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01.04.2026 à 06:00

Inde - Émirats arabes unis. Une alliance qui ne dit pas son nom

Olivier Da Lage

La visite éclair, le 19 janvier 2026, du président des Émirats arabes unis Mohammed Ben Zayed en Inde a marqué un rapprochement entre les deux pays. Quelques semaines plus tard, la veille des bombardements menés par Tel-Aviv et Washington contre Téhéran, le premier ministre indien Narendra Modi se rendait en Israël. Est-ce le signe d'un axe Inde-Émirats-Israël, symbole d'une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ? En février 2018, la princesse Latifa, fille de l'émir de Dubaï et (…)

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Texte intégral (3093 mots)

La visite éclair, le 19 janvier 2026, du président des Émirats arabes unis Mohammed Ben Zayed en Inde a marqué un rapprochement entre les deux pays. Quelques semaines plus tard, la veille des bombardements menés par Tel-Aviv et Washington contre Téhéran, le premier ministre indien Narendra Modi se rendait en Israël. Est-ce le signe d'un axe Inde-Émirats-Israël, symbole d'une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ?

En février 2018, la princesse Latifa, fille de l'émir de Dubaï et premier ministre des Émirats arabes unis (EAU) Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, s'enfuit de Dubaï pour rejoindre à Oman son amoureux, un ancien officier français. Ils prennent la mer à bord du yacht de ce dernier à destination de l'Inde, où Latifa espérait demander l'asile. Mais le 4 mars, à une cinquantaine de kilomètres au large de Goa, une opération conjointe des garde-côtes indiens et des forces spéciales émiriennes met fin à l'escapade et la princesse est reconduite dans son pays où elle est enfermée chez elle.

Huit mois plus tard, les EAU, qui s'y étaient jusque-là refusés, extradent vers l'Inde un ressortissant britannique, Christian Michel, accusé d'être un intermédiaire dans le scandale des hélicoptères AugustaWestland1. Pour nombre d'observateurs, il s'agit d'un marché donnant tour à tour satisfaction aux autorités émiriennes et indiennes, en dehors de toute procédure régulière, du moins pour la livraison de la princesse.

Cette anecdote illustre l'étroitesse des liens qui se sont tissés entre l'Inde et la fédération des Émirats arabes unis, après l'accession au pouvoir de Narendra Modi. Au-delà des relations entre États, ce sont les relations personnelles très fortes unissant le premier ministre indien Narendra Modi et celui qui est alors prince héritier d'Abou Dhabi avant de devenir, en 2022, président des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed (MBZ).

Un an après son arrivée au pouvoir, Narendra Modi se rend aux EAU les 16 et 17 août 2015 — première visite d'un chef du gouvernement indien depuis Indira Gandhi, 34 ans auparavant. Au stade de cricket de Dubaï, il s'exprime devant 50 000 membres de la diaspora indienne qui représente plus du tiers de la population de la Fédération. Sa visite se conclut par la proclamation d'un « partenariat stratégique global » entre New Delhi et Abou Dhabi.

Ce ne sera pas un voyage sans lendemain : en une décennie, Modi a visité sept fois les EAU, tandis que MBZ s'est rendu à cinq reprises en Inde. Ce dernier a même été, en janvier 2017, l'invité d'honneur du défilé militaire de la Journée de la République. La fréquence de ces visites réciproques est exceptionnelle, même pour deux pays très proches.

Ces relations couvrent tout l'éventail d'un partenariat étroit. Bien entendu, la fourniture d'hydrocarbures est essentielle pour un pays de près de 1,5 milliard d'habitants qui ne dispose pas d'énergie indigène en quantité suffisante pour assurer sa forte croissance. La présence sur le sol émirien de plus de 3,5 millions de travailleurs indiens transférant chaque année dans leur pays d'origine près de 22 milliards de dollars (19 milliards d'euros) est également cruciale pour l'économie des deux nations. Enfin, l'Inde apprécie fortement la tolérance religieuse aux EAU, qui contraste avec l'absence totale de libertés politiques : Narendra Modi est d'ailleurs allé sur place, en février 2024, inaugurer le premier temple hindou au Moyen-Orient. Les EAU ne semblent guère gênés par les critiques des autorités états-uniennes et des organisations de défense des droits humains à l'encontre du pouvoir indien pour les restrictions subies par les minorités religieuses, notamment les musulmans2.

Un vaste accord de libre-échange

Alors que, dans un premier temps, le premier ministre était réticent à abaisser les barrières commerciales de l'Inde, notoirement protectionniste, en 2022, il a conclu avec les EAU un traité de libre-échange après seulement 88 jours de négociations. Signé en février, l'Accord de partenariat économique global (Comprehensive Economic Partnership Agreement, CEPA) entre en vigueur en mai de la même année. Il ne tarde pas à produire ses effets : en 2024-2025, le commerce total entre les deux pays a dépassé 100 milliards de dollars (86 milliards d'euros).

En juillet 2023, les deux pays décident de favoriser le règlement de leur commerce bilatéral en devises locales (dirhams et roupies), favorisant la dédollarisation, l'un des objectifs des BRICS3. La vérité oblige à dire qu'une part infime du commerce bilatéral, de l'ordre de 10 milliards de roupies (91 millions d'euros), utilise effectivement ce mécanisme.

Puis, en septembre 2023, lors du sommet du G20 à New Delhi, les participants annoncent le lancement du Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (en anglais IMEC), un couloir multimodal reliant comme son nom l'indique la côte ouest de l'Inde à l'Europe en traversant le Moyen-Orient. L'IMEC se veut un concurrent des « Nouvelles routes de la soie » chinoises, même si les EAU en sont partie prenante. Le premier segment, à l'est, connecte Bombay et un port du Gujarat à la zone franche de Jebel Ali, à Dubaï. Si la guerre de Gaza a mis sur pause la partie centrale du projet, Indiens et Émiriens n'en ont pas moins continué d'avancer ce premier tronçon qui concerne non seulement les liaisons maritimes, mais également la circulation de données informatiques. Du reste, lors du quatrième sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi en février 2026, les deux pays ont confirmé leurs projets communs dans ce domaine.

La connectivité numérique est effectivement l'un des aspects cruciaux d'IMEC. Le groupe émirien MGX, présidé par le cheikh Tahnoun, frère de MBZ, s'est imposé en moins de deux ans comme l'un des plus grands investisseurs mondiaux dans le domaine de l'intelligence artificielle. Il participe à la mise en œuvre de l'accord signé en février 2024 par Modi à Abu Dhabi visant à développer un cluster de supercalcul indo-émirien.

Le « Quad du Moyen-Orient »

Les relations humaines et commerciales, multiséculaires, ne doivent pas occulter un aspect contemporain, qui s'est imposé comme colonne vertébrale de ces rapports : la dimension stratégique, géopolitique, de cette interdépendance. Elle était discernable dès la première visite de Modi en août 2015 : en obtenant une déclaration commune condamnant le terrorisme et les États qui le soutiennent — implicitement le Pakistan —, le premier ministre indien était parvenu à son objectif de distendre les rapports entre les monarchies du Golfe et Islamabad. Le document signé entre les deux pays évoquait déjà une coopération en matière de défense. Mais c'est avant tout la conclusion, en 2020, des « Accords d'Abraham » entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe, dont les EAU, qui va dégager la voie à une accélération et un approfondissement de cette dimension géopolitique.

Quelques mois plus tard, en octobre 2021, l'Inde, Israël, les EAU et les États-Unis fondent un organisme informel connu sous les initiales de ces pays, I2U2 que l'on a aussi surnommé le « Quad du Moyen-Orient », par référence à l'organisme également informel rassemblant l'Inde, les États-Unis, le Japon et l'Australie dans l'Indo-Pacifique. L'officialisation des relations entre les monarchies de la Péninsule arabique et l'État israélien a libéré toutes les inhibitions indiennes pour afficher un rapprochement spectaculaire avec Tel-Aviv. Alors que les relations diplomatiques entre les deux pays n'avaient été établies qu'en 1992, des liens étroits s'étaient déjà noués en 1998, puis à partir de 1999, sous la houlette du premier ministre d'Atal Behari Vajpayee, issu comme Narendra Modi du parti nationaliste hindouiste Bharatiya Janata Party (BJP). Ce dernier a notablement accéléré le mouvement depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Israël est devenu le troisième fournisseur d'armements du pays, après la Russie et la France. Ce rapprochement se voit également lors des votes à l'Organisation des Nations Unies (ONU) de la délégation indienne.

Certes, il ne s'agit pas d'une « alliance » : le mot est tabou en Inde où, après le non-alignement de Jawaharlal Nehru et de ses successeurs, le gouvernement Modi préfère le « multi-alignement », qui se veut plus réaliste et pragmatique tout en continuant de se revendiquer de l'autonomie stratégique mise en place par le premier chef de gouvernement de l'Inde indépendante. Il s'agit plutôt d'un axe, solidement ancré dans des intérêts convergents. Mais cet axe Abou Dhabi-New Delhi semble très solide, et la présence de voisins menaçants n'a fait que renforcer la détermination des deux partenaires.

Dans le cas de l'Inde, il s'agit naturellement du Pakistan. Pour ce qui est des Émirats, la menace, sous forme de rivalité d'influence, vient du royaume d'Arabie Saoudite, son puissant voisin. Les deux pays étaient pourtant unis en 2015 pour intervenir militairement au Yémen contre les houthistes. Mais les divergences stratégiques sur les objectifs étaient déjà perceptibles depuis plusieurs années. Ils ont éclaté au grand jour lorsque, à la fin de l'année 2025, les forces armées saoudiennes ont bombardé au Yémen des milices armées soutenues par Abou Dhabi et que les autorités de Ryad ont publié des communiqués menaçants pour les Émirats arabes unis, conduisant ces derniers à un repli tactique.

Si l'on ajoute que le 17 septembre 2025, l'Arabie Saoudite et le Pakistan, puissance nucléaire, ont conclu un pacte stratégique d'assistance mutuelle (SMDA) et qu'en janvier 2026, la Turquie a indiqué son intention de le rejoindre — certains ont parlé d'une « OTAN islamique »4) —, on conçoit l'inquiétude qu'ont pu éprouver tant l'Inde que les EAU.

C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la visite extraordinaire de MBZ à New Delhi, le 19 janvier 2026.

Extraordinaire, elle l'est à plus d'un titre. Elle n'a été annoncée que quelques jours avant d'avoir lieu, sa durée n'a pas dépassé trois heures et, contrairement aux règles protocolaires habituelles, le premier ministre indien s'est personnellement déplacé à l'aéroport pour accueillir son invité. Rarement visite aussi courte aura été aussi productive : douze contrats et protocoles d'accord ont été conclus entre les deux dirigeants, portant sur les investissements, la coopération spatiale, la livraison de GNL sur dix ans à partir de 2028, le doublement du commerce bilatéral pour atteindre 200 milliards de dollars d'ici 2032, une coopération dans le domaine des données numériques et des échanges culturels. Mais c'est surtout la lettre d'intention sur le partenariat stratégique de défense qui retient l'attention : il est en quelque sorte la réponse au SMDA pakistano-saoudien.

Émirats-Inde-Israël contre Arabie Saoudite-Pakistan-Turquie

Dix ans après la visite de Modi à Abou Dhabi et Dubaï, les rapports ont évolué en profondeur, passant d'une relation transactionnelle (énergie contre main-d'œuvre) à une quasi-alliance multidimensionnelle. En témoigne l'appel téléphonique passé par Narendra Modi à MBZ dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026 pour condamner les bombardements iraniens alors qu'il a fallu attendre le 12 mars pour qu'il contacte le président iranien, sans pour autant condamner l'attaque israélo-états-unienne. Rappelons que l'Iran et les EAU sont tous deux membres de l'organisation des BRICS, actuellement présidée par l'Inde.

Cette évolution, marquée par un double rapprochement Inde-Israël et Inde-EAU, traduit la mise en place d'un triangle Émirats-Inde-Israël faisant face à l'émergence du triangle Arabie-Pakistan-Turquie, modifiant en profondeur les dynamiques géopolitiques à l'œuvre au Moyen-Orient. Même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'un face-à-face, New Delhi ne cherchant surtout pas à rompre avec Ryad.

Beaucoup se sont étonnés que Narendra Modi ait attendu près de trois ans après son arrivée au pouvoir pour se rendre en Israël, en juillet 2017, alors qu'il a ainsi multiplié les visites dans les pays arabes du Golfe. En réalité, par ce calendrier subtilement maîtrisé, il obtenait en quelque sorte la bénédiction des Arabes du Golfe pour cette visite israélienne qui confirmait sa proximité politique et intellectuelle manifeste, depuis l'époque où il était à la tête de l'État indien du Gujarat (2001-2014). On en a eu la confirmation avec son étonnante visite des 26 et 27 février 2026, littéralement à la veille de l'attaque israélo-états-unienne contre l'Iran.

A posteriori, la proximité publiquement manifestée avec Nétanyahou, alors que ce dernier s'apprêtait à attaquer un pays avec lequel l'Inde entretient également d'étroites relations5, lui a été vivement reprochée par l'opposition ainsi que par des diplomates à la retraite. Ces derniers ont exprimé ce que beaucoup de leurs anciens collègues en fonction ne peuvent dire publiquement.

La relation New Delhi-Abou Dhabi est largement due à la chimie interpersonnelle entre Narendra Modi et MBZ, deux dirigeants autoritaires ayant la haute main sur la diplomatie de leur pays et partageant largement une même vision du monde. Bien entendu, on ne sait si, le moment venu, leurs successeurs montreront le même volontarisme dans ce rapprochement accéléré. L'autre question, qui les dépasse, est de savoir dans quelle mesure la recomposition qui naîtra de la guerre d'Iran accentuera la tendance ou, au contraire, contraindra leurs rapports. La relation tant de l'Inde que des Émirats avec l'Iran au sortir de cette guerre sera la clé de la réponse à cette interrogation.


1Le scandale concerne le versement d'environ 51 millions d'euros de pots-de-vin par le constructeur italo-britannique, filiale de Finmeccanica, pour décrocher un contrat de 556 millions d'euros portant sur la livraison de 12 hélicoptères VVIP à l'Inde en 2010.

2Lire «  Annual Report 2026  », US commission on international religious freedom (Uscirf), 10 mars 2026  ; World report 2026, Human Rights Watch, février 2026.

3Acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine, rejoints par l'Afrique du Sud puis par l'Iran, l'Égypte, les Émirats arabes unis, l'Éthiopie, l'Indonésie

4Sinan Ciddi et William Doran, «  Turkey's dangerous Defense Pivot  », Foundation for Defense of Democracies, 16 janvier 2026.

5L'Inde a participé au développement du port iranien de Chabahar, en mer d'Arabie, concurrent du port de Gwadar au Pakistan, développé avec l'aide de la Chine

31.03.2026 à 06:00

CAN 2025. Maroc, une victoire à la Pyrrhus

Omar Kabbadj

Conçue comme opération massive de soft power de la part de Rabat, la Coupe d'Afrique des nations au Maroc s'est achevée sur des scènes de chaos qui ont fait le tour du monde. La décision de la Confédération africaine de football d'attribuer a posteriori le titre aux Lions de l'Atlas risque d'isoler davantage le Maroc, déjà pointé du doigt par ses voisins. C'est une finale dont on se souviendra longtemps, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Le 18 janvier 2026, le Maroc accueille le (…)

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Conçue comme opération massive de soft power de la part de Rabat, la Coupe d'Afrique des nations au Maroc s'est achevée sur des scènes de chaos qui ont fait le tour du monde. La décision de la Confédération africaine de football d'attribuer a posteriori le titre aux Lions de l'Atlas risque d'isoler davantage le Maroc, déjà pointé du doigt par ses voisins.

C'est une finale dont on se souviendra longtemps, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Le 18 janvier 2026, le Maroc accueille le Sénégal à Rabat dans son stade flambant neuf Moulay Abdellah pour désigner le vainqueur d'une Coupe d'Afrique des nations (CAN) XXL. Une finale de gala, opposant les deux meilleures sélections du tournoi avec des effectifs émaillés de stars du football mondial, le tout sous le regard du patron du ballon rond mondial, Gianni Infantino, mais aussi de Moulay Rachid, cadet du roi Mohammed VI dont l'absence tout au long de la compétition a soulevé plusieurs interrogations.

Le match en lui-même — ou du moins son temps réglementaire — n'aura pas été flamboyant. L'enjeu a pris le dessus sur le jeu et il a fallu attendre le temps additionnel pour ouvrir une parenthèse kafkaesque : l'arbitre congolais de la rencontre, Jean-Jacques Ndala, refuse — à tort ou à raison — un but au Sénégal. Dans la foulée, il accorde un pénalty au Maroc, à un souffle de la fin de la rencontre. Les Sénégalais sont furieux, ils quittent le terrain au bout de plusieurs minutes d'incompréhension diffusées en mondovision : sur les antennes du groupe beIN Sports, la compétition a rassemblé 1,75 milliard de téléspectateurs cumulés, soit plus du double de l'édition précédente. Le capitaine du Sénégal et véritable héros de la soirée, Sadio Mané, réussit à convaincre ses coéquipiers de retourner sur la pelouse. Brahim Diaz, sans doute le meilleur élément des Lions de l'Atlas, tire ensuite son pénalty… et le dépose dans les gants du gardien sénégalais. On connait la suite : le Sénégal marque lors des prolongations et remporte sa deuxième étoile continentale.

Violences dans les tribunes

Pour le Maroc, la douche est glacée. Cinquante ans après l'unique sacre africain des Lions de l'Atlas, les Marocains perdent le titre chez eux, après avoir investi 2,3 milliards d'euros1 pour organiser la compétition. Mais au-delà de l'échec sportif, les images des incidents de la finale ont fait le tour du monde. En marge des protestations des joueurs sénégalais, les tribunes accueillant leurs supporters sont le théâtre d'affrontements avec les forces de l'ordre marocaines. Sur la pelouse, des volontaires marocains s'en prennent au gardien remplaçant sénégalais, après que celui-ci les ait empêchés de se saisir des serviettes d'Édouard Mendy, le portier titulaire.

En conférence de presse, le sélectionneur marocain, Walid Regragui, est conscient de la nocivité des images. Il a déclaré, visiblement amer :

L'image qu'on a donnée de l'Afrique, aujourd'hui, c'est un peu honteux. Pape [Thiaw, sélectionneur du Sénégal, ndlr] demande à ses joueurs de sortir du terrain, voilà, il avait commencé déjà en conférence de presse, tant mieux pour lui, comme je l'ai dit à la fin, il faut toujours rester classe dans la défaite comme dans la victoire. Ce qu'a fait Pape ce soir, ça n'honore pas l'Afrique.

Pour les Sénégalais, la fête est gâchée par l'arrestation de dix-huit de leurs compatriotes, que les autorités marocaines accusent d'avoir pris part aux violences dans les tribunes. « Du début de la compétition jusqu'à la finale, il y a eu des chamailleries sur les réseaux sociaux, mais celles-ci se limitaient uniquement à l'aspect sportif, dans le sens où l'on dénonçait une espèce de favoritisme des arbitres pour le Maroc. C'est commun, c'est du football », affirme Moussa Ngom, rédacteur en chef du média indépendant sénégalais La Maison des Reporters. Selon lui, « le point d'inflexion » aura été la condamnation de ces supporters sénégalais à des peines allant de trois mois à un an de prison ferme :


Il y a réellement eu un avant et un après. Ça a été perçu comme une sorte de représailles de la part des autorités marocaines. Jusqu'ici, les Sénégalais considéraient que, parmi les communautés subsahariennes vivant au Maroc, ils jouissaient du meilleur traitement de la part des locaux.

Rancœur envers le Maroc

Sur les réseaux sociaux, la situation dégénère et les discours virent à la haine et au racisme, entre deux pays pourtant présentés comme frères du fait de leurs liens économiques, politiques et religieux. L'Université internationale de Casablanca se retrouve contrainte de s'excuser publiquement après des propos choquants d'une de ses enseignantes, qui avait qualifié d'« esclaves » des supporters sénégalais dans un commentaire sur Instagram.

Au Sénégal, des associations d'étudiants marocains signalent « avoir constaté avec une profonde inquiétude la survenue de tensions et d'événements regrettables ayant affecté certains membres de la communauté marocaine au Sénégal » à l'issue de la finale. Moussa Ngom ajoute :


On a vu des appels au boycott de produits marocains sur les réseaux sociaux, mais la mayonnaise n'a pas pris. Il n'y a pas de rancœur envers la diaspora marocaine, mais plutôt envers le Maroc comme État, au vu du traitement des supporters sénégalais.

Conscients de la volatilité de la situation, les dirigeants des deux pays agissent rapidement pour contenir les tensions. « Même si cette grande fête footballistique continentale semble avoir été tristement entachée par l'épisode malheureux des dernières minutes du match, rien ne saurait altérer la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains », a déclaré Mohammed VI dans un communiqué publié quelques jours après la finale. Il assurait également que « le peuple marocain sait faire la part des choses et il ne se laissera pas entraîner dans la rancœur et la discorde ».

Soixante-douze heures plus tard, le premier ministre sénégalais Ousmane Sonko atterrit à Rabat pour une visite de trois jours, accompagné d'une large délégation gouvernementale et de hauts fonctionnaires. Bien qu'il affirme que sa visite n'est pas « un voyage d'apaisement », elle a tout l'air d'une opération de gestion de crise.

Entre le Maroc et le Sénégal, les intérêts mutuels sont multiples. Les investissements marocains au Sénégal dépassent les 560 millions de dollars (485 millions d'euros), couvrant des secteurs structurants comme les banques, les assurances, le BTP, la pharmacie, l'agro-industrie ou l'immobilier. Le Sénégal use de son rapport privilégié avec le royaume pour former ses nouvelles élites dans les universités marocaines. Sans oublier les 200 000 Sénégalais installés au Maroc, ce qui en fait la première communauté de résidents étrangers africains.

« Hold-up » sur la coupe

Bien sûr, l'histoire n'allait pas s'arrêter là. Deux mois après le match, dans la soirée du 17 mars, la Confédération africaine de football (CAF) diffuse un communiqué annonçant que son jury d'appel a décidé de retirer le titre de champion d'Afrique aux Lions de la Teranga, déclarés « forfait », et d'accorder à la sélection marocaine une victoire 3-0 sur tapis vert. Comme à la mi-temps d'une rencontre, la colère change de camp. La Fédération sénégalaise de football dénonce une « décision inédite, d'une gravité exceptionnelle » et accuse l'instance continentale du sport de « porter atteinte à sa propre crédibilité ». Mieux, elle demande désormais « l'ouverture d'une enquête internationale indépendante pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».

« On est passé à une autre échelle dans l'indignation. Autour de moi, même les personnes qui étaient restées stoïques jusqu'ici s'expriment aujourd'hui avec virulence », relate Moussa Ngom. Le temps de la fraternité entre les peuples africains, promue par la visite officielle du chef du gouvernement sénégalais au Maroc, semble bien lointain. La télévision officielle sénégalaise, la RTS, tire désormais à boulets rouges sur le Maroc, en diffusant le 20 mars une analyse titrée « Une forfaiture dictée par des intérêts marocains ». Il y est question d'« exécution de commande », de « hold-up » commandité par le très influent président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa, à qui « son ami », le président sud-africain de la CAF Patrice Motsepe, « ne refuse rien ».

En attendant l'arrêt du Tribunal arbitral du sport, que la Fédération sénégalaise de football a saisi, la CAF n'en finit plus de repousser les limites du ridicule. Bien qu'elle a déshérité les Lions de la Téranga du titre, elle ne l'a pas formellement attribué aux Marocains. La réunion de son Comité exécutif, dimanche 29 mars, devait formaliser cela, mais aucune annonce en ce sens n'a été faite. L'instance s'est contentée de publier un communiqué d'une platitude déconcertante, dans lequel elle promet « la mise en œuvre d'une série de réformes et d'améliorations de ses Statuts et Règlements » visant « à prévenir la répétition des incidents survenus lors de la finale ».

La veille, la sélection sénégalaise faisait peu de cas des menaces de poursuites judiciaires proférées par le Club des avocats du Maroc : les artisans de la victoire ont bel et bien présenté le trophée de la CAN aux 80 000 supporters présents au Stade de France à Paris, à l'occasion d'un match amical contre le Pérou.

Le retour africain du Maroc compromis

Pour Rabat, la promesse d'une Coupe d'Afrique des nations inédite par son succès était censée graver dans le marbre son statut assumé de puissance continentale, mais aussi estomper une réputation incommodante de pays africain qui a plusieurs fois tourné le dos à son continent. Dix ans plus tôt, le Maroc qui devait accueillir la CAN pour la deuxième fois, a sollicité son report en raison de la propagation du virus Ebola responsable de près de 5 000 morts, essentiellement dans trois pays d'Afrique de l'Ouest, ce qui lui a valu sa disqualification et une lourde sanction de la Confédération africaine de football.

À l'époque, le royaume chérifien n'avait pas encore effectué son retour à l'Union africaine (UA), qu'il boycottait depuis l'admission, 30 ans plus tôt, de son adversaire dans le conflit du Sahara occidental, le Front Polisario. Aujourd'hui, malgré un retour réussi sur la scène politique et économique africaine, Rabat reste pointé du doigt par ses rivaux régionaux — principalement l'Algérie et l'Afrique du Sud — pour sa politique étrangère, particulièrement sa proximité avec l'ancienne puissance coloniale française, les États-Unis, mais surtout son alliance stratégique avec Israël.

Les multiples controverses arbitrales qui ont accompagné le parcours de la sélection marocaine au long de la compétition ne devraient pas aider à calmer les voix contestant depuis plusieurs années l'influence du patron du football marocain Fouzi Lekjaa — également ministre du budget — sur la CAF.

« Le Maroc tient la CAF, il faut se le dire. Ils tiennent tout en main et décident de tout. Il n'y a pas un pays qui s'est opposé au Maroc comme le Sénégal l'a fait. Ils ont les moyens, et beaucoup de pays n'osent pas aller contre leur volonté », a accusé le président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall.


1«  Le Maroc chiffre à 16 milliards de dirhams les recettes directes de la CAN 2025  », Tel Quel, 26 janvier 2026.

30.03.2026 à 06:00

La stratégie iranienne, moyens limités, impact maximum

Akram Zaoui

Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des ressources restreintes, un maximum de dégâts économiques. Pour Téhéran, l'enjeu de cette approche n'est autre que sa survie en tant qu'État souverain. Piégée depuis sa fondation aux marges de l'économie politique internationale, la République islamique porte pourtant son combat actuel contre Israël et les États-Unis (…)

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Acculé, le régime iranien livre à des adversaires mieux dotés une guerre géoéconomique épousant une logique du « rendement maximal ». Celle-ci consiste à infliger, avec des ressources restreintes, un maximum de dégâts économiques. Pour Téhéran, l'enjeu de cette approche n'est autre que sa survie en tant qu'État souverain.

Piégée depuis sa fondation aux marges de l'économie politique internationale, la République islamique porte pourtant son combat actuel contre Israël et les États-Unis sur le terrain de la géoéconomie, autrement dit à la confluence des sphères de la géopolitique et de l'économie.

Cette option est d'autant plus surprenante si l'on tient compte de deux données. La première est que ce sont deux pays cumulant des nœuds géoéconomiques1 de premier plan et profondément interconnectés qui lui livrent depuis le 28 février 2026 une guerre existentielle. La seconde est que la position de l'Iran aux marges de la mondialisation s'explique par la mobilisation à son encontre d'un instrument géoéconomique par excellence – celui des sanctions.

Or, en arsenalisant la géographie économique de son environnement immédiat, l'Iran a procédé à un renversement : porter la guerre qu'on lui fait sur son territoire – et dont l'enjeu est sa survie en tant qu'État souverain2 – au cœur de l'économie internationale, et au sein du système politique et du tissu socioéconomique états-unien.

Faire de nécessité vertu

C'est peu dire que le rapport de force économique et technologique, qui informe la capacité à financer et mener la guerre, est défavorable à l'Iran. Face à l'échelle et à l'interconnexion des complexes militaro-industriels, écosystèmes d'innovation et marchés de capitaux des États-Unis et d'Israël, l'Iran fait figure de périphérie.

Même en faisant abstraction des États-Unis3, Israël constituerait sur les plans économique et technologique un adversaire supérieur à la République islamique. En 2024, le produit intérieur brut (PIB) israélien était ainsi près de 14 % supérieur à celui de l'Iran, alors que la population iranienne est plus de neuf fois plus élevée.

Cette situation est en partie le résultat d'une articulation réussie d'Israël à trois grands pôles de l'économie politique états-unienne – politique, financier et technologique –, à savoir Washington, New York, et la Silicon Valley. C'est à Washington que se décide le soutien militaro-financier à Israël, premier pays récipiendaire de l'aide états-unienne – 300 milliards de dollars (260 milliards d'euros) en termes réels4 depuis sa fondation en 1948, et 21,7 milliards de dollars (19 milliards d'euros) entre octobre 2023 et octobre 2025. À New York, Israël est le troisième pays étranger le plus représenté à l'indice boursier Nasdaq, intense en valeurs technologiques. Quant à la Silicon Valley, elle est le siège d'entreprises technologiques ayant réalisé des investissements conséquents en Israël. En 2025, les seules entreprises israéliennes de cybersécurité Wiz et CyberArk ont été acquises pour une enveloppe de 57 milliards de dollars (50 milliards d'euros)5.

À l'inverse, par une idéologie glorifiant l'autosuffisance et du fait des sanctions qui lui sont imposées, l'Iran se trouve largement isolé des flux commerciaux, financiers et technologiques internationaux. Cette situation a dégradé le potentiel de croissance, d'innovation et donc de défense de l'Iran. Elle a poussé le pays à développer des programmes d'armement appuyés sur des capacités de recherche-développement domestiques et des chaînes d'approvisionnement alambiquées, à l'efficacité réduite. Or ces programmes ont eux-mêmes souffert d'un contexte économique déprimé par une mauvaise gestion économique dont les résultats délétères ont été amplifiés par le choc macro-économique des sanctions. Ainsi, le PIB iranien s'est contracté de plus du tiers entre 2012 et 2024.

En faisant de nécessité vertu, l'Iran décide de mener une « guerre pauvre ». Un des emblèmes de cette stratégie est le modèle de drone Shahed 136, production de son industrie de la défense, dont le coût unitaire est estimé entre 20 et 50 000 dollars (entre 17 et 43 000 euros). Son interception peut quant à elle coûter plusieurs millions de dollars. L'usage de drones navals ou celui, possible, de mines flottantes pour bloquer le détroit d'Ormuz, où transitent près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et 19 % du commerce de gaz naturel liquéfié, s'inscrirait dans la même logique de rendement maximal.

La centralité du détroit d'Ormuz

Porter la guerre dans les monarchies du Golfe, dont le PIB cumulé équivaut à près de cinq fois celui de l'Iran, pousse la même logique à de nouveaux degrés.

L'extension du conflit à leur territoire implique, pour les États du Golfe, trois niveaux de dommages : les dégâts matériels directement subis, les pertes de revenus d'exportations de biens et services et les coûts futurs – par exemple, en matière d'investissements directs étrangers non-réalisés ou de primes d'assurance renchéries – liés à la dégradation de la réputation de ces pays comme environnements sûrs et propices aux affaires.

Si les dommages et pertes à date se chiffrent déjà à plusieurs dizaines de milliards de dollars, la banque Goldman Sachs a estimé qu'un prolongement de la guerre pendant deux mois pourrait entraîner des contractions du PIB pouvant atteindre 14 % du PIB pour le Koweït et le Qatar, plus dépendants du détroit d'Ormuz pour leurs exportations. Au-delà, les efforts de diversification des économies de la sous-région pourraient se trouver menacés, mettant en péril la prospérité des six monarchies dans l'ère de l'après-pétrole.

Cependant, les actifs des fonds souverains et fonds de pension publics des pays du Golfe, dont le montant dépasse les 6 000 milliards de dollars (5 200 milliards d'euros), devrait leur permettre de faire face à la crise et à l'incertitude à venir. Aussi, c'est l'insertion profonde des monarchies du Golfe dans la mondialisation, et la centralité du détroit d'Ormuz pour leurs exportations et le marché mondial de l'énergie, qui constituent l'enjeu principal de la guerre géoéconomique de l'Iran.

Au-delà de secteurs comme la logistique, le tourisme et les transports aérien et maritime, ce sont les désordres introduits dans le marché international de l'énergie – l'Agence internationale de l'énergie ayant décrit les perturbations actuelles comme le plus grand choc qu'ait connu le secteur dans l'histoire – qui ont logé la crise au cœur de la mondialisation. Plusieurs conséquences sont possibles. La première concerne une dégradation du pouvoir d'achat des consommateurs, notamment aux États-Unis, du fait d'une poussée inflationniste portée par la hausse des prix des carburants et autres dérivés des hydrocarbures (engrais, plastiques, autres produits chimiques). La deuxième verrait la crise se propager à la production, notamment en perturbant les chaînes d'approvisionnement industrielles, y compris dans des secteurs de pointe et pour des produits à haute intensité technologique, comme les semi-conducteurs. La troisième verrait la contamination s'étendre au secteur financier, la perspective d'une augmentation des taux directeurs par les banques centrales pour répondre à l'inflation déprimant le crédit, renchérissant les emprunts publics et pesant sur les cours boursiers.

Un pari coûteux et risqué

Par la guerre géoéconomique, l'Iran espère activer une série de forces de rappel pour freiner le président américain Donald Trump. Les consommateurs-électeurs, en cette année d'élections de mi-mandat aux États-Unis, les marchés financiers, les grands acteurs industriels – notamment dans le secteur de l'intelligence artificielle, gourmand en énergie – et des alliés européens et dans une moindre mesure, asiatiques seraient soudés dans leur mécontentement. Au-delà, l'Iran souhaite dissuader durablement les États-Unis de la tentation d'un changement de régime, provoquer une désolidarisation entre Washington et Tel-Aviv et forcer une négociation devant conduire au respect de sa souveraineté, à une acceptation de sa place dans la région et à une levée des sanctions économiques.

Mais cette stratégie n'est pas sans coûts. Elle nuit durablement aux relations entre l'Iran et ses voisins du Golfe. Elle pourrait aussi convaincre d'autres pays de se joindre à une coalition contre la République islamique pour mettre un terme à la prise en otage de l'économie internationale dont elle se rendrait coupable. Elle est également susceptible d'entraîner une pression supplémentaire sur les pays en voie de développement se relevant à peine des chocs économiques induits par la pandémie et la guerre en Ukraine, isolant l'Iran jusque dans le Sud global. Mais, acculé par une guerre existentielle, sans doute, ces coûts sont-ils apparus comme relatifs – et inévitables – à Téhéran.


1La notion de nœud géoéconomique décrit des espaces concentrant des infrastructures stratégiques pour l'accumulation et la projection de puissance, tels l'énergie, la finance, l'industrie, la technologie et le transport.

2Comme le rappelle le politiste étatsuno-iranien Vali Nasr dans une interview avec Bloomberg publiée le 13 mars 2026, la guerre actuelle n'est pas seulement existentielle pour le régime, mais aussi pour l'Iran. Donald Trump a ainsi déclaré que la carte de l'Iran pourrait changer. Et le soutien à des éléments séparatistes au sein des minorités a toujours été envisagé par Israël comme un moyen de déstabilisation. Voir «  Why Iran Isn't Breaking : Vali Nasr on the Uprising That Isn't Coming  », The Mishal Husain Show, podcast de Bloomberg, visible sur Youtube.

3Le PIB états-unien est supérieur de plus de 60 fois à celui de l'Iran, qui est inférieur à celui du Minnesota.

4NDLR. C'est-à-dire, en prenant en compte l'inflation.

5NDLR. Wiz a été racheté par Google pour 32 milliards de dollars (près de 28 milliards d'euros) en mars 2025, et CyberArk a été acquise par Palo Alto Networks pour 25 milliards de dollars (21 milliards d'euros) en juillet 2025.

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