24.06.2026 à 15:00
Fusillade à Montréal : une attaque contre les femmes et contre l'égalité
MONTRÉAL, le 23 juin 2026 - La Fédération des femmes du Québec (FFQ) exprime ses plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes ainsi que sa solidarité à toutes les personnes dont la vie a été bouleversée par cet acte de violence.
Ce qui s'est passé hier n'est pas un fait divers. Ce n'est pas l'acte isolé d'un homme perturbé. Sur la base des informations disponibles à ce stade, dont un manifeste explicitement antiféministe, la FFQ nomme cet acte pour ce qu'il est : une attaque contre les femmes et contre l'égalité.
Une idéologie, pas une détresse individuelle
Le manifeste de l'auteur de cette attaque relève du mouvement incel (célibataires involontaires). Ce mouvement idéologique repose sur la conviction que les femmes sont responsables de la solitude masculine, que l'égalité entre les femmes et les hommes est une aberration, et que la violence contre les femmes constitue une réponse légitime. Son manifeste prône explicitement un retour à un ordre social où les femmes seraient réduites à un rôle reproductif et appelle à une révolution armée.
Selon Vé Mikaelian, responsable du dossier de l'antiféminisme à la FFQ, « Ce n'est pas la pensée d'un homme seul dans sa chambre. C'est une idéologie structurée, documentée et en croissance rapide, qui produit des victimes réelles. Réduire cet acte à celui d'un loup solitaire ou d'un problème de santé mentale est troublant et dangereux. »
Des chiffres qui auraient dû déclencher l'alarme
Selon Annvor Seim Vestrheim, autrice de l'essai Les incels : du clic à l'attentat, des attaques commises au nom de l'antiféminisme ont causé au moins 15 morts depuis 2014 au Canada. Des recherches démontrent que le volume des messages publiés dans la manosphère a plus que doublé en dix ans, et que les propos ouvertement hostiles aux femmes ont augmenté de plus de 60 %.
Ces données étaient connues. Les signaux d'alerte n'étaient ni faibles ni ambigus.
La normalisation est aussi une violence
« L'antiféminisme ne se limite pas aux forums extrémistes. Il circule dans des discours présentés comme raisonnables, voire humoristiques. On parle de crise de la masculinité. On dépeint l'égalité comme un excès. Les comportements misogynes en milieu scolaire sont en hausse. Ces réalités et leur normalisation ne sont pas sans lien avec ce qui s'est passé hier. » a indiqué Janic Galibois, coordonnatrice générale de la FFQ
Les discours qui banalisent la haine des femmes créent l'environnement dans lequel les idées extrêmes deviennent pensables, puis acceptables, puis actionnables.
Ce que nous exigeons
La FFQ demande que les gouvernements du Canada et du Québec prennent des mesures concrètes et urgentes pour contrer la radicalisation misogyne et s'engagent dans un travail de fond sur le continuum de violences masculinistes.
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23.06.2026 à 22:39
Fusillade à Montréal : prévenir la violence exige plus que des réponses après les drames
Montréal, le 23 juin 2026. À la suite de l'événement tragique survenu hier à Montréal, l'R des centres de femmes du Québec souhaite avant tout exprimer sa solidarité envers les personnes touchées, leurs proches et l'ensemble de la communauté éprouvée par cet acte de violence.
Sans commenter l'enquête en cours ni les circonstances particulières de ce drame, nous croyons qu'il est essentiel de rappeler certains enjeux de fond qui exigent notre attention collective.
Selon les informations rendues publiques jusqu'à maintenant, le manifeste attribué au tireur ferait référence à l'idéologie dite « incel ». Les faits devront être établis avec rigueur. Une chose doit déjà d'être dite clairement : nous ne pouvons pas réduire ces phénomènes à un problème individuel ou à une question de santé mentale.
« Lorsqu'un acte violent est associé à une idéologie de haine, nous avons la responsabilité collective de regarder au-delà du geste lui-même. Le danger ne commence pas au moment du passage à l'acte : il commence lorsque certaines idées de domination se normalisent sans être prises au sérieux. » - Josée Larouche, membre du comité de coordination de l'R et coordonnatrice du centre Ressource pour femmes de Beauport
Le masculinisme est une idéologie qui présente les avancées vers l'égalité comme une menace, transforme des frustrations en ressentiment et qui, dans ses formes les plus radicalisées, peut contribuer à légitimer des gestes violents.
Reconnaître ces phénomènes, c'est comprendre que les idéologies de haine ne naissent pas dans le vide et que la radicalisation ne commence pas au moment où quelqu'un passe à l'acte.
« Nous devons prendre au sérieux les manifestations de la radicalisation antiféministe. Comme d'autres formes de radicalisation, elles se nourrissent de discours haineux, de l'isolement et de la normalisation de la violence. Les reconnaître et les prévenir constituent une responsabilité collective. » - Isabelle Garreau, responsable des dossiers politiques et des communications à l'R
Des recherches en sciences sociales documentent la montée de discours antiféministes en ligne, notamment dans des communautés comme la mouvance « incel », et leur rôle dans des dynamiques de radicalisation et de normalisation de la misogynie, qui peuvent projeter ou légitimer des formes de violence.
Ces idées ne sont pas anodines : elles témoignent d'un recul de l'égalité et nous refusons de les traiter comme de simples provocations.
Bien sûr, toute réflexion sur une fusillade doit inclure la question du contrôle des armes à feu. Réduire l'accès aux moyens de commettre des actes violents est nécessaire. Mais cela ne nous dispense pas d'agir sur les causes.
Prévenir la violence exige d'investir durablement dans l'éducation, l'égalité, la prévention des violences et les ressources communautaires autonomes qui travaillent en amont.
Depuis plus de 40 ans, les centres de femmes effectuent ce travail : briser l'isolement, prévenir les violences, développer le pouvoir d'agir et construire une société plus égalitaire. La campagne « La prochaine est encore en vie » porte ce message : nous n'avons pas à attendre qu'un drame survienne pour agir.
« Nous ne pouvons pas continuer à investir après les drames. Si l'égalité entre les femmes et les hommes est réellement une priorité, alors il faut financer la prévention avec le même sérieux que nous finançons les réponses d'urgence », ajoute Josée Larouche.
Le gouvernement et les partis politiques affirment que l'égalité entre les femmes et les hommes est une priorité. Il est temps de le prouver.
À propos de L'R des centres de femmes du Québec
L'R des centres de femmes du Québec regroupe des centres de femmes présents dans toutes les régions du Québec. Les centres de femmes agissent avec les femmes pour améliorer leurs conditions de vie, lutter contre les violences et les inégalités, et bâtir une société plus juste et égalitaire.
Source :
L'R des centres de femmes du Québec
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