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15.05.2026 à 06:00

« Il n'y a pas de cessez-le-feu à Gaza »

Rami Abou Jamous

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il rappelle que, même si la majeure partie des médias occidentaux ne couvrent plus ce qui se passe à Gaza, le génocide continue. Mercredi 13 mai 2026. Mes amis étrangers me demandent souvent : « Comment vit-on à Gaza après sept mois de cessez-le-feu ? » D'abord, il faut préciser qu'il n'y a pas de cessez-le-feu. C'est juste qu'il y a de moins en moins de couverture de ce qui se passe à Gaza, de moins en moins de (…)

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Texte intégral (2325 mots)

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il rappelle que, même si la majeure partie des médias occidentaux ne couvrent plus ce qui se passe à Gaza, le génocide continue.

Mercredi 13 mai 2026.

Mes amis étrangers me demandent souvent : « Comment vit-on à Gaza après sept mois de cessez-le-feu ? »

D'abord, il faut préciser qu'il n'y a pas de cessez-le-feu. C'est juste qu'il y a de moins en moins de couverture de ce qui se passe à Gaza, de moins en moins de couverture de notre vie ici. C'est ce qui fait que la majorité des gens croit que la guerre est terminée et que les Gazaouis ont repris une vie « normale ». Certes, les bombardements ont diminué. Mais ils restent quotidiens. Tous les jours, des hommes, des femmes et des enfants sont tués. Ce que nous sommes en train de vivre, c'est comme un cancer qui se répand doucement dans le corps du malade, et qui aboutit à sa mort. Ces derniers temps, Israël cible particulièrement les policiers, afin de susciter le chaos sécuritaire à Gaza. Cela n'arrête pas. Presque chaque jour, un commissariat, un 4X4, un poste de contrôle est visé.

Le prétendu cessez-le-feu était accompagné d'un « plan de paix » qui installait entre autres un « comité national d'administration » de la bande de Gaza, composé de quinze technocrates palestiniens. On ne les a jamais vus ici, et personne ne sait ce qu'ils font. Quant à la « ligne jaune », elle ne cesse d'avancer. Elle crée une enclave dans l'enclave. Elle isole la zone est de la zone ouest, coupant en deux la bande de Gaza dans le sens de la longueur. Les Gazaouis sont entassés dans la partie Ouest, qui longe la mer et qui couvre environ 40 % de la surface originelle. Derrière cette ligne, les Israéliens ont tout détruit, rasé les vergers, dynamité les maisons.

De « la ligne jaune » à « la ligne orange »

Cette ligne est délimitée physiquement par des plots en béton de couleur jaune. Or, ces blocs bougent. On découvre régulièrement qu'ils ont un peu avancé vers la mer, rétrécissant un peu plus notre espace. Il y a trois jours, les blocs jaunes sont arrivés à la rue Salaheddine, la grande artère qui va du nord au sud, et qui est donc en passe de devenir une nouvelle frontière. Mais ce n'est pas tout. Il y a une autre ligne, virtuelle celle-là, la « ligne orange ». Elle va encore plus loin à l'ouest que la ligne jaune. Les Israéliens l'ont communiquée aux ONG qui sont restées à Gaza. Si elles veulent la franchir, elles doivent se « coordonner » avec l'armée. Le but est de réduire leurs mouvements au maximum.

L'aide humanitaire est par ailleurs extrêmement réduite. D'après l'accord de « cessez-le-feu », 600 camions devaient entrer chaque jour. C'est loin d'être le cas. Depuis le début de la guerre avec l'Iran surtout, leur nombre a été réduit. Aujourd'hui, seulement 200 camions entrent chaque jour, parfois 150. La moitié d'entre eux transporte de l'aide humanitaire. L'autre moitié, c'est l'importation du secteur privé. Des commerçants palestiniens qui achètent des denrées à des commerçants israéliens. Les prix sont trop élevés pour la grande majorité des Gazaouis. Les Israéliens sont en train de nous tuer, et en même temps de s'enrichir.

Mais il y a un aspect encore plus pervers : la plus grande partie de ces importations sont des produits non essentiels, comme du ketchup ou du Nutella, du chocolat ou des sodas. En revanche, les camions ne contiennent rien de ce qui est nécessaire à la vie, car toutes ces choses sont interdites par Israël : la nourriture saine, les draps, les couvertures, les tentes, les bâches en plastique, et même les clous. On ne trouve plus un seul clou à Gaza. Parce que c'est interdit. Comme tout ce qui permet de se déplacer : l'essence, le fuel, les pneus. On n'a plus les moyens de les réparer. On voit encore quelques voitures, qui marchent souvent à l'huile végétale après bricolage du moteur. Elles ont d'ailleurs du mal à circuler dans des rues qui disparaissent sous les gravats. Des gens essaient de fabriquer de l'essence en brûlant tout ce qu'ils peuvent trouver comme plastique, dans des sortes d'ateliers qui dégagent une fumée toxique.

Les malades du cancer meurent lentement, dans de grandes souffrances

Sont interdites aussi les couches pour les enfants en bas âge. Elles deviennent très rares, et très chères. Je n'en trouve plus pour mon fils Ramzi, qui a quatorze mois. Tout ce qui touche à la santé est également interdit : les médicaments et le matériel médical. Il n'y a qu'un seul scanner dans toute la bande de Gaza. Les malades du cancer n'ont plus accès à leur traitement. Ils sont en train de mourir lentement, souvent dans de grandes souffrances.

Des dizaines de milliers de malades auraient besoin d'être traitées à l'étranger. Selon l'accord du cessez-le-feu, cent cinquante patients devaient pouvoir entrer et sortir par le terminal de Rafah chaque jour, qui donne accès à l'Égypte. Aujourd'hui, on en est plutôt à 50 mouvements, parfois 80, rarement 120. Avec à chaque fois des retards et des difficultés dues aux Israéliens, qui mettent beaucoup de temps à valider les listes de noms envoyées par les Égyptiens.

Dans ces conditions effroyables, ce qui reste des 2,3 millions de personnes est entassé, les uns sur les autres, dans moins de la moitié de la bande de Gaza. Ils tentent de survivre. Si leur maison ou leur commerce se situe du bon côté de la « ligne jaune », ils commencent à déblayer tout autour. Ils veulent continuer à vivre, reconstruire leur boutique qui a été bombardée, essayer de rendre habitable leur maison à moitié effondrée, qui peut s'effondrer encore plus sous un orage ou une forte pluie.

Ni école, ni ordinateur, ni électricité

La survie, c'est d'abord de trouver de l'eau. Je ne parle même pas d'eau potable, juste d'eau « douce », non salée, parce que les filtres et les produits indispensables aux stations d'épuration sont eux aussi interdits depuis début du génocide. La recherche de cette eau est l'une des activités principales des Gazaouis. Tous les matins, on voit des personnes âgées et des enfants faire la queue avec des jerrycans devant les camions-citernes des ONG internationales, qui sont de plus en plus rares, car les ONG sont de moins en moins présentes. Celles qui ont refusé de communiquer aux Israéliens la liste de leurs employés sont bannies.

Des jeunes du quartier font la queue pour moi. Un travail fatiguant, il faut parfois faire une dizaine de kilomètres pour apporter les jerrycans. Pareil pour la nourriture. Difficile pour les familles de cuisiner quand le gaz et le bois se font rares, et quand de toute façon, on n'a pas grand-chose à mettre dans la marmite. Beaucoup de gens subsistent grâce aux tekiya, les cuisines communautaires financées par quelques donateurs, et qui distribuent principalement des lentilles ou du riz.

La majorité des enfants ne va pas à l'école. Il y a quelques initiatives à droite et à gauche, on peut trouver dans les camps de fortune des tentes où des élèves sont assis sur des chaises en plastique cassées, ou des pierres en guise de sièges. Des universités tentent de reprendre les cours, souvent en ligne, car la plupart de leurs bâtiments sont complètement ou partiellement détruits. Elles ne font payer que 20 % des frais d'inscription aux étudiants, repoussant à plus tard le versement du reste. La majorité des étudiants n'ont toutefois pas de connexion, alors ils se retrouvent dans des cafés Internet bricolés ou dans de ce qu'on appelle « l'Internet de quartier », où quelqu'un vend une connexion internet à l'heure.

Mais pour suivre les cours, il faut un ordinateur ou un smartphone. Or, ça aussi, c'est interdit. Il y en a de moins en moins. Il y a quelque temps, des commerçants en faisaient entrer en corrompant des militaires israéliens, mais il semble que ce trafic ait cessé. Et pour recharger les ordinateurs et les téléphones, il faut de l'électricité. Les quatre lignes qui alimentaient la bande de Gaza, trois israéliennes et une égyptienne, sont interrompues depuis le début de la guerre, et l'armée israélienne a détruit la centrale électrique de Gaza. On s'est rabattus sur les panneaux solaires, mais il n'en entre plus de nouveaux depuis longtemps, car ils sont, vous l'aurez deviné… interdits. Là aussi, il y a eu un moment un trafic grâce à la corruption, mais c'est terminé. Ceux qui en disposent encore vendent de l'électricité, et on voit tous les matins des queues devant leur petit business, pour charger les ordinateurs, les téléphones ou les lampes torches. Il y a aussi les groupes électrogènes installés par des particuliers dans chaque quartier, mais le prix est prohibitif : le kilowatt est passé de 4 à 35 shekels, soit 10,30 euros.

La vie malgré tout

L'argent liquide est de plus en plus absent, mais la technologie, au milieu de ce chaos, prend le relais. On peut désormais payer par carte bancaire ou avec son téléphone dans plusieurs petits supermarchés. On peut même payer les moyens de transport de fortune avec un système qui fonctionne sans connexion. Mais 90 % de la population est au chômage, les gens essaient de faire des petits travaux, des petits boulots, de se faire marchands ambulants. Certains reçoivent de l'argent de parents à l'étranger.

Mais à Gaza, c'est la vie malgré tout. On reconstruit des salles de fêtes pour les mariages qui continuent à être célébrés. Souvent, après la fête, les nouveaux mariés vont dormir chez un oncle ou une tante dont la maison est encore debout. Sinon, sous la tente, ou sous une bâche en plastique…

On arrive à survivre, mais petit à petit, les Israéliens resserrent le nœud coulant qui nous étrangle, en dehors des caméras et des yeux du monde. Ils rapprochent la ligne jaune de la mer. Ils réduisent chaque jour l'aide humanitaire. Ils font de notre existence un enfer pour atteindre leur véritable objectif : nous déporter. Quand ils nous voient tenter de renaître comme des Phénix, quand ils voient les jeunes tenter de continuer à étudier par tous les moyens et dans les pires conditions, cela les rend fous. Mais nous n'abandonnons pas. Nous nous adaptons, ce qui n'est pas forcément une bonne chose. Car s'adapter, c'est s'habituer. Mais que pouvons-nous faire d'autre ?

La même chose qui se passe en Cisjordanie. Les Israéliens sont en train de chasser les gens des camps de réfugiés. Ils découpent le territoire en petits morceaux, en installant sans cesse de nouvelles colonies. Les attaques des colons sont quotidiennes. Dans un silence médiatique et politique quasi-total, à quelques exceptions près. Malgré tout cela, nous gardons notre volonté de rester en vie, de libérer notre Palestine, et de conquérir notre indépendance.

Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, Rami Abou Jamous a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.

14.05.2026 à 06:00

Détroit d'Ormuz. Une chance à saisir pour l'Algérie

Paul Audinet

Alors que la fermeture du détroit d'Ormuz désorganise les flux énergétiques mondiaux, l'Algérie apparaît comme l'un des rares bénéficiaires indirects de la crise. Grâce à sa position méditerranéenne, à ses infrastructures tournées vers l'Europe et à la remontée des prix, Alger encaisse une prime qui tombe à point nommé pour ses finances publiques fragilisées. Reste à savoir si cette aubaine sera, pour une fois, mise à profit. Depuis le 2 mars 2026, la fermeture du détroit d'Ormuz perturbe (…)

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Texte intégral (1418 mots)

Alors que la fermeture du détroit d'Ormuz désorganise les flux énergétiques mondiaux, l'Algérie apparaît comme l'un des rares bénéficiaires indirects de la crise. Grâce à sa position méditerranéenne, à ses infrastructures tournées vers l'Europe et à la remontée des prix, Alger encaisse une prime qui tombe à point nommé pour ses finances publiques fragilisées. Reste à savoir si cette aubaine sera, pour une fois, mise à profit.

Depuis le 2 mars 2026, la fermeture du détroit d'Ormuz perturbe l'un des principaux corridors énergétiques mondiaux, par lequel transitent près de 20 % des flux internationaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Les producteurs du Golfe voient leurs exportations entravées. L'Algérie, elle, expédie ses volumes depuis la Méditerranée occidentale, loin de la zone de crise.

Cet avantage géographique se traduit immédiatement sur le plan commercial. Au sud d'une Europe soucieuse de sécuriser ses approvisionnements, l'Algérie dispose d'un accès direct à ses marchés. L'Union européenne reste de loin son principal débouché gazier et absorbe une large part de son pétrole brut. Surtout, deux gazoducs relient directement le pays au continent : le Transmed vers l'Italie via la Tunisie, et le Medgaz vers l'Espagne, dont la capacité a été relevée ces dernières années. Le gaz algérien atteint ainsi ses clients sans dépendre des routes maritimes sous tension. Le gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le Maroc, demeure suspendu depuis 2021 après la rupture diplomatique entre Alger et Rabat.

Des finances publiques en quête d'oxygène

Alors que fin 2025, les équilibres financiers du pays s'étaient nettement dégradés, la nouvelle donne arrive à point. L'Algérie est l'une des économies les plus dépendantes au monde de ses exportations d'hydrocarbures : celles-ci représentent en moyenne plus de 90 % de ses recettes en devises et 60 % de ses recettes budgétaires totales. Lorsque les prix reculent, c'est toute la mécanique de l'État qui se contracte.

En 2025, les recettes d'exportation du secteur ont diminué, tandis que le déficit budgétaire dépassait 10 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI). Le Fonds de régulation des recettes, l'épargne pétrolière accumulée lors des cycles haussiers précédents, est désormais épuisé. Les réserves de change ont, elles aussi, fortement reculé, à environ 55 milliards de dollars (46 milliards d'euros) à l'été 2025, soit moins du tiers de leur niveau de 2013. Dans le même temps, les banques publiques, principal relais du financement intérieur, sont déjà très sollicitées par les besoins du Trésor. Le budget 2026 avait alors été construit sur une hypothèse prudente de baril à 60 dollars (51 euros).

Cette hypothèse a rapidement volé en éclats. Si le Sahara Blend — brut de référence algérien apprécié des raffineurs européens pour sa faible teneur en soufre — valait encore moins de 70 dollars (60 euros) en janvier, il dépassait 100 dollars (85 euros) en moyenne en mars, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), soit son plus haut niveau depuis le choc énergétique de 2022. Début mai, malgré l'annonce d'un cessez-le-feu qui reste fragile sur le terrain, les prix oscillent dans une fourchette de 95 à 110 dollars (de 81 à 94 euros).

Pour Alger, l'effet est immédiat : hausse des recettes d'exportation, amélioration de la balance courante, respiration budgétaire. La remontée du pétrole soutient aussi les revenus gaziers, dans un marché européen redevenu hypersensible au risque d'approvisionnement.

Un fournisseur incontournable

Plusieurs capitales européennes n'ont pas tardé à réagir. Le 25 mars, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni s'est rendue à Alger. Le lendemain, le ministre espagnol des affaires étrangères José Manuel Albares lui a emboîté le pas.

L'Italie et l'Espagne reçoivent chacune près de 30 % de leurs importations gazières d'Algérie et cherchent à accroître leurs achats. Rome approfondit la coopération entre Ente nazionale idrocarburi (ENI) et la Sonatrach, notamment dans l'offshore et les hydrocarbures non conventionnels. Madrid mise sur une hausse supplémentaire des livraisons via le Medgaz. Dans une Europe encore marquée par le choc gazier de 20221, l'Algérie redevient un fournisseur stratégique de proximité. Le Fonds monétaire internationl (FMI) a par ailleurs relevé ses prévisions de croissance pour 2026, citant le pays parmi les gagnants économiques du conflit.

La crise pourrait aussi améliorer l'attractivité du pays auprès des investisseurs. Le 19 avril, Alger a lancé son deuxième appel d'offres international en deux ans, l'« Algeria Bid Round 2026 », portant sur sept périmètres d'exploration sahariens. Le calendrier ne doit rien au conflit : il répond à une nécessité ancienne. Les grands gisements historiques, Hassi Messaoud pour le pétrole et Hassi R'Mel pour le gaz, mis en production au tournant des années 1960, arrivent à maturité et exigent de nouveaux relais.

Mais la flambée des cours change le contexte. Des prix élevés améliorent la rentabilité potentielle des projets et rendent le risque algérien plus acceptable pour les majors. Encore faudra-t-il convertir l'essai. Les campagnes précédentes ont souvent suscité un intérêt inférieur aux attentes, freinées par les lourdeurs administratives, l'instabilité réglementaire perçue et une concurrence internationale soutenue pour les capitaux énergétiques.

Répit budgétaire, équation inchangée

Mais ce regain de fortune peut n'être qu'un répit. L'histoire récente invite à la prudence. Les deux derniers grands cycles haussiers — 2002-2008, puis 2022-2023 — ont permis à l'Algérie de reconstituer ses marges budgétaires sans engager de transformation économique durable.

Le pays demeure pris dans un piège de la rente : les recettes des hydrocarbures financent subventions, transferts sociaux et dépense publique, ce qui amortit les tensions économiques et sociales à court terme, mais réduit l'incitation à diversifier l'appareil productif, élargir la base fiscale et améliorer l'environnement des affaires. Lorsque les cours sont élevés, l'urgence du changement s'atténue ; lorsqu'ils se replient, les moyens d'agir se restreignent.

D'autres fragilités persistent. La consommation intérieure de gaz progresse rapidement et rogne les volumes exportables. Les exportations hors hydrocarbures demeurent marginales. L'économie informelle reste dominante, de l'ordre de 45 % du PIB. Enfin, la tentation du financement monétaire des déficits n'a pas disparu, avec les risques classiques : inflation plus élevée et pression sur le dinar.

Si le détroit d'Ormuz rouvrait durablement, les prix finiraient par se normaliser. L'Algérie conserverait alors les mêmes défis qu'avant la crise : dépendance pétro-gazière, marges budgétaires limitées, diversification inachevée. La crise au Moyen-Orient offre à Alger un répit budgétaire et une visibilité inespérée. Elle ne change rien à l'équation de fond.


1NDLR. La crise gazière dans le monde a débuté en 2021 à la suite de la forte reprise économique après la récession liée à la pandémie de Covid-19, et a été amplifiée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie fin février 2022.

13.05.2026 à 06:00

Jérusalem-Est. À Silwan, des milliers de Palestiniens menacés d'expulsion

Monica Cillerai

Dans le secteur de Batn Al-Hawa et Al-Bustan, des centaines de familles sont concernées par des décisions de justice qui ouvrent la voie à leur éviction au profit d'organisations de colons israéliens. Au sud-est de la Vieille ville de Jérusalem, sur les pentes de Silwan, la pression foncière et juridique s'intensifie, transformant progressivement la composition du quartier. Kayed Rajabi nous accueille chez lui, une cigarette à la main et le regard fatigué. Du fil barbelé longe le muret (…)

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Texte intégral (6097 mots)

Dans le secteur de Batn Al-Hawa et Al-Bustan, des centaines de familles sont concernées par des décisions de justice qui ouvrent la voie à leur éviction au profit d'organisations de colons israéliens. Au sud-est de la Vieille ville de Jérusalem, sur les pentes de Silwan, la pression foncière et juridique s'intensifie, transformant progressivement la composition du quartier.

Kayed Rajabi nous accueille chez lui, une cigarette à la main et le regard fatigué. Du fil barbelé longe le muret qui sépare son habitation de celle des voisins, où l'on voit une grande étoile de David illuminée et un drapeau israélien sur le balcon. Sur le toit voisin flottent d'autres drapeaux blancs et bleus.

La famille Rajabi se retrouve prise entre deux maisons récemment occupées par des colons israéliens dans le quartier de Batn Al-Hawa, à Silwan, au cœur de Jérusalem-Est. Leurs voisins ont été expulsés par la police le 25 mars, avec dix autres familles du quartier. Au total, seize familles ont été évacuées la même semaine, dont onze appartements appartiennent à la famille Rajabi et quatre à la famille Basbous. Les habitations sont désormais occupées par des colons tandis que des centaines d'autres Palestiniens risquent de subir le même sort dans les mois à venir.

Kayed Rajabi montrant une carte des expulsions.
Kayed Rajabi montrant une carte des expulsions.
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L'une de ses filles sur la terrasse de leur maison. À l'arrière-plan, la clôture de barbelés qui sépare leur maison de celle de leurs voisins, récemment occupée par des colons israéliens.

« Je suis né ici, ma famille est ici depuis 1967, lorsque nous avons été expulsés de notre maison. Et maintenant ils veulent nous expulser à nouveau. » Kayed a cinquante ans, dix enfants, et une détermination farouche à continuer de résister.

Ces maisons, c'est nous qui les avons construites : mon grand-père les a achetées et les a bâties pierre après pierre, brique après brique, clou après clou. Je me suis marié ici, mon père aussi. Mes enfants y sont nés et y ont grandi. Maintenant, les tribunaux israéliens nous ont ordonné de partir. Ils affirment que des juifs yéménites vivaient dans ce quartier, qui s'étend sur 0,52 hectare, à l'époque de l'Empire ottoman, et que la terre doit revenir aux juifs.

Une population sous pression

Batn Al-Hawa subit une offensive violente au nom du « droit au retour » des juifs sur des terres enregistrées comme juives avant 1948 : 85 familles palestiniennes sont ainsi menacées d'expulsion, soit plus de 700 personnes. C'est l'organisation religieuse israélienne Ateret Cohanim qui revendique la propriété de ces terrains, en utilisant deux lois comme levier pour prendre le contrôle de l'un des quartiers les plus stratégiques de Jérusalem-Est. La première est la loi de 1950 sur les « biens des absents » qui stipule que les propriétés des réfugiés palestiniens ne seraient pas restituées à leurs propriétaires « absents » après la Nakba. La seconde est la loi de 1970 relative aux affaires juridiques et administratives, qui permet à des organisations juives de revendiquer des biens à Jérusalem-Est s'ils étaient détenus par des juifs avant 1948.

Dans le quartier de Batn Al-Hawa, plusieurs maisons sont occupées par des colons israéliens.
Dans le quartier de Batn Al-Hawa, plusieurs maisons sont occupées par des colons israéliens.

Les terres de Batn Al-Hawa appartenaient à un trust religieux juif connu sous le nom de Benvenisti Trust, créé à la fin du XIXe siècle pour accueillir des juifs yéménites pauvres arrivés à Jérusalem. Ceux-ci ont quitté Silwan entre 1929 et 1936. Au début des années 2000, Ateret Cohanim a obtenu du registre foncier sa nomination en tant qu'administrateur fiduciaire de ces terrains, entamant ainsi une bataille juridique contre la population palestinienne du quartier.

En janvier 2026, la Cour suprême israélienne a donné son feu vert à des expulsions massives, après 11 ans de procédures judiciaires. Un processus que l'ONG israélienne B'Tselem a qualifié de « nettoyage ethnique »visant à modifier la composition démographique de la zone.

« Nous avons les documents, ces terres nous les avons achetées. Rien qu'ici, nous sommes six familles : moi, mes frères, mes sœurs, avec nos enfants. Au total, nous sommes 47 personnes. Nous risquons de nous retrouver à la rue demain, et nous ne savons pas quoi faire. » Kayed est épuisé ; l'incertitude de l'avenir et la tension de vivre entouré de colons armés l'empêchent de dormir. Il allume cigarette sur cigarette tandis qu'on remarque qu'au-dessus de nous, dans la maison voisine déjà occupée, deux soldats israéliens nous observent.

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L'une des deux maisons appartenant aux voisins de la famille de Kayed Rajabi, récemment occupées par des colons israéliens.
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Une vue nocturne d'une partie de Silwan, où une étoile de David brille sur l'une des maisons occupées.

Le 23 avril, la police israélienne a notifié un ordre d'expulsion effectif pour sept appartements appartenant aux Rajabi : les familles doivent quitter les maisons avant le 17 mai, faute de quoi elles seront expulsées par la force la semaine suivante. D'autres familles risquent le même sort dans quelques mois.

Nous n'avons pas l'argent pour louer une maison, ils nous condamnent à mort. Nos voisins ont été expulsés de chez eux à deux heures du matin. Moi aussi j'ai peur qu'ils viennent me chasser de ma maison, et qu'ils installent un colon là où j'ai grandi et vécu. Il n'y a pas de mots pour décrire cette tristesse.

Un des fils de Kayed Rajabi sur la terrasse de leur maison
Un des fils de Kayed Rajabi sur la terrasse de leur maison

La famille Rajabi n'est pas arrivée à Silwan par choix. Après avoir été déplacée du quartier d'Al-Sharaf, dans la Vieille Ville, peu avant 1967, elle a été obligée de chercher une autre maison. Alors qu'Al-Sharaf était démoli par les autorités israéliennes pour faire place à l'actuel quartier juif, le grand-père de Kayed a acheté le terrain où se trouve leur maison. « Les colons veulent s'emparer de toutes les zones autour de la Vieille Ville. Ils utilisent le gouvernement et l'armée. Nous sommes agressés et arrêtés si nous refusons de quitter notre maison ou si nous nous opposons. » Il soupire profondément.

Depuis que le nombre de colons a augmenté, les enfants ont peur d'aller à l'école, ils ont même peur de monter sur les toits. Les colons lancent des pierres, des déchets, du verre. Ils insultent les femmes et les enfants. Ils veulent nous pousser à partir.

Vu depuis la colline d'en face, le quartier semble observer les passants : des dizaines d'yeux peints sur les façades des maisons marquent les habitations que les Palestiniens sont en train de perdre. Ils semblent défier les drapeaux israéliens et les étoiles de David que les colons accrochent sur les bâtiments occupés.

Des yeux peints sur les façades signalent certaines des maisons menacées d
Des yeux peints sur les façades signalent certaines des maisons menacées d'expulsion.

Rester, résister

« Nous ne quitterons pas nos maisons, même si nous devons mourir. Nous resterons à Jérusalem malgré les blessures, nous continuerons à exister. Ce sont les sionistes qui doivent partir, de toute la Palestine », conclut Kayed, appelant la communauté internationale à soutenir le peuple palestinien.

« Soumud », résistance enracinée : c'est la lutte des Palestiniens dans la ville occupée de Jérusalem. Rester, résister, ne pas partir. C'est aussi, d'une certaine manière, une résistance démographique. Les Palestiniens représentent aujourd'hui près de 40 % de la population de Jérusalem, une proportion en hausse constante depuis 1967, lorsque Israël a occupé puis annexé Jérusalem-Est à la suite de la guerre israélo-arabe. Depuis lors, le maintien d'une nette majorité juive s'impose comme un axe structurant des politiques israéliennes dans la ville, souvent décliné selon un équilibre démographique de 70 % contre 30 %. La croissance démographique palestinienne n'est pas seulement une donnée statistique, mais une question politique : une dynamique que les autorités israéliennes cherchent à contenir à travers un ensemble de mesures urbanistiques, juridiques et administratives qui limitent l'expansion des communautés palestiniennes et précarisent leur présence dans la ville. Poussant — à travers évictions, démolitions, amendes, répression quotidienne — de plus en plus de Palestiniens à partir.

Raed Basbous et sa famille ont été expulsés le 20 mars. Quarante-neuf ans, quatre enfants, il travaille à l'université de Jérusalem et est chercheur en informatique. Il accueille Orient XXI dans son bureau avec un café et commence à raconter.

Ils ont d'abord expulsé ma famille et celle de mon frère. Puis ils ont changé la serrure. Quelques jours plus tard, c'était au tour de mon père et d'un autre frère. Il y avait au moins 100 policiers antiémeute, ils ont bouclé tout le quartier ; ils ont jeté toutes nos affaires dehors et fait entrer les colons.

Raed montre une carte indiquant les maisons déjà évacuées et celles qui sont menacées. Il vit désormais dans un logement loué, tandis que le reste de sa famille est hébergé chez des proches.

Raed Basbous montre la carte des expulsions de Batn Al-Hawa.
Raed Basbous montre la carte des expulsions de Batn Al-Hawa.
Sa maison est entourée d
Sa maison est entourée d'un cercle.

« Depuis 2015, ma famille, avec 85 autres, se bat devant les tribunaux israéliens contre l'organisation de colons Ateret Cohanim qui nous vole nos terres », explique-t-il. L'organisation, fondée en 1981, opère « pour ramener la vie juive au cœur de l'ancienne Jérusalem », comme indiqué sur son site web. Une grande partie de ses activités consiste à acheter des logements dans des quartiers à majorité arabe, puis à y installer des familles juives souvent accompagnées d'une protection armée. Le but est de modifier la démographie et pousser les Palestiniens à quitter la ville.« Au début de cette année, ma famille et 26 autres ont reçu un ordre d'expulsion définitif. Et l'on nous a aussi imposé environ 13 000 dollars de frais juridiques. »

Son histoire se répète : la famille avait déjà été déplacée en 1948 pendant la Nakba. Depuis Al-Dawayina, à l'ouest d'Hébron, elle avait été obligée de se déplacer plusieurs fois jusqu'à arriver à Jérusalem, où elle avait acheté la terre dans le quartier de Silwan. « Ils veulent les terres de Batn Al-Hawa ? Très bien, qu'ils les prennent. Mais qu'ils nous rendent alors les terres qu'ils ont accaparées depuis 1948, et en 1967. »

« On nous avait proposé de l'argent, beaucoup d'argent, mais nous avons refusé, comme tous les autres. Cela aurait été comme vendre nos maisons, c'était inacceptable. Nous nous battons jusqu'au bout, nous avons droit à notre terre », insiste-t-il.

« Pour prendre nos terres, ils déclarent les zones parc national ou site archéologique »

À Silwan, plusieurs projets sont en cours — un parc, de nouvelles routes, un téléphérique — qui, selon les habitants, répondent à un seul objectif : expulser la population palestinienne et la remplacer par des colons israéliens. À Wadi Rababa, dit Raed, ils confisquent les terres au nom d'un parc national ; à Al-Bustan, ils démolissent des maisons parce qu'elles sont dépourvues de permis de construire, très difficiles à obtenir. À Batn Al-Hawa, ils les retirent aux Palestiniens pour les donner aux colons au nom d'un « droit au retour » des juifs.

Des colons israéliens, accompagnés d
Des colons israéliens, accompagnés d'un agent de sécurité armé, marchent dans les rues de Batn Al-Hawa.

« Il arrive aussi qu'ils démolissent une maison et que, deux ans plus tard, ils reviennent en affirmant que le terrain n'a pas été utilisé. À ce moment-là, l'État le confisque pour usage public », raconte Raed. Al-Bustan est un autre des quartiers de Silwan les plus visés, où près de 150 familles, soit un total de 1 500 personnes, risquent de perdre leur maison. Dans cette zone, les démolitions sont formellement justifiées comme des interventions contre des constructions sans permis, mais elles s'inscrivent dans le projet dit du « Parc du roi David », partie de l'expansion de la zone archéologique et touristique de la « Cité de David ». C'est ici que vivait la famille d'Abou Shafi. Leur maison a été détruite le 30 décembre 2025. « C'est la deuxième fois qu'ils démolissent notre maison », témoigne Umm Shafi, 45 ans. « Mon fils avait 4 ans la première fois, il y a 20 ans. Aujourd'hui, cela s'est reproduit. »

Umm Shafi se tient devant sa maison récemment démolie.
Umm Shafi se tient devant sa maison récemment démolie.

Le bulldozer était protégé par plus de 100 policiers, raconte-t-elle. « Nous avions déposé une demande de permis, engagé un avocat, tout fait. Mais cela ne sert à rien. Ils disent qu'il nous faut un permis de construire, mais il est impossible à obtenir. Ils ne les délivrent pas. » Elle offre un thé au milieu des décombres de la maison détruite. « Ils n'ont rien laissé intact. Mais nous la reconstruirons. Nous resterons ici, fermes et déterminés sur notre terre. Alhamdulillah. »

Silwan est dans le viseur depuis longtemps, mais depuis octobre 2023, le processus d'expulsions et de démolitions s'est accéléré. « Tout le monde regarde ce qui se passe à Gaza, en Syrie, au Liban, et personne ne regarde ce qui se passe ici. C'est une stratégie du gouvernement israélien : détourner l'attention vers l'extérieur pour pouvoir agir plus vite. »

Des décombres d
Des décombres d'une maison démolie dans le quartier d'Al-Bustan, à Silwan

En raison de sa position géographique, Silwan est riche en sites historiques — un élément qu'Israël utilise pour justifier ses politiques d'occupation et de contrôle du territoire.

Pour prendre nos terres, ils déclarent les zones parc national ou site archéologique. Ils démolissent nos maisons en exigeant des permis qu'ils ne délivrent jamais, puis infligent des amendes énormes. Et ils appellent cela du développement.

Cette politique de déplacement est menée en étroite collaboration avec Ateret Cohanim et Elad, une autre organisation de colons d'extrême droite dont la mission déclarée est d'« installer des familles juives dans la Cité de David » et de « renforcer le lien des juifs avec Jérusalem ». Selon Raed, ces organisations sont « l'armée du gouvernement ». Ce sont elles, dit-il, qui encouragent de nouveaux colons à venir s'installer à Silwan, leur offrent du travail et les financent. Il secoue la tête. « C'est très difficile pour nous. Tous mes souvenirs, tous mes amis, ma famille… tout le quartier est dans la même situation. Nous sommes tous nés là, nous avons grandi là. L'avenir est incertain. Mais une chose est sûre : nous ne cesserons pas de résister. »

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