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11.09.2026 à 06:00

Syrie. Le rêve brisé d'une opposante démocrate

Henri Mamarbachi

Se battre sur tous les fronts et écrire jusqu'à son dernier souffle au milieu de la tourmente dans l'espoir d'un avenir meilleur pour la Syrie. Et, finalement, ne pas voir son combat récompensé. Tel aura été le destin de la politologue syro-française Bassma Kodmani, décédée en 2023. Journal d'un espoir et d'une désillusion, My struggle for Syria, A woman in Arab politics (« Mon combat pour la Syrie : Une femme dans la politique arabe »), en cours de publication en arabe et en français, (…)

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Texte intégral (2262 mots)

Se battre sur tous les fronts et écrire jusqu'à son dernier souffle au milieu de la tourmente dans l'espoir d'un avenir meilleur pour la Syrie. Et, finalement, ne pas voir son combat récompensé. Tel aura été le destin de la politologue syro-française Bassma Kodmani, décédée en 2023.

Journal d'un espoir et d'une désillusion, My struggle for Syria, A woman in Arab politics (« Mon combat pour la Syrie : Une femme dans la politique arabe »), en cours de publication en arabe et en français, est un témoignage personnel et un document historique unique des années de lutte pour sortir la Syrie d'un interminable combat commencé pacifiquement en 2011 avant de sombrer dans l'anarchie.

Malgré les obstacles, Bassma Kodmani (1958-2023) n'a jamais dévié de son objectif : arrimer son pays à la démocratie et lui rendre une liberté confisquée depuis plus d'un demi-siècle. Son récit, écrit avant l'arrivée au pouvoir à Damas d'Ahmed Al-Charaa fin 2024, s'étale sur une dizaine d'années. Cette universitaire documente et analyse le cauchemar syrien dans lequel elle s'est trouvée impliquée, avec ses rebondissements dramatiques, ses luttes intestines, ses rares moments d'espoir et son long calvaire.

Mais comme en Tunisie et en Égypte, le rêve d'un « Printemps arabe » n'aura guère duré. La Syrie a certes changé de visage, mais ce n'est pas celui souhaité par cette Damascène, née en 1958, fille d'un baasiste laïc de la première heure, emprisonné par ses pairs au pouvoir avant de choisir l'exil en France avec sa famille.

La chute de la Maison Assad

La politologue syro-française, décédée d'un cancer en 2023, raconte par le menu la naissance le 1er septembre 2011 du Conseil national syrien (CNS), pilier de l'opposition, dont elle sera une des figures et la porte-parole. Elle décrit les heurts et malheurs de ces années de lutte, avec son lot d'ingérences étrangères, de trahisons, de militarisation, de rivalités et de tentatives d'unité — sans oublier les massacres commis par l'Organisation de l'État islamique (OEI) et la dictature au pouvoir à Damas.

En décembre 2024, le pouvoir tombe comme un fruit mûr aux mains du groupe islamiste Hayat Tahrir Al Cham (HTC) commandé par Abou Mohammed Al-Joulani, devenu le président par intérim Ahmed Al-Charaa. « Qu'il est cruel et injuste que tu n'aies pas vécu ça ! Toi qui as mobilisé toute ton énergie, tes compétences et tes relations, pendant les dix dernières années de ta vie brutalement raccourcie, pour une Syrie libérée de la tyrannie », écrit le 15 décembre 2024 sa sœur Hala Kodmani dans une lettre publiée par Libération1, tout en reconnaissant que cette chute s'est déroulée par « une offensive fulgurante de rebelles syriens que personne n'avait vue venir ». Si cet évènement est considéré comme une victoire par la grande majorité des Syriens, il est loin du rêve de Bassma Kodmani d'un régime laïc.

Militarisation de la révolte

Bassma Kodmani avait ainsi les Frères musulmans en horreur. Or, c'est un de leurs épigones qui gouverne la Syrie. « Dans un contexte de radicalisation rampante de la lutte sur le terrain [les islamistes] ne constituaient pas la majorité de l'opposition, mais ils étaient plus organisés (…) Et les responsables occidentaux, notamment les Américains, se rendaient à Istanbul pour y rencontrer avant toute autre force les Frères musulmans », détaille la politologue.

Ces derniers avaient une revanche à prendre après l'écrasement de leur rébellion dans la ville de Hama (ouest du pays) en 1982, qui poussa de nombreux rescapés à se réfugier en Turquie, où l'AKP, le parti islamiste au pouvoir depuis 2002, est proche idéologiquement de la confrérie.

Les Frères musulmans « tenaient la militarisation [du conflit] pour inévitable et voulaient la contrôler. Ceci a constitué un tournant dans le leadership de la Révolution », explique-t-elle, tout en pointant « la dépendance des combattants vis-à-vis des fonds provenant de l'extérieur, notamment de sources islamistes », des monarchies du Golfe, mais aussi de pays occidentaux.

Avec ses groupes armés locaux, financés au gré des puissances extérieures, la guerre civile était multiforme. Mais « parmi les combattants non-islamistes, ceux qui voulaient poursuivre la lutte ont fini par accepter armes, munitions et nourriture de la part des brigades islamistes, salafistes ou des Frères musulmans qui recevaient régulièrement armes et argent », souligne-t-elle.

Exclue du bureau politique

Autre constat : pour les Occidentaux, dont le soutien était nécessaire, « notre crédibilité reposait sur deux sujets : la volonté d'intégrer les autres groupes d'opposition et notre capacité à proposer une vision prévoyant le scénario d'une transition pacifique et démocratique. Sur ces deux points, nous avons échoué ». Selon l'universitaire, même les chrétiens favorables à la Révolution, comme à Homs, « ont pris peur en écoutant les harangues de cheikhs salafistes fanatiques ». Elle reconnait aussi l'échec du CNS, composé des partis traditionnels, d'intégrer les nouvelles générations. Elle estime que « la Syrie a besoin d'une nouvelle formule politique (…) et nous n'étions pas les bonnes personnes car nous ne représentions pas le mouvement sur le terrain ».

Au lieu de lui servir au sein de l'opposition, dont elle était la seule représentante femme, ses atouts — polyglotte, son passé académique, des contacts privilégiés avec les Occidentaux — l'ont au contraire précipitée dans un nid de vipères. Ainsi, en juillet 2012, lors d'une réunion à Doha du bureau exécutif du CNS, le représentant des Frères musulmans Farouk Taifur a pris la parole pour la remplacer. Ce qui fut fait « à une petite majorité pour m'exclure du bureau politique », se souvient-elle, avec amertume. D'autres se sont chargés de lui faire savoir la vraie raison de son exclusion :


J'étais une ennemie de Dieu et une porteuse de la pensée juive sioniste. En réalité, la raison de mon exclusion résidait dans mon opposition au contrôle des Frères musulmans sur les groupes armés.

Le modèle de la Turquie

Au fil des années, d'autres tragédies suivront qui vont voir la Syrie s'enfoncer dans le sang, entraînant les salafistes dans le djihad armé, et l'émergence de la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la Révolution (CNFOR)2 —« kidnappée dès sa naissance par le Qatar, à l'avantage des Frères musulmans, en coordination étroite avec le gouvernement turc », regrette Bassma. En effet, Ankara a fait figure de modèle pour beaucoup par une « combinaison d'économie moderne dans un pays dirigé par un parti islamiste modéré ».

Ses mémoires examinent longuement les négociations de Genève entre l'opposition et le régime entre 2012 et 2018, sous l'égide de l'ONU3, et autres lieux de rencontre. Elles accordent aussi une place importante aux « comités locaux » dans les villes et villages durant la Révolution, et mettent l'accent sur le rôle essentiel des femmes pour amener les combattants à déserter du groupe djihadiste Al-Nosra — qui devait rompre avec Al-Qaida le 28 juillet 2016, avant de se transformer en Hayat Tahrir Al Cham qui prendra in fine le pouvoir en Syrie. Les femmes ont « mis à profit leur influence morale et émotionnelle sur leurs époux, fils et frères » afin qu'ils renoncent au djihadisme. Ce rôle reste cependant « peu documenté », déplore-t-elle.

Pas de place pour les femmes

Ses réflexions sur le fait d'être une femme dans un univers patriarcal comptent parmi les pages les plus fortes. « Ma vie en Europe ne m'a pas préparée à l'ampleur de la misogynie dont j'ai fait l'expérience », avoue-t-elle. À propos des négociations de sortie de crise à haut niveau, elle assure que « nombre de mes collègues considéraient que je n'y avais pas ma place ». « Les hommes arabes considèrent la politique comme leur domaine réservé et je n'avais donc pas de rôle dans la lutte pour la Syrie », d'où le sous-titre des mémoires : Une femme dans la politique arabe. « Le fait que le monde arabe exclut les femmes est un des facteurs qui explique les revers de cette région pour trouver des réponses à ses insolubles conflits », argue-t-elle, en affirmant que « la majorité de l'opposition syrienne [composée de baasistes, communistes ou nationalistes] était peu ouverte aux idées libérales ».

Les derniers mots du livre sonnent comme un avertissement amer : « L'islamisme a perdu son monopole. Pourtant, malgré la faillite de son idéologie, il est organisé et conserve sa capacité de mobilisation. » Les démocrates, eux, se sont aussi montrés « incapables » de s'organiser « pour constituer une force capable de mobiliser ». Un constat qui reste valide.


1Hala Kodmani, «  “Qu'il est cruel et injuste que tu n'aies pas vécu ça” : lettre de Hala Kodmani à sa sœur, l'opposante Bassma Kodmani, morte avant la chute d'Assad  », Libération, 15 décembre 2024.

2La Coalition nationale des forces de l'opposition et de la Révolution (CNFOR) a été formée le 11 novembre 2012 à Doha.

3Entre 2012 et 2018, trois réunions se sont déroulées à Genève, sous l'égide des Nations unies, pour une transition, mais sans aucun résultat concret. D'autres réunions, à l'instigation notamment de Moscou, sont restées sans suite.

10.09.2026 à 06:00

Le pari de la Russie sur les talibans

Andrea Umbrello

En juillet 2025, la Russie est devenue le premier État membre des Nations unies à reconnaître officiellement le gouvernement de l'Émirat islamique d'Afghanistan. Après avoir longtemps traité les talibans d'organisation ennemie, Moscou a fini par faire le choix de l'alliance avec le mouvement islamiste au pouvoir à Kaboul. Pourquoi ? Le 27 mai 2026, Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie, et Mohammad Yaqoob, ministre de la défense et fils du fondateur du mouvement (…)

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Texte intégral (2431 mots)

En juillet 2025, la Russie est devenue le premier État membre des Nations unies à reconnaître officiellement le gouvernement de l'Émirat islamique d'Afghanistan. Après avoir longtemps traité les talibans d'organisation ennemie, Moscou a fini par faire le choix de l'alliance avec le mouvement islamiste au pouvoir à Kaboul. Pourquoi ?

Le 27 mai 2026, Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie, et Mohammad Yaqoob, ministre de la défense et fils du fondateur du mouvement taliban, le mollah Omar, ont signé un accord de coopération technique militaire lors d'un forum de sécurité près de Moscou. Le texte n'a pas été rendu public. Ni sa durée, ni ses clauses financières, ni les annexes et les mesures opérationnelles n'ont été divulguées. Reste que le Kremlin a clairement manifesté son intention de formaliser une relation qui s'est développée progressivement au fil des années.

Pendant des décennies, Moscou a considéré les talibans comme une entité hostile. Il les a désignés comme organisation terroriste et a soutenu leurs opposants durant la guerre civile afghane qui a suivi le retrait de l'Armée rouge (1989-1996). Désormais, la Fédération de Russie les reconnaît comme le gouvernement légitime de l'Afghanistan et a ouvert un canal permanent de coopération sécuritaire.

Sécuriser la frontière sud

Pour comprendre cette évolution, il faut remonter à près d'un demi-siècle. En décembre 1979, l'Union soviétique a envoyé des troupes en Afghanistan pour empêcher la chute du gouvernement pro-soviétique dirigé par le Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA, marxiste-léniniste), parvenu au pouvoir l'année précédente après la révolution de Saur1. Soutenu par le Kremlin, le gouvernement de Hafizullah Amin faisait face à une insurrection armée grandissante et à de profondes divisions internes. Les dirigeants soviétiques estimaient que son effondrement affaiblirait la sécurité le long de sa frontière sud et ont ordonné le déploiement de l'Armée rouge.

Ce qui ne devait être qu'une brève opération militaire et politique, à savoir l'installation d'une nouvelle direction du PDPA, s'est transformé en une guerre qui a duré près d'une décennie contre les moudjahidins islamistes et nationalistes, qui ont reçu un soutien militaire et financier des États-Unis, du Pakistan, de l'Arabie saoudite et d'un réseau international de donateurs et de volontaires étrangers. Au moment de son retrait en 1989, l'Union soviétique avait perdu environ 15 000 soldats.

Lorsque les talibans sont entrés à Kaboul en 1996, cette défaite pesait encore lourdement dans la mémoire politique et militaire de la Russie. Moscou considérait le mouvement fondamentaliste comme une source d'instabilité pour le Caucase et l'Asie centrale plutôt que comme un partenaire potentiel.

Le tournant du 11 septembre 2001

Les attentats du 11 septembre 2001 ont bouleversé l'équilibre régional. L'intervention militaire dirigée par les États-Unis a chassé les talibans et établi une nouvelle République soutenue par l'OTAN et les nations occidentales. Si la Russie a continué à classer le mouvement taliban comme une organisation hostile, un changement s'est dessiné quand le gouvernement soutenu par l'OTAN a commencé à perdre le contrôle de larges portions du territoire.

Durant la seconde moitié des années 2010, la diplomatie russe a commencé à traiter les talibans comme une force politique qui finirait par revenir au pouvoir. En 2016, Moscou a admis que ses services de renseignement entretenaient des contacts avec le groupe islamiste, expliquant qu'ils servaient à faire face à la menace commune posée par l'État islamique au Khorassan (EI-K), une branche de l'Organisation de l'État islamique (OEI) 2. Deux ans plus tard, des représentants talibans participaient publiquement à des discussions organisées dans la capitale russe.

« Alliés contre le terrorisme »

La chute de Kaboul en août 2021 n'a fait que consolider ce choix. Tandis que de nombreux gouvernements occidentaux évacuaient leurs diplomates et personnels, la Russie maintenait ouverte son ambassade. Quelques jours après, l'ambassadeur de Russie Dmitry Zhirnov a rencontré des représentants des nouvelles autorités, décrivant les conditions dans la capitale comme plus stables que pendant les derniers jours de la République islamique. Mais Moscou s'est abstenu de toute reconnaissance officielle.

Un tournant s'est opéré après le 22 mars 2024, lorsqu'un commando armé a envahi la salle de concert du Crocus City Hall, dans la périphérie de Moscou, ouvrant le feu sur les spectateurs et incendiant le bâtiment. L'attaque a fait 150 morts et plus de 600 blessés, la pire survenue en Russie depuis vingt ans. L'opération a été revendiquée par l'État islamique et des responsables états-uniens en ont attribué la responsabilité à l'EI-K.

Depuis la reconquête de Kaboul en 2021, cette organisation islamiste armée mène une campagne d'attentats contre le gouvernement taliban, l'accusant d'avoir renoncé au djihad global pour mieux asseoir son propre pouvoir et préserver ses relations avec d'autres États. La rivalité entre talibans et djihadistes a achevé de modifier la perspective et quelques mois plus tard, Vladimir Poutine a qualifié les talibans d'« alliés dans la lutte contre le terrorisme ».

En avril 2025, la Cour suprême russe a suspendu la mesure qui, depuis 2003, plaçait le mouvement taliban sur la liste des organisations terroristes, ôtant ainsi l'un des principaux obstacles juridiques à des relations officielles avec lui. Quelques semaines plus tard, une délégation talibane a participé au forum international de Kazan, la principale conférence économique promue par la Russie pour renforcer ses liens avec le monde islamique. Elle a pris part à des réunions dédiées au commerce, aux investissements et à la coopération économique. Le tout a été couronné en juillet de la même année par la reconnaissance du régime par Moscou.

Au cœur de l'Asie centrale

Mais il y a davantage que la coopération antiterroriste derrière ce rapprochement. À la suite de la dégradation de ses relations avec les États-Unis, l'Union européenne et la plupart des pays occidentaux, notamment après l'invasion de l'Ukraine, Moscou a étendu ses liens avec des gouvernements et des acteurs politiques en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, afin de consolider un réseau de relations capable de réduire les effets de l'isolement diplomatique et des sanctions occidentales.

Pour Moscou, être présent à Kaboul démontre qu'elle peut encore peser sur l'un des dossiers les plus sensibles d'Asie. Le même réalisme se reflète dans une vision géopolitique à plus long terme. Bien que l'Afghanistan ne partage plus de frontière avec la Russie, il reste coincé entre l'Asie centrale, l'Iran, le Pakistan et la Chine. Pour le Kremlin, sauvegarder une relation privilégiée avec Kaboul est la clé pour maintenir l'accès à une région qui, depuis des décennies, fait partie du pré carré de la politique étrangère russe.

Les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale — Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Kazakhstan — délimitent toujours la ceinture méridionale de l'espace post-soviétique. Tout changement en Afghanistan se répercute sur la stabilité de ces pays et, par extension, sur les intérêts russes.

De plus, les relations avec les talibans s'inscrivent dans la confrontation avec d'autres acteurs régionaux, étant donné que la Chine étend sa présence économique et diplomatique en Afghanistan, que le Pakistan préserve des liens historiques avec une partie de la direction talibane, et que l'Iran continue de développer des relations pragmatiques avec Kaboul le long d'une frontière de plus de 900 kilomètres.

Ce rapprochement renforce également les efforts visant à relancer des organismes régionaux tels que l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) — l'organisation politique, économique et sécuritaire qui réunit la Chine, la Russie, l'Inde, le Pakistan, l'Iran, la plupart des républiques d'Asie centrale —, et le Groupe de contact OCS-Afghanistan, établi en 2005 pour coordonner la coopération avec Kaboul.

Par le biais de ces instruments, Moscou entend replacer le dossier afghan dans un cadre régional. C'est une approche qui diffère de celle mise en œuvre depuis plus de vingt ans par les États-Unis et leurs alliés, fondée sur une présence militaire internationale, le soutien au gouvernement de la République afghane et la promotion de réformes politiques comme condition de la normalisation des relations avec Kaboul.

Il ne faut pas non plus négliger la dimension économique. Depuis 2022, l'Afghanistan importe des céréales de Russie ainsi que du pétrole, du diesel et du gaz. En septembre de la même année, les deux pays ont signé un accord prévoyant l'approvisionnement annuel d'un million de tonnes de pétrole, un million de tonnes de diesel, 500 000 tonnes de GPL et deux millions de tonnes de blé.

Il s'agissait alors du premier accord économique d'importance conclu avec une puissance internationale par les talibans depuis leur retour au pouvoir. En 2025, les cargaisons de GPL russe vers l'Afghanistan ont décollé tandis que des livraisons de condensats de gaz ont été signalées dès janvier. En outre, selon Agroexport, agence rattachée au ministère russe de l'agriculture, Kaboul est devenu en 2024 le principal acheteur de farine russe, avec des commandes avoisinant 80 millions de dollars (70 millions d'euros), soit le double de l'année précédente.

Également en 2025, Russes, Chinois et talibans ont discuté simultanément de la possibilité de régler une partie des échanges commerciaux en devises nationales, une solution cohérente à la fois avec les difficultés du système bancaire afghan et l'objectif russe de réduire le recours au dollar dans les échanges internationaux.

Limites de la coopération

D'autre part, l'Afghanistan occupe une position potentiellement stratégique au cœur des connexions entre l'Asie centrale, le Pakistan et l'Iran. Il pourrait devenir un tronçon de futurs corridors logistiques vers l'océan Indien. Le pays possède aussi des ressources minérales encore largement inexploitées qui attirent l'attention de certains acteurs régionaux depuis des années.

Certes, les sanctions internationales, l'instabilité interne, la faiblesse du système financier et des infrastructures déficientes continuent de limiter le développement de ces projets. Néanmoins, la Russie se place dans une position favorable pour l'avenir. La signature de l'accord du 27 mai 2026 revitalise les relations entre les deux pays. Dans le lexique diplomatique russe, la coopération technico-militaire s'étend de la formation du personnel à la maintenance des véhicules, du conseil logistique à l'échange de retours d'expérience opérationnelle, jusqu'à l'appui aux systèmes de communication, de surveillance et de sécurité frontalière.

Il faut toutefois rester prudent en matière de matériel logistique, dans la mesure où des stocks d'armes issus de plateformes soviétiques vieilles de plus de quarante ans coexistent avec des équipements fournis par les États-Unis et les alliés de l'OTAN à l'ancienne armée afghane. Conserver un matériel aussi hétérogène nécessite des pièces de rechange, une documentation technique, du personnel qualifié et une chaîne logistique stable.

Certes, la Russie possède les compétences nécessaires pour les systèmes d'origine soviétique, mais la guerre en Ukraine absorbe une partie importante de sa production industrielle, de ses ressources économiques et de sa main-d'œuvre qualifiée. Parallèlement, le gouvernement taliban est contraint par des capacités financières limitées, handicapé par un secteur bancaire lourdement pénalisé par les sanctions internationales.

L'intérêt principal de l'accord du 27 mai pourrait résider dans les échanges entre les appareils étatiques. Les programmes de formation, le conseil technique et la coopération entre ministères de la défense assurent des contacts réguliers entre officiers, fonctionnaires et structures administratives, et ouvrent des canaux de communication que la diplomatie seule aurait eu du mal à garantir.

Pour Moscou, cela signifie acquérir une connaissance approfondie du fonctionnement interne de l'Émirat islamique, surveiller les équilibres institutionnels et comprendre avec précision les changements d'un système politique toujours aussi peu transparent.


1La révolution de Saur, connue sous le nom de révolution d'Avril, est un coup d'État orchestré par le PDPA les 27 et 28 avril 1978. Son nom Saur provient du dari (une des langues officielles de l'Afghanistan), qui désigne le deuxième mois du calendrier persan (avril).

2L'État islamique au Khorassan (EI-K), créé par des dissidents talibans en janvier 2015, est une branche de l'OEI, opérant principalement en Afghanistan et au Pakistan, avec des zones d'influence en Iran et en Asie centrale.

09.09.2026 à 06:00

Les faux-semblants du désarmement en Irak

Hardy Mède

La restauration de l'État irakien suppose de défaire les milices. Le transfert des armes a commencé, mais la campagne a changé d'angle. Désormais prédomine l'idée de l'intégration de l'arsenal et de ses hommes au service de l'armée, sous l'égide des grandes familles du pays et de l'État. Une porte de sortie politique et stratégique. À la suite de sa rencontre en juin 2026 avec Tom Barrack, envoyé spécial des États-Unis pour l'Irak, le premier ministre irakien, Ali Al-Zaïdi, a lancé deux (…)

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Texte intégral (3540 mots)

La restauration de l'État irakien suppose de défaire les milices. Le transfert des armes a commencé, mais la campagne a changé d'angle. Désormais prédomine l'idée de l'intégration de l'arsenal et de ses hommes au service de l'armée, sous l'égide des grandes familles du pays et de l'État. Une porte de sortie politique et stratégique.

À la suite de sa rencontre en juin 2026 avec Tom Barrack, envoyé spécial des États-Unis pour l'Irak, le premier ministre irakien, Ali Al-Zaïdi, a lancé deux vastes chantiers politiques : l'un consacré à la lutte contre la corruption, l'autre au désarmement. Le 30 septembre 2026 a été fixé pour l'aboutissement du processus de désarmement, parallèlement au retrait du pays des troupes états-uniennes, mettant fin à la mission militaire de la coalition internationale.

Pour certains observateurs, cette initiative serait le résultat de pressions états-uniennes visant à réduire la marge de manœuvre de certaines unités de l'Instance de mobilisation populaire (IMP), communément désignées sous le terme de « fassaël » (« factions »). Ces dernières appartiennent à l'« axe de la résistance islamique » et ont, depuis le 7 octobre 2023, pris part, à des degrés variables, au conflit opposant l'Iran à Israël et aux États-Unis.

Au-delà de leur participation au parlement, les fassaël sont présentes au sein d'autres institutions nationales, ainsi que dans la bureaucratie locale et les assemblées représentatives infranationales que constituent les conseils provinciaux. À rebours d'une lecture normative qui ferait de ces factions des acteurs extérieurs à l'État, voire ses ennemis, il apparaît que leurs relations avec celui-ci sont autrement plus complexes. Elles ne se situent ni simplement à l'extérieur de celui-ci ni en opposition frontale avec lui : elles sont prises dans des relations d'interpénétration avec ses institutions, ses bureaucraties et ses différents niveaux de pouvoir.

Au regard de ces éléments, la question de savoir « qui désarme qui » se pose. Cette interrogation renvoie à la fois au contexte dans lequel le désarmement s'est progressivement constitué en enjeu central du gouvernement de la violence1 et aux rapports de pouvoir entre l'État et les acteurs engagés dans ce processus.

Une représentation parlementaire

Les fassaël sont intégrées à l'IMP, institution reconnue par l'État irakien en 2016 comme partie intégrante du système national de défense. Elles se distinguent toutefois des autres composantes de l'IMP par le développement d'activités transnationales, notamment à travers leur engagement armé contre les forces états-uniennes. Cinq organisations sont ici concernées : Kataëb Sayyid Al-Chuhada, Haraka Al-Nojaba, Kataëb Hezbollah, Kataëb Jund al-Imam et Kataëb Imam Ali. Cette dernière organisation, dirigée par Chibl Al-Zaïdi, s'est d'ores et déjà déclarée favorable au désarmement. Cette prise de position s'est accompagnée de son intégration au Cadre de coordination, coalition chiite fondée en 2021, devenu depuis un dispositif central de coordination des acteurs chiites. Elle est un instrument important de leur cohésion politique et de leur domination du champ politique national.

Le cas d'Ahmad Al-Assadi, dirigeant de Kataëb Jund Al-Imam et ministre des affaires sociales dans le gouvernement sortant, illustre une autre dimension du processus. Recherché par les autorités irakiennes dans le cadre de poursuites liées à la lutte contre la corruption, il s'est réfugié en Australie. Son retour en Irak apparaît étroitement conditionné au démantèlement de l'organisation militaire qu'il dirigeait, d'autant que son groupe parlementaire — composé de trois députés — s'est déjà désolidarisé de lui.

Hormis Haraka Al-Nojaba, les quatre autres organisations regroupées sous l'appellation de fassaël sont toutes « parlementarisées ». Après avoir enregistré auprès des autorités leur branche politique comme parti, elles ont obtenu une vingtaine de sièges — sur un total de 3292 — lors des élections législatives du 11 novembre 2025.

Un tel résultat est inédit. Leur percée électorale est en grande partie liée au conflit irano-israélien en 2024 — auquel les États-Unis se sont joints en février 2026 — et dont elles ont su tirer parti dans une société irakienne affectée par l'élimination de plusieurs dirigeants iraniens et par les bombardements visant les infrastructures de ce pays.

Il serait néanmoins réducteur d'interpréter cette mobilisation comme l'expression d'un soutien général de la société à l'Iran. Celui-ci n'est, en effet, jamais parvenu à s'assurer un soutien social large en Irak. La solidarité qui s'est manifestée à l'occasion du conflit doit plutôt être rapportée à la manière dont l'Iran est perçu par une partie de la population chiite : non comme une simple confrontation entre l'Iran et le tandem États-Unis/Israël, mais comme une attaque visant plus largement la communauté chiite et ses intérêts.

Gouvernement de la violence

Si le désarmement des fassaël a été enclenché sous la pression de Washington, dans le contexte du conflit opposant les États-Unis à l'Iran, il ne saurait s'y réduire. La question du désarmement se pose en Irak depuis au moins une dizaine d'années, et mobilise à ce titre des acteurs tant politiques que sociaux. L'organisation de la violence relève donc d'une dynamique autant politique que sociale, ce qui invite à l'interroger dans la perspective d'une sociologie politique attentive à la fois au facteur international, aux logiques locales, et aux moments où se définissent les normes régissant l'usage de la force.

En 2016, en pleine guerre contre l'Organisation de l'État islamique (OEI), les élus chiites ont fait adopter la loi nº 40, qui organise les unités de mobilisation populaire (UMP) au sein de l'Instance de mobilisation populaire et leur confère une reconnaissance étatique en les définissant comme partie intégrante du système national de défense. Cette loi a été rejetée par la majorité des élus kurdes et arabes sunnites, qui y voyaient un instrument de domination au service du contrôle chiite de l'État, ainsi qu'un risque d'instrumentalisation dans les conflits politiques. Kurdes et Arabes sunnites considèrent en effet certaines unités de l'IMP, notamment les fassaël, comme des « milices », et regardent leur violence comme illégitime.

Cette lutte de définition autour de la violence des UMP constitue également un enjeu interne à l'espace chiite. Le mouvement contestataire de Tishreen, essentiellement chiite, ne saurait être réduit, en 2019, à une simple opposition à la violence de certaines unités de mobilisation populaire : sa contribution est bien plus profonde et significative, puisqu'il a activement pris part à la définition des normes encadrant l'usage de la contrainte, en qualifiant la violence des UMP de « non étatique ». C'est ainsi que le concept de « non-État », forgé par le sociologue irakien Faleh Abdoul Jabar, a été largement repris et diffusé par les manifestants, afin de tracer une frontière entre violence légitime et violence illégitime, tout en imposant l'idée du « monopole des armes entre les mains de l'État », non seulement comme enjeu de la reconstruction étatique, mais aussi comme condition de la paix sociale.

Les acteurs politiques

Cette même lutte est par ailleurs menée par les acteurs politiques chiites eux-mêmes, parmi lesquels on peut brièvement distinguer trois figures. La première rassemble des acteurs établis, issus des grandes familles chiites (Sadr, Hakim, Maliki, etc.), dont la reconversion en politique est significative et qui, à ce titre, entendent faire de la voie électorale l'unique répertoire de mobilité sociale au sein du système. Leur légitimité et leur contrôle de l'appareil d'État étant désormais assurés, ils perçoivent à présent la violence des fassaël comme un facteur d'isolement international.

La deuxième figure regroupe des individus au passé militaire, mais pleinement reconvertis dans la bureaucratie étatique. Ils défendent l'autorité de l'État pour préserver leur propre position. L'exemple de Qassim Al-Araji est à cet égard éloquent. Haut cadre de l'Organisation Badr3, il fut ministre de l'intérieur, puis conseiller à la sécurité nationale. Il occupe aujourd'hui la fonction de conseiller du premier ministre pour le dossier sécuritaire. Ce bureaucrate, fidèle à l'État, fait du « monopole des armes entre les mains de l'État » son cheval de bataille.

Le troisième acteur est le juriste. La conquête de l'État par les acteurs et les maisons chiites ne pouvait reposer sur la seule légitimité militaire acquise durant la guerre contre l'OEI, ni sur d'autres stratégies destinées à la pérennité (reproduction) de leurs maisons. Aussi les contradictions inhérentes à la reconstruction étatique préparent-elles le dépassement des acteurs militaires et ouvrent-elles la voie à des professions libérales, au premier rang desquelles celle de magistrat.

Plus que les UMP, ce sont en effet les professionnels du droit qui ont porté cette reconstruction et qui en sont devenus le visage. Cette montée en influence des juges et des magistrats tient également au retrait de la marja'iyya4 : Ali Al-Sistani5, après avoir émis une fatwa ouvrant la voie à la prolifération des groupes armés, s'est par la suite abstenu d'intervenir dans la vie politique. L'espace chiite a dès lors dû, en dehors du Cadre de coordination, se tourner vers un acteur arbitre : Faïq Zeidan, président du pouvoir judiciaire depuis 2017, ainsi devenu l'homme fort du pays.

Sous son autorité, l'ensemble du pouvoir judiciaire, ainsi que la Cour fédérale, se sont constitués en un pouvoir régulateur qui, par le droit, a non seulement contribué à unifier l'État, mais aussi favorisé l'articulation entre scènes locale et nationale. Les Irakiens parlent, à cet égard, d'un « gouvernement des juges », non pas au sens péjoratif que lui donnent les droites extrêmes occidentales, mais au sens d'une montée en influence de l'État de droit, vers lequel l'ensemble des acteurs peut désormais se tourner.

C'est par ailleurs Faïq Zeidan qui supervise la lutte contre la corruption et le désarmement. Dans cette perspective, il s'est imposé comme la figure de proue de la lutte contre la violence illégitime. Il écrivait en mars 2026, dans le journal Al-Sharq Al-Awsat, que « la déclaration de guerre est une prérogative constitutionnelle de l'État ». Dans cette tribune6, il classait les fassaël, qui venaient d'annoncer la guerre aux États-Unis, parmi les acteurs non étatiques.

Le « complexe maison-État »

À la question de savoir « qui désarme qui », l'observateur, pris dans une représentation wébérienne7 de l'État, apportera une réponse qui lui paraîtra aller de soi : c'est l'État. Or, cette évidence est loin de résister à l'épreuve du terrain irakien. La société irakienne est en effet une société à maisons, dont les stratégies de reproduction débordent sur l'appareil d'État, jusqu'à un usage proprement patrimonial de ses ressources. Le terme de « communauté », imposé après 2003 comme principe et cadre de l'action par les observateurs étrangers, s'avère ainsi non seulement trompeur, mais il masque également une réalité bien plus complexe.

Derrière les trois communautés chiite, arabe sunnite et kurde, qui renvoient à des réalités englobantes, se dissimule en effet une pluralité de maisons « biologiques » : maison Barzani et maison Talabani chez les Kurdes ; maison Sadr, maison Hakim, maison Maliki, etc., chez les chiites ; maison Nujaïfi, maison Abassi, maison Halboussi, etc., chez les Arabes sunnites.

Force est de constater que les jeux d'alliances entre ces maisons sont transcommunautaires : les alliances politiques n'obéissent que très peu à une logique communautaire. La maison Barzani s'allie avec la maison Sadr, la maison Talabani avec la maison Al-Khazali, la maison Maliki avec la maison Halboussi, etc. C'est précisément là que le registre communautaire révèle toute son inefficacité analytique : ces maisons dominantes font un usage éminemment instrumental du lien ethnique, religieux ou historique, à seule fin de mobilisation, notamment en contexte électoral, sans que leur entreprise politique s'y réduise pour autant.

La guerre contre l'OEI (de 2014 à ce jour) a accéléré et approfondi l'interpénétration entre l'État et les maisons chiites, formant ensemble ce que l'on peut qualifier de « complexe maison-État ». Au cours de cette guerre et dans ses suites, les élus chiites ont progressivement substitué, au sein du Parlement, une logique majoritaire à la logique consensuelle qui prévalait depuis 2003. Dans le même temps, les Kurdes et les Arabes sunnites se sont trouvés progressivement relégués à une position subalterne au sein du pouvoir exécutif.

En s'appuyant sur les UMP, ce complexe maison-État a solidement établi son autorité à l'échelle locale et nationalisé ses lois et sa juridiction, y compris dans la région kurde. Dans cette entreprise de reconstruction étatique, les fassaël ont joué un rôle clé, servant de bras informel au complexe maison-État, celui-ci produisant le danger tout en offrant sa protection contre lui. La conquête territoriale et le changement démographique observés à Mossoul, à Diyala et dans la ceinture de Bagdad ont été menés par les fassaël, mais jamais à l'insu des dirigeants du complexe maison-État.

Non pas « désarmer », mais « domestiquer »

Ce n'est donc pas l'État, conçu comme une entité distincte et extérieure aux maisons, qui procède au désarmement, mais ce « complexe maison-État », lui-même à l'origine de la création des UMP. Pour ce dernier, l'enjeu n'est pas tant de désarmer les UMP que de les réorganiser et de les domestiquer, afin de leur assigner une place compatible avec l'agencement du pouvoir au sein de l'État.

Le rapport entre les UMP, et notamment les fassaël, et le complexe maison-État est ainsi loin de se laisser réduire à une dichotomie opposant les partisans de l'ordre étatique à ses ennemis. Sur le plan méthodologique, la compréhension de ce rapport requiert de mobiliser un ensemble de données recueillies sur la longue durée et dans plusieurs séquences décisives.

Le processus ayant conduit à l'adoption de la loi nº 40 relative aux UMP constitue, à cet égard, un moment particulièrement éclairant pour saisir les enjeux de cette relation. Au sein de la commission des lois comme dans les couloirs du Parlement, les élus chiites défendaient alors farouchement le texte en avançant un argument qui en dit long sur la logique à l'œuvre : « Pourquoi les Kurdes et les Arabes sunnites disposeraient-ils de leurs propres forces armées, et pas nous ? »

Ce régime justificatif est révélateur : le complexe maison-État chiite envisage les UMP à la fois comme une force destinée à contenir les contre-pouvoirs internes et comme une ressource politique au service de sa propre domination.


1Par «  gouvernement de la violence  », nous entendons ici le processus par lequel différentes formes et sources de violence tendent à converger vers une organisation étatique de la violence, notamment par leur intégration, leur encadrement et leur incorporation progressive dans les structures de l'État.

2La répartition des élus par appartenance confessionnelle et communautaire est la suivante : 187 élus chiites, 77 Arabes sunnites et 56 Kurdes. Les 9 sièges restants sont réservés aux minorités chrétienne, yézidie et chabak.

3Fondée en 1982, financée par l'Iran, elle vise à instaurer en Irak un gouvernement islamique chiite pendant la guerre Iran-Irak.

4NDLR. Plus haute institution et autorité religieuse du chiisme duodécimain.

5Ayatollah irako-iranien né en 1930, il est une figure éminente dans le paysage politique irakien depuis la chute de Saddam Hussein.

6«  Déclaration de l'état de guerre selon la Constitution  »} 27 mars 2026.

7NDLR. Relative à l'œuvre et aux conceptions philosophiques du sociologue allemand Max Weber (1864-1920).

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