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10.10.2026 à 17:26

Au chevet de l'Ukraine, lignes de couleurs et profondeur du mal.

L'Autre Quotidien
L’Académie des beaux-arts accueille jusqu’au 29 novembre 2026, l’exposition Ukraine, le mal qui reste, une longue immersion de Guillaume Herbaut, lauréat en 2024 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts, sur les différents territoires de l’Ukraine, soumise à l’intensification de l’agression russe. Et, quand on franchit la porte du pavillon Comtesse de Caen, est-on surpris d’en voir les murs tissés de noir et se trouver en relation étroite avec les photographies de Guillaume Herbaut, dans une intimité de regard, un protocole compassionnel, avec une forme d’attention particulière et de recueillement?
Texte intégral (6721 mots)

L’Académie des beaux-arts accueille jusqu’au 29 novembre 2026, l’exposition Ukraine, le mal qui reste, une longue immersion de Guillaume Herbaut, lauréat en 2024 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière – Académie des beaux-arts, sur les différents territoires de l’Ukraine, soumise à l’intensification de l’agression russe. Et, quand on franchit la porte du pavillon Comtesse de Caen, est-on surpris d’en voir les murs tissés de noir et se trouver en relation étroite avec les photographies de Guillaume Herbaut, dans une intimité de regard, un protocole compassionnel, avec une forme d’attention particulière et de recueillement?

Guillaume Herbaut

Sommes-nous bien en nous mêmes, dans le recueil d’un voyage sans retour, d’une Odyssée, recensant les traces de cette guerre sale, au centre de la douleur, aux fracas des bombes qui tuent et sacrifient au quotidien  toute une population? Sommes-nous bien en face d’une volonté d’extermination globale, vécue d’ici dans sa dimension la plus alarmante, alors que l’image n’en montre que des traces, immeubles éventrés, visages à la stupeur muette, corps prostrés, regards vides, cris  impossibles face à la dévastation sourde, dont le partage  n’est pas ici évident au premier regard. 

 Ce voyage s’assume comme un témoignage précieux de ce que toute une nation subit sans rémission depuis un temps dont la durée s’est creusée inexorablement par les souffrances et par la peur, d’autant que la guerre s’intensifiant au gré des drones shaed 136, des drones à réaction plus meurtriers encore, des missiles encore plus meurtriers, qui viennent chaque jour frapper le pays et dont les nouvelles nous parviennent à travers l’actualité des media. A l’entrée de l’exposition un dispositif sonore retrace en temps réel les alertes aux drones et missiles qui transpercent le ciel ukrainien. Ces alertes, en établissant un lien avec le territoire en guerre, marquent singulièrement de leur empreinte sonore le temps de la visite . Deux écrans en début d’exposition montrent la carte du ciel ukrainien et les zones bombardées.

« À travers ses images, Guillaume Herbaut s’attache à révéler les traces visibles et invisibles de la guerre sur les populations mais aussi les paysages marqués par les combats. Au-delà de la destruction matérielle, l’exposition met en lumière les traumatismes humains durables laissés par le conflit : le deuil, la perte, l’arrachement, ainsi que les atteintes profondes à la santé mentale d’une société confrontée à l’épreuve de la guerre. »

A Kiev, Kharkiv, Lviv, Izium, Odessa, Guillaume Herbaut photographie les traces d’une guerre meurtrière qui consume tout. C’est un constat de désolation qui nous est présenté dans sa retenue, dans la traduction encore digne d’un humanisme de combat, dans une pudeur et une décence remarquable; Guillaume Herbaut ne rapporte pas de scènes directement choquantes, ne montre pas de cadavres, ne produit pas une vision mortifère. Il tient à porter notre regard vers l’abyssale situation de chacun, de chacune, oblige à cette sympathie ( au sens étymologique: souffrir avec) sobrement. A la faveur de ses portraits, nous pouvons lire sur les visages, dans les yeux de ces personnes tout l’abîme qui nous sépare d’elles, nous assistons de près au drame de vies brisées. C’est un gouffre silencieux et traumatique. Il faut approcher ces visages, ces corps, lire les cartouches qui racontent les faits, regarder les petites vidéos abrasives qui documentent les photographies dans leurs contextes pour que nous puissions saisir toute la portée indirecte du drame de la guerre dans ses traumatismes souvent muets, irréversibles, essayer de nous rendre compte de cette destruction voulue sans limite dans cette Hubris déchainée d’une barbarie sans nom.

Cartouches et légendes de l’exposition Le Mal qui reste.

Présentation de l’exposition par Guillaume Herbaut et Sylvie Hugues… document sonore 1

Guillaume Herbaut pre?sente son exposition à l Académie des Beaux Arts de Paris 1.m4a

Nous ne verrons pas ici le front de la guerre, interdit aux journalistes; c’est là qu’aurait pu se vérifier l’impossible mission d’un peuple contraint à se défendre et à ne pas succomber, pris dans sa fierté et son héroïque grandeur. « Par la force documentaire et sensible de son travail, Guillaume Herbaut propose une réflexion sur ce qui subsiste lorsque les combats s’éloignent : les blessures intimes, les mémoires fragmentées et les cicatrices durables inscrites dans les corps, les esprits et les territoires. « Plus qu’une réflexion, c’est un passage de témoin qui nous est offert, une occasion de se rendre compte de ce que le régime russe a d’incompatible avec toute loi, tout respect de ce qui fonde une civilisation, même en temps de guerre quand s’applique en principe la garantie de non agression de la population non combattante. 

Document sonore - suite de la présentation de l’exposition.

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GUILLAUME HERBAUT, LE MAL QUI RESTE

L’exposition m’a t-il semblé exige une forme de recueillement devant tout ce qu’un peuple libre sacrifie de son être pour ne pas renoncer à sa liberté, à son identité; et c’est face à ces visages  à ceux que montre l’exposition dans une certaine douceur que le visiteur prend petit à petit conscience de ces combats et des traces laissées par ceux-ci. Nous sommes nous aussi en quelques sortes les compagnons de route, derrière Guillaume Herbaut, soutien du regard de ces femmes et de ces hommes qui, à chaque instant essaient de vivre, résistent à cette guerre ignominieuse, destinataires du message et du document. Au côté des Ukrainiens depuis plus d’un quart de siècle; il documente et nourrit un récit de combat contre ces vies qui connaissent le Mal et qui, à force de courage, d’abnégations, de volonté résistent toujours. « Parce que le front est désormais inaccessible, Guillaume Herbaut n’en saisit que les effets à distance, acharné à témoigner par dégoût de la guerre et par amour pour ces populations de l’Est, pour la décoration surannée de leur intérieur, pour cette obstination à se vouloir européens, démocrates et libres, pour la bravoure de l’un, la détresse de l’autre, la grandeur de tous. » Extrait du texte «Interminable immédiateté» de Philippe Trétiack.

Guillaume Herbaut tient à travers sa photographie la position du témoin, il documente avec cette distance d’une objectivité chaleureuse. Le photographe regarde droit dans les yeux le Mal fait. Ses images racontent les drames des corps suppliciés, des âmes torturées, des états de chocs psychologiques, de ces corps courbés, mutilés, dans les froids corridors des hôpitaux, des cimetières, des restaurants éventrés, des immeubles dont les décombres sont des sarcophages de béton, quand la terre est éventrée en ces paysages désolés, quand la vie quotidienne s’est profondément endeuillée, que le cri séditieux des révoltes face à cette adversité se traduit en larmes, en rage, en folies… L’enfer.

Lviv, novembre 2025. Vitaly Koliadenko, 25 ans, soldat ukrainien, a passé trois ans dans des prisons russes après son arrestation en 2022 sur le front de Marioupol. Torturé, il vit aujourd’hui avec des séquelles physiques et un syndrome post-traumatique.

Marina Govriluk sur son lit d’hôpital, au lendemain de l’attaque d’un drone FPV russe contre le bus qui la transportait vers son lieu de travail, à Marhanets. Elle a été blessée, ainsi que 42 autres personnes. Neuf autres passagers, dont sept femmes ont été tués.

Une femme se rend à son travail en bus, le bus est frappé par un drone, plusieurs dizaines de blessés, son visage est criblé d’éclats, son regard bleu fixe est un appel  muet au secours, sidération d’une vie qui bascule sans retour …. Les sirènes annoncent la frappe d’un missile, il faut se mettre à l’abri;  il y a là une mère et ses deux filles, quelques hommes, beaucoup de femmes, tous semblent pourtant calmes, silencieux.

Guillaume Herbaut :  Kharkiv, Ukraine, 1 septembre 2024. Des clients du marché Barabachovo se réfugient dans le métro lors d’un bombardement russe. Deux missiles balistiques ont frappé le centre commercial Chudo, à proximité du marché, faisant plusieurs dizaines de blessés. Série Ukraine, le mal qui reste.

« Le mal qui reste objecte à la liberté et au futur. Il maintient le pli du passé à travers son indice radioactif qui contaminera les générations à venir. Il y aura la rage, la tristesse, la honte et la culpabilité dans l’après-guerre. Mais il y aura aussi la construction d’une mémoire collective qui retracera les luttes, le courage et la fraternité. Le fil de la justice pénale internationale est indispensable à cette trame mémorielle, elle l’est de chaque côté des combats. C’est cela aussi le travail du deuil à l’échelle collective, pour s’extraire des rabats du passé qui ne passent pas. S’il peut advenir. Que restera-t-il de ce mal, pour l’enfant porté par la femme qui descend les marches menant à l’abri sous-terrain, en tenant par la main ses deux petites filles ? C’est toute une géographie intérieure qui se recompose dans la guerre, et pas seulement celle des frontières qui reculent ou qui avancent, selon les batailles ».

Extrait du texte «Ce qui ne s’efface pas » de Nathalie Dollez, psychanalyste, publié dans le hors-série de La Revue des Deux Mondes consacré à l’exposition Le mal qui reste de Guillaume Herbaut.

Guillaume Herbaut, exposition le mal qui reste.

Guillaume Herbaut vit cette réalité amère. Il cherche un point de rupture à son envahissement nerveux. Ces durées, ces tempi, éclairent en douceur un accouchement au féminin de l’image qui se forme dans le temps précis où elle parait. Elle n’est jamais fascination morbide, collée à son sujet mais aveu de la vie. Elle n’est pas le signe par lequel s’affiche la mort, jamais délirante, tout au contraire, sa simplicité est le signe d’un lien direct qui établit, rapporte, raconte… c’est précisément un récit, voire un conte cruel, quoique, absorbé par la croyance en sa capacité de témoigner et de croire; une fusion s’opère délicatement, doucement entre les différents niveaux de l’image, de ce qui fait signe avant tout, car la fonction symbolique du récit, voire du conte, importe dans une hyperbole une valorisation de la présence du vécu, ici de sa souffrance, de ce qui ne peut être dit, de ce qui  émerge au plus profond de l’être dans le temps fort de sa stupeur au retrait de cette vie d’avant.

Quand il s’git pour le photographe de correspondre avec cette altérité a l’histoire arrêtée, cette femme qui se confie, cet homme qui essaie de se dire, dont la présence bascule vers cette absence, cette béance, dans sa proximité touchante et qu’il faut à ce moment là, laisser les différentes fonctions, latente, perceptive, documentaire, qui forment l’image, signifier cette proximité impossible de ce qui a scellé cette disparition comme une altération du vivant, une abrogation de ce qui fait humanité parce que cet être là a croisé la mort en son regard et qu’il ne peut plus s’en extraire désormais que sélectivement. Cet homme, à jamais sang dessus dessous, a disparu pour partie en lui même, comme si un trou noir avait aspiré toute l’énergie de son être.

C’est à ce drame que pense le visiteur en rapport de cette photographie qui interroge dans ses fondements toute la présence des traces d’une destruction savamment ourdie par l’absolu du Mal. A ces portraits correspond une douceur compassée, profondément encline à vouloir témoigner pour que s’entende, comme les alertes dans l’exposition nous en préviennent, ce cri inversé asphyxiant d’une sidération, souffle de vie disparaissant. Un incendie qui aurait consumé par l’intérieur la puissance ordonnatrice et vitale, naturelle de la vie même.

Le photographe est au chevet de cette invisibilité des traces de ce travail de néantisation, il en mesure l’irrationnel par la présence quand il ressent l l’urgence de vouloir en faire un portrait. C’est une opération forcément complexe, voir là où l’invisible du néant porte encore un peu de cette présence au monde enfui.  Aucun effet ne vient troubler cette instance, la lumière des portraits de Guillaume Herbaut semble apaisante, anormalement claire, non dramatique, sans effet alors qu’un théâtre joue une partition de la présence dans un éclairage de cinéma pour mieux en déployer le symptôme. Guillaume Herbaut est-il à ce moment vivant au pays des ombres, est-il cette ombre lui même descendu aux enfers, où il traque, de l’autre côté du miroir cette lumière de l’âme qui éclaire alors tout ou partie de celui ou celle qui voyage en une autre dimension et qui est déjà en soi un soleil révolu.

Guillaume Herbaut peut-il se reconnaître dans ces vers de la Divine Comédie:

« Par moi on va vers la cité dolente ;
par moi on va vers l’éternelle souffrance ;
par moi on va chez les âmes errantes. »   la Divine Comédie Chant III.

Est-il ce héraut dans une valeur du Psychopompe (Hermès, Orphée, Archange St Michel)  qui accueille les âmes défuntes, ici les corps en souffrance et les âmes en peine, alors qu’il trace pour l’Occident dans une image ouverte la charge négative et douloureuse de la destruction, de la mort et du néant. Il y a une grande composition d’une trentaine de photographies qui scelle l’exposition, des images de tombes  ou chacune montre le visage  de jeunes combattants, hommes et femmes jeunes, merveilleux visages disparus au combat, comme si le photographe au delà de l’émotion tenait à enfoncer le clou du cercueil de nos illusions et cherchait à prévenir par l’endiguement de l’expansionnisme russe, notre frilosité à bien voir le travail du Mal en actes sur cette terre d’Ukraine… au prix que paie encore chaque jour l’Ukraine, premier rempart contre une barbarie qui songe, comme un cancer à s’expandre et à conquérir l’Europe.

S’éprouve, au fond une sorte de rage contenue contre l’injustice et l’adversité, dont l’apaisement ne peut se faire que dans l’ordre du témoignage, parce qu’en témoignant de cette double présence dans l’imparité d’un constat qui s’échange entre cet homme ou cette femme dont il connait l’histoire et la douleur, le drame, et dont il faut se saisir en inscrivant ce témoignage dans l’actualité culturelle, le reporter photographe finit par rejoindre le fond du regard de celui ou de celle qu’il a perçu, senti vibrer… ce retour impossible est aussi celui d’Orphée, comme si toute photographie, tout portrait portait en lui même sa dénégation factuelle pour que s’affiche uniquement la présence désavouée du crime dont il a été l’objet.

Tout le corps de l’image devient ainsi vibrant, scintillant, clair, augmentant la portée de ce qui est retenu, visible et invisible, comme si ce regard, profondément relais de toute volonté et de toute involonté, se déportait vers ce tout percevant, établissant une image ayant traversé plusieurs plans de l’ÊTRE pour devenir signifiante, de son point le plus bas, a son apogée virtuelle. Photographie, par son processus de fabrication, image en tout point, plus bien-disante autant que silencieuse, son message est en tout point certain, nerveux quand le photographe signe ainsi sa présence aux confins de son humanité.

Il est étonnant de pouvoir sentir à travers les photographies de Guillaume Herbaut toute ces réalités traversées et d’avoir le sentiment d’une simplicité, parce que tout y est donné. Un tout s’y inscrit, un voyage retour des enfers,  Eurydice visible et invisible, quand mort et vie se disputent apparitions et disparitions afin que naisse le sens épuré du message en sa chaire apollinienne retrouvée.

J’écrivais il y a de cela quelques temps sur sa photographie : »Face à l’obscurcissement de la vie, une réflexion et une distance sous tendent l’oeuvre. Un rapport au réalisme nourrit en permanence l’ombre de cette photographie dédiée à l’action, hante le hors champ, se dissimule et conduit le photographe dans une sorte de rêve éveillé ou de cauchemar, dont les liens de causalité sont devenus imperméables à la raison. Guillaume Herbaut s’immerge dans la matière fébrile de l’absurde et du mal, sans sourciller, fait face, pour regarder dans les yeux cette réalité qui fuit vers le non sens, chemins obscurs et secrets,  macabres, cercles rouges où la raison, devenue incertaine bascule  vers le drame. La mort, invisible présence, habite l’image, c’est elle qui se perçoit sur les portes de Tchernobyl,  dans les rues sombres, par le jour éclatant, dans la boue ukrainienne ou les intérieurs albanais. » et je pourrais ajouter maintenant aussi en cette Ukraine de l’exposition où s’affirme un solipsisme éclatant.

Pascal Therme, le 12 Octobre 2026
Guillaume Herbaut - Ukraine, le mal qui reste -> 29/11/2026
Académie des Beaux-Arts de Paris - Pavillon Comtesse de Caen 27 quai de Conti, 75006 Paris

07.10.2026 à 10:20

Pour être heureux, vivons cachés - l'architecture furtive

L'Autre Quotidien
Fondre les maisons dans le paysage est très tendance. Mais un problème évident attend les tenants de l'architecture invisible - de l'architecture elle-même, que restera-t-il ?
Texte intégral (2161 mots)

Fondre les maisons dans le paysage est très tendance. Mais un problème évident attend les tenants de l'architecture invisible - de l'architecture elle-même, que restera-t-il ? 

Sonya Rykiel Rive gauche

1. LE CAS DE LA BOUTIQUE RIVE GAUCHE DE SONIA RYKIEL

Réinventé par l’artiste André Saraiva et le directeur de publication du magazine Paradis Thomas Lenthal, le magasin Sonia Rykiel du 175 boulevard Saint Germain devient un lieu hybride entre café et bibliothèque le temps d'une année. Ce pop-up store est désormais rempli de plus de 40 000 livres mis à disposition. Les boutiques de Londres et Tokyo devraient également être ainsi transformées. Le prétexte en est de rendre hommage à la tradition littéraire du quartier de Saint-Germain (Gallimard est en effet à deux pas, ainsi que de nombreux éditeurs installés). Pourquoi pas ? C'est assez ironique de voir l'argent et les efforts déployés pour créer la plus grande fausse librairie du quartier (même si ce sont de vrais livres, attention !) quand Le Divan a disparu, et la Hune perdu beaucoup de son attraction. Du coup, les murs ont disparu pour laisser place à une impressionnante bibliothèque, et les vêtements exposés sur des mannequins ressemblent à des clients perdus dans une FNAC. Dans ce cas, il faut peut-être blâmer la mode de l'understatement. Quelque chose comme nous sommes à ce point la mode que nous pourrions nous déguiser en garage que cela ne changerait rien.

Casa Tepoztlan

2. LE CAS DE LA CASA MEZTITLA AU MEXIQUE

Pour le coup, on ne peut qu'être d'accord avec le choix du jeune studio d'architecture mexicain qui a bâti cette maison, dite Casa Meztitla, au pied de la montagne sacrée El Tepozteco, près de la ville de Tepoztlán, au centre du Mexique. La grandeur naturelle de certains endroits devrait les préserver de toute construction qui se prendrait pour un château de Disneyland (ce devrait être écrit dans une loi), et la modestie des projets s'impose. C'est le seul choix raisonnable.

http://www.edaa.mx/

 

Delugan Meissl Associates

3. LE CAS DU READY MADE DISCRET DU STUDIO DELUGAN MEISSL

Ce studio d'architectes viennois qui fait d'habitude dans le grand vient de mettre sur le marché une maison essentiellement faite de bois qui peut être montée en une semaine. Sa taille : 14,5 mètres de long sur 3,5 mètres de large. Indépendamment de sa beauté, qui est réelle, cette Casa Invisible (c'est son nom) a deux grands intérêts : entourée de surfaces réfléchissantes, elle ne pèse pas sur le paysage, qu'elle ne peut plus que prolonger, répéter, et se démonte facilement pour se transporter ailleurs. La modestie du projet nous séduit. 

http://www.dmaa.at/home.html

 

4. LE CAS DE LA MAISON DANS LES BOIS DU STUDIO REFORM

Izabelin House, Studio Reform

Construite dans les bois près de Varsovie par Marcin Tomaszewski, un architecte polonais à suivre, qui cherche à concilier modernité, environnement et surprise,  la Izabelin House est à l'inverse de la Casa Invisible une grosse structure, faite pour rester bien plantée dans sa forêt et y voir passer les saisons. Là encore, l'effet miroir est recherché, mais en le poussant jusqu'au bout, pour donner l'illusion que le premier étage flotte dans la forêt. C'est saisissant, mais on se demande quand même combien d'oiseaux ou de biches égarées se sont cassés la tête sur ce rez-de-chaussée qui ressemble à un Palais des Glaces. Au moins, c'est une réponse (ou tentative de) au problème évident qui attend les tenants de l'architecture invisible - de l'architecture elle-même, trace humaine par excellence, pour le meilleur et pour le pire, que restera-t-il ? 

http://reformarchitekt.pl/wlasciciel

Izabelin House, Studio Reform

03.10.2026 à 10:42

Chez Miyake, après Pleats Please voici Shell & Core

L'Autre Quotidien
Le Miyake Design Studio, fondé par Issey Miyake en 1970, dévoilait à l’occasion de la récente Design Week milanaise l’exposition « The Paper Log: Shell and Core ». Mené par Satoshi Kondo, directeur artistique et designer du studio, en collaboration avec l’agence d’architecture Ensamble Studio, ce projet expérimental explore les qualités formelles et matérielles d’un sous-produit issu de la fabrication des vêtements plissés. Ce travail s’articule en deux volets complémentaires : Shell (enveloppe), consacré à des objets de mémoire, et Core (noyau), un ensemble de prototypes de mobilier. À la croisée du design et de l’architecture, cette démarche repose avant tout sur la recherche et l’expérimentation.
Texte intégral (1245 mots)

Le Miyake Design Studio, fondé par Issey Miyake en 1970, dévoilait à l’occasion de la récente Design Week milanaise l’exposition « The Paper Log: Shell and Core ». Mené par Satoshi Kondo, directeur artistique et designer du studio, en collaboration avec l’agence d’architecture Ensamble Studio, ce projet expérimental explore les qualités formelles et matérielles d’un sous-produit issu de la fabrication des vêtements plissés. Ce travail s’articule en deux volets complémentaires : Shell (enveloppe), consacré à des objets de mémoire, et Core (noyau), un ensemble de prototypes de mobilier. À la croisée du design et de l’architecture, cette démarche repose avant tout sur la recherche et l’expérimentation.

© Issey Miyake Inc

CORE

La série Core explore le cœur compacté des rouleaux de papier, en proposant une série de prototypes de mobilier conçus à partir d’expérimentations directement menées sur la matière, sans dessin préalable. En raison de la forte capacité d’absorption du papier, certains rouleaux Paper Log sont plongés dans de la cire fondue ou enduits de colle afin de devenir rigides. D’autres sont assemblés et ficelés en faisceaux afin d’éprouver leur résistance structurelle. Ils sont ensuite sculptés, taillés ou déchirés à l’aide de différents outils, comme des ciseaux à bois, des haches japonaises, des scies sauteuses, des meuleuses électriques ou encore une découpe au jet d’eau. En raison du caractère aléatoire de la compression des feuilles dans les rouleaux, chaque prototype est une pièce unique aux qualités organiques. Les différentes couleurs des papiers créent, au moment des découpes, des dessins inattendus. Transformé en objet de design, le matériau devient un tabouret, un fauteuil, un banc, des briques ou une table dont les textures singulières rappellent à la fois le bois et la pierre. Cette approche simple et radicale révèle les qualités intrinsèques du matériau, sa densité comme sa résistance.

© Issey Miyake Inc

PAPER LOG

La collection Pleats Please, lancée en 1988 par Issey Miyake, est une ligne de vêtements plissés, simples et légers, conçus pour s’adapter au corps et au mouvement. Lors du passage des vêtements, déjà cousus, dans la machine à plisser, ceux-ci sont protégés par une fine feuille de papier. Pour faciliter son transport avant son élimination ou son recyclage, les feuilles sont mises en ballots de 80 cm de hauteur pour 40 cm de diamètre, d’où leur nom de Paper Log, qu’on peut traduire par « bûche de papier ». Pour Satoshi Kondo, elle devient le point de départ d’une exploration de nouvelles potentialités, au-delà d’une simple démarche de recyclage : « Le projet Paper Log vise à redonner de la valeur à ce qui était autrefois perçu comme secondaire ou périphérique, en l’observant sous un angle renouvelé, explique le designer. Cette démarche, qui réinvestit un sous-produit du processus de plissage, cherche à dépasser la logique du simple recyclage. Elle ambitionne de transformer une matière résiduelle en une source de simplicité et de poésie dans le quotidien, dans l’esprit même de ce qu’Issey Miyake avait imaginé en créant Pleats Please. »

JP Simard avec Miyake Design Studio le 5/10/2026
Miyake Design Studio - Shell & Core

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