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Lien du flux RSSHuman Rights Watch NewsHumans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

20.03.2026 à 16:13

Hongrie : Netanyahou devrait être arrêté s’il se rend dans ce pays

Human Rights Watch
Click to expand Image Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, à gauche, était accueilli par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Jérusalem, le 19 juillet 2018.  © 2018 Debbie Hill/AP Photo

(Bruxelles, 20 mars 2026) – Les autorités hongroises devraient arrêter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'il entre sur le territoire hongrois, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Selon une source officielle, Benjamin Netanyahou devrait se rendre en Hongrie le 21 mars, afin de prendre la parole lors de la Conférence d'action politique conservatrice de Hongrie. Cette visite aurait lieu peu avant les élections législatives hongroises, prévues le 12 avril.

Le 21 novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d'arrêt à l’encontre de Benjamin Netanyahou, ainsi que contre le ministre israélien de la Défense de l'époque, Yoav Gallant, pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre présumés commis dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023 au moins. Netanyahou et Gallant demeurent des fugitifs recherchés par la CPI. Les États membres de la CPI sont tenus de les arrêter s'ils entrent sur leur territoire.

« Malgré sa décision de quitter la CPI, la Hongrie demeure un État membre et est toujours tenue d’arrêter et de livrer les personnes recherchées par la Cour », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « En bafouant cette obligation, pour la deuxième fois en moins d’un an, la Hongrie renforcerait l’impunité pour les crimes graves commis en Palestine, et trahirait une fois de plus les victimes privées de justice depuis bien trop longtemps. »

La visite de Benjamin Netanyahou en Hongrie est prévue alors qu'Israël et les États-Unis mènent des milliers de frappes aériennes contre l'Iran, et que ce dernier riposte par des centaines de frappes contre Israël et les États du Golfe. Début mars, l’armée israélienne a intensifié ses attaques au Liban et a ordonné l’évacuation immédiate de vastes zones du sud du Liban et de la banlieue sud de Beyrouth, faisant naître un risque réel de commission du crime de guerre de déplacement forcé. L'escalade des hostilités et les risques croissants de violations graves du droit international humanitaire et des droits humains mettent en evidence l'urgence de respecter l'état de droit et de soutenir des instances crédibles pour rendre justice, telles que la CPI, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis octobre 2023, les forces israéliennes ont commis des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des actes de génocide dans la bande de Gaza. Les restrictions persistantes imposées à l'aide humanitaire entrant à Gaza ont entraîné des pénuries critiques de médicaments, de matériel de reconstruction, de nourriture et d'eau.

En avril 2025, Benjamin Netanyahou s'est rendu en Hongrie, mais les autorités hongroises ne l'ont pas arrêté. En juillet, les juges de la CPI ont constaté que la Hongrie n'avait pas respecté son obligation de coopérer avec la Cour et ont transmis cette conclusion à son organe de contrôle, l'Assemblée des États parties. Lors de sa session annuelle en décembre, l'Assemblée a pris acte de cette décision de justice, mais n'a pas pris de mesures plus concrètes. Les États membres de la CPI devraient renforcer leur réponse à la non-coopération.

Lors de sa visite en avril 2025, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a annoncé l’intention de son gouvernement de se retirer du traité de la CPI, le Statut de Rome. Le 2 juin 2025, les autorités hongroises ont officiellement notifié au Secrétaire général des Nations Unies le retrait de la Hongrie, qui prendra effet le 2 juin 2026, soit un an plus tard. Des juristes internationaux hongrois et des organisations de la société civile ont critiqué la décision de se retirer de la CPI.

Depuis 2010, Viktor Orbán a utilisé sa majorité parlementaire absolue pour saper l'indépendance du pouvoir judiciaire, réprimer les médias indépendants et les organisations de la société civile, diaboliser les migrants et les demandeurs d'asile, discriminer les personnes LGBT et bafouer les droits des femmes et des filles. En déclarant divers états de danger ou d’urgence, le gouvernement de Viktor Orbán a de fait gouverné par décret, court-circuitant complètement le Parlement.

L’Union européenne dispose d’un cadre juridique clair qui régit ses relations avec la CPI et son soutien à cette dernière. Human Rights Watch a déclaré que les États membres et les institutions de l'UE n'ont néanmoins pas pris les mesures suffisantes pour empêcher la mise à mal de la CPI par la Hongrie et l'atteinte plus générale de l'état de droit par Viktor Orbán.

En 2018, le Parlement européen a lancé une procédure au titre de l'article 7 du traité de l'Union européenne afin d'évaluer le risque que l'érosion de l'état de droit en Hongrie porte atteinte aux valeurs fondamentales de l'UE. Cependant, les États membres de l'UE, réunis au Conseil européen, n'ont, jusqu'à présent, pris aucune mesure concrète.

En mai 2025, la Commission européenne a indiqué qu'elle « analysait le retrait annoncé de la Hongrie de la CPI à la lumière de l'acquis communautaire », c'est-à-dire l'ensemble des lois de l'UE qui garantissent le respect des droits humains, de la démocratie et de l'état de droit. Or, rien n'indique que cette évaluation ait progressé.

Les dirigeants et les États membres de l'UE, ainsi que les autres pays membres de la CPI, devraient faire pression sur la Hongrie pour qu'elle revienne sur sa décision de se retirer de la Cour, lui rappeler publiquement ses obligations en tant que membre de la CPI et exhorter les autorités hongroises à coopérer avec la Cour en arrêtant Benjamin Netanyahou. Si la visite de ce dernier a lieu, ils devraient condamner fermement le refus persistant de la Hongrie de coopérer avec la Cour et réaffirmer sans ambiguïté leur engagement à exécuter tous les mandats d'arrêt en suspens de la CPI, quelles que soient les personnes visées, a déclaré Human Rights Watch.

La Commission européenne et les États membres de l’UE devraient également considérer la décision de la Hongrie de quitter la CPI comme un risque supplémentaire de violation grave des valeurs fondamentales de l’UE et envisager d’inclure ce retrait dans le champ d’application de la procédure actuelle prévue sous l’article 7. Ils devraient également évaluer les autres mesures et actions qui devraient être prises. Il pourrait s'agir notamment d'engager une procédure susceptible d'établir que la Hongrie a enfreint le droit de l'UE.

« Le gouvernement de Viktor Orbán s'apprête à nouveau à dérouler le tapis rouge pour Benjamin Netanyahou, alors qu'il est tenu de l'arrêter », a conclu Alice Autin. « Le silence et l'inaction persistante de l'UE risquent d'envoyer un dangereux message d'acquiescement alors que le gouvernement israélien continue d'être responsable d'atrocités. »

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20.03.2026 à 11:57

Un procès historique pour les crimes coloniaux belges va avoir lieu

Human Rights Watch
Click to expand Image (De gauche à droite) Les proches de Patrice Lumumba, figure emblématique de l'indépendance congolaise assassinée, Yema Lumumba, et Mehdi Lumumba, accompagnés de leurs avocats belges et allemands, tiennent une conférence de presse à Bruxelles, le 19 janvier 2026, à l'issue d'une audience devant un tribunal belge concernant d'éventuelles poursuites judiciaires liées à cet assassinat commis en 1961. © 2026 John Thys/AFP via Getty Images

Une décision rendue le 17 mars par un tribunal belge va permettre la mise en accusation pénale d’Étienne Davignon, le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie, pour son implication présumée dans l’assassinat de Patrice Émery Lumumba, le premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, ainsi que de deux autres hauts responsables. Ces assassinats ont eu lieu en 1961, après l’indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.

Le procès devrait débuter en 2027.

La décision du tribunal belge d’ordonner le renvoi de Davignon devant les tribunaux offre une occasion historique de rendre justice pour les crimes de guerre présumés commis par des responsables belges pendant la décolonisation. Cette décision affirme implicitement que les crimes internationaux graves ne sont pas soumis à des délais de prescription en vertu du droit international et que le temps écoulé ne devrait pas soustraire les anciens acteurs coloniaux à leur responsabilité juridique.

Lors d’une conférence de presse virtuelle qui a suivi la décision du tribunal, la famille de Lumumba a souligné que, même si la justice a tardé à se faire, il n’est pas trop tard pour établir la vérité. Dans une déclaration, elle a déclaré : « Ce qui change aujourd’hui, c’est que le système judiciaire belge commence enfin à assumer ses propres responsabilités pour les actes commis au nom de la colonisation. Pour notre famille, ce n’est pas la fin d’un long combat, c’est le début d’un processus de reconnaissance que l’histoire exige depuis longtemps. »

Cette étape vers la justice soulève des questions importantes concernant le droit des victimes à un recours effectif et à des réparations en vertu du droit international, notamment la restitution, l’indemnisation, la réhabilitation, la satisfaction et les garanties de non-répétition.

En janvier 2026, le tribunal a entendu les arguments de la défense et de l’équipe juridique soutenant la famille de Lumumba, qui avait engagé une procédure pénale en 2011 contre onze citoyens belges, dont dix sont décédés depuis. L'affaire porte sur trois chefs d'accusation de crimes de guerre : le transfert illégal de Lumumba et de ses associés, le « traitement humiliant et dégradant » infligé à ces hommes, et la privation d'un procès équitable. De telles procédures contribuent à la « satisfaction » en tant que forme de réparation.

L'importance potentielle de cette décision dépasse largement le cadre de cette affaire. Lumumba reste une figure emblématique de l’indépendance africaine et des mouvements décoloniaux mondiaux. La persévérance de sa famille souligne le droit inaliénable de rechercher une justice réparatrice et pourrait inspirer des initiatives similaires dans d’autres contextes coloniaux.

Les gouvernements devraient prendre note de la décision de la cour et prendre des mesures concrètes pour remédier aux préjudices durables, aux pertes et aux traumatismes intergénérationnels causés par les injustices coloniales, notamment par le biais de réparations incluant la restitution de la dignité, des excuses officielles et la commémoration.

19.03.2026 à 20:33

Tanzanie : Des passants abattus lors de la répression post-électorale

Human Rights Watch
Click to expand Image Des policiers antiémeute étaient déployés pour disperser des manifestations à Dar es Salaam, en Tanzanie, lors des élections tenues le 29 octobre 2025 ; de violentes manifestations ont éclaté suite à la disqualification de deux dirigeants de l'opposition en tant que candidats à l’élection présidentielle. © 2025 Reuters/Onsase Ochando Les forces de sécurité tanzaniennes, qui ont réprimé les manifestations pendant et après les élections générales de 2025, ont tué et blessé des personnes qui ne participaient pas aux manifestations.Sur la base des premières enquêtes menées sur ces meurtres, Human Rights Watch estime que des centaines de personnes auraient été tuées à travers le pays. Les autorités tanzaniennes devraient reconnaître que l'impunité pour les violations des droits encourage la poursuite de la violence politique. Elles devraient mettre fin à la répression politique et à la détention des détracteurs du gouvernement, de membres de la société civile et de journalistes.

(Nairobi, le 19 mars 2026) – Les forces de sécurité tanzaniennes, lors de leur répression de manifestations pendant et après les élections législatives controversées de 2025, ont tué et blessé des personnes qui ne participaient pas à ces manifestations, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Human Rights Watch a recensé le meurtre de 31 personnes ne participant pas aux manifestations et a reçu des informations crédibles faisant état de 19 autres décès de ce type. Sur la base de ses premières recherches concernant le nombre de personnes tuées à l’échelle nationale, Human Rights Watch estime qu’au moins plusieurs centaines de personnes ont été tuées. La commission gouvernementale mise en place pour enquêter sur les violences liées aux élections devrait enquêter sur ces faits et d’autres abus, et veiller à ce que les responsables rendent des comptes.

« La répression éhontée menée par les autorités tanzaniennes contre la dissidence pendant les élections a dévasté la vie de nombreuses personnes », a déclaré Oryem Nyeko, chercheur senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La commission d’enquête devrait rendre justice aux victimes, garantir l’obligation de rendre des comptes et veiller à ce que de telles violations ne se reproduisent plus. »

Après des semaines d’appels à manifester contre l’intensification de la répression politique, des manifestants sont descendus dans les rues de Dar es Salaam et d’autres villes le jour des élections présidentielle et législatives, le 29 octobre 2025. Les forces de l’ordre ont eu recours à des coups, à la force meurtrière et aux gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants et faire respecter un confinement national de cinq jours, tuant et blessant de nombreuses personnes, y compris des personnes qui ne manifestaient pas. Dans certains cas, selon des témoins, des militaires et des policiers ont mis en place des barrages routiers et empêché les blessés de se rendre à l’hôpital. Certains d’entre eux sont décédés.

Entre octobre 2025 et février 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 48 personnes, dont 34 témoins, 7 journalistes et 5 membres de la société civile et activistes, dans 6 régions administratives de Tanzanie : Arusha, Dar es Salaam, Geita, Mwanza, Ruvuma et Mjini Magharibi (à Zanzibar). Les chercheurs ont examiné des documents judiciaires et des reportages médiatiques ; ils ont aussi analysé 15 photographies et vidéos envoyées par des témoins ou publiées sur les réseaux sociaux, qui corroborent les témoignages.

Carte de la Tanzanie

Tanzania Election Protests – FR map Lieux où des passants ont été abattus lors de la répression post-électorale en Tanzanie. Graphisme © 2026 Human Rights Watch.

Des policiers chargés de faire respecter le confinement ont frappé et tiré sur des personnes, notamment des vendeurs, sur un marché de Buhongwa, un quartier de Mwanza, dans la matinée du 30 octobre, tuant au moins 7 personnes et en blessant environ 50 autres, selon des témoins. « Les policiers tiraient directement sur n’importe quel groupe de personnes », a déclaré un témoin.

Un homme âgé de 31 ans a déclaré que le 30 octobre 2025, des policiers intervenant lors de manifestations à Songea, dans le sud-ouest de la Tanzanie, lui avaient tiré dessus vers 16 heures, alors qu’il rentrait du travail : « Comme les coups de feu étaient tirés sans discernement, on entendait simplement le bruit des coups de feu, parfois au-dessus de nous ou passant en dessous. Je n’ai donc pas entendu le coup de feu, j’ai juste été surpris de sentir ma jambe engourdie. »

Les autorités ont arrêté plus de 2 000 personnes, dont des enfants, accusant nombre d’entre elles d’avoir détruit des biens publics et de trahison, un crime passible de la peine de mort. Le droit international interdit les arrestations et détentions arbitraires.

Un homme de 39 ans, chauffeur de boda boda (moto-taxi), a déclaré que la police de Dar es Salaam l’avait arrêté le 30 octobre alors qu’il transportait un client. Il a affirmé qu’ils l’avaient faussement accusé d’avoir participé aux manifestations, l’avaient violemment battu et l’avaient inculpé de trahison.

Il a finalement été libéré avec des centaines d’autres personnes le 24 décembre, après que la présidente Samia Suluhu Hassan eut demandé au directeur des poursuites publiques de réexaminer les dossiers des personnes arrêtées. Le conducteur a déclaré qu’il était dans l’incapacité de travailler en raison de blessures aux jambes causées par les coups.

Suite à la pression internationale, le 18 novembre, la présidence a formé une Commission indépendante composée d’anciens responsables et de fonctionnaires à la retraite afin d’« enquêter sur les événements ayant conduit à la rupture de la paix pendant et après les élections générales ». On ignore si le mandat de cette commission couvre les personnes tuées et blessées alors qu’elles ne manifestaient pas, ainsi que les arrestations arbitraires. La commission a prévu d’achever ses travaux le 3 avril.

Le 6 mars, Human Rights Watch a écrit à la police tanzanienne et à la commission d’enquête pour leur faire part de ses conclusions et leur demander des informations, mais n’a pas reçu de réponse.

Les normes nationales, régionales et internationales en matière de droits humains, y compris la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, à laquelle la Tanzanie est partie, interdisent le recours excessif à la force par les agents des forces de l’ordre et garantissent le droit à un recours en cas de violations graves des droits humains.

En vertu des Principes fondamentaux des Nations Unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu, les forces de sécurité ne doivent recourir à la force d’ e que lorsque les moyens non violents sont inefficaces et uniquement de manière proportionnée à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre. Les agents des forces de l’ordre ne doivent utiliser des armes à feu que pour se défendre eux-mêmes ou défendre autrui contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, ou, dans certaines circonstances, lorsque cela est nécessaire pour répondre à un crime grave impliquant une menace grave pour la vie. L'usage intentionnel et mortel des armes à feu n'est autorisé que lorsqu'il est strictement inévitable pour protéger la vie.

Les gouvernements préoccupés et les partenaires de développement de la Tanzanie devraient appeler publiquement le gouvernement à mener une enquête approfondie sur ces abus, à poursuivre les responsables et à garantir des réparations, a déclaré Human Rights Watch. Ils devraient également soutenir le rôle de la société civile dans la documentation des violations des droits humains.

« Les autorités tanzaniennes devraient reconnaître que l’impunité pour les violations des droits encourage davantage de violence politique », a conclu Oryem Nyeko. « Elles devraient mettre fin à la répression politique continue et à la détention de détracteurs du gouvernement, de membres de la société civile et de journalistes. »

Suite détaillée en anglais.

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