04.02.2026 à 06:00
(Beyrouth) - En 2025, les autorités iraniennes ont procédé à des exécutions à une échelle inédite depuis la fin des années 80, à des massacres en réponse aux manifestations qui ont éclaté dans tout le pays, ainsi qu’à des arrestations arbitraires et de masse, et intensifié la répression sous couvert de sécurité nationale, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
La répression meurtrière des manifestations qui ont éclaté fin décembre s’est fortement intensifiée début 2026, avec le massacre, par les forces de sécurité, de milliers de manifestants et de passants. Le bilan s’élève à des milliers de morts. Human Rights Watch a mis en évidence une escalade coordonnée dans l’usage illégal et meurtrier de la force par les autorités depuis le 8 janvier, notamment des preuves attestant que des manifestants et des passants ont été tués ou blessés par des balles qui les ont touchés à la tête et au torse. Les autorités ont commis ces massacres alors qu’elles avaient imposé une coupure totale d’Internet et des restrictions sur les télécommunications à l’échelle nationale afin de dissimuler l’ampleur réelle des atrocités.
L’année 2025 a été marquée par des violations généralisées et systématiques du droit à la vie, notamment par l’application de la peine de mort. Selon l’organisation de défense des droits humains Abdorrahman Boroumand Center, fin décembre, les autorités iraniennes avaient exécuté plus de 2 000 personnes, soit le nombre le plus élevé d’exécutions connues depuis la fin des années 80.
« En 2025, la spirale de l’impunité et des effusions de sang a entraîné une vague d’exécutions sans précédent depuis des dizaines d’années, ainsi que la répression de manifestation la plus meurtrière, qui a conduit à des massacres sans précédent de manifestants et de passants cette année », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « La communauté internationale devrait d’urgence prendre des mesures concrètes pour demander des comptes aux responsables, en examinant tous les recours à disposition, notamment la compétence universelle. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36e édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
Les forces de sécurité iraniennes ont procédé à des massacres de manifestants après l’escalade des manifestations nationales le 8 janvier 2026. Ces massacres commis par les forces de sécurité iraniennes rappellent brutalement que les dirigeants qui massacrent leur propre peuple continueront à commettre des atrocités jusqu’à ce qu’ils soient amenés à rendre des comptes.Plus de la moitié des exécutions concernaient des infractions liées à la drogue, en violation flagrante du droit international. Les exécutions ont été précédées d’atteintes systématiques et manifestes au principe d’équité des procès, et les femmes et les membres de minorités ethniques, dont beaucoup appartiennent également à la minorité religieuse sunnite, ont été de plus en plus souvent condamnées à mort.Les autorités iraniennes ont continué de réprimer brutalement la dissidence et d’exercer une répression transnationale. Des centaines de dissidents, d’avocats, de journalistes, de membres de minorités ethniques et religieuses et de ressortissants binationaux et étrangers sont toujours détenus arbitrairement en Iran. Les autorités ont maintenu et mis en œuvre des lois et des politiques imposant l’obligation discriminante et dégradante du port du voile, et leurs déclarations officielles des derniers mois de l’année laissent présager une nouvelle vague de répression. La torture et d’autres mauvais traitements, notamment le fait de délibérément refuser des soins médicaux aux prisonniers, sont restés des pratiques systématiques et généralisées. Les punitions comprenaient la flagellation et l’amputation, qui constituent des actes de torture. Les autorités ont continué d’exercer une répression contre les minorités ethniques et religieuses, notamment à l’encontre des bahaïs, ce qui constitue un crime contre l’humanité. Human Rights Watch a constaté qu’en juin 2023, les forces israéliennes avaient attaqué illégalement la prison d’Evin à Téhéran, en l’absence de toute cible militaire évidente, tuant et blessant une multitude de civils, ce qui constitue un crime de guerre manifeste. À la suite des frappes, les prisonniers politiques aux mains des autorités iraniennes ont subi des mauvais traitements et fait l’objet de disparitions forcées. Human Rights Watch a également enquêté sur cinq frappes iraniennes de missiles balistiques qui ont touché des régions peuplées d’Israël et tué 20 civils, et a conclu qu’il s’agissait vraisemblablement de crimes de guerre.04.02.2026 à 06:00
(Jérusalem) – Les forces israéliennes ont intensifié en 2025 leurs atrocités à l’encontre des Palestiniens, commettant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des actes de génocide et des opérations de nettoyage ethnique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026. Elles ont tué, mutilé, affamé et déplacé de force des Palestiniens et détruit leurs habitations et leurs infrastructures civiles à une échelle sans précédent dans l’histoire récente d’Israël et de la Palestine.
La campagne d’Israël dans la bande de Gaza a causé la mort de plus de 69 000 Palestiniens, dont plus de 19 000 enfants, selon le ministère de la Santé de Gaza. Un cessez-le-feu en octobre négocié par les États-Unis, a conduit à la libération des derniers otages israéliens encore vivants détenus à Gaza et de centaines de Palestiniens détenus en Israël, pour la plupart sans procès ni inculpation. Mais de grave abus, notamment les crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution commis par les autorités israéliennes à l’encontre des Palestiniens, persistent.
« L’ordre international reposant sur des règles qui a émergé des ruines de la Seconde guerre mondiale est violemment remis en cause par le carnage et les destructions à Gaza », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le cessez-le-feu n’a pas mis fin aux crimes d’Israël et il ne devrait pas non plus empêcher les autres pays de prendre des mesures urgentes pour faire face à ces abus continuels et faire justice. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
Les autorités israéliennes ont eu recours à la famine comme arme de guerre à Gaza, imposant au territoire un blocus total pendant plus de 11 semaines, en restreignant sévèrement à d’autres moments les livraisons d’aide humanitaire et en privant la population d’électricité et d’eau potable. En août, les meilleurs experts du monde sur l’insécurité alimentaire ont déclaré une famine dans la ville de Gaza et aux alentours. En mai, les forces israéliennes ont renouvelé une offensive détruisant une grande partie des infrastructures civiles restantes à Gaza. Elles ont tué des centaines de Palestiniens qui cherchaient à se procurer de la nourriture, pour la plupart sur ou à proximité de sites de distribution d’aide alimentaire dans le cadre d’un système militarisé d’assistance appuyé par les États-Unis et géré par des contractants privés sous les auspices de la Fondation humanitaire pour Gaza.En janvier, les forces israéliennes ont entamé dans le nord de la Cisjordanie des opérations qui ont vidé trois camps de réfugiés, déplaçant de force environ 32 000 personnes, actes équivalant à des crimes de guerre, à des crimes contre l’humanité et à du nettoyage ethnique. Les autorités ont empêché les habitants de revenir, à quelques exceptions près, ce qui fait de cette opération le plus vaste déplacement en Cisjordanie depuis 1967. Les violences commises, en toute impunité, par les colons israéliens ont atteint en 2025 un niveau sans précédent depuis plus de 18 ans, avec plus de 2 660 incidents ayant fait des victimes ou causé des dommages aux biens recensés jusqu’à septembre. L’Autorité palestinienne a accru sa répression de la dissidence en Cisjordanie. Après le cessez-le-feu, le bras armé du Hamas a procédé à d’apparentes exécutions sommaires de personnes qu’il accusait de collaborer avec l’armée israélienne.Tous les gouvernements devraient agir pour empêcher que soient commises de nouvelles atrocités en suspendant leur assistance militaire et leurs transferts d’armes à Israël, en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des autorités israéliennes impliquées de manière crédible dans les graves violations en cours, en suspendant leurs accords commerciaux préférentiels avec Israël, en interdisant les échanges commerciaux avec les colonies de peuplement illégales et en soutenant la mise en application de tous les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale.
04.02.2026 à 06:00
(Beyrouth) – En 2025, les autorités libanaises ont fait de timides progrès dans la mise en œuvre des réformes promises par le nouveau président et le nouveau Premier ministre du pays, mais les violations des droits humains se sont poursuivies et les autorités n’ont toujours pas rendu justice aux victimes de l’explosion du port de Beyrouth en 2020 ni aux victimes de crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
Après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, les forces israéliennes ont tué plus de 330 personnes au Liban, dont au moins 127 civils, et au moins 64 000 personnes sont toujours déplacées selon les chiffres d’octobre 2025.
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
« Alors que la population libanaise continue de se heurter à de multiples obstacles pour accéder à la justice, exercer ses droits sociaux et économiques et jouir de la liberté d’expression, les autorités devraient agir pour concrétiser les réformes promises », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Si les autorités libanaises ont enfin entamé des discussions sur la responsabilité des forces israéliennes dans les violations du droit de la guerre, elles n’ont toujours pas pris de mesures concrètes pour demander des comptes à Israël. »
Malgré la reprise de l’enquête sur l’explosion du 4 août 2020 à Beyrouth, les autorités libanaises n’ont toujours pas rendu justice aux victimes ni à leurs familles.Les agences de sécurité et les procureurs libanais ont continué à harceler des activistes, des journalistes et des détracteurs du gouvernement en les convoquant pour les interroger au sujet de leur travail critique à son encontre.La Commission parlementaire libanaise chargée de l’administration et de la justice a entamé des discussions autour d’un nouveau projet de loi sur les médias, présenté à la Commission le 27 mai 2025. Bien que ce projet comprenne des mesures importantes visant à protéger la liberté d’expression, il continue de prévoir des sanctions pénales pour des actes liés à l’expression d’opinions.Le 9 octobre 2025, le gouvernement libanais a chargé le ministère de la Justice d’évaluer les mesures juridiques qui pourraient être prises suite aux attaques israéliennes contre des journalistes pendant la dernière guerre. Il n’a cependant toujours pas pris de mesures concrètes pour garantir la mise en œuvre d’une obligation de rendre des comptes.Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes au niveau national sur les violations du droit de la guerre. Le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la CPI, et déposer une déclaration acceptant la compétence de la Cour au moins depuis le 7 octobre 2023. Les autorités libanaises devraient cesser de convoquer les journalistes et les activistes à cause de leur travail critique à leur égard, et le Parlement devrait veiller à ce que les lois libanaises sur l’indépendance des médias et du pouvoir judiciaire respectent les normes internationales.
04.02.2026 à 06:00
(Bruxelles, le 4 février 2026) – Pendant la quatrième année de sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine, le Kremlin a encore intensifié la répression contre la société civile russe, en ciblant ses détracteurs tant à l’intérieur du pays qu’en exil, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. Afin d’étouffer toute forme de dissidence, les autorités ont renforcé la censure et la surveillance, ont multiplié les accusations d’« atteinte à la sécurité de l’État » et ont simplifié les poursuites contre les opposants qualifiés d’« agents de l’étranger ».
« Les autorités russes ont intensifié la répression contre les activistes de la société civile et autres détracteurs. Elles ont également renforcé leur croisade pernicieuse en faveur des “valeurs traditionnelles”, qui vise les migrants, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, et porte atteinte aux droits reproductifs des femmes », a déclaré Benjamin Ward, Directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch.
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
La Russie a continué à attaquer les zones densément peuplées de l’Ukraine avec des armes explosives, faisant des morts et des blessés parmi les civils et endommageant des infrastructures vitales. Les frappes russes de drones à courte portée ont fait plus de victimes civiles en Ukraine que tout autre type d’arme. Les autorités russes ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en torturant et en maltraitant de manière systématique des milliers de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens. Dans les zones occupées de l’Ukraine, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à adopter la citoyenneté russe et à faire leur service militaire, à saisir des biens privés et à imposer les programmes scolaires et la langue russes dans les écoles.Le nombre de prisonniers politiques est passé de 805 fin 2024 à 1 217 (dont 108 femmes) en 2025. Cette année, les tribunaux ont prononcé les premières condamnations pénales pour participation présumée au mouvement international LGBT, qualifié d’« organisation extrémiste ». Des procureurs ont aussi lancé de nouvelles accusations d’« extrémisme LGBT » contre plusieurs personnes, notamment contre des éditeurs de livres.Les autorités ont nettement intensifié les poursuites pénales pour non-respect présumé de la loi sur les « agents de l’étranger », avec 72 procédures pénales engagées au premier semestre 2025. Des procureurs ont aussi interdit 78 organisations jugées « indésirables », dont d’importantes organisations de défense des droits humains. En novembre, Human Rights Watch a été qualifiée d’« indésirable ». En mai, un tribunal de Moscou a condamné Grigory Melkonyants, un important activiste russe spécialisé dans la surveillance des élections, à cinq ans de prison pour sa participation présumée à une « organisation indésirable ».Les autorités ont poursuivi leurs attaques contre les droits des migrants. Les forces de l’ordre ont mené des raids au cours desquels elles ont maltraité des migrants. En 2025, une loi sur la surveillance d’un « registre des personnes contrôlées », ainsi qu’une « expérience » visant à surveiller les travailleurs migrants à Moscou et dans la région de Moscou, sont entrées en vigueur. En avril, l’interdiction d’inscrire des enfants étrangers dans les écoles publiques sans preuve de statut légal et de maîtrise de la langue russe est entrée en vigueur, créant ainsi un obstacle systémique et discriminatoire au droit des enfants à l’éducation. Quatre-vingt-sept pour cent des enfants migrants qui ont demandé une inscription se sont vu refuser l’accès à l’école.La Russie devrait libérer tous les prisonniers politiques et abroger toutes les lois incompatibles avec les droits humains fondamentaux, notamment celles qui censurent les déclarations critiques à l’égard de la guerre et celles qui visent les soi-disant « agents de l’étranger », les organisations « indésirables » et la « propagande homosexuelle ». La Russie devrait également abroger les lois discriminatoires à l’égard des migrants et de leurs enfants, a déclaré Human Rights Watch.
04.02.2026 à 06:00
(Beyrouth) – Le gouvernement de transition syrien a pris en 2025 des premières mesures en faveur de la justice et de l’établissement des responsabilités pour les crimes et les abus commis par le gouvernement précédent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
Les autorités syriennes ont créé de nouvelles institutions gouvernementales visant à faire avancer la justice transitionnelle, et à rassembler des informations sur les milliers de personnes disparues en Syrie. Cependant, alors qu’elles ont promis d’établir les responsabilités des violences et des meurtres identitaires commis par les forces gouvernementales en mars et en juillet, elles ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables et des commandants.
« Les nouvelles autorités syriennes ont affirmé que les questions de justice et d’obligation de rendre des comptes figuraient parmi leurs priorités, mais ces efforts ne peuvent pas être sélectifs ou à sens unique », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour faire entrer la Syrie dans une nouvelle ère respectueuse des droits, les autorités syriennes devraient dresser un bilan complet des abus commis par tous les camps avant et après décembre 2024, en examinant non seulement les crimes individuels, mais aussi les responsabilités institutionnelles. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
En mars 2025, une nouvelle déclaration constitutionnelle a affirmé l’indépendance de la justice ; mais le gouvernement devrait désormais mettre en place les cadres judiciaire et institutionnel qui sont indispensables afin de poursuivre les crimes internationaux graves, ainsi que les abus commis dans le cadre de la responsabilité du commandement. Les autorités gouvernementales ont rencontré des groupes de la société civile pour évoquer l’établissement des responsabilités pénales et le gouvernement a intégré plusieurs experts judiciaires aux commissions mandatées à l’échelle nationale. Toutefois, il devrait préciser comment les victimes et les parties prenantes seront intégrées pour pouvoir déterminer ces processus de lutte contre l’impunité et y participer pleinement. Le déploiement de forces gouvernementales en 2025, en réponse aux attaques et à la violence armée dans les gouvernorats de Latakia, Tartous et Hama en mars, ainsi que dans le gouvernorat de Soueïda en juillet, a déclenché une vague de violences identitaires dans ces régions. Les autorités syriennes ont enquêté sur ces incidents de manière crédible, mais ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables militaires ou civils, ou sur la façon dont le gouvernement entend demander des comptes aux personnes ayant l’autorité du commandement. En 2025, les États-Unis et l’Union européenne ont mis fin aux sanctions qu’ils infligeaient de longue date à la Syrie, ce qui représente une mesure cruciale afin d’améliorer l’accès des Syriens à des droits socio-économiques fondamentaux et de reconstruire un pays dévasté par des années d’un conflit exténuant. Néanmoins, plus de 90 % des Syriens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et plus de la moitié ont du mal à se nourrir correctement et nécessitent de l’aide.Les nouveaux dirigeants du pays devraient protéger les droits fondamentaux de tous les Syriens au sein de nouvelles législations et institutions nationales, veiller à ce que les normes relatives aux droits humains déterminent tous les efforts de justice, mais aussi ratifier et appliquer les instruments juridiques et traités internationaux relatifs aux droits humains.
Les autorités devraient adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, et signer une déclaration conférant à la CPI la compétence de juger les crimes commis en Syrie dans le passé. Les autorités devraient par ailleurs renforcer leur coopération avec les mécanismes internationaux d’établissement des responsabilités, notamment ceux des Nations Unies, et leur faciliter l’accès, mais aussi mettre en place des réformes du secteur de la sécurité. Elles devraient retirer de leurs forces de sécurité les personnes ayant commis des abus et établir des structures de commandement et codes de conduite clairs.