livre Redevenir Juif (La Découverte), une charge intellectuelle frontale contre le sionisme et le pacte qui le lie aux droites occidentales.
Sa thèse centrale: depuis quelques décennies, les Juifs occidentaux se sont vu proposer une «transaction inédite» --- ce qu'il appelle le pacte de blanchiment réciproque. En échange d'un soutien à Israël et de la validation du discours sur le «nouvel antisémitisme» venu des gauches, ils accèdent à la blanchité ordinaire, voire exemplaire. Un deal que Feher décortique avec ironie mordante, à la manière des Lettres persanes: «On leur offre un espèce de blanchiment racial, c'est-à-dire on devient des blancs ordinaires, voire des blancs exemplaires.»
Sur les origines du sionisme, Feher est sans ambiguïté: il y a, dit-il, «une démotion proprement antisémite du sionisme». La preuve? Herzl lui-même. Feher cite son État des Juifs: à cause de leur «absence de racines», les Juifs diasporiques seraient portés «ou bien à la spéculation financière ou bien à la subversion communiste» --- exactement les pires stéréotypes véhiculés par Henry Ford ou Maurice Barrès. Pour Feher, le sionisme n'a pas combattu ces clichés, il les a intériorisés pour transformer des intellectuels et commerçants en paysans-soldats: «Il s'agit effectivement de transformer des gens qui sont soit des banquiers soit des communistes en paysans-soldats capables à la fois de cultiver une terre, de défendre un pays.»
De là, pour Feher, une conséquence limpide: «En réalité, Israël est le pays le moins juif du monde, dans la mesure où il est le seul pays au monde qui s'est construit sur la détestation de la judéité diasporique.» Ce projet est un colonialisme de peuplement --- pas d'exploitation mais d'épuration: «On n'est pas là pour exploiter les Palestiniens, on est là pour chasser. Pour les expulser.»
Ce pacte de blanchiment s'est structuré en deux temps: en 1967, la guerre des Six Jours fabrique des «guerriers blancs exemplaires»; dans les années 70, la mémoire de la Shoah est réinterprétée de façon à faire du soutien à Israël «le devoir des pays occidentaux pour payer leur dette vis-à-vis des Juifs». Résultat pervers: l'antisémitisme traditionnel --- celui de Darmanin rendant hommage à Napoléon pour avoir «mis fin aux méfaits des usuriers juifs» --- devient excusable, tandis que le salut nazi d'Elon Musk est qualifié par l'Antidefamation League américaine de «geste maladroit dans un moment d'enthousiasme». «Et pourquoi ils font ça? Parce que par ailleurs, Elon Musk et Gérald Darmanin sont de farouches défenseurs du droit d'Israël à se défendre.»
Feher identifie trois postures possibles pour les Juifs diasporiques: payer le prix du blanchiment sans se plaindre, refuser au nom de principes (le «pas en notre nom»), ou tenter le ni-ni libéral --- position qu'il juge désormais intenable dans un Israël où 47% de la population juive approuvrait la guerre faite aux habitants de Gaza. «Le seul avantage du fascisme, c'est que ça force à choisir.»
Côté américain, Feher voit une fissure inédite: Tucker Carlson et les néo-paléoconservateurs, héritiers de Pat Buchanan, refusent de payer pour les guerres d'Israël au nom d'«America First». MAGA se craquelle sur la question. Cette droite est «à la fois antisémite et antisioniste» --- et Feher y voit, paradoxalement, «un signal d'alarme» et une «clarification»: même pour les Juifs prêts à «sacrifier leur âme pour la blanchité», le bénéfice du deal n'est plus garanti.
Quant à Netanyahou, il a lui-même fourni le diagnostic en se revendiquant du modèle spartiate: non plus Athènes-Jérusalem, mais Sparte --- cette cité «totalement obsédée par sa destruction», prise entre «paranoïa de l'ennemi extérieur» et «angoisse de l'effondrement intérieur». «Il y a quelque chose de fondamentalement suicidaire dans cette manière de voir les choses, mais le fascisme est suicidaire.»
En réponse à tout cela, Feher défend la judéité diasporique --- sa fluidité, son cosmopolitisme, sa culture yiddish --- non comme un repli identitaire, mais comme contribution à l'antifascisme. Plutôt que de nier les clichés antisémites (cosmopolite, déraciné), il propose de les revendiquer: «C'est ce que nous devons nous efforcer d'être, parce que c'est notre contribution à la lutte antifasciste.» Redevenir le cauchemar des suprémacistes. Redevenir juif.
12.05.2026 à 18:00
L’offensive Bolloré : guerre culturelle ou capitulation générale ?
L'émission s'ouvre sur une question simple: sommes-nous en guerre culturelle? Les trois invités divergent sur le mot, convergent sur le diagnostic.
Alexis Lévrier, historien des médias à l'université de Reims, raconte d'abord sa propre expérience. Après avoir défendu la rédaction du JDD en grève contre la reprise Bolloré, il a reçu des menaces de mort dans son casier universitaire, signées du «Comité 732» (coucou Charles Martel). En février 2025, au moment de la fin de C8, la machine s'emballe: CNews le jette en pâture, ses proches sont ciblés, son adresse postale circule. «Quand ça touche vos proches, il y a un truc qui se joue, qui est hyper fort, hyper intime.» Il insiste: des collègues spécialistes des médias ont arrêté d'intervenir publiquement. C'est l'effet Bolloré: non pas la présence massive dans les médias, mais «la censure qu'il produit dans des corps de métier, et notamment aujourd'hui à l'université, par la peur.»
Sur la nature de l'offensive, Lévrier décrit la stratégie Bolloré comme calquée sur le modèle Murdoch, en plus radical: concentration horizontale et verticale, presse, audiovisuel, cinéma, musique, distribution, publicité. Là où Murdoch laissait une relative indépendance au Wall Street Journal, Bolloré retourne l'identité de chaque titre racheté, du JDD à Paris Match. Sur CNews, il a réussi en 2021 à faire de la théorie du «grand remplacement» l'axe de toute la campagne présidentielle. «Il a modelé la campagne présidentielle. C'est une influence énorme.» Il avertit enfin sur l'antisémitisme: le renvoi d'Élisabeth Lévy de CNews pour avoir critiqué un article publié dans le JDD n'est pas un accident. Zemmour a servi à banaliser l'antidreyfusisme sur CNews. «L'ennemi de l'intérieur de cet extrême-droite, ce sera toujours les juifs.»
Sophie Noël, sociologue, grande observatrice de l'édition, replace l'offensive dans le secteur du livre. Bolloré contrôle 39% du marché via Hachette, mais surtout la principale machine logistique de distribution: «même un éditeur qui ne dépend pas d'Hachette, comme Albin Michel, dépend d'Hachette pour sa distribution.» Elle signale la montée d'un deuxième acteur, Stérin, dont le projet Périclès vise le rachat de 300 librairies, en ciblant en priorité celles en difficulté financière. Le boycott est souhaitable mais presque impraticable: une libraire féministe engagée dans la campagne «Débordé Bolloré» a constaté que l'essentiel de son chiffre d'affaires passait malgré tout par Hachette. Sur la bataille des idées, Noël observe que la droite a lu Gramsci quand la gauche l'oubliait.
Vincent Moisselin, co-rapporteur d'un avis du Conseil économique, social et environnemental adopté à l'unanimité sur les atteintes à la liberté de création, dresse un catalogue d'entraves en expansion: saccages, annulations sous contrainte, cyber-harcèlement, vol et destruction de livres en médiathèque, interruptions de films, libres brûlés sur une plage à Brest en 2024. Il revient sur l'affaire du spectacle de Rebecca Chaillon à Avignon (2023), première interruption par la violence physique dans l'histoire du festival. Les élus RN, après une phase de «respectabilité» culturelle post-2020, passent désormais à la reprise en main directe: à Hénin-Beaumont, le directeur du Théâtre de l'Escapade est évincé via des manœuvres RH; à Vauvert, un maire nouvellement élu supprime du jour au lendemain la subvention d'un festival de jazz. Moisselin souligne que la censure dépasse les rangs de l'extrême droite: un élu socialiste a retiré une subvention à un festival dont le titre contenait le mot «clitoris». «À l'instant où on fait une nuance selon la couleur politique des attaques et des entraves, on rentre dans l'arbitraire.»
Sur les solutions, les trois convergent: une loi sur la concentration des médias adaptée au XXIe siècle (la loi de 1986 ne connaît pas le numérique, ne cible pas l'édition), l'introduction du droit d'agrément pour les rédactions, et le soutien aux médias indépendants. «83% des Français s'informent sans jamais payer l'information»: tant que ce chiffre ne bouge pas, Bolloré gagne.