Après le dépouillement de près de 46 % des bulletins, le parti TISZA Party de Péter Magyar — donné largement en tête depuis l’automne 2025 — est désormais en passe de mettre fin à plus de quinze ans de règne du système Viktor Orbán.
Cette alternance historique laissera toutefois la politique hongroise solidement ancrée à droite.
Avec 45,7 % des voix dépouillées, TISZA est projeté à 135 sièges sur 199, un score qui, s’il se confirme, constituerait une rupture historique dans la politique hongroise. Le Fidesz d’Orbán serait relégué très loin derrière.
Pour la première fois depuis 2010, la majorité nationaliste d’Orbán serait renversée dans les urnes.
Cette projection intervient dans un pays officiellement qualifié d’« autocratie électorale » par le Parlement européen en 2022, après une décennie de capture des institutions par le clan Orbán.
La participation a atteint 78 % à 18h30, un niveau record dans l’histoire post-communiste du pays.
Cette victoire de TISZA serait le produit d’une stratégie d’opposition coordonnée, sans précédent en Hongrie.
Le MSZP, Dialogue, LMP et Momentum ont renoncé à présenter des candidats pour concentrer les voix anti-Orbán sur le parti le mieux placé.
Dans un système électoral à forte composante majoritaire, ce retrait sans coalition formelle a été décisif et constitue en soi une forme de « cordon sanitaire ».
Ce retrait a cependant un coût structurel pour le centre-gauche hongrois.
L’opposition socialiste et écologiste sera quasiment absente du prochain parlement, passant de 35 sièges à quelques unités.
La politique hongroise reste ainsi solidement ancrée à droite : FIDESZ-KDNP demeure la deuxième force, et Mi Hazánk (ultranationaliste) conserve une représentation.
La victoire de Péter Magyar représente une alternance, non une rupture idéologique profonde.
Magyar s’est engagé à rompre avec le système Orbán et à renouer avec l’Union européenne.
Sur l’immigration et plusieurs questions de société, ses positions restent proches de celles de la majorité sortante.
Selon les sondages réalisés ces derniers jours, Peter Magyar est en tête des intentions de vote pour les élections législatives hongroises de ce dimanche 12 avril.
Ancien fidèle du Fidesz et favori des enquêtes d'opinion depuis 2025, il pourrait mettre fin aux seize années de règne de Viktor Orbán et ramener la Hongrie dans le giron européen.
Péter Magyar, 45 ans, avocat de formation, est un homme politique bien identifié dans le système hongrois. Il est né dans une famille intégrée dans les réseaux de la transition post-soviétique — son parrain et grand-oncle, Ferenc Mádl, a été président de la République de Hongrie de 2000 à 2005.
Magyar fait ses débuts en politique avec le Fidesz — le parti présidé par Viktor Orbán — dès les années 2000, alors que le parti est dans l’opposition.
Après la victoire de 2010, il est nommé fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, puis rejoint la représentation permanente de la Hongrie auprès de l’Union européenne avant d’intégrer en 2015 le cabinet du Premier ministre Viktor Orbán.
Son ancienne épouse, Judit Varga, a été ministre de la Justice de 2019 à 2023.
Pour Magyar, le tournant intervient en 2024, lorsque la présidente de la République, Katalin Novák, démissionne à la suite de la révélation d’une grâce accordée à un responsable d’orphelinat condamné dans une affaire de pédocriminalité.
Varga, déjà ex-épouse de Magyar depuis leur divorce en 2023, avait donné son aval à cette grâce et annonce au même moment son retrait de la vie politique.
C’est à ce moment que Magyar publie un message sur les réseaux sociaux annonçant démissionner de ses fonctions dans deux entreprises publiques où il siège. Il y déclare que l’idée d’une « Hongrie nationale, souveraine et bourgeoise » — slogan du gouvernement Orbán — n’est qu’un « produit politique » masquant une corruption massive et des transferts de richesses vers des proches du pouvoir.
Magyar, accusé de violence domestique par son ex-femme, reproche à Viktor Orbán et à son chef de cabinet de « se cacher derrière les jupes des femmes ».
Au printemps 2024, il intègre rapidement le parti Tisza (Tisztelet és Szabadság Párt, « Respect et Liberté », PPE), une formation de centre droit fondée en 2020, dont il prend la tête en juillet.
Le parti remporte 29,6 % aux élections européennes de 2024, se plaçant en deuxième position derrière la coalition au pouvoir.
Pour les élections législatives de 2026, le parti adopte une stratégie reposant sur deux piliers : une mobilisation populaire à travers des rassemblements de masse et une présence importante sur les réseaux sociaux, où il répond efficacement aux attaques du gouvernement.
Sa campagne se concentre largement sur les questions intérieures, comme la relance de l’économie et la lutte contre la corruption, ce qui contraste avec l’approche de Fidesz, qui fait surtout campagne sur la question de la guerre en Ukraine, présentant le pays et Zelensky comme une menace pour la Hongrie.
À Budapest, les affiches de Fidesz montrent le président ukrainien avec le message : « Ne laissez pas Zelensky avoir le dernier mot. » Sur d’autres, il apparaît aux côtés de Magyar et d’Ursula von der Leyen, avec le slogan : « Ils représentent un risque. Le Fidesz est le choix sûr. »
À l’inverse, Magyar, promet de rétablir l’indépendance des médias et de la justice, de réancrer la Hongrie au sein de l’Union européenne et de débloquer les fonds européens gelés, mais il se garde de prendre une position tranchée sur une série de question, comme par exemple l’énergie, se montrant favorable au maintien des importations à bas prix de l’énergie russe.
Magyar s’est déjà opposé à une libéralisation de la politique d’immigration et, au sein du PPE, à l’envoi d’armes à l’Ukraine.
Comme le faisait remarquer notre Lettre du dimanche :
« Pour un leader hongrois, ‘Magyar’ est à peu près l’équivalent de ‘de Gaulle’ pour un général Français ou ‘Altman’ pour le CEO d’une boîte d’IA lancée vers la dystopie d’un monde post-humain. »
Cette année, l’homélie pascale de Kirill n’a même pas été communiquée : l’essentiel était ailleurs.
De plus en plus isolé comme leader religieux, le patriarche de toutes les Russies a loué Vladimir Poutine devant un parterre d’oligarques moscovites — et l’homme d’affaires sud-africain Errol Musk, père de l’homme le plus riche du monde.
Dans la nuit du 11 au 12 avril, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies a présidé les offices de la Pâques orthodoxe dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou 1. Comme toute manifestation de l’Église orthodoxe sous le règne de Vladimir Poutine, ces festivités mêlaient habilement liturgie et communication politique.
La cérémonie était l’occasion pour une partie de l’élite politique russe d’afficher sa piété chrétienne mais aussi — et peut-être surtout — sa proximité avec le président russe, présent comme chaque année aux côtés du maire de Moscou Sergueï Sobianine. On trouvait notamment dans l’assistance : la vice-présidente de la Douma, Anna Kouznetsova (qui croit à la « télégonie » et affirme que les femmes ne devraient avoir qu’un seul partenaire au cours de leur vie pour éviter l’affaiblissement de l’enfant du fait de la mémoire de l’utérus) ; le président du Parti libéral-démocrate de Russie et chef du groupe parlementaire correspondant à la Douma, Leonid Sloutski (accusé de harcèlement par plusieurs journalistes) ; le représentant du président auprès de la Cour constitutionnelle, Dmitri Mezentsev (ancien secrétaire d’État de l’Union de la Russie et de la Biélorussie, sous sanctions internationales pour avoir contribué à la déportation et à l’adoption illégales d’enfants ukrainiens) ; le président du conseil d’administration de la Fondation Saint-André le Premier Appelé, Vladimir Iakounine (oligarque proche de Poutine depuis les années 1990, devant sa fortune à l’entreprise publique des Chemins de fer russes et au réseau de sociétés-écrans qu’il a constitué autour d’elle).
À leurs côtés figuraient encore une cosmonaute, le président de la Douma municipale de Moscou, des responsables de grandes entreprises telles que Sberbank et Nornickel, des représentants d’organisations civiques et culturelles proches du Kremlin, et même Errol Musk, le père de l’homme d’affaires Elon Musk, qui aurait profité de sa visite en Russie pour organiser un entretien « bref, mais mémorable » avec Vladimir Poutine — dont la presse russe ne connaît pas, pour l’heure, la teneur.
Comme pour confirmer les fonctions étroitement politiques de cet office, certes retransmis sur les chaînes publiques russes, aucune transcription intégrale du sermon de Kirill n’a été publiée par le Patriarcat.
En revanche, l’Église orthodoxe s’est attachée à rendre publics deux passages dans lesquels le patriarche remerciait, non le Seigneur qui règne sur les cieux, mais le seigneur qui règne sur la terre russe.
La cérémonie a commencé par des remerciements de Kirill à Vladimir Iakounine, ancien collègue de Vladimir Poutine au KGB. Après avoir été son protégé politique et l’un des grands bénéficiaires des privatisations poutiniennes, Iakounine a perdu ses fonctions politiques, mais conservé son influence et sa fortune — à commencer par sa demeure estimée à 60 millions d’euros dans la banlieue de Moscou jadis révélée par Alekseï Navalny. En sa qualité de président du conseil d’administration de la Fondation Saint-André le Premier Appelé, Vladimir Iakounine organise chaque année une cérémonie étonnante : le transport du Feu sacré depuis l’église de la Résurrection du Christ de Jérusalem jusqu’à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. En recevant de ses mains le Feu sacré, le patriarche Kirill a donc adressé ses plus vifs remerciements à Iakounine pour cette nouvelle édition d’un exercice de communication politico-religieuse bien rôdé.
Après l’allumage des cierges au Feu sacré, la procession de la Croix, le chant du canon pascal et la lecture de l’homélie catéchétique de saint Jean Chrysostome, le patriarche a interrompu la liturgie pour s’adresser à Vladimir Poutine à propos du transfert à l’Église de deux icônes inestimables, conservées jusqu’alors dans l’un des principaux musées de Moscou.
À la veille de la fête de l’Entrée de notre Seigneur à Jérusalem s’est produit un événement d’une portée historique.
Par l’entreprise du président de la Fédération de Russie Vladimir Vladimirovitch Poutine, présent en ce moment même parmi nous pour l’office pascal, a eu lieu la remise à l’Église orthodoxe russe de deux grands trésors sacrés, les icônes miraculeuses les plus révérées de notre pays, celles de la Vierge de Vladimir et de la Vierge du Don, toutes deux conservées à la Galerie nationale Tretiakov. Ces deux icônes vénérées ont été restituées à l’Église et se trouvent ici-même, dans la cathédrale du Christ-Sauveur de la ville de Moscou.
Cette décision éminemment politique a un précédent : il y a trois ans, la célébrissime Trinité d’Andreï Roubliov, avait déjà été exposée à la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou malgré d’intenses critiques de la part des responsables des musées et de la société civile, légitimement inquiets de voir cette icône dégradée — du fait de conditions de conservation moins qu’optimales dans la cathédrale — pour un simple motif de propagande politico-religieuse. Après cette annonce, le patriarche a entamé une tirade d’hommage au président russe.
Très respecté Vladimir Vladimirovitch ! En tant que président de notre pays, vous avez accompli bien des choses qui resteront assurément dans l’histoire comme des actes de bienveillance, des actes de toute première importance pour notre Patrie.
Mais l’événement que je viens d’évoquer n’a pas seulement sa place dans l’histoire de la Russie et de l’Église ; il fait désormais partie intégrante de l’histoire du peuple russe.
Nous parlons en effet de la restitution de certaines des plus grandes reliques de la terre russe, devant lesquelles ont prié des générations et des générations de nos ancêtres orthodoxes, des chefs militaires à la veille de combats périlleux, des tsars, des princes pieux et notre peuple orthodoxe lui-même.
Si la conservation de ces icônes dans un musée leur a épargné la destruction, elle ne leur a pas épargné l’outrage. Ces trésors sacrés qui avaient vocation à demeurer dans un temple pour que les fidèles puissent prier devant eux y avaient en quelque sorte perdu leur signification essentielle, cette signification qui dépasse toutes les autres, y compris leur valeur artistique.
Aussi la restitution de ces icônes saintes, sur votre initiative et vos ordres, constitue-t-elle un événement véritablement historique. Dans l’histoire de notre pays, bien des choses seront associées à votre nom et cette décision figurera non seulement dans les annales de l’État russe, mais aussi dans celles de l’Église orthodoxe russe.
Au nom du peuple orthodoxe dans son ensemble, à commencer par les milliers de personnes présentes ici ce soir, je vous remercie de tout mon cœur d’avoir rendu ces trésors sacrés à leur demeure originelle. Que la bénédiction divine soit sur vous, vos proches, vos collègues et tous ceux qui œuvrent aujourd’hui à vos côtés pour le bien de notre Patrie ! Que le Seigneur vous garde !
Dans le cadre de cet échange symbolique de bons procédés, Vladimir Poutine a fait adresser par le Kremlin ses vœux aux fidèles, doublés de cette déclaration aux responsables de l’Église.
Vladimir Poutine L’Église orthodoxe russe, tout comme d’autres confessions chrétiennes, joue un rôle créateur de toute première importance dans la préservation de notre patrimoine historique et culturel d’une richesse exceptionnelle, dans le renforcement des institutions familiales et dans l’éducation des jeunes générations.
Les organisations religieuses accomplissent à ce titre un travail de premier plan, un travail nécessaire, lorsqu’elles s’appliquent à approfondir la coopération avec les organes du pouvoir d’État, à harmoniser le dialogue interreligieux et interethnique en Russie, ainsi qu’à soutenir les participants à l’opération militaire spéciale et leurs familles. Une activité aussi essentielle et diversifiée mérite notre plus profonde reconnaissance.
L’Église orthodoxe russe est un soutien institutionnel majeur de la guerre russo-ukrainienne. Si prompt à parler de « guerre sainte » et de « rachat des péchés » par le « sacrifice » des soldats au front, le patriarche ne l’a toutefois pas évoquée en cette fête de Pâques. En effet, le pouvoir russe tenait à mettre l’accent avant tout sur la trêve pascale. Au même moment, la chaîne Telegram du ministère de la Défense communiquait sur un millier de koulitchi (pâtisserie traditionnelle de Pâques) confectionnés et bénis spécialement pour les soldats qui combattent en première ligne, en publiant même des vidéos de ces gâteaux livrés par drone aux soldats les plus exposés 2.
Cette homélie aux allures de génuflexion devant le président russe contraste d’autant plus vivement avec les homélies pascales prononcées par le patriarche œcuménique de Constantinople et le souverain pontife. Du côté du patriarche Bartholomée, en conflit de longue date avec Kirill et l’Église orthodoxe russe asservie à Vladimir Poutine, l’encyclique pascale de cette année portait un message de paix universelle bien éloigné des appels militaristes qui résonnent dans les églises russes 3.
Quant au message Urbi et Orbi du pape Léon XIV, prononcé sur la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre le dimanche 5 avril, il se plaçait plus résolument encore sous le sceau du pacifisme évangélique 4.