04.02.2026 à 06:00
(Bruxelles, le 4 février 2026) – Pendant la quatrième année de sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine, le Kremlin a encore intensifié la répression contre la société civile russe, en ciblant ses détracteurs tant à l’intérieur du pays qu’en exil, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2026. Afin d’étouffer toute forme de dissidence, les autorités ont renforcé la censure et la surveillance, ont multiplié les accusations d’« atteinte à la sécurité de l’État » et ont simplifié les poursuites contre les opposants qualifiés d’« agents de l’étranger ».
« Les autorités russes ont intensifié la répression contre les activistes de la société civile et autres détracteurs. Elles ont également renforcé leur croisade pernicieuse en faveur des “valeurs traditionnelles”, qui vise les migrants, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres, et porte atteinte aux droits reproductifs des femmes », a déclaré Benjamin Ward, Directeur adjoint de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch.
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
La Russie a continué à attaquer les zones densément peuplées de l’Ukraine avec des armes explosives, faisant des morts et des blessés parmi les civils et endommageant des infrastructures vitales. Les frappes russes de drones à courte portée ont fait plus de victimes civiles en Ukraine que tout autre type d’arme. Les autorités russes ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en torturant et en maltraitant de manière systématique des milliers de prisonniers de guerre et de civils ukrainiens. Dans les zones occupées de l’Ukraine, les autorités russes ont continué à contraindre les habitants à adopter la citoyenneté russe et à faire leur service militaire, à saisir des biens privés et à imposer les programmes scolaires et la langue russes dans les écoles.Le nombre de prisonniers politiques est passé de 805 fin 2024 à 1 217 (dont 108 femmes) en 2025. Cette année, les tribunaux ont prononcé les premières condamnations pénales pour participation présumée au mouvement international LGBT, qualifié d’« organisation extrémiste ». Des procureurs ont aussi lancé de nouvelles accusations d’« extrémisme LGBT » contre plusieurs personnes, notamment contre des éditeurs de livres.Les autorités ont nettement intensifié les poursuites pénales pour non-respect présumé de la loi sur les « agents de l’étranger », avec 72 procédures pénales engagées au premier semestre 2025. Des procureurs ont aussi interdit 78 organisations jugées « indésirables », dont d’importantes organisations de défense des droits humains. En novembre, Human Rights Watch a été qualifiée d’« indésirable ». En mai, un tribunal de Moscou a condamné Grigory Melkonyants, un important activiste russe spécialisé dans la surveillance des élections, à cinq ans de prison pour sa participation présumée à une « organisation indésirable ».Les autorités ont poursuivi leurs attaques contre les droits des migrants. Les forces de l’ordre ont mené des raids au cours desquels elles ont maltraité des migrants. En 2025, une loi sur la surveillance d’un « registre des personnes contrôlées », ainsi qu’une « expérience » visant à surveiller les travailleurs migrants à Moscou et dans la région de Moscou, sont entrées en vigueur. En avril, l’interdiction d’inscrire des enfants étrangers dans les écoles publiques sans preuve de statut légal et de maîtrise de la langue russe est entrée en vigueur, créant ainsi un obstacle systémique et discriminatoire au droit des enfants à l’éducation. Quatre-vingt-sept pour cent des enfants migrants qui ont demandé une inscription se sont vu refuser l’accès à l’école.La Russie devrait libérer tous les prisonniers politiques et abroger toutes les lois incompatibles avec les droits humains fondamentaux, notamment celles qui censurent les déclarations critiques à l’égard de la guerre et celles qui visent les soi-disant « agents de l’étranger », les organisations « indésirables » et la « propagande homosexuelle ». La Russie devrait également abroger les lois discriminatoires à l’égard des migrants et de leurs enfants, a déclaré Human Rights Watch.
04.02.2026 à 06:00
(Beyrouth) – Le gouvernement de transition syrien a pris en 2025 des premières mesures en faveur de la justice et de l’établissement des responsabilités pour les crimes et les abus commis par le gouvernement précédent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2026.
Les autorités syriennes ont créé de nouvelles institutions gouvernementales visant à faire avancer la justice transitionnelle, et à rassembler des informations sur les milliers de personnes disparues en Syrie. Cependant, alors qu’elles ont promis d’établir les responsabilités des violences et des meurtres identitaires commis par les forces gouvernementales en mars et en juillet, elles ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables et des commandants.
« Les nouvelles autorités syriennes ont affirmé que les questions de justice et d’obligation de rendre des comptes figuraient parmi leurs priorités, mais ces efforts ne peuvent pas être sélectifs ou à sens unique », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Pour faire entrer la Syrie dans une nouvelle ère respectueuse des droits, les autorités syriennes devraient dresser un bilan complet des abus commis par tous les camps avant et après décembre 2024, en examinant non seulement les crimes individuels, mais aussi les responsabilités institutionnelles. »
Rapport mondial 2026 Rapport abrégé en françaisDans la 36ème édition de son Rapport mondial, qui comprend 529 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de cent pays. Dans son essai introductif, le directeur exécutif Philippe Bolopion estime que briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde constitue le défi d’une génération. Le système des droits humains se trouvant menacé comme jamais auparavant par l’administration Trump et les autres puissances mondiales, Philippe Bolopion appelle les démocraties respectueuses des droits et la société civile à construire une alliance stratégique afin de défendre les libertés fondamentales.
En mars 2025, une nouvelle déclaration constitutionnelle a affirmé l’indépendance de la justice ; mais le gouvernement devrait désormais mettre en place les cadres judiciaire et institutionnel qui sont indispensables afin de poursuivre les crimes internationaux graves, ainsi que les abus commis dans le cadre de la responsabilité du commandement. Les autorités gouvernementales ont rencontré des groupes de la société civile pour évoquer l’établissement des responsabilités pénales et le gouvernement a intégré plusieurs experts judiciaires aux commissions mandatées à l’échelle nationale. Toutefois, il devrait préciser comment les victimes et les parties prenantes seront intégrées pour pouvoir déterminer ces processus de lutte contre l’impunité et y participer pleinement. Le déploiement de forces gouvernementales en 2025, en réponse aux attaques et à la violence armée dans les gouvernorats de Latakia, Tartous et Hama en mars, ainsi que dans le gouvernorat de Soueïda en juillet, a déclenché une vague de violences identitaires dans ces régions. Les autorités syriennes ont enquêté sur ces incidents de manière crédible, mais ont fait preuve de peu de transparence sur le rôle des hauts responsables militaires ou civils, ou sur la façon dont le gouvernement entend demander des comptes aux personnes ayant l’autorité du commandement. En 2025, les États-Unis et l’Union européenne ont mis fin aux sanctions qu’ils infligeaient de longue date à la Syrie, ce qui représente une mesure cruciale afin d’améliorer l’accès des Syriens à des droits socio-économiques fondamentaux et de reconstruire un pays dévasté par des années d’un conflit exténuant. Néanmoins, plus de 90 % des Syriens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et plus de la moitié ont du mal à se nourrir correctement et nécessitent de l’aide.Les nouveaux dirigeants du pays devraient protéger les droits fondamentaux de tous les Syriens au sein de nouvelles législations et institutions nationales, veiller à ce que les normes relatives aux droits humains déterminent tous les efforts de justice, mais aussi ratifier et appliquer les instruments juridiques et traités internationaux relatifs aux droits humains.
Les autorités devraient adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, et signer une déclaration conférant à la CPI la compétence de juger les crimes commis en Syrie dans le passé. Les autorités devraient par ailleurs renforcer leur coopération avec les mécanismes internationaux d’établissement des responsabilités, notamment ceux des Nations Unies, et leur faciliter l’accès, mais aussi mettre en place des réformes du secteur de la sécurité. Elles devraient retirer de leurs forces de sécurité les personnes ayant commis des abus et établir des structures de commandement et codes de conduite clairs.