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Texte intégral (2016 mots)

L’organisation d’un sommet paneuropéen à Erevan au début de ce mois aura mis en exergue la fécondité diplomatique de la Communauté politique européenne, le rôle pivot de l’Arménie et aussi la force des liens transatlantiques entre le Vieux Continent et le Canada, ce géant nord-américain en gestation. En revanche, les conséquences de la guerre d’Iran pour le Caucase du Sud et leurs effets sur les enjeux de circulation entre la mer Noire et le bassin de la Caspienne ne semblent guère présents dans les esprits.

Entre la Russie au nord et l’Iran au sud, il importe de consolider et d’élargir l’axe de circulation entre l’Europe et l’Asie centrale, ce « milieu des empires » qui contient des ressources cruciales pour l’approvisionnement énergétique et minéral des pays européens. Mieux, l’Europe, avec ou sans les États-Unis, doit accroître son influence dans l’ancien Turkestan occidental, où se recoupent les zones d’influence de la Russie et de la Chine, associées dans le projet d’une « Grande Eurasie » censée mettre un point final à la longue hégémonie de l’Occident.

Pour développer cet axe de circulation, il est crucial que les ambitions russes en mer Noire soient contrecarrées, ce qui implique un soutien continu et renforcé à l’Ukraine, bouclier de l’Europe et premier garant de la liberté de navigation dans cette mer que Vladimir Poutine voudrait s’approprier. Au-delà se profile une coopération resserrée entre l’Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie, adossée à une OTAN européanisée. En effet, la mer Noire, vue parfois comme une simple « arrière-cour » de la Méditerranée, commande l’accès au Caucase du Sud.

Le pivot arménien

Au Caucase du Sud, isthme d’environ 1 200 kilomètres entre la mer Noire et la Caspienne, l’Arménie est désormais le pivot des équilibres régionaux. Si les conditions géopolitiques le permettent, elle sera la clef qui ouvrira un corridor transcaucasien entre l’Europe, la Turquie et les États post-soviétiques d’Asie centrale, dont les dirigeants cherchent un contrepoids aux Russes et aux Chinois. Clef d’autant plus stratégique que la Russie, au fil des ans, accroît son emprise sur la Géorgie, cette Ultima Europa, territorialement amputée et placée sous la menace d’une nouvelle soviétisation (au sens géopolitique du terme).

Encore faudrait-il que les négociations entre Erevan et Bakou, ouvertes après la chute du Haut-Karabakh (2023), aboutissent à un traité de paix qui instaure un équilibre géopolitique ; c’est d’ailleurs le sens du partenariat stratégique tout juste signé entre Paris et Erevan (5 mai 2026). Si l’Union européenne en tant que telle n’est pas absente des négociations arméno-azerbaïdjanaises, les États-Unis sont très investis dans ce grand jeu diplomatico-stratégique dont les implications sont aussi logistiques et géoéconomiques.

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Le président Donald Trump signe une déclaration conjointe trilatérale avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, le vendredi 8 août 2025, dans la salle à manger d’État. (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok)

En regard du mépris de l’administration Trump pour l’Europe, on peut s’étonner de l’intérêt porté à la périphérie caucasienne et à l’hinterland eurasiatique du Vieux Continent. Mais la diplomatie minérale et énergétique de Washington, obnubilée par les gisements de terres rares, les minerais dits « critiques » et les hydrocarbures, a ses raisons que le cœur ignore. Aussi l’administration Trump a-t-elle investi une partie de son capital politique dans cette affaire.

Le 8 août 2025, la Maison-Blanche a accueilli le Premier ministre arménien et le président azerbaïdjanais. Ils sont engagés sur l’ouverture d’une « Route Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP : Trump Route for International Peace and Prosperity), grand projet logistique supposé étayer la paix entre les deux anciens belligérants. Depuis, le secrétaire d’État Marco Rubio a reçu son homologue arménien pour faire avancer ce projet (8 janvier 2026), et le vice-président James D. Vance a visité l’Arménie et l’Azerbaïdjan (9-11 février 2026). Il ne s’agit donc pas d’une toquade de Donald Trump.

En fait, le projet TRIPP s’inscrit dans le prolongement du « corridor de Zanguezour », réclamé par Bakou pour relier l’enclave du Nakhitchevan, et traverser sur 35 km la région du Siunik (le Sud arménien), le long de sa frontière avec l’Iran. Ce projet ouvrirait à la Turquie un accès direct à l’Azerbaïdjan, considéré comme une « nation sœur », et donc à la Caspienne et aux États turciques et musulmans d’Asie centrale (voir l’Organisation des États turciques). La différence entre les deux projets réside dans la préoccupation des États-Unis de contrecarrer une domination turco-azerbaïdjanaise sur l’Arménie, voire l’annexion du Siunik.

Un projet prométhéen

Le TRIPP ne correspond que partiellement à notre problématique géopolitique, celle d’un grand corridor Europe-Caucase-Asie centrale. Il est une composante du projet de TITR (Transcapian International Transport Route), plus souvent nommé le « Corridor médian ». Soutenu par l’Union européenne, ledit projet recouvre un ensemble d’infrastructures (voies ferrées, gazoducs, câbles électriques au travers de l’isthme caucasien, réseaux numériques, etc.), à construire ou à moderniser, support d’un vaste système de coopération énergétique, minérale et commerciale entre l’Europe et les profondeurs de l’Eurasie. Il s’inscrit dans l’Initiative Global Gateway (la réponse européenne aux nouvelles routes de la soie chinoises).

Les obstacles que ce projet prométhéen doit surmonter ne sauraient être négligés. Au préalable, il requiert une Ukraine libre et souveraine, capable de faire respecter avec ses alliés et partenaires le principe de la liberté de navigation en mer Noire. Cela a été dit, il faut aussi que la Turquie soit pleinement engagée dans la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’avancée de ce processus autorisant la réouverture de sa frontière avec l’Arménie, fermée depuis 1993 au nom de la solidarité panturque (l’Azerbaïjan avait alors perdu le Haut-Karabakh). Certes, la rationalité économique va dans ce sens mais les passions nationales ne sont pas solubles dans le marché. De surcroît, les mobiles et les intérêts de la Turquie et ceux de l’Europe se recoupent mais ils ne coïncident pas.

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Une pancarte accueille les visiteurs dans la province arménienne du Syunik et sa forteresse historique // shamshyan.com

Par ailleurs, le régime islamique d’Iran est hostile au TRIPP – la circulation des marchandises entre la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’enclave du Nakhitchevan ne passerait plus par son territoire –, et il promeut un corridor nord-sud russo-iranien qui rivaliserait avec les grandes routes maritimes entre l’Europe et l’Asie (voir la route de Suez). La guerre en cours dans le golfe Arabo-Persique et ses approches (détroit d’Ormuz et golfe d’Oman) lui a donné l’occasion d’exprimer militairement son hostilité en envoyant des drones dans l’espace aérien turc et en frappant le territoire azerbaïdjanais (un avertissement). Enfin, la Russie et la Chine populaire voient l’Asie centrale comme un « pré carré » eurasiatique qu’il faut verrouiller.

À moins de croire à l’harmonie spontanée des intérêts géopolitiques des différents acteurs, les Européens comme les Américains se heurteront donc à leurs menées et manœuvres, de la mer Noire à la Caspienne. La « route Trump » et le TITR ne verront donc pas le jour sans résolution politique, pugnacité et patience stratégique. Il faudra notamment s’interroger sur la manière d’assurer la viabilité et la sécurité d’infrastructures à portée immédiate des frappes russes ou iraniennes.

En guise de conclusion

Les hésitations de Donald Trump dans le détroit d’Ormuz, dont les enjeux sont pourtant considérables et immédiats, laissent songeur : sa conception mafieuse de la violence physique, corrélée au lucre, n’est pas celle d’un chef de guerre, moins encore d’un grand politique. Au vrai, la rhétorique humanitaro-juridique de l’Europe n’est guère plus convaincante. Croirait-on que l’« éthique de la discussion » désarmera les ennemis de l’Occident ? N’est-elle pas le masque d’une sempiternelle politique d’apaisement ? Nous sommes face à un dilemme.

Pourtant, il faut penser et agir, élaborer la représentation d’un ensemble géopolitique paneuropéen, de l’Islande au Caucase, soit une Grande Europe en mesure d’assumer l’héritage de l’Occident et de se projeter dans l’avenir. En somme, une Europe impériale ouverte sur le Grand Large qui désenclaverait son hinterland eurasien. Une grande stratégie requiert une représentation géopolitique globale comparable à un champ magnétique, ce qui permet de fixer un cap et de s’y tenir.

<p>Cet article Le « Corridor médian » : les enjeux géopolitiques d’un axe sud-caucasien et transcaspien a été publié par desk russie.</p>


Texte intégral (1660 mots)

En seize ans de règne du leader d’extrême droite Viktor Orbán, la Hongrie est devenue une plaque tournante de l’extrême droite en Europe et au-delà. Après les élections, le chef de file du parti Tisza, Péter Magyar, a l’intention de ne plus financer les institutions de l’extrême droite en Hongrie et leurs ramifications internationales. Cependant, si la chute d’Orbán représente un revers symbolique, politique et financier notable pour l’extrême droite européenne, il n’est pas sûr qu’elle change la donne globale. 

La défaite du parti Fidesz aux élections législatives en Hongrie a non seulement mis fin à seize ans de règne illibéral de Viktor Orbán, mais a également porté un coup dur aux réseaux d’extrême droite en Europe et au-delà.

Ce coup dur revêt plusieurs aspects.

Le plus évident est d’ordre symbolique.

Après être revenu au poste de Premier ministre en 2010, après huit ans dans l’opposition, Orbán a utilisé sa majorité constitutionnelle pour remodeler le système politique hongrois en centralisant le pouvoir, en affaiblissant les freins et contrepoids et en promouvant un État majoritaire et national-conservateur.

En 2014, apparemment satisfait du système qu’il avait mis en place, Orbán a déclaré qu’il s’agissait d’un projet délibéré visant à construire un « État illibéral ». Depuis lors, les autorités hongroises ont positionné leur pays comme un laboratoire d’un nouvel ordre politique rejetant ouvertement la démocratie libérale en tant que modèle universel.

Lorsque la Hongrie a refusé de participer au partage de la charge de l’UE pendant la crise des réfugiés de 2015, Orbán s’est présenté comme le défenseur de l’ « Europe chrétienne », et sa rhétorique anti-migrants est devenue une référence pour de nombreux partis d’extrême droite européens contestant les politiques de leurs gouvernements respectifs en matière de réfugiés.

Parallèlement, les confrontations répétées d’Orbán avec les institutions de l’UE, qui rencontraient souvent une résistance limitée de leur part, ont renforcé sa position de figure de proue de l’extrême droite européenne. Il a cultivé des réseaux transnationaux et présenté son modèle de gouvernance comme exportable. Cela aboutit en 2024 à la formation du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, largement sous l’impulsion de son influence politique.

Cependant, les résultats des élections législatives de 2026 ont démontré que, plutôt que de constituer un modèle parfait pour la construction d’un État illibéral durable, le régime d’Orbán pourrait finalement être écrasé par la force même qu’il prétendait représenter exclusivement : le peuple. Qu’y a-t-il de plus humiliant pour un populiste que d’être rejeté de manière aussi décisive par « sa » nation ?

Le réseautage international de l’extrême droite

Mais le coup porté à l’extrême droite européenne par la défaite du Fidesz dépasse la dimension symbolique.

À mesure qu’il consolidait son pouvoir en Hongrie, le régime d’Orbán a transformé le Mathias Corvinus Collegium (MCC), un établissement d’enseignement privé hongrois, en une pépinière de talents pour le Fidesz. Parallèlement, alors qu’Orbán s’engageait de plus en plus dans le réseautage international d’extrême droite, le MCC s’est transformé en une plaque tournante essentielle pour ces activités. En ouvrant un bureau à Bruxelles et en lançant de multiples événements récurrents, le MCC a réuni des politiciens, des journalistes, des universitaires et d’autres personnalités de droite du monde entier. Ce faisant, il a renforcé la position d’Orbán en tant que leader du mouvement transnational d’extrême droite et a davantage promu son modèle de gouvernance illibérale.

Ces activités ont été facilitées par les arrangements financiers particuliers accordés au MCC par le gouvernement Fidesz. En 2020, les autorités hongroises ont transféré d’importants actifs publics – notamment des participations significatives dans la société pétrolière et gazière MOL (10 %) et la société pharmaceutique Gedeon Richter (10 %) – à la fondation du MCC, lui conférant ainsi une fortune de plus d’un milliard d’euros.

Ces actions ont généré des dividendes annuels substantiels, offrant au MCC une source de revenus stable et à long terme. Ces fonds ont notamment servi à financer de généreuses bourses pour des personnalités internationales d’extrême droite, à rémunérer des interventions publiques, à parrainer des conférences et des événements de réseautage, ainsi qu’à soutenir des publications et des plateformes médiatiques alignées sur le programme idéologique d’Orbán.

Dès son programme électoral, le parti Tisza, qui a remporté les élections législatives de 2026, avait promis de « récupérer les actifs publics alloués au Matthias Corvinus Collegium (MCC) et de mettre fin à la pratique caractéristique du MCC consistant à utiliser des fonds publics pour construire la base politique et idéologique des partis au pouvoir sous le prétexte du développement des talents ».

Après les élections, le chef de file de Tisza, Péter Magyar, a déclaré que l’État n’aurait pas dû financer le MCC ni accueillir des événements tels que la Conservative Political Action Conference (CPAC) en Hongrie. Il a laissé entendre que de telles pratiques pourraient constituer une infraction pénale et devraient faire l’objet d’une enquête par les futures autorités. La position de Magyar met clairement en péril les activités internationales de mise en réseau d’extrême droite du MCC.

Les liens financiers de l’extrême droite

Cependant, le démantèlement éventuel du modèle de financement du MCC, ainsi que l’arrêt probable du financement d’événements internationaux tels que le CPAC Hongrie, ne sont peut-être pas le seul coup dur financier pour les réseaux d’extrême droite européens.

En 2014, le Front national français, aujourd’hui Rassemblement national, a obtenu un prêt de 9 millions d’euros auprès d’une banque russe, suscitant une controverse et des allégations de dépendance politique vis-à-vis de Moscou. En 2022, consciente de ce tollé, Marine Le Pen a cherché d’autres sources de financement pour sa campagne présidentielle, se tournant plutôt vers Orbán. Cela lui a permis d’obtenir un prêt de 10,7 millions d’euros de la banque hongroise MKB Bank, étroitement liée aux réseaux d’affaires gravitant autour d’Orbán.

En 2023, la MKB Bank a fusionné avec deux autres banques hongroises pour former la MBH Bank. C’est cette nouvelle institution qui a accordé un prêt de 9,2 millions d’euros au parti d’extrême droite espagnol Vox.

Le principal actionnaire de la MBH Bank est Lőrinc Mészáros, ami d’enfance d’Orbán et ancien membre du Fidesz. Il reste à voir si la MBH Bank entretient d’autres liens financiers avec l’extrême droite européenne, et si ceux-ci seront affectés par la défaite électorale du Fidesz.

La chute d’Orbán représente un revers symbolique, politique et financier notable pour l’extrême droite européenne, mais elle ne change pas la donne globale. Les populistes d’extrême droite continuent de bénéficier d’un soutien substantiel à travers l’Europe, restant particulièrement influents dans les grandes économies de l’UE telles que l’Allemagne, la France et l’Italie. L’attrait de leurs discours illibéraux et nativistes n’a pas diminué avec la défaite d’Orbán.

De même, si le rayonnement international du MCC risque d’être perturbé, le modèle plus large qu’il représente a peu de chances de disparaître. L’utilisation stratégique de think tanks bien financés pour conférer une légitimité intellectuelle à l’extrême droite et favoriser la coopération transnationale s’est avérée efficace. Même si les activités du MCC sont affaiblies, des structures comparables pourraient émerger ailleurs, soutenues par d’autres bailleurs de fonds financiers et politiques, que ce soit à l’est ou à l’ouest de la Hongrie.

L’extrême droite européenne a perdu un centre névralgique, mais pas son élan.

Traduit de l’anglais par Desk Russie

Lire l’original ici

<p>Cet article La chute d’Orbán minera-t-elle les réseaux d’extrême droite en Europe? a été publié par desk russie.</p>


Texte intégral (1999 mots)

Le politologue allemand explique pourquoi les futures garanties de sécurité pour l’Ukraine constituent une question certes cruciale mais secondaire. Selon lui, le débat occidental sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui a débuté en 2025, constitue un pas dans la bonne direction, toutefois il est prématuré. Discuter de la deuxième étape – la consolidation du cessez-le-feu – sans plan clair sur la manière d’accomplir la première – la mise en place de ce cessez-le-feu – peut détourner l’attention du problème plutôt que contribuer à le résoudre.

Au début de l’année 2025, sous l’impulsion de l’administration Trump en faveur d’un accord de paix en Ukraine, la France et le Royaume-Uni ont lancé des discussions sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine au sein d’une « coalition des volontaires ». Pour l’Europe, c’était un moyen de montrer à Trump que les Européens étaient déterminés à s’impliquer davantage, dans l’espoir de participer aux négociations. La question centrale de ces discussions était de savoir comment un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine pourrait être conçu de manière à dissuader la Russie d’attaquer à nouveau l’Ukraine dans quelques années. Comment ne pas reproduire à l’avenir les erreurs du passé ?

À bien des égards, ces discussions ont constitué un exercice utile dans la mesure où elles ont permis de définir en détail certaines conditions préalables à une paix future stable. Les pourparlers internationaux sur les garanties de sécurité ont conduit pour la première fois les responsables civils et militaires des capitales occidentales à imaginer et à planifier sérieusement l’engagement futur de leurs pays avec l’Ukraine, en Ukraine et autour d’elle. Dans le même temps, cependant, ces discussions ont souffert – et continuent de souffrir – de quatre défauts.

Premièrement, les discussions et les négociations sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine n’ont – du moins jusqu’à présent – guère contribué à mettre fin à la guerre. Diverses propositions concrètes concernant la sécurité future de l’Ukraine, telles que celles relatives à une « force de réassurance » ou à l’intégration des systèmes de défense aérienne du flanc oriental de l’OTAN avec ceux de l’Ukraine, ont suscité des réactions positives à Kyïv. Cependant, les effets sur Moscou de la présentation des plans occidentaux visant à aider l’Ukraine à se protéger à l’avenir – que ce soit par un engagement militaire direct ou par une coopération militaro-industrielle – ont été et continuent d’être négatifs.

Paradoxalement, la recherche d’un cessez-le-feu stable a éloigné la fin des combats. Les suggestions de grande envergure formulées par des pays tels que le Royaume-Uni et la France – notamment concernant le stationnement de troupes de la coalition des volontaires dans l’ouest de l’Ukraine – ont accru les enjeux et la méfiance du Kremlin quant à l’évolution de la situation après la guerre. Cela a réduit la volonté – déjà faible – de la Russie de rechercher un compromis et de faire des concessions. Ces annonces ont encore réduit la disposition du Kremlin à mettre fin aux combats avant d’avoir un avantage clair sur le champ de bataille et ont renforcé son désir d’une paix de la victoire (Siegfrieden) plutôt que d’un accord de paix (Verständigungsfrieden).

En effet, la Russie a catégoriquement rejeté l’idée de troupes étrangères en Ukraine. Comme l’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en mars 2025 : « La présence de troupes des pays de l’OTAN, sous quelque drapeau que ce soit, sur le sol ukrainien constitue la même menace [que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN]. Nous ne l’acceptons en aucun cas. »

Deuxièmement, les différents plans visant à garantir la sécurité future de l’Ukraine contiennent peu d’éléments concrets ayant une pertinence immédiate. Au contraire, les garanties de sécurité dont on parle tant constituent un ensemble d’intentions, de scénarios et de promesses qui, s’ils étaient mis en œuvre, renforceraient en partie la sécurité de l’Ukraine grâce à une présence symbolique de troupes, à une police du ciel, etc. Les plans occidentaux ne prévoient pas d’amélioration majeure ni de l’ancrage international ni de la capacité de défense militaire de l’Ukraine. Au lieu de cela, les négociations officielles se concentrent sur la mise en place, les conditions, la formulation et la ratification de certains futurs mécanismes de réaction multilatéraux au cas où Moscou viendrait à recourir à une nouvelle escalade.

L’idée – noble en soi – de garanties de sécurité pour l’Ukraine propose simplement que Kyïv fasse confiance à un certain schéma d’actions occidentales futures de portée limitée. Elle suppose également, avec optimisme, que Moscou croie en la faisabilité et la pertinence du schéma de réaction proposé. De plus, les garanties de sécurité envisagées jusqu’à présent ne prévoient aucune structure organisationnelle, telle que l’OTAN, pour les étayer. Elles n’incluent pas non plus une présence militaire significative de troupes occidentales stationnées le long de la future ligne de contact russo-ukrainienne. En l’absence de fondements institutionnels sérieux et de moyens matériels suffisants, ni Kyïv ni Moscou ne peuvent prendre au sérieux les garanties de sécurité pour l’Ukraine.

Néanmoins, l’Ukraine pourrait être contrainte de suivre le « principe de l’espoir » et d’accepter les garanties de sécurité qu’elle peut obtenir plutôt que celles dont elle a besoin. Dans un tel cas, cependant, tout futur cessez-le-feu pourrait s’avérer n’être qu’une trêve jusqu’à la reprise des combats à grande échelle. De plus, cela constituerait une pause dans la guerre à l’avantage de la Russie, car cela permettrait à Moscou de choisir un moment opportun pour une nouvelle escalade, par exemple pendant une escalade militaire parallèle en mer de Chine méridionale ou ailleurs.

En revanche, les dirigeants ukrainiens – espérant qu’au moins certaines des promesses faites dans l’accord de sécurité seront tenues – seront condamnés à une passivité militaire future et à des surprises désagréables. D’une certaine manière, un tel scénario serait une répétition de l’expérience de l’Ukraine depuis 1994 avec le désormais tristement célèbre « Mémorandum sur les garanties de sécurité » de 1994 signé à Budapest. Kyïv a signé le Mémorandum bien qu’il y ait eu, en 1993, une demande et un projet ukrainiens de traité complet entre l’Ukraine et les P5 obligeant chaque membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à prendre les « mesures nécessaires » si un État doté d’armes nucléaires procédait à une « menace ou à un recours à la force, ou à une menace de celle-ci sous quelque forme que ce soit, contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de l’Ukraine ».

Troisièmement, le débat actuel reste théorique dans la mesure où il ne peut prédire la situation concrète sur le terrain dans laquelle les garanties de sécurité seront finalement fournies à l’Ukraine. La position sur le champ de bataille et la situation socio-économique des deux pays au moment où les armes se tairont détermineront principalement la stabilité et la durée de la trêve puis d’un éventuel cessez-le feu.

Le contenu et la formulation des futures garanties de sécurité joueront certainement aussi un rôle. Cependant, non seulement ces garanties devront être adaptées à l’environnement existant, mais leur importance dépendra davantage de l’évolution de la situation sur le terrain que des promesses faites sur le papier. La position de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie sur le terrain et inversement déterminera la portée de toute garantie de sécurité, tout comme les relations de chaque pays avec des acteurs tiers.

Plus la situation militaire, économique et internationale de l’Ukraine sera favorable au moment où un cessez-le-feu entrera en vigueur, moins il sera probable que les garanties occidentales pour la sécurité ukrainienne doivent être mises en œuvre. À l’inverse, plus la situation générale de l’Ukraine sera difficile à la fin des combats, plus une nouvelle escalade sera probable et plus une demande ukrainienne visant à faire respecter les garanties de sécurité sera plausible.

Enfin, le débat public occidental sur les futures garanties de sécurité pour l’Ukraine au cours de l’année écoulée a été marqué par l’incohérence, les contradictions et les revirements. Le rôle exact des États-Unis en tant que fournisseur d’un « filet de sécurité » mal défini pour ces garanties reste flou. La taille, l’emplacement, le type et même la simple possibilité d’une « force de réassurance » occidentale en Ukraine restent sujets à controverse.

L’administration Trump a semé une nouvelle incertitude dans les plans européens visant un cessez-le-feu en Ukraine lorsqu’elle a annoncé son intention d’annexer le Groenland (qui appartient au Danemark) et entamé des pourparlers avec Moscou sur une future coopération économique. Compte tenu de la propension des États-Unis à s’opposer à un allié proche et à collaborer avec un ennemi traditionnel, les dirigeants européens, y compris ceux de l’Ukraine, ont commencé à se méfier des assurances données par les États-Unis quant à leur aide à la mise en œuvre de futures garanties de sécurité.

En conclusion, le débat occidental sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui a débuté en 2025, constitue un pas dans la bonne direction, mais il est prématuré et pourrait même servir d’évasion face à la réalité. Discuter de la deuxième étape – la consolidation du cessez-le-feu – sans plan clair sur la manière d’accomplir la première – la mise en place de ce cessez-le-feu – pourrait détourner l’attention du problème plutôt que contribuer à le résoudre. C’est d’autant plus vrai que le succès de la deuxième étape – l’effet dissuasif des garanties de sécurité sur la Russie – dépendra principalement de la nature de la première étape – la manière et les conditions dans lesquelles les combats prendront fin en Ukraine.

Ni la fin de la guerre ni la stabilité d’un futur cessez-le-feu ne seront principalement déterminées par la manière dont les garanties de sécurité pour l’Ukraine sont formulées sur le papier. Au lieu de tel ou tel engagement verbal des pays occidentaux, c’est la situation concrète sur le terrain – dans le domaine économique et sur le champ de bataille – qui est décisive aujourd’hui et qui restera cruciale demain. Le type d’aide matérielle et financière dont Kyïv a besoin pour mettre fin aux combats de manière acceptable sera, à bien des égards, similaire au type de soutien dont l’Ukraine aura besoin une fois le cessez-le-feu conclu pour se protéger d’une nouvelle attaque.

<p>Cet article D’une guerre qui perdure à une trêve stable a été publié par desk russie.</p>

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