Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe […]
Les études ont montré une distorsion entre le ressenti et la réalité chez le consommateur depuis le passage à l'euro - Crédits : Daniel Megias / iStock
Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe fait le point.
Pour évaluer l'impact de l'euro sur le niveau de vie, on peut observer l'évolution du revenu brut réel disponible des ménages dans les années qui suivent son introduction. Cet indicateur du pouvoir d'achat moyen correspond au revenu disponible des ménages après impôts et autres déductions, corrigé de l'inflation, en vue d'être dépensé ou épargné. Il permet de suivre l'évolution moyenne des ressources des ménages.
Le niveau de vie a augmenté
Ainsi, la plupart des pays de la zone euro ont connu une hausse du revenu brut réel disponible dans les années qui ont suivi l'introduction de l'euro. En Belgique par exemple, ce revenu a augmenté de 3,57 % entre 1999 (date du passage à l'euro en monnaie scripturale) et 2003, d'après Eurostat. Une augmentation qui s'est maintenue les années suivantes, avec une augmentation de 8 % entre 1999 et 2015.
De telles augmentations sont également visibles dans les autres pays de la zone comme la France (+19,95 % entre 1999 et 2015), l'Allemagne (+16,43 %), le Luxembourg (+18,25 %) et l'Espagne (+9,83 %). Dans certains pays, l'augmentation est encore plus flagrante comme en Estonie, où le revenu brut réel disponible des ménages par habitant a augmenté de 44,29 % entre 2011 (année d'entrée dans la zone euro) et 2021. En revanche, il a diminué en Grèce (-20,5 % entre 2003 et 2015) et en Italie (-5,45 % entre 1999 et 2015), avant de remonter.
Pour Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro interrogée par Toute l'Europe, cette augmentation du niveau de vie s'explique par plusieurs facteurs . "L'euro a créé de la stabilité", explique-t-elle. "On a su maintenir sur une longue période une stabilité de l'inflation, puis on a ensuite vu le gain de cette stabilité", ajoute-t-elle. Celle-ci a entraîné une baisse des taux d'intérêt, ce qui a dynamisé plusieurs secteurs comme l'immobilier. "Le passage à l'euro a également permis de développer le commerce intra-zone : une entreprise française qui, auparavant, voyait "hexagonal" a pu envisager son marché au niveau européen", explique Stéphanie Villers.
Toutefois, l'évolution du niveau de vie ne peut être uniquement attribuée à l'adoption de la monnaie unique : elle s'inscrit dans un contexte plus large. Le passage à l'euro est intervenu en même temps que le développement du commerce mondial. Par ailleurs, certains États membres de l'Union européenne n’ayant pas adopté l'euro, notamment en Europe centrale et orientale, ont également connu une progression du revenu réel des ménages. Ces comparaisons invitent donc à la prudence.
Dans la grande majorité des États membres, le passage à l'euro s'est en tout cas accompagné d'une augmentation du niveau de vie. Mais alors comment expliquer le ressenti inverse ? Une étude de l'Insee révèle que le changement de monnaie a "nettement accru la divergence entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les ménages".
"On observe une distorsion entre le ressenti et la réalité, les Européens ont tendance à prendre en compte, dans leur panier global, les prix qui ont augmenté sans penser à ceux qui ont extrêmement baissé", complète Stéphanie Villers. Par ailleurs, le consommateur prête davantage d'attention aux produits qu'il achète fréquemment comme la baguette de pain, le plein d'essence… puisque ce sont les produits les plus susceptibles de rogner sur le budget. Or ceux-ci ont plutôt augmenté depuis le passage à l'euro : de 32 % pour la baguette entre 1992 et 2017 par exemple, "mais [cette augmentation] correspond à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9 % par an, ce qui est un peu plus rapide que l’inflation d’ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l’euro", conclue l'Insee.
En outre, le passage à l'euro a aussi brouillé les repères de prix, certains ménages continuant longtemps à comparer les montants avec ceux exprimés en monnaie nationale. Enfin, ce ressenti tient aussi à la confusion fréquente entre évolution nominale et évolution réelle. Les ménages constatent d'abord la hausse des prix affichés (une baguette, un café ou un plein d’essence coûtent plus cher qu'au moment du passage à l'euro) mais cette hausse ne dit pas, à elle seule, si le pouvoir d'achat a diminué. Pour l'évaluer, il faut comparer ces prix à l'évolution des revenus : un prix peut augmenter en euros courants tout en pesant autant, voire moins, dans le budget si les revenus ont progressé dans le même temps. À l'inverse, une hausse modérée des prix peut être très douloureuse si les revenus stagnent.
La monnaie unique a-t-elle empiré la crise grecque ?
La crise économique de 2008 a traversé la zone euro, bouleversant plus particulièrement l'économie grecque. De 2008 à 2015, le revenu brut réel disponible des Grecs a ainsi chuté de 31,34 %.
Cette dernière était l’une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007, notamment grâce à l’apport de capitaux étrangers. Mais à l’automne 2009, en pleine crise économique, les problèmes structurels du pays sont mis en lumière : système fiscal défaillant, faible développement industriel… "Si la Grèce n'avait pas eu l'euro, elle aurait pu dévaluer sa monnaie ce qui aurait amoindri les effets de la crise, or avec la monnaie unique la dévaluation n'a pas été une option", pointe Stéphanie Villers.
Selon d'autres économistes toutefois, une dévaluation aurait certes pu redonner de la compétitivité à court terme, mais en renchérissant les importations (énergie, biens alimentaires, médicaments, biens intermédiaires) et donc en pesant in fine sur le pouvoir d'achat des ménages. Elle aurait également alourdi le poids des dettes libellées en euros ou en devises étrangères, au risque d’aggraver la crise bancaire et la défiance des investisseurs. Autrement dit, la dévaluation aurait déplacé une partie de l'ajustement vers l'inflation, les épargnants et les créanciers, sans garantir à elle seule un redressement durable.
L'ajustement s'est donc fait en interne. En mai 2010, Athènes a obtenu des crédits de l'Union européenne et du FMI, à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt conditionné à la mise en place de mesures structurelles, parfois très lourdes socialement (gel des salaires des fonctionnaires, allongement de la durée de cotisations retraites, hausse de la TVA). Le Parlement grec votera près d'une dizaine de plans d'austérité de 2010 à 2013, provoquant une contestation sociale.
Si la situation économique du pays s'est depuis stabilisée, cet épisode a mis en évidence une contrainte majeure de la zone euro : les États membres ne disposent plus d'une politique monétaire nationale ni de la possibilité de dévaluer leur monnaie pour répondre à un choc propre à leur économie. En contrepartie, l'appartenance à la zone euro offre aussi des protections collectives : intervention de la BCE, accès à des mécanismes européens d’assistance financière et, depuis la crise de la zone euro puis la pandémie, développement d'outils de solidarité et de stabilisation à l'échelle européenne.
Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale. Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler […]
Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale.
Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler à la réalisation de ses objectifs et de ses priorités.
Les financements indirects correspondent aux dépenses prises en charge par les différents pays membres. Il s'agit des forces et des capacités nationales qui sont mises à la disposition de l'Otan pour des activités de dissuasion et de défense ou des opérations militaires. Ils représentent la partie la plus substantielle du financement de l'Otan.
1. Financement direct : les trois budgets communs de l'Otan
Les budgets et programmes annuels de l'Otan ont représenté en 2025 environ 4,6 milliards d'euros et pourraient s'élever jusqu'à 5,3 milliards en 2026.
Dans le détail, trois budgets communs sont financés directement par les pays membres : le budget civil (fonctionnement du siège de l'Organisation), le budget militaire (structure de commandement de l'Otan) et le programme Otan d'investissement au service de la sécurité (infrastructure et capacités militaires).
Le plus important est le budget militaire de fonctionnement, doté de 2,4 milliards d'euros pour l'année 2026, contre 528,2 millions d'euros pour le budget civil. Cela représente respectivement une hausse de 2 % et 9 % des dépenses par rapport à 2025. Le dernier budget est le programme d'investissement au service de la sécurité (infrastructures et capacités militaires).
La contribution directe des membres de l'Alliance, ou quote-part, est calculée selon une formule prenant en compte le revenu national brut (RNB) des États. Elle est fixée pour deux ans. De mars 2024 à décembre 2025, les principaux contributeurs de l'UE étaient l'Allemagne, avec une participation à hauteur de 15,9 % du budget commun, la France (10,2 %), l'Italie (8,5 %) et l'Espagne (5,8 %). Les autres États membres de l'UE ont tous une quote-part inférieure à 5 % du budget, voire à 1 % le plus souvent.
Les États-Unis, qui auparavant avaient la contribution la plus importante, contribuent désormais à la même hauteur que les Allemands : 15,9 %.
Pour tous ces pays, les financements directs diminueront légèrement selon les projections pour 2026 et 2027, mais le classement reste identique : l'Allemagne et les États-Unis contribueront à hauteur de 14,9 %, la France à 10,1 %, l'Italie à 8 % et l'Espagne à 5,8 %.
L'Otan ne disposant pas de ses propres forces armées, ce sont les Alliés qui mettent des troupes et du matériel à sa disposition sur une base volontaire. Les contributions des pays diffèrent tant par leur nature que par leur ampleur.
En 2006, les alliés au sein de l'Otan ont fixé la "règle des 2 %", ce qui signifie que chaque État doit consacrer au moins 2 % de son PIB à ses propres dépenses de défense chaque année.
Après que le président américain Donald Trump a critiqué les trop faibles dépenses militaires de certains pays européens, les Alliés se sont engagés, au sommet de La Haye en juin 2025, à porter à 5 % la part de leur PIB consacrée chaque année à leurs dépenses de défense, d'ici 2035. 3,5 % du PIB seraient ainsi affectés chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite. 1,5 % serait dédié aux investissements visant à protéger leurs infrastructures critiques, défendre leurs réseaux, assurer la préparation du secteur civil et la résilience, libérer le potentiel d’innovation et renforcer leur base industrielle de défense.
En 2025, sur les 23 États de l'UE membres de l'Alliance atlantique, tous respectaient la règle des 2 %. Ils étaient seize en 2024 et seulement neuf en 2023. La Pologne a fourni en 2025 l'équivalent de 4,3 % de son PIB en dépenses militaires, suivie de la Lituanie (4 %), de la Lettonie (3,74 %) et de l'Estonie (3,42 %). La France est loin de ce podium, avec 2,05 % de son PIB consacré aux dépenses militaires. Enfin, le Portugal, la Belgique et l'Espagne se situent à tout juste 2 %.
Le débat relatif au "burden sharing" (partage du fardeau) remonte à des décennies et s'est accentué après la fin de la Guerre froide, lorsque les Européens ont progressivement réduit leurs dépenses de défense. Mais la tendance s'inverse depuis deux ans, en raison notamment de la guerre russo-ukrainienne et des annonces de Donald Trump qui menace de ne pas respecter l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord vis-à-vis des pays qui ne consacreraient pas une part suffisante de leur budget à la défense.
Pour en savoir plus sur la politique européenne de défense
La contribution budgétaire des États membres de l'Otan prend en compte d'une part, les financements directs des pays (appelés aussi quote-part), lesquels sont utiles au fonctionnement de l'alliance militaire et à l'exécution de ses programmes, et d'autre part, les financements indirects qui correspondent aux dépenses allouées à la défense au niveau national. Il s'agit des […]
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte (à gauche), a évoqué l'augmentation des dépenses militaires des membres de l'Alliance avec le vice-président américain, J.D. Vance (à droite), lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2025 - Crédits : NATO North Atlantic Treaty / Flickr CC BY-NC-ND 4.0
La contribution budgétaire des États membres de l'Otan prend en compte d'une part, les financements directs des pays (appelés aussi quote-part), lesquels sont utiles au fonctionnement de l'alliance militaire et à l'exécution de ses programmes, et d'autre part, les financements indirects qui correspondent aux dépenses allouées à la défense au niveau national. Il s'agit des forces et des capacités de chaque pays membre qui sont mises à la disposition de l'Otan pour des activités de dissuasion et de défense ou des opérations militaires.
Dans les deux cas, les États-Unis sont le plus gros contributeur. Leur contribution au financement direct de l'Otan s'élève en 2025 à 15,9 % (au même niveau que l'Allemagne), tandis que leurs dépenses de défense nationale sont les plus élevées parmi les 32 pays membres de l'Alliance.
Les États-Unis, pays le plus dépensier pour sa défense
A eux seuls, les États-Unis ont dépensé 980 milliards de dollars dans leur défense en 2025, ce qui représente 60 % des dépenses totales de l'ensemble des pays de l'Otan pour la défense. Les 31 autres pays membres ont, à eux tous, dépensé 657 milliards de dollars pour leur défense l'an passé.
À titre de comparaison, l'Allemagne est au deuxième rang de ce classement de dépenses militaires au sein de l'Otan, avec un budget de 120,7 milliards de dollars, devant le Royaume-Uni (92,9 milliards de dollars) et la France (68,9 milliards de dollars). Enfin, les dépenses des 23 États membres de l'UE qui appartiennent à l'Otan atteignent, en cumulé, 495,9 milliards de dollars en 2025.
La Pologne est le pays qui contribue le plus à sa défense en part de son PIB
À la suite de son investiture en janvier 2025, Donald Trump a exhorté les Européens à porter leurs dépenses militaires à hauteur de 5 % de leur PIB national. Pourtant, la Pologne (4,3 %), la Lituanie (4 %), la Lettonie (3,74 %), l'Estonie (3,42 %) et la Norvège, État européen non membre de l'UE (3,2 %) devancent les États-Unis (3,19 %) concernant cet indicateur.
En 2025, sur les 23 États de l'UE membres de l'Otan, tous respectaient la règle des 2 %, fixée au sein de l'Alliance depuis 2006 mais très peu respectée jusqu'alors. Ils étaient seize en 2024 et seulement neuf en 2023.
Ces dernières années l'augmentation la plus spectaculaire a eu lieu en Pologne, qui partage une longue frontière avec la Russie et l'Ukraine. Le pays consacrait 1,86 % de son PIB à la défense en 2014, contre 4,3 % en 2025, soit une hausse de 131 %.
Une part qui devrait continuer d'augmenter partout en Europe, compte tenu de la guerre russo-ukrainienne et du désengagement américain en matière de défense du continent européen. Les Alliés se sont d'ailleurs engagés, lors du sommet de l'Otan de La Haye en juin 2025, à porter à 5 % la part de leur PIB consacrée chaque année à leurs dépenses de défense, d'ici 2035. 3,5 % du PIB seraient ainsi affectés chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite. 1,5 % serait dédié aux investissements visant à protéger leurs infrastructures critiques, défendre leurs réseaux, assurer la préparation du secteur civil et la résilience, libérer le potentiel d'innovation et renforcer leur base industrielle de défense.