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23.09.2026 à 15:37

La Déclaration Déné (1975)

Archives Révolutionnaires

Depuis plusieurs millénaires, le peuple Déné occupe un territoire – le Denendeh – qui s'étend largement dans le nord-ouest du Canada actuel. Cette région subit progressivement les pressions de l'État colonial canadien et de l'industrie minière à partir de la fin du XIXe siècle, menant à l'appauvrissement et à la marginalisation politique des Dénés. En conséquence, ces derniers s'organisent pour lutter contre le régime canadien, affirmer leur souveraineté et reprendre le contrôle sur leurs institutions. En juillet 1975, environ 300 délégué·es autochtones adoptent à l'unanimité la « Déclaration de la Nation dénée » qui expose leur vision de l'autodétermination pour les Premières Nations, dans une perspective à la fois décoloniale et socialiste. Le collectif Archives Révolutionnaires présente ci-dessous la première traduction intégrale en français de ce texte fondamental pour l'histoire des luttes autochtones au Canada. Ce texte peut encore nous inspirer aujourd'hui, à la fois pour lutter contre l'État colonial et capitaliste, et pour réfléchir à l'instauration de relations égalitaires entre les différents peuples présents sur les territoires d'Amérique.

Un groupe de personnes rassemblées à l'extérieur d'un bâtiment, avec des individus portant des vêtements traditionnels, au milieu d'une prairie.
Indian Brotherhood Hall, Fort Rae, 1971 (Source)

Introduction historique

La situation, actuelle et historique, a de tout temps été désavantageuse pour la nation Déné. Les industries et les gouvernements ont dit une chose au peuple pour ensuite faire le contraire. La vérité doit éclater au grand jour.
Prenons, par exemple, les traités. Les peuples autochtones ont signé les traités de bonne foi, en ne croyant signer rien d'autre que des traités de paix et d'amitié. Lorsque nous avons eu des doutes et que nous avons refusé de signer, le Gouvernement n'a pas hésité à contrefaire des signatures. Depuis ce temps, le Gouvernement a déclaré que les traités étaient des cessions de territoires, et s'est obstiné à prétendre que nous avions cédé nos terres pour 5$ par année par personne.

Notre terre a été envahie, d'abord lentement, puis aujourd'hui rapidement, par les aventuriers, les marchands, les promoteurs et les agents du Gouvernement. Ce sont les soldats d'un système européen. Ils sont venus pour exploiter la terre et ses ressources au bénéfice de la minorité qui contrôle les industries et les grandes entreprises. La nature de la culture industrielle qui s'empare progressivement du Nord est telle que quelques-uns en tireront profit, tandis que la vaste majorité du peuple, qu'il soit blanc ou autochtone, sera dépossédée de son pouvoir.

À l'origine, nous n'avons pas vu d'inconvénient à laisser les premiers explorateurs et les premiers marchands venir dans le Nord. Les marchandises qu'ils apportaient avec eux servaient de compensation pour leur présence, mais d'autres sont venus, et puis encore d'autres. Leurs interférences avec nos coutumes ancestrales se sont fait sentir davantage. Nous ne pouvons les laisser continuer parce que, très bientôt, il sera devenu impossible de vivre du territoire comme nous l'avons toujours fait.

Nous n'avons d'autre choix que de prendre le contrôle du développement du Nord. Nous devons détenir les pleins pouvoirs sur ce développement. Nous voulons contrôler non seulement quand il aura lieu, mais aussi sa nature et à qui il profitera.

Depuis l'arrivée de l'homme blanc, et du développement industriel, les Dénés ont été encouragés à rejoindre son système de marché et de compétition. Pourtant, cette nation a résisté à la pression extérieure. Nous n'avons pas adopté ce système étranger qui monte les personnes les unes contre les autres. Nous avons gardé nos manières de partager la richesse et les ressources. Nous prenons encore soin des jeunes, des aînés et des plus faibles. Nous souhaitons conserver cette société d'égalité et de partage.

Nous sommes une nation, un peuple doté d'une longue histoire et d'une riche culture, une culture qui a survécu à l'invasion de notre territoire. Bien que ce soit un fait établi chez nous – parce que nous sommes le peuple de la nation Déné –, nous le réaffirmons pour ceux qui ne le savent pas ou qui refuseraient notre existence en tant que nation.

Nous l'affirmons parce que plusieurs de nos jeunes, éduqués dans un système étranger, vivent dans la confusion et l'ignorance. Ils ne savent plus comment contribuer à la nation Déné. Plusieurs de ceux et celles qui sont enrôlés par le Gouvernement ou l'industrie se laissent convaincre par leurs façons de faire, et oublient d'où ils viennent. Ces gens ont besoin d'une direction claire.

Nous avons perdu le contrôle de nos terres. Le système légal, le régime fédéral et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, les structures éducatives et le capitalisme industriel : toutes ces instances sont étrangères et servent à nous opprimer dans leur forme actuelle. Le vrai pouvoir est entre les mains de quelques compagnies qui collaborent avec les gouvernements fédéral et territorial.

Audition publique de l'enquête sur le gazoduc de la vallée de Mackenzie à Tulita. (Source).

Les mêmes compagnies opèrent ailleurs dans ce qu'on appelle le tiers monde. Elles s'installent comme chez elles et exploitent les ressources non renouvelables de ces pays pour en tirer profit et extraire ces ressources au bénéfice de pays déjà riches et développés. Certaines personnes des pays pauvres trouvent du travail avec ces compagnies, mais ils sont alors emprisonnés par le système industriel et la société de consommation qui le supporte. Ils perdent alors leur souveraineté et doivent se débrouiller en tant qu'individus – devenir meilleurs que les autres – plutôt que de travailler au bénéfice des masses et de la collectivité.

Il y a plusieurs leçons à tirer du tiers monde pour le peuple Déné. En tant que colonies des puissances impériales, leur développement a été un échec. Ces pays ont tenté de s'extirper de cette situation par les indépendances. Cependant, même après la décolonisation, le pouvoir des corporations soi-disant multinationales a entravé leur développement. Ces compagnies, qui se prétendent « multinationales », ont en fait leurs sièges bien campés dans des nations développées qui restreignent toute indépendance économique. C'est seulement au prix de grands sacrifices qu'une nation peut s'extirper de ce contrôle extérieur.

Notre situation au Nord est la même que celle des peuples du tiers monde récemment assujettis. En tant qu'indigènes dans une société blanche, nous faisons partie du quart monde. Nous sommes devenus Canadiens par décret, et non par un choix libre.

Bien sûr, notre premier choix serait de redevenir un peuple souverain. Nous sommes cependant réalistes et nous connaissons la puissance de l'homme blanc. En même temps, nous, les Autochtones, sommes encore la majorité du Nord. C'est une situation unique en Amérique du Nord, et nous devons en tirer avantage.

Notre désir de survie en tant que peuple nous pousse à réclamer notre droit à un maximum d'indépendance au sein du Canada. Nous devons développer notre propre économie et obtenir l'indépendance politique pour la nation Déné au sein de la constitution canadienne. Nous voulons la pleine gouvernance sur notre territoire et nos ressources.

Par conséquent, nos revendications territoriales doivent inclure non seulement la terre, mais également les mammifères, les poissons, les oiseaux qui vivent dessus, comme les lacs, les rivières, et les minéraux du sous-sol. Plus important encore, il nous faut notre propre système de gouvernance, par lequel nous pourrons développer ces ressources pour notre bénéfice collectif.

Nos droits ancestraux ne veulent rien dire s'ils n'incluent pas les droits exclusifs de chasser, de pêcher et de trapper sur le territoire. Et ces droits, en retour, n'ont aucun sens si le peuple Déné n'a pas le pouvoir de restreindre et d'empêcher la destruction des écosystèmes par le développement industriel.

Là où du développement – c'est-à-dire des mines – a déjà eu lieu, ou pour les prochains développements que nous serions prêts à tolérer, nous nous réservons le droit de percevoir directement des redevances. Ces redevances seraient tirées des revenus des compagnies et ne coûteraient rien au peuple canadien. Nous utiliserons ensuite ces redevances pour financer le développement économique de nos communautés afin de bâtir des sources de richesses plus pérennes que les ressources non renouvelables.

Nous devons mettre en place un plan pour bâtir une économie communautaire. Le schéma actuel de développement colonial nous pousse à rejoindre le salariat en tant qu'employés de compagnies sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Nous voulons renforcer notre économie traditionnelle fondée sur le territoire, et créer des entreprises communautaires viables sous le contrôle du peuple Déné. De cette façon, nos jeunes vont pouvoir demeurer dans nos communautés plutôt que de devoir s'exiler et risquer de perdre leur identité pour trouver un emploi.

Nous devons voir à l'éducation de nos jeunes dans les communautés où les Dénés sont majoritaires. Les écoles locales doivent être contrôlées entièrement par nous. Dans des situations comme à Yellowknife, où nous ne sommes pas majoritaires, nous voulons à tout le moins un droit de regard – ou nos propres écoles.

Là où des gouvernements étrangers garderont une forme de contrôle à cause des traités, nous voulons la pleine reconnaissance de nos droits en tant que nation, en particulier à l'échelle locale. Par exemple, les communautés autochtones doivent avoir les pleins pouvoirs pour légiférer sur l'alcool.

Dans les communautés, ces pouvoirs doivent revenir, pour l'instant, au Conseil de Bande, puis, dans le futur, au Conseil de la Nation Déné.

Le Conseil Territorial doit agir de manière à ne jamais entraver les droits autochtones. La même chose devrait se poursuivre si une majorité blanche réussissait à obtenir un jour le statut de province.

Sans renoncer d'aucune manière à nos droits en tant que premiers habitants du territoire, nous reconnaissons que les personnes non autochtones qui choisissent d'habiter le Nord et de respecter nos droits méritent elles aussi plus de pouvoir concernant la gestion du territoire que les gens du Sud qui sont seulement de passage. Nos organisations autochtones doivent refléter ces nouvelles ambitions et correspondre à l'idéal que nous nous sommes fixé.

La mise en place de ce nouveau système ne sera pas une chose facile. Nous avons beaucoup de travail à abattre à l'interne et à l'externe avant d'y parvenir. Nous aurons besoin de l'effort de toutes les communautés. Un effort commun est nécessaire pour réaliser chaque étape sur la route de l'autonomie de la nation Déné. L'unité est absolument nécessaire pour y parvenir.

Nous devons unir notre peuple à tous les niveaux : unir les communautés, unir les familles, unir les autochtones gouvernés par des traités, les sans-statuts et les Métis, unir jeunes et aînés, traditionalistes et non traditionalistes, unir les régions, les différents peuples, les hommes et les femmes… Nous devons combattre autant les ennemis intérieurs que la menace extérieure.

Il nous faut une gouvernance forte, appuyée par les communautés. C'est le devoir de nos chefs d'ouvrir la voie du développement et de donner le cap. Ces chefs doivent cependant rester ouverts à l'énergie créative du peuple et rester en dialogue avec lui. Notre leadership doit agir en toute transparence et demeurer imputable.

Bien qu'un front uni soit nécessaire pour faire avancer les résolutions prises en assemblée générale et débattues dans les communautés, nous ne nous attendons pas à une uniformité de la pensée, bien au contraire. Il est plus important que jamais de dévoiler les injustices quand elles se présentent dans nos communautés. Plus les gens témoigneront de leurs sentiments et de leurs désirs au leadership, plus celui-ci sera en mesure d'éviter les erreurs et d'implanter ce qui est prioritaire pour le peuple.

Grâce à un leadership fort, nous devons avoir des idéaux et des buts clairs pour notre peuple. Les besoins du peuple doivent être reflétés dans les actions et les objectifs du leadership. Les communautés doivent être impliquées à chaque étape de ce développement. Aucune action ou objectif ne doit échapper au regard du peuple ni manquer aux idéaux de la nation. Ces buts et ces idéaux devraient être révisés par le peuple si la situation venait à changer.

À l'extérieur, nous devons devenir à nouveau un peuple qui fait sa propre histoire. Nous devons devenir des acteurs, et non pas seulement des pions des compagnies et des gouvernements. L'autoroute, les projets de pipelines et de barrages, et même l'urbanisme de nos communautés – tout cela est planifié par d'autres peuples et nous n'avons pu, dans le meilleur des cas, que réagir. Nous devons devenir des acteurs, des planificateurs, en contrôle du développement dans nos communautés et sur notre terre. Nous devons élaborer nos propres plans de développements dont pourront bénéficier nos communautés et l'ensemble de notre peuple.

Devenir les acteurs de notre propre histoire veut dire forger notre futur pour bâtir la nouvelle société autochtone du Nord, qui gardera le meilleur de notre passé et de nos traditions tout en nous permettant de nous développer en tant que peuple. Nous voulons construire une société égalitaire pour l'ensemble du peuple Déné, une société libérée de l'exploitation entre les êtres humains. Nous ne sommes pas opposés au changement, mais il doit se produire selon nos conditions et sous notre contrôle. Assumer ce droit est une tâche ardue, et nous ne pouvons nous permettre d'échouer.

Nous voulons construire une société égalitaire pour l'ensemble du peuple Déné, une société libérée de l'exploitation entre les êtres humains. Nous ne sommes pas opposés au changement, mais il doit se produire selon nos conditions et sous notre contrôle.

Nous savons que des forces très puissantes s'alignent contre nous. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à appeler à l'aide dans notre combat. Nous demandons l'arrêt de tous les projets de développement, comme les pipelines, avant qu'une entente acceptable ne soit signée. Nous demandons la permission, dans nos négociations avec les gouvernements à propos du territoire, de mettre de l'avant nos demandes comme mentionné dans cette déclaration. Nous exigeons que notre droit à l'autodétermination en tant que peuple au sein du Canada soit respecté.

La vaste majorité des peuples du Canada sont comme nous. Ils sont sans pouvoir face aux grandes compagnies et aux gouvernements. Avec l'affirmation de nos droits, ces peuples seront appelés à choisir entre l'unité ou les décisions de promoteurs sans imputabilité et sans principes. En appuyant notre combat, ces peuples peuvent, eux aussi, se libérer.

Nous, les Dénés, devons travailler en commun pour qu'une nouvelle entente territoriale soit possible. Ce serait un premier grand succès, mais ce serait aussi le point de départ de la réalisation de nos objectifs. Nous avons besoin d'un territoire et des leviers politiques pour choisir ce qui advient de ce territoire. Par-dessus tout, il nous faut l'indépendance au sein du Canada.

Assemblée générale du Indian Brotherhood des Territoires du Nord-Ouest, 1971.

La vaste majorité des peuples du Canada sont comme nous. Ils sont sans pouvoir face aux grandes compagnies et aux gouvernements. Avec l'affirmation de nos droits, ces peuples seront appelés à choisir entre l'unité ou les décisions de promoteurs sans imputabilité et sans principes. En appuyant notre combat, ces peuples peuvent, eux aussi, se libérer.

Exemples de déclarations spécifiques

Déclaration sur le développement

Ce que d'autres appellent développement n'est pas nécessairement du développement pour les peuples autochtones. Seul le peuple Déné peut savoir ce que signifie le développement pour la nation Déné. Par exemple, certains prétendent que le pipeline Mackenzie Valley est du “développement”, mais c'est faux pour le peuple déné. Le pipeline peut non seulement détruire notre terre, mais il menace notre mode de vie en tant que nation. Le vrai développement est celui qui renforce notre nation et nos modes de vie.

Le peuple de Tanzanie a été envahi, comme le peuple Déné, par un gouvernement colonial blanc. Aujourd'hui, ce peuple a obtenu l'indépendance et ce qu'il a à dire à propos du développement nous intéresse : « Tout projet qui ne permet pas au peuple de s'impliquer davantage dans l'autodétermination collective et individuelle n'est pas du développement, même si un tel projet amène des revenus ou des bénéfices sanitaires ». En d'autres mots, nous ne pouvons nommer “développement” ce qui ne contribue pas à nous libérer. Le véritable développement doit nous donner plus d'indépendance et de contrôle sur notre avenir.

Le développement véritable signifie la croissance au sein des communautés autochtones, une croissance pas seulement économique, mais culturelle, sociale, politique et spirituelle, une croissance dont la somme est plus grande que ses parties.

Le développement véritable est bâti sur le passé. Il permet de renforcer les pratiques traditionnelles en s'appuyant sur la communauté et sur les savoirs qui y sont liés.

Le développement véritable doit respecter la manière autochtone de faire les choses (qui n'est pas celle des compagnies ou du gouvernement).

Le développement véritable unit et permet à la communauté de se solidifier tant collectivement que dans les rapports entre individus.

Le développement véritable est un développement par la communauté, pas par des étrangers. Cela veut dire un développement par la communauté dans son ensemble, pas seulement par des individus de la communauté.

Le développement véritable veut dire refuser de participer, même comme employés, aux projets étrangers sur lesquels nous n'avons pas le contrôle collectif. Si ces projets devaient avoir lieu tout de même, nous exigerions des redevances et des protections légales et territoriales face à l'afflux de travailleurs blancs.

Le développement véritable veut dire maîtriser localement les savoir-faire, pour que nous puissions ensuite développer nos propres projets.

Le développement véritable veut dire aller chercher l'expertise quand cela est nécessaire, sans pour autant renoncer au contrôle sur les projets.

Le développement véritable veut dire la coopération à l'échelle régionale des communautés du District de Mackenzie (l'unité c'est le pouvoir).

Le développement véritable veut dire choisir nos priorités et planifier à long terme.

Le développement véritable veut dire conserver notre société de partage et d'égalité.

Le développement véritable doit devenir un exemple pour tout le Canada.

Déclaration sur le rôle des organisations autochtones

Voici les buts principaux de nos organisations :

  • Rétablir la souveraineté d'une confédération Déné indépendante.
  • Affirmer l'identité commune de notre peuple.
  • Bâtir une structure économique adéquate pour chaque communauté Déné, afin qu'elles puissent préserver leur indépendance.
  • Devenir l'outil pour servir le peuple Déné au sein des Conseils de bande, des Loges Métis, et d'autres groupes dénés dans ses efforts pour le développement social, culturel, éducatif, spirituel et économique. Parler d'une seule voix face aux enjeux politiques qui touchent le peuple Déné, et travailler en collaboration avec les autres organisations autochtones.
  • Combattre le racisme
    • En combattant l'ignorance et la méconnaissance du peuple Déné au sein de la société blanche
    • En combattant les inégalités économiques au sein de nos communautés et en dehors
    • En combattant la domination culturelle et politique du peuple Dené par l'affirmation de notre indépendance et de notre culture.
  • Être à la hauteur de nos idéaux dans nos actions et notre structure.
  • Contribuer à créer un dialogue constant entre le peuple Déné et son leadership, afin que tous et toutes puissent apporter leurs savoirs et leur expertise.
  • Créer des liens avec d'autres mouvements, les appuyer et collaborer avec eux dans leur lutte pour l'indépendance.
  • Bâtir une société égalitaire pour les Dénés, c'est-à-dire une société libre de tout rapport d'exploitation entre ses membres.

Voici comment nous comptons y parvenir :

  • En signant, de façon prioritaire, une entente territoriale juste et équitable.
  • En abolissant le contrôle colonial. Cela veut dire contraindre les gouvernements à reconnaître l'autorité des structures politiques choisies par notre peuple, qu'il s'agisse des Conseils de bande ou des Loges Métis, du Indian Brotherhood ou de l'Association Métis. Cela veut également dire nous associer uniquement aux projets de développement sur lesquels nous avons le contrôle. Finalement, cela veut dire se sevrer progressivement des subventions gouvernementales, parce que cet argent est une manière de nous contrôler.
  • Par l'éducation politique et culturelle. C'est le devoir des dirigeants et du peuple Déné de s'instruire à propos de la nation et de ses relations avec le reste du monde, par exemple : les entreprises pétrolières, la société coloniale, le gouvernement canadien. Il importe de ne pas garder nos idées pour nous-mêmes. Nous devrions nous rencontrer afin de discuter et d'échanger à propos de notre compréhension de ces relations. Ce genre de dialogue contribue à un véritable développement.
  • Par le développement d'une économie communautaire où les bénéfices sont partagés par l'ensemble de la communauté selon les besoins spécifiques de chacun. Aucun individu ne doit tirer de profits aux dépens de la communauté.
  • Par la coopération et le partage entre les communautés en voie de développement économique.
  • Par l'amélioration du dialogue entre les dirigeants et le peuple, au sein du peuple et entre les individus.
  • Par le contrôle maximal accordé à chaque communauté tout en montrant un front uni au monde extérieur.
  • Par la réduction des inégalités, en premier lieu au sein de nos organisations. Il faut que ces organisations soient démocratiques et égalitaires. Il faut éviter de copier les façons de faire blanches : un patron au-dessus qui dicte la marche à suivre à des employés qui n'exercent aucun contrôle sur leur destinée.
  • Par l'élimination des discriminations liées à l'âge et au sexe. Vieux comme jeunes, hommes ou femmes, tous et toutes doivent participer à la reconstruction de nos communautés.

Déclaration stratégique pour l'atteinte de nos objectifs

Notre objectif est l'indépendance maximale et l'autodétermination du peuple Déné au sein du Canada, grâce à un règlement territorial juste et équitable.

La lutte pour atteindre cet objectif se joue sur deux fronts : un front intérieur et un front extérieur. Notre lutte est semblable à une guerre, mais à une guerre pacifique. Chaque front a ses ennemis et ses alliés. Sur le front extérieur, l'ennemi est ceux qui ne sont pas de la nation Déné et qui résistent ou nous empêchent d'atteindre nos buts. Ce sont les gouvernements et ceux qui les appuient en s'opposant à l'autodétermination du peuple Déné. Sur le front intérieur, le pire ennemi est nous-même à cause de notre manque d'unité et de notre désorganisation. Certains Dénés sont nos ennemis. Ces traîtres n'hésitent pas à tourner le dos à leurs frères et sœurs. Il faut apprendre à les identifier et à pointer du doigt leurs trahisons. D'autres Dénés freinent la cause en oubliant qui est le véritable ennemi. Ce sont les Dénés qui préfèrent les luttes intestines à la résistance. Il y a aussi les Dénés qui ne savent pas encore qui est leur véritable ennemi. C'est à nous de les éduquer et de leur montrer la voie de la résistance.
La lutte implique ces deux fronts. Alors que nous luttons à l'interne pour créer une organisation forte et l'unité de notre peuple, nous luttons pour vaincre l'ennemi extérieur.

S'organiser à l'interne signifie bâtir de l'unité et de la force. Cela veut dire identifier ce qui nous désunit pour montrer la marche à suivre vers la résistance à l'ennemi extérieur. Dans le combat contre l'ennemi extérieur, nous devons à tout prix garder un front uni. C'est en parlant d'une seule voix que nous parviendrons à faire plier l'occupant. Il convient de débattre à portes closes et de ne pas révéler nos dissensions.

Nous devons accepter qu'il existe et qu'il existera toujours des dissensions en notre sein. Si nous restons dévoués à notre objectif, ces dissensions ne devraient pas nous nuire. Si nous gardons en tête que la défaite de l'ennemi commun est plus importante que toutes ces dissensions, nous parviendrons à les surmonter.

Nos différences sont réelles. Les plus marquées sont entre les peuples gouvernés par les traités et ceux qui ne le sont pas, entre les peuples autochtones et Métis, entre les jeunes et les aînés. Il y a bel et bien une différence entre Autochtones et Métis, mais cette différence ne devrait pas nous éloigner de notre but commun. Tant que nous gardons cet objectif d'autodétermination en tête, nous parviendrons à surmonter ces différences.

Les aînés sont notre force et notre sagesse. Ce sont les racines qui mènent à notre histoire, à nos traditions et à notre culture. Les jeunes amènent leur énergie et leur compréhension du monde à la lutte. Ils incarnent le lien vers l'avenir. Souvent les aînés ne respectent pas et ne comprennent pas les jeunes. Souvent les jeunes ne comprennent pas les plus vieux. Nous devons cultiver le respect des jeunes pour leurs aînés et le respect des aînés envers les plus jeunes. Sans ce respect mutuel, nous échouerons, parce que le futur sera coupé de son passé. Dans notre combat contre l'ennemi, nous devons garder en tête que la voie du peuple Déné est différente de celle des peuples européens. Nous devons garder en tête que la situation évolue constamment. Nous devons rester informés du changement et nous adapter pour continuer toujours la lutte.

Portrait d'un homme aux cheveux longs et bouclés, portant une chemise à motifs, avec un regard pensif.
George Erasmus, président de la Nation Déné, en 1977 (Source)

Le Manifeste déné

Nous, les Dénés des Territoires du Nord-Ouest, revendiquons notre droit de former une nation, pour nous-mêmes et aux yeux du monde. Notre combat vise la reconnaissance de la nation Déné par le Gouvernement et le peuple canadiens et par les peuples et les gouvernements mondiaux.

Comme l'Europe a été un jour la terre des peuples européens, que l'Afrique a été la terre des peuples africains, les Amériques, au Nord comme au Sud, ont été la terre des peuples indigènes, les Autochtones et les Inuits. Le Nouveau Monde, comme l'Ancien, a souffert des conséquences de l'impérialisme et du colonialisme. Des peuples et des gouvernements étrangers ont occupé de nombreuses terres – souvent par la force – et imposent leurs façons de faire à nos peuples. Des civilisations et des modes de vie ont ainsi été anéantis.

Le colonialisme et l'impérialisme sont cependant en train de s'éteindre. Les dernières années ont vu l'émergence ou la réémergence de nombreuses nations, nées des cendres des empires coloniaux. Vous trouverez en Europe des pays européens avec des gouvernements européens pour les Européens. Cette réalité s'applique désormais à l'Afrique et à l'Asie, où il existe des gouvernements africains ou asiatiques pour les peuples africains ou asiatiques.

Les Africains et les Asiatiques – peuples du Tiers Monde – ont lutté pour gagner ce droit à l'autodétermination, à la reconnaissance et à l'autonomie nationale, mais les peuples du Nouveau Monde n'ont pas encore réussi cet exploit. Même dans les pays d'Amérique du Sud où la vaste majorité est autochtone, il n'existe aucun gouvernement par et pour les Autochtones.

Aucun peuple du Nouveau Monde n'est parvenu à l'autodétermination ou à être accueilli dans le chœur des nations. Alors que les peuples indigènes du Canada sont une minorité dans leur propre pays, les peuples indigènes des Territoires du Nord-Ouest, qu'ils soient dénés ou inuits, sont une majorité sur ce territoire.

Les Dénés se voient donc forcés de faire partie du Canada, mais le Gouvernement du Canada n'est pas le Gouvernement du peuple déné. Le Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest n'est pas non plus le Gouvernement déné. Nous n'avons pas choisi ces gouvernements, ils nous ont été imposés.

Notre lutte est une lutte pour la reconnaissance de la nation Déné par les peuples et les gouvernements du monde entier.

Bien qu'il existe des réalités avec lesquelles nous devons composer, comme l'existence d'un pays nommé « Canada », nous affirmons notre droit à l'autodétermination et à la pleine reconnaissance de la nation Déné en tant que société distincte.

Nous, de la nation Déné, faisons partie du Quart Monde. Le Tiers Monde a été accepté par la communauté internationale. Le Quart Monde aspire à une même reconnaissance. Le monde doit arriver à trouver une manière d'accueillir le peuple Déné et de reconnaître son existence en tant que nation.

Cette reconnaissance par les peuples du monde entier nous permettra enfin d'exercer librement nos droits en tant que peuple. Nous cherchons à atteindre l'indépendance et l'autodétermination au sein du pays appelé Canada. C'est à cela et rien d'autre que nous faisons référence lorsqu'il est question d'une entente juste pour le peuple déné.

Un homme aux cheveux longs se tenant devant un tableau blanc, expliquant des idées, tandis qu'une femme avec une caméra capture la scène en arrière-plan.
Atelier animé par George Erasmus, 1974. (Source)

23.09.2026 à 15:00

1941 à l'Alcan d'Arvida : grève illégale en pleine guerre mondiale

Rédaction

Quand on m'a suggéré d'étudier la grève de 1941 à l'Alcan d'Arvida, je n'en connaissais rien. Je me suis découvert après coup un lien personnel avec ces événements quand j'ai cherché des informations sur l'emploi de mon arrière-grand-père, Lucien Fortin. Ses deux frères Roland et Albéric et Lucien ont bel et bien participé à cette grève, mais je n'en sais pas plus. On m'en a parlé comme d'un homme dur, notamment avec sa femme, et silencieux. Ma grand-mère m'a souvent évoqué la scène de son père revenant de travailler de son shift de 16 heures, au moment du départ vers l'école, les yeux fatigués et cernés de noir typiques des traces laissées par les lunettes des ouvriers[1] de l'aluminium. Ses mains énormes et son dur travail ainsi que celui de sa compagne, mon arrière-grand-mère, m'ont certainement payé un accès à la petite bourgeoisie et à l'université. À sa mort, on lui a découvert trois cancers, poumons, prostate et intestin, qui avaient certainement à voir avec son travail.

Je remercie ma grand-mère Françoise Fortin et son frère André pour les informations et les souvenirs qu'ils ont partagés avec moi.

Des employés de la cuve 26 de l'usine d'Arvida en 1940.
Des ouvriers de la cuve 26 à l'Alcan d'Arvida en 1940. On voit Lucien Fortin, arrière-grand-père de l'auteur, sur la première rangée (en bas), le quatrième à partir de la gauche. Crédit : Société historique du Saguenay [2].

L'Alcan d'Arvida avant 1941

L'aluminium est l'un des piliers de l'économie du Saguenay au début du XXe siècle. Les cours d'eau et les infrastructures hydroélectriques construites après les années 1920 sont particulièrement propices à cette industrie. Au début de la décennie, de grands industriels américains entrent en compétition au sujet de l'achat de droits sur des terrains et des cours d'eau. Finalement, c'est l'Aluminum Company of America (Alcoa) qui signe des accords. Parmi les terrains obtenus au Saguenay, on compte ceux de la future ville d'Arvida, où les maisons et l'usine commencent à se construire en 1926. Première usine d'aluminium de la région et deuxième au pays, elle emploie beaucoup d'ouvriers, environ 1 650 en 1927. L'Alcoa crée en 1928 une compagnie canadienne, Aluminum Limited, qui allait devenir l'Aluminum Company of Canada (Alcan). En 1932, le capital et l'administration sont surtout canadiens, puis, en 1949, ils deviennent plus internationaux. Grâce au développement rapide de l'usine d'Arvida et de la compagnie, le Canada devient le deuxième producteur mondial d'aluminium en 1927 et le restera jusqu'en 1934, avant de le redevenir pendant la Seconde Guerre mondiale. La stratégie de l'Alcan, différente de celle de l'Alcoa, consiste à conquérir de nouveaux marchés, particulièrement dans l'Empire britannique, en proposant un prix plus bas que celui de ses concurrents européens. Grâce à cet avantage et à sa place sur le marché mondial, l'Alcan force ses concurrents à passer des accords et à partager les marchés. En 1931, ces compagnies forment un cartel afin notamment de maitriser les prix[3]. Au Canada, des chaines de production et plusieurs industries dépendent à divers degrés de l'industrie de l'aluminium[4]. En somme, avant la Deuxième Guerre mondiale, l'Alcan a déjà une importance particulière dans l'économie canadienne en général, mais aussi dans l'économie internationale dans le marché de l'aluminium.

L'importance de l'Alcan s'accroit avant et durant la Deuxième Guerre mondiale, principalement parce qu'à l'époque, l'aluminium sert à la production d'avions et d'armes. En effet, le nombre d'employés passe de 440 à 1 760 entre 1933 et 1939. En 1937, la capacité de production d'Arvida a triplé depuis sa fondation et elle augmentera encore plus jusqu'en 1939. À l'approche de la guerre, la dépendance des Alliés envers l'aluminium canadien augmente. En 1940-1941 – année de la grève –, la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Australie passent plusieurs commandes importantes à l'Alcan, ce qui oblige la compagnie à quadrupler sa capacité productive et à construire une nouvelle centrale électrique. Les gouvernements canadien, britannique et américain financent par des prêts le développement des infrastructures régionales d'Alcan[5]. Pour comprendre la participation à la grève à l'Alcan des travailleurs de la construction, il faut savoir que la nouvelle centrale électrique nécessite divers travaux, ce qui amènera l'entreprise montréalaise Foundation Company of Canada à embaucher environ 10 000 travailleurs, surtout manuels, dont une minorité seulement vient du Saguenay. Ces travailleurs sont très majoritairement canadiens-français[6]. Clarence Decatur Howe, à la tête de plusieurs ministères fédéraux de 1935 à 1948 et surtout ministre des Munitions et des Approvisionnements de 1940 à 1945, s'activa beaucoup pour faire du Canada un centre industriel de guerre des Alliés et ainsi créer de nouvelles industries[7]. Au cours de la guerre, l'État canadien déclare l'Alcan d'Arvida une « industrie de guerre ». Dès 1939, il en fait un des endroits les plus défendus au pays et y installe des artilleurs, des soldats et une « batterie [de canons] antiaérienne pour protéger les installations industrielles[8] ». Peu avant la grève d'Arvida, le ministère du Travail à Ottawa déclare que toute grève ou tout lockout est illégal à moins qu'une Commission de conciliation n'ait été mise sur pied et qu'elle n'ait déposé son rapport[9]. Ainsi, grâce à la guerre, les usines de l'Alcan, et particulièrement celle d'Arvida en raison de sa capacité de production, prennent-elles une importance considérable pour l'État et le capital canadiens, pour l'armée du pays, mais aussi pour celles des Alliés. En fin de compte, elles rendent possible la mainmise de tous ces pays sur le partage du monde et des marchés au cœur de cette guerre.

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Des policiers contrôlent l'accès à l'usine d'Alcan à Arvida, une usine de haute importance pour l'État et le capital canadiens, pendant la Deuxième Guerre mondiale [10]. Crédit : Société historique du Saguenay, Fonds Alcan.

Du côté des ouvriers de l'Alcan, les conditions sont réunies en faveur de la lutte. En 1936, le Syndicat National Catholique de l'Industrie de l'Aluminium d'Arvida, affilié à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), qui deviendra la Confédération des syndicats nationaux (CSN), se forme et signe une première convention collective. Cette syndicalisation se fait à partir de revendications salariales et sous l'impulsion de l'abbé Philippe Bergeron qui, comme tout le mouvement syndical catholique canadien-français, prône et pratique un syndicalisme de concertation empreint de nationalisme. Si la CTCC s'éloigne peu à peu de la doctrine sociale de l'Église, notamment en 1943, et respecte l'autonomie de ses syndicats locaux, cette doctrine transparait encore à l'Alcan[11]. En effet, bien que l'on sache peu de choses sur les pratiques syndicales à l'Alcan avant la grève de 1941, l'orientation générale du syndicalisme après la guerre et jusqu'à aujourd'hui en est une de constante « recherche de coopération syndicale-patronale » selon Patricia Maltais-Tremblay[12]. Les dirigeants de la compagnie ont, de façon habile, aidé à la construction de ce syndicalisme de concertation car ils « ont su très tôt comprendre et s'intégrer [sic] à la culture canadienne-française au point que le fait français est devenu une part de l'ADN de cette multinationale[13] » ; ils ont aussi cherché à maintenir une harmonie sociale dans l'usine. Toutefois, on sait que la plupart des ouvriers de l'usine, dont ceux travaillant dans les salles de cuves, qui commenceront la grève, ne sont pas membres du syndicat en 1941[14]. La formule Rand, qui oblige encore aujourd'hui tous les employés d'un milieu de travail à faire partie d'un syndicat si l'adhésion est votée à la majorité, n'est adoptée qu'en 1946. Par ailleurs, les ouvriers aux cuves sont soumis à des chaleurs extrêmes : la fusion du mélange fondu d'alumine anhydre et de cryolithe se fait à 1000 °C dans les cuves[15] et occupe continuellement 500 ouvriers en 1941[16].

La grève

Les mois précédant la grève qui s'est déroulée du 24 au 29 juillet 1941, l'employeur ne remplit pas ses promesses et ne répond pas aux demandes relatives au salaire, ce qui augmente le mécontentement des ouvriers. Fin juin, plusieurs faits se combinent. D'abord, le boni régulier, qui varie chaque mois, n'est pas annoncé à temps pour faire partie de la paye du 23 juillet. Ensuite, deux nouvelles retenues sur le salaire s'ajoutent, dont une taxe pour la Défense nationale. Enfin, il manque l'indemnité de vie chère promise. Donc, la veille de la grève, la paye est bien moins bonne que prévu. Par ailleurs, le président du syndicat, Alexis Davis, qui avait transmis à l'employeur les demandes des ouvriers, notamment celles du mois de mai, n'avait toujours pas reçu de réponse au moment de la grève. Autrement dit, les rencontres entre le syndicat et l'employeur se poursuivaient, mais restaient sans suite[17].

Le 23 juillet, la période estivale de grande chaleur se poursuit ; la température atteint les 34 °C, ce qui s'ajoute à la chaleur extrême de la fusion dans les cuves. Plusieurs cuvistes perdent connaissance en raison de cette chaleur et des produits inhalés[18]. Un nombre anormal d'ouvriers manquent à l'appel, dont l'un d'eux aux cuves. Trois jeunes ouvriers qui ont écopé de la surcharge de travail aux cuves, décident, sur l'heure du diner, qu'il est temps d'aller revendiquer les dix sous de l'heure supplémentaires attendus depuis longtemps. Ils convainquent des ouvriers des lignes voisines d'aller ensemble demander ces hausses le lendemain. À ce moment-là, il n'est pas question de grève et le syndicat n'est pas au courant de cette initiative[19].

Le 24 juillet, à 16 heures, au changement d'équipes, le défilé des cuvistes porte la revendication salariale initiale et convainc de plus en plus de collègues de se joindre à lui quand il se dirige vers l'entrée principale des ouvriers. Deux cents hommes et une demande salariale dix fois supérieure à celle de départ y arrivent. Au bureau de Johnston, le gérant des travaux de la compagnie à Arvida, cinq cadres de la compagnie somment le comité des délégués ouvriers de retourner au travail, sans quoi il n'y aura pas de discussion, ce que les manifestants refusent. Johnston met alors le comité de délégués au courant du récent avis fédéral sur l'illégalité des grèves. Le département du Travail lui avait bien demandé d'afficher l'avis lorsqu'il le lui avait envoyé plusieurs jours auparavant, mais Johnston n'en avait rien fait[20]. Par conséquent, un ou deux membres du comité retournent travailler. Malgré cela, et malgré la menace de l'illégalité brandie devant le rassemblement des ouvriers par un autre gérant, ceux-ci persistent et se retrouvent bientôt au moins 700. Johnston rend visite au président du syndicat vers 19h30. Ce dernier souhaite également un retour au travail au plus vite et propose soit de satisfaire les demandes, soit de les soumettre à une commission d'arbitrage, ce que refuse la direction[21]. En soirée, les grandes usines deviennent inactives et la grève s'élargit à environ 5 100 employés. Des centaines de grévistes passent la nuit dehors sur le site[22]. Les médias n'ont aucun accès à l'information car le gouvernement la censure[23].

Le 25 juillet, à 8 heures du matin, presque tous les départements sont en grève. Les piquets sont en place. La compagnie fait appel au procureur général du Québec, à la police provinciale et aux départements (ministères) du Travail du Québec et du Canada qui envoient des conciliateurs. L'après-midi, les ouvriers des départements de l'usine forment des comités et formulent des demandes spécifiques à chacun[24]. Plus tard, Alexis Daris, président du syndicat, et Gérard Picard, secrétaire de la CTCC, rencontrent les ouvriers et discutent ensuite avec le conciliateur officiel. Ce dernier rappelle l'illégalité de la grève et propose le retour au travail contre de l'aide pour un arbitrage ; la compagnie promet les maigres augmentations déjà prévues depuis des mois[25].

Le samedi 26, à 7 heures du matin, 2 600 ouvriers de la construction de la Foundation Company of Canada, qui faisaient des travaux non loin de l'usine, se mettent en grève. Ils demandent des augmentations de salaire et organisent un piquetage[26]. On en arrive donc à au moins 7 800 ouvriers en grève, voire 10 600 selon certaines sources[27]. À partir de 11 heures, Johnston et le procureur général du Québec préparent l'évacuation de l'usine et envoient l'armée. Le dimanche 27, vers 11 heures, des agents de la police provinciale et des soldats de Valcartier, soit quelques centaines d'hommes, reçoivent l'ordre d'évacuer les lieux[28]. Le secrétaire de la CTCC et quelques autres arrivent à franchir la ligne de piquetage et entrent dans l'usine pour la première fois. Ils en viennent à convaincre les grévistes qui occupaient l'usine depuis le début de l'évacuer vers midi ; on maintient néanmoins le piquetage à l'extérieur[29].

Le lundi 28 au matin, la grève des ouvriers de la construction prend fin. Une centaine de militaires du Centre d'entrainement de Chicoutimi s'ajoutent aux forces de l'ordre déjà sur place. Du côté de l'usine, un nouveau comité de 11 représentants des grévistes ne peut négocier avec la compagnie et le conciliateur qui ne parlent que de retour au travail[30]. Vers midi, plus de 2 500 ouvriers, réunis dans les salles du syndicat, votent presque unanimement la poursuite de la grève. Les forces policières et militaires profitent de l'absence de ces ouvriers pour lire un Acte d'émeute aux ouvriers restés sur la ligne de piquetage. Le piquetage cesse et les forces de l'ordre font évacuer les lieux. Une source indique que les artères qui mènent aux terrains de l'usine et des bureaux sont barrées par des soldats et des chars d'assaut[31]. Le syndicat et l'employeur s'activent pour ramener les employés au travail, si bien que le 29, le président du syndicat annonce à la compagnie que « le Syndicat a le contrôle et va prendre l'affaire en main[32] ». Une source affirme que les dirigeants syndicaux utilisent des affiches et demandent aux chefs cuvistes, responsables des équipes de travail, de convaincre les ouvriers de retourner au travail. Le syndicat organise un nouveau vote sur la grève. Seuls deux ou trois discours sont prononcés, dont celui du secrétaire de la CTCC. Le syndicat incite à la reprise du travail et promet la poursuite prochaine des négociations[33]. Le retour au travail est voté presque unanimement et à 16 heures, tous reprennent le travail [34]. Le 29 et le 30, Radio-Canada rapporte la conférence de presse du ministre Howe selon qui l'ennemi aurait saboté l'effort de guerre à l'Alcan[35] et qu'une bataille aurait opposé les ouvriers à des policiers et à des dirigeants de la compagnie. En raison de la censure, ce sont les premières informations que reçoivent les médias et la population au sujet de cette grève[36]. Le 30, le président du syndicat et le secrétaire de la CTCC protestent contre ces accusations. Le syndicat négocie avec la compagnie[37].

Le 31, le député de Chicoutimi, Antonio Talbot, publie dans le Progrès du Saguenay, un journal régional catholique, un communiqué où il proteste contre ces accusations[38]. Le 31 juillet et le 1er août, d'autres articles d'enquête et d'opinion (du Droit[39], du Progrès du Saguenay[40] ou encore du Devoir[41]) démentent et critiquent les accusations de Howe, parfois d'un point de vue nationaliste canadien-français. La plupart réaffirment surtout le respect du légalisme par le syndicat et le statut strictement économique de cette grève. Certains voient les accusations comme une attaque anti-Canadiens-français. Tous ont tendance à défendre les revendications ouvrières – l'un d'eux défend même l'illégalité de la grève[42] –, à mettre la faute sur la compagnie, voire à critiquer d'autres industriels, et à valoriser l'effort de guerre. Certains reprennent la métaphore de la zone libre en France pour déclarer « libéré » le terrain de l'usine après l'évacuation des grévistes. Entre le 29 juillet et le 5 août, une partie de la presse anglophone, dont le Montreal Gazette et le Financial Post de Toronto, reprend les accusations de Howe et se déclare contre la lutte des ouvriers car elle nuit à l'effort de guerre[43]. Le sujet est abordé dans les journaux à travers le pays et même aux États-Unis[44].

Le 1er août, les gains des ouvriers sont minimes. La compagnie accorde l'indemnité de vie chère déjà prévue. L'augmentation promise depuis longtemps aux cuvistes est octroyée à tous, peu importe l'ancienneté[45]. Le métal figé dans les cuves les empêchera de fonctionner complètement durant 10 à 12 jours, le temps de le ramener à son point de fusion. La grève aura en tout fait perdre 6,4 millions de dollars de ventes à la compagnie, ce qui équivaut à au moins 120 millions de dollars d'aujourd'hui ![46] Le 15 août, une Commission royale reçoit le mandat d'enquêter sur la légalité des événements et de se pencher notamment sur la responsabilité de quatre ouvriers. Finalement, elle infirmera les accusations de Howe[47].

Comprendre Arvida pour refaire Arvida, pour le mieux

La panique de l'État canadien devant une lutte ouvrière de cinq jours se comprend d'abord par l'extrême importance de l'aluminium pour son économie capitaliste-impérialiste, et ensuite par le repartage des marchés mondiaux que promet la victoire des Alliés. D'autres causes l'expliquent, comme la paranoïa de l'État fédéral et des médias anglophones : la peur d'un sabotage ennemi semble authentique. Des incompréhensions l'expliquent. Un commentaire du président du syndicat sur une « influence extérieure au syndicat » à l'origine de la grève devient, chez le conciliateur gouvernemental, « une influence étrangère[48] ». Mais les incompréhensions et la paranoïa ne sont pas sans fondement. Howe était particulièrement préoccupé par le rôle de l'industrie de guerre du Canada, qui découle de sa vision et de la politique de son ministère. Du fait de son poste de ministre et de son expérience d'homme d'affaires, Howe était aux premières loges pour comprendre l'importance de cette industrie pour la place du Canada dans le monde capitaliste, place qui allait déterminer la part qui lui reviendrait lorsqu'à la fin de la guerre les marchés seraient repartagés. L'obstination des ouvriers à faire une grève illégale qui nuisait à l'effort de guerre a fait craindre une grève antimilitariste et des « idées subversives[49] ». Cependant, il y avait au Canada, au même moment, d'autres grèves dans des industries importantes pour la guerre. Ces grèves n'ont pas subi le même traitement médiatique ni la même répression étatique, notamment à la National Steel Car à Hamilton, où il y a cependant eu intervention de l'État[50]. La grève d'Arvida représentait donc une contradiction nationale. Elle témoignait du peu d'intérêt de ces ouvriers, majoritairement canadiens-français, envers la place du Canada dans la guerre mondiale ainsi que de la position dominante de la nation canadienne-anglaise à l'époque. La nation canadienne-française semblait privilégier les luttes ouvrières à la guerre canadienne : le syndicat, la confédération, les députés et les journaux ont appuyé les ouvriers. Mais ils ont valorisé l'effort de guerre et systématiquement tenté de ramener la lutte à sa seule dimension économique. Il y avait donc aussi une contradiction de classe au sein de la nation. Ainsi cette grève a-t-elle participé à la montée d'un mouvement antimilitariste au Québec et au sein de la classe ouvrière, ce qui a amené l'État canadien à censurer l'information, à envoyer ses troupes et à ouvrir une enquête. En effet, en 1940, le maire de Montréal Camilien Houde avait été emprisonné pour avoir recommandé à ses concitoyens de ne pas s'enrôler[51]. En 1942, le Québec a voté à 73 % contre la conscription, et le Canada anglais pour à 80 %[52]. On sait aussi qu'en général, les Canadiennes et Canadiens à revenus élevés étaient plus favorables à la conscription que la classe ouvrière[53]. Cette grève illustre bien l'idée marxiste de la lutte des classes, selon laquelle toute lutte économique qui s'attaque à un groupe de capitalistes a une dimension politique, c'est-à-dire qu'elle s'attaque à la bourgeoisie en général et à son État. Dans ce cas-ci, les bas salaires des ouvriers et leurs mauvaises conditions de travail, en particulier la chaleur, les ont amenés à affronter directement l'État. Ils ont pu voir la nature capitaliste de l'État et de la guerre.

Bien que les conditions de travail aient été particulièrement difficiles, elles ne permettent pas à elles seules de comprendre pourquoi une grève illégale et nuisible à l'effort de guerre est survenue et a pu se poursuivre. Selon nous, il faut comprendre pourquoi le rapport de concertation employeur-syndicat-ouvriers n'a pas su à ce moment-là canaliser le mécontentement, puis la mobilisation des ouvriers syndiqués et non syndiqués. Rappelons avant tout que le syndicat ne comptait qu'une minorité de membres dans l'usine. Les cuvistes, dont la plupart n'étaient pas syndiqués, n'ont donc pas respecté la ligne du syndicalisme de concertation, à savoir la négociation de la convention collective par la bureaucratie syndicale plutôt que la mobilisation des membres, et le légalisme, c'est-à-dire travailler maintenant et négocier ensuite.

Mais cela n'explique pas pourquoi les syndiqués ont fait grève. D'autant que le syndicat s'intéressait aux problèmes vécus par les non-membres comme les cuvistes et a souvent négocié à ce sujet avec l'employeur. Selon nous, la « jeunesse » du syndicat, qui avait signé sa première convention collective en 1937, a limité son influence sur les ouvriers. De plus, le rapport de concertation général s'est rompu. D'une part, le non-respect de plusieurs engagements de l'employeur et son refus de la négociation pendant la grève ont miné son rapport d'harmonie sociale avec les travailleurs. La contradiction nationale est apparue clairement à cause de la complicité entre l'État canadien et l'entreprise ainsi que l'envoi important de troupes, ce qui a contredit la valorisation habituelle de la culture canadienne-française par l'Alcan. D'autre part, les négociations et demandes répétées du syndicat, totalement infructueuses, avant et pendant la grève, ont montré les limites de ce syndicalisme et de ses méthodes. De fait, le syndicat a d'abord nourri la grève avant d'y mettre fin. Il a tenté de se dissocier du mouvement dans un premier temps, puis il a tenté de favoriser le retour au travail à condition que des revendications soient acceptées immédiatement. Enfin, sa proximité avec les conciliateurs officiels a pu le pousser à organiser une assemblée où il a proposé le retour au travail sans condition. Pour influencer les ouvriers, il a dû prendre la direction du mouvement de diverses manières : tenir les assemblées et les discussions dans les locaux syndicaux, éloigner les ouvriers de l'usine plutôt que de faire des piquets et d'occuper l'usine. Mis à l'écart au début, le syndicat s'est mis à prendre l'initiative des assemblées et de l'organisation, par exemple, de la création du deuxième comité représentant les ouvriers, le « comité des onze ». Il a empêché un affrontement entre les ouvriers et l'armée et la police qui préparaient l'évacuation forcée, en faisant évacuer lui-même l'usine le dimanche. Il a remplacé les délégués ouvriers lors des rencontres avec l'employeur et le conciliateur, ce qui lui a permis de monopoliser l'information et de décider de sa transmission aux ouvriers. Le peu d'expérience syndicale et politique des ouvriers ainsi que l'absence d'organisateurs ont pu les empêcher de proposer rapidement une direction différente de celle du syndicat, ce qui était d'autant plus nécessaire que le rapport de force et la mobilisation leur étaient de plus en plus défavorables. En effet, la grève de la construction avait pris fin le 28 juillet, les militaires étaient de plus en plus nombreux et l'absence des ouvriers de l'usine pendant l'assemblée leur avait perdre les avantages de l'occupation de l'usine et du piquetage.

En somme, les conditions étaient réunies pour que les ouvriers de l'Alcan délaissent la forme de conscience « corporatiste » selon laquelle les intérêts de l'employeur et ceux ouvriers sont liés. Les ouvriers de l'Alcan sont dès lors passés à une conscience de classe qui reconnait la divergence d'intérêts entre eux et leur capitaliste (non la classe capitaliste en entier) ainsi que la nécessité de lutter pour des revendications économiques. Les léninistes considèrent cette deuxième forme de conscience comme « trade-unioniste » : ce n'est pas une conscience révolutionnaire, qui admet l'antagonisme entre les deux classes et la nécessité de la prise du pouvoir et du renversement de l'État. Cela explique pourquoi les ouvriers de l'Alcan ne s'opposaient pas consciemment à la guerre. Mais on peut se demander s'ils n'auraient pas pu, par la suite, développer une conscience révolutionnaire et antimilitariste, grâce à un bilan de la grève qui aurait souligné le rôle de l'État et de la guerre dans l'économie. Ils auraient pu se lier au mouvement ouvrier et organiser des campagnes politiques à partir de leur place dans l'économie canadienne.

Cette analyse des rapports entre conscience de classe, syndicalisme et lutte démontre la centralité du travail de la classe ouvrière industrielle et productive dans l'économie capitaliste. Cela implique que l'organisation de cette classe et de secteurs spécifiques par des militants révolutionnaires est stratégiquement prioritaire. Enfin, l'analyse du développement d'une conscience de classe pendant cette grève montre une fois de plus que les militants et militantes doivent lutter au quotidien aux côtés des ouvriers et ouvrières, appliquer les bonnes méthodes, rendre les syndicats plus démocratiques et combatifs et développer la capacité à faire des grèves illégales ouvertement politiques.

Par Raphaël Simard, travailleur de la construction


  1. Le masculin sera utilisé parce que l'industrie de l'aluminium d'alors n'emploie pas de femmes. Voir Benoît Brouillette, « L'aluminium au Saguenay », L'Actualité Économique, vol. 22, n° 3, 1946, p. 21.
  2. La photo est tirée de l'article d'Émilie Dubreuil, « L'Amérique et nous : “Un barrage, ça s'déménage pas !” », Radio-Canada info, février 2025.
  3. Brouillette, 1946, op. cit., p. 4-8.
  4. Ibid., p. 16-18.
  5. Myriam Gauthier, La propagande de guerre au service de l'aluminium : Alcan et la mobilisation de ses travailleurs pendant la Seconde Guerre mondiale, mémoire de maitrise, Chicoutimi, Université du Québec à Chicoutimi, 2021, p. 21.
  6. Brouillette, 1946, op. cit., p. 10-14.
  7. Musée canadien de la guerre, L'économie de guerre et les contrôles : munitions.
  8. Jean Martin, « La présence militaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean », Saguenayensia, revue de la société historique du Saguenay, vol. 31, n° 1, 1989, p. 18 ; et Myriam Gauthier, 2021, op. cit., p. 23.
  9. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, P.Q., en juillet 1941. Rapport des commissaires, Canada, Bureau du conseil privé, octobre 1941, p. 5.
  10. Source : Ville de Saguenay, Histoire et portrait d'Arvida. La Deuxième Guerre mondiale.
  11. Patricia Maltais-Tremblay, « L'évolution du syndicalisme et des relations du travail chez Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean de 1937 à 2007 : l'implantation progressive d'une culture de concertation syndicale-patronale », Revue française d'histoire économique, n° 4-5, 2015, p. 169-171.
  12. Ibid., p. 179.
  13. David M. Culver, président de l'Alcan, cité dans Maltais-Tremblay, 2015, op .cit.
  14. Le Droit, vendredi 1er août 1941, n° 178, p. 1, 6 et 11.
  15. Brouillette, 1946, op. cit., p. 17.
  16. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 4.
  17. Ibid., p. 7-8 et 10.
  18. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, vol. 54, n° 50, p. 1.
  19. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 8 et 13.
  20. Ibid., p. 10-11.
  21. Ibid., p. 4-5.
  22. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  23. Le Devoir, 21 octobre 1941, vol. 32, n° 244, p. 1.
  24. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  25. Ibid.
  26. Ibid.
  27. Gauthier, 2021, op. cit., p. 21.
  28. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  29. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 5-6.
  30. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  31. Ibid.
  32. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 7.
  33. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  34. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 4 et 6-7.
  35. Le Droit, vendredi 1er août 1941, n° 178, p. 3.
  36. Le Devoir, 21 octobre 1941, op. cit.
  37. Le Progrès du Saguenay, jeudi 31 juillet 1941, op. cit., p. 1.
  38. Ibid, p. 10.
  39. Le Droit, vendredi 1er août 194, op. cit., p. 1-16.
  40. Le Progrès du Saguenay. jeudi 31 juillet 1941, op. cit.
  41. Le Devoir, vendredi 1er août 1941, vol. 32, n° 176.
  42. Le Progrès du Saguenay, jeudi 7 août 1941, vol. 54, n° 51, p. 1.
  43. Le Devoir, 21 octobre 1941, op. cit.
  44. Gauthier, 2021, op. cit., p. 22.
  45. Commission royale chargée d'enquêter sur les événements qui se sont produits à Arvida, 1941, op. cit., p. 10.
  46. Ibid., p. 14.
  47. Ibid., p. 1 et 11-12.
  48. Ibid., p. 13.
  49. Ibid., p. 11.
  50. Le Droit, vendredi 1er août 1941, op., cit., p. 1.
  51. Musée canadien de la guerre, La vie sur le front intérieur : Montréal, ville québécoise en guerre.
  52. Musée canadien de la guerre, La politique et le gouvernement : La conscription.
  53. Jack Lawrence Granatstein, « Le Québec et le plébiscite de 1942 sur la conscription », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 27, n° 1, juin 1973, p. 57.

23.09.2026 à 14:02

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