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Publié par l’association Alter-médias / Basta !

07.05.2026 à 07:00

Big Tech, opérateurs, fonds d'investissement, fournisseurs... À qui profite vraiment le boom des datacenters en France ?

Séverin Lahaye

Le gouvernement multiplie depuis le début d'année 2025 les mesures pour attirer les centres de données en France. Menée au nom de la « souveraineté numérique », cette politique profite massivement à des entreprises étrangères, notamment les Big Tech et des opérateurs comme Digital Realty, financés par des fonds d'investissement eux aussi majoritairement étasuniens. Des entreprises françaises dans la construction, les équipements électriques ou l'énergie comptent bien se réserver une (petite) (…)

- Profits et pertes : derrière le boom des datacenters en France / , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Texte intégral (5642 mots)

Le gouvernement multiplie depuis le début d'année 2025 les mesures pour attirer les centres de données en France. Menée au nom de la « souveraineté numérique », cette politique profite massivement à des entreprises étrangères, notamment les Big Tech et des opérateurs comme Digital Realty, financés par des fonds d'investissement eux aussi majoritairement étasuniens. Des entreprises françaises dans la construction, les équipements électriques ou l'énergie comptent bien se réserver une (petite) part du gâteau.

« La souveraineté numérique sera la ligne directrice de mon action », affirmait Anne Le Hénanff, ministre déléguée de l'Intelligence artificielle (IA) et du Numérique, dans un entretien pour La Tribune. En poste depuis octobre 2025, c'est elle qui est chargée de mettre en œuvre la politique annoncée au début de cette même année par Emmanuel Macron, lors du Sommet pour l'action sur l'Intelligence artificielle (lire notre enquête). À cette occasion, le président de la République a promis de faire de la France une terre d'accueil pour les centres de données, ou datacenters, et annoncé à cette fin des investissements de 109 milliards d'euros issus du secteur privé. Une politique qui n'a rien de spécifique à la France puisque lors du même événement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement du « plus grand partenariat public-privé dans le monde pour le développement d'une IA fiable », pour un montant total de 200 milliards d'euros.

Dix mois après la tenue de ce sommet, le gouvernement avait sécurisé près de 90 milliards d'euros, sur les 109 annoncés, selon La Tribune, qui évaluait alors à 48 le nombre de centres de données supplémentaires en projet dans l'Hexagone. Ce qui porterait le nombre total de datacenters sur le sol français aux alentours de 400, en plus des 350 déjà en activité, selon le travail du collectif « Le nuage était sous nos pieds », et ferait de la France le troisième marché européen derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne.

714 MW ont été installés sur le territoire en 2024, soit une hausse de 21 % en un an. Surtout, les centres de données construits ou en projet sont de plus en plus imposants.

Selon un document de plaidoyer produit par France Datacenter, le lobby de la filière, 714 MW ont été installés sur le territoire en 2024, soit une hausse de 21 % en un an. Surtout, les centres de données construits ou en projet sont de plus en plus imposants. À Lisses, dans l'Essonne, Cloud HQ, une société étatsunienne, a inauguré en 2025 le plus grand datacenter de France, d'une puissance de 120 MW, soit l'équivalent de la consommation de la ville de Cergy.

Parmi les plus gros projets annoncés, une coentreprise baptisée Campus IA, réunissant le fonds émirati MGX, la start-up française Mistral AI, Nvidia et la banque publique Bpifrance, veut construire un immense centre de données à Fouju, en Seine-et-Marne, qui devrait à terme atteindre une puissance de 1,4 gigawatt (GW). Google pourrait construire un centre de données de 500 MW près de Châteauroux (lire notre enquête), tandis que Microsoft a tourné ses yeux vers l'Alsace, à Petit-Landau, près de Mulhouse, avec un projet dont la consommation annuelle d'électricité, prévue à 1,5 GWh, correspond à celle de 280 000 foyers, soit autant que la ville de Strasbourg.

Souveraineté, un « mot-valise utilisé à des fins politiques »

Avant le Sommet pour l'IA, le gouvernement avait déjà fait en sorte de faciliter les conditions d'installation des datacenters. Depuis 2018, ils bénéficient d'un allègement de la taxe sur l'électricité, encore assoupli via la loi de finances 2026. « Cette loi a fait exploser le nombre et la taille des datacenters, se rappelle un ancien membre d'une commission environnementale chargé d'évaluer les demandes d'implantation. En 2020, la majorité des projets prévoyaient de consommer environ 80 mégawatts (MW). En 2025, on est plus de l'ordre des 250 MW. » À la suite du Sommet, le gouvernement a également identifié 63 sites dits « clés en main » pour l'installation de datacenters. Votée en avril 2026, la loi de simplification de la vie économique prévoit dans son article 15 de classer les centres de données comme des « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettrait à leurs opérateurs de se soustraire aux règles environnementales et d'urbanisme en vigueur.

On ne peut pas parler de souveraineté numérique sans évoquer les multiples dépendances à des entités étrangères pour construire ou alimenter les datacenters.

Pour Ophélie Coelho, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteure de Géopolitique du numérique : l'impérialisme à pas de géants (éditions de l'Atelier, 2023), en promulguant cette loi, « le gouvernement fait le jeu des Big Tech ». Selon elle, le terme de souveraineté numérique avancé pour justifier cette politique « n'est qu'un mot-valise utilisé par les décideurs à des fins politiques et marketing. On ne peut pas parler de souveraineté numérique sans évoquer les multiples dépendances à des entités étrangères pour construire ou alimenter les datacenters ». Par exemple au niveau des câbles sous-marins, par lesquels transitent près 99 % du trafic international de données, dont la moitié sont aux mains des GAFAM. Près de 90 % des processeurs graphiques utilisés dans les datacenters sont conçus par le géant étatsunien Nvidia.

« Si l'on parle uniquement de souveraineté sur les données stockées, l'hébergement en France ne nous protège pas non plus », ajoute la chercheuse. Le Cloud Act, une loi extraterritoriale promulguée en 2018, permet en effet aux autorités américaines d'accéder aux données hébergées par des entreprises étasuniennes, même si leurs datacenters sont situés hors du pays, et ce, sans avoir à en informer les détenteurs. Or, « les acteurs français représentent moins de 10 % du poids économique du secteur », rappelle Antoine Fournier, président de Thésée DataCenter.

À qui profite donc vraiment, au final, la vague de construction de centres de données de plus en plus gros ? Pour répondre à cette question, l'Observatoire des multinationales a réalisé une cartographie non-exhaustive des principaux acteurs de la filière, en s'appuyant sur le travail du collectif « Le nuage était sous nos pieds » et à partir de nos propres recherches. Car si les datacenters restent pour la majorité possédés ou contrôlés par des entreprises étrangères, et notamment étasuniennes, c'est en réalité toute une économie qui tire parti du boom actuel.

Infographie : Sandra Mu

Poids lourds étasuniens

Aujourd'hui, le leader des infrastructures numériques en France est la multinationale étasunienne Digital Realty. Elle possède treize centre de données en Île-de-France et cinq à Marseille, un emplacement stratégique en raison des 18 câbles sous-marins qui relient la ville au reste du monde. Son chiffre d'affaire annuel a augmenté sans discontinuer depuis 2009 pour atteindre les 6,1 milliards de dollars en 2025. Elle a rachetée en 2019 pour 8,4 milliards de dollars la société Interxion, basée à Amsterdam, qui détient une cinquantaine de centres de données en Europe, ce qui lui a permis de dépasser sa principale rivale, l'entreprise étasunienne Equinix, qui opère 11 datacenters en France, et dont le chiffre d'affaire s'élève à 9,2 milliards de dollars en 2025.

Selon les données recueillies par l'entreprise Hubblo, reprises par AEF info, Digital Realty et Equinix opéreraient respectivement 241 et 234 MW en France. Le géant étasunien des télécommunications, Cogent, possède quant à lui seize centres de données dans l'Hexagone, mais pour une puissance totale bien plus faible, évaluée à 10 MW.

À Marseille, Digital Realty accueille les serveurs de Disney+, Zoom, mais aussi de Thales, de Microsoft, ou même ceux de l'État.

Ces multinationales inconnues du grand public sont des « sociétés immobilières spécialisées dans la colocation, explique le sociologue Clément Marquet, qui étudie la matérialité du système technique numérique. C'est-à-dire qu'elles gèrent le foncier et opèrent les infrastructures pour leurs clients qui réservent des espaces de stockage au sein des centres. » À Marseille, Digital Realty accueille ainsi « les serveurs de Disney+, Zoom, mais aussi de Thales, de Microsoft, ou même des serveurs de l'État opérés par des entreprises conjointes entre Google et Orange », souligne le collectif Le nuage était sous nos pieds. « Leur stratégie consiste à s'installer en premier dans certains territoires pour bénéficier d'opportunités de connectivité. Elles cherchent toujours à avoir un coup d'avance par rapport à leurs concurrents, à cause des fortes exigences de rentabilité imposées par leur actionnariat majoritairement financier », insiste Clément Marquet.

D'autres acteurs tentent, à une moindre échelle, de se tailler une place. On peut citer notamment les filiales Opcore (82 MW) et Freepro (14 MW) du groupe français Iliad, propriété de Xavier Niel, les français Thésée DataCenter (12 MW) et Eclairion (60 MW), le japonais Telehouse (63 MW), le géant étasunien IBM (39 MW) et le britannique Colt Technology Services (73 MW). L'entreprise de télécommunications Orange vend également des services de stockage au sein de ses trois nouveaux centres de nouvelle génération. Leur puissance additionnée, évaluée à 60 MW, reste bien inférieure au 241 MW opérés par Digital Realty. À l'inverse, son concurrent, SFR, propriété d'Altice, le groupe de Patrick Drahi, a cédé en 2022 la propriété de ses 257 datacenters de proximité (des petits centres destinés aux entreprises locales) à Morgan Stanley Infrastructure Partners, la branche d'investissement de la banque étasunienne. Une opération qui visait à désendetter le groupe Altice, qui devrait vendre SFR à ses concurrents.

Les acteurs français de la colocation les plus en réussite sont OVH Cloud, qui a dépassé pour la première fois la barre du milliard d'euros de chiffre d'affaire en 2025, et Data4. L'ex entreprise publique TDF opère quant à elle 4 datacenters, mais pour une puissance totale de 10 MW, contre 104 pour OVH et 48 pour Data4. Malgré leur étiquette tricolore, Data4 et TDF sont aux mains du même acteur canadien, Brookfield. Ce fonds d'investissement a racheté Data4 en 2017, et détient TDF depuis 2015, bien qu'il cherche à s'en séparer depuis plusieurs années maintenant. Parmi les acheteurs pressentis, on trouve notamment le fonds d'investissement français Ardian (ex-Axa Private Equity), qui gère plus de 200 milliards d'actifs. Ardian a aussi acheté en 2024 la société anglaise Verne, qui gère trois centres de données situés en Finlande, en Islande et en Angleterre, et prévoit d'investir « plusieurs milliards d'euros » dans l'Hexagone, selon Roland Chedlivili, dirigeant de Verne France, interrogé par La Tribune.

Bulle financière

La présence croissante de ces gros acteurs financiers n'a rien d'un hasard. Une grande partie des opérateurs comptent également parmi leurs actionnaires des fonds de gestion, notamment Vanguard et BlackRock, dont les portefeuilles d'actifs se comptent en milliers de milliards de dollars. Également présents au capital des Big Tech et des entreprises comme OpenAI ou Anthropic, ils ont tout à faciliter le déploiement massif de l'IA en encourageant la construction de nouveaux datacenters géants, qu'ils financent à travers leurs placements et via des prêts bancaires (et, dans le cas de BlackRock, directement via sa filiale GIP, dédiée aux infrastructures).

Les prêts issus de fonds de dette privée au secteur de l'IA sont passés de quasiment zéro en 2015 à 200 milliards de dollars début 2026.

L'explosion du secteur est telle que les circuits traditionnels, via les banques, ne suffisent plus. Les opérateurs ont massivement recours aux fonds d'investissement pour emprunter les sommes nécessaires à leurs projets, inquiétant certains observateurs qui redoutent la formation d'une bulle financière prête à exploser. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les prêts issus de fonds de dette privée au secteur de l'IA sont passés de quasiment zéro en 2015 à 200 milliards de dollars début 2026. Ils pourraient atteindre les 600 milliards de dollars en 2030.

Le fonds souverain émirati MGX, spécialisé dans l'IA, et les 30 à 50 milliards d'euros qu'il prévoit d'investir dans le centre de données de Fouju, est une parfaite illustration de cette démesure financière (lire notre enquête : MGX, le très peu rassurant fonds émirati derrière l'immense centre de données « souverain » prévu en Seine-et-Marne). D'autres fonds d'investissement étasuniens, comme KKR ou Blackstone, et européens comme Balderton Capital, sont également de la partie, et ont annoncé qu'ils participeraient au plan d'investissement initié par la Commission européenne lors du Sommet pour l'IA.

Les « hyperscalers » des GAFAM

Meta, Amazon, Oracle, Alphabet et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire des datacenters de très grande taille, dits « hyperscalers ».

Les géants américains de la tech comme Microsoft et Amazon ont eux aussi massivement recours à la dette privée – en plus de réinvestir à cette fin une partie des profits considérables qu'ils enregistrent – pour financer leurs propres centres de données. Selon L'Agefi, qui cite une note de l'agence Moody's, Meta, Amazon, Oracle, Alphabet (qui détient Google) et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire des datacenters de très grande taille, dits « hyperscalers ». Leurs activités, qui génèrent des masses importantes de données, nécessitent en effet des infrastructures gigantesques, que ce soient en termes de surface occupée ou de puissance électrique requise, comme l'illustre le projet de Google à Châteauroux, qui pourrait occuper l'équivalent de 273 terrains de football. Ce qui ne les empêchera pas en parallèle de continuer à louer des serveurs dans les centres d'autres opérateurs.

Amazon, via sa filiale AWS (Amazon Web Services), a installé en 2021 son premier datacenter en France à Wissous, dans l'Essonne. L'entreprise de Jeff Bezos compte investir un milliard d'euros dans son agrandissement, pour lui faire atteindre une puissance totale de 100 MW, soit la consommation d'une ville de 60 000 habitants. Mais plusieurs associations ont déposé un recours en justice, contestant cette stratégie d'augmenter par étape la taille de son centre pour échapper à de nombreuses contraintes réglementaires. Microsoft, de son côté, a annoncé lors du Sommet pour l'IA un plan d'investissement de quatre milliards d'euros, pour agrandir ses quatre centres de données en France, en plus du nouveau qu'il veut construire en Alsace, évoqué précédemment.

Appel d'air pour l'immobilier et le BTP

Si les Big Tech, les géants de la finance et les opérateurs comme Digital Realty dominent clairement le secteur des datacenters et apparaissent comme les premiers bénéficiaires du boom actuel (avec les fabricants de puces comme Nvidia), d'autres sociétés tentent de tirer leur épingle du jeu. Par exemple des sociétés immobilières, qui proposent du foncier spécialement pour ce type d'infrastructures. Parmi les acteurs présents en France, on peut citer Goodman, une entreprise australienne, la britannique Segro, et Icade, une filiale de la Caisse des Dépôts, qui possède cinq centres de données dans l'Hexagone et prévoit d'en construire deux de plus, dont un « hyperscaler » de 130 MW en 2031. Les deux poids lourds tricolores de l'immobilier, Altarea et Nexity, se sont eux aussi lancés dans la course. Le premier entend construire des hyperscalers pour les GAFAM, tandis que Nexity s'est allié à GSE, un spécialiste de la construction (qui travaille notamment pour Digital Realty), afin d'identifier du foncier disponible sur le territoire français.

Eiffage s'est chargé de la construction du centre de données de Lisses pour la société étasunienne Cloud HQ.

Le secteur tricolore du BTP, notamment les mastodontes Eiffage, Vinci et Bouygues, profitent eux aussi de ce boom d'investissement. Via sa filiale Bouygues Energies & Services, ce dernier travaille notamment avec Digital Realty pour assurer la sécurité et la performance de ses sites à Paris et à Marseille. Eiffage s'est chargé quant à lui de la construction du centre de données de Lisses pour la société étasunienne Cloud HQ.

Avec ses différentes filiales (Cegelec et CBI notamment), Vinci construit des datacenters de proximité ou de plus grande taille, notamment pour le japonais KDDI, propriétaire de Telehouse, ou Data4, et accompagne les groupes étasuniens Zayo et Digital Realty à travers son offre « Vinci Facilities Data Center ». Un cran en dessous, l'entreprise française Cap Ingelec revendique la construction et la réhabilitation de 1 800 projets en France et en Europe. Sur son site, la société affirme avoir travaillé pour un large panel de partenaires, dont Equinix, Digital Realty, Telehouse, Data4 ou TDF.

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Équipementiers et consultants veulent aussi une part du gâteau

Autres bénéficiaires directs de la construction de nouvelles infrastructures numériques en France : les entreprises qui fournissent les équipements indispensables à leur fonctionnement, comme les solutions de refroidissement proposées par les multinationales allemandes Kelvion et Siemens. La société helvético-suédoise ABB propose elle aussi un large panel de matériels pour les centres de données. Elle a tenté en 2025 de racheter son concurrent français Legrand, lui aussi présent sur ce créneau, et qui a notamment fourni ses équipements à un datacenter de Telehouse à Paris. Cette activité représentait en 2024 pas moins de 20 % du chiffre d'affaires de l'industriel français, qui s'élevait à 8,6 milliards d'euros, selon L'Usine Nouvelle.

L'équipement des centres de données représentait en 2024 pas moins de 20 % du chiffre d'affaires de Legrand, pilier du CAC 40.

Quant au groupe Schneider Electric, autre pilier du CAC 40, il s'appuie sur 300 partenariats actifs, notamment avec Data4 et Nvidia, pour élargir sa gamme d'équipements électriques destinés aux datacenters. On peut citer également la filiale de Bouygues Axima, spécialiste de la sécurité incendie, ou Rehlko (propriété d'un fonds d'investissement étasunien), qui a fourni les groupes électrogènes du premier datacenter du Paris Digital Park de Digital Realty à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis.

De nombreux cabinets aux spécialités différentes ont également investi le marché des datacenters. Dans le secteur du conseil, on peut citer les multinationales françaises Bureau Veritas (6,5 milliards d'euros de CA), qui rachète des entreprises par dizaines pour améliorer son offre de conseil aux opérateurs, et Socotec (1,8 milliard d'euro de CA), qui travaille notamment pour la coentreprise Campus IA, évoquée précédemment, et pour la société française Eclairion. Autre cador du secteur, le groupe étasunien CBRE, dont le chiffre d'affaire dépasse les 40 milliards de dollars, propose depuis 2018 son offre « Data Center Solutions » en France pour accompagner les entreprises dans leur stratégie de déploiement. Trois noms ressortent en ce qui concerne les cabinets d'ingénierie : le français EODD, qui, d'après nos informations, réalise la plupart des études d'impact environnemental des projets de datacenters en France (pour Equinix et Digital Realty par exemple), et le canadien WSP, qui travaille pour Equinix et pour le géant européen de l'immobilier Logistics Capital Partners. Enfin, le cabinet d'étude APL Datacenter affiche également un large carnet d'adresses, avec Digital Realty, Equinix et Data4.

Pression sur le réseau électrique

Extrêmement gourmands en électricité, certains centres de données bénéficient depuis 2024 de la procédure « fast-track », qui leur permet un raccordement accéléré au réseau électrique géré par RTE, filiale d'EDF. Cette dernière a par ailleurs signé en 2025 un contrat avec la société Data4 lui garantissant la fourniture d'électricité issue des centrales nucléaires pour une durée de 12 ans, « moyennant un partage des coûts et des risques ». Le groupe français d'électricité, détenu à 100 % par l'État, a également mis en vente six sites, anciennement occupés par ses propres installations, à destination des opérateurs. À Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, Opcore (filiale d'Iliad) va investir 4 milliards d'euros dans un centre de données de plusieurs centaines de mégawatts sur le site d'une ancienne centrale à charbon.

Côté privé, TotalEnergies a signé plusieurs contrats avec des opérateurs pour leur fournir de l'électricité renouvelable, comme Orange en France, mais surtout dans d'autres pays : avec Google aux États-Unis, Data4 en Espagne, ou pour remplacer à terme les groupes électrogènes des centres de données de Microsoft par des batteries à haut rendement.

Les datacenters sont très concentrés sur deux régions, Marseille et l'Île-de-France, où ils créent déjà une pression accrue sur les réseaux locaux.

La sécurisation de l'approvisionnement en électricité pour les infrastructures numériques est un enjeu stratégique. Selon RTE, la part de l'électricité consommée par les centres de données devrait tripler en 2035, pour atteindre 4 % de la consommation nationale. Ce qui pourrait à terme provoquer des tensions sur le réseau, comme c'est le cas en Irlande, où 22 % de la production électrique du pays alimente des centres de données. « On pense qu'il y aura des conflits d'usage, alerte Pauline Denis, ingénieure au Shift Project, interrogée par L'Usine Nouvelle. Surtout que les datacenters sont très concentrés sur deux régions, Marseille et l'Île-de-France, où ils créent déjà une pression accrue sur les réseaux locaux. »

Dépendance

Si le boom des centres de données en France profite ainsi à certaines entreprises nationales, c'est cependant loin de rééquilibrer l'équation économique, et encore plus loin de rendre possible une forme de contrôle de la filière. « Il y a une forme de naïveté de la part du personnel politique qui n'a pas conscience des volontés impériales des Big Tech », estime Ophélie Coelho. Bien qu'elle perçoive un éveil sur les questions de dépendance numérique chez certains d'entre eux, la chercheuse déplore l'absence de véritable politique industrielle française et européenne : « À la place, on entérine notre dépendance aux Big Tech avec des lois qui ne sont pas conçues pour les entreprises françaises du secteur. »

Certes, le gouvernement a fini par confier, après des années de polémique, l'hébergement des données de santé de la population française, jusque là délégué à Microsoft, à la société française Scaleway. Mais il continue dans le même temps à garder la porte grande ouverte aux multinationales des datacenters pour des infrastructures de plus en plus contestées et dont les bénéfices, s'ils se matérialisent, se traduiront surtout en profits pour Wall Street et la Silicon Valley.

06.05.2026 à 07:00

Le retour du débat sur les surprofits

Olivier Petitjean

TotalEnergies a annoncé un bénéfice de 5,8 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, en augmentation de 51% par rapport au trimestre précédent et de près de 100% par rapport au premier trimestre 2025. Ce résultat s'explique en partie, selon l'entreprise, par la bonne performance des activités de négoce d'hydrocarbures au sein du groupe, ainsi que par la plus grande marge réalisée dans la pétrochimie.
Cette hausse confirme que le guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis (…)

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TotalEnergies a annoncé un bénéfice de 5,8 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, en augmentation de 51% par rapport au trimestre précédent et de près de 100% par rapport au premier trimestre 2025. Ce résultat s'explique en partie, selon l'entreprise, par la bonne performance des activités de négoce d'hydrocarbures au sein du groupe, ainsi que par la plus grande marge réalisée dans la pétrochimie.

Cette hausse confirme que le guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël, en dopant les cours du pétrole, va faire advenir une nouvelle ère de superprofits pour les géants des énergies fossiles comme TotalEnergies, quelques années à peine après ceux réalisés suite à l'invasion russe de l'Ukraine.

On rappellera que l'offensive contre l'Iran ayant été lancée le 28 février dernier, elle n'a fait sentir ses effets que sur un seul mois du premier trimestre. Sur le deuxième trimestre, le bond des profits de TotalEnergies pourrait être plus spectaculaire encore.

L'annonce a relancé le débat sur les profits de guerre et leur taxation, un sujet que nous avions largement abordé en 2022 (voir nos enquêtes d'alors). Le débat n'a pas malheureusement pas beaucoup avancé, puisque l'on voit ressortir les mêmes arguments bancals sur le fait que TotalEnergies réalise l'essentiel de ses profits là où il extrait son pétrole et son gaz et non en France (lire notre débunk sur ce point), ou les mêmes manoeuvres d'esquive de la part de TotalEnergies, à l'époque une « ristourne » pour les consommateurs, aujourd'hui un « plafonnement ». Plafonnement que le groupe menace d'ailleurs bien sûr de supprimer au cas où le gouvernement mettrait en oeuvre une taxation de ses superprofits. À suivre.


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Shein, à la fois plateforme numérique et entreprise de vêtements portant à son paroxysme la logique de la "mode jetable", s'est imposé en quelques années sur les marchés mondiaux. Y compris en France, où son essor a suscité des tentatives de régulation, mais où le groupe chinois a lancé un vaste campagne de communication et d'influence.

Shein est plus que jamais au centre de l'actualité en France. Le site chinois, fer de lance de la « fast-fashion », serait devenu en 2024 l'enseigne où les Français dépensent le plus, avec des ventes en hausse de 58% sur un an. Avec son homologue Temu, la plateforme représentait fin 2024 quasiment un quart des colis transportés par La Poste, selon le PDG du groupe.

Ce succès phénoménal s'accompagne de nombreuses critiques sur le modèle écologique et social de Shein, qui ont poussé les parlementaires français à voter à l'unanimité en première lecture, il y a un peu plus d'un an, une proposition de loi visant à contenir les excès de la « fast-fashion ».

Face à cette menace dans un pays qui est l'un de ses plus importants marchés, le groupe chinois n'a pas lésiné sur les moyens. Il s'est acheté les services de cabinets de lobbying, d'anciens ministres comme Christophe Castaner et d'influenceuses comme Magali Berdah, et a lancé une campagne de communication grand public signée Havas.

Qui se cache derrière le site de Shein ? Qui sont ses dirigeants et ses actionnaires ? Où vont les profits de ses ventes en France ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous tentons de répondre dans cet article, alors que le Sénat examine à son tour depuis le 2 juin, après de nombreux délais, la proposition de loi « fast-fashion ».

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