28.08.2026 à 10:42
Cezanne, Zurbarán, Séraphine Louis, Irving Penn… Les plus belles expos de la rentrée dans toute la France

28.08.2026 à 07:00
« J’aime les collectionneurs pour leur liberté, l’originalité de leur regard et leur générosité »

Texte intégral (1149 mots)
L’histoire de l’art aime les génies, célèbre leurs fulgurances, leurs révolutions. Elle s’intéresse plus rarement à ceux qui – avant les musées et le marché – ont su voir un chef-d’œuvre dans une peinture décriée. Gustave Fayet (1865–1925) est l’un de ceux-là et, paradoxalement, l’un des moins connus des collectionneurs français, tout simplement parce que sa collection a été dispersée après sa mort.
Alors que Gauguin est à l’époque largement rejeté, Fayet acquiert 200 de ses œuvres ; il est aussi le principal mécène d’Odilon Redon. Une collection de près de 1 000 pièces comprenant également Cezanne, Van Gogh, Degas, Matisse et Picasso. Passé sous les radars, Fayet, qui était aussi artiste, sera célébré cet automne dans une grande exposition à la fondation Louis Vuitton, à Paris, qui réunit pour la première fois nombre de ces chefs-d’œuvre, aujourd’hui propriété de musées du monde entier, ainsi que ses propres créations.
De l’importance des collectionneurs
On oublie souvent combien nos musées ont été et sont toujours nourris par les collectionneurs. Près de 35 % des collections du Louvre proviennent de dons ou de legs ! À titre d’exemple, le baron Edmond de Rothschild a offert 40 000 dessins et le docteur Louis La Caze 583 peintures de Chardin, Fragonard, La Tour… Près de 40 % des collections du musée d’Orsay proviennent de dons de collectionneurs et environ 50 % pour le Centre Pompidou si on inclut les dons d’artistes et les dations. Aux États-Unis, les collectionneurs remplacent quasiment l’État puisque 70 à 90 % des œuvres du Metropolitan Museum, du MoMA ou de l’Art Institute de Chicago proviennent de dons privés.
Outre leurs donations en France, les collectionneurs proposent depuis les années 2000, à travers leurs fondations, des expositions avec des points de vue et des pièces exceptionnelles. Je pense à Antoine de Galbert, qui prête pour des expositions nombre des œuvres de sa collection atypique et en dehors du marché. Et surtout à François Pinault qui, en plus de 40 ans et près de 10 000 œuvres, a constitué l’un des collections privées les plus importantes au monde.
Un mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix
« Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. »
François Pinault
Mais ce qui la rend unique, c’est l’œil du milliardaire, qui a repéré très tôt des artistes négligés comme David Hammons. Et surtout son choix de privilégier les pièces les plus radicales : « Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. » Ses trois lieux (deux à Venise, un à Paris) offrent à voir ses collections à travers des expositions très différentes de celles des institutions. Un regard à part qui nous nourrit autant que l’histoire de l’art ! Et cela fait école : Laurent Dumas, PDG d’Emerige, va ouvrir à l’automne un centre d’art contemporain consacré à la scène française, à partir notamment de sa collection mais pas seulement.
Il ne faut pas oublier les centaines de jeunes collectionneurs, peu fortunés mais qui eux aussi offrent des œuvres aux musées. J’aime les collectionneurs pour leur liberté, l’originalité de leur regard et leur générosité. Ce qui fait la grandeur, le caractère unique de la culture française, c’est ce mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix, entre nos musées et nos institutions d’une part et, d’autre part, ces collectionneurs extraordinaires et libres.
Gustave Fayet – Collectionneur, créateur
Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
27.08.2026 à 20:00
Les chefs-d’œuvre peuvent-ils nous informer sur le dérèglement climatique ?

Texte intégral (1461 mots)
Un ciel rouge feu, des patineurs sur des lacs gelés en hiver, une volée d’oiseaux qu’on n’entend guère plus chanter… Après l’été difficile que nous venons de vivre en 2026, et si nous regardions la peinture comme une archive climatique ? En cette rentrée, Beaux Arts Magazine répond à dix questions que vous vous posez sur l’art, sans jamais avoir osé le demander.
Pourquoi les sourires sont-ils si rares dans l’histoire de l’art ? Qu’est-ce-que le nombre d’or ? Le syndrome de Stendhal existe-t-il vraiment ? Les artistes ont-ils un don ? Dans cette série, à retrouver ici en intégralité, notre journaliste Malika Bauwens répond de manière aussi précise que concise à ces questions pas si bêtes que vous vous posez sur l’art.
Commençons par le plus emblématique des exemples avec le fameux Cri d’Edvard Munch. En 1893, le peintre norvégien immortalise une silhouette hurlante sous un ciel embrasé.
Dans son journal, l’artiste raconte avoir ressenti « le grand cri de la nature » face à ce ciel brusquement écarlate. Longtemps, les historiens d’art n’y ont vu qu’une projection psychique, l’expression d’une angoisse typique du symbolisme finissant.
Une catastrophe naturelle dans le ciel de Munch
Mais en 2004, des chercheurs de l’Université du Texas proposent une lecture météorologique. Selon les scientifiques, ce ciel correspondrait aux nuages spectaculaires observés jusqu’en Norvège après l’éruption du Krakatoa, en Indonésie, le 27 août 1883 – l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’Histoire.
Hypothèse depuis nuancée par la chercheuse norvégienne Helene Muri, qui évoque plutôt des « nuages nacrés », iridescences stratosphériques liées à la destruction de la couche d’ozone. Volcanique ou polaire, le ciel du Cri garde une part de mystère mais nul doute que Munch représentait (en plus de tourments) un phénomène atmosphérique bien réel.
Les frimas du nord
Autre siècle, autre climat. Au XVIIe siècle, les maîtres flamands et hollandais peignent en boucle des scènes frissonnantes. Dès 1565, avec Les Chasseurs dans la neige, Pieter Brueghel l’Ancien invente l’hiver en peinture – un motif jusque-là quasi absent des toiles religieuses ou agricoles. Suivront Hendrick Avercamp, Adam van Breen, Gijsbrecht Leytens et leurs patineurs joyeux sur canaux gelés. Le géographe Alexis Metzger, qui a passé au crible 500 tableaux hollandais du Siècle d’or, y voit la trace du « petit âge glaciaire », période de refroidissement global qui s’étend de 1300 à 1850 environ.
Pieter Brueghel l’Ancien, Chasseurs dans la neige, 1565
Huile sur bois • 117 × 162 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Bridgeman Images
Gare toutefois à l’image d’Épinal car, selon le scientifique, les hivers glacés ne représentaient que 16,8 % des conditions météorologiques observées. Cette avalanche de patineurs tiendrait autant du fantasme identitaire, à savoir celui d’une jeune nation en guerre contre l’Espagne se rêvant unie sous la glace, que d’un relevé météo fidèle.
Toute une faune qui disparaît
Reste une observation des plus vertigineuses que nous enseignent nombre de tableaux et dessins : la biodiversité perdue. En 1611, Jan Brueghel l’Ancien crée L’Air, une allégorie foisonnante conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon réunissant plus de 60 espèces d’oiseaux européens. Une étude publiée en 2026 dans la revue scientifique pluridisciplinaire américaine PNAS y a repéré une scène inédite. Brueghel a peint une chauve-souris noctule capturant un oiseau en vol, un comportement que la science n’a confirmé qu’en 2025, grâce à des balises embarquées.
Jan Brueghel l’Ancien, Les quatre éléments : allégorie de l’air, 1594
Huile sur panneau • 50,3 × 80,1 cm • Coll. Galleria Doria Pamphilj, Rome • © Luisa Ricciarini / Bridgeman Images
Au-delà de l’anecdote, les chercheurs voient dans cette toile de Brueghel la preuve que les tableaux naturalistes peuvent servir d’archives écologiques. En recensant les espèces représentées à une date donnée, ils permettent de mesurer, des siècles plus tard, l’ampleur du déclin actuel de la biodiversité. Ce même principe est appliqué aux poissons des natures mortes italiennes ou aux bouquets hollandais, révélateurs des routes commerciales – et aujourd’hui des extinctions.