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02.10.2026 à 06:00

Marcel Khalifé. En attendant l'éclaircie

Sarra Grira

L'année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la carrière d'un des plus célèbres chanteurs engagés du monde arabe. Un anniversaire qu'il fête en public à travers la réorchestration de son tout premier album Promesses de la tempête, qui a fait de cet artiste libanais un symbole de la chanson à texte et un des porte-voix de la résistance palestinienne. Il faut l'avoir vécu pour comprendre. Un soir d'hiver ou d'été, dans une salle de concert ou sur les gradins d'un théâtre romain en (…)

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Texte intégral (1812 mots)

L'année 2026 marque le cinquantième anniversaire de la carrière d'un des plus célèbres chanteurs engagés du monde arabe. Un anniversaire qu'il fête en public à travers la réorchestration de son tout premier album Promesses de la tempête, qui a fait de cet artiste libanais un symbole de la chanson à texte et un des porte-voix de la résistance palestinienne.

Il faut l'avoir vécu pour comprendre. Un soir d'hiver ou d'été, dans une salle de concert ou sur les gradins d'un théâtre romain en plein air, quelque part dans une de ces contrées qui s'étendent entre l'océan et le Golfe. Quatre notes qui glissent sur un oud, et le cœur du public qui, d'un élan commun, fait un bond. Même ceux qui n'ont aucune oreille musicale savent les reconnaître, ces notes. Un faible murmure, presque un frisson, traverse la foule qui écoute religieusement l'introduction musicale avant les premiers mots, chantonnés en douceur, comme une berceuse, par des spectateurs transformés en un chœur fredonnant d'une seule voix : « Entre Rita et mes yeux, il y a un fusil… »

Les quatre notes ont résonné, une fois encore, le dimanche 27 septembre 2026 à l'Institut du monde arabe (IMA), à Paris. Si leur effet ne se dément pas, le public qui connaît pourtant par cœur chaque syllabe de ce texte, comme un fidèle catholique connaît son « Notre Père » sur le bout des doigts, ne chante pas ; exceptionnellement, il n'accompagne pas la voix de l'interprète, car il est là pour écouter, religieusement et en sa présence, le réenregistrement, 50 ans plus tard, d'un album devenu culte dans l'histoire de la musique arabe contemporaine : Promesses de la tempête de Marcel Khalifé.

À Paris, la réunion du Liban et de la Palestine

Le jeune Marcel qui enregistre cet album à Paris, en 1976, ne se doute pas de la postérité que celui-ci va connaître ni de la carrière qui va s'ouvrir à lui. Du haut de ses 26 ans, il s'exile à Paris, fuyant son Amchit natal dans le nord du Liban où son soutien pour les Palestiniens en ce début de guerre, comme il était de mise dans les rangs de la gauche libanaise, faisait peser sur sa vie une vraie menace.

Le culot de la jeunesse a ses vertus : Marcel Khalifé choisit, sans le consulter, quatre textes du poète palestinien Mahmoud Darwich pour les mettre en musique dans un studio parisien, auxquels il ajoute un cinquième morceau intitulé « Jafra ». Il les interprète ensuite sur la scène de la Fête de l'Huma, où son 33 tours se vend sur un stand libanais, entre une assiette de hommous et un sandwich chawarma. Succès fulgurant : plus de 500 exemplaires sont écoulés. Quelques années plus tard, il rencontre le poète palestinien chez l'écrivain Elias Khoury, à Beyrouth sur le point d'être assiégée par l'armée israélienne. Darwich, de 9 ans son aîné, interpelle Khalifé : « Alors, jeune homme, il paraît que tu utilises ma poésie sans m'en demander la permission ? » Devant celui qui est déjà un monument, le musicien revendique une poésie propriété publique. C'est le début d'un compagnonnage qui a duré le temps d'une vie, rendant leurs deux noms indissociables.

C'est à ce point de départ que le chanteur revient en réenregistrant en 2026 l'album Promesses de la tempête. Les morceaux sont depuis devenus des classiques de la chanson arabe engagée, autant d'hymnes qu'on se transmet de génération en génération, pour celles et ceux qui placent leurs convictions politiques côté cœur – toujours à gauche. Des cinq titres que comptait l'album original, la reprise en retient quatre – « Rita et le fusil », « Promesses de la tempête », « Ma mère » et « Passeport » —, précisément ceux dont les textes sont signés par le camarade-poète, et qui font que l'on associe toujours Marcel Khalifé autant au Liban qu'à la Palestine.

Lui-même porte toujours ces (ses) deux terres serrées contre son cœur. Devant la salle comble de l'IMA, il commence par demander « une minute de silence pour ceux qui sont tombés sur la terre pure de Palestine, du Sud-Liban et du Liban », lui qui, pendant des décennies, a dédié, sur toutes les scènes arabes qu'il a foulées, sa chanson « Asfour » (Un oiseau), interprétée à ses côtés par Oumaima Al-Khalil, « à tous les prisonniers arabes dans les geôles israéliennes… et à tous les prisonniers arabes dans les geôles arabes ».

Sparrow (Asfour)

Retour au oud

Darwich n'a jamais cherché à créer une véritable collaboration avec Marcel Khalifé, comme celles qu'a pu par exemple tisser le poète syrien Nizar Kabbani avec un certain nombre d'interprètes de son répertoire, malaxant ensemble poésie et musique. Ici, malgré l'amitié, chacun se mêle de son art : pour l'un, les mots, pour l'autre, les notes, toujours accompagné de son instrument fétiche, le oud. Le musicien a toujours eu la latitude de choisir, parmi les textes préexistants, lesquels il allait, en totalité ou en partie, mettre en musique. Il en est sorti de belles fresques, à l'instar des « Oiseaux de Galilée » — qui figure sur la version rééditée en 1999 de Promesses de la tempête —, ou des morceaux patchwork, faits d'un collage que le compositeur opère à partir de vers cueillis au gré des strophes d'un poème, comme avec « Beyrouth, notre étoile ».

Beirut, Our Star (Beirut Najmatouna)

Tout au long de ses décennies de concerts, Marcel Khalifé a livré diverses versions de certains morceaux de son premier album, accompagné par sa troupe Al-Mayadine, qui comptait parmi ses membres sa femme Yolla et plus tard ses enfants Rami et Bachar. Il s'est également pris de passion, ces dernières années, pour l'orchestration symphonique, produisant des albums au succès plus confidentiel que ceux des décennies précédentes. Mais dans ce retour aux origines que symbolise le réenregistrement de son premier opus, nulle fioriture : c'est à nouveau le tandem oud / voix qui, seul, est à l'honneur. Seul… avec le passage du temps. Le tempo se fait plus lent, qu'il s'agisse d'entrapercevoir dans la tempête actuelle les promesses qui tardent à se réaliser, ou de chanter la mère — terre natale ou génitrice, dont Marcel Khalifé rappelle toujours qu'elle était la première à croire en son talent. On est moins pressé à 76 ans. La tonalité originale a été conservée, mais cette voix que Mahmoud Darwich qualifiait de « chaleureuse » est désormais moins portée sur les notes aiguës qu'elle ne peut plus atteindre. Elle n'en est pas moins tranchante, coupant court à certaines phrases, s'arrêtant, presque de manière abrupte, là où celle du jeune homme prolongeait les notes en vibrato. La place est davantage laissée au oud pour se déployer.

« Pendant la guerre, j'ai mis en musique ma blessure, pour qu'elle échappe aux mains de mon bourreau », écrit Marcel Khalifé en ressuscitant ses souvenirs, du temps où il composait et chantait pour défier la mort, la guerre et l'injustice qui l'entouraient, dans une ode double à la vie et à la Palestine. Cinq décennies plus tard, alors que l'horizon de la Palestine et du Liban est plus que jamais assombri, que le génocide et le nettoyage ethnique sont toujours en cours et que l'occupation du Sud-Liban est à nouveau une réalité de facto, réécouter le premier album de Marcel Khalifé, toujours savoureux malgré le passage du temps, est un geste salutaire, presque un pied de nez pour les temps qui courent. Et plus que jamais, l'espoir d'une promesse à venir :

Car si je chante pour la joie
Qui se terre sous les paupières des yeux apeurés
C'est parce que la tempête m'a promis du vin
De nouvelles coupes
Et des arc-en-ciel…
Promises of the Storm - YouTube

01.10.2026 à 06:00

Nour Elassy : « Je suis partie, mais Gaza a gardé la clé »

Khalid Lyamlahy

Premier recueil de la poétesse palestinienne exilée en France, Ceci est ma maison dépeint le génocide et sa trace, tant sur le corps que sur l'esprit. Dans sa première chronique pour Mediapart parue le 19 mai 2025, moins de deux mois avant son évacuation de Gaza, la journaliste et poétesse Nour Elassy s'interrogeait : « Combien de temps le monde regardera-t-il Gaza mourir ? » Aujourd'hui, alors que paraît son premier recueil en français, cette question est toujours d'actualité. Le (…)

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Texte intégral (2531 mots)

Premier recueil de la poétesse palestinienne exilée en France, Ceci est ma maison dépeint le génocide et sa trace, tant sur le corps que sur l'esprit.

Dans sa première chronique pour Mediapart parue le 19 mai 2025, moins de deux mois avant son évacuation de Gaza, la journaliste et poétesse Nour Elassy s'interrogeait : « Combien de temps le monde regardera-t-il Gaza mourir ? » Aujourd'hui, alors que paraît son premier recueil en français, cette question est toujours d'actualité. Le génocide se poursuit, mais le monde a largement détourné le regard. Comme le souligne Mona Chollet dans sa préface incisive au recueil, « la façade officielle de compassion minimale dissimule mal la complicité sanglante, l'hostilité foncière, la lâcheté, l'esquive continuelle ».

Née en 2002 au nord de la bande de Gaza, Nour Elassy a suivi des études de littérature anglaise et française à l'Université Al-Azhar et devait obtenir son diplôme en juin 2025. En octobre 2023, elle est forcée de quitter Gaza-ville en compagnie de ses parents et de sa sœur cadette pour se réfugier chez son frère aîné à Deir El-Balah, dans le centre de l'enclave. Après un bref retour à leur quartier en ruines en janvier 2025, la famille est contrainte à un nouveau déplacement.

Collaborant avec l'Associated Press et contribuant dès 2024 à plusieurs médias dont l'agence de presse The New Humanitarian, Al Jazeera et AOC, Elassy publie des articles poignants qui restituent le quotidien des Gazaouies tout en pointant le silence complice des puissances occidentales. Le 9 juillet 2025, elle est évacuée grâce à un programme d'accueil en France des universitaires et artistes palestiniennes, programme désormais entravé par les suspensions et les blocages administratifs. Depuis septembre 2025, Elassy prépare un master en sciences politiques à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Un bébé portant une couche mais pas sa tête

Ceci est ma maison est un recueil qui traduit aussi bien les tourments de l'exil à Paris que la mémoire vive du génocide à Gaza, condensée dans cette autre question lancinante :

De quel univers accepte-t-on
que les gens puissent mourir ainsi ?

Si la poésie d'Elassy ne se réduit pas au reportage, on y retrouve des scènes horrifiantes, mais devenues familières, faisant face à un « monstre-monde » qui laisse faire :

Un bébé portant une couche
mais pas sa tête

Et

un homme adulte
cherchant ses propres membres

L'une des forces de cette poésie est son acharnement à interpeller et à prendre à témoin :

Vous étiez tous d'accord
Vous avez signé
Pour nous jeter dans la gueule du vide.

Dans sa postface, l'écrivain palestinien Karim Kattan note à juste titre que les poèmes de sa consœur « nous regardent » et « nous mettent face à nos échecs et à nos renoncements ». À ceux qui, pour se dédouaner, s'obstinent à enfermer les Palestiniennes dans le rôle de super-héros invincibles, la poétesse remet les pendules à l'heure :

Pas vos phénix
ni non plus
vos légendes vivantes
Simplement des hommes, fragiles.

Le bruit du génocide

Pour en finir avec le déni et l'aveuglement, le poème opère une immersion dans l'univers sensoriel du génocide, qu'il s'agisse de reconnaître « le son d'une tente en flammes » ou de méditer « l'éclat que produit une âme quand elle s'élève ». Une question rhétorique permet souvent de traduire la violence inouïe qui hante le langage et anéantit le sens :

Comment expliquer le concept de « murs » à un enfant déplacé
et qui vit sous une tente ?

Il suffit alors d'écouter cet autre enfant qui s'interroge :

Comment puis-je continuer à courir
par-dessus les restes dispersés de ma famille ?

Tout au long du recueil, les références récurrentes aux éléments naturels et à la matrice du vivant alertent sur l'étendue de l'écocide à Gaza :

J'ai mesuré mon deuil au nombre de chevaux
morts sur la grève.

D'un poème à l'autre, le constat effarant est le même :

Une seule mort, mais un nombre infini
de variantes.

Un lien organique à la terre

Annoncé dès le titre, le thème structurant du recueil est le besoin de dire l'appartenance et l'ancrage, d'opposer la force du geste démonstratif à la main génocidaire qui déracine et détruit :

Ceci n'est pas, et n'a jamais été
des décombres.
Ceci est ma maison.

À l'image du poème « Mienne », longue litanie d'objets, de lieux et de sentiments déterminants, il s'agit de marteler la ténacité du possessif face à la machine de la spoliation. Pour Elassy, la maison est le centre polysémique et rayonnant autour duquel se noue le poème. Elle est à la fois Gaza, la patrie, la famille, les corps, les visages, mais aussi l'habitation qui brûle et accuse. Ce lien organique à la maison se prolonge dans le rapport corporel à la terre natale :

Je suis une côte issue
de la cage thoracique de Gaza
Fracturée, mais vibrant encore.

Pour Elassy comme pour tous les évacuées qui ont quitté la bande assiégée, l'exil n'apporte pourtant ni quiétude ni soulagement mais réactive plutôt le souvenir tourmenté des Palestiniennes de la Nakba et les clés de leurs maisons spoliées en 1948

Je suis partie,
mais Gaza a gardé la clé.
Elle est pendue à mes côtes,
et cliquète à chaque fois que je souris.

La terre palestinienne, « mère de toutes les mères », ne cesse de se réincarner dans ses maisons et ses champs, ses oliviers et ses citronniers, ses nuits et ses souvenirs, autant de « figures d'une cosmologie intime » et surtout miraculeuse : « Je dis retour et sens ma bouche gommer ses propres frontières. »

Pour mesurer le poids insoutenable d'un exil « qui a la forme précise du remords », la poétesse se regarde dans le miroir de l'écriture :

Ici, une autrice s'efforce, avec difficulté, d'écrire
sur autre chose
que sa maison.

Mais comment continuer à dire « maison » et à manier un langage habité par le chaos ? Comment s'habituer à « une non-vie », celle d'une « invitée » hantée par la culpabilité et la honte d'avoir abandonné sa terre ? Le recueil s'ouvre sur deux vers qui condensent cette tension insurmontable :

Je ne dis pas maison
Le mot est un champ de mines.

Le poème et le sang

Pour déminer le langage en temps de génocide, nous dit Elassy, il faut commencer par arracher les étiquettes assignées aux Palestiniennes :

Survivante, étudiante
Voilà les mots qu'ils m'ont donnés
Seulement, dans ma bouche, ils pourrissent.

À Gaza, chaque nouveau déplacement annonce un énième arrachement et chaque miraculé emporte avec lui la mémoire des martyrs : « la survie est un pays construit sur des tombes. »

Interpellant cette Europe « qui pense ses murs éternels » et continue, entre l'Ukraine et la Palestine, de mener la politique du deux poids, deux mesures, Elassy dénonce les discours indignes qui hiérarchisent les souffrances :

Vous chantez la liberté
mais seulement pour
le réfugié blanc
aux yeux bleus.

Il y a dans l'écriture d'Elassy un lien entre le poème et le sang, entre la langue torturée et le corps malmené :

La pastèque saigne, rouge et crue
Mes mains se serrent, j'ai peur

Ou encore :

Je n'écris pas un poème
Je saigne en métaphore.

Pour écrire le génocide, il faut nécessairement inventer de nouvelles formes poétiques, à l'image de ces strophes qui s'apparentent à des haïkus où la vie, comme la mort, devient un instantané tranchant :

Sol détrempé, rouge carmin
poussière grise, corps empilés
et pas un seul reconnaissable

Ou :

Des mères mettent au monde
au martèlement des bombes
L'aube déborde.

La douleur de l'exil

Consciente de ses limites, la poésie d'Elassy esquisse parfois des univers alternatifs, portés par la force de l'imaginaire, comme dans le poème « Et si ? » où l'on voit des muets chanter, des infertiles enfanter, des larmes fleurir et la résistance émerger de la peur. Ici et là, le double anéantissement des vies et des morts n'a d'égal que l'obsession d'un avenir incertain :

Je t'écris, futur
que je ne verrai peut-être jamais
des mots maculés
pour mes doigts tremblants.

La voix d'Elassy porte la trace des aînés et des contemporains, contribuant ainsi à l'élan de continuité et de renouvellement de la poésie palestinienne. Le poème « Sur cette terre », par exemple, s'appuie sur un célèbre vers de Mahmoud Darwich1 pour dire l'impératif de justice et la permanence de la lutte et du sacrifice. Dans « Espoir », l'image des enfants qui font « voler très haut / leurs cerfs-volants » convoque le souvenir inaltérable de Refaat Alareer et son poème-manifeste « Si je dois mourir ».

Lire les poèmes d'Elassy, c'est écouter la voix de Gaza qui résonne désormais depuis Paris, portant dans un même souffle l'amour de la terre et la douleur de l'exil, le désarroi du cœur et l'ébranlement de la raison. Pour la traductrice Lisa Ducasse, ce livre est le fruit d'« une urgence absolue » et « la persistance d'une mémoire faite d'un langage autre », constamment en lutte contre le déni et l'indifférence. En arabe, nour signifie « lumière ». Chaque poème du recueil est un regard lumineux qui éclaire la face sombre du monde et rejette la fatalité du supplice sans fin de Gaza :

Alors, haute falaise au-dessus de la mer
Tu as tort.
J'ai un monde entier à l'intérieur de moi
pour m'aider à guérir.

1Dans le recueil «  La terre nous est étroite et autres poèmes  », Gallimard, Paris, 2000.

30.09.2026 à 06:00

Palestine. France Info TV, la fabrique d'un verrouillage éditorial

Meriem Laribi, Pauline Perrenot

Depuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture de la Palestine. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et Orient XXI, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à normaliser le pire en Palestine ? « Elle m'a dit : “Je vous en veux (…)

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Texte intégral (11559 mots)

Depuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture de la Palestine. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et Orient XXI, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à normaliser le pire en Palestine ?

« Elle m'a dit : “Je vous en veux beaucoup de m'avoir mise dans cette situation. Sachez que je risque ma place.” » Elle, c'est la journaliste Camille Grenu s'adressant hors antenne à Rony Brauman après un passage sur le plateau du « 16h/18h » de France Info TV, le 31 août 2025. Invité ce jour-là pour parler d'une flottille en partance pour Gaza, l'ancien président de Médecins sans frontières fait face à Michel Fayad, éditorialiste dans les médias du groupe Bolloré Europe 1 et CNews, qui soutient que la priorité à Gaza est de désarmer le Hamas. Sommé par ce dernier de réagir, Rony Brauman répond vouloir mettre en regard de cette allégation la question du désarmement de l'État d'Israël. « Ah… Non… Je pense que ça ne va pas être possible, intervient alors la présentatrice Camille Grenu, coupant court à l'échange. Excusez-moi, on a déjà eu cette discussion, on ne va pas pouvoir, en tout cas sur notre antenne, mettre sur le même plan Israël et l'organisation terroriste du Hamas. — Pourquoi ? », demande Rony Brauman à deux reprises. On ne saura pas, la présentatrice enchaînant en fixant son prompteur.

Depuis cet épisode, Rony Brauman n'a plus été invité sur France Info TV. Contactée, Camille Grenu nous a redirigées vers la direction de la communication, laquelle n'a pas donné suite.

« [L]es gens auxquels nous donnons la parole, évidemment, […] ont le droit de dire ce qu'ils veulent dire », assurait quelques semaines plus tôt le rédacteur en chef du service « Étranger » de France Télévisions, Étienne Leenhardt, dans une émission du médiateur consacrée à Gaza1. À croire que non… D'autant que sur France Info TV, cet exemple n'est pas isolé, et rappelle les pratiques des chaînes concurrentes.

Lorsqu'elle est créée en 2016 au sein de France Télévisions, la chaîne endosse la production de l'information en continu comme une mission de service public. Avec son slogan, « L'information n'est pas une opinion », elle entend prendre le contre-pied des chaînes d'information en continu privées diffusées par la TNT que sont LCI (groupe TF1), BFM-TV (groupe RMC BFM), et I-Télé (groupe Canal+), devenue CNews en 2017. Mais avec un budget nettement inférieur. Sans doute est-ce le pas qui a fait passer la chaîne du service public au service minimum.

Symptôme d'un traitement d'exception, l'interventionnisme médiatique constaté participe d'un verrouillage éditorial et politique autour de la question palestinienne. En particulier depuis le 7 octobre 2023, où le point de vue israélien domine la couverture de la chaîne d'information publique. À quoi mesure-t-on cette faillite journalistique et comment l'expliquer ?

Des termes proscrits

Depuis cette date, nombre de présentateurs ne ménagent pas leurs efforts pour légitimer ou, au contraire, discréditer certaines prises de position, quand il ne s'agit pas de proscrire une série de termes jugés non acceptables. Lorsqu'en novembre 2024 Rony Brauman qualifie Israël d'« État raciste » sur le plateau du 16h/18h, le présentateur Patrice Romedenne prend immédiatement ses distances après avoir longuement défendu une grande « démocratie », dont « beaucoup d'Arabes israéliens pensent […] qu'elle fonctionne2 ».

Quinze mois plus tard, c'est au tour de l'éditorialiste Brigitte Boucher de contester vigoureusement à la députée Danièle Obono (La France insoumise, LFI) le droit d'évoquer un génocide à Gaza : « C'est un terme qui n'est pas reconnu par la communauté internationale », tance une première fois la présentatrice. Qui insiste : « Est-ce que vous comparez ce que vous appelez le “génocide” à l'Holocauste ? […] On ne peut pas parler de génocide aujourd'hui en tout cas3 ?! »

Ce n'était pas un accident : l'eurodéputée insoumise Rima Hassan face à la journaliste Barbara Klein dans « Le 19h/20h » du 29 avril 2024, la sociologue Fabienne Messica face à Loïc de La Mornais dans son émission « Sur le terrain » le 15 septembre 2025, le président de Médecins du monde Jean-François Corty et le politologue Ziad Majed face à Patrice Romedenne dans « Le 14h/16h » des 11 octobre 2025 et 15 mars 2026… On ne compte plus les cas d'universitaires, juristes, élus, militants associatifs ou dirigeants d'organisation non gouvernementale (ONG) à avoir essuyé les tirs de barrage de leurs hôtes en raison de leur dénonciation d'un génocide à Gaza. Dans quel autre cas des intervenants extérieurs sont-ils ainsi quasi systématiquement rappelés à l'ordre, mis à l'index, empêchés de dénoncer des crimes internationaux par ailleurs officiellement caractérisés ?

Autre convention sémantique sur France Info TV : les Palestiniens sont des « prisonniers » ; les Israéliens, des « otages ». L'enfreindre expose à la plus haute sanction disciplinaire. En janvier 20254, un bandeau évoquant la libération de « 200 otages palestiniens », apparu seulement quelques secondes à l'antenne, a déclenché les foudres de Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français de l'étranger, Israël inclus, qui annonce avoir saisi l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) et réclame « une sanction exemplaire ». Elle sera entendue : le rédacteur en chef est immédiatement suspendu. Une célérité saluée sur X par la directrice de la communication de France Télévisions, Muriel Attal, directement auprès de la députée, qualifiant les dirigeants de la chaîne de « Lucky Luke » (en référence au cow-boy, héros de Morris, « qui tire plus vite que son ombre »…). La rédaction de France Info TV condamne, elle, d'une seule voix un « incident regrettable » (Société des journalistes), un « titre totalement inapproprié » et même une « erreur inadmissible » (direction de l'information). De son côté, le médiateur de France Télévisions, chargé de faire le lien entre les téléspectateurs et les chaînes du groupe, a relayé sur X l'injonction de la députée à ce que le rédacteur en chef soit « sévèrement sanctionné » ainsi que le post d'un journaliste d'I24News, chaîne d'information internationale en continu basée en Israël, connue pour sa ligne favorable à la propagande israélienne, qui imputait indistinctement aux deux cents Palestiniens libérés la responsabilité d'« attaques terroristes ».

Deux captures d

« Au plus près des soldats de Tsahal »

Des consignes ? Les journalistes de France Info TV que nous avons interrogés sont formels : il n'y en a pas. La structure de la chaîne suffit.

Le processus de nomination des chefs de bureaux et directeurs, de l'information ou de la rédaction, désignés pour le plus haut niveau par la présidente de France Télévisions5, « favorise la cooptation et l'entre-soi concernant les postes importants », déplore Antoine Chuzeville, premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ). Mais également un ruissellement par le haut de la ligne éditoriale et une homogénéisation des contenus.

Un encadrement qui fonctionne d'autant mieux que, structurellement parlant, tout est fait pour anesthésier les velléités de contestation. La précarité organisée, d'abord, puisqu'il est commun, comme dans toutes les chaînes de radiotélévision, publiques comme privées, de rencontrer des journalistes, des programmateurs, des éditorialistes et même des rédacteurs en chef en contrat à durée déterminée (CDD), renouvelables à l'envi.

Le manque d'espaces de discussion, également : « Au sein de la rédaction de France Info TV, il n'y a pas eu de débat éditorial de fond sur la manière de traiter ce conflit », rapporte Georges Pinol, délégué syndical à la Confédération générale du travail (CGT) à France Télévisions. Bilan des courses ? Aux yeux d'Antoine Chuzeville, « le débat éditorial est confisqué ».

Agnès Vahramian, promue directrice de la radio France Info en novembre 2024 après avoir chapeauté, à partir de 2022, le bureau Moyen-Orient de France Télévisions – gros pourvoyeur de reportages pour France Info TV –, à Jérusalem, a quant à elle une idée précise de la distribution des rôles dans la région : « Israël, sa vocation première […] est de donner un abri à sa population », déclarait-elle le 27 octobre 20236, avant de laisser entendre qu'il n'y avait pas lieu de mettre en doute la parole de son armée, « une institution qui produit de la communication, mais qui s'inscrit aussi dans un pays démocratique qui a des contre-pouvoirs ». La preuve ? Si l'armée mentait, cela se saurait, en partie parce que « la presse pose des questions parfois dérangeantes ». Une spécialité d'Agnès Varhamian. En novembre 2023, pour France Info TV, la journaliste embarque « au plus près des soldats de Tsahal à Gaza », le titre de son reportage, à entendre littéralement : à l'intérieur d'un char israélien entrant dans Gaza en empruntant « le même chemin que les terroristes ont pris pour venir en Israël le 7 octobre dernier », décrit-elle le souffle court, bringuebalée dans l'habitacle, casque sur la tête. Là, au milieu des ruines de Beït Hanoun, le micro est tendu au colonel chef de brigade, qui déroule son discours, aux allures de communication officielle indiscutable…

Un reportage à Gaza avec des soldats et une journaliste en visioconférence.
Agnès Varhamian, en novembre 2023, en reportage embarqué, et bien encadré, «  au plus près des soldats de Tsahal à Gaza.  »

Entre « amis »

Aux choix éditoriaux, révélateurs d'un tropisme pro-israélien plus ou moins conscient au sein des rédactions, s'ajoutent des partis pris assumés contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, dont des étudiants, collectifs militants, citoyens lambda et personnalités politiques ont régulièrement fait les frais à l'antenne.

Émanant le plus souvent de présentateurs et d'éditorialistes en vue sur France Info TV, ils donnent leur couleur à l'antenne. Les cas de Gilles Bornstein et d'Alix Bouilhaguet sont symptomatiques : aux commandes d'interviews, d'éditos politiques, mais aussi d'un magazine d'actualité pour le premier, les deux journalistes se sont notamment distingués par leurs interventions à charge contre des élus de La France insoumise au sujet de la Palestine, que l'on pense à Thomas Portes, Éric Coquerel, Aymeric Caron, Rima Hassan ou encore Manuel Bompard.

Débat télévisé sur des sujets d
Gilles Bornstein et d'Alix Bouilhaguet menant des interventions à charge contre des élus de La France insoumise comme Éric Coquerel (en haut, à gauche), Rima Hassan (en haut, à droite) ou encore Manuel Bompard (au centre, à gauche). Même sort pour le politologue Ziad Majed (en bas, à droite) face à Patrice Romedenne dans «  Le 14h/16h  »

Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), instance de régulation au rôle consultatif créée en 2019, a qualifié de « déloyal » l'échange dirigé par Gilles Bornstein face à Rima Hassan le 30 avril 2024, et France Télévisions écopera d'une mise en demeure de l'Arcom quelques mois après l'interview de Manuel Bompard dans « Questions politiques », au cours de laquelle Alix Bouilhaguet avait égrainé un chapelet de fausses informations à propos du maire socialiste de New York Zohran Mamdani et de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa).

« L'information que nous produisons […] doit reposer sur des faits vérifiés, présentés avec précision, sans approximation ni biais. Elle doit distinguer clairement ce qui relève de l'information de l'opinion », alertait alors Philippe Corbé, fraîchement nommé directeur de l'information de France Télévisions, dans un e-mail adressé à l'ensemble de la rédaction.

Une profession de foi qui interroge, notamment au regard de la mansuétude dont bénéficient certaines vedettes de la chaîne, auxquelles ne sont réclamées ni réserve, ni pondération, et encore moins quelque impartialité. Éditorialiste sur France Info TV après avoir occupé de nombreux postes à responsabilité au sein de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq est assurément de celles-là.

Le 5 octobre 2025, en commémoration du 7 octobre 2023, la journaliste animait une table ronde au Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) avec le polémiste Raphaël Enthoven et la romancière Émilie Frèche, ses « deux amis ». Sur la scène de la salle Pleyel, Nathalie Saint-Cricq tutoyait le philosophe médiatique en l'écoutant religieusement diffamer la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, accusée d'afficher un « soutien objectif et explicite » au Hamas. Deux jours plus tard, elle passait de nouveau les plats au cofondateur du magazine réactionnaire Franc-Tireur, cette fois-ci sur France Info TV… en le vouvoyant. Assuré du soutien de son intervieweuse, ce dernier eut toute latitude pour expliciter sa déclaration selon laquelle « il n'y a aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants et des preneurs d'otages avec une carte de presse » (X, 15 août 20257).

Deux émissions de débat avec des intervenants assis sur scène.
En haut, lors de la commémoration du 7 octobre le 5 octobre 2025 organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Nathalie Saint-Cricq recevant et tutoyant son «  ami  » Raphaël Enthoven. En bas, deux jours plus tard, le polémiste est de nouveau invité par la journaliste mais sur son plateau et avec le vouvoiement de rigueur.

Suivisme paresseux et petites lâchetés

La Société des journalistes (SDJ8) de France Info TV n'a, à notre connaissance, rien trouvé à redire publiquement. « Les journalistes ont perdu l'habitude de questionner la ligne éditoriale », regrette plus généralement Georges Pinol. C'est sans doute là où le bât blesse : loin de se résumer aux partis pris d'une poignée de partisans zélés de l'État d'Israël, le tropisme de France Info TV est le produit d'un savant mélange d'acceptation collective, de mimétisme, de résignation, d'« évidences » idéologiques partagées, d'autocensure et de petites lâchetés. De suivisme paresseux, également : « Si tu vas au ministère des affaires étrangères français et qu'on te dit : “Ce n'est pas un génocide et Israël est une grande démocratie”, quand tu n'as pas beaucoup bossé sur ces questions-là, tu répètes », reconnaît un journaliste de la maison. Un journalisme de cour qui n'est pas propre à France Info, mais auquel le média de service public n'échappe pas.

Depuis sa prise de fonction en septembre 2024 jusqu'en juin 2026, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka a cumulé huit passages sur les plateaux de France Info TV, auxquels il convient d'ajouter deux invitations aux « 4V », l'interview matinale de « Télématin » (France 2) rediffusée de manière abrégée sur la chaîne d'information en continu. Un décompte qui n'inclut pas les quatorze interventions additionnelles du diplomate sur la radio France Info, dont des extraits ont été régulièrement utilisés par la télévision publique pour habiller ses journaux d'information et magazines d'actualité9.

Image de plusieurs intervenants en discussion sur des sujets liés à Gaza et à la justice.
De septembre 2024 à juin 2026, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka a cumulé huit passages sur les plateaux de France Info TV. Sur la même période, l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, n'a été vue qu'une seule fois à l'antenne – en duplex.

À titre de comparaison, l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, n'a été vue qu'une seule fois à l'antenne à la même période – et en duplex : un temps de parole de quatre minutes et vingt secondes.

Le « deux poids, deux mesures » n'est pas seulement quantitatif : il est aussi qualitatif. À la prévenance visant le représentant d'un État accusé de génocide devant la Cour internationale de justice répondent le discrédit et la défiance à l'encontre de Hala Abou Hassira. Le 22 septembre 202510, alors que la diplomate est interrogée sur la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le présentateur Loïc de La Mornais ferme le ban dès la deuxième (et dernière) question : « Je sais très bien que vous ne représentez pas le Hamas, […] mais quel moyen, vous, Palestiniens de Cisjordanie, vous avez pour faire pression sur le Hamas […] pour que le Hamas fasse lui aussi un geste, notamment libère les otages et se démilitarise ? » Un disque rayé. La réponse n'ayant guère satisfait le journaliste, les propos de l'ambassadrice furent mis en doute une fois que cette dernière eût quitté le plateau : « On a entendu […] : “On est prêt à assumer la sécurité sous un seul État, Gaza et Cisjordanie”. Est-ce que c'est crédible aujourd'hui avec ce qui reste du Hamas ? Et c'est pas rien ce qui reste du Hamas ! »

Les traitements à géométrie variable semblent du reste normalisés dans les hautes sphères. Un des journalistes avec lesquels nous nous sommes entretenus raconte s'être étonné auprès de ses chefs d'une telle audience de l'ambassadeur israélien alors que la chaîne s'abstenait par exemple de donner la parole à l'ambassadeur russe pour justifier l'invasion de l'Ukraine. « Ils m'ont répondu que ce n'était pas la même chose, rapporte le journaliste, parce que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine en l'envahissant, alors qu'Israël se défend contre la menace terroriste du Hamas qui l'a attaqué le 7 octobre 2023. »

Autre exemple, survenu cette fois lors de la commission de déontologie de France Télévisions en décembre 2025. Des élus CGT interrogeaient la direction sur la légitimité de la « tribune » offerte en plateau au porte-parole de l'armée israélienne Olivier Rafowicz, d'une part, et, d'autre part, sur la diffusion in extenso d'une conférence de presse de Benyamin Nétanyahou11. Les responsables de la chaîne ont réfuté le terme de « tribune » et argué que « quand l'un des acteurs majeurs d'un conflit s'exprime, on le diffuse ». Une fausse information : à notre connaissance, France Info TV n'a jamais organisé d'interview avec un porte-parole du Hezbollah ou du Hamas, encore moins retransmis en direct un discours de leurs représentants. Questionnée sur ce traitement différencié, la direction de France Info TV n'a pas donné suite. Quant à Olivier Rafowicz, elle a estimé lors de la même réunion qu'il avait été correctement interviewé, que « le boulot [avait été] fait ».

« Le présentateur […] s'adresse à lui par des “mon colonel”, ont alors insisté les élus CGT. C'est ainsi qu'un subordonné doit s'adresser à un supérieur, pas un civil, encore moins un journaliste. Ne faudrait-il pas éviter ce genre de proximité à l'antenne ? » Réponse de la direction : « Un civil peut utiliser cette formule pour questionner un militaire, ce qui n'empêche pas le journaliste de poser des questions incisives. » Les courbettes ou le journalisme ? France Info TV a choisi.

Invisibilisation et omissions gênantes

C'est ainsi que, de domination hiérarchique en absence de dialogue, de pression en petites censures, les journalistes en viennent à intégrer un ensemble de règles et de codes tacites, qu'un certain nombre d'entre eux, pour ceux qui en prennent conscience, jugent vain de remettre en cause.

Beaucoup plus efficace qu'une intervention directe ou qu'une succession de consignes officielles émanant de la direction, une « autocensure d'ambiance » s'installe à bas bruit… et fait son œuvre. Les tendances du moment s'apprennent dans les couloirs, entre programmateurs et journalistes qui se passent le mot.

Interrogée sur l'invisibilisation de certains militants, juristes, chercheurs ou journalistes pourtant spécialistes de la question palestinienne, une journaliste reconnaît sans fard : « De toi-même, tu ne les appelles pas parce que tu sais que leur vision de la télé, c'est celle de la sociologie critique, et tu sais que c'est casse-gueule. Si tu commences à proposer un Alain Gresh [fondateur et directeur d'Orient XXI], un Akram Belkaïd [journaliste au Monde diplomatique] ou autre, on va te dire non. »

Anecdote éloquente : dans la liste mensuelle d'octobre 2025 des invités de la chaîne d'information, nommée « Transparence », le nom de Dominique Vidal est assorti du commentaire suivant : « journaliste, ancien du Monde diplomatique, historien, souvent critiqué pour des positions hostiles à Israël ». Une étiquette exclusive. Bruno Tertrais, par exemple, y est présenté comme « directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialisé en géopolitique » sans que soient nulle part mentionnées de quelconques « positions favorables à Israël », et ce, en dépit de l'activisme proverbial de cet « éminent représentant de la recherche privée française », figurant parmi les « leaders d'opinion » solidement liés à Elnet12, lobby israélien auquel il rendait d'ailleurs hommage en 2020. Pire encore, car il s'agit là d'omission, quand David Khalfa est invité sur un plateau de la chaîne d'information en continu, c'est au titre de chercheur spécialiste du Proche-Orient associé à la Fondation Jean-Jaurès. À notre connaissance, il n'est pas fait état des fonctions de chargé de relations avec les politiques auprès de l'organisation lobbyiste Elnet qu'il a exercées il y a une dizaine d'années. Elles en disent pourtant long sur son positionnement.

Comme un gage de pluralisme, ce principe journalistique dont la chaîne se réclame – au même titre que la neutralité et l'impartialité –, un journaliste nous rappelle que les chercheurs Beligh Nabli, professeur de droit public à l'université de Paris-Est, Bertrand Badie, professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris, ou encore Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, critiques de la politique israélienne, comptent parmi les intervenants sur la chaîne. S'ils y ont en effet été invités, leurs interventions représentent si peu dans l'économie d'ensemble qu'elles ne suffisent pas à attester d'un pluralisme et d'une équité en bonne et due forme, tant du point de vue des prises de parole (et de leurs conditions) que des cadrages journalistiques. Par ailleurs, ces intervenants ne sauraient incarner un camp, ce qui semble être parfois le cas dans l'esprit des journalistes : comment peut-on raisonnablement mettre des chercheurs sur le même plan que des acteurs officiellement partie prenante ?

Le spectre du « boulanger de Sinwar »

Ces normes favorisent d'autant plus le récit dominant que les journalistes cultivent consciemment ou non un rapport différencié à leurs sources : un autre facteur à même d'expliquer la prédominance du point de vue israélien à l'antenne. « L'armée israélienne est forte pour te donner des communiqués chiffrés qui ont l'air fiables, des vidéos très chiadées », note un journaliste.

Les atteintes au pluralisme relèvent-elles seulement d'une asymétrie matérielle entre les moyens de communication respectivement déployés par les parties israélienne et palestinienne ? La réponse est donc sans doute dialectique. « Il fallait vraiment qu'on soit béton sur nos profils palestiniens, lance un membre de la rédaction. Il ne fallait pas qu'on nous dise : “Son beau-frère est le boulanger de Sinwar” », l'ancien chef de la branche armée du Hamas, assassiné par l'armée israélienne en octobre 2024.

Survigilance déontologique… ou suspicion a priori ? Au cours d'un entretien, un confrère accrédite sans s'en apercevoir la seconde option : « On avait très peu de sources mobilisables parce qu'on ne pouvait pas aller sur le terrain, ni contacter des gens à Gaza dont on puisse être sûr qu'on pouvait leur faire confiance. » Pour être crédibles, les témoignages palestiniens doivent être validés par un regard occidental : un crédo symptomatique de l'imaginaire professionnel des journalistes français13, travaillé par un impensé colonial.

La chaîne dispose bien d'une poignée de correspondants à Gaza, mais ces derniers n'interviennent quasiment jamais à l'antenne. « Ils ne parlent pas français », justifie un journaliste à Paris. Ni anglais ? France Info TV n'aurait donc pas les moyens de financer des traducteurs ? Le budget est à « une course de taxi près », nous répond-on. Il est regrettable de constater qu'une chaîne qui prétend couvrir l'actualité au Moyen-Orient ne dispose de compétences linguistiques ni en arabe ni en anglais.

Du reste, notre interlocuteur conteste tout « deux poids, deux mesures » quant au rapport qu'entretiennent les journalistes à leurs sources : « Il fallait toujours remettre en question la parole israélienne », enchaîne-t-il spontanément.

L'affirmation résiste mal à l'observation régulière de l'antenne, où les éléments de langage des autorités civiles et militaires israéliennes sont souvent diffusés sans le moindre filtre. Y compris par les reporters de terrain.

Correspondant à Tel-Aviv rattaché au bureau de France Télévisions, Maël Benoliel, ancien salarié d'I24News, la « CNN israélienne » fondée par un Patrick Drahi aux « motivations sionistes sincères », d'après ses proches, cités dans le journal économique La Tribune au moment du lancement de la chaîne, s'est notamment distingué de manière répétée dans le rôle de télégraphiste14. Le 15 mai 2025, par exemple, après avoir fait état des déclarations de l'Organisation des Nations unies (ONU) selon lesquelles la famine à Gaza constitue « l'une des pires crises alimentaires dans le monde », il relayait la propagande négationniste d'Israël : « Lors du dernier cessez-le-feu, plus de 25 000 camions remplis de nourriture, d'eau et de médicaments sont entrés dans l'enclave palestinienne et par conséquent, les stocks ont alors été largement réapprovisionnés. Il n'y a donc pour l'heure, selon l'État hébreu, aucune situation de famine à Gaza. »

Sans doute une représentation accrue de voix et de témoignages palestiniens aurait-elle empêché que de tels récits circulent à l'antenne. Le correspondant de guerre palestinien Rami Abou Jamous, lauréat de trois prix Bayeux en 2024, a eu la parole à plusieurs reprises, en duplex depuis Gaza. Mais là encore, un seul exemple permet de mesurer le déséquilibre abyssal de France Info TV : selon le propre décompte de la chaîne dans ses pages « Transparence », entre octobre 2025 et juin 2026, il fut le seul journaliste palestinien représenté à l'antenne, où il est intervenu dix fois.

À titre de comparaison, sur ces neuf mêmes mois, la journaliste israélienne Rina Bassist a bénéficié d'une surface médiatique près de sept fois supérieure : pas moins de 67 passages en plateau. Alors que la propagandiste russe attitrée des médias Bolloré Xenia Fedorova, devenue l'incarnation de « la menace d'ingérence15 » fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ministériel, Rina Bassist peut se répandre sur la télévision publique sans avoir à rougir de son CV : ex-ambassadrice adjointe d'Israël à Bogotá, elle a notamment travaillé pendant près de deux décennies dans le corps diplomatique avant de devenir correspondante internationale de la radio publique israélienne et chercheuse associée au sein du think tank israélien de politique étrangère Mitvim. Une négatrice en règle du nettoyage ethnique à Gaza, qui s'est progressivement retrouvée dans les petits papiers des rédactions télé en général… et de France Info TV en particulier.

Une journaliste discute de la situation en Gaza et de la Palestine à la télévision.
Entre octobre 2025 et juin 2026, la journaliste israélienne, et ex-ambassadrice adjointe d'Israël à Bogotá, Rina Bassist, a bénéficié de 67 passages en plateau.

Le crash d'un modèle « low cost »

Il faut dire que ces « experts » savent se rendre disponibles auprès d'une chaîne en quête perpétuelle d'intervenants. Lancée en 2016 sur un modèle « low cost16 », France Info TV se voulait à l'origine un modèle d'information de service public : factuelle, pédagogique, sobre et riche en reportages. Dix ans plus tard, l'espace grandissant laissé aux « talks », ces « vrais-faux débats » d'opinion gourmands en chroniqueurs tout-terrain, en a fait une chaîne d'info en continu comme les autres, où le commentaire prend le pas sur l'information.

« L'audience a longtemps été très faible, explique le délégué syndical Antoine Chuzeville, donc il y a eu la volonté de faire appel à des recettes qui fonctionnent pour pas cher. Il y a d'ailleurs eu le recrutement de cadres éditoriaux passés par I-Télé, BFM-TV, LCI, des journalistes d'Europe 1 », se remémore-t-il. Une austérité économique qui s'est particulièrement aggravée sous le second mandat d'Emmanuel Macron à l'Élysée, inauguré par la suppression de la redevance télé, en août 202217.

Certaines sources parlent d'un autre tournant en septembre 2024, au moment de l'arrivée de Laurent Delpech à la direction de l'information. Son crédo : « Mettre des “talks” tout le temps, partout, très longs », résume une journaliste. Une idée économe : « on envoie beaucoup moins d'équipes sur le terrain », les invités ne sont de toute façon pas payés et les chroniqueurs enchaînent parfois « huit heures d'affilée ».

Quitte à considérer que tout est matière à « débat » et à raconter n'importe quoi en présence de n'importe qui ? Exemple exemplaire : « Gaza “Côte d'Azur” et si c'était possible ? », sujet présenté en deuxième partie de l'émission « L'Heure américaine » (5 février 2025), au cours duquel un cadre syndical de l'industrie hôtelière est invité pour discuter des conditions de réalisation pratico-pratiques de la « riviera » imaginée par Trump à Gaza. Au cours de ce moment de télévision, l'invité répond, sans interruption ni rappel à l'ordre, à la question de l'animateur : « La bande de Gaza en riviera, est-ce que ça a du sens pour le professionnel du tourisme que vous êtes ? » Suite au tollé que cette séquence a déchaîné, Alban Mikoczy, le rédacteur en chef de l'émission, a été sanctionné à l'issue d'une commission disciplinaire. Le journaliste a exprimé une autocritique lorsque nous l'avons interrogé, indiquant avoir « cru pouvoir aborder l'objet sur le thème de la raison ; or l'objet d'origine est déraisonnable en lui-même » et admettant s'être « très clairement trompé de registre ». Il reconnaîtra « avoir perdu le contrôle de l'émission » avec cette séquence d'une durée de « sept minutes sur cinquante », tient-il à préciser. Nous avons observé plus grande diligence pour faire cesser un désordre en plateau. Quelques semaines plus tard, le directeur de la chaîne, Laurent Delpech, écopait d'une motion de défiance votée à 87 % par la rédaction de France Info TV18

Est-ce à dire que toutes les leçons de cet épisode ont été tirées ? Rien n'est moins sûr… Si des journalistes de la chaîne y voient une conséquence quasi mécanique de l'obsession du remplissage et du journalisme de commentaire, la chefferie fait l'autruche. Lors de la commission déontologique du 4 juin 2025, le SNJ a bien tenté de demander des comptes sur cette affaire, révélatrice selon le syndicat des « fragilités structurelles » de France Info TV. La direction a répondu qu'elle « ne souhait[ait] pas revenir sur les erreurs commises qui ont porté préjudice à la chaîne » et s'est contentée de faire valoir un « travail de réorganisation » en interne : l'affectation de plusieurs journalistes à des « process de vérification » et la mise en place… d'une « équipe dédiée au “talk” », dissociée de « l'équipe dédiée aux “news” ». Tout changer pour que rien ne change ?

La tentation de la normalisation

Reste ce constat : sur France Info TV, la Palestine sera apparue aux yeux des téléspectateurs davantage sous le prisme du commentaire. Les capacités du bureau Moyen-Orient de France Télévisions, qui fournit des contenus aux différents canaux de la télévision publique, paraissent dévitalisées. Arnauld Miguet, qui en a pris la tête en novembre 2024 en tant que correspondant permanent, n'a pas souhaité répondre à nos questions, faute d'accord de la part de sa hiérarchie, nous a-t-il dit. Il encadre désormais quatre journalistes, épaulés par des envoyés spéciaux ponctuels, ce qu'il reste des effectifs, après le licenciement, en 2011, des deux tiers des journalistes.

Résultat ? France Info TV déserte le terrain palestinien – et proche-oriental, plus largement – dès lors que les chefferies n'y entrevoient plus d'actualité « chaude ». Preuve en est, la diminution en flèche de la couverture de Gaza depuis le prétendu « cessez-le-feu » d'octobre 2025, alors que près de 1 300 Palestiniens ont depuis été tués par l'armée israélienne dans l'enclave, parmi lesquels 300 enfants en trois cents jours selon l'Unicef.

Graphique montrant les occurrences du terme "Gaza" sur Franceinfo TV, avec un pic évident.
Selon les données de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), qui ne se veulent pas exhaustives mais permettent de dégager des tendances lourdes de médiatisation, les occurrences du terme «  Gaza  » ont chuté de 92 % à l'antenne de France Info TV entre octobre 2025 et juin 2026. On remarque qu'entre janvier 2022 et septembre 2023 (inclus), les occurrences de «  Gaza  » sont quasiment inexistantes. Des dynamiques qui rejoignent peu ou prou celles observées par l'INA sur l'ensemble des grands médias audiovisuels. Et qui ne démentent pas un constat tristement général : les grands médias se mobilisent au tempo d'Israël

Cette invisibilisation structurelle, aggravée par le blocus imposé par l'État d'Israël sur Gaza – inédit dans l'histoire par sa durée – a bien sûr des conséquences multiples sur le traitement de l'information. « Il y a à la fois de la paresse intellectuelle et du lavage de cerveau, commente un journaliste. Et puis à la fin, quand tu es allé six fois en Israël, que tu as rencontré les familles des victimes [israéliennes], tu as de l'empathie pour ces gens-là ; et tu oublies ceux que tu ne vois pas. »

« Oubli »… ou normalisation ? Le 16 août dernier, alors que le ministre israélien de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir appelait publiquement à assassiner « de 30 à 40 personnes chaque nuit » à Gaza, « des gens qui ne méritent pas de vivre », qui « ne sont même pas des êtres humains », France Info TV diffusait un reportage touristique sur les jardins suspendus de Haïfa, en Israël. « Une spectaculaire brèche de verdure », s'émerveillait la journaliste. « Une cascade luxuriante » de jardins « à la symétrie parfaite », « ouverts à tous » et accueillant « un million de visiteurs chaque année ».


1«  Israël/Gaza, la chronique impossible  ?  », «  Votre télé et vous  », France 3, 18 juin 2025.

2«  Le 16h/18h  », France Info TV, 22 novembre 2024.

3«  La politique s'éclaire  », France Info TV, 21 février 2026.

4«  France Info et “les otages palestiniens” : emballement sémantique et indignation sélective  », par Pauline Perrenot, Acrimed, 3 février 2025.

5Après avoir été nommée par l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), dont le président est quant à lui choisi par le chef de l'État, Delphine Ernotte occupe ce poste depuis 2015.

6François Beaudonnet, «  Au comptoir de l'info  », France Télévisions, 27 octobre 2023. Toutes les citations qui suivent proviennent de cet entretien.

7Lire Hocine Bouhadjera, «  “Il n'y a aucun journaliste à Gaza” : une réponse par les voix des survivants  », ActuaLitté, 14 août 2026. À propos du projet «  The Living Record  », dans lequel «  plus de cinquante journalistes et professionnels des médias de Gaza ont enregistré des hommages à leurs confrères tués depuis le début de la guerre  ».

8Association de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la profession face aux actionnaires et le respect des principes déontologiques.

9Tous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux sociaux via un seul compte (Franceinfo), dans une volonté affichée de «  renforcer […] la marque du média global, radio-tv-web  ».

10Dans l'émission «  Sur le terrain  », titré : «  Palestine, que va devenir le Hamas  ?  ».

11Ces deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de France Info TV les 28 juin et 10 août 2025.

12En décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du réseau «  Agir ensemble  », une émanation d'Elnet, pour lequel il assura également une «  masterclass  ».

13Voir notamment Élodie Safaris, «  “Des victimes coupables” : comment les journalistes français voient leurs confrères palestiniens  ?  », Arrêt sur images, 29 avril 2025 et Loris Guémart, «  Gaza : et l'illumination vint de CNN  », Arrêt sur images, 16 décembre 2023.

14«  Gaza : une “inflexion” médiatique en trompe-l'œil  », Célia Ch, Pauline Perrenot, Acrimed, 18 juin 2025.

15L'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans une tribune au Monde publiée le 17 août 2026.

16«  Franceinfo, l'info autrement  ?  », Frédéric Lemaire, Pauline Perrenot, Acrimed, 8 décembre 2020.

17Cette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à l'audiovisuel public, a été remplacée par l'affectation d'une fraction de la TVA, soit une contribution beaucoup plus dépendante des arbitrages budgétaires annuels, et du pouvoir politique.

18Il cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée temporairement à la direction de la rédaction nationale de France Télévisions par… Nathalie Saint-Cricq  !

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