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23.10.2026 à 11:56

Un mariage (vraiment) à la mode par Lubaina Himid

L'Autre Quotidien
Invitée du Festival d’Automne 2026, Lubaina Himid déploie à Paris un projet en deux volets : une installation monumentale à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière et la présentation, au sein des collections du musée, d’une œuvre majeure de son parcours. Quarante ans après sa création, A Fashionable Marriage conserve toute sa force critique et son actualité.
Texte intégral (1038 mots)

Invitée du Festival d’Automne 2026, Lubaina Himid déploie à Paris un projet en deux volets : une installation monumentale à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière et la présentation, au sein des collections du musée, d’une œuvre majeure de son parcours. Quarante ans après sa création, “A Fashionable Marriage” conserve toute sa force critique et son actualité.

Lubaina Himid – Fashionable Marriage installation, Tate Liverpool

Depuis les années 1980, Lubaina Himid construit une œuvre engagée qui interroge les mécanismes de représentation, les récits historiques dominants et les formes de visibilité accordées aux individus et aux communautés marginalisées. À travers la peinture, l’installation ou encore la scénographie, elle explore les questions d’identité, d’appartenance et de mémoire, tout en accordant une place centrale aux expériences diasporiques et aux figures noires et féminines longtemps reléguées aux marges de l’histoire de l’art. Son travail associe rigueur intellectuelle, narration et puissance visuelle, dans une démarche où l’art devient un espace de réécriture et d’émancipation.

Réalisée en 1986, à un moment charnière de la carrière de l’artiste et de l’émergence du Black British Art Movement, A Fashionable Marriage occupe une place fondatrice dans son œuvre. Inspirée de la série satirique Marriage A-la-Mode (1743-1745) de William Hogarth, l’installation transpose l’intrigue au cœur de la société britannique des années Thatcher. Avec humour mordant et sens aigu de la mise en scène, Himid revisite les rapports de pouvoir qui traversent à la fois la sphère politique et le monde de l’art. Margaret Thatcher et Ronald Reagan y apparaissent sous les traits des protagonistes principaux, tandis que les personnages secondaires incarnent critiques, collectionneurs et acteurs du milieu culturel. Au centre de la composition, la figure du domestique noir, reléguée au second plan dans l’œuvre originale, devient le véritable point d’ancrage du récit.

Présentée pour la première fois à Paris, cette œuvre emblématique permet de mesurer l’importance de la réflexion développée par Lubaina Himid depuis quatre décennies. Elle éclaire également les préoccupations qui continuent de nourrir son travail aujourd’hui, comme en témoigne son projet récent pour le pavillon britannique de la Biennale de Venise 2026.

Albert Lepinceau, le 26/10/2026
Lubaina Himid - A Fashionable Marriage-> 10/01/2027

Musée d’Art Moderne de la ville de Paris 11, avenue du Président Wilson 75016 Paris

Lubaina Himid – Fashionable Marriage installation, Tate Liverpool

23.10.2026 à 11:37

Toute une vie à chercher : le parcours à sensations queer de Kae Tempest

L'Autre Quotidien
Le dernier roman de Kae Tempest narre l’histoire de Rothko Taylor qui revient dans sa ville natale d'Edgecliff à sa sortie de prison. Tout a changé versus rien n'a changé. Les souvenirs se mêlent au présent : les tentatives ratées d'Ezra et Meg, ses parents, pour mener une existence décente, et la douceur de Dionne, son regard aimant qui libère. Le combat semble éternel. Rothko se tient là, face à l'avenir, sans savoir si la puissante volonté de rédemption qui l'anime lui permettra de faire la paix avec sa famille et ellui-même.
Texte intégral (888 mots)

Le dernier roman de Kae Tempest narre l’histoire de Rothko Taylor qui revient dans sa ville natale d'Edgecliff à sa sortie de prison. Tout a changé versus rien n'a changé. Les souvenirs se mêlent au présent : les tentatives ratées d'Ezra et Meg, ses parents, pour mener une existence décente, et la douceur de Dionne, son regard aimant qui libère. Le combat semble éternel. Rothko se tient là, face à l'avenir, sans savoir si la puissante volonté de rédemption qui l'anime lui permettra de faire la paix avec sa famille et ellui-même.

« Où que ses yeux se posent, Rothko voyait le passé surgir et foncer pour l'assaillir. La vie, la vraie, c'était encore ce qui arrivait aux autres. Mais cet après-midi, iel se sentit remonter vers la surface. Parce qu'iel était sobre. Et libre. Et vivante. »

Son roman n’est pas autobiographique. Pourtant, difficile de ne pas voir Kae Tempest, devenue homme trans et fameux rappeur outre-Manche, dans le personnage principal de Rothko pour son deuxième et formidable livre. Après des années de prison pour une grosse erreur de jeunesse violente et complexe, iel essaie de se réinsérer dans une vie nouvelle, puisqu’iel a entre-temps décidé de ne plus être une femme et a entrepris une transition. Nouveau démarrage dans une existence cette fois-ci choisie, qu’il faut désormais assumer auprès de celles et ceux qu’on a connus, aimés, détestés ou qui font malgré tout partie de la famille. Nouveau départ aussi pour s’assumer, faire la paix avec soi-même et donc avec les autres, savoir être dans une profonde résilience pour enfin trouver l’apaisement.

Le roman propose un va-et-vient entre le passé de Rothko et sa situation actuelle : on revient largement sur une enfance dans une famille aimante mais très problématique, des amours fortes mais aussi semeuses de troubles (moments superbes dans sa relation amoureuse avec Dionne), et des amitiés tout aussi chaotiques à Edgecliff, petite ville balnéaire un peu pourrie du sud de l’Angleterre, comme bon nombre de cités de cette région un rien sinistrée. Virées foireuses, drogue, alcool, violence urbaine de jeunesse, Rothko vit un peu tout ça de manière à fois réservée mais intense, à fleur de peau selon l’expression commune, jusqu’à la rupture brutale. Et l’emprisonnement. Le contraste, aussi social que romanesque, est évident quand iel s’extrait des barreaux : une fois libéré.e, il faut savoir pardonner, abandonner ses vieux démons, ses jugements, et essayer d’aller de l’avant avec sa nouvelle peau, son nouveau moi, ce qui forcément ne va pas convenir à tout le monde…

Un roman basé sur la récupération de soi par le fait d’assumer ses choix, son genre retrouvé et tout ce que cela fait bouger dans la société et à la vue des autres. Mais finalement c’est le bon chemin puisque c’est celui qui conduit à l’affirmation et à la reconnaissance. Une superbe trajectoire - n’hésitez pas !

JP Dossier de presse, le 26/10/2026
Kae Tempest - Toute une vie à chercher - éditions de l’Olivier

19.10.2026 à 16:09

Woo Jin Joo créé ses contes mythiques à base de sculptures de fibres et d’objets trouvés

L'Autre Quotidien
Pour Woo Jin Joo, tomber par hasard sur une table d’appoint abîmée ou une moufle perdue est l’occasion de créer de la magie. L’artiste, native de Séoul, est connue pour ramasser meubles, vêtements et autres objets abandonnés lors de ses promenades, près de chez elle à Londres, ou sur le chemin de son atelier à Deptford. « Je ne cherche pas activement quelque chose en particulier, mais je les découvre par hasard, et ils prennent alors tout leur sens ; ils stimulent mon imagination », explique-t-elle. « C’est ainsi que j’ai l’impression que nous donnons du sens à nos vies. »
Texte intégral (1682 mots)

Pour Woo Jin Joo, tomber par hasard sur une table d’appoint abîmée ou une moufle perdue est l’occasion de créer de la magie. L’artiste, native de Séoul, est connue pour ramasser meubles, vêtements et autres objets abandonnés lors de ses promenades, près de chez elle à Londres, ou sur le chemin de son atelier à Deptford. « Je ne cherche pas activement quelque chose en particulier, mais je les découvre par hasard, et ils prennent alors tout leur sens ; ils stimulent mon imagination », explique-t-elle. « C’est ainsi que j’ai l’impression que nous donnons du sens à nos vies. »

“A Long Long Time Ago” (2022), viscose thread embroidery, old socks, textiles, wadding, and stainless steel rod, 120 x 60 x 45 centimeters

S’inspirer de l’étrange et du surréel est pour Joo un moyen de transcender les limites de notre perception et d’explorer comment la mythologie et le folklore peuvent offrir différentes voies d’accès à la connaissance et à la sagesse. Elle estime que « même les interactions les plus banales peuvent receler un potentiel de sens et de transformation » et que sa propre expérience de vie entre deux cultures lui a permis d’adopter une approche plus fluide. « Je suis coréano-chinoise et j’ai grandi entre ces deux pays. La culture et les récits de ces pays d’Asie de l’Est façonnent ma mémoire et ma psyché. Mais de la même manière, le fait de vivre physiquement à Londres et la rencontre concrète avec certains objets sont ce qui fait naître certaines images ou idées », confie-t-elle.

À l’instar de nombreux artistes attirés par les objets trouvés, Joo explique qu’une partie de l’attrait d’un matériau oublié ou mis au rebut réside dans la vie qu’il a menée avant d’entrer en sa possession, ajoutant : « Je dois imaginer, construire et trouver un sens à des objets qui ont leur propre histoire. Bien sûr, je ne découvre pas toujours un objet qui m’attire, mais j’ai toujours d’autres idées créatives issues de mon imagination vers lesquelles je peux me tourner. »

“For Those Who Wade” (2025), viscose thread embroidery, suede boots, and stainless steel rod, 190 x 100 x 16 centimeters. Image courtesy ai. gallery, London

L’échelle est également importante pour Joo, et plusieurs œuvres sont aussi grandes que l’artiste elle-même. La hauteur et le poids confèrent une présence qu’une œuvre plus petite accrochée au mur ne peut égaler, incitant les spectateurs à contourner les sculptures et à évaluer la taille des œuvres par rapport à leur propre corps. « Les sculptures les plus grandes me semblent d’autant plus envoûtantes en tant qu’artiste, depuis le processus de conception jusqu’à la production, en voyant ce qui vivait autrefois dans mon esprit venir habiter un coin de mon atelier sous la forme d’un être pleinement animé », explique-t-elle.

Si vous êtes à Londres, passez chez Ruup & Form avant le 13 novembre pour découvrir l’exposition personnelle de Joo, intitulée *Bodily Inbetweenness*. Début 2027, ses œuvres seront également exposées à la Harley Foundation, dans le Nottinghamshire. D’ici là, suivez son parcours sur Instagram.

Associés à de l’argile et à du fil de viscose brillant, ces objets trouvés se transforment en sculptures étranges qui mêlent souvent des corps d’animaux à des éléments d’ameublement domestiques. Des figures à taille humaine, revêtues de costumes à franges blanches et beiges, s’affalent sur le sol ou se tiennent calmement adossées au mur, comme si elles attendaient qu’on leur adresse la parole. D’autres œuvres fusionnent de la même manière des parties du corps avec des formes inhabituelles, notamment l’arc ocre chaussé d’une botte noire de « For Those Who Wade » ou la jambe totémique surmontée d’une table en bois sculpté dans « Murmur ».

Bill Debouillard , le 19/10/2026 d’après Colossal
Woo Jin Joo -
Bodily Inbetweenness

“Murmur” (2025), viscose thread embroidery, a wooden table, and ceramic, 160 x 35 x 27 centimeters. Image courtesy of ai. gallery, London

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