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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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13.02.2026 à 15:00

Quelle place pour l’Europe sur le grand échiquier du monde ?

Déborah Yapi
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Sur le « grand échiquier » que représente l’Europe ou plutôt son Union ? Qu’a-t-elle accompli ces vingt dernières années ? À quoi aspire-t-elle ?  Tout d’abord, prenons acte que l’état du monde a changé radicalement depuis le début de ce millénaire et qu’il n’y aura vraisemblablement pas de retour en arrière, en particulier pour ce qui est de la relation transatlantique. Certes, nombreux sont les leaders européens qui espèrent encore que la présidence de Donald Trump ne soit qu’un mauvais moment à passer. Ils sont dans le déni de la fin d’une relation si longue et si profitable pour tous. Pourtant force est d’admettre que le « pivot vers l’Asie », l’isolationnisme ou la mise à l’écart du droit international ne datent pas de 2025. Gardons les yeux grands ouverts ! Deuxième constat : l’Union est dans l’incapacité de tirer profit de ses atouts tels la taille de sa population ou la force de son économie. Cela parce qu’elle n’a pas su ou pas voulu parachever sa construction dans le domaine économique et encore moins s’intégrer dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. Il n’y a en effet aucune raison que 360 millions d’Américains protègent 500 millions d’Européens contre 130 millions de Russes. De même il n’y a aucune raison que les entreprises européennes les plus innovantes soient contraintes de se financer sur les marchés financiers d’Outre atlantique alors même que les Européens financent la plus grande part de leur déficit abyssal. Troisième constat, parce qu’elle est faible, l’Union est attaquée. Elle est devenue une proie géopolitique, tenue à l’écart de la marche du monde : l’Ukraine, Gaza, le Venezuela, l’Iran. Vladimir Poutine lui a déclaré une guerre hybride depuis 2007 et Donald Trump se comporte en parrain mafieux exigeant paiement contre protection. Ils ont en commun la détestation de l’Union en tant […]

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Texte intégral (1554 mots)

Tout d’abord, prenons acte que l’état du monde a changé radicalement depuis le début de ce millénaire et qu’il n’y aura vraisemblablement pas de retour en arrière, en particulier pour ce qui est de la relation transatlantique. Certes, nombreux sont les leaders européens qui espèrent encore que la présidence de Donald Trump ne soit qu’un mauvais moment à passer. Ils sont dans le déni de la fin d’une relation si longue et si profitable pour tous. Pourtant force est d’admettre que le « pivot vers l’Asie », l’isolationnisme ou la mise à l’écart du droit international ne datent pas de 2025. Gardons les yeux grands ouverts !

Deuxième constat : l’Union est dans l’incapacité de tirer profit de ses atouts tels la taille de sa population ou la force de son économie. Cela parce qu’elle n’a pas su ou pas voulu parachever sa construction dans le domaine économique et encore moins s’intégrer dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. Il n’y a en effet aucune raison que 360 millions d’Américains protègent 500 millions d’Européens contre 130 millions de Russes. De même il n’y a aucune raison que les entreprises européennes les plus innovantes soient contraintes de se financer sur les marchés financiers d’Outre atlantique alors même que les Européens financent la plus grande part de leur déficit abyssal.

Troisième constat, parce qu’elle est faible, l’Union est attaquée. Elle est devenue une proie géopolitique, tenue à l’écart de la marche du monde : l’Ukraine, Gaza, le Venezuela, l’Iran. Vladimir Poutine lui a déclaré une guerre hybride depuis 2007 et Donald Trump se comporte en parrain mafieux exigeant paiement contre protection. Ils ont en commun la détestation de l’Union en tant qu’entité politique et soutiennent activement tous les partis politiques européens qui cherchent sa désintégration. Xi Jinping est plus habile mais pas moins redoutable.

On peut donc répondre à la première question : qu’est-ce que l’Union sur le grand échiquier ? Pour l’instant, elle n’est qu’un pion que les grandes puissances déplacent à leur guise. Elle reste, selon la formule consacrée, un géant économique, un nain politique et un vermisseau militaire.

Commençons par l’économie et le commerce. Face aux sanctions extraterritoriales qui ont touché les grandes entreprises européennes, depuis 2014 et encore tout récemment, l’Union n’a rien fait. Face à l’espionnage américain des grandes entreprises voire des chefs d’État et de gouvernement, elle n’a pas réagi. Face à la trahison anglo-américaine dans l’affaire des sous-marins australiens (AUKUS), rien non plus. Personne n’aurait donc dû être surpris qu’elle ne fasse pas grand-chose lorsque Donald Trump l’a menacé d’une augmentation drastique des droits de douane. Et que fera-t-elle si elle doit entrer en guerre ouverte avec les géants de la tech américaine pour faire respecter les lois qu’elle a elle-même votées ?

S’agissant de la défense et de la sécurité, le tableau est plus contrasté. Depuis 2014, et l’invasion de la Crimée par la Russie, les instances européennes ont été les premières à réagir afin d’inciter les États membres à coopérer davantage. Ce sont les nombreuses initiatives prises par Jean-Claude Juncker et poursuivies par Ursula von der Leyen afin d’inciter les États membres à consolider la demande par des achats conjoints d’armement.

Mais, si l’Union européenne s’est reconnue, sur le tard, une modeste compétence en matière d’industrie de défense, elle ne dispose d’aucune compétence en matière de forces armées. Il a du reste fallu l’électrochoc de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et plus encore des palinodies de Donald Trump dans la guerre en Ukraine pour que les États membres prennent la mesure des dangers qui les guettent.

Du côté des points positifs, les dirigeants européens semblent avoir compris que la guerre en Ukraine est aussi la leur et que la meilleure façon de contrer les tentations hégémoniques russes est d’aider l’Ukraine. Ils semblent également avoir compris qu’il est critique de s’émanciper des États-Unis (et des autres États) non seulement dans la défense, mais dans tous les secteurs critiques qui forgent nos dépendances, afin de gagner une « souveraineté européenne » : armement, monnaie et marchés financiers, l’espace et son accès, communications, technologies numériques, systèmes de paiement, l’énergie et les matières premières…

Du côté des points négatifs, les Européens ont accepté d’augmenter leurs dépenses de défense. Mais cette augmentation, dans le seul but de complaire à Donald Trump, ne signifie pas nécessairement une plus grande efficacité militaire. En effet, l’augmentation des dépenses, dispersée sur chacun des États européens, ne produira que des effets militaires limités. Sans garantie nucléaire, qu’elle soit américaine ou française, sans les catalyseurs stratégiques tels que les satellites, la fusion du renseignement, les centres de commandement et de contrôle, ou les stocks de munitions adéquats, que valent vraiment les armées européennes face à une armée russe capable de perdre un million d’hommes pour achever ses objectifs ?

À la suite des guerres de Yougoslavie où ils avaient été incapables de stopper un génocide à « deux heures d’avion de Paris » sans l’aide des Américains, les gouvernements britanniques et français avaient apporté une réponse convaincante à cette question le 4 décembre 1998, à Saint-Malo. Cette réponse est : « l’Union européenne doit être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale ». Admirons au passage la concision du propos. Quel doit être ce rôle ? On ne peut le définir à l’avance mais il consiste au minimum à défendre ses intérêts propres.

Comment y arriver ? Là encore la déclaration de Saint-Malo est d’un grand secours : « dans cet objectif (jouer tout son rôle sur la scène internationale) l’Union européenne doit avoir une capacité autonome d’action, reposant sur des forces militaires crédibles, les moyens de décider de leur emploi et la volonté de le faire, afin de répondre aux crises internationales ». L’équation de la défense européenne, et plus largement de sa politique étrangère, peut ainsi être résumée sous la forme d’une multiplication : défense et politique étrangère européennes = volonté politique x aptitude à décider x capacité d’action. Si l’un de ces éléments est nul, l’ensemble le devient à son tour.

On peut du reste voir dans l’un des derniers documents du commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius la reprise de ce triptyque : « notre état de préparation en matière de défense repose sur trois piliers fondamentaux. Si l’un de ces trois piliers venait à s’effondrer, c’est tout notre état de préparation en matière de défense qui s’effondrerait. Et le développement de chaque pilier soulève ses propres questions : le pilier de la préparation matérielle de la défense (la capacité autonome d’action) ; le pilier de la préparation institutionnelle de la défense (l’aptitude à décider) ; le pilier de la préparation politique à la défense (la volonté politique) ».

En conclusion, et pour parodier la célèbre formule de l’abbé Sieyès (qu’est-ce que le Tiers État ?) : qu’est-ce que l’Union européenne pour nous : tout. Que représente-t-elle sur la scène internationale ? Rien. À quoi aspire-t-elle ? À devenir « quelque chose ». Pour cela, les États membres doivent avant tout résoudre la question de leur intégration politique. Et pour y arriver, ils doivent le vouloir vraiment que ce soit dans le cadre des traités européens si possible, en dehors plus probablement.  Au fond, c’est toujours la même histoire : United we stand, Divided we fall.

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13.02.2026 à 10:29

Viêtnam : un émergent incontournable ? | Expliquez-moi…

Déborah Yapi
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Le Vietnam dispose d’un territoire exigu et escarpé stratégiquement situé en Asie du Sud-Est, au carrefour de différentes influences. En découle une histoire dense, marquée par la domination chinoise, puis française, avant que le pays ne devienne l’un des points chauds de la guerre froide et de l’affrontements entre forces communistes et occidentales. Depuis, le régime vietnamien s’est engagé dans une politique de renouveau qui a permis l’ouverture de l’économie vietnamienne au monde et un développement rapide du niveau de vie, parallèlement à une importante croissance démographique. Le parti-État est désormais confronté à de multiples défis. Le vieillissement de la population le pousse à repenser son modèle de développement. Il s’agit de transformer son économie pour poursuivre sa montée en puissance économique et commerciale. Parallèlement, le Viêtnam doit faire face aux risques climatiques qui pèsent sur son agriculture, un secteur économique central. L’émergence du pays se traduit également d’un point de vue stratégique et diplomatique. Membre actif de l’ASEAN, le Viêtnam est également au cœur des rivalités sino-américaines en Asie Pacifique. Hanoï doit naviguer entre son imposant voisin, aux revendications territoriales contradictoires aux siennes en mer de Chine, son principal fournisseur et Washington, principale destination de ses exportations, qui cherche à se rapprocher d’Hanoï dans sa rivalité avec Pékin. Face à cela, le Viêtnam développe la «diplomatie du bambou» et cherche à diversifier ses partenaires à l’échelle régionale et internationale pour réduire sa dépendance à l’égard des deux superpuissances. Comment l’histoire du Viêtnam a-t-elle façonné sa géopolitique contemporaine ? À quels défis Hanoï fait-elle face pour préserver sa croissance économique ? Quel est son rôle sur les scènes régionale et internationale ? Retour dans cette vidéo en cartes, photos et infographies sur le Viêtnam, émergent incontournable.

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Le Vietnam dispose d’un territoire exigu et escarpé stratégiquement situé en Asie du Sud-Est, au carrefour de différentes influences. En découle une histoire dense, marquée par la domination chinoise, puis française, avant que le pays ne devienne l’un des points chauds de la guerre froide et de l’affrontements entre forces communistes et occidentales.

Depuis, le régime vietnamien s’est engagé dans une politique de renouveau qui a permis l’ouverture de l’économie vietnamienne au monde et un développement rapide du niveau de vie, parallèlement à une importante croissance démographique. Le parti-État est désormais confronté à de multiples défis. Le vieillissement de la population le pousse à repenser son modèle de développement. Il s’agit de transformer son économie pour poursuivre sa montée en puissance économique et commerciale. Parallèlement, le Viêtnam doit faire face aux risques climatiques qui pèsent sur son agriculture, un secteur économique central.

L’émergence du pays se traduit également d’un point de vue stratégique et diplomatique. Membre actif de l’ASEAN, le Viêtnam est également au cœur des rivalités sino-américaines en Asie Pacifique. Hanoï doit naviguer entre son imposant voisin, aux revendications territoriales contradictoires aux siennes en mer de Chine, son principal fournisseur et Washington, principale destination de ses exportations, qui cherche à se rapprocher d’Hanoï dans sa rivalité avec Pékin. Face à cela, le Viêtnam développe la «diplomatie du bambou» et cherche à diversifier ses partenaires à l’échelle régionale et internationale pour réduire sa dépendance à l’égard des deux superpuissances.

Comment l’histoire du Viêtnam a-t-elle façonné sa géopolitique contemporaine ? À quels défis Hanoï fait-elle face pour préserver sa croissance économique ? Quel est son rôle sur les scènes régionale et internationale ?

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12.02.2026 à 14:52

Japon : ce que nous dit la victoire de la Première ministre Takaichi aux élections législatives

Déborah Yapi
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Ce dimanche 9 février 2026, les électeurs japonais se sont rendus aux urnes à la suite des élections anticipées provoquées par Sanae Takaichi qui escomptait redonner la majorité à son parti, le Parti libéral-démocrate (PLD). Un défi largement gagné : un premier décompte montre que le PLD et son partenaire, le Parti de l’innovation du Japon, ont dépassé les 310 sièges nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants, qui compte 465 membres. Les enjeux de politique intérieure ont dominé ce scrutin : le coût de la vie, la question de l’immigration et de la place des « étrangers » dans la société, la rancœur contre les scandales de pots-de-vin pesant sur les élites politiques de l’archipel et l’objectif plus large d’une réforme politique réelle. Toutefois, les questions de sécurité nationale et la relation avec les États-Unis et la Chine, demeurent très présentes dans l’agenda de la Première ministre, soucieuse de renforcer au plus vite la dissuasion militaire de l’archipel. Un succès sans appel dû à la personnalité volontariste de Sanae Takaichi La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans. L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les […]

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Texte intégral (1764 mots)

La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans.

L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les jeunes électeurs. Le large soutien dont a bénéficié cette femme politique atypique associée à l’aile la plus radicale du PLD montre qu’elle a su prouver qu’elle était une dirigeante pragmatique et avisée, capable de traiter des questions difficiles telles que l’immigration et les déficits budgétaires tout en tenant une ligne ferme face à la Chine. Tout en inscrivant sa trajectoire au sein d’un parti traditionnel et passéiste, l’énergie politique de la Première ministre lui permet d’incarner un avenir possible pour l’archipel, amenant un nouveau souffle au cœur d’un système dominé par des hommes âgés aux mentalités « d’héritiers ».

Face à madame Takaichi, l’opposition représentée par la nouvelle Alliance centriste pour la réforme, formée par le Parti constitutionnel démocratique et le Komeito, n’a pas réussi à créer une dynamique suffisante et a perdu un nombre important de sièges.

Le PLD a bénéficié d’un effet « d’entraînement », profitant de la côte de popularité élevée de la Première ministre. Cette dernière, qui a adopté un ton plus nationaliste que ses prédécesseurs récents, semble avoir rallié les électeurs conservateurs, dont certains avaient déserté le parti lors des élections précédentes. Sanae Takaichi a clairement donné la priorité à des questions telles que la constitution et sa position forte en matière de politique étrangère et de sécurité a été très bien accueillie par les électeurs les plus radicaux. Ce virage a intensifié la concurrence entre les partis néo-populistes qui rivalisent avec le PLD et sa ligne la plus dure, notamment sur l’immigration, dont le Sanseito et le Parti démocratique pour le peuple, qui ont tous deux eu du mal à augmenter leur nombre de sièges.

Un train de réformes devrait contribuer à redorer l’image très écornée du personnel politique nippon. Le premier est la demande d’une réglementation plus stricte du financement politique. Le PLD a longtemps été sujet à des scandales liés à l’argent et des règles plus strictes en matière de financement des campagnes électorales ont été instaurées. En 2023, l’ancien Premier ministre Kishida Fumio a enquêté sur des informations faisant état de caisses noires non déclarées, provenant principalement de collectes de fonds, et de nombreux membres du PLD ont été reconnus coupables ont été sanctionnés.

L’autre réforme politique, qui devrait avoir un impact important sur les petits partis concerne la réduction des sièges législatifs. Dans le cadre de l’accord de coalition avec le PLD, le Parti de l’Innovation a plaidé en faveur d’une réduction du nombre de sièges à la Diète et d’une réduction de la taille du gouvernement. Tout en luttant contre la bureaucratie japonaise, jugée particulièrement lourde par l’opinion publique, le Parti de l’Innovation entend diminuer les dépenses publiques et accroitre l’efficacité de l’appareil d’État. Le nombre de sièges à la Chambre basse devrait évoluer de 465 à 420, soit une diminution d’environ 10 % du total actuel.

Sanae Takaichi dispose désormais d’un grand pouvoir législatif et d’un capital politique important pour mettre en œuvre ses programmes de stimulation budgétaire. Elle s’est ainsi engagée à geler pendant deux ans la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires pour aider les ménages à faibles et moyens revenus qui souffrent de la stagnation des salaires dans un contexte de forte inflation. Mais cette réduction de la taxe sur la consommation alimentaire devrait entraîner une baisse des recettes fiscales annuelles de 5 000 milliards de yens et contrarier la reprise de la croissance escomptée. L’endettement du pays dépasse les 230 % du PIB, le taux le plus élevé parmi les économies développées.

Par ailleurs, l’un des principaux points de discorde entre les forces au pouvoir et l’opposition reste la question, très débattue et instrumentalisée, de la présence d’étrangers au Japon. La question du « surtourisme » s’y mêlant sans discernement. Le gouvernement a déjà pris des mesures pour renforcer les règles relatives à la résidence permanente et à la propriété foncière. Le Parti de l’Innovation demande que le nombre d’étrangers soit « limité ». Or la réalité des chiffres évoque 2,7 % d’étrangers pour une population totale d’environ 125 millions d’habitants, ce qui apparait assez faible. Les pays les plus représentés étant la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud et les Philippines.

Sur le plan diplomatique, la manière dont la Première ministre Takaichi gérera les relations de l’archipel avec l’allié américain et la Chine s’avère cruciale. Il est clair que Sanae Takaichi entend réaffirmer le primat de l’Alliance de sécurité entre le Japon et les États-Unis. Le 19 mars 2025, elle devrait se rendra aux États-Unis pour rencontrer Donald Trump, dans le but de renforcer la relation bilatérale. Quelques jours avant les élections japonaises, le président américain avait déclaré sur Truth Social que Sanae Takaichi avait son « soutien total et absolu ». Cependant, il doit lui-même rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une visite officielle en Chine en avril 2025 et définir avec Pékin des relations qu’il a souhaité « respectueuses ».

Madame Takaichi se trouve ainsi dans une situation où les États-Unis et la Chine cherchent à se rapprocher, contrairement au Japon et à la Chine, ce qui place Tokyo dans une position incertaine. La Première ministre avait déclenché des tensions avec le gouvernement chinois en novembre 2025 en laissant entendre que le Japon pourrait intervenir en cas d’agression future de la Chine contre Taïwan, une déclaration par ailleurs dans la ligne des précédents commentaires de ses prédécesseurs, conscients que le Japon ne pourrait rester à l’écart en cas de crise dans le détroit. Sans surprise, Pékin – voyant l’occasion de tester la détermination de la nouvelle Première ministre- avait surréagi en imposant des restrictions sur les expéditions de terres rares vers l’archipel et en mettant en garde ses nationaux contre les voyages dans ce pays.

Si l’opinion publique japonaise se révèle partagée quant à l’opportunité de venir en aide à Taïwan en cas de conflit avec la Chine, la fermeté de madame Takaichi face au déclenchement de la virulence chinoise, tout comme l’augmenter le budget de la défense à 2 % du PIB d’ici mars 2026, soit deux ans plus tôt que prévu, bénéficie désormais d’un large soutien. En décembre 2025, le gouvernement nippon a approuvé une augmentation de 9,4 % des dépenses de défense pour atteindre cet objectif, en privilégiant la production nationale et les capacités avancées (cyberdéfense, spatial, frappes à longue portée). Plus largement, face à la montée des menaces émanant de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie, le gouvernement prévoit également de réviser rapidement les principales stratégies de sécurité et de défense du Japon.

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12.02.2026 à 11:00

L’aide publique au développement : à la recherche de durabilité et d’efficacité dans un contexte de crises multiples

Déborah Yapi
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Alors que l’aide publique au développement fait face à une contraction sans précédent, entre coupes budgétaires annoncées, montée des urgences humanitaires et aggravation des crises de la dette, les débats sur son efficacité se réactivent. Depuis vingt ans, les réformes impulsées par la Déclaration de Paris ont profondément transformé les pratiques : aide plus ciblée, projets évalués, redevabilité accrue et partenariat renforcé avec les pays récipiendaires. Pourtant, la baisse des financements menace ces acquis, au moment même où les besoins structurels (éducation, santé, adaptation climatique) n’ont jamais été aussi élevés. Entre impératifs de court terme, risques de dépendance, fragilité institutionnelle et arbitrages imposés par le surendettement, un dilemme se pose : comment préserver une aide efficace, soutenable et tournée vers le long terme, lorsque les moyens se réduisent, que les urgences s’accumulent et que les créanciers privés jouent un rôle grandissant dans les négociations ?

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Alors que l’aide publique au développement fait face à une contraction sans précédent, entre coupes budgétaires annoncées, montée des urgences humanitaires et aggravation des crises de la dette, les débats sur son efficacité se réactivent. Depuis vingt ans, les réformes impulsées par la Déclaration de Paris ont profondément transformé les pratiques : aide plus ciblée, projets évalués, redevabilité accrue et partenariat renforcé avec les pays récipiendaires. Pourtant, la baisse des financements menace ces acquis, au moment même où les besoins structurels (éducation, santé, adaptation climatique) n’ont jamais été aussi élevés. Entre impératifs de court terme, risques de dépendance, fragilité institutionnelle et arbitrages imposés par le surendettement, un dilemme se pose : comment préserver une aide efficace, soutenable et tournée vers le long terme, lorsque les moyens se réduisent, que les urgences s’accumulent et que les créanciers privés jouent un rôle grandissant dans les négociations ?

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11.02.2026 à 18:23

Sommet IA de New Delhi : l’Inde trace une « quatrième voie » pour le Sud global

Déborah Yapi
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Du 16 au 20 février, New Delhi accueille le quatrième Sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de 100 pays y participent et près de 35 chefs d’État ou de gouvernement, au nombre desquels Emmanuel Macron qui, voici un an, avait coprésidé le Sommet de Paris avec le Premier ministre indien Narendra Modi, hôte de ce sommet. Cette année, en Inde, le sujet choisi est l’impact de l’IA. Son titre officiel est d’ailleurs « India AI Impact Summit 2026 ». Le thème est loin d’être anecdotique, la présidence indienne ayant tenu à ce que pour la première fois depuis la tenue de tels sommets, les utilisateurs, et non plus seulement les « producteurs d’IA » soient au centre des préoccupations, tant en ce qui concerne les individus que les pays. Car l’Inde, qui se projette en porte-parole du « Sud Global », entend bien saisir l’occasion, comme elle l’avait fait en 2023 avec la présidence du G20, pour affirmer ce rôle et marquer des points vis-à-vis des autres acteurs internationaux, qu’il s’agisse de l’Occident, de la Chine ou de ses partenaires et rivaux au sein de ce même Sud Global.

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Du 16 au 20 février, New Delhi accueille le quatrième Sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de 100 pays y participent et près de 35 chefs d’État ou de gouvernement, au nombre desquels Emmanuel Macron qui, voici un an, avait coprésidé le Sommet de Paris avec le Premier ministre indien Narendra Modi, hôte de ce sommet.

Cette année, en Inde, le sujet choisi est l’impact de l’IA. Son titre officiel est d’ailleurs « India AI Impact Summit 2026 ». Le thème est loin d’être anecdotique, la présidence indienne ayant tenu à ce que pour la première fois depuis la tenue de tels sommets, les utilisateurs, et non plus seulement les « producteurs d’IA » soient au centre des préoccupations, tant en ce qui concerne les individus que les pays. Car l’Inde, qui se projette en porte-parole du « Sud Global », entend bien saisir l’occasion, comme elle l’avait fait en 2023 avec la présidence du G20, pour affirmer ce rôle et marquer des points vis-à-vis des autres acteurs internationaux, qu’il s’agisse de l’Occident, de la Chine ou de ses partenaires et rivaux au sein de ce même Sud Global.

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11.02.2026 à 18:17

Peut-on préserver notre souveraineté numérique face à Trump ? Avec Gilles Babinet

Déborah Yapi
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Pascal Boniface · Peut-on préserver notre souveraineté numérique face à Trump ? Avec G. Babinet | Entretiens géopo Devenu à la fois un outil et un champ d’affrontement, le numérique constitue aujourd’hui un réel instrument au service de la puissance des États. Les rapports de force technologiques, la maîtrise des données, l’ascendant réglementaire ou les dépendances infrastructurelles influencent déjà les équilibres internationaux et façonnent ceux de demain. Dans cette compétition globale, il est important pour les États de conserver une certaine autonomie stratégique en matière de numérique. Une autonomie et un leadership que l’Europe a à ce jour perdu en raison de l’accroissement de sa dépendance aux acteurs américains. Une dépendance dont l’Union européenne pâtit particulièrement depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et ses menaces de couper l’accès aux technologies américaines. Ces récents événements permettront-ils un sursaut européen ? Face à Trump, la France et l’Europe peuvent-elles préserver leur souveraineté numérique ? Comment appréhender la guerre de la règlementation du numérique ? L’Europe conserve-t-elle une réelle marge de manœuvre face à sa dépendance technologique aux États-Unis ? Les orientations politiques actuels en la matière sont-ils à la hauteur de l’enjeu stratégique ? Dans ce podcast, Pascal Boniface reçoit Gilles Babinet, entrepreneur et spécialiste du numérique, président de Café IA.

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Devenu à la fois un outil et un champ d’affrontement, le numérique constitue aujourd’hui un réel instrument au service de la puissance des États. Les rapports de force technologiques, la maîtrise des données, l’ascendant réglementaire ou les dépendances infrastructurelles influencent déjà les équilibres internationaux et façonnent ceux de demain. Dans cette compétition globale, il est important pour les États de conserver une certaine autonomie stratégique en matière de numérique. Une autonomie et un leadership que l’Europe a à ce jour perdu en raison de l’accroissement de sa dépendance aux acteurs américains. Une dépendance dont l’Union européenne pâtit particulièrement depuis le retour au pouvoir de Donald Trump et ses menaces de couper l’accès aux technologies américaines. Ces récents événements permettront-ils un sursaut européen ? Face à Trump, la France et l’Europe peuvent-elles préserver leur souveraineté numérique ? Comment appréhender la guerre de la règlementation du numérique ? L’Europe conserve-t-elle une réelle marge de manœuvre face à sa dépendance technologique aux États-Unis ? Les orientations politiques actuels en la matière sont-ils à la hauteur de l’enjeu stratégique ?

Dans ce podcast, Pascal Boniface reçoit Gilles Babinet, entrepreneur et spécialiste du numérique, président de Café IA.

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11.02.2026 à 16:09

« La victoire de Zohran Mamdani à New York » – 4 questions à Tristan Cabello

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Historien, spécialiste des États-Unis, docteur en histoire américaine et maître de conférences à la Johns Hopkins University, Tristan Cabello répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage La victoire de Zohran Mamdani à New York. Un laboratoire pour la gauche aux éditions Textuel. Une victoire de la radicalité contre l’état-major démocrate ? Oui, sans ambiguïté. Zohran Mamdani gagne d’abord contre l’appareil démocrate, et non grâce à lui. Sa victoire est le produit d’une rupture frontale avec un parti devenu structurellement hostile à toute politique redistributive. À New York, l’establishment démocrate a soutenu Andrew Cuomo, mobilisé l’argent, les réseaux, les médias, et a perdu. Il faut toutefois lever un malentendu. Cette rupture ne signifie pas une radicalité programmatique extrême. Le programme de Mamdani est volontairement sobre et modéré : gel des loyers, transports gratuits, crèches universelles. Rien de révolutionnaire au sens strict. Sa radicalité est ailleurs. Elle réside dans sa méthode, dans la mobilisation des abstentionnistes, et dans la volonté de redonner une traduction politique à des besoins matériels massifs.  En réalité, la radicalité était bien du côté de l’appareil démocrate lui-même. Andrew Cuomo incarnait une forme de pouvoir extrême par son histoire et sa position : ancien gouverneur, figure d’une dynastie politique, mis en cause pour harcèlement sexuel, soutenu par les grands donateurs. Face à cela, Mamdani apparaissait comme une figure de rupture modérée, et crédible. C’est précisément cette connexion entre une rupture politique nette et un programme social compréhensible qui explique sa victoire. Le soutien à la cause palestinienne n’est plus un repoussoir électoral, mais un facteur de mobilisation ? C’est l’un des tournants majeurs de cette séquence politique. Zohran Mamdani n’a jamais varié sur la Palestine. Il a soutenu les droits des Palestiniens, parlé de génocide et de crimes de guerre, et n’a […]

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Texte intégral (1061 mots)

Historien, spécialiste des États-Unis, docteur en histoire américaine et maître de conférences à la Johns Hopkins University, Tristan Cabello répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage La victoire de Zohran Mamdani à New York. Un laboratoire pour la gauche aux éditions Textuel.

Une victoire de la radicalité contre l’état-major démocrate ?

Oui, sans ambiguïté. Zohran Mamdani gagne d’abord contre l’appareil démocrate, et non grâce à lui. Sa victoire est le produit d’une rupture frontale avec un parti devenu structurellement hostile à toute politique redistributive. À New York, l’establishment démocrate a soutenu Andrew Cuomo, mobilisé l’argent, les réseaux, les médias, et a perdu.

Il faut toutefois lever un malentendu. Cette rupture ne signifie pas une radicalité programmatique extrême. Le programme de Mamdani est volontairement sobre et modéré : gel des loyers, transports gratuits, crèches universelles. Rien de révolutionnaire au sens strict. Sa radicalité est ailleurs. Elle réside dans sa méthode, dans la mobilisation des abstentionnistes, et dans la volonté de redonner une traduction politique à des besoins matériels massifs. 

En réalité, la radicalité était bien du côté de l’appareil démocrate lui-même. Andrew Cuomo incarnait une forme de pouvoir extrême par son histoire et sa position : ancien gouverneur, figure d’une dynastie politique, mis en cause pour harcèlement sexuel, soutenu par les grands donateurs. Face à cela, Mamdani apparaissait comme une figure de rupture modérée, et crédible. C’est précisément cette connexion entre une rupture politique nette et un programme social compréhensible qui explique sa victoire.

Le soutien à la cause palestinienne n’est plus un repoussoir électoral, mais un facteur de mobilisation ?

C’est l’un des tournants majeurs de cette séquence politique. Zohran Mamdani n’a jamais varié sur la Palestine. Il a soutenu les droits des Palestiniens, parlé de génocide et de crimes de guerre, et n’a jamais reculé sous la pression médiatique. Cette constance a renforcé sa crédibilité, y compris sur des sujets qui ne relèvent pas directement de la politique internationale.

Pour toute une génération, en particulier parmi les jeunes, les électeurs racisés et les diasporas, la question palestinienne est devenue un marqueur de cohérence morale. C’est un test politique. Mamdani n’a pas mobilisé malgré Gaza, il a mobilisé avec Gaza, en articulant cette question à la vie chère, au racisme institutionnel et à la violence d’État. Là où l’establishment démocrate a vu un risque électoral, il a identifié une nouvelle vérité politique.

D’intrus soupçonné de radicalisme à candidat du bon sens… ?

Le renversement est presque mécanique. Les accusations de radicalisme n’ont tenu que tant qu’elles restaient abstraites. Dès que Mamdani parle de loyers, de bus, de garde d’enfants, le procès s’effondre. Les électeurs reconnaissent immédiatement un langage qu’ils pratiquent déjà : celui de leur quotidien.

Toute la campagne a été organisée autour de l’humain et de New York. Chaque message programmatique, chaque meeting, chaque vidéo virale mettait en scène la vie concrète des New-Yorkais. Les habitants se sont sentis respectés et écoutés. La campagne ne leur parlait pas d’idéologie, mais de leur existence matérielle.

À partir de là, une bascule symbolique s’opère. Si cet homme est qualifié de « radical », alors que dire de millions de New-Yorkais étranglés par le coût de la vie ? Mamdani parle comme eux, vit comme eux, et assume leurs priorités sans détour. Le radicalisme change donc de camp. Il devient celui d’un establishment démocrate incapable de répondre à des besoins élémentaires. Le bon sens n’est plus du côté de l’ordre, mais de la réparation sociale. C’est ce déplacement que ni les attaques médiatiques ni celles du Parti démocrate n’ont réussi à enrayer.

Cette victoire raconte une possibilité, pas la fin de l’histoire ?

Absolument. Les démocrates répètent que New York serait une exception. Mais c’est effacer un siècle de mouvements sociaux aux États-Unis. Historiquement, ce qui commence à New York tend à irriguer le pays, puis le monde. Occupy Wall Street, Black Lives Matter, ou plus récemment les “campements étudiants” pour la Palestine en sont des exemples clairs. La victoire de Mamdani ouvre une séquence, elle ne la clôt pas.

Mamdani a déjà remporté plusieurs victoires concrètes depuis son arrivée à la mairie. On nous expliquait que les crèches universelles étaient trop coûteuses, qu’il faudrait augmenter massivement les impôts, que la gouverneure s’y opposerait. Or Kathy Hochul, la gouverneure de New York, a déjà accepté un plan de financement sur quatre ans pour les crèches universelles, appelé à être étendu à l’ensemble de l’État de New York. Mamdani se révèle être un maire stratégique, concentré exclusivement sur son programme, et capable de créer des rapports de force institutionnels.

Au-delà de New York, on observe déjà des primaires de mi-mandat où des candidats issus de l’establishment démocrate font face à des adversaires portés par des coalitions populaires comparables. Dans les grandes villes, mais aussi dans des États ruraux, le Parti démocrate est sommé de choisir : intégrer ce basculement ou tenter de le neutraliser, au risque de nouvelles défaites. La victoire d’AnaLilia Mejia, dans le New Jersey, face à un candidat démocrate de l’establishment, en est un signal fort. La victoire de Mamdani montre qu’une autre trajectoire est possible, même si le Parti démocrate, soutenu par de puissants donateurs et des lobbys influents, fera tout pour l’enrayer.

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11.02.2026 à 11:30

Alberta : quand Trump tente de faire éclater le Canada de l’intérieur

Déborah Yapi
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Après avoir semblé se calmer sur le Groenland, Donald Trump s’attaque désormais à l’intégrité territoriale de son voisin du nord par une méthode plus insidieuse : l’encouragement actif au séparatisme albertain. Ce que la plupart des observateurs français semblent avoir manqué, c’est que l’administration américaine ne se contente plus de provoquer Ottawa par des tweets incendiaires – elle organise méthodiquement la sécession d’une province canadienne de la taille du Texas. Les rencontres secrètes Depuis avril 2025, des officiels du Département d’État américain ont rencontré à trois reprises des dirigeants de l’Alberta Prosperity Project (APP), un groupuscule séparatiste d’extrême droite qui milite pour l’indépendance de cette province pétrolière de cinq millions d’habitants. Le Financial Times a révélé fin janvier que ces militants cherchent désormais une ligne de crédit de 500 milliards de dollars auprès du Trésor américain pour financer la transition vers l’indépendance. Autant dire que Washington ne se contente pas d’observer – il finance potentiellement la balkanisation du Canada. Jeff Rath, conseiller juridique de l’APP qui a participé à ces rencontres, s’est vanté auprès du Financial Times : « Les États-Unis sont extrêmement enthousiastes à l’idée d’une Alberta libre et indépendante. »Il affirme avoir « des relations bien plus solides avec l’administration Trump qu’avec le Premier ministre Mark Carney ». Le message est sans équivoque : l’Amérique de Trump considère désormais ouvertement les séparatistes albertains comme des interlocuteurs légitimes, au même titre – voire davantage – que le gouvernement fédéral canadien. La machine de guerre médiatique Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a mis de l’huile sur le feu lors d’une interview sur Real America’s Voice, média de droite ultra-trumpiste : « L’Alberta est un partenaire naturel pour les États-Unis. Ils ont de grandes ressources. Les Albertains sont des gens très indépendants. » Il a ajouté qu’une rumeur circulait sur […]

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Texte intégral (1164 mots)

Après avoir semblé se calmer sur le Groenland, Donald Trump s’attaque désormais à l’intégrité territoriale de son voisin du nord par une méthode plus insidieuse : l’encouragement actif au séparatisme albertain. Ce que la plupart des observateurs français semblent avoir manqué, c’est que l’administration américaine ne se contente plus de provoquer Ottawa par des tweets incendiaires – elle organise méthodiquement la sécession d’une province canadienne de la taille du Texas.

Depuis avril 2025, des officiels du Département d’État américain ont rencontré à trois reprises des dirigeants de l’Alberta Prosperity Project (APP), un groupuscule séparatiste d’extrême droite qui milite pour l’indépendance de cette province pétrolière de cinq millions d’habitants. Le Financial Times a révélé fin janvier que ces militants cherchent désormais une ligne de crédit de 500 milliards de dollars auprès du Trésor américain pour financer la transition vers l’indépendance. Autant dire que Washington ne se contente pas d’observer – il finance potentiellement la balkanisation du Canada.

Jeff Rath, conseiller juridique de l’APP qui a participé à ces rencontres, s’est vanté auprès du Financial
Times : « Les États-Unis sont extrêmement enthousiastes à l’idée d’une Alberta libre et indépendante. »
Il affirme avoir « des relations bien plus solides avec l’administration Trump qu’avec le Premier ministre Mark Carney ». Le message est sans équivoque : l’Amérique de Trump considère désormais ouvertement les séparatistes albertains comme des interlocuteurs légitimes, au même titre – voire davantage – que le gouvernement fédéral canadien.

Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a mis de l’huile sur le feu lors d’une interview sur Real America’s Voice, média de droite ultra-trumpiste : « L’Alberta est un partenaire naturel pour les États-Unis. Ils ont de grandes ressources. Les Albertains sont des gens très indépendants. » Il a ajouté qu’une rumeur circulait sur un référendum imminent, avant de conclure : « Les gens parlent. Les gens veulent la souveraineté. Ils veulent ce que les États-Unis ont à offrir. »

Le représentant républicain Andy Ogles du Tennessee a été encore plus direct sur un plateau de la BBC :
« Je pense que les gens d’Alberta préféreraient ne pas faire partie du Canada et faire partie des États-Unis, parce que nous sommes des gagnants. » Sur le podcast de Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump, l’analyste Brandon Weichert a même esquissé la feuille de route : « Si l’Alberta vote pour l’indépendance, nous la reconnaîtrons et la mettrons sur la voie pour devenir le 51e État– exactement comme le Texas et la Californie qui se sont d’abord déclarés indépendants du Mexique avant de rejoindre l’Union. »

L’objectif de Donald Trump est limpide et procède en trois temps. Primo : pousser le mouvement séparatiste albertain à recueillir les 177 732 signatures nécessaires d’ici mai 2026 pour forcer un référendum. Secondo : si Ottawa tentait de bloquer ce référendum au nom de l’unité canadienne, Trump brandirait l’étendard du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », retournant contre son plus proche allié une rhétorique qu’il a bien souvent combattue ailleurs. Tertio : dans le scénario optimum, une Alberta indépendante serait rapidement absorbée par les États-Unis, apportant 84% de la production pétrolière canadienne et des réserves massives de terres rares.

Nous voilà arrivés à cette aberration géopolitique : le « grand frère américain », champion autoproclamé de la démocratie libérale, travaille activement à faire éclater de l’intérieur une démocratie parlementaire stable et prospère, membre du G7 et de l’OTAN.

Pour l’instant, les chiffres semblent rassurants pour Ottawa. Un sondage Ipsos de janvier 2026 montre que seulement trois Albertains sur dix soutiennent le processus de séparation – et parmi eux, un sur cinq considère un vote en faveur du oui comme largement symbolique, une manière d’exprimer leur mécontentement plutôt qu’un désir ferme d’indépendance. Une pétition contre l’indépendance, « Alberta Forever Canada », a recueilli 438 568 signatures l’an dernier, soit bien plus que les séparatistes n’en ont jamais obtenu.

Mais la tendance inquiète. De plus en plus d’Albertains se montrent sensibles aux sirènes de Washington. Les sondages, s’ils restent défavorables à une sécession, le sont bien moins qu’auparavant. La rhétorique trumpiste sur « l’Alberta partenaire naturel des États-Unis » commence à faire son chemin dans une province qui se sent depuis longtemps incomprise par Ottawa et bridée dans ses ambitions pétrolières.

Le Premier ministre de Colombie-Britannique, David Eby, n’a pas mâché ses mots à propos des sécessionnistes : « Aller dans un pays étranger demander de l’aide pour démanteler le Canada, il y a un vieux mot pour ça : c’est de la trahison. » Mark Carney, lui-même originaire d’Edmonton, capitale de l’Alberta, s’est contenté d’une mise en garde diplomatique : « Nous attendons de l’administration américaine qu’elle respecte la souveraineté canadienne. »

Ce dossier albertain illustre parfaitement la trajectoire de l’Amérique trumpiste : celle d’une superpuissance devenue État voyou, instrumentalisant le droit international quand il l’arrange, le piétinant quand il le gêne. Hier le Groenland, aujourd’hui l’Alberta – demain quelle autre démocratie alliée sera dans le collimateur ?


Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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11.02.2026 à 10:04

Russie-Ukraine : aux racines agricoles d’un bouleversement mondial

Déborah Yapi
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Cet article est un extrait de l’introduction de l’ouvrage Russie-Ukraine : la guerre hybride. Aux racines agricoles d’un bouleversement mondial de Sébastien Abis (Éditions Dunod, Armand Colin, 2026). Impossible de comprendre la guerre en Ukraine si l’on ignore sa dimension agricole. Trop souvent reléguée à l’arrière-plan, elle constitue pourtant une clé d’analyse essentielle. Appréhender ce conflit par le prisme agricole, c’est mieux déchiffrer le monde dans lequel nous vivons et mieux anticiper celui qui se dessine.  Depuis longtemps, le territoire ukrainien est convoité pour ses ressources agricoles. Hier la démocratie athénienne, qui allait y chercher le blé qu’elle n’avait pas ; plus près de nous Staline ou Hitler qui pillèrent ces terres fertiles en céréales pour mener leurs guerres. Ce temps long n’est pas contredit par l’actualité plus contemporaine. Quand l’Ukraine accède à l’indépendance en 1991 et que l’URSS s’effondre, elle s’appuie sans hésiter sur son potentiel agricole pour se développer et trouver une place sur la scène internationale. Ce processus prend de l’ampleur dès le début du XXIe siècle, avec des récoltes qui vont s’amplifier grâce à la modernisation du secteur et des investissements considérables, y compris en provenance de l’extérieur. Un géant agricole (ré)émerge, à travers un tryptique tournesol, maïs et blé qui depuis rivalisent pour s’octroyer la symbolique du jaune sur le drapeau national. Son voisin russe, depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, a pris le même chemin agricole. Il s’y est lancé avec des objectifs géopolitiques bien plus large que les seules considérations sur les retombées économiques nationales et les demandes alimentaires mondiales. La Russie, après être redevenue hyper-puissance du blé au début de la décennie 2010, monte en capacité dans tous les domaines de production, consciente des opportunités qui s’élargissent sur le marché mondial. Il faut dire que les consommations progressent sous le double effet de la […]

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Texte intégral (1143 mots)

Impossible de comprendre la guerre en Ukraine si l’on ignore sa dimension agricole. Trop souvent reléguée à l’arrière-plan, elle constitue pourtant une clé d’analyse essentielle. Appréhender ce conflit par le prisme agricole, c’est mieux déchiffrer le monde dans lequel nous vivons et mieux anticiper celui qui se dessine. 

Depuis longtemps, le territoire ukrainien est convoité pour ses ressources agricoles. Hier la démocratie athénienne, qui allait y chercher le blé qu’elle n’avait pas ; plus près de nous Staline ou Hitler qui pillèrent ces terres fertiles en céréales pour mener leurs guerres. Ce temps long n’est pas contredit par l’actualité plus contemporaine. Quand l’Ukraine accède à l’indépendance en 1991 et que l’URSS s’effondre, elle s’appuie sans hésiter sur son potentiel agricole pour se développer et trouver une place sur la scène internationale. Ce processus prend de l’ampleur dès le début du XXIe siècle, avec des récoltes qui vont s’amplifier grâce à la modernisation du secteur et des investissements considérables, y compris en provenance de l’extérieur. Un géant agricole (ré)émerge, à travers un tryptique tournesol, maïs et blé qui depuis rivalisent pour s’octroyer la symbolique du jaune sur le drapeau national. Son voisin russe, depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, a pris le même chemin agricole. Il s’y est lancé avec des objectifs géopolitiques bien plus large que les seules considérations sur les retombées économiques nationales et les demandes alimentaires mondiales. La Russie, après être redevenue hyper-puissance du blé au début de la décennie 2010, monte en capacité dans tous les domaines de production, consciente des opportunités qui s’élargissent sur le marché mondial. Il faut dire que les consommations progressent sous le double effet de la croissance démographique et socio-économique. Et la Russie, plus vaste pays du globe, sait valoriser ses atouts géographiques pour jouer sur ce terrain global et arsenaliser progressivement les dépendances alimentaires qu’elle crée avec plusieurs États pivots du monde ou ceux bien trop faibles pour résister aux sirènes de Moscou. À partir de 2014, outre l’explosion des hostilités entre Russes et Ukrainiens, une guerre géoéconomique se développe entre le Kremlin et l’UE, puisqu’un embargo sur les produits agricoles et alimentaires européens s’érige en écho aux sanctions de Bruxelles. En l’espace d’une décennie, l’Europe perd un grand marché et gagne un redoutable concurrent, non sans être elle-même tiraillée par le rythme des transitions à faire en matière agricole, entre agenda climatique en surchauffe et réveil stratégique lié à l’effroi du Covid puis à l’intensification du conflit russo-ukrainien qui glace l’UE. 

À partir de cette géohistoire du premier quart de siècle, où l’agriculture et l’alimentaire n’ont jamais été autant nécessaires pour les sociétés et mobilisées à des fins de puissance, il importe de révéler à quel point la guerre agricole russo-ukrainienne s’avère sans frontières : ni spatiales, ni temporelles, ni sectorielles. L’effet cascade bat son plein. Derrière les affrontements militaires et les cartes des offensives se joue une autre partie, plus silencieuse mais tout aussi déterminante : celle de la production agricole, de la circulation des grains, de l’accès aux engrais et de la sécurité des approvisionnements. Ce conflit rappelle avec brutalité ce que beaucoup avaient fini par oublier : l’agriculture est une arme. Qui permet de se développer et d’installer la paix, ou parfois, hélas, de rivaliser et d’oppresser. La Russie n’a pas attendu la guerre pour s’imposer dans ce registre. Depuis le début des années 2000, Moscou a méthodiquement réarmé son agriculture. Investissements publics, consolidation d’acteurs privés puissants, contrôle des exportations, projection diplomatique : tout un arsenal qui a permis au pays de redevenir l’une des premières puissances agricoles du globe. À l’inverse, l’Ukraine, immense grenier fertile, n’a cessé d’être freinée par des blocages internes, des incertitudes juridiques et des tensions géopolitiques. Elle avait pourtant entamé une trajectoire prometteuse, mais la guerre est venue brutalement interrompre cet élan. Le résultat, c’est une bataille agricole dans la bataille militaire. Les ports de la mer Noire fermés ou minés ; les récoltes compromises par les combats et les pollutions générées ; les infrastructures de stockage et de transport ciblées par les bombardements ; les corridors céréaliers négociés puis rompus : autant de scènes où la guerre se mesure aussi à l’aune de la faim. Car priver un pays de ses exportations agricoles, c’est réduire sa capacité à financer son effort de guerre, mais c’est aussi déstabiliser ses partenaires commerciaux et ses clients alimentaires, souvent situés dans les régions les plus fragiles du globe.

La guerre russo-ukrainienne force aussi l’Union européenne (UE) à changer. Une époque s’entrouvre, assurément plus laborieuse et moins confortable pour elle, ses États membres et ses populations. Des logiciels doivent être mis à jour, pour éviter d’avancer dans ce siècle avec des visions anachroniques ou angéliques. Et à ce titre, il s’agit pour l’UE de réaliser que ses propres perspectives agricoles sont en profonde recomposition. L’Europe de la sécurité alimentaire et de la stabilité conférée par une politique agricole commune est amenée à se transformer dans un contexte géopolitique, économique et climatique qui bouleverse d’anciens équilibres. L’Ukraine, avec son lot d’inconnues, catalyse ces défis que l’UE doit affronter et qui pourraient l’affaiblir, faute de clairvoyance stratégique et de jeux collectifs responsables. Dans l’ère géopolitique des hippopotames – féroces, véloces et polygames – l’Europe ne saurait faire l’autruche et ignorer les renversements en cours. Pour elle aussi, les productions agricoles riment avec puissance. L’UE veut-t-elle se tourner vers le futur ?

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10.02.2026 à 15:41

La Russie de retour dans le sport mondial ?

Déborah Yapi
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Le 6 février ont débuté en Italie les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, qui sera suivie des Jeux paralympiques au mois de mars, une compétition qui demeure l’une des plus fortes vitrines de puissance et de prestige national. Depuis les scandales de dopage révélés à la suite des jeux d’hiver de 2014, puis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie a été progressivement écartée du mouvement olympique. Si, cette année, le Comité international olympique (CIO) a annoncé la présence de 13 athlètes russes concourant sous bannière neutre, plusieurs fédérations internationales ont déjà annoncé leur réintégration complète des sportifs russes dans les compétitions. Au-delà du sport, l’enjeu est hautement politique. Lukas Aubin, directeur de recherche à l’IRIS, en charge du Programme Sport et géopolitique, spécialisé sur la géopolitique du sport et de la Russie, répond à nos questions. Depuis 2022, quelle stratégie le Kremlin a-t-il mis en place pour « continuer d’exister » dans l’arène sportive mondiale ? Depuis l’exclusion consécutive à l’invasion de l’Ukraine, Moscou a adopté une stratégie à double détente, en apparence contradictoire mais en réalité très opportuniste. D’un côté, le Kremlin a tenté une stratégie de rupture avec l’architecture sportive dominée par l’Occident. Discours de délégitimation des institutions sportives internationales, dénoncées comme politisées et instrumentalisées par l’Occident, et volonté de bâtir un « contre-sport mondial » : compétitions alternatives, événements estampillés BRICS ou « Sud global », mise en scène d’un ordre sportif multipolaire. L’objectif était moins sportif que politique : montrer que la Russie pouvait exister hors du système olympique classique. Dans les faits, ces contre-événements ont peiné à attirer des stars et à produire un réel effet de puissance : une stratégie surtout symbolique, voire Potemkine. Parallèlement, Moscou a mené une stratégie de retour progressif dans le sport international classique. Lobbying discret auprès du CIO, des fédérations internationales et de […]

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Texte intégral (1237 mots)

Depuis 2022, quelle stratégie le Kremlin a-t-il mis en place pour « continuer d’exister » dans l’arène sportive mondiale ?

Depuis l’exclusion consécutive à l’invasion de l’Ukraine, Moscou a adopté une stratégie à double détente, en apparence contradictoire mais en réalité très opportuniste.

D’un côté, le Kremlin a tenté une stratégie de rupture avec l’architecture sportive dominée par l’Occident. Discours de délégitimation des institutions sportives internationales, dénoncées comme politisées et instrumentalisées par l’Occident, et volonté de bâtir un « contre-sport mondial » : compétitions alternatives, événements estampillés BRICS ou « Sud global », mise en scène d’un ordre sportif multipolaire. L’objectif était moins sportif que politique : montrer que la Russie pouvait exister hors du système olympique classique. Dans les faits, ces contre-événements ont peiné à attirer des stars et à produire un réel effet de puissance : une stratégie surtout symbolique, voire Potemkine.

Parallèlement, Moscou a mené une stratégie de retour progressif dans le sport international classique. Lobbying discret auprès du CIO, des fédérations internationales et de nombreux comités nationaux, en particulier en Afrique, en Asie et dans certains pays européens. Les fédérations russes ont multiplié les canaux informels, envoyant des émissaires sport par sport, discipline par discipline. Cette diplomatie sportive multivectorielle vise à fissurer l’unité occidentale et à rouvrir progressivement des espaces de participation.

Le liant entre ces deux axes est l’évolution du registre de puissance : on est passé d’un soft power sportif classique à un sharp power sportif. Il ne s’agit plus seulement de séduire, mais de pénétrer les espaces médiatiques et institutionnels adverses, d’y diffuser des récits, de créer de la lassitude, et de banaliser progressivement la présence russe dans le paysage sportif mondial. Après quatre ans de guerre en Ukraine, la stratégie commence à porter ses fruits.

Quelles incitations poussent aujourd’hui les fédérations internationales à réintégrer progressivement la Russie, malgré le maintien de sanctions dans d’autres domaines ?

Plusieurs logiques convergentes expliquent cette dynamique de réintégration partielle.

D’abord, l’argument normatif du « sport apolitique » et de la protection des athlètes. Beaucoup de dirigeants sportifs se réfugient derrière l’idée que les sportifs ne sont pas responsables des décisions de leur État. Cet argument, déjà mobilisé dans les débats sur les sportifs « neutres », sert de justification morale et juridique à une normalisation progressive.

Ensuite, il existe un effet d’alignement institutionnel. Dès lors que les grandes instances olympiques entrouvrent la porte, même symboliquement, les fédérations internationales s’engouffrent dans la brèche. Le sport fonctionne par mimétisme organisationnel : si le centre assouplit, la périphérie suit. Pour le moment, la fédération internationale de Judo et le Comité international paralympique ont ouvert le bal.

Troisièmement, les contraintes juridiques pèsent de plus en plus lourd. Les exclusions durables exposent les fédérations à des contentieux, à des arbitrages complexes, et à des accusations de discrimination. Le coût juridique et réputationnel d’un bannissement total devient, avec le temps, plus élevé qu’un assouplissement contrôlé.

Quatrièmement, Vladimir Poutine, Donald Trump, Recep Tayyip Erdoğan, Benyamin Netanyahou, Xi Jinping… Les puissances illibérales (démocratiques ou autoritaires) et réactionnaires se multiplient à l’échelle mondiale. De plus en plus, la loi du plus fort et de l’argent semble primer sur le droit international.

Enfin, il y a une dimension rarement assumée publiquement : l’économie politique du sport. La Russie reste un vivier d’athlètes, de performances, de marchés médiatiques et de revenus. Pour des fédérations fragilisées financièrement, la tentation de « déverrouiller » le sport est réelle. À cela s’ajoute une crainte stratégique : si l’isolement dure, Moscou pourrait consolider des circuits alternatifs, fragmentant durablement la gouvernance mondiale du sport.

Quelles perspectives pour la Russie dans le sport mondial à l’aune de « Trump II » ?

La dynamique actuelle pointe vers une accélération de la normalisation sportive de la Russie, sans que cela signifie un retour plein et entier immédiat.

Les Jeux d’hiver de Milan constituent une étape symbolique : présence minimale, sous statut contraint, mais politiquement utile pour Moscou, car elle démontre que l’exclusion totale n’est plus la norme. À moyen terme, la séquence 2026–2028 est stratégique : grands événements internationaux, centralité accrue des États-Unis dans la gouvernance sportive mondiale, et reconfiguration des rapports de force politiques.

Dans ce contexte, le discours de la Maison-Blanche sous « Trump II » joue un rôle d’accélérateur politique. La posture plus transactionnelle, moins normative, fragilise la cohésion occidentale et rend plus audible l’argument du « retour du sport avant la politique ». Cela offre à Moscou une fenêtre d’opportunité pour pousser l’idée d’un retour progressif, d’abord sous conditions, puis potentiellement sous ses couleurs.

Mais trois freins structurels demeurent. D’abord, une résistance européenne persistante, tant au niveau politique que dans certaines fédérations. Ensuite, le contexte de guerre : tant que le conflit perdure, la normalisation sportive reste politiquement explosive. Enfin, le passif du dopage d’État continue de fournir une base technique et morale pour limiter un retour sans conditions.

En somme, la Russie s’oriente vers un « retour à petits pas » mais fragmenté dans le sport mondial : discipline par discipline, génération par génération, événement par événement. Plus qu’un « grand retour », on observe une banalisation progressive de sa présence, ce qui, du point de vue géopolitique, constitue déjà une victoire stratégique pour le Kremlin.

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