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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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13.02.2026 à 05:00

Niger : Un groupe armé islamiste a massacré des villageois dans l’ouest du pays

Human Rights Watch
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Click to expand Image La police militaire du Niger monte la garde lors d'un rassemblement de partisans de la junte militaire nigérienne devant une base aérienne à Niamey, le 27 août 2023. © 2023 AFP via Getty Images

(Nairobi) – Un groupe armé islamiste a tué 30 civils, dont quatre enfants, ainsi que cinq combattants capturés lors de deux attaques menées dans l’ouest du Niger depuis le 18 janvier 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les attaques de l’État islamique au Sahel (EIS) constituent des crimes de guerre illégaux et manifestes.

Le 18 janvier, des combattants de l’EIS ont rassemblé et exécuté 31 hommes et garçons dans le village de Bossieye apparemment en représailles contre les habitants qui ont refusé de payer la zakat, ou impôt islamique, imposée par l’EIS, et qui ont rejoint des milices pro-gouvernementales. Le 26 janvier, dans le village d’Alfaga Daweyzé Koira, des combattants de l’EIS ont tué quatre hommes et en ont blessé cinq autres qui tentaient de protéger un villageois accusé de collaborer avec l’armée. Les deux villages se situent dans la région de Tillabéri, un foyer d’activité de l’EIS et d’opérations de contre-insurrection du gouvernement depuis une décennie.

Click to expand Image © 2026 Human Rights Watch

« L’EIS cible de manière violente les civils dans la région de Tillabéri », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les massacres récents s’inscrivent dans un schéma inquiétant d’atrocités commises par l’EIS contre des civils et témoignent d’un mépris total pour la vie humaine. »

Entre le 21 janvier et le 4 février, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 13 personnes à distance, dont six témoins des attaques et sept activistes locaux, journalistes et chefs communautaires. Le 6 février, Human Rights Watch a envoyé une lettre au cabinet de la junte pour lui communiquer ses conclusions et demander des réponses au gouvernement. Human Rights Watch n’a pas reçu de réponse.

L’EIS n’a pas revendiqué la responsabilité des attaques, mais d’après les témoins, les assaillants semblaient être des combattants de l’EIS car ils portaient des turbans à bandes rouges déjà vus lors d’attaques précédentes.

En novembre 2025, des combattants de l’EIS s’étaient rendus à Bossieye à bord de six motos et avaient ordonné aux villageois de payer la zakat dans un délai d’un mois. Un habitant, âgé de 45 ans, a expliqué que le chef du village avait demandé aux habitants d’arrêter de payer le groupe armé et, à la place, de prendre part à la milice pro-gouvernementale. « Pour le chef, il était inacceptable de continuer à donner nos vaches et notre millet à quelques individus arrivés sur six motos », a-t-il raconté. « Ce jour-là, je me suis levé et j’ai pris la parole pour demander au chef du village d’être prudent. J’ai dit : “Ce n’est pas de la trompe de l’éléphant qu’il faut avoir peur, mais d’où vient la trompe.” Le chef ne m’a pas écouté. Et l’éléphant est venu. »

À la fin de l’année 2025, des habitants de Bossieye, appartenant pour la plupart à l’ethnie zarma, ont reçu un entraînement et des armes de l’armée et ont constitué une milice pour lutter contre l’EIS.

Des témoins ont indiqué que le 18 janvier, vers midi, des assaillants armés sont arrivés à Bossieye à bord d’au moins 100 motos, provoquant la fuite de nombreux villageois, y compris du chef du village. Ils ont raconté que les combattants ont rassemblé des hommes et des adolescents, en faisant du porte-à-porte et en arrêtant ceux qui tentaient de s’enfuir ou qui se trouvaient à la mosquée pour la prière de 13 heures. Cinq des hommes arrêtés sont connus pour avoir rejoint la milice, mais ils n’étaient pas armés. Une femme a expliqué qu’elle a vu les combattants rassembler des hommes entre la mosquée et la maison du chef du village, mais épargner les femmes et les jeunes enfants. Plus tard, elle a entendu des coups de feu.

Deux hommes de Yatakala, un village voisin, ont déclaré que tard le 18 janvier, le fils du chef du village de Bossieye est arrivé à Yatakala, portant le corps de son père. Le fils a expliqué que des hommes armés avaient attaqué Bossieye, tuant son père et plusieurs autres villageois. Les deux hommes ont raconté qu’ils l’ont aidé à enterrer le corps, puis ont alerté l’armée et demandé de l’aide.

Le lendemain, des forces nigériennes participant à l’« Opération Borkono », une campagne contre les groupes armés islamistes qui a débuté en janvier, sont arrivées à Bossieye, accompagnées de miliciens. Ils ont sécurisé la zone et permis aux villageois d’enterrer les victimes.

Un homme de 42 ans de Yatakala, qui s’est rendu à Bossieye le 19 janvier, a indiqué avoir vu 31 corps près de la mosquée. « Les assaillants les avaient vraiment criblés de balles », a-t-il décrit. « Certains ont été touchés à la tête, aux pieds, aux jambes, au dos. » Un autre homme, âgé de 65 ans, a raconté : « Nous avons creusé quatre fosses communes : dans la première, nous avons mis 9 corps ; dans la deuxième, nous en avons mis 9 autres, et dans la troisième et la quatrième, nous avons mis 6 et 7 corps, respectivement. »

Human Rights Watch a examiné une liste, établie par des habitants, avec les noms de 27 hommes, âgés de 19 à 71 ans, et de 4 enfants, âgés de 15 à 17 ans.

Le 26 janvier, vers 16 heures, des combattants de l’EIS sont arrivés dans le village d’Alfaga Daweyzé Koira à bord de cinq motos. Ils ont fouillé le marché à la recherche d’un homme qu’ils accusaient de collaborer avec l’armée et de recruter pour la milice locale. Comme ils ne l’ont pas trouvé, ils se sont rendus à son domicile, où une foule s’était rassemblée pour le défendre. Un homme de 35 ans qui a échappé de peu à la mort a raconté : « À ce moment-là, ils [les combattants de l’EIS] ont ouvert le feu sur la foule, tuant quatre hommes sur le coup et en blessant cinq autres. »

Après le départ des combattants, « nous avons d’abord aidé à évacuer les blessés, puis nous avons enterré les quatre victimes dans des tombes individuelles au cimetière du village », a expliqué un homme de 37 ans.

Des soldats sont arrivés à Alfaga Daweyzé Koira le 28 janvier et ont exhorté le chef du village à quitter la zone, mais n’ont pas posé de questions sur la situation des autres habitants, y compris ceux blessés dans l’attaque.

Human Rights Watch a examiné une liste, établie par des habitants, des hommes tués, âgés de 23, 25, 34 et 43 ans, et des blessés, âgés de 34 à 60 ans.

Le Niger est gouverné par une junte militaire depuis le 26 juillet 2023, date à laquelle des officiers dirigés par le général de brigade Abdourahamane Tiani ont renversé et détenu le président Mohamed Bazoum, s’engageant à combattre l’insurrection islamiste. Les forces de sécurité nigériennes ont mené de vastes opérations de contre-insurrection, y compris des frappes aériennes, dans la région de Tillabéri, dont certaines ont conduit à de graves violations du droit de la guerre.

L’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a rapporté qu’en 2025, la région de Tillabéri a enregistré le « plus grand nombre de victimes causées par des attaques contre des civils » dans le centre du Sahel, ces attaques étant menées en premier lieu par l’EIS, puis par l’armée nigérienne, et enfin par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin, JNIM), groupe armé lié à Al-Qaïda.

Toutes les parties au conflit armé au Niger sont soumises à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit humanitaire international coutumier. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, de maltraiter toute personne détenue, y compris des combattants capturés, de piller et de détruire des biens civils. Les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. Le gouvernement du Niger a l’obligation d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur son territoire et d’en poursuivre les responsables de manière appropriée.

« Les atrocités incessantes commises par l’EIS à l’encontre des civils sont profondément inquiétantes », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les autorités militaires nigériennes devraient de toute urgence accorder la priorité à la protection des civils, traduire en justice les responsables d’abus et veiller à ce que les victimes et leurs familles reçoivent un soutien adéquat. »

11.02.2026 à 16:25

Australie : Recours excessif à la force contre des manifestants anti-Herzog

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog se retrouvaient face à des policiers à Sydney (État de Nouvelle-Galles du Sud), le 9 février 2026. © 2026 Andrew Quilty

(Sydney, 11 février 2026) – La police de Nouvelle-Galles du Sud a vraisemblablement fait usage d'une force excessive contre des personnes qui manifestaient contre la visite en Australie du président israélien Isaac Herzog, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Une vidéo vérifiée par Human Rights Watch, tournée lors d'un rassemblement à Sydney le 9 février, montre des policiers frappant des manifestants allongés au sol, dispersant violemment des personnes agenouillées en position de prière, courant vers des manifestants et les aspergeant de gaz poivre. Le gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud devrait enquêter sur l'usage présumé de la force excessive par la police, et prendre les mesures disciplinaires appropriées ou poursuivre les responsables.

« L'adoption et l'application par les autorités de Nouvelle-Galles du Sud de restrictions injustifiées à la tenue de manifestations légitimes, au lieu de renforcer la sécurité, ont plutôt ouvert la voie à des abus », a déclaré Annabel Hennessy, chercheuse sur l'Australie à Human Rights Watch. « Le recours excessif à la force par la police contre des manifestants constitue une nouvelle atteinte aux droits en Australie. »

Le président Herzog a entamé une visite officielle en Australie, dont le gouvernement l’a invité après l'attaque du 14 décembre 2025 contre des personnes célébrant une fête juive à Bondi Beach, dans la banlieue de Sydney. Cette visite a déclenché des manifestations généralisées à Sydney et ailleurs en Australie ; en septembre 2025, un rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le Territoire palestinien occupé a accusé Isaac Herzog et d’autres dirigeants israéliens d'« incitation directe et publique à commettre un génocide » à Gaza. La police de Sydney, appliquant des ordres spéciaux du gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud, a empêché les manifestants de défiler, ce qui a donné lieu à des affrontements et à des dizaines d'arrestations.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux journalistes qui ont couvert la manifestation à Sydney et deux observateurs juridiques, des observateurs indépendants qui contribuent à protéger les droits des personnes lors des rassemblements publics. Human Rights Watch a également vérifié des vidéos des manifestations publiées sur les réseaux sociaux ou partagées directement avec des chercheurs. Dans le cadre des préparatifs de la visite d’Isaac Herzog, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a accordé à la police des pouvoirs supplémentaires, dont celui d’ordonner à des personnes de « s’éloigner » (« move on »), lors des manifestations prévues. En décembre, le parlement de cet État a par ailleurs adopté des lois qui restreignent les manifestations dans le quartier central des affaires de Sydney. Ces mesures font suite à de précédentes restrictions du droit de réunion pacifique par les gouvernements successifs de Nouvelle-Galles du Sud, au cours des dernières années.

Le 9 février, la police a cherché à empêcher les manifestants de défiler après un rassemblement devant la mairie de Sydney. Le commissaire adjoint de police, Peter McKenna, a déclaré que les policiers avaient été « menacés, bousculés et agressés » et qu'ils devaient faire usage de pouvoirs spéciaux pour éloigner les manifestants du quartier central des affaires. La police a déclaré avoir arrêté 27 personnes et inculpé plusieurs personnes, notamment pour violation de l'ordre public et agression. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier les accusations portées contre les personnes arrêtées et inculpées. Cependant, Human Rights Watch a vérifié des images montrant des policiers frappant des individus alors qu'ils les maîtrisaient. Dans deux vidéos authentifiées, filmées sous différents angles près de la mairie, on voit deux policiers frapper à plusieurs reprises un manifestant immobilisé à la tête et au torse. Dans l'une des vidéos, on peut voir des marques rouges sur le torse du manifestant et entendre une voix crier « Arrêtez ! Arrêtez ! »

Quatre autres vidéos publiées en ligne et vérifiées par Human Rights Watch montrent des dizaines de policiers poursuivant un groupe de manifestants sur Bathurst Street. On voit un policier pulvériser à plusieurs reprises ce qui semble être du gaz poivre vers le visage d'un manifestant.

Deux journalistes qui ont couvert l'événement ont déclaré que malgré la colère exprimée par la foule contre la police qui l'empêchait de défiler, ils n'avaient observé aucun manifestant commettre des actes de violence. Nabil Al-Nashar, l'un des journalistes, a déclaré avoir couvert au moins deux douzaines de manifestations à Sydney au cours des deux dernières années et que c'était la première fois qu'il était témoin d'un tel niveau de violence policière. « J'avais déjà assisté à des arrestations lors d'autres manifestations, mais elles étaient rares et jamais violentes », a-t-il déclaré.

L'autre journaliste, Andrew Quilty, qui a également largement couvert les manifestations à Sydney, a déclaré que la police était « nettement plus agressive que ce à quoi je suis habitué de la part de la police à Sydney ». Il a déclaré avoir vu la police utiliser ce qui semblait être du gaz poivre, mais n'avoir « vu aucune provocation physique particulière de la part des manifestants qui aurait pu les inciter à l'utiliser ».

Rebecca Payne, une observatrice juridique, a déclaré que la police avait aspergé de spray au poivre plusieurs personnes dont elle-même, avant de de se lancer contre la foule près de l'Hôtel de ville de Sydney. Elle a déclaré qu'elle filmait la manifestation lorsque la police a aspergé la foule et « a commencé à frapper, bousculer, pousser et se ruer contre » les manifestants.

Le spray au poivre l'a temporairement aveuglée, alors que les policiers ordonnaient aux manifestants de bouger. Ils ont poussé les manifestants dans une zone difficile à traverser et qui nécessitait de passer sous une barrière physique. Elle a déclaré avoir fini par se réfugier dans un magasin situé non loin de là, et avoir ensuite reçu des soins hospitaliers pour son œil. Elle a partagé avec Human Rights Watch une vidéo de l'incident et une photo de sa blessure. Dans la vidéo, on voit un policier pulvériser ce qui semble être du spray au poivre en direction de Rebecca Payne et d'autres personnes dans la foule.

Une autre observatrice juridique, Alison Whittaker, a déclaré que la police l'avait frappée à plusieurs reprises, poussée et aspergée de spray au poivre. Elle a déclaré qu'un policier avait saisi son téléphone et l'avait jeté dans la foule, et qu'il avait retiré ses lunettes de protection, qu'elle portait pour se protéger du spray au poivre, et les avait jetées. Les deux observatrices juridiques portaient des gilets haute visibilité qui identifiaient leur rôle.

Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud soutient que ses nouvelles lois sont nécessaires pour la sécurité publique. Cependant, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, a averti que ces lois « violent clairement le droit international » en restreignant sans discernement les droits des manifestants respectueux de la loi. Il a également déclaré que ces lois entravent la collaboration constructive entre la police et les organisateurs qui peut atténuer les risques. D'autres manifestations récentes à Sydney, facilitées par les autorités, se sont déroulées sans incident majeur.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Australie est partie, défend les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique. Toute réponse des forces de l'ordre aux manifestations doit respecter les normes internationales. Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois stipulent que les forces de sécurité doivent recourir à des moyens non violents avant d'utiliser la force. Lorsque cela est nécessaire à des fins légitimes d'application de la loi lors d'un rassemblement, seule la force minimale nécessaire peut être utilisée.

Le spray au poivre (ou « aérosol au gaz poivre ») est un irritant chimique portable utilisé pour neutraliser un agresseur violent, ou pour aider à arrêter un suspect qui résiste violemment. Selon les Lignes directrices des Nations Unies sur les armes à létalité réduite dans le cadre de l'application des lois, les irritants chimiques ne devraient être utilisés « que lorsqu’un responsable de l’application des lois a des raisons de penser qu’il existe un risque imminent de blessures ».

« L'usage excessif de la force par la police de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney montre que les lois anti-manifestations ne rendent pas la communauté plus sûre », a conclu Annabel Hennessy. « Au lieu de restreindre le droit des personnes à se réunir pacifiquement, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud devrait réformer ses lois afin de garantir leur conformité avec les normes internationales en matière de droits humains. »

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Articles

LaLibre.be

 

11.02.2026 à 06:00

Maroc : Des travaux de rénovation du palais d’un prince saoudien à Tanger demeurent impayés

Human Rights Watch
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Click to expand Image Vue aérienne du port de Tanger, situé au nord du Maroc face au détroit de Gibraltar séparant le Maroc de l’Espagne, le 7 juillet 2024. © 2024 Wilfrid Esteve/Hans Lucas/AFP via Getty Images

(Beyrouth, 11 février 2026) – Au moins cinquante entreprises marocaines et des centaines de leurs employés n’ont toujours pas été rémunérés à hauteur d’au moins 5 millions de dollars US pour des travaux de rénovation et d’entretien menés dans un palais de Tanger appartenant à un prince saoudien, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Les représentants des entreprises marocaines ont affirmé que leurs efforts pour recevoir leur rémunération avaient été vains, en dépit des assurances répétées des entreprises saoudiennes et des représentants du palais, qui leur ont promis qu’ils seraient payés. L’identité des entités ou des entreprises qui sont responsables de l’absence de paiement n’est pas claire à ce jour.

« Il est inadmissible que des entreprises saoudiennes supervisant un projet de palais de grand luxe conduisent des entreprises marocaines et leurs travailleurs au bord de la faillite », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Ce mépris total du droit de centaines de travailleurs à être payés pour leur labeur, y compris à travers des pratiques déloyales en matière de sous-traitance, devrait être rectifié de toute urgence. »

En 2023, le bureau du prince saoudien Turki bin Mohammed bin Fahd bin Abdulaziz Al Saud, ministre d’État, membre du Conseil des ministres et parent du prince héritier Mohammed bin Salman, a engagé deux sociétés saoudiennes, Modern Building Leaders (MBL) et Innovative Facility Management and Services (IFAS). Ces entreprises devaient rénover et restaurer un palais appartenant au prince à Tanger.

D’après les documents étudiés et les entretiens avec des représentants des entreprises marocaines affectées, les sociétés saoudiennes ont confié des travaux à au moins 50 sous-traitants marocains, mais ont supposément cessé de payer le travail, les matériaux et les services à partir d’octobre 2024, pour un manque à gagner atteignant au moins 5 millions de USD. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette somme de façon indépendante. Les sociétés saoudiennes ont effectué plusieurs paiements partiels à certains sous-traitants en janvier, avril et mai 2025, d’après les entretiens et les documents que Human Rights Watch a pu consulter.

En conséquence, au moins onze sociétés marocaines affirment qu’elles risquent le dépôt de bilan et que des centaines de leurs employés ont perdu leur gagne-pain. Les autorités saoudiennes et marocaines devraient coopérer pour veiller à ce que toute somme due soit payée en totalité, a déclaré Human Rights Watch.

En novembre et en décembre 2025, Human Rights Watch a interrogé quatre représentants des sous-traitants marocains concernés, trois travailleurs affectés ainsi qu’une autre source bien informée du dossier. Human Rights Watch a écrit au bureau du prince Turki et aux entreprises saoudiennes le 10 décembre, mais n’a pas reçu de réponse de leur part. Aussi bien les responsables des entreprises que les travailleurs interrogés ont souhaité demeurer anonymes pour éviter les représailles.

Human Rights Watch a consulté la correspondance électronique entre les sous-traitants marocains, les autorités marocaines, MBL, IFAS et le bureau du prince Turki, des lettres que les sous-traitants ont adressées à l’ambassade saoudienne au Maroc et au prince héritier Mohammed bin Salman, des reportages des médias ainsi qu’un compte-rendu écrit d’une réunion entre les représentants des sous-traitants marocains, MBL, IFAS et le bureau du prince Turki, détaillant les sommes impayées qui sont réclamées.

Les personnes interrogées ont déclaré que la dernière fois que les entreprises saoudiennes avaient payé leurs sous-traitants marocains en totalité remontait à octobre 2024. Ensuite, des paiements partiels ont été versés à certains sous-traitants, notamment en janvier, avril et mai 2025. Quatre sous-traitants ont 75 000 USD de créances, trois, entre 75 000 et 150 000 USD et quatre autres, plus de 150 000 USD.

« Le capital [social] de chaque société s’élève à peine à un million de dirhams marocains [environ 107 900 USD] », a témoigné un des sous-traitants. « Même s’ils nous réglaient maintenant, cela ne réparerait pas tous les préjudices qui ont été portés à nos entreprises et à nos vies. » 

Les personnes interrogées ont déclaré que les sous-traitants n’avaient pas été en mesure de payer ou de garder des centaines d’employés et qu’ils faisaient face à une accumulation de remboursements d’emprunts et à beaucoup de stress. D’après les entretiens, quatre des entreprises concernées ont dû licencier au total au moins 113 employés.

« J’ai été renvoyé parce qu’il n’y avait plus d’argent », a déclaré un travailleur ayant participé au chantier du palais pendant un an. « J’ai emprunté de l’argent à des amis pour payer le loyer, mais ça me cause des problèmes car je ne peux pas les rembourser. » Un employé à qui l’on doit quatre mois de salaire a témoigné : « Nous avons des responsabilités et des familles, nous avons besoin de cet argent ! [...] Comment je vais nourrir ma famille ? Comment je vais acheter à manger ? » Le représentant d’une entreprise de sous-traitance ayant licencié plus d’une vingtaine d’employés en 2025 a déclaré qu’il avait liquidé toutes ses économies et vendu des actifs, comme sa voiture et sa boutique, afin de payer ses fournisseurs et ses travailleurs. « Dans un mois ou deux, je devrai déclarer faillite », confiait-il en novembre.

Un autre responsable d’un sous-traitant a témoigné : « Beaucoup d’entreprises affectées, comme la mienne, ont garanti des chèques [à leurs] fournisseurs qui ne peuvent pas être encaissés. Les dirigeants des sociétés ont été emmenés au commissariat à cause de ça [convoqués en raison de chèques sans provision]. »

Des sous-traitants marocains ont par ailleurs protesté pacifiquement et organisé des sit-in devant le palais et les bureaux d’IFAS à Tanger, notamment en novembre, d’après les reportages et interviews des médias. L’identité des entités responsables de l’absence de paiement n’est pas claire à ce jour, ce qui fait que les sous-traitants marocains restent dans le flou. D’après les sous-traitants, les personnes représentant le palais assurent qu’elles ont payé en totalité MBL et IFAS. Pourtant, toujours d’après eux, les responsables de MBL et IFAS affirment qu’ils n’ont pas été payés, comme il est indiqué dans la correspondance adressée au bureau du prince Turki. Human Rights Watch a demandé des précisions de la part du bureau du prince, d’IFAS et de MBL, mais n’a pas reçu de réponse.

Selon les notes que Human Rights Watch a consultées, issues d’une réunion du 9 avril entre des représentants d’IFAS, de MBL, du bureau du prince Turki et des sous-traitants marocains, IFAS s’était engagée à payer toutes les sommes dues restantes avant le 30 avril, y compris « toutes les entreprises dans les groupes » et « sans nécessité de nouvelles négociations ».

Human Rights Watch a également consulté des lettres reçues par les sous-traitants marocains affectés le 27 juin, de la part de responsables d’IFAS, leur assurant qu’ils « œuvraient à garantir le versement du reste des sommes dues pour la première phase du projet. Les versements, en totalité ou en partie, commenceront dans les trois semaines à compter de la date de cet e-mail. » Les sous-traitants marocains ont rapporté que ces versements n’avaient jamais été effectués.

D’après les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, les entreprises ont la responsabilité d’éviter de causer des violations des droits humains ou d’y contribuer. Les entreprises devraient mettre fin aux pratiques professionnelles déloyales qui contribuent aux violations des droits, dont les versements contractuels différés ou le non-paiement, qui favorisent les atteintes aux droits des travailleurs, et adopter des pratiques de sous-traitance justes avec leurs partenaires commerciaux, en particulier des paiements ponctuels qui garantiront le respect des droits des travailleurs. 

Les sociétés devraient remédier aux impacts qu’elles ont pu causer ou auxquels elles ont pu contribuer. Le fait que les sociétés saoudiennes n’aient pas payé les sous-traitants marocains porte immédiatement atteinte au droit des travailleurs à une rémunération équitable et à un niveau de vie approprié, ont montré les entretiens.

Un cadre employé dans une entreprise sous-traitante a témoigné : « J’ai été payé pour quatre mois de travail, mais pas pour les six mois restants [...]. Qu’est-ce que je fais ? Je donne leur salaire aux ouvriers [que j’encadre], ou je prends mon dû, ou encore je paye les fournisseurs ? » Il a rapporté qu’il avait été obligé de déménager. « J’ai dû emprunter de l’argent à des membres de ma famille pour pouvoir vivre et entretenir les miens [...]. Je n’ai toujours pas pu les rembourser. »

Les recherches de Human Rights Watch dans les pays du Golfe, y compris en Arabie saoudite, ont constaté que les travailleurs employés par les entreprises dans les maillons inférieurs des chaînes de la sous-traitance étaient vulnérables aux abus tels que le vol des salaires. Human Rights Watch a par ailleurs documenté pendant des années des cas individuels et collectifs d’abus supposés en matière de salaire commis par des sociétés saoudiennes.

« Des centaines de travailleurs au Maroc et leurs familles sont dans une situation de détresse financière simplement parce qu’on ne leur a pas payé ce qu’on leur doit », a conclu Michael Page.

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Articles

Bladi.net  Yabiladi  LesInfos.ma

Tanja7.com  Perspectives Med

11.02.2026 à 00:40

Tunisie : Un avocat de renom détenu arbitrairement

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des manifestants tenaient une banderole exprimant leur soutien à l'avocat et défenseur des droits humains Ahmed Souab, à Tunis, le 25 avril 2025 ; ils appelaient à sa libération a la suite de son arrestation le 21 avril, sur la base d’accusations liées au terrorisme.  © 2025 Ons Abid/AP Photo

(Beyrouth, 10 février 2026) – Ahmed Souab, avocat et défenseur des droits humains tunisien, condamné à une peine de prison pour des accusations liées au terrorisme, sera rejugé en appel le 12 février 2026, a annoncé Human Rights Watch aujourd'hui. Les autorités tunisiennes devraient immédiatement abandonner ces accusations infondées, libérer Ahmed Souab, et cesser les représailles contre les personnes qui les critiquent, et contre les avocats qui les défendent.

Les autorités tunisiennes ont poursuivi Ahmed Souab, âgé de 69 ans, pour des déclarations faites en dehors du tribunal alors qu'il représentait des accusés dans une affaire notoire de « complot contre la sûreté de l'État ». Le 31 octobre 2025, un tribunal antiterroriste de Tunis l'a condamné à cinq ans de prison et trois ans de surveillance administrative. Son procès n'a duré que quelques minutes ; Ahmed Souab était absent et les journalistes auraient été empêchés d'y assister.

« Ahmed Souab, avocat, ancien juge administratif et fervent défenseur de l’indépendance de la justice, est emprisonné pour le seul fait de son travail de défense et son franc-parler », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les poursuites abusives dont il fait l’objet pour avoir défendu d’autres personnes contre des poursuites abusives témoignent de l’ampleur de la répression exercée par les autorités tunisiennes contre toute forme de dissidence. »

Des agents antiterroristes ont arrêté Ahmed Souab à son domicile le 21 avril, suite à des déclarations qu’il avait faites après le verdict rendu le 19 avril dans une « affaire de complot ». Ce jour-là, 37 personnes, dont des avocats, des militants et des opposants, ont été condamnées, à l’issue d’un simulacre de procès, à des peines de prison allant de 4 à 66 ans pour terrorisme et atteintes à la sécurité.

Devant le siège du barreau de Tunis, Ahmed Souab aurait déclaré : « Il semble que ce ne soient pas les détenus qui soient menacés au couteau, mais plutôt le président du barreau qui a un couteau [sous la gorge]. » Des extraits vidéo de sa déclaration ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Son équipe de défense a expliqué qu'il faisait référence aux pressions exercées sur les juges.

Human Rights Watch a documenté les attaques répétées des autorités contre le pouvoir judiciaire en Tunisie, notamment la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature par le président Kais Saied en février 2022. Ces attaques ont gravement porté atteinte à l'État de droit, ont permis à l'exécutif d'instrumentaliser le pouvoir judiciaire à des fins politiques, et ont mis en péril le droit des Tunisiens à un procès équitable, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités judiciaires ont inculpé Ahmed Souab en vertu de la loi antiterroriste de 2015, du Code pénal, du Code des télécommunications et du décret-loi 54 sur la cybercriminalité, notamment pour avoir prétendument « constitué une organisation terroriste », « soutenu des actes terroristes », « menacé de commettre des actes terroristes » et « diffusé de fausses informations ». Il a été maintenu en détention provisoire pendant plus de six mois avant son procès.

Le tribunal a décidé de tenir le procès d’Ahmed Souab par vidéoconférence, invoquant un « danger réel » sans fournir davantage de précisions. Me Souab a refusé d’y assister à distance pour protester contre l’absence de garanties d’un procès équitable.

Les autorités tunisiennes ont de plus en plus recours aux procès par visioconférence dans les affaires de terrorisme, en particulier pour les procès à motivation politique visant des dissidents. La pratique du procès à distance par vidéoconférence est intrinsèquement abusive, notamment parce qu'elle porte atteinte au droit des détenus d'être présentés physiquement devant un juge afin d'évaluer leur bien-être, ainsi que la légalité et les conditions de leur détention.

Le 31 octobre, Souab a été reconnu coupable d’« atteinte à la vie de personnes ayant droit à une protection, pour avoir délibérément divulgué des informations susceptibles de révéler leur identité » et de « menaces en lien avec une infraction terroriste », a indiqué sa famille à Human Rights Watch.

La famille de Souab a déclaré qu'il avait des antécédents de problèmes cardiaques et que son état de santé s'était détérioré en prison. Il a souffert de plusieurs saignements de nez, dont la cause n'a pas été déterminée, ont-ils indiqué.

Au cours des trois dernières années, les autorités ont de plus en plus eu recours à un arsenal juridique agressif, notamment à des accusations infondées d'atteinte à la sécurité et de terrorisme en vertu du code pénal et de la loi antiterroriste de 2015, pour cibler des critiques et des avocats par le biais de harcèlement judiciaire, de poursuites pénales abusives, de détentions arbitraires et d'interdictions de voyager, pour avoir légitimement exercé leur profession.

Les autorités tunisiennes doivent cesser de poursuivre les individus qui exercent leurs droits humains, garantir des procès équitables et libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, selon Human Rights Watch.

Les Principes de base des Nations Unies relatifs au rôle du barreau stipulent que les avocats doivent exercer leur profession en toute indépendance, sans ingérence indue des autorités, et interdisent explicitement toute mesure de représailles à leur encontre dans l’exercice de leurs fonctions.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d'expression et de réunion, à un procès équitable et à la protection contre l'arrestation ou la détention arbitraires.

« Le procès d’Ahmed Souab a mis en lumière une série de manquements au droit à un procès équitable, qui deviennent monnaie courante dans la poursuite des dissidents en Tunisie », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités devraient mettre fin à leurs poursuites abusives et à leurs ingérences dans les procédures judiciaires. »

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Kapitalis

10.02.2026 à 18:53

Hong Kong : L’ex-patron de presse Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un véhicule du département des services pénitentiaires de Hong Kong, transportant l’ex-patron de presse et activiste pro-démocratie Jimmy Lai, quittait le Tribunal de première instance de West Kowloon de Hong Kong, suite à sa condamnation à 20 ans de prison, le 9 février 2026. © 2026 Chan Long Hei/AP Photo

(New York, 9 février 2026) – La condamnation par la Haute Cour de Hong Kong de Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily et activiste pro-démocratie, à 20 ans de prison est un nouveau coup dur pour la liberté des médias, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Il s'agit de la peine la plus sévère prononcée en vertu de la Loi sur la sécurité nationale depuis que le gouvernement chinois a imposé cette législation draconienne à Hong Kong en juin 2020. 

Le 15 décembre 2025, Jimmy Lai, âgé de 78 ans et ayant la double nationalité chinoise et britannique, avait été reconnu coupable de deux chefs d'accusation de « complot en vue de collusion avec des forces étrangères » en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, et d’un chef d'accusation de « complot en vue de publier des publications séditieuses » en vertu de l'Ordonnance sur les crimes. Le gouvernement de Hong Kong devrait libérer Lai immédiatement et sans condition.

« La détention préventive et les poursuites sans fondement dont Jimmy Lai a fait l'objet depuis son arrestation en 2020 ont été marquées par une cruauté sans relâche », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « La peine de 20 ans infligée à Lai, âgé de 78 ans, qui équivaut en fait à une peine d'emprisonnement à perpétuité, reflète la détermination du gouvernement chinois à écraser le journalisme indépendant et les détracteurs du Parti communiste. »

Six anciens cadres et rédacteurs d'Apple Daily, qui avaient précédemment plaidé coupable à des accusations similaires dans la même affaire, ont également été condamnés à des peines sévères allant de 6 ans et 9 mois à 10 ans de prison. Trois d'entre eux ont témoigné contre Lai, en échange d'une réduction de peine.

Deux activistes liés à l’organisation Stand With Hong Kong, Andy Li et Wayland Chan, étaient accusés d’avoir « conspiré » avec Lai afin de commettre des actes de « collusion avec l’étranger » ; ils ont plaidé coupable et ont témoigné contre Lai, en échange de peines plus légères. Andy Li et Wayland Chan ont été condamnés respectivement à 7 ans et 3 mois de prison, et à 6 ans et 3 mois de prison.

Dans sa décision, le tribunal a estimé que le rôle de Lai en tant que « cerveau et force motrice » derrière les « complots » constituait un facteur aggravant justifiant une peine de prison plus longue. Le tribunal a accordé une légère réduction de peine en raison de certains facteurs – « l'âge avancé et l'état de santé de Lai », ainsi que l'isolement cellulaire dans lequel il a été détenu – mais a déclaré que son « comportement criminel grave et sérieux » justifiait la peine de 20 ans.

Suite à cette décision judiciaire, le commissaire Steve Li, chef du département de la sécurité nationale de la police de Hong Kong, a déclaré que les agents « enquêtaient toujours sur certains aspects » de l'affaire Lai, sans donner plus de détails.

Les autorités de Hong Kong ont déployé d'importantes forces de police à l'extérieur du tribunal. À la veille de l'audience, la police a expulsé une personne de la file d'attente devant le tribunal parce qu'elle avait un porte-clés avec le logo d’Apple Daily. Les agents ont fouillé les personnes présentes au tribunal et ont confisqué divers objets, notamment un bandana aux couleurs du drapeau britannique et des décorations du Nouvel An lunaire. Le jour de l'audience, la police a séparé les journalistes du public, et a empêché les reporters de parler aux personnes qui attendaient pour assister à la procédure.

Les poursuites engagées contre Jimmy Lai ont été entachées de nombreuses violations graves du droit à un procès équitable, notamment le fait d'avoir été jugé par des juges choisis par le gouvernement de Hong Kong, de s'être vu refuser un procès devant jury, d'avoir été soumis à une détention provisoire prolongée et de s'être vu refuser le droit de choisir son avocat. En 2023, la Haute Cour a confirmé la décision du gouvernement d'interdire à un avocat britannique, Timothy Owen, de représenter Lai. Les autorités ont également refusé à Lai l'accès au consulat du Royaume-Uni, en violation de la Convention de Vienne sur les relations consulaires, à laquelle la Chine est pourtant un État partie.

Jimmy Lai purgeait déjà une peine de 5 ans et 9 mois pour « fraude » et « participation à un rassemblement non autorisé ». Il souffre de diabète, et est détenu en isolement cellulaire prolongé, une forme de torture, depuis décembre 2020. Sa famille a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant à la détérioration de son état de santé, notamment des problèmes cardiaques et des signes de déclin physique.

Poursuivre quelqu'un pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui est intégré dans le cadre juridique de Hong Kong par le biais de sa Loi fondamentale (de facto sa constitution), et de sa Loi sur la déclaration des droits. L’actuel régime juridique de Hong Kong en matière de sécurité nationale est incompatible avec ces garanties des droits humains.

Divers dirigeants et représentants de gouvernements étrangers, ainsi que des parlements étrangers, ont exprimé leur inquiétude au sujet du cas de Jimmy Lai, et ont appelé à sa libération. L’Union européenne (version fr), le Royaume-Uni et les États-Unis ont publié des déclarations critiquant la condamnation de Jimmy Lai, et appelé explicitement à sa libération ; l'Australie a également critiqué le verdict.

Ces derniers mois, cependant, de nombreux dirigeants gouvernementaux en visite en Chine ont largement évité d'aborder les questions relatives aux droits humains, cherchant à développer leurs relations commerciales avec Pékin. Le chancelier allemand Friedrich Merz devrait se rendre à Pékin fin février, et le président américain Donald Trump prévoit de s'y rendre en avril.

Depuis 2020, les autorités de Hong Kong ont arrêté au moins 365 personnes, et condamné 174 personnes en vertu de la Loi sur la sécurité nationale, selon les chiffres officiels ; presque toutes les personnes inculpées finissent par être condamnées.

Peu de gouvernements ont pris des mesures concrètes en réponse à la détérioration rapide des droits et libertés à Hong Kong. Les États-Unis ont imposé des sanctions à des responsables chinois et hongkongais en 2020, 2021 et 2025 pour des violations liées à la Loi sur la sécurité nationale, mais ils ont été le seul gouvernement à le faire. L'Australie, le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui disposent de régimes de sanctions en matière de droits humains, devraient imposer des sanctions ciblées aux responsables chinois et hongkongais les plus impliqués dans les violations graves des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

« La condamnation aberrante de Jimmy Lai met à l'épreuve la détermination de la communauté internationale à défendre les libertés fondamentales à Hong Kong et en Chine », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements étrangers devraient veiller à ce que les autorités chinoises et hongkongaises responsables de l'emprisonnement de cet éminent défenseur de la liberté d'expression et de la démocratie en subissent les conséquences. »

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09.02.2026 à 06:00

Yémen : Les Houthis détiennent arbitrairement des chrétiens

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des policiers militaires houthis – masqués, casqués et l’arme au poing – patrouillaient à bord d’un véhicule dans une rue de Sanaa, au Yémen, le 16 février 2024. © 2024 Mohammed Hamoud/Getty Images

(Beyrouth) – Les autorités houthies au Yémen ont arrêté arbitrairement plus de 20 chrétiens au cours des trois derniers mois, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les Houthis devraient les libérer immédiatement, ainsi que les centaines d'autres personnes détenues arbitrairement dans les zones du Yémen sous leur contrôle.

« Au lieu de chercher à réduire les taux alarmants de famine auxquels sont confrontés de nombreux Yéménites, les Houthis ne cessent de procéder à des arrestations et détentions », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient cesser de détenir des membres de la communauté chrétienne marginalisée et d’autres personnes, et veiller plutôt à ce que tous les habitants des territoires sous leur contrôle aient un accès adéquat à la nourriture et à l'eau. »  

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux membres de la minorité chrétienne au Yémen qui ont rassemblé des informations sur les arrestations, et a examiné des informations diffusées en ligne, notamment des déclarations et des publications sur les réseaux sociaux.

À partir de fin novembre et début décembre 2025, les Houthis ont lancé une campagne d’arrestations arbitraires de chrétiens au Yémen. Selon le Conseil national pour les minorités dans ce pays, ainsi qu’un chrétien yéménite dont Human Rights Watch a recueilli le témoignage, les Houthis ont arbitrairement arrêté sept chrétiens yéménites début décembre, avant de procéder à d’autres arrestations le 24 décembre, veille de Noël. Une autre personne de la communauté chrétienne a déclaré que deux chrétiens avaient aussi été détenus fin novembre. 

Les deux personnes interviewées par Human Rights Watch ont déclaré qu'au 12 janvier, les autorités houthies avaient arbitrairement arrêté plus de 20 chrétiens dans les gouvernorats de Sanaa et d'Ibb, ainsi que dans d’autres zones sous leur contrôle. Selon l'une des personnes, 24 chrétiens avaient été arrêtés ; l’autre personne était au courant de 21 arrestations. 

La première personne a déclaré que son chiffre (24) était basé sur ses communications avec des chrétiens « officiellement » reconnus comme tels, mais qu'il pouvait y avoir eu d'autres cas de détention dont elle n'avait pas connaissance. Le Conseil national pour les minorités a déclaré que « des dizaines » de personnes avaient été détenues dans le cadre de la campagne des Houthis. La plupart de ces cas semblent correspondre à la définition de disparition forcée. 

« Certaines personnes ont été arrêtées dans la rue, d'autres chez elles », a déclaré la deuxième personne. Elle a ajouté que dans les cas dont elle avait connaissance, les autorités n'avaient présenté aucun mandat d'arrêt aux personnes arrêtées. « Les forces de l'ordre ne se sont pas présentées, nous ne savons pas qui elles étaient. Elles ont fait irruption dans les maisons, ont défoncé des portes et ont arrêté les gens de force. » Les personnes interviewées ont déclaré qu'aucune raison justifiant leur arrestation n'avait été donnée aux détenus. 

La première personne a déclaré qu'à sa connaissance, aucune des personnes détenues n'avait pu communiquer avec sa famille, et que les autorités n'avaient pas non plus fourni à leurs familles des informations sur leur lieu de détention lorsqu'elles les avaient demandées. Elle a ajouté que certains détenus souffraient de problèmes de santé, notamment de maladies cardiaques et de diabète, qui nécessitaient des soins médicaux. Elle ne savait pas si elles avaient reçu les soins requis. 

L'autre personne a déclaré qu'elle savait que deux détenus avaient pu brièvement contacter leurs familles par téléphonique, mais que les autres n'avaient eu aucun contact avec leurs proches. « Nous sommes des communautés cachées, marginalisées et prises pour cible par toutes les autorités du Yémen, y compris les autorités religieuses », a déclaré cet individu. « [Nous sommes] poursuivis et persécutés par des dignitaires religieux et par les autorités, dans différentes régions du Yémen. » 

Les disparitions forcées, lors desquelles les autorités détiennent une personne puis refusent de divulguer des informations sur le lieu ou sur les conditions de sa détention, constituent des crimes graves au regard du droit international ; elles sont interdites par le droit international des droits humains, et par le droit international humanitaire.

Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), on estimait auparavant à 41 000 le nombre de chrétiens au Yémen ; ce chiffre comprenait des Yéménites, des réfugiés et des expatriés étrangers. Cependant, la Commission a affirmé en 2025 que « la communauté s'est réduite à quelques milliers de personnes » ces dernières années, car beaucoup ont fui en raison du conflit. Il est impossible de déterminer des chiffres exacts en raison de l'absence de recensement, et de la crainte de persécution de nombreuses minorités religieuses. 

En 2016, Human Rights Watch a indiqué que le conflit ayant éclaté en 2014 avait des répercussions sur la communauté chrétienne, notamment des attaques contre des croyants et des institutions chrétiennes. Depuis lors, les autorités houthies, ainsi que d'autres autorités yéménites, ont continué à maltraiter les minorités religieuses au Yémen, notamment les chrétiens, les juifs et les bahaïs. En 2023, Human Rights Watch a documenté la détention arbitraire par les Houthis de 17 membres de la communauté bahaïe du Yémen, soumis à des disparition forcées ; ceci a fait suite à d’autres arrestations systématiques de bahaïs menées par les Houthis, depuis plusieurs années.

Les arrestations de chrétiens par les Houthis font également suite aux arrestations, au cours des 18 derniers mois, de centaines de personnes sur le territoire contrôlé par les Houthis ; il s’agit notamment d’employés d’agences humanitaires des Nations Unies, des membres de la société civile, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d'autres personnes qui tâchaient d’exercer leur droit à la liberté d'expression. 

« Les Houthis affirment souvent vouloir défendre la justice face à l'oppression occidentale, mais leurs violations continues des droits de leur propre peuple montrent qu’il s’agit de vaines paroles », a conclu Niku Jafarnia. « Ceux qui disent s'opposer à l'injustice à l'étranger ne devraient pas commettre d'actes injustes dans leur propre pays. »

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09.02.2026 à 06:00

Niger : Une frappe de drone militaire tue 17 civils

Human Rights Watch
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Click to expand Image Capture d'écran d'une vidéo montrant les suites de la frappe militaire du 6 janvier 2026 à Kokoloko, au Niger. © 2026 Privé

(Nairobi) – Une frappe apparemment exécutée par un drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils, dont quatre enfants, et en a blessé au moins 13 autres sur un marché bondé à l’ouest du Niger le 6 janvier 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Cette frappe, qui a également tué trois combattants islamistes, a violé le droit de la guerre, qui interdit les attaques indiscriminées, et pourrait constituer un crime de guerre.

L’attaque a eu lieu dans le village de Kokoloko, dans la région de Tillabéri, à environ 120 kilomètres à l’ouest de Niamey, la capitale, et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso. Les habitants ont raconté que l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe armé islamiste, est actif à Kokoloko et dans les environs depuis plusieurs années. Des groupes armés islamistes mènent des attaques contre les militaires et les civils au Niger depuis 2019.

« L’attaque militaire au Niger qui a tué trois combattants islamistes a également tué et blessé un grand nombre de civils sur un marché en violation du droit de la guerre », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités nigériennes devraient garantir une enquête transparente et impartiale sur cette attaque, poursuivre de manière appropriée les responsables et indemniser de façon adéquate les victimes et leurs familles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 personnes par téléphone, dont six témoins et neuf membres d’organisations non gouvernementales nationales et internationales, journalistes et habitants de la zone de Kokoloko. Human Rights Watch a également analysé et géolocalisé trois vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque, ainsi que des images satellites du lieu de la frappe.

La junte militaire nigérienne, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en juillet 2023, n’a fait aucun commentaire public à la suite de la frappe de drone. Human Rights Watch a envoyé une lettre au cabinet de la junte pour lui communiquer ses conclusions et demander des réponses à des questions précises. Human Rights Watch n’a pas reçu de réponse.

Des témoins ont déclaré qu’entre 10 et 13 heures le 6 janvier, ils ont vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises, puis larguer une munition sur le village vers 13 h 30, alors que des centaines de personnes étaient présentes au marché.

« J’ai vu le drone de couleur blanche qui volait, puis j’ai entendu quelque chose comme un sifflement avant une forte explosion », a raconté un marchand de 36 ans qui a échappé de peu à des blessures. « Le marché a été touché, et il était bondé de femmes et d’enfants, de femmes qui vendent du riz cuit, de la soupe à la viande et d’autres aliments ; leurs enfants étaient là, ainsi que de nombreux marchands. »

Les témoins ont également expliqué qu’au moment de la frappe, trois combattants de l’EIS, sans armes et habillés en civil avec des turbans, étaient au marché, tandis que trois autres se trouvaient dans le village. « Ce jour-là, vers 9 h du matin, j’ai vu six combattants de l’EIS, armés de Kalachnikovs [fusils d’assaut] et d’une mitrailleuse, arriver au village et trois d’entre eux se sont rendus au marché », a décrit le marchand. « Les combattants de l’EIS font leurs courses dans tous les marchés de la région, ils font leurs achats et ils s’en vont. »

Des habitants ont raconté que de nombreux corps avaient été déchiquetés et brûlés. « J’ai compté 17 corps, principalement des femmes et des enfants », a indiqué un chef religieux, âgé de 67 ans, qui est retourné au marché vers 18 h ce jour-là. « Les corps étaient carbonisés, ce qui a rendu l’identification très difficile. » D’après les témoignages, les combattants de l’EIS ont aidé les habitants à récupérer les corps, qui ont été enterrés dans le cimetière du village. « Nous avons mis les femmes et les enfants ensemble, dans une fosse commune, et les hommes dans une autre fosse », a expliqué un homme.

Les trois vidéos montrent de la terre calcinée et des dégâts importants aux étals du marché causés par le feu, certains d’entre eux étant encore en train de brûler. Les données de détection des incendies fournies par le système FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA ont recensé des incendies actifs à Kokoloko le 6 janvier à 13 h 31, heure locale. Les images satellites à basse résolution du 7 janvier montrent de nouvelles traces de feux à Kokoloko qui n’apparaissaient pas sur les images du matin précédent.

Les images satellites à haute résolution du 20 janvier montrent des zones brûlées dans différents endroits du village le long de la route principale. Des témoins ont raconté que la munition larguée par le drone a provoqué l’incendie, qui a été renforcé par du carburant présent au marché et par les étals en bois, favorisant la propagation rapide des flammes.

Click to expand Image Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’identifier le drone ou la munition utilisés. Depuis 2022, l’armée nigérienne aurait acquis divers types de drones de fabrication turque, notamment Bayraktar TB-2, Karayel-SU et Aksungur UCAV. Ces drones peuvent être munis de capteurs qui permettent une surveillance active avec des retransmissions vidéo en direct et être équipés de munitions guidées.

Des vidéos du site publiées sur Internet et examinées par Human Rights Watch font état de dégâts importants aux structures causés par le feu qui auraient pu être provoqués par des explosifs puissants. Des témoins ont rapporté que les blessés présentaient un éventail de blessures, notamment des brûlures et des blessures dues à des fragments de munitions.

À la suite de la frappe, la quasi-totalité des 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou ont franchi la frontière vers le Mali. « J’ai passé la première nuit dans un village proche avec mes enfants », a raconté une femme qui a perdu sa cousine, âgée de 50 ans, et son neveu, âgé de 5 ans, dans la frappe. « Ensuite, nous avons traversé la frontière vers le Mali avec presque rien. »

Human Rights Watch a obtenu une liste établie par des habitants avec les noms des 17 civils tués et des 13 blessés. Les personnes tuées incluaient 11 femmes âgées de 29 à 50 ans, 2 hommes âgés de 32 et 55 ans et 4 enfants âgés de 5 à 10 ans. Les personnes blessées incluaient 4 femmes âgées de 28 à 45 ans, 7 hommes âgés de 23 à 62 ans et 2 enfants âgés de 14 et 15 ans.

Des témoins ont indiqué que les habitants ont trouvé les corps des trois combattants et que l’EIS s’est occupé de leur enterrement.

En vertu du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, les parties à un conflit armé doivent faire la distinction à tout moment entre les combattants et les civils, et ne jamais cibler les civils. Les attaques qui utilisent un moyen ou une méthode de combat dont les effets ne peuvent pas être limités, comme demandé par le droit de la guerre, et qui frappent donc des objectifs militaires et des civils sans distinction, sont des attaques indiscriminées illégales. Même si plusieurs combattants islamistes étaient présents, la frappe de drone sur le marché bondé de Kokoloko avec au moins une arme explosive constitue une attaque indiscriminée. Si ceux qui ont ordonné ou exécuté la frappe l’ont fait avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou imprudemment, ils se rendent coupables de crimes de guerre.

Selon l’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), en 2025, la région de Tillabéri a enregistré le « plus grand nombre de victimes causées par des attaques contre des civils » dans le centre du Sahel, ces attaques étant menées par l’EIS, par l’armée nigérienne et par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin, JNIM), groupe armé lié à Al-Qaïda.

En septembre 2025, les médias ont fait état de frappes aériennes de l’armée nigérienne qui ont touché une marché hebdomadaire dans le village d’Injar, dans la région de Tillabéri, tuant plus de 30 civils dans une attaque contre des combattants présumés. En janvier 2024, des médias avaient signalé que des frappes de drones militaires nigériens contre des groupes armés islamistes avaient tué plusieurs civils dans le village de Tiawa, aussi situé dans la région de Tillabéri.

« Les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne devraient faire pression sur les autorités pour les inciter à adopter des mesures visant à éviter tout préjudice aux populations locales », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement se doit de fournir des services aux personnes touchées pour les aider à se rétablir des blessures et des traumatismes subis, ainsi que de verser une indemnisation adéquate aux victimes et à leurs familles. »

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Jeune Afrique

04.02.2026 à 06:01

Afrique centrale : Les civils sont en danger dans l’est de la RD Congo

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un combattant du M23 surveille des soldats congolais détenus au Stade de l’Unité à Goma, en République démocratique du Congo, le 30 janvier 2025. © 2025 Daniel Buuma/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les abus commis par les forces gouvernementales et les groupes armés à l’encontre des civils sont devenus monnaie courante dans le conflit qui frappe l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. En Afrique centrale, les gouvernements du Rwanda, du Burundi, de la RD Congo et de la République centrafricaine ont encore restreint les droits civils et politiques.

« Les populations des pays d’Afrique centrale ont été confrontées à des risques croissants au cours de la dernière année, qu’il s’agisse d’attaques ou de déplacements forcés dans l’est de la RD Congo ou de la suppression des droits fondamentaux ailleurs dans la région », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et internationaux doivent inciter les gouvernements d’Afrique centrale à protéger les civils et à défendre l’espace démocratique. »

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Le conflit qui oppose le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, aux forces armées congolaises a conduit à de nouvelles atrocités dans l’est de la RD Congo. Le M23 a commis de nombreux crimes de guerre, y compris des meurtres et des violences sexuelles. L’armée congolaise et ses alliés Wazalendo, ainsi que d’autres groupes armés, ont également commis des crimes de guerre.La période précédant les élections locales et législatives au Burundi ainsi que les élections présidentielles en République centrafricaine ont été marquées par des abus. Dans les deux pays, les candidats de l’opposition ont été empêchés de se présenter. Au Burundi, les électeurs ont été intimidés et ont subi des pressions lors du vote.Les autorités des quatre pays ont réprimé les médias, la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. En RD Congo, les autorités et le M23 ont tous deux pris pour cible des journalistes, des détracteurs et des activistes. Un tribunal militaire a condamné l’ancien président Joseph Kabila à la peine capitale par contumace pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques. Au Rwanda, la cheffe de l’opposition Victoire Ingabire a de nouveau été arrêtée dans le cadre d’un procès en cours contre des membres de son parti.Les mécanismes de justice internationale ont fait des progrès significatifs dans les affaires concernant l’Afrique centrale en 2025. La Cour pénale internationale a reconnu deux chefs de milices anti-balaka coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en République centrafricaine. Roger Lumbala, ancien chef rebelle et ministre congolais accusé de crimes contre l’humanité commis en RD Congo, est jugé en France.

Les gouvernements d’Afrique centrale devraient défendre l’État de droit et respecter les libertés fondamentales, y compris pendant les conflits armés, a déclaré Human Rights Watch. Une pression internationale concertée est nécessaire pour veiller à ce que les gouvernements protègent leurs populations et respectent leurs obligations en vertu du droit international, notamment en traduisant en justice les responsables de crimes graves.

04.02.2026 à 06:00

Faire face au défi posé par Trump aux droits humains

Human Rights Watch
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(Washington, le 4 février 2026) – Les démocraties respectueuses des droits humains devraient former une alliance stratégique afin de préserver l’ordre international fondé sur des règles, menacé par l’administration Trump ainsi que par les dirigeants de la Chine et de la Russie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026.

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. 

Le président américain Donald Trump et la montée en puissance des autoritarismes ont fait des ravages sur les garanties et les protections des droits humains dans le monde. Les récentes violations commises par les États-Unis – des atteintes à la liberté d’expression aux expulsions de personnes vers des pays tiers où elles risquent d’être torturées – montrent l’ampleur de l’assaut porté par son administration contre l’état de droit. Conjuguées aux efforts déployés de longue date par la Chine et la Russie pour affaiblir l’ordre international fondé sur des règles, les agissements de l’administration Trump ont d’énormes répercussions au niveau international.

« Le système mondial des droits humains est en danger », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Sous la pression incessante du président américain Donald Trump et constamment sapé par la Chine et la Russie, l’ordre international fondé sur des règles est en train d’être détruit, menaçant d’emporter avec lui l’édifice sur lequel les défenseurs des droits humains s’appuient pour faire progresser les normes et protéger les libertés. Pour contrer cette tendance, les gouvernements qui attachent encore de l’importance aux droits doivent former, aux côtés des mouvements sociaux, de la société civile et des institutions internationales, une alliance stratégique pour s’y opposer. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Le président américain a sapé la confiance dans l’intégrité des élections et réduit le devoir de rendre des comptes du gouvernement, a déclaré Philippe Bolopion. Trump s’en est pris à l’indépendance de la justice, a défié les décisions judiciaires, réduit brutalement l’aide alimentaire et les subventions en matière de santé, restreint les droits des femmes, entravé l’accès à l’avortement, compromis les recours contre les discriminations raciales, supprimé les protections pour les personnes transgenres et intersexes et porté atteinte à la vie privée. Il a également usé de son pouvoir pour intimider ses adversaires politiques, les médias, des cabinets d’avocats, des universités, la société civile et même des humoristes.

« En invoquant un risque “d’effacement civilisationnel’’ en Europe et en s’appuyant sur des stéréotypes racistes pour présenter des populations entières comme indésirables aux États-Unis, l’administration Trump a adopté des politiques et une rhétorique qui rejoignent l’idéologie nationaliste blanche », a analysé Philippe Bolopion. « La politique étrangère de Trump a bouleversé les fondements de l’ordre international fondé sur des règles, qui vise à promouvoir la démocratie et les droits humains. Trump s’est vanté de n’avoir “pas besoin du droit international”, seulement de sa “propre morale”. »

La politique étrangère de Trump a été caractérisée par un mépris flagrant des obligations des États-Unis en matière de droits humains et par le rejet brutal de tout effort pour en faire un axe important de la diplomatie américaine. L’administration a brutalement mis fin à la quasi-totalité de l’aide étrangère américaine, y compris les financements destinés à l’aide humanitaire vitale. Elle s’est également retirée des institutions multilatérales essentielles à la protection des droits humains dans le monde, notamment le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et l’Accord de Paris sur le climat.

L’affaiblissement des institutions multilatérales par les États-Unis a également porté un coup dur aux initiatives internationales pour prévenir ou mettre fin aux graves crimes internationaux. Le mouvement « Plus jamais ça », né des horreurs de l’Holocauste et relancé par les génocides rwandais et bosniaque, avait incité l’Assemblée générale des Nations Unies à adopter le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P) en 2005. Aujourd’hui, ce principe est rarement invoqué et la Cour pénale internationale subit des attaques en règle.

Il y a vingt ans, le gouvernement américain et la société civile ont joué un rôle déterminant pour mobiliser une réponse face aux atrocités de masse commises au Darfour. Le Soudan est à nouveau en proie à la violence, mais cette fois, sous la présidence de Trump, dans l’impunité.

Dans le Territoire palestinien occupé, les forces armées israéliennes ont commis des actes de génocide, un nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité, tuant plus de 70 000 personnes depuis les attaques menées par le Hamas contre Israël en octobre 2023 et déplacé de force la grande majorité de la population de Gaza. Ces crimes ont suscité une condamnation internationale disparate, et Trump a poursuivi la politique américaine de longue date de soutien quasi inconditionnel à Israël, alors même que la Cour internationale de Justice était saisie d’allégations de génocide.

En Ukraine, les efforts de paix de Trump ont systématiquement minimisé la responsabilité de la Russie dans les graves violations commises. Au lieu d’exercer une pression réelle sur Poutine pour mettre fin à ces crimes, Trump a publiquement critiqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky, exigé un accord minier abusif, fait pression sur l'Ukraine pour qu'elle cède de vastes territoires et proposé une « amnistie totale » pour les crimes de guerre.

Alors que les États-Unis tournent résolument le dos aux droits humains, certains pays qui auraient pu mener la lutte pour les préserver ont été affaiblis par des forces internes illibérales sur leur propre sol, a déclaré Philippe Bolopion. Les gouvernements sont également freinés par la crainte de s’aliéner les États-Unis et la Chine, et beaucoup considèrent les droits et l’état de droit comme un obstacle, plutôt qu’un atout, pour leur sécurité et leur croissance économique.

Mais si ces pays s’unissaient, ils pourraient devenir une force politique puissante et former un bloc économique de taille. Il est essentiel de regarder au-delà du cercle habituel, a affirmé Philippe Bolopion. L’ordre multilatéral a été mis en place petit à petit par des États de toutes les régions. Et le soutien aux droits humains n’est jamais venu seulement de démocraties puissantes ou de pays irréprochables en matière de droits humains.

Cette coalition mondiale de démocraties respectueuses des droits pourrait offrir d’autres incitations pour contrer les politiques de Trump, qui ont sapé la gouvernance commerciale multilatérale et les accords commerciaux réciproques incluant des protections pour les droits. De nouveaux accords commerciaux attractifs, assortis de protections effectives pour les travailleurs, et des accords sécuritaires similaires pourraient être conditionnés au respect de la gouvernance démocratique et des normes relatives aux droits humains.

Cette nouvelle alliance constituerait également un puissant bloc pour voter à l’ONU. Elle pourrait s’engager à défendre l’indépendance et l’intégrité des mécanismes onusiens de protection des droits humains, à apporter un soutien politique et financier, et à bâtir des coalitions capables de promouvoir les normes démocratiques, même face à l’opposition des superpuissances.

Même dans les pires moments, l’idéal de liberté et de droits humains demeure. Le pouvoir du peuple reste le moteur du changement et de la protection des droits des plus vulnérables, a déclaré Philippe Bolopion. Dans ce monde plus hostile, le travail de la société civile est plus crucial que jamais.

« Briser la vague autoritaire et défendre les droits humains est le défi de toute une génération », a conclu le directeur exécutif de Human Rights Watch. « En 2026, il se jouera de manière particulièrement aigue aux États-Unis, avec des conséquences considérables pour le reste du monde. Pour lutter contre cette tendance, il faudra une réaction déterminée, stratégique et coordonnée de la part des électeurs, de la société civile, des institutions multilatérales et des gouvernements respectueux des droits humains à travers le monde. »

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04.02.2026 à 06:00

Afghanistan : La répression exercée par les talibans s’est intensifiée en 2025

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des migrants afghans revenus dans leur pays chargeaient leurs possessions sur un camion dans le camp Omari à Torkham, en Afghanistan, le 16 septembre 2025. Plus de trois millions d'Afghans qui avaient précédemment fui vers le Pakistan et l’Iran sont rentrés en Afghanistan, parfois sous la contrainte, depuis septembre 2023.  © 2025 Elke Scholiers/Getty Images

(Bangkok) – Les autorités talibanes en Afghanistan ont accru en 2025 leur répression des femmes et des filles et ont mis en place de nouvelles règles ayant pour effet de limiter encore davantage la liberté des médias, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. La crise humanitaire que connaît le pays s’est aggravée à cause de la réduction de l’aide en provenance de l’étranger et des retours forcés de millions de réfugiés afghans. 

« Les gouvernements devraient faire pression sur les talibans pour qu’ils mettent fin à leurs horribles abus, tout en atténuant la crise humanitaire qui affecte l’Afghanistan et en offrant des protections aux réfugiés afghans », a déclaré Fereshta Abbasi, chercheuse sur l’Afghanistan auprès de la division Asie de Human Rights Watch. « La répression implacable des talibans devrait pousser les autres gouvernements à soutenir les efforts visant à amener tous les individus responsables de graves crimes en Afghanistan à rendre des comptes. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

En 2025, les talibans ont émis de nouvelles lois draconiennes qui restreignent encore davantage la liberté de mouvement des femmes et leur accès à l’espace public, tout en mettant fermement en application les interdictions déjà existantes pour les filles de recevoir une éducation au-delà du cycle primaire et les limites aux possibilités d’emploi des femmes, abus que les experts des Nations Unies ont décrits comme constituant un « apartheid de genre ». En juillet, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt à l’encontre de responsables talibans de haut rang pour le crime contre l’humanité de persécution sexiste.Le 6 octobre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution historique créant un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur les violations des droits humains passées et actuelles commises en Afghanistan. Les talibans ont imposé de nouvelles restrictions limitant encore davantage la liberté des médias et ont emprisonné arbitrairement des critiques de leur régime. Les autorités ont également arrêté des personnes pour avoir prétendument commis des infractions aux lois sur la « moralité », telles que des femmes accusées de porter un hidjab (voile islamique) inapproprié ou des employeurs accusés de n’avoir pas organisé des lieux de travail séparés pour les femmes et les hommes. Le nombre de journalistes travaillant encore en Afghanistan a diminué en raison de la réduction des aides étrangères et de la politique répressive des talibans.La crise humanitaire en Afghanistan s’est encore aggravée en 2025 car le gouvernement américain a effectué des coupes massives dans son aide à l’étranger et d’autres pays lui ont emboîté le pas, tandis que de nombreux pays forçaient des millions de réfugiés afghans à retourner en Afghanistan. Plus de 22 millions de personnes étaient exposées à un risque d’insécurité alimentaire, les femmes et les filles en étant affectées de manière disproportionnée. 

Les gouvernements du monde devraient faire pression sur les talibans pour qu’ils mettent fin aux violations des droits humains et devraient également fournir une assistance humanitaire à la population afghane, a déclaré Human Rights Watch. Aucun pays ne devrait renvoyer de force en Afghanistan des personnes qui pourraient y être exposées aux risques de persécutions ou de menaces pour leur vie. Les États membres de l’ONU devraient financer et soutenir le nouveau mécanisme d’enquête indépendant sur l’Afghanistan, dont la création a été décidée en octobre 2025.

04.02.2026 à 06:00

Afrique de l’Ouest/Sahel : Les juntes militaires poursuivent leur répression

Human Rights Watch
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Click to expand Image Le président du Burkina Faso Ibrahim Traoré (à droite) arrive à l’aéroport de Moscou, en Russie, le 8 mai 2025. © 2025 Grigory Sysoev / RIA Novosti/Anadolu via Getty Images

(Nairobi) – Les dirigeants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont intensifié leur répression contre les libertés tout en renforçant leur emprise sur le pouvoir en 2025, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.

Au Nigeria et au Sahel, les groupes armés islamistes ainsi que les forces gouvernementales et leurs alliés ont attaqué des civils et des infrastructures civiles à répétition. Dans le même temps, les juntes du Sahel ont expulsé les organes régionaux et internationaux et affaibli les institutions chargées de la reddition des comptes en cas d’abus.

« Les dirigeants des juntes militaires dans la région du Sahel ont intensifié leurs actions de répression de la liberté d’expression et d’autres libertés avec peu de considération pour les transitions promises vers la démocratie », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique de Human Rights Watch. « Des efforts de plus grande ampleur doivent être déployés à l’échelle régionale pour forcer les autorités d’Afrique de l’Ouest à ouvrir un espace politique et démocratique et protéger les droits humains de leur citoyens. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Les autorités du Niger et du Mali ont recommandé la prolongation de cinq ans de leurs périodes de transition respectives vers un régime démocratique et ont interdit le multipartisme. Le Tchad a quant à lui aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels.Les gouvernements ont continué à restreindre la liberté d’expression, la dissidence et les médias. Au Burkina Faso et au Mali, des journalistes, des activistes et des critiques de la junte ont été arbitrairement détenus, soumis à des disparitions forcées ou illégalement conscrits, alors que des opposants et figures politiques ont été ciblés pour s’être exprimés librement. Au Nigeria, les autorités ont arrêté et poursuivi en justice des journalistes et des utilisateurs de réseaux sociaux, souvent en s’appuyant sur une application large de la loi sur la cybercriminalité. Au Niger, l’ancien président Mohamed Bazoum reste arbitrairement détenu sans avoir eu de procès. Au Tchad, l’ancien premier ministre et dirigeant de l’opposition Succès Masra a été condamné à 20 ans de réclusion sur la base d’accusations à caractère politique.Deux groupes armés islamistes, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) et l’État islamique au Sahel (EIS), ont massacré des civils au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Les forces armées burkinabè, les milices progouvernementales, les forces armées maliennes et le groupe Wagner, soutenu par la Russie, et désormais dénommé « Africa Corps », ont exécuté sommairement des civils de l’ethnie peule.Au Nigeria, des attaques mortelles contre les civils de l’État de Borno ont indiqué la résurgence de la faction Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad de Boko Haram, alors que dans le nord-ouest du pays, des gangs de bandits ont continué de perpétrer des meurtres, des enlèvements et des raids violents dans un contexte où le gouvernement ne parvient pas à protéger les communautés ou à faire rendre des comptes aux responsables.Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont poursuivi leur stratégie de désengagement en finalisant leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et en annonçant leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), mettant gravement en péril l’accès à la justice pour les victimes d’abus.

L’Union africaine ainsi que les autres organes régionaux et internationaux doivent déployer davantage d’efforts pour préserver les civils des attaques et violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

04.02.2026 à 06:00

Chine : La répression s’intensifie et s’étend à l’étranger

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un fourgon pénitentiaire transportant Jimmy Lai quittait la Haute Cour de justice de Hong Kong afin de le ramener en prison, le 15 décembre 2025.   © 2025 Keith Tsuji/Getty Images

(Bangkok) – Le gouvernement chinois a intensifié sa répression dans tout le pays en 2025, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. 

Le président Xi Jinping a mobilisé le gouvernement de son pays pour imposer une stricte conformité idéologique et une loyauté sans faille envers lui-même et le Parti communiste chinois. Les droits des Tibétains, des Ouïghours et d’autres communautés affichant une identité distincte, notamment les membres d’églises non officielles, font l’objet d’une répression particulièrement sévère. La répression exercée par le gouvernement à Hong Kong s’est également intensifiée.

« Sous la présidence de Xi Jinping, le bilan du gouvernement chinois en matière de droits humains est de plus en plus désastreux, élargissant et intensifiant la répression des libertés fondamentales », a déclaré Maya Wang, Directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les gouvernements étrangers se sont montrés largement réticents à s’opposer aux menaces que le gouvernement chinois fait peser sur le système international des droits humains, sans parler de la Chine elle-même. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Xi Jinping s’est rendu au Tibet en août 2025, puis au Xinjiang, où vivent de nombreux Ouïghours, en septembre 2025, principalement pour illustrer le contrôle strict que son gouvernement exerce sur ces régions. Le gouvernement prévoit d’adopter un projet de loi visant à justifier la répression des minorités, à faciliter le renforcement du contrôle idéologique sur celles-ci et à renforcer leur contrôle à l’étranger. Des milliers d’Ouïghours restent injustement emprisonnés. Le gouvernement a interdit la célébration du 90ème anniversaire du Dalaï Lama, le chef religieux tibétain, au Tibet.La répression s’est rapidement intensifiée au cours des cinq années qui ont suivi l’imposition par les autorités de la loi draconienne sur la Sécurité nationale à Hong Kong. Le dernier parti prodémocratie encore actif à Hong Kong, la Ligue des sociaux-démocrates, a été dissous. Pour la première fois, les autorités ont utilisé la loi sur la Sécurité nationale pour poursuivre à Hong Kong un membre de la famille d’Anna Kwok, leader prodémocratie et personnalité critique qui vit à l’étranger. De nombreux leaders prodémocratie sont toujours emprisonnés, notamment Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily, aujourd’hui fermé.La campagne du gouvernement chinois visant à « siniser » les religions, c’est-à-dire à les restructurer pour qu’elles propagent l’idéologie du Parti, a conduit à une répression accrue des « églises de maison », ces congrégations protestantes qui refusent de rejoindre l’église officielle. En avril 2025, un tribunal de la province du Shanxi aurait condamné plus d’une douzaine de personnes affiliées à l’église Linfen Golden Lampstand pour « fraude ». En octobre 2025, les autorités ont également arrêté près de 30 membres de l’église Zion, dont son pasteur.Les autorités ont arbitrairement arrêté et emprisonné des personnes pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Alors que les communautés de la diaspora se font de plus en plus entendre contre les abus du gouvernement, Pékin a intensifié ses efforts pour les réduire au silence, en harcelant leurs familles et leurs amis en Chine et en emprisonnant ceux qui reviennent au pays, des actes connus sous le nom de répression transnationale. Parmi les exemples récents, on peut citer l’arrestation de Tara Zhang Yadi, une étudiante et activiste basée en France, et les menaces proférées à l’encontre de cinéastes afin de faire fermer le festival du film IndieChina à New York.

Le gouvernement chinois devrait immédiatement mettre fin à ses crimes contre l’humanité et autres violations commises au Xinjiang, abroger les lois sur la sécurité nationale à Hong Kong, autoriser des observateurs indépendants à se rendre au Tibet et au Xinjiang, et libérer les défenseurs des droits humains détenus dans toute la Chine, a déclaré Human Rights Watch.

04.02.2026 à 06:00

Corne de l’Afrique/Afrique de l’Est : Crimes de guerre et répression électorale

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des familles venant d'El Fasher dans un camp de déplacés à Tawila, dans la région du Darfour, au Soudan, le 31 octobre 2025. © 2025 Norwegian Refugee Council via AP

(Nairobi) – Au Soudan, au Soudan du Sud et en Éthiopie, les civils sont frappés de plein fouet par les conflits armés violents, dans lesquels ils sont fréquemment et souvent délibérément ciblés par les parties belligérantes, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. Les gouvernements de la région ont réprimé, lors de manifestations et à l’approche des élections, un espace civique et politique déjà restreint.

« Les attaques violentes contre les civils par des forces militaires et des groupes armés soumis à aucun contrôle se normalisent dans la Corne de l’Afrique et en Afrique de l’Est, alors que les acteurs mondiaux et régionaux ne sont pas disposés à prendre des mesures contre les responsables et leurs soutiens », a déclaré Mausi Segun, directrice exécutive de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les acteurs régionaux et internationaux devraient sanctionner les auteurs d’abus et les amener à rendre des comptes et veiller au contrôle indépendant des droits humains dans ces pays. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Le Soudan est le théâtre de violations généralisées du droit de la guerre avec une impunité omniprésente. Les Forces de soutien rapide, qui se battent contre l’armée pour le contrôle du pays, ont attaqué le plus grand camp de déplacés du Darfour, assiégé la capitale du Darfour-Nord, El Fasher, et se sont livrées à un carnage lorsqu’elles ont pris le contrôle de la ville en octobre, perpétrant des meurtres à grande échelle. Les Forces armées soudanaises et leurs alliés, notamment lors de la reconquête de villes et villages clés, ont délibérément pris pour cible des civils et bombardé de manière indiscriminée des infrastructures civiles.Le conflit a repris dans certaines parties du Soudan du Sud, avec des conséquences désastreuses pour les civils. Dans le Haut-Nil, les bombardements aériens du gouvernement sur des zones peuplées, y compris avec des bombes incendiaires, ce qui peut constituer des crimes de guerre, ont tué et blessé des centaines de civils et provoqué des déplacements considérables. À la suite d’un nouveau report des élections au Soudan du Sud, le gouvernement a fortement restreint les libertés et les droits fondamentaux et a arrêté et accusé arbitrairement les dirigeants des partis d’opposition de crimes graves.Les forces gouvernementales et la milice Fano dans la région éthiopienne Amhara ont commis des crimes de guerre et d’autres abus graves, tandis que les forces érythréennes dans la région du Tigré ont commis des abus contre des civils dans les zones qu’elles contrôlent. Alors que des élections sont prévues pour juin 2026, les autorités ont ciblé des journalistes et des médias indépendants et ont cherché à légaliser leur répression des organisations de défense des droits.

Les gouvernements de la région se sont livrés à une répression généralisée de l’espace civique, notamment lors de manifestations et dans des périodes électorales.

Les forces de sécurité du Kenya ont brutalement réprimé les manifestations en ayant recours à une force meurtrière et ont commis d’autres violations graves contre les manifestants.En Tanzanie et en Ouganda, à l’approche des élections générales prévues en octobre 2025 et en janvier 2026 respectivement, les autorités ont emprisonné les principaux dirigeants de l’opposition, ont réprimé les journalistes et les manifestants et ont restreint les droits à la liberté d’expression.Les autorités tanzaniennes ont réagi par la force létale et d’autres abus, y compris des restrictions de l’internet à l’échelle nationale, aux manifestations qui se sont déroulées le jour du scrutin.L’Ouganda a de nouveau autorisé les procès de civils devant des tribunaux militaires, ciblant des opposants politiques, bien qu’une décision de la Cour suprême ait déclaré ces procès inconstitutionnels.Malgré les mandats visant à prévenir et atténuer les conflits, l’Union africaine et les autres organismes régionaux, y compris l’Autorité intergouvernementale pour le développement, n’ont pris aucune mesure significative pour contribuer à protéger les civils, à prévenir les violations ou à traduire en justice les responsables d’abus.

Les gouvernements concernés devraient sanctionner les commandants des forces commettant des abus, promouvoir l’indépendance des médias et de la société civile, et soutenir les mécanismes régionaux et internationaux d’enquête et de responsabilisation, a déclaré Human Rights Watch.

04.02.2026 à 06:00

États-Unis : Attaques généralisées de l’administration Trump contre les droits humains

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des milliers de personnes participaient à une manifestation tenue sous le slogan « No Kings » (« Pas de rois »), à Washington, le 18 octobre 2025. De nombreuses autres manifestations semblables ont été tenues dans d’autres villes des Etats-Unis, ce jour-là. © 2025 AP Photo/Allison Robbert

(Washington) – Le second mandat du président américain Donald Trump a été marqué par des violations généralisées des droits humains et des attaques soutenues contre les piliers fondamentaux d’une gouvernance démocratique et responsable des États-Unis, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. Le pays s’est rapidement engagé sur une pente dangereuse vers l’autoritarisme, une tendance que l’impunité pour les abus graves ne fera qu’accélérer.

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

« Le second mandat de l’administration Trump a été marqué par des attaques continuelles et généralisées contre les droits et les libertés », a déclaré Tanya Greene, directrice du programme États-Unis à Human Rights Watch. « L’administration Trump ne se contente pas de revenir sur les protections durement acquises au cours des dernières décennies ; elle démantèle activement les piliers fondamentaux de la démocratie américaine. »

Voici certains des principaux défis en matière de droits humains qui ont été observés aux États-Unis sur le plan intérieur en 2025 :

L’administration Trump a lancé une campagne brutale et à grande échelle de raids et d’arrestations massives d’immigrants, notamment en procédant à de vastes déploiements d’agents fédéraux qui ont terrorisé des communautés immigrées à travers tout le pays. Elle a expulsé sommairement des individus, dont des demandeurs d’asile, vers des pays tiers dans le cadre d’actions délibérément punitives ; elle a notamment procédé à la disparition forcée de ressortissants vénézuéliens, transférés vers une prison salvadorienne tristement célèbre, où ils ont été détenus de façon arbitraire et torturés.L’administration Trump a entrepris des efforts considérables visant à saper l’obligation du gouvernement de rendre des comptes pour ses actes, ; elle a affaibli le respect des droits civiques, démantelé des mécanismes de protection contre la discrimination. Elle a aussi menacé des organisations de la société civile, désormais confrontées au risque d’enquêtes pénales de manière infondée, et du retrait de leur statut d’organisme caritatif sur la base de motifs politiques.L’administration Trump a porté atteinte au droit à la santé en réduisant drastiquement les subventions dont dépendent des millions de personnes aux États-Unis pour avoir accès à une assurance-maladie. Ces mesures privant des millions de personnes d’une assurance-maladie sont censées financer des réductions d’impôts pour les ménages aisés et les grandes entreprises.Les restrictions à l’accès à l’avortement se sont multipliées dans plusieurs États. L’administration Trump a attaqué l’organisation Planned Parenthood (« Planification familiale »), compromettant l’accès aux soins de santé pour plus d’un million de personnes, et a réduit le financement des programmes, du personnel et de la recherche en matière de santé reproductive.

Sur la scène internationale, la politique étrangère américaine a également été marquée par un mépris flagrant des obligations des États-Unis en matière de droits humains, et par un net recul des efforts visant à promouvoir ces droits en tant qu’axe important de leur diplomatie.

En particulier, l’administration Trump a pris les mesures suivantes sur le plan international :

Elle a brusquement mis fin à la quasi-totalité de l’aide étrangère américaine, y compris aux financements destinés aux défenseurs des droits humains, aux organisations de la société civile locale et à l’aide humanitaire vitale.Elle s’est retirée de forums multilatéraux essentiels à la protection des droits humains dans le monde, notamment le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Accord de Paris sur le climat.Elle a considérablement affaibli les capacités institutionnelles du Département d’État américain en matière de droits humains, ; le rapport annuel de ce Département sur les droits humains dans le monde a présenté une version largement faussée de cette situation.Elle a intensifié son hostilité à l’égard de mécanismes indépendants d’obligation de rendre des comptes, et d’efforts visant à renforcer la justice internationale, notamment en imposant des sanctions à des responsables de la Cour pénale internationale (CPI), à une experte de l’ONU et à trois importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains.Enfin, elle a illégalement procédé à de nombreuses frappes militaires létales contre des embarcations dans les Caraïbes et dans des zones de l’océan Pacifique situées à proximité, faisant des dizaines de morts.

« La politique étrangère de cette administration reflète son offensive contre les droits humains sur le plan intérieur », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch et responsable du plaidoyer sur la politique étrangère des États-Unis. « Le même mépris de l’état de droit qui alimente les atteintes aux droits humains à l’intérieur du pays est à l’origine d’exécutions extrajudiciaires en mer, en violation flagrante du droit international. »

04.02.2026 à 06:00

Inde : Les minorités religieuses et les voix critiques illégalement prises pour cible

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des policiers indiens surveillaient des ressortissants bangladais présumés en situation irrégulière, arrêtés lors de descentes de police effectuées à Ahmedabad, ville située dans l'État du Gujarat, dans le nord-ouest de l'Inde. le 26 avril 2025.   © 2025 Reuters/Amit Dave

(Bangkok) – Le gouvernement indien, dirigé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP), a diffamé les minorités religieuses et expulsé des centaines de musulmans parlant le bengali et de réfugiés rohingyas, qualifiés d’« immigrants illégaux », en 2025, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. Les autorités ont intensifié leur répression contre des personnes exprimant des critiques à l’égard du gouvernement et ont fait pression sur les médias pour qu’ils s’autocensurent ; ces actions ont favorisé des exactions de la part d’agents gouvernementaux et de partisans du BJP.

« Le gouvernement indien a normalisé la violence contre les minorités religieuses, les groupes marginalisés et les critiques par le biais de politiques discriminatoires, de discours haineux et de poursuites judiciaires à motivation politique », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie de Human Rights Watch. « Au lieu de revenir sur ses politiques abusives pour promouvoir le pays comme une voix mondiale en matière de droits humains, le gouvernement du BJP a nui à la réputation de l’Inde sur la scène internationale. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

En avril 2025, une attaque meurtrière perpétrée au Jammu-et-Cachemire par des hommes armés qui ont ciblé des touristes hindous a déclenché un conflit armé de quatre jours entre l'Inde et le Pakistan. À la suite à ces événements, les autorités indiennes ont réprimé la dissidence en bloquant brièvement certains médias et commentateurs indépendants, en arrêtant des personnes pour leurs commentaires sur les réseaux sociaux, et en intentant des poursuites contre des universitaires et des satiristes.Les discours de haine, souvent associés à des groupes nationalistes hindous, et les attaques contre les musulmans se sont multipliés. Les autorités ont continué de procéder à des démolitions illégales de maisons et de propriétés appartenant à des musulmans, prétextant qu'elles avaient été construites illégalement, qu'elles appartenaient à de présumés militants ou qu'elles étaient occupées par des « immigrants illégaux », des actions contraires à un arrêt de la Cour suprême.Au Ladakh, en septembre, la police a tué quatre personnes après que des manifestations réclamant l'autonomie ont dégénéré en violences et que des manifestants ont incendié un véhicule de police ainsi que des bureaux du parti BJP. Les autorités ont temporairement coupé l'accès à Internet mobile et arrêté Sonam Wangchuk, un enseignant et activiste climatique, dans une affaire à motivation politique relevant de la Loi sur la sécurité nationale.Plusieurs activistes, dont des étudiants, sont restés emprisonnés sans inculpation en vertu d'une loi antiterroriste abusive. Les autorités ont également utilisé les lois sur le financement étranger, les lois antiterroristes, des enquêtes financières fabriquées de toutes pièces ainsi que d'autres moyens pour harceler et poursuivre des activistes, des organisations de la société civile ainsi que les opposants politiques du BJP.La Commission électorale a fait face à des accusations croissantes de partialité de la part de politiciens de l'opposition et de défenseurs des droits, notamment concernant des fraudes électorales ainsi que des incohérences dans les listes électorales.

Human Rights Watch a déclaré que les autorités indiennes devraient mettre fin aux politiques discriminatoires, à l'incitation à la haine et aux actes illégaux à l’encontre des musulmans, des chrétiens ainsi que d’autres minorités religieuses, et garantir la justice pour les victimes. Elles devraient cesser de harceler et de poursuivre en justice les organisations de la société civile, les opposants politiques du BJP ainsi que les manifestants pacifiques, et abandonner immédiatement toutes les accusations à motivation politique portées contre des activistes et d’autres personnes exprimant des critiques à l’égard du gouvernement.

04.02.2026 à 06:00

Iran : La situation des droits humains s’enfonce plus profondément dans la crise

Human Rights Watch
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Click to expand Image Les proches de condamnés à mort se rassemblent devant le palais de justice à Téhéran, en Iran, le 24 mai 2023, brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire « Non aux exécutions ».  © 2023 HRANA

(Beyrouth) - En 2025, les autorités iraniennes ont procédé à des exécutions à une échelle inédite depuis la fin des années 80, à des massacres en réponse aux manifestations qui ont éclaté dans tout le pays, ainsi qu’à des arrestations arbitraires et de masse, et intensifié la répression sous couvert de sécurité nationale, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.

La répression meurtrière des manifestations qui ont éclaté fin décembre s’est fortement intensifiée début 2026, avec le massacre, par les forces de sécurité, de milliers de manifestants et de passants. Le bilan s’élève à des milliers de morts. Human Rights Watch a mis en évidence une escalade coordonnée dans l’usage illégal et meurtrier de la force par les autorités depuis le 8 janvier, notamment des preuves attestant que des manifestants et des passants ont été tués ou blessés par des balles qui les ont touchés à la tête et au torse. Les autorités ont commis ces massacres alors qu’elles avaient imposé une coupure totale d’Internet et des restrictions sur les télécommunications à l’échelle nationale afin de dissimuler l’ampleur réelle des atrocités. 

L’année 2025 a été marquée par des violations généralisées et systématiques du droit à la vie, notamment par l’application de la peine de mort. Selon l’organisation de défense des droits humains Abdorrahman Boroumand Center, fin décembre, les autorités iraniennes avaient exécuté plus de 2 000 personnes, soit le nombre le plus élevé d’exécutions connues depuis la fin des années 80.

« En 2025, la spirale de l’impunité et des effusions de sang a entraîné une vague d’exécutions sans précédent depuis des dizaines d’années, ainsi que la répression de manifestation la plus meurtrière, qui a conduit à des massacres sans précédent de manifestants et de passants cette année », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « La communauté internationale devrait d’urgence prendre des mesures concrètes pour demander des comptes aux responsables, en examinant tous les recours à disposition, notamment la compétence universelle. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.  

Les forces de sécurité iraniennes ont procédé à des massacres de manifestants après l’escalade des manifestations nationales le 8 janvier 2026. Ces massacres commis par les forces de sécurité iraniennes rappellent brutalement que les dirigeants qui massacrent leur propre peuple continueront à commettre des atrocités jusqu’à ce qu’ils soient amenés à rendre des comptes.Plus de la moitié des exécutions concernaient des infractions liées à la drogue, en violation flagrante du droit international. Les exécutions ont été précédées d’atteintes systématiques et manifestes au principe d’équité des procès, et les femmes et les membres de minorités ethniques, dont beaucoup appartiennent également à la minorité religieuse sunnite, ont été de plus en plus souvent condamnées à mort.Les autorités iraniennes ont continué de réprimer brutalement la dissidence et d’exercer une répression transnationale. Des centaines de dissidents, d’avocats, de journalistes, de membres de minorités ethniques et religieuses et de ressortissants binationaux et étrangers sont toujours détenus arbitrairement en Iran. Les autorités ont maintenu et mis en œuvre des lois et des politiques imposant l’obligation discriminante et dégradante du port du voile, et leurs déclarations officielles des derniers mois de l’année laissent présager une nouvelle vague de répression. La torture et d’autres mauvais traitements, notamment le fait de délibérément refuser des soins médicaux aux prisonniers, sont restés des pratiques systématiques et généralisées. Les punitions comprenaient la flagellation et l’amputation, qui constituent des actes de torture. Les autorités ont continué d’exercer une répression contre les minorités ethniques et religieuses, notamment à l’encontre des bahaïs, ce qui constitue un crime contre l’humanité. Human Rights Watch a constaté qu’en juin 2023, les forces israéliennes avaient attaqué illégalement la prison d’Evin à Téhéran, en l’absence de toute cible militaire évidente, tuant et blessant une multitude de civils, ce qui constitue un crime de guerre manifeste. À la suite des frappes, les prisonniers politiques aux mains des autorités iraniennes ont subi des mauvais traitements et fait l’objet de disparitions forcées. Human Rights Watch a également enquêté sur cinq frappes iraniennes de missiles balistiques qui ont touché des régions peuplées d’Israël et tué 20 civils, et a conclu qu’il s’agissait vraisemblablement de crimes de guerre. 

04.02.2026 à 06:00

Israël : Escalade des actes d’extermination et de nettoyage ethnique

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des Palestiniens se pressent sur un site où une organisation caritative distribue de la nourriture chaude, alors que persiste une grave pénurie alimentaire, à Beit Lahia, dans la bande de Gaza, le 28 octobre 2025.   © 2025 Abdalhkem Abu Riash/Anadolu via Getty Images

(Jérusalem) – Les forces israéliennes ont intensifié en 2025 leurs atrocités à l’encontre des Palestiniens, commettant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des actes de génocide et des opérations de nettoyage ethnique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. Elles ont tué, mutilé, affamé et déplacé de force des Palestiniens et détruit leurs habitations et leurs infrastructures civiles à une échelle sans précédent dans l’histoire récente d’Israël et de la Palestine.

La campagne d’Israël dans la bande de Gaza a causé la mort de plus de 69 000 Palestiniens, dont plus de 19 000 enfants, selon le ministère de la Santé de Gaza. Un cessez-le-feu en octobre négocié par les États-Unis, a conduit à la libération des derniers otages israéliens encore vivants détenus à Gaza et de centaines de Palestiniens détenus en Israël, pour la plupart sans procès ni inculpation. Mais de grave abus, notamment les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution commis par les autorités israéliennes à l’encontre des Palestiniens, persistent. 

« L’ordre international reposant sur des règles qui a émergé des ruines de la Seconde guerre mondiale est violemment remis en cause par le carnage et les destructions à Gaza », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le cessez-le-feu n’a pas mis fin aux crimes d’Israël et il ne devrait pas non plus empêcher les autres pays de prendre des mesures urgentes pour faire face à ces abus continuels et faire justice. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

Les autorités israéliennes ont eu recours à la famine comme arme de guerre à Gaza, imposant au territoire un blocus total pendant plus de 11 semaines, en restreignant sévèrement à d’autres moments les livraisons d’aide humanitaire et en privant la population d’électricité et d’eau potable. En août, les meilleurs experts du monde sur l’insécurité alimentaire ont déclaré une famine dans la ville de Gaza et aux alentours. En mai, les forces israéliennes ont renouvelé une offensive détruisant une grande partie des infrastructures civiles restantes à Gaza. Elles ont tué des centaines de Palestiniens qui cherchaient à se procurer de la nourriture, pour la plupart sur ou à proximité de sites de distribution d’aide alimentaire dans le cadre d’un système militarisé d’assistance appuyé par les États-Unis et géré par des contractants privés sous les auspices de la Fondation humanitaire pour Gaza.En janvier, les forces israéliennes ont entamé dans le nord de la Cisjordanie des opérations qui ont vidé trois camps de réfugiés, déplaçant de force environ 32 000 personnes, actes équivalant à des crimes de guerre, à des crimes contre l’humanité et à du nettoyage ethnique. Les autorités ont empêché les habitants de revenir, à quelques exceptions près, ce qui fait de cette opération le plus vaste déplacement en Cisjordanie depuis 1967. Les violences commises, en toute impunité, par les colons israéliens ont atteint en 2025 un niveau sans précédent depuis plus de 18 ans, avec plus de 2 660 incidents ayant fait des victimes ou causé des dommages aux biens recensés jusqu’à septembre. L’Autorité palestinienne a accru sa répression de la dissidence en Cisjordanie. Après le cessez-le-feu, le bras armé du Hamas a procédé à d’apparentes exécutions sommaires de personnes qu’il accusait de collaborer avec l’armée israélienne.  

Tous les gouvernements devraient agir pour empêcher que soient commises de nouvelles atrocités en suspendant leur assistance militaire et leurs transferts d’armes à Israël, en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des autorités israéliennes impliquées de manière crédible dans les graves violations en cours, en suspendant leurs accords commerciaux préférentiels avec Israël, en interdisant les échanges commerciaux avec les colonies de peuplement illégales et en soutenant la mise en application de tous les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale.

04.02.2026 à 06:00

Liban : Le gouvernement devrait tenir ses promesses de réforme

Human Rights Watch
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Click to expand Image Une femme marchait parmi les décombres près d’équipements agricoles calcinés à la suite d'une frappe israélienne, dans le village de Msayleh situé dans le sud du Liban, le 11 octobre 2025. © Mahmoud Zayyat /AFP via Getty Images

(Beyrouth) – En 2025, les autorités libanaises ont fait de timides progrès dans la mise en œuvre des réformes promises par le nouveau président et le nouveau Premier ministre du pays, mais les violations des droits humains se sont poursuivies et les autorités n’ont toujours pas rendu justice aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 ni aux victimes de crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. 

Après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, les forces israéliennes ont tué plus de 330 personnes au Liban, dont au moins 127 civils, et au moins 64 000 personnes sont toujours déplacées selon les chiffres d’octobre 2025. 

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

« Alors que la population libanaise continue de se heurter à de multiples obstacles pour accéder à la justice, exercer ses droits sociaux et économiques et jouir de la liberté d’expression, les autorités devraient agir pour concrétiser les réformes promises », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Si les autorités libanaises ont enfin entamé des discussions sur la responsabilité des forces israéliennes dans les violations du droit de la guerre, elles n’ont toujours pas pris de mesures concrètes pour demander des comptes à Israël. »

Malgré la reprise de l’enquête sur l’explosion du 4 août 2020 à Beyrouth, les autorités libanaises n’ont toujours pas rendu justice aux victimes ni à leurs familles.Les agences de sécurité et les procureurs libanais ont continué à harceler des activistes, des journalistes et des détracteurs du gouvernement en les convoquant pour les interroger au sujet de leur travail critique à son encontre.La Commission parlementaire libanaise chargée de l’administration et de la justice a entamé des discussions autour d’un nouveau projet de loi sur les médias, présenté à la Commission le 27 mai 2025. Bien que ce projet comprenne des mesures importantes visant à protéger la liberté d’expression, il continue de prévoir des sanctions pénales pour des actes liés à l’expression d’opinions.Le 9 octobre 2025, le gouvernement libanais a chargé le ministère de la Justice d’évaluer les mesures juridiques qui pourraient être prises suite aux attaques israéliennes contre des journalistes pendant la dernière guerre. Il n’a cependant toujours pas pris de mesures concrètes pour garantir la mise en œuvre d’une obligation de rendre des comptes.

Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes au niveau national sur les violations du droit de la guerre. Le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la CPI, et déposer une déclaration acceptant la compétence de la Cour au moins depuis le 7 octobre 2023. Les autorités libanaises devraient cesser de convoquer les journalistes et les activistes à cause de leur travail critique à leur égard, et le Parlement devrait veiller à ce que les lois libanaises sur l’indépendance des médias et du pouvoir judiciaire respectent les normes internationales.

04.02.2026 à 06:00

Russie : Intensification de la répression contre la dissidence

Human Rights Watch
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Click to expand Image Les journalistes Sergei Karelin, Konstantin Gabov, Antonina Favorskaya et Artem Kriger, accusés d'avoir participé aux activités d'une organisation « extrémiste » fondée par le défunt opposant politique Alexei Navalny, assistent à une audience au tribunal à Moscou, en Russie, le 15 avril 2025. © 2025 REUTERS/Yulia Morozova

(Bruxelles, le 4 février 2026) – Pendant la quatrième année de sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine, le Kremlin a encore intensifié la répression contre la société civile russe, en ciblant ses détracteurs tant à l’intérieur du pays qu’en exil, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. Afin d’étouffer toute forme de dissidence, les autorités ont renforcé la censure et la surveillance, ont multiplié les accusations d’« atteinte à la sécurité de l’État » et ont simplifié les poursuites contre les opposants qualifiés d’« agents de l’étranger ».

« Les autorités russes ont intensifié la répression contre les activistes de la société civile et autres détracteurs. Elles ont également renforcé leur croisade pernicieuse en faveur des “valeurs traditionnelles”, qui vise les migrants, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, et porte atteinte aux droits reproductifs des femmes », a déclaré Benjamin Ward, Directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch.

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales. 

La Russie a continué à attaquer les zones densément peuplées de l’Ukraine avec des armes explosives, faisant des morts et des blessés parmi les civils et endommageant des infrastructures vitales. Les frappes russes de drones à courte portée ont fait plus de victimes civiles en Ukraine que tout autre type d’arme. Les autorités russes ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en torturant et en maltraitant de manière systématique des milliers de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens. Dans les zones occupées de l’Ukraine, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à adopter la citoyenneté russe et à faire leur service militaire, à saisir des biens privés et à imposer les programmes scolaires et la langue russes dans les écoles.Le nombre de prisonniers politiques est passé de 805 fin 2024 à 1 217 (dont 108 femmes) en 2025. Cette année, les tribunaux ont prononcé les premières condamnations pénales pour participation présumée au mouvement international LGBT, qualifié d’« organisation extrémiste ». Des procureurs ont aussi lancé de nouvelles accusations d’« extrémisme LGBT » contre plusieurs personnes, notamment contre des éditeurs de livres.Les autorités ont nettement intensifié les poursuites pénales pour non-respect présumé de la loi sur les « agents de l’étranger », avec 72 procédures pénales engagées au premier semestre 2025. Des procureurs ont aussi interdit 78 organisations jugées « indésirables », dont d’importantes organisations de défense des droits humains. En novembre, Human Rights Watch a été qualifiée d’« indésirable ». En mai, un tribunal de Moscou a condamné Grigory Melkonyants, un important activiste russe spécialisé dans la surveillance des élections, à cinq ans de prison pour sa participation présumée à une « organisation indésirable ».Les autorités ont poursuivi leurs attaques contre les droits des migrants. Les forces de l’ordre ont mené des raids au cours desquels elles ont maltraité des migrants. En 2025, une loi sur la surveillance d’un « registre des personnes contrôlées », ainsi qu’une « expérience » visant à surveiller les travailleurs migrants à Moscou et dans la région de Moscou, sont entrées en vigueur. En avril, l’interdiction d’inscrire des enfants étrangers dans les écoles publiques sans preuve de statut légal et de maîtrise de la langue russe est entrée en vigueur, créant ainsi un obstacle systémique et discriminatoire au droit des enfants à l’éducation. Quatre-vingt-sept pour cent des enfants migrants qui ont demandé une inscription se sont vu refuser l’accès à l’école.

La Russie devrait libérer tous les prisonniers politiques et abroger toutes les lois incompatibles avec les droits humains fondamentaux, notamment celles qui censurent les déclarations critiques à l’égard de la guerre et celles qui visent les soi-disant « agents de l’étranger », les organisations « indésirables » et la « propagande homosexuelle ». La Russie devrait également abroger les lois discriminatoires à l’égard des migrants et de leurs enfants, a déclaré Human Rights Watch.

04.02.2026 à 06:00

Syrie : Un regain d’espoir pour la justice et la lutte contre l’impunité

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des membres des forces de sécurité syriennes posaient pour une photo à un carrefour de la ville de Soueïda, à majorité druze, le 15 juillet 2025, après des affrontements entre des membres de communautés bédouines et des combattants druzes. Les forces gouvernementales syriennes sont entrées à Soueïda plus tôt dans la journée, selon le ministère de l'Intérieur syrien, afin de mettre fin à ces affrontements qui ont fait près de 100 morts. © 2025 Sam Hariri /AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Le gouvernement de transition syrien a pris en 2025 des premières mesures en faveur de la justice et de l’établissement des responsabilités pour les crimes et les abus commis par le gouvernement précédent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.

Les autorités syriennes ont créé de nouvelles institutions gouvernementales visant à faire avancer la justice transitionnelle, et à rassembler des informations sur les milliers de personnes disparues en Syrie. Cependant, alors qu’elles ont promis d’établir les responsabilités des violences et des meurtres identitaires commis par les forces gouvernementales en mars et en juillet, elles ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables et des commandants.

« Les nouvelles autorités syriennes ont affirmé que les questions de justice et d’obligation de rendre des comptes figuraient parmi leurs priorités, mais ces efforts ne peuvent pas être sélectifs ou à sens unique », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour faire entrer la Syrie dans une nouvelle ère respectueuse des droits, les autorités syriennes devraient dresser un bilan complet des abus commis par tous les camps avant et après décembre 2024, en examinant non seulement les crimes individuels, mais aussi les responsabilités institutionnelles. »

Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en français

Dans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.

En mars 2025, une nouvelle déclaration constitutionnelle a affirmé l’indépendance de la justice ; mais le gouvernement devrait désormais mettre en place les cadres judiciaire et institutionnel qui sont indispensables afin de poursuivre les crimes internationaux graves, ainsi que les abus commis dans le cadre de la responsabilité du commandement. Les autorités gouvernementales ont rencontré des groupes de la société civile pour évoquer l’établissement des responsabilités pénales et le gouvernement a intégré plusieurs experts judiciaires aux commissions mandatées à l’échelle nationale. Toutefois, il devrait préciser comment les victimes et les parties prenantes seront intégrées pour pouvoir déterminer ces processus de lutte contre l’impunité et y participer pleinement. Le déploiement de forces gouvernementales en 2025, en réponse aux attaques et à la violence armée dans les gouvernorats de Latakia, Tartous et Hama en mars, ainsi que dans le gouvernorat de Soueïda en juillet, a déclenché une vague de violences identitaires dans ces régions. Les autorités syriennes ont enquêté sur ces incidents de manière crédible, mais ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables militaires ou civils, ou sur la façon dont le gouvernement entend demander des comptes aux personnes ayant l’autorité du commandement. En 2025, les États-Unis et l’Union européenne ont mis fin aux sanctions qu’ils infligeaient de longue date à la Syrie, ce qui représente une mesure cruciale afin d’améliorer l’accès des Syriens à des droits socio-économiques fondamentaux et de reconstruire un pays dévasté par des années d’un conflit exténuant. Néanmoins, plus de 90 % des Syriens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et plus de la moitié ont du mal à se nourrir correctement et nécessitent de l’aide.

Les nouveaux dirigeants du pays devraient protéger les droits fondamentaux de tous les Syriens au sein de nouvelles législations et institutions nationales, veiller à ce que les normes relatives aux droits humains déterminent tous les efforts de justice, mais aussi ratifier et appliquer les instruments juridiques et traités internationaux relatifs aux droits humains. 

Les autorités devraient adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, et signer une déclaration conférant à la CPI la compétence de juger les crimes commis en Syrie dans le passé. Les autorités devraient par ailleurs renforcer leur coopération avec les mécanismes internationaux d’établissement des responsabilités, notamment ceux des Nations Unies, et leur faciliter l’accès, mais aussi mettre en place des réformes du secteur de la sécurité. Elles devraient retirer de leurs forces de sécurité les personnes ayant commis des abus et établir des structures de commandement et codes de conduite clairs.

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