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Texte intégral (1026 mots)

Le 17 juin à l’Hôtel Dassault à Paris, le jury du Livre de Géopolitique, présidé par le Ministre Jean-Yves Le Drian, a décerné le Prix spécial du jury à Françoise Thom pour son ouvrage La Guerre totale de Vladimir Poutine, publié aux éditions À l’Est de Brest-Litovsk, ainsi que pour l’ensemble de son œuvre. Le Prix du Livre de Géopolitique a été attribué à Céline Marangé pour son ouvrage La guerre d’Europe a commencé, paru aux éditions Les Arènes. Dans son discours, Jean-Yves Le Drian a souligné la lucidité intellectuelle de Françoise Thom et salué son combat contre le régime de Poutine. Nous reproduisons ici le discours que notre autrice a prononcé lors de cette cérémonie prestigieuse, en présence notamment d’Alice Rufo, Ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, et de plusieurs personnalités politiques et intellectuelles. 

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les députés, Mesdames et Messieurs les membres du jury, 

Je vous remercie de l’honneur que vous me faites en accordant le Prix spécial du Livre de Géopolitique 2026 à mon dernier ouvrage La guerre totale de Vladimir Poutine, publié par les éditions À l’Est de Brest-Litovsk, qui rassemble, sous une forme réorganisée par thématiques et revue, une partie de mes articles parus dans Desk Russie à partir de 2021. Je tiens aussi à exprimer ma gratitude à Galia Ackerman qui m’a encouragée et soutenue durant toutes ces années et à toute l’équipe de Desk Russie et de l’AEBL, dressée tel un David intrépide contre le Goliath de la poutinophilie française.

Ce livre a failli ne jamais voir le jour. En 2019, arrivée à l’âge de la retraite, j’étais fermement décidée à abandonner la Russie, à revenir à mes amours de jeunesse, l’antiquité grecque et latine, et à consacrer mes dernières années à un ouvrage faisant revivre des textes nobles. Mais je fus kidnappée par l’actualité : le contraste entre l’évidente préparation à la guerre de la Russie, les constants appels à la haine à la télévision russe, les menaces qui s’y déversaient quotidiennement non seulement contre l’Ukraine, mais aussi contre l’Occident, et l’ignorance béate dans laquelle se complaisaient les Occidentaux me forcèrent à retourner dans les tranchées. Je décidai de soumettre mes lecteurs à un traitement de cheval, en traduisant de longues citations empruntées aux médias russes et aux propagandistes de choc du régime poutinien, afin qu’ils se fassent une idée de l’ambiance toxique qui régnait dans les cercles dirigeants du Kremlin. Ce danger croissant de l’agression russe contre l’Ukraine et contre l’Europe m’a poussée à écrire pour Desk Russie, depuis sa création en 2021. Ce sont mes analyses et mes avertissements qui ont servi de matière au livre que vous venez d’honorer par le prix. 

Une interrogation fondamentale sous-tend la plupart des textes qui constituent ce livre. Comment comprendre les deux tendances apparemment contradictoires qui marquent la trajectoire du régime poutinien au cours de ce quart de siècle, une fuite toujours plus précipitée vers l’archaïsme et la primitivisation de l’État, et la prodigieuse aptitude à s’emparer des progrès technologiques, notamment dans le domaine de la communication, pour les instrumentaliser au profit des objectifs du pouvoir politique ? Ces deux tendances n’allaient-elles pas entrer en conflit ?

La guerre contre l’Ukraine fait éclater ce contraste au grand jour. Politiquement, le régime de Poutine se comporte de plus en plus comme une principauté du XVe siècle. Le prince substitue l’expansion territoriale au développement, il enrôle des condottieri, locaux et étrangers, il récompense ceux qui le servent en leur attribuant des terres ou des monopoles dans les provinces conquises. En revanche, dans le domaine militaire, dans celui de la propagande et de la guerre hybride, il se montre fort capable d’assimiler des innovations. Constatant le rôle sans précédent de la propagande dans le système poutinien, j’en viens à ma deuxième interrogation fondamentale : comment l’obsession du leader national a-t-elle pu se communiquer à tout un peuple, le convaincre de tout sacrifier, son honneur, sa prospérité, ses libertés ordinaires, les agréments de l’existence, les vies d’êtres chers, les générations futures, pour s’associer à un projet génocidaire proclamé quotidiennement à la télévision ? Et comment un tel leader a-t-il pu trouver tant d’admirateurs et de complices, voire d’imitateurs, à l’étranger ?

En toile de fond, il y a aussi ma curiosité d’historienne. Formée par mes études de lettres classiques, je suis persuadée comme les anciens Grecs que le péché de démesure, l’hybris, se paye tôt ou tard. Comme un roman policier, mon livre est traversé par un suspense : quelles formes va prendre la Némésis pour châtier le tyran ? Le philosophe russe Piotr Tchaadaïev écrivait en 1830 : « Nous n’avons vécu, nous ne vivons que pour servir de quelque grande leçon aux lointaines postérités qui en auront l’intelligence. » C’est à ce vœu de Tchaadaïev que je me suis efforcée de répondre, en espérant que les Russes sauront un jour s’instruire par leur histoire au lieu d’y puiser des justifications de l’agression.

<p>Cet article Françoise Thom, lauréate du Prix spécial du Jury du Livre de Géopolitique 2026 a été publié par desk russie.</p>

21.06.2026 à 11:55

Les drones contre l’empire

Sergueï Medvedev

Ayant commencé la guerre par la conquête de territoires, la Russie finira par les perdre – non seulement ceux qu’elle a occupés en 2014 et 2022, mais aussi ceux qu’elle s’était appropriés au cours des siècles précédents.

<p>Cet article Les drones contre l’empire a été publié par desk russie.</p>


Texte intégral (1897 mots)

Pour le philosophe politique russe exilé, les dernières attaques ukrainiennes dans la profondeur de la Russie marquent non seulement un tournant dans la guerre russo-ukrainienne, mais annoncent l’éclatement prochain de la Russie elle-même : son immense territoire passe d’un avantage stratégique à un handicap potentiellement fatal.

Le 3 juin, sous le slogan « Un dialogue pragmatique – la voie vers un avenir stable », le Forum économique international s’est ouvert à Saint-Pétersbourg. Tôt dans la matinée du même jour, l’avenir a fait son apparition dans la ville sous la forme de drones ukrainiens. Des dizaines de drones, ayant survolé sans encombre plus d’un millier de kilomètres depuis la frontière ukrainienne et franchi le bouclier de défense aérienne « impénétrable » de la capitale du Nord, ont attaqué des infrastructures dans les districts de Kronstadt, Kirovski et Krasnosselski. À Kronstadt, les drones ont touché la corvette Boïky (porteuse d’armes à missiles guidés, qui accompagnait encore récemment les pétroliers de la « flotte fantôme » russe à travers la Manche) et, dans la zone du Grand Port, le terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg, le plus grand complexe de transbordement de pétrole du nord-ouest de la Fédération de Russie.

Malgré l’interdiction de publier des vidéos de ces frappes dans les médias, les réseaux sociaux regorgent d’images spectaculaires de terminaux en feu, accompagnées des jurons admiratifs des observateurs : la bande-son des vidéos montrant les drones ukrainiens survolant les villes russes est un sujet à part : les commentateurs, surtout les hommes, s’extasient comme si les frappes ne les visaient pas eux, mais un décor de cinéma – on peut sans doute parler ici d’une forme grave d’infantilisme. Une fumée noire envahit le ciel, et sur ce fond, les symboles architecturaux blancs du nouveau Saint-Pétersbourg ressortent particulièrement bien : le Lakhta Center de Gazprom et les viaducs ajourés du périphérique de Saint-Pétersbourg ; la vieille cathédrale Saint-Isaac, encadrée par des nuages noirs et éclairée par les lueurs de l’incendie, n’est pas mal non plus.

Les vidéos mises en ligne par les unités de défense aérienne depuis les toits environnants suscitent un enthousiasme particulier : les jeunes soldats apprécient visiblement ce qui se passe, ils posent devant les terminaux en feu. Le spectacle des drones ukrainiens a irrémédiablement gâché la fête préférée de Poutine et principal événement mondain de l’année. Des blagues ont déjà commencé à circuler au sujet d’un décret de Volodymyr Zelensky, similaire à celui du 8 mai, autorisant la tenue du forum aux dates et lieux indiqués, à condition que toutes les discussions soient traduites simultanément en ukrainien. Mais trêve de plaisanteries : en 2026, les drones ukrainiens ne se contentent pas de changer le cours de la guerre, ils réécrivent le scénario de la politique russe.

De la même manière, les drones bouleversent aujourd’hui les projets de vacances des Russes : toute la côte de la mer Noire subit les conséquences des attaques de drones – des « pluies de pétrole », aux marées noires et aux plages fermées à Tuapse et Anapa, jusqu’à la « pénurie d’essence » en Crimée, où les Forces armées ukrainiennes, selon le ministre ukrainien de la Défense Mikhaïl Fedorov, ont entamé une campagne d’ « isolement logistique ».

Des drones américains de nouvelle génération, dotés de systèmes de vision artificielle et d’intelligence artificielle, ont commencé à attaquer les camions-citernes et autres véhicules de transport de marchandises approvisionnant la péninsule annexée, transformant la route P-280 « Novorossia » en « route de la mort ». Les accotements de la route sont jonchés de dizaines de carcasses de camions calcinés, les chauffeurs refusent d’effectuer des trajets même pour un tarif triplé, et les rares camions-citernes kamikazes qui parviennent à pénétrer en Crimée sont accueillis par des applaudissements et des « hourra ».

Il est pratiquement impossible de se procurer de l’essence en Crimée, les bons d’essence imprimés (calculés à raison de 20 litres par jour) sont devenus des bouts de papier inutiles, et des files d’attente de plusieurs kilomètres se sont formées devant les quelques stations-service encore ouvertes. En substance, l’un des principaux acquis symboliques de la Russie dans cette guerre – le corridor terrestre vers la Crimée – est réduit à néant. Et il ne s’agit pas seulement de la population de la péninsule et des milliers de vacanciers bloqués là-bas, mais aussi de l’approvisionnement des groupements de troupes russes « Dniepr » et « Vostok » stationnés dans les régions de Kherson et de Zaporijjia. Ils comptaient 150 000 hommes au plus fort de la soi-disant « offensive estivale » des forces armées russes, qui s’essouffle à peine commencée.

Une fois de plus, la Crimée se transforme en forteresse assiégée, rappelant les 350 jours de Sébastopol pendant la guerre de Crimée (1854-1855) et les 250 jours pendant la Seconde Guerre mondiale (1941-1942). Cette fois-ci, la péninsule est assiégée par la mer (les forces principales de la flotte de la mer Noire ont été retirées à Novorossiïsk, et les restes de celle-ci sont enfermés dans la baie de Sébastopol), par la terre et par les airs. Et en effet, la Crimée est « l’île de la malchance » de la Russie, le point sensible de l’Empire, un territoire que, sur les trois mille ans de son histoire écrite, la Russie n’a possédé que pendant 171 ans (1783-1954), tout en le défendant et en le perdant sans cesse. Et rien ne laisse présager qu’elle parviendra à la conserver cette fois-ci : la désoccupation de la Crimée n’est qu’une question de temps.

Au final, au cours du dernier mois, les drones ukrainiens ont réduit à néant les trois principales réalisations symboliques de la Russie de Poutine : le défilé de la Victoire du 9 mai, qui s’est transformé en un « défilé de la défaite » timoré et bâclé, le projet chéri de Poutine – le Forum économique de Saint-Pétersbourg – et la « route de la vie » vers la Crimée annexée. Et avec l’augmentation de la fréquence et de la portée des frappes ukrainiennes sur la Russie – l’ensemble du territoire européen et l’Oural sont désormais menacés –, cela soulève la question fondamentale de la viabilité stratégique du pays dans ses frontières actuelles. Pendant des siècles, conformément aux théories militaires et géopolitiques classiques, on considérait que l’étendue territoriale et la profondeur stratégique d’un pays (associées à un climat rigoureux, à l’impraticabilité et au sous-développement du territoire, à l’absence de routes, d’infrastructures, etc.) constituaient la meilleure garantie de l’invulnérabilité d’une puissance, comme l’a confirmé le sort des armées de Napoléon et d’Hitler.

Mais dans cette nouvelle ère technologique des drones, des armes autonomes, des communications par satellite et de l’intelligence artificielle, la distance s’amenuise, l’espace devient transparent, perméable et vulnérable – et plus l’espace est vaste, plus sa vulnérabilité est grande. L’immense corps territorial de la Russie, dont l’extension a pris cinq cents ans et au nom duquel d’innombrables sacrifices ont été consentis, n’est plus un avantage mais une faiblesse : il est pratiquement impossible de le couvrir et de le protéger. L’infrastructure pétrolière et gazière, dispersée à travers le pays, s’avère sans défense, tout comme les longues lignes de communication, y compris le fil ténu du Transsibérien avec ses centaines de ponts, qui longe la frontière chinoise2. Les entreprises dispersées du complexe militaro-industriel, héritage du système soviétique de division du travail, les dépôts militaires et aérodromes isolés (héritage de la confrontation avec le monde extérieur), tout cela est pratiquement impossible à couvrir et à protéger contre des drones discrets, silencieux et omniprésents. De plus, même les zones particulièrement surveillées, comme Moscou et Saint-Pétersbourg, cessent d’être invulnérables, comme l’ont montré les dernières attaques ukrainiennes.

Ajoutons à cela les difficultés logistiques croissantes des enclaves : pour se rendre à Kaliningrad, il faut désormais suivre une trajectoire complexe, en passant par les eaux neutres de la mer Baltique, tandis que la Crimée annexée est tout simplement menacée d’isolement.

Il en résulte un pays accablé par un territoire excédentaire, déficitaire et sans défense, qu’il n’est pas en mesure d’emporter avec lui dans le XXIe siècle : tout comme les dinosaures, avec leurs corps gigantesques, leurs dents acérées et leur peau impénétrable (ainsi que leur petit cerveau) se sont révélés non compétitifs dans la nouvelle ère géologique et ont été condamnés à l’extinction. À l’instar d’un animal préhistorique, la Russie ne survivra pas jusqu’à la fin du siècle actuel avec son corps territorial lourd et peu maniable – et la guerre ne fait qu’accélérer ce processus de décolonisation et de perte de contrôle sur l’espace.

Ayant commencé la guerre par la conquête de territoires, la Russie finira par les perdre – non seulement ceux qu’elle a occupés en 2014 et 2022, mais aussi ceux qu’elle s’était appropriés au cours des siècles précédents. Et en ce sens, la matinée du premier jour du Forum de Saint-Pétersbourg a véritablement donné une image de l’avenir de la Russie : une fumée noire et les reflets sanglants d’un incendie.

Traduit du russe par Desk Russie

Lire la version originale

<p>Cet article Les drones contre l’empire a été publié par desk russie.</p>


Texte intégral (1298 mots)

Cette tribune collective complète le dossier de Desk Russie que signent Iouri Izotov et Vincent Laloy sur Xenia Fedorova. Les signataires font une distinction entre la liberté d’expression et le prétendu droit d’une propagandiste pilotée par une capitale étrangère à retourner notre opinion publique contre notre démocratie.

La campagne présidentielle qui s’ouvre en France est le moment-clé où, pour délibérer de son avenir, la démocratie se rassemble. C’est précisément l’instant que choisit une puissance étrangère pour s’y glisser. La Russie ne s’en cache plus. Sa propagandiste en chef, Margarita Simonian, proclamait récemment « combattre l’ensemble de l’Europe ». Ce combat ne se déroule pas seulement dans les tranchées du Donbass : il se livre sur les plateaux de télévision, dans les journaux, dans la fabrique de l’opinion.

Il a désormais un visage. Lorsqu’Édouard Philippe et Bruno Retailleau, deux candidats à la magistrature suprême, se rendent à Kyïv pour réaffirmer le soutien de la France à l’Ukraine, une voix leur répond depuis une chaîne parisienne que ce déplacement est malvenu, qu’il vaudrait mieux « dialoguer avec la Russie », tandis que celle-ci assassine chaque jour des civils ukrainiens. Critiquer le voyage à Kyïv de candidats à l’élection présidentielle, c’est viser la diplomatie française dans ce qu’elle a de plus déterminant – l’affirmation de nos alliances – au moment même où la nation s’apprête à choisir celui qui la conduira. Cette voix est celle de Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France. Qu’une porte-parole des intérêts du Kremlin entreprenne d’infléchir notre diplomatie en pesant sur le débat électoral : voilà l’ingérence, non plus soupçonnée, mais à l’œuvre, à visage découvert.

Comme chacun de nous, Mme Fedorova peut avoir des opinions. Mais elle n’est pas une simple citoyenne. Elle est l’instrument d’un appareil. Elle a dirigé l’information de RT France, un organe que l’Union européenne a interdit – justice à l’appui – comme vecteur de désinformation contrôlé par l’État russe. Reconvertie dans des médias à forte audience à la tête d’une société de « conseil », elle y poursuit la même fonction comme « chroniqueuse » sur CNews. La « défense » de Mme Fedorova par Arnaud Lagardère, pour Europe 1, et Gerald-Brice Viret, directeur général de Canal +, dans LeJournal du Dimanche (autre acquisition du groupe Bolloré) invoque à grands cris la liberté d’expression. Or le scandale ne vient pas des convictions de Xenia Fedorova : c’est qu’elle puisse asséner ses contre-vérités sans jamais rencontrer la moindre contradiction, sur des antennes qui ont renoncé au pluralisme pour ouvrir leur micro avec complaisance à tous les porte-parole du Kremlin. Le paradoxe est saisissant : une chaîne, CNews, obnubilée par les « dangers venus de l’étranger » se montre pourtant d’une docilité sans égale face au discours d’une puissance nucléaire, non seulement hostile à nos intérêts, mais qui ne cesse de nous menacer. L’ironie prêterait à sourire si l’échéance – l’élection présidentielle – ne la rendait inquiétante.

Dans l’expression de son « point de vue », Mme Fedorova ne cesse de franchir les lignes de l’ignoble. Dans une chronique récente, elle s’emploie à nier l’enlèvement d’enfants ukrainiens par la Russie – crime contre l’humanité qui fonde le mandat d’arrêt délivré contre Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale en 2023. Mettre en doute la déportation d’enfants n’est pas une opinion parmi d’autres : c’est non seulement épouser la défense d’un accusé devant la justice internationale, mais nier la matérialité avérée des faits. Le ministre des Affaires étrangères ne s’y est pas trompé, qui l’a qualifiée de « propagandiste patentée, relais de la désinformation du Kremlin ». Interrogée naguère en public, lors du Salon du livre 2025, sur ces déportations d’enfants ukrainiens, elle avait préféré se taire.

Mesurons le danger. À quelques mois de la présidentielle, la « libre opinion » de la chroniqueuse, adossée à la puissance de frappe de l’ensemble des médias du groupe Bolloré et mise au service de Moscou, n’est plus seulement une opinion nuisible : c’est un risque pour nos institutions, nos intérêts et notre diplomatie. Des antennes à très large audience offrent chaque semaine une caisse de résonance française à la désinformation d’un État agresseur au cœur de notre vie démocratique.

Or une démocratie n’est pas désarmée. Elle dispose d’instruments – les sanctions individuelles de l’Union européenne, le droit des étrangers, le registre des influences étrangères institué en 2024 – qui ne jugent pas des idées, mais des fonctions. Nous demandons trois choses. D’abord, que l’Arcom contrôle l’honnêteté de l’information et le pluralisme sur des chaînes du groupe Bolloré qui ouvrent leurs antennes à la propagande d’un gouvernement hostile. Ensuite, que le gouvernement saisisse les autorités européennes en vue de sanctions individuelles, comme il l’a déjà fait avec succès. Enfin, et surtout, que le droit au séjour de Mme Fedorova soit réexaminé : le droit français permet d’éloigner l’étranger dont la présence porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, et l’on ne saurait conférer un titre de séjour sur notre sol à qui met sa fonction au service de la guerre cognitive d’une puissance hostile.

Cessons de confondre la liberté d’expression avec le soi-disant droit d’une propagandiste pilotée par une capitale étrangère à retourner nos médias contre notre démocratie, notre diplomatie et nos institutions. Ne nommons pas tolérance ce qui n’est que renoncement, n’acceptons pas que l’élection présidentielle devienne un théâtre d’opérations hostiles. C’est une question de sécurité nationale.

L’année qui vient dira si la France a pris conscience de la guerre cognitive et informationnelle que mène contre elle le Kremlin.

Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de Desk Russie

Cyril Amoursky, journaliste, chroniqueur et correspondant de guerre indépendant

Julien Bayou, avocat au Barreau de Paris

Alexandre Melnik, professeur de géopolitique à ICN Business School, ancien diplomate russe

Florent Murer, président de Kalyna

Pierre Raiman, historien, vice-président de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !

Sylvie Rollet, professeure émérite des universités, présidente de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !

Nicolas Tenzer, analyste des questions internationales, auteur notamment de Notre Guerre. Le crime et l’oubli

<p>Cet article Notre élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations a été publié par desk russie.</p>

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