09.06.2026 à 20:00
Bolloré, édition, cinéma, médias : anatomie d’une conquête
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09.06.2026 à 20:00
Bolloré, édition, cinéma, médias : anatomie d’une conquête
Premier plateau -- L'édition
Laurent Binet (auteur Grasset) revient sur la déflagration du printemps : le licenciement d'Olivier Nora, directeur de Grasset depuis 25 ans, après son refus de publier un texte d'extrême droite. «Ce premier soir, 130 auteurs qui claquent la porte d'une maison d'édition en une seule fois -- c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu, je crois, dans le monde.» Il reconnaît la critique de la naïveté antérieure : «Ça s'est pas passé il y a trois ans, ça se passe maintenant, c'est tout.»
Nicolas Norrito (éditions Libertalia) assume une franchise plus abrasive : «Ça fait des années qu'on vous dit de partir. L'avantage avec Bolloré, c'est qu'il avance franchement. Il n'y a pas de masque. C'est de l'extrême droite, c'est la croisade d'extrême droite.» Il souligne la concentration verticale : Hachette contrôle l'édition, la diffusion, la distribution et les points de vente (relais) depuis un siècle et demi, «le nerf de la guerre». Et reconnait que ses librairies dépendent d'Hachette, distributeur capable de livrer les livres plus vite que son ombre.
Anaïs Massola (syndicat de la librairie française) pointe la récurrence du problème : «Notre richesse est notre écurie d'auteurs» -- un vocabulaire qu'elle juge «particulièrement étrange» et révélateur d'un système de dépendance structurel.
Sarah Legrain (députée LFI, rapporteure de la future loi anti-concentration si LFI venait à prendre le pouvoir) formule le diagnostic politique : «Bolloré incarne l'alliance de l'ultralibéralisme et de l'extrême droite réactionnaire.» Sur les subventions publiques : «90% du marché du livre sont détenus par 10 groupes. Quatre d'entre eux contrôlent 70% du marché et 80% de la distribution. Si, en plus, c'est eux qui captent les aides publiques aux livres, là il y a un sujet.»
Deuxième plateau -- Le cinéma
Marine Rio (collectif Zappé Bolloré, programmatrice) explique l'origine de la tribune Cannes : «On a utilisé ce dernier festival avant l'élection présidentielle de 2027 en se disant que c'était peut-être le dernier festival de Cannes sans l'extrême droite au pouvoir.» Elle révèle que Jean-Pascal Zadi n'a jamais retiré sa signature de la tribune : «Cette information vient du JDD. Aucun autre journaliste n'est allé vérifier en appelant Jean-Pascal Zadi. C'était un mensonge.»
Arié Alimi (avocat, CGT Spectacle, Ligue des droits de l'homme) détaille la procédure judiciaire contre Canal+ pour discrimination : «À partir du moment où [le directeur de C+] Saada dit "on ne travaillera plus avec ces gens-là", la discrimination est déjà en œuvre. Il n'a même pas besoin de faire quoi que ce soit. Il suffit qu'il l'ait dit.» Il exhorte : «On ne peut pas lutter contre Bolloré et aller sur CNews nourrir la bête.»
Joseph Paris (SRF) prévient d'un glissement : après la déclaration de Saada sur les signataires, ce dernier a franchi un cran supplémentaire en annonçant des clauses pénalisant «les porteurs de projet dont la parole aurait porté préjudice à Canal Plus» -- soit l'ensemble des cinéastes. «Ce n'est plus simplement les signataires. C'est une modalité précise de mise en œuvre d'un contrôle sur leurs paroles.»
Sur la logique Bolloré dans le cinéma, Arié Alimi tranche : «Il veut acheter des vecteurs de la culture, les vider de leur substance et en faire des véhicules, des armes de guerre idéologiques. C'est disparaître maintenant ou disparaître à petit feu. Il n'y a pas d'alternative.»
Troisième plateau -- Les médias
François Bonnet (Fonds pour une Presse Libre) résume le danger en une phrase : «Le danger, il est immédiat. C'est l'installation en France d'un régime autoritaire, xénophobe, fondé sur l'inégalité.»
Thibaut Bruttin (RSF) détaille la stratégie de Bolloré/CNews : faire du pluralisme une neutralité mathématique, contourner les obligations de la loi de 1986 en invitant uniquement des journalistes d'extrême droite, des think-tanks idéologiquement marqués, tout en ciblant systématiquement des journalistes dans des campagnes hebdomadaires de harcèlement à l'antenne. Une décision de l'Arcom sur le pluralisme de CNews est imminente : «Si on gagne, on va s'en prendre plein la poire. Si on perd, aussi.»
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