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22.09.2026 à 14:07

Un ministre israélien menace de retirer leur nationalité à des cinéastes israéliens à cause du documentaire sur Gaza « NAZA »

Lorenzo Tondo, Sian Cain

Le ministre israélien de la Culture a demandé que les réalisateurs israéliens de« NAZA », un documentaire oscarisé sur le massacre de civils perpétré par Israël à Gaza, soient déchus de leur nationalité, les accusant de « trahison envers l'État ».

Tiré de France Palestine Solidarité. Photo : Yuval Abraham et Rachel Szor récompensés à la Mostra de Venise pour leur documentaire NAZA.

« NAZA », produit par le Guardian, tire son nom d'un acronyme utilisé par les services de renseignement israéliens pour indiquer le nombre de civils dont ils prévoient la mort lors d'une frappe aérienne sur Gaza.

Dans le film, les réalisateurs israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor ont interrogé 24 lanceurs d'alerte de l'armée ou des services de renseignement israéliens qui ont décrit les systèmes de ciblage basés sur l'intelligence artificielle utilisés pour bombarder Gaza, lesquels ont tué des dizaines de milliers de civils. Dans une interview, une source affirme que l'autorisation avait été donnée de tuer 500 « NAZA » afin de tuer un membre du Hamas.

Ce documentaire de 80 minutes a remporté samedi un prix spécial du jury au Festival du film de Venise de cette année, après avoir reçu une ovation debout de 25 minutes – un record pour le festival.

Dimanche, le ministre israélien de la Culture, Miki Zohar, a accusé les réalisateurs d'être prêts à « nuire à leur patrie pour s'attirer les applaudissements des antisémites du monde entier ».

« Je vais agir sans délai pour révoquer la nationalité israélienne de ces créateurs méprisables pour trahison envers l'État », a écrit Zohar sur X.

Lundi, Zohar a développé ces propos dans un communiqué : « Ce matin, j'ai écrit au directeur général de l'Autorité de la population et de l'immigration ainsi qu'au directeur général du ministère de l'Intérieur, leur demandant d'examiner la possibilité de révoquer la nationalité israélienne des créateurs du film anti-israélien NZA [sic] pour manquement à la loyauté envers l'État et collaboration avec l'ennemi.

« Je leur ai également demandé d'enquêter sur la manière dont les documents utilisés dans le film ont été obtenus, sur l'identité de la personne responsable de leur obtention, et de déterminer si les actions menées pour les acquérir ou les diffuser pouvaient constituer une aide à l'ennemi en temps de guerre.

« La liberté d'expression n'est pas un passe-droit pour trahir l'État. Quiconque agit contre Israël en temps de guerre doit savoir qu'il y aura un prix à payer. »

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a condamné le film. « C'est choquant. Nous luttons contre l'incitation antisémite mondiale et, lorsqu'elle vient de l'intérieur, c'est intolérable », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. « Et voilà que deux réalisateurs israéliens qui dépeignent les Forces de défense d'Israël comme des criminels de guerre sont applaudis au Festival de Venise. »

D'autres ministres israéliens ont également critiqué les réalisateurs, qui ont remporté un Oscar en 2025 pour leur film No Other Land, consacré aux violences commises par les colons israéliens en Cisjordanie occupée.

« Vous êtes une honte et une source d'embarras pour l'ensemble du peuple israélien. Partez ! », a déclaré sur X le ministre de la Sécurité nationale d'extrême droite, Itamar Ben-Gvir.

« Je suis certain que vos amis, c'est-à-dire nos ennemis du Hamas à Gaza, vous accueilleront à bras ouverts. »

Lundi, le chef d'état-major de l'armée israélienne a affirmé que le film était « fondé sur des calomnies sanglantes, des déformations délibérées de la réalité et de graves accusations mensongères à l'encontre des soldats et des commandants des FDI ».

Eyal Zamir a indiqué que des juristes militaires examinaient « d'éventuelles mesures juridiques concernant le film et les personnes impliquées dans celui-ci ».

L'ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman a qualifié Abraham et Szor de « haineux d'Israël », tandis que l'ancien Premier ministre Naftali Bennett a décrit ce film comme « une horrible calomnie sanglante contre nos fils et nos filles ».

La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël, bien qu'elle soit rarement appliquée. En 2022, la Cour suprême a confirmé que l'État pouvait déchoir des personnes de leur nationalité si elles n'avaient pas fait preuve de « loyauté », par exemple en commettant des actes d'espionnage ou de trahison. La loi a également été élargie en 2023 pour s'appliquer aux personnes reconnues coupables de « terrorisme ». La loi prévoit que le ministre de l'Intérieur doit déposer la demande de déchéance, que le ministre de la Justice doit l'approuver et que des juges doivent la valider.

La maison familiale d'Abraham a été prise pour cible par une foule d'extrême droite après la première mondiale, en 2024, du film No Other Land, qui traitait de la destruction de villages palestiniens en Cisjordanie occupée.

« Nous prenons des risques dans un système qui nous privilégie, dont la caractéristique fondatrice est la suprématie juive-israélienne », a-t-il déclaré au Guardian, ajoutant : « Pour tant de Palestiniens, ce n'est pas une foule d'extrême droite qui vient chez eux : ce sont des bulldozers et des armes financés par les États-Unis.

« Imaginez si un journaliste palestinien à Gaza essayait de faire ce que nous avons fait et appelait de hauts responsables israéliens. Il n'y a aucune comparaison possible. Il serait très probablement assassiné. »

L'armée israélienne a d'abord répondu à NAZA en affirmant qu'elle « rejetait catégoriquement » les allégations formulées dans le documentaire et a critiqué le recours à des témoignages anonymes, affirmant que l'identité des lanceurs d'alerte « ne pouvait être vérifiée ». Dans une réponse ultérieure, l'armée a déclaré que « ces allégations nécessitaient une réponse détaillée, fondée sur des preuves, plutôt qu'un rejet en bloc ».

Certaines personnalités de la gauche israélienne ont salué le film et ses réalisateurs. L'ancien député Yousef Jabareen, président du parti de gauche Hadash, a félicité les réalisateurs pour ce prix, les remerciant d'avoir porté « ces crimes horribles et la réalité brutale à Gaza » à la connaissance de millions de personnes.

Anat Saragusti, responsable de la liberté de la presse au sein de l'Union des journalistes d'Israël, a déclaré : « Le public israélien n'a pas bénéficié d'une couverture en hébreu qui soit ne serait-ce qu'approximativement adéquate de ce qui s'est passé à Gaza. Pendant une grande partie de la guerre, les médias israéliens n'ont pratiquement pas montré le point de vue palestinien : les victimes civiles, les enfants tués, les destructions. Les gens pouvaient trouver ces informations ailleurs s'ils les cherchaient activement, mais elles n'apparaissaient pas dans les grands médias en hébreu. »

Dans un éditorial, le journal Haaretz a exhorté les Israéliens à faire face à ce qu'il a décrit comme la réalité des actions d'Israël à Gaza. « En projetant leur film au Festival du film de Venise, Abraham et Szor tentent de forcer les Israéliens à affronter ce qu'ils savent déjà : qu'il y a une tache noire sur la manière dont Israël mène la guerre à Gaza, pour employer un euphémisme », a écrit Haaretz.

Le groupe militant palestinien Hamas a lancé une attaque contre Israël le 7 octobre 2023, qui a fait 1 221 morts, selon un décompte de l'Agence France-Presse basé sur les chiffres officiels israéliens. Des militants du Hamas ont également emmené 251 otages à Gaza.

Le ministère de la Santé de Gaza a fait état de plus de 73 000 morts au cours des trois années de bombardements israéliens qui ont suivi, dont la grande majorité étaient des victimes civiles.

Un porte-parole de Guardian News & Media a déclaré : « Le Guardian est consterné par la réaction autoritaire à l'égard de NAZA en Israël.

« Yuval Abraham et Rachel Szor sont des journalistes et des cinéastes courageux. Les attaques dont ils font l'objet émanent de personnes qui n'ont pas encore vu le film.

« NAZA s'appuie sur plus de trois ans de journalisme d'investigation. Les témoignages qu'il contient sont véridiques et nous estimons qu'ils méritent d'être entendus. Les entretiens ont été accordés par des sources journalistiques confidentielles.

« Nous défendrons avec vigueur NAZA – ainsi que l'équipe qui l'a réalisé – contre toute attaque ou tentative de censure. »

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22.09.2026 à 14:07

La chute du dernier inuksuk

Gaétan Roberge

Avez-vous entendu ce fracas ? Il ne s'agit pas du bruit de deux tours qui s'effondrent ou celui d'un krach boursier. Mais le bruit du dernier inuksuk qui vient de s'engouffrer dans le pergélisol sociétal dégelé par la bêtise humaine.

Illustration : Un Inuksuk signifiant « qui agit à titre d'humain » en langue inuktitut.

Le péril

Selon la revue Science, la planète Terre s'approche dangereusement de cinq points de bascule qui provoqueront des perturbations climatiques majeures risquant ainsi de créer un terrible et incontrôlable effet domino. Lors du Sommet de Johannesburg sur le développement durable, en 2002, Jacques Chirac déclara : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». La terre et l'humanité sont en péril et nous continuons de fermer les yeux et de nous bercer d'illusions dans une chaise qui craque de partout et repose sur un plancher en train de s'affaisser.
« C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles ». William Shakespeare

La chute
Les cieux s'effondrent dans la stupeur
Les vents se torsadent de fureur
Les océans s'asphyxient de chaleur
L'atmosphère s'intoxique de mortelles vapeurs

Les continents hurlent en se fracassent entre eux
Les arbres se déracinent jusqu'aux cieux
Les saisons s'embrouillent au firmament
Le soleil se glace de neige rouge sang

Les nuits mortes envahissent les jours
Toutes sombres et sans retour
Sans étoiles et sans clarté
Les submergeant de vagues de pluie cendrée

Les êtres s'enfoncent dans leur torpeur
La terreur et la folie fondent en pleurs
La terre et ses créatures agonisent de douleur
La colère des éléments charrie récoltes et labeurs

Les signes du néant pointent à l'horizon
Le sens s'enfonce dans la déraison
L'espoir crache toutes ses illusions
Le temps s'égrène dans la négation

Le destin de l'humanité est en perdition
Tout le vivant tombe en chute libre
Tel un immense caillou en perdition
Plongeant au cœur d'un univers en fusion

L'anéantissement

Nous sommes en 2084, dernière année dystopique du calendrier Grégorien et tout est maintenant terminé. La terre vient d'éructer son dernier souffle d'oxygène. L'asphyxie des océans, la méthanisation de l'atmosphère et la destruction de la stratosphère se sont maintenant achevées. Le magnifique bleu de l'azur s'est décomposé dans les strates de l'obscurité tourmentée par les gaz toxiques qui parasitent les continents. Notre planète est maintenant ensphérée sous un dôme de cendres incandescentes et perdue dans le silence sidéral de l'oubli.

Le monde tel que nous l'avons apprivoisé, exploré, façonné et malheureusement pillé et saccagé jusqu'à l'épuisement a fini par s'effondrer. Toutes les espèces animales, végétales et humaines formant notre extraordinaire biodiversité se sont finalement éteintes dans l'espace-temps. L'obsession insensée, voire scélérate, pour le pouvoir et la richesse de certains humains est parvenue à corrompre les cœurs, obnubiler les esprits et bafouer les droits fondamentaux d'une multitude d'êtres humains : le droit à la vie, à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté. Tout comme Icare, pourtant prévenu des conséquences mortelles, ils ont tout de même osé !

L'ultime chance

Martin Luther écrivait il y a plus de six siècles déjà : « Si on m'apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier ». Ainsi, pour la suite du monde, tous ensemble nous pouvons et devons stopper notre chute dans les entrailles des abysses sidéraux de notre aliénation. Selon un adage populaire : « C'est quand les choses sont au pire que les humains-es sont à leur meilleur ». Oui, il est encore temps.L'Horloge de l'Apocalypse nous annonce qu'il reste 1 minute et 25 secondes avant la fin symbolique du monde. Certains diront que cela représente une tâche surhumaine et pourtant, comme l'écrivait si justement Albert Camus : « On appelle surhumaines les tâches que les hommes (femmes) mettent longtemps à accomplir, voilà tout ». Alors commençons à planter des pommiers, éradiquons les mauvaises herbes et continuons d'ensemencer du sens, de la bonté et de la beauté pour tous et toutes, et surtout pour nos enfants, dans le jardin de l'Humanité.

« Quand on commence à agir, l'espoir est partout. Alors au lieu d'attendre l'espoir, cherchez l'action ». Greta Thunberg

Gaétan Roberge

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22.09.2026 à 14:06

La représentativité

Marie-Ève Mathieu

Après avoir discuté avec quelques candidats et candidates de Québec Solidaire, plusieurs sont déçus de ce qu'ils qualifient de campagne Top-down, une expression qui désigne que tout est décidé dans les officines de la direction et relayé aux autres joueurs sur le terrain. C'était déjà le cas en 2022, il apparait donc que l'on n'a pas changé de stratégie.

Pourtant, nous avions stagné dans les intentions de vote. Au lieu de répéter la même formule qui ne fonctionne pas, pourquoi ne pas avoir misé sur les candidatures locales ? Nous avons plusieurs candidatures de grande qualité, et une bonne manière de rejoindre les citoyens et citoyennes, c'est d'être présents sur le terrain. En plus, l'autobus de campagne se rend dans certaines régions sans avoir prévenu les candidats et candidates locales.

Je critique QS, car je ne sais pas comment cela se déroule dans les autres partis aussi bien que dans ma formation. Il y a tout de même quelques indices des mêmes problèmes. Si au 17 septembre, les cinq partis principaux (CAQ, Conservateur, Libéral, PQ et QS) ont leurs 127 représentants et représentantes, cela s'est fait à l'arraché. Au début de la campagne, la vitesse à laquelle les Libéraux perdaient des candidatures était un peu affolant. Les élections sont à date fixe. Or, que les partis n'aient pas prévu le coup et ne se soient pas assurés d'une bonne représentation dans chaque circonscription montre le manque d'intérêt total des politiciens qui logent à l'Assemblée nationale pour la représentativité. Seuls les chefs comptent ou à peu près. Plusieurs Conservateurs se seraient désistés des débats locaux, tout comme PSPP, d'ailleurs, qui a refusé de participer au débat local de sa circonscription.

En même temps, on voit un essoufflement des manifestants et manifestantes. Le communautaire à boutte a réuni 6000 personnes à Trois-Rivières, après la campagne du printemps, cela n'est pas spectaculaire. Une manifestation contre les violences faites aux femmes a eu 2000 personnes. Ici, je ne blâme pas les organisateurs et organisatrices des mouvements sociaux, pas plus que je ne blâme les candidats et candidates locaux de tous les partis (n'importe qui faisant une campagne électorale, peu importe quelle couleur il défend, fait un vrai travail démocratique), je blâme les grosses machines de comm des grands partis. Nous n'entendons pas les voix dissidentes, ou si peu. Nous n'entendons pas parler des enjeux locaux, ou si peu. Mais surtout qui est là pour écouter ce que les citoyens et les citoyennes ont à dire ?

Qu'est-ce qui crée des réactions ? Le scandale, mais seulement s'il arrive au bon moment, comme lors d'une campagne. Ainsi, un bébé trouvé dans un campement de fortune génère une annonce d'un fonds de 250 millions. Mais, qui se souvient du bébé décédé dans un abribus en octobre dernier à Longueuil ? Sa vie avait-elle moins d'importance ? Bien que ces deux situations soient une tragédie sans nom, elles ne sont pas représentatives. Elles sont certes un symptôme d'une crise majeure. Mais qui oublie-t-on ? Toutes les autres personnes qui étaient présentes sur le campement. Elles sont invisibles et probablement sans voix. Si on est sans domicile fixe et qu'on n'a pas fait ses impôts durant la dernière année, quelle est la probabilité de pouvoir se présenter pour voter au scrutin ? Qui porte ces voix ? Qui les entend ?

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