24.03.2026 à 18:00
« C’est le scénario parfait pour le RN » : la (non ?) percée municipale décryptée
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24.03.2026 à 18:00
« C’est le scénario parfait pour le RN » : la (non ?) percée municipale décryptée
Les quatre chercheurs s'accordent d'emblée sur un point: les municipales ne sont pas des élections nationales déguisées. Sylvain Crépon, Maître de conférences en science politique à la Faculté de droit, économie et sciences sociales de l'Université de Tours, rappelle que «ce ne sont pas des élections nationales et à chaque fois, on en fait un peu un test des élections nationales, alors que ce n'est pas du tout les mêmes logiques, les mêmes ressorts». Le bilan chiffré reste néanmoins éloquent: 57 mairies remportées dans les communes de plus de 3 500 habitants contre 9 en 2020, et 3 121 conseillers municipaux élus contre 827.
Sur la stratégie du RN, Sylvain Crépon livre une analyse contre-intuitive: un «raz-de-marée» aurait été dangereux pour le parti, faute d'équipes formées. «Une petite soixantaine de villes, ça va permettre une implantation, ça va permettre d'avoir des cadres qui se forment de plus en plus, mais pas trop vite.» Concernant les bastions réélus dès le premier tour (Briois à 78%, Ménard à 65%, Aliot à 51%), il pointe la «prime au sortant» et la gestion délibérément dé-idéologisée: «consigne donnée aujourd'hui de faire une gestion la moins idéologisée possible... montrer que nous sommes des maires qui faisons une gestion en bon père de famille».
Marion Jacquet-Vaillant, Maîtresse de conférences en science politique à l'Université Paris-Panthéon-Assas, apporte des données statistiques précises: «le RN gagne 7 fois mieux en duel qu'en quadrangulaire» et «gagne mieux contre la gauche» — ce qui traduit une asymétrie du front républicain: «la gauche est beaucoup plus prête à donner son vote à la droite pour contrer le Rassemblement national, que la droite n'est prête à donner son vote à gauche».
Émilien Houard-Vial, chercheur au CESDIP souligne la porosité croissante entre droite et extrême droite, notant que sur les questions régaliennes, «les Républicains aujourd'hui n'ont plus énormément de différences avec le RN». Il dénonce également un effet systémique médiatique, où CNews fonctionne comme «un distributeur de capital médiatique» offrant tribune à la frange la plus radicale de la droite, même si l'influence directe sur le vote reste difficile à mesurer empiriquement.
Sur la question des «brebis galeuses», surnommées «brebis gueuleuses» par et dans le chat, l'historien Nicolas Lebourg tranche: «Ce qui fait la vraie continuité, c'est le programme... la préférence nationale et l'idée de faire exploser en vol la constitution de la cinquième République». Sylvain Crépon enfonce le clou: «ceux d'en haut, finalement, ils ne sont pas inquiétés dans le parti politique... tout le monde sait, tout le monde connaît dans le haut de l'appareil qu'il y a des gens qui ont eu tel ou tel passé sulfureux».
24.03.2026 à 08:00
Nos élu·es nous ressemblent-ils ? avec Marie-Hélène Bacqué et Nadia Chahboune
Au sortir des élections municipales, qui ont vu notamment l'élection d’Aly Diouara à La Courneuve et de Bally Bagayoko à Saint-Denis – victime dans la foulée d'une charge raciste dans de nombreux médias –, quelle est la place pour les élu·es racisé·es ? Quel est leur parcours et les motifs de leur engagement ? Quelles sont les difficultés auxquelles ils et elles se confrontent ? L'ouvrage Élus des banlieues populaires (éditions PUF) tente de répondre à ces questions. Pour en parler, nous recevons l'une des autrices, la chercheuse Marie-Hélène Bacqué, et Nadia Chahboune, fraîchement élue sur la liste d'Aly Diouara à La Courneuve.
Michael Pauron
23.03.2026 à 07:00
Municipales 2026 : on scrute le second tour avec Vincent Tiberj (politiste) et Hadrien Clouet (LFI)
Hadrien Clouet analyse d'abord la défaite toulousaine comme le résultat d'une coalition inédite: «C'est le Bloc Bourgeois, mais encore plus élargi parce que ici, le Bloc Bourgeois a reçu l'appui décisif de l'extrême droite, c'est-à-dire le militantisme actif aux côtés du Bloc bourgeois, des militants de la droite radicale, RN, Reconquête, qui ont fait campagne pour Jean-Luc Moudenc, de manière très active.» Il dénonce également une campagne de désinformation orchestrée par les grands intérêts économiques locaux: «C'était une campagne à base de "Airbus va quitter Toulouse, tous nos commerces vont s'effondrer", on est à deux doigts de vous expliquer que l'Armée Rouge est arrivée par les Pyrénées.» Sur les responsabilités internes à la gauche, il pointe du doigt «Carole Delga, François Hollande, Raphaël Glucksmann, pour citer le trio de l'enfer», estimant qu'«une partie de la droite socialiste préfère en fait donner la métropole à la droite qu'aux socialistes». Il va plus loin sur la dérive idéologique du PS: «Le PS, finalement, traite des mesures à caractère raciste comme toute autre mesure. Il n'y a pas finalement de rupture morale dans les mesures d'économie budgétaire qui sont concentrées sur une certaine partie de la population.»
Vincent Tiberj apporte une lecture plus structurelle, rappelant que le mode de scrutin crée des effets d'amplification trompeurs — nombre de villes se jouant à quelques milliers de voix — et que la carte du «divers» recouvre l'essentiel des communes françaises. Il souligne l'inquiétante normalisation de la fusion droite-extrême droite dans les électorats: «À mesure qu'on se rapproche du temps présent, tu constates à la fois des tentations par en haut, des fusions par en bas et c'est ça le truc le plus important.» Sur la question de l'antisémitisme instrumentalisé, il décrit une bataille épistémique: «On est aujourd'hui dans un vrai conflit autour de comment on appréhende la question des discriminations, des racismes, des préjugés», et dénonce une tentative de «définir une manière d'appréhender l'antisémitisme qui serait compatible avec la droite et l'extrême-droite.»
Les deux invités s'accordent sur l'urgence de la mobilisation populaire hors des seules échéances électorales, et sur la nécessité de construire un discours de rupture crédible avant 2027.