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13.05.2026 à 18:20

[Fact-checking] Dette, déficit… Bruxelles impose-t-elle ses exigences aux États de l'Union européenne ?

Rédaction Toute l'Europe

Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national. Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ? Des plafonds fixés par les traités Conformément aux […]

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Texte intégral (3323 mots)
Si la dette ou le déficit d'un Etat membre excède les plafonds fixés dans les traités, une procédure de déficit excessif peut être lancée à son encontre.
Si la dette ou le déficit d'un État membre excède les plafonds fixés dans les traités, une procédure de déficit excessif peut être lancée à son encontre - Crédits : iStock / Toute l'Europe

Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national.

Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ?

CE QUE VOUS ALLEZ APPRENDRE DANS CET ARTICLE

  • Les traités européens fixent des plafonds de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB).
  • Les États qui ne respectent pas ces règles risquent des amendes.
  • Ces règles n'ont jamais abouti à des sanctions.
  • Suspendues de 2020 à 2023, elles ont été révisées en 2024.

Des plafonds fixés par les traités

Conformément aux traités européens, le déficit public d'un État de l'Union européenne ne doit pas dépasser 3 % de son produit intérieur brut (PIB). La dette publique, elle, est plafonnée à 60 % du PIB.

Ces obligations, mentionnées pour la première fois dans le traité de Maastricht de 1992, ont été précisées par le Pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 (lors de la signature du traité d'Amsterdam). Elles visent à maintenir la stabilité des finances publiques et la bonne santé économique des États de l'Union européenne, notamment ceux de la zone euro. Et s'assurent qu'aucun dérapage économique de l'un d'eux ne menace ses voisins.

Ces règles budgétaires sont aujourd'hui détaillées dans l'article 126 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) et le protocole n°12 annexé aux traités. La nouvelle version du Pacte de stabilité et de croissance, adoptée en 2024, ne modifie pas ces deux plafonds.

Pourquoi 3 et 60 % ?

La règle imposant un plafond de déficit aux États membres de l'Union européenne a été voulue par l'Allemagne au début des années 1990. En contrepartie de la création d'une monnaie commune, Berlin voulait s'assurer de ne pas payer pour d'autres États peu vertueux en cas de problème.

Le chiffre, lui, a toutefois été proposé par la France. En 1981, son déficit public menaçait de franchir le seuil symbolique des 100 milliards de francs, soit 2,6 % du PIB. Pour fixer un plafond qu'elle-même pensait ne pas pouvoir dépasser, c'est le chiffre "rond" de 3 % qui a alors été retenu, selon l'ancien chargé de mission au ministère des Finances, Guy Abeille.

Le chiffre de 60 % de dette publique découle de ces 3 % : avec un taux de croissance estimé à 5 %, un taux d'inflation de 2 %, les économistes d'alors calculent que la dette maximale serait de 60 % du PIB.

Si ces chiffres n'ont pas de justification économique particulière, le principe même d'un plafonnement du déficit et de la dette est en revanche accepté par tous les États membres.

Des sanctions prévues pour les contrevenants…

En principe, si la dette ou le déficit d'un État excède ces plafonds, une procédure de déficit excessif peut être lancée par le Conseil des ministres des Finances de l'UE (Ecofin), sur la base des recommandations formulées par la Commission. La France y est soumise depuis le 26 juillet 2024.

Neuf autres États membres font l'objet d'une telle procédure : la Belgique, l'Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l'Autriche et la Finlande. À l'exception de la Roumanie, ces procédures sont tenues en suspens par la Commission : aucune nouvelle étape n'a été engagée, mais les pays restent soumis aux recommandations du Conseil.

Le pays soumis à un avertissement doit mettre en œuvre un certain nombre de mesures pour rétablir l'équilibre entre ses recettes et ses dépenses. À défaut, et au bout d'un certain nombre d'étapes intermédiaires, un pays de la zone euro encourt une amende de 0,05 % du PIB, qui peut s'accumuler tous les six mois, jusqu'à ce que l'État prenne des mesures efficaces pour résorber son déficit et sa dette. Avant la réforme de 2024, les sanctions pouvaient atteindre de 0,2 à 0,5 % de son PIB.

Les pays non membres de la zone euro ne sont pas soumis à ces sanctions. Une telle situation les rend toutefois inéligibles pour adopter la monnaie unique. Et comme pour les autres États, le déclenchement d'une procédure pour déficit excessif reste une très mauvaise publicité, notamment auprès des marchés financiers. De quoi les inciter aussi à rétablir leurs comptes publics.

…mais jamais appliquées…

En 2018 par exemple, la moitié des pays de l'UE avait une dette publique supérieure au plafond des 60 %… sans grandes conséquences à Bruxelles.

Si un certain nombre de procédures ont été ouvertes au motif de déficits trop importants, aucun État membre n'a jamais été sanctionné pour avoir dépassé son plafond de déficit ou de dette. En 2011, 24 États membres faisaient l'objet d'une procédure. La France, qui a enregistré entre 2007 et 2017 des déficits systématiquement supérieurs à 3 % de son PIB, a ainsi fait l'objet d'une procédure de déficit excessif pendant une décennie… sans jamais payer d'amende. Elle est sortie de ce processus en 2018, avant d'y retourner en 2024.

Entretemps, la pandémie de Covid-19 et l'invasion russe de l'Ukraine sont passées par là. Au-delà de leurs conséquences tragiques, ces deux bouleversements ont considérablement accru le déficit et la dette des États membres. En 2020, la Commission européenne a décidé d'activer une clause dérogatoire prévue par les traités pour suspendre temporairement l'application des règles budgétaires. Après avoir été prolongée à trois reprises, cette clause a pris fin le 1er janvier 2024.

…et aujourd'hui révisées

L'Union européenne a également travaillé sur une réforme des règles de stabilité. Puisque celles-ci n'ont jamais été appliquées et sont plutôt jugées inefficaces, voire économiquement contre-productives, de nouvelles dispositions sont entrées en vigueur en 2024. Le nouveau Pacte de stabilité et de croissance maintient les plafonds de dette (60 % du PIB) et de déficit publics (3 % du PIB), mais les États ont désormais des périodes de 4 à 7 ans pour les atteindre et des plans de réformes plus adaptés à leur situation particulière. Les sanctions, moins lourdes, peuvent en revanche être appliquées plus efficacement qu’auparavant.

Dans le cadre du Semestre européen, les États membres discutent chaque année de leurs orientations économiques et budgétaires avec la Commission européenne et le Conseil de l'Union européenne. Ce cycle se déroule de l'automne au début de l’été.

Depuis la réforme du Pacte de stabilité, chaque État doit présenter un plan budgétaire et structurel national à moyen terme. Les premiers plans ont été transmis à la Commission à l’automne 2024. Ils fixent, pour quatre ou cinq ans selon la durée de la législature nationale, une trajectoire de dépenses ainsi que les principales réformes et investissements prévus.

Ces plans doivent notamment tenir compte des priorités de l'Union européenne, comme les transitions climatique et numérique, la sécurité énergétique ou encore la défense. Ils ne sont pas entièrement réécrits chaque année : leur mise en œuvre est suivie grâce à des rapports annuels de progrès, qui permettent à la Commission de vérifier si les États respectent leurs engagements.

La Commission publie également chaque année, généralement en juin, des recommandations par pays. Elle évalue les plans nationaux, puis le Conseil de l’Union européenne les approuve.

Quelle flexibilité ?

Ces recommandations de la Commission européenne ne sont pas elles-mêmes juridiquement contraignantes : un État qui ne les respecterait pas ne risque pas de se retrouver devant la Cour de justice de l'Union européenne pour infraction au droit de l'Union, comme dans le cas d'une directive mal appliquée, par exemple. Toutefois, un État qui "persiste à ne pas donner suite [à ces] recommandations" (art. 126 TFUE) s'expose plus ouvertement aux amendes prévues par le Pacte de stabilité et de croissance.

Surtout, les États placés sous procédure de déficit excessif doivent réduire leur dette d'environ 1 % par an si elle dépasse 90 % du PIB, et d'environ 0,5 % par an si elle se situe entre 60 % et 90 % du PIB. Ils ne sont pas contraints de la ramener à moins de 60 % du PIB d'ici la fin de la période du plan, mais leur dette doit suivre une “trajectoire descendante plausible”. Si le déficit public d'un pays dépasse 3 % du PIB, il doit être réduit pendant les périodes de croissance afin d'atteindre un niveau de 1,5 % du PIB, créant ainsi une réserve de dépenses pour faire face à des conditions économiques difficiles. Et un État sous procédure de déficit excessif qui ne respecte pas ses obligations peut être soumis aux sanctions prévues.

Depuis 2025, certains États peuvent aussi bénéficier d'une flexibilité spécifique pour leurs dépenses de défense. Une clause dérogatoire nationale leur permet de s'écarter temporairement de leur trajectoire budgétaire, dans la limite de 1,5 % du PIB par an entre 2025 et 2028, à condition que cela ne compromette pas la soutenabilité de leurs finances publiques. Dix-sept clauses nationales ont été activées : quinze en juillet 2025, puis l'Allemagne en octobre 2025 et l'Autriche en février 2026. À ce jour, la France n'en fait pas partie.

Le plan de relance de l'Union européenne

En 2020, l'Union européenne a mis en place un instrument inédit pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19 : un plan de relance de 750 milliards d'euros (807 milliards en prix courants aujourd'hui), baptisé NextGenerationEU.

Pour bénéficier des prêts et subventions de ce plan, chaque pays a dû soumettre un plan national de relance et de résilience (PNRR), corrélé aux recommandations faites en 2019 et 2020.

Le versement des fonds européens peut aussi être conditionné au respect de certaines étapes ou réformes. Dans le cadre du plan de relance européen, les États doivent atteindre des objectifs prévus dans leurs plans nationaux. D'autres mécanismes, notamment liés à l'état de droit, peuvent également conduire à la suspension de fonds européens, comme dans le cas de la Hongrie.

Alors, Bruxelles impose-t-elle ses exigences budgétaires aux États de l'Union européenne ? En bref, les traités européens fixent depuis 1992 des plafonds de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB). Les États qui outrepassent ces limites risquent certes des amendes en principe, mais les procédures n’ont jusqu'à maintenant abouti à aucune sanction. Les règles budgétaires ont depuis été réformées.

Bruxelles ne rédige donc pas les budgets nationaux à la place des États. Les gouvernements restent responsables de leurs choix de dépenses, de recettes et de réformes. En revanche, ils ont accepté un cadre commun dans les traités : si leur déficit ou leur dette s'écarte trop des règles européennes, ils doivent présenter une trajectoire de correction et peuvent, en théorie, être sanctionnés.

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30.04.2026 à 18:16

[Fact-checking] Le passage à l'euro a-t-il fait baisser le niveau de vie des Européens ? 

Léa Deseille

Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe […]

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Texte intégral (2279 mots)
Les études ont montré une distorsion entre le ressenti et la réalité chez le consommateur depuis le passage à l'euro - Crédits : Daniel Megias / iStock

Les études ont montré une distorsion entre le ressenti et la réalité chez le consommateur depuis le passage à l'euro - Crédits : Daniel Megias / iStock

Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe fait le point.

Pour évaluer l'impact de l'euro sur le niveau de vie, on peut observer l'évolution du revenu brut réel disponible des ménages dans les années qui suivent son introduction. Cet indicateur du pouvoir d'achat moyen correspond au revenu disponible des ménages après impôts et autres déductions, corrigé de l'inflation, en vue d'être dépensé ou épargné. Il permet de suivre l'évolution moyenne des ressources des ménages.

Le niveau de vie a augmenté 

Ainsi, la plupart des pays de la zone euro ont connu une hausse du revenu brut réel disponible dans les années qui ont suivi l'introduction de l'euro. En Belgique par exemple, ce revenu a augmenté de 3,57 % entre 1999 (date du passage à l'euro en monnaie scripturale) et 2003, d'après Eurostat. Une augmentation qui s'est maintenue les années suivantes, avec une augmentation de 8 % entre 1999 et 2015.

De telles augmentations sont également visibles dans les autres pays de la zone comme la France (+19,95 % entre 1999 et 2015), l'Allemagne (+16,43 %), le Luxembourg (+18,25 %) et l'Espagne (+9,83 %). Dans certains pays, l'augmentation est encore plus flagrante comme en Estonie, où le revenu brut réel disponible des ménages par habitant a augmenté de 44,29 % entre 2011 (année d'entrée dans la zone euro) et 2021. En revanche, il a diminué en Grèce (-20,5 % entre 2003 et 2015) et en Italie (-5,45 % entre 1999 et 2015), avant de remonter.

Pour Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro interrogée par Toute l'Europe, cette augmentation du niveau de vie s'explique par plusieurs facteurs . "L'euro a créé de la stabilité", explique-t-elle. "On a su maintenir sur une longue période une stabilité de l'inflation, puis on a ensuite vu le gain de cette stabilité", ajoute-t-elle. Celle-ci a entraîné une baisse des taux d'intérêt, ce qui a dynamisé plusieurs secteurs comme l'immobilier. "Le passage à l'euro a également permis de développer le commerce intra-zone : une entreprise française qui, auparavant, voyait "hexagonal" a pu envisager son marché au niveau européen", explique Stéphanie Villers. 

Toutefois, l'évolution du niveau de vie ne peut être uniquement attribuée à l'adoption de la monnaie unique : elle s'inscrit dans un contexte plus large. Le passage à l'euro est intervenu en même temps que le développement du commerce mondial. Par ailleurs, certains États membres de l'Union européenne n’ayant pas adopté l'euro, notamment en Europe centrale et orientale, ont également connu une progression du revenu réel des ménages. Ces comparaisons invitent donc à la prudence.

Pourquoi une telle idée reçue ?

Dans la grande majorité des États membres, le passage à l'euro s'est en tout cas accompagné d'une augmentation du niveau de vie. Mais alors comment expliquer le ressenti inverse ? Une étude de l'Insee révèle que le changement de monnaie a "nettement accru la divergence entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les ménages". 

"On observe une distorsion entre le ressenti et la réalité, les Européens ont tendance à prendre en compte, dans leur panier global, les prix qui ont augmenté sans penser à ceux qui ont extrêmement baissé", complète Stéphanie Villers. Par ailleurs, le consommateur prête davantage d'attention aux produits qu'il achète fréquemment comme la baguette de pain, le plein d'essence… puisque ce sont les produits les plus susceptibles de rogner sur le budget. Or ceux-ci ont plutôt augmenté depuis le passage à l'euro : de 32 % pour la baguette entre 1992 et 2017 par exemple, "mais [cette augmentation] correspond à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9 % par an, ce qui est un peu plus rapide que l’inflation d’ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l’euro", conclue l'Insee.

En outre, le passage à l'euro a aussi brouillé les repères de prix, certains ménages continuant longtemps à comparer les montants avec ceux exprimés en monnaie nationale. Enfin, ce ressenti tient aussi à la confusion fréquente entre évolution nominale et évolution réelle. Les ménages constatent d'abord la hausse des prix affichés (une baguette, un café ou un plein d’essence coûtent plus cher qu'au moment du passage à l'euro) mais cette hausse ne dit pas, à elle seule, si le pouvoir d'achat a diminué. Pour l'évaluer, il faut comparer ces prix à l'évolution des revenus : un prix peut augmenter en euros courants tout en pesant autant, voire moins, dans le budget si les revenus ont progressé dans le même temps. À l'inverse, une hausse modérée des prix peut être très douloureuse si les revenus stagnent.

La monnaie unique a-t-elle empiré la crise grecque ?

La crise économique de 2008 a traversé la zone euro, bouleversant plus particulièrement l'économie grecque. De 2008 à 2015, le revenu brut réel disponible des Grecs a ainsi chuté de 31,34 %.

Cette dernière était l’une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007, notamment grâce à l’apport de capitaux étrangers. Mais à l’automne 2009, en pleine crise économique, les problèmes structurels du pays sont mis en lumière : système fiscal défaillant, faible développement industriel… "Si la Grèce n'avait pas eu l'euro, elle aurait pu dévaluer sa monnaie ce qui aurait amoindri les effets de la crise, or avec la monnaie unique la dévaluation n'a pas été une option", pointe Stéphanie Villers.

Selon d'autres économistes toutefois, une dévaluation aurait certes pu redonner de la compétitivité à court terme, mais en renchérissant les importations (énergie, biens alimentaires, médicaments, biens intermédiaires) et donc en pesant in fine sur le pouvoir d'achat des ménages. Elle aurait également alourdi le poids des dettes libellées en euros ou en devises étrangères, au risque d’aggraver la crise bancaire et la défiance des investisseurs. Autrement dit, la dévaluation aurait déplacé une partie de l'ajustement vers l'inflation, les épargnants et les créanciers, sans garantir à elle seule un redressement durable.

L'ajustement s'est donc fait en interne. En mai 2010, Athènes a obtenu des crédits de l'Union européenne et du FMI, à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt conditionné à la mise en place de mesures structurelles, parfois très lourdes socialement (gel des salaires des fonctionnaires, allongement de la durée de cotisations retraites, hausse de la TVA). Le Parlement grec votera près d'une dizaine de plans d'austérité de 2010 à 2013, provoquant une contestation sociale.

Si la situation économique du pays s'est depuis stabilisée, cet épisode a mis en évidence une contrainte majeure de la zone euro : les États membres ne disposent plus d'une politique monétaire nationale ni de la possibilité de dévaluer leur monnaie pour répondre à un choc propre à leur économie. En contrepartie, l'appartenance à la zone euro offre aussi des protections collectives : intervention de la BCE, accès à des mécanismes européens d’assistance financière et, depuis la crise de la zone euro puis la pandémie, développement d'outils de solidarité et de stabilisation à l'échelle européenne.

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23.04.2026 à 16:20

États-Unis ou Europe : qui aide le plus l'Ukraine ?

Juliette Verdes

Au 31 décembre 2025, les États-Unis avaient apporté un total de 115,3 milliards d'euros (136,8 milliards de dollars US) d'aide à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, contre 201,4 milliards d'euros pour l'Europe selon les derniers chiffres en date de l'Institut Kiel, un groupe de réflexion basé en Allemagne. Un montant partagé entre l'Union […]

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Texte intégral (3186 mots)
En pourcentage du PIB, le Danemark est le pays qui fournit l'aide bilatérale la plus importante (3,25 % du PIB) selon l'Institut Kiel - Crédits : mars58 / iStock
En pourcentage du PIB, le Danemark est le pays qui fournit l'aide bilatérale la plus importante (3,25 % du PIB) selon l'Institut Kiel - Crédits : mars58 / iStock

Au 31 décembre 2025, les États-Unis avaient apporté un total de 115,3 milliards d'euros (136,8 milliards de dollars US) d'aide à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, contre 201,4 milliards d'euros pour l'Europe selon les derniers chiffres en date de l'Institut Kiel, un groupe de réflexion basé en Allemagne. Un montant partagé entre l'Union européenne et ses États membres, auxquels s'ajoutent le Royaume-Uni, l'Islande, la Norvège et la Suisse. Ces chiffres incluent l'aide militaire, financière et humanitaire.

Zoom sur les principaux outils de l'UE d'aide à l'Ukraine

  • Sur le volet financier

Le soutien financier de l'UE à l'Ukraine peut prendre plusieurs formes, à commencer par l'assistance macro-financière ou les "prêts AMF". L'objectif est de fournir un soutien financier à court terme, de financer les besoins immédiats de l'Ukraine et, à terme, d'accompagner l'Ukraine sur sa trajectoire d'intégration européenne.

Autre levier financier de l’UE : la Facilité pour l'Ukraine. Cet outil fournit au pays en guerre, entre 2024 et 2027, jusqu'à 50 milliards d'euros sous forme de prêts et de subventions pour soutenir son redressement, sa reconstruction et sa modernisation. Le Conseil de l'Union européenne a déjà mobilisé 36,7 milliards d'euros au titre de cette facilité, en ayant approuvé six paiements à l'Ukraine.

  • Sur le plan militaire

La Facilité européenne pour la paix (FEP) contribue au soutien à Kiev. Instrument de la politique étrangère et de sécurité commune, elle finance des actions extérieures de l'UE ayant une dimension militaire ou de défense. Elle n'est pas financée par le budget de l'UE mais par des contributions des États membres. Depuis le début de la guerre, 11,1 milliards d'euros ont été alloués au titre de la FEP : 6,1 milliards pour renforcer les capacités et la résilience des forces armées ukrainiennes et protéger la population civile, puis 5 milliards via un fonds d'assistance spécifique à l'Ukraine. Ce dernier montant n'est pas encore comptabilisé par le Conseil dans l'aide militaire fournie au titre de la FEP, car bien qu'approuvé, il n'a pas encore été versé à Kiev. 

De plus, une nouvelle aide financière de l'UE a été définitivement approuvée le 23 avril 2026. Celle-ci n'est donc pas encore incluse dans la somme des fonds alloués.

Il s'agit d'un prêt de 90 milliards d'euros. Financée par un emprunt commun de l'Union sur les marchés, cette aide octroyée à Kiev servira à couvrir les besoins budgétaires et militaires ukrainiens pour 2026 et 2027. Le prêt, à taux zéro, ne sera remboursé qu'après d'éventuelles réparations versées par la Russie. Le versement de l'aide de Bruxelles à l'Ukraine se divise en deux tranches de prêt : 45 milliards en 2026 et la même somme en 2027. Le déblocage effectif du prêt devrait intervenir en juin 2026.

Ce dispositif a été adopté faute d'accord des États membres sur l'utilisation des avoirs russes gelés sur le territoire de l'Union européenne, lesquels auraient financé un prêt à titre de réparation.

L'Europe, premier pourvoyeur d'aide militaire, financière et humanitaire à l'Ukraine

En termes de soutien militaire, les États-Unis sont longtemps restés devant l'Europe. Si l'aide totale de l'Europe était déjà supérieure en comptant l'aide financière et humanitaire, les Américains restaient les premiers pourvoyeurs d'armes. Du moins jusqu'au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Le pays de l'Oncle Sam a en effet aidé Kiev pour la dernière fois le 9 janvier 2025, soit quelques jours avant l'investiture de Donald Trump le 20 janvier.

Ainsi, sur la période courant de février 2022 au 31 décembre 2025, Washington a fourni un total de 64,6 milliards d'euros pour aider l'Ukraine à s'armer et se défendre. Les Européens ont finalement devancé l'an passé leur voisin outre-atlantique en matière de soutien militaire. Celui-ci atteint désormais 91,3 milliards d'euros pour l'Europe, comprenant les montants alloués par les États de l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et l'Islande. Le financement de la Facilité européenne pour la paix, instrument de l'UE, est inclus dans les données, puisqu’elle est alimentée par les contributions des États membres.

L'Europe se distingue également par son soutien financier. Depuis 2022, ce sont 92,7 milliards d'euros d'aide fournis à l'Ukraine, incluant l'aide de l'UE, de ses États membres et des États européens pourvoyeurs de fonds (Royaume-Unis, Norvège, Suisse, Islande). À titre de comparaison, l'aide financière des États-Unis s'élève à 47,3 milliards d'euros.

Enfin, s'agissant du volet humanitaire, tandis que les États-Unis affichent un soutien s'élevant à 3,4 milliards d'euros, l'aide humanitaire de l'Europe - UE, États membres, Royaume-Uni, Islande, Norvège et Suisse compris, atteint 17,3 milliards d'euros. De plus, l'Union européenne a activé en parallèle le mécanisme de protection temporaire pour accueillir des réfugiés ukrainiens sur son territoire, un dispositif de 17 milliards d'euros.

Ainsi, que ce soit sur le plan militaire, financier ou humanitaire, le soutien européen dépasse largement celui des États-Unis depuis le début de la guerre en Ukraine.

Méthodologie

Les chiffres relatifs à l’aide militaire, financière et humanitaire de l'Europe à l'Ukraine peuvent différer selon les sources, par exemple entre l'Institut Kiel et le Conseil de l'Union européenne.

Ces écarts proviennent de divergences méthodologiques dans la manière de classer les différentes formes d'aides d’une part, et des pays inclus ou non dans les chiffres, d'autre part. L'institut Kiel détaille par exemple tous les États membres de l'UE et intègre les États européens non membres, tandis que le Conseil agrège les aides fournies par les institutions de l'UE et par ses États membres, tout en excluant les États non membres.

2025 : entre effort européen substantiel et effritement de l'aide militaire totale 

L'aide européenne a augmenté significativement en 2025 selon les chiffres de l'Institut Kiel : le soutien militaire européen s'est accru de 67 % et l'aide non militaire, de 59 % par rapport à la moyenne de 2022-2024. Grâce à l'effort européen, le volume total de l'aide allouée à Kiev est resté relativement stable l'an passé, malgré l'arrêt total du soutien américain.

Toutefois, sur le plan militaire, le soutien global à l'Ukraine s'effrite. L'aide militaire allouée au pays en guerre en 2025 est inférieure de 13 % à la moyenne annuelle entre 2022 et 2024, en raison du retrait complet des États-Unis depuis l'investiture du président Trump en janvier 2025. Les efforts européens pour compenser le désengagement des États-Unis n'ont pas suffi à renverser la vapeur. Sur le plan humanitaire et financier, la baisse a été moins importante, l'aide totale ayant diminué de 5 % par rapport aux trois dernières années. 

S'agissant de l'aide financière et humanitaire, la part des allocations versée par l'UE est passée d'environ 50 % en 2022 à près de 90 % en 2025. Le soutien à l'Ukraine tend donc à se répartir de manière plus équitable au sein de l'Union, en fonction de la part du PIB de chaque pays. Sauf pour l'aide militaire, qui repose très majoritaire sur des contributions bilatérales des États membres, et dont la répartition est moins équitable.

D'après l'Institut Kiel, l'augmentation de l'aide militaire pour compenser le retrait des États-Unis se concentre de plus en plus sur un petit nombre de pays. Les États d'Europe occidentale ont contribué à 62 % du total des aides militaires européennes en 2025. Entre 2022 et 2025, l'Allemagne et le Royaume-Uni (pays non membre de l'UE) ont représenté environ les deux tiers de l'aide militaire de l'Europe occidentale entre 2022 et 2025. L'Europe du nord figure en deuxième position. En revanche, les États d'Europe de l'est et du sud ont progressivement réduit leur contribution à l'effort européen depuis le début de la guerre : en Europe de l'est, la part est passée de 17 % en 2022 à 2 % en 2025 ; en Europe du sud, elle a diminué au cours de la même période, passant de 7 à 3 %.

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