Une frappe israélienne, dans la nuit de vendredi à samedi, sur Ansar, dans une région du Liban-Sud épargnée depuis deux mois, a fait sept morts, et une autre à Deir Zahrani a fait au moins quatre autres morts, soit 11 morts et 19 blessés au total, bilan le plus lourd depuis le cessez-le-feu de la mi-juin, confirmé par le ministère de la Santé.
La frappe sur un bâtiment à Deir Zahrani, dans la matinée de samedi, dans le caza de Nabatiyé, a provoqué un exode massif vers Saïda, chef-lieu du Liban-Sud, alors que des embouteillages monstres étaient signalés sur la route et que des drones continuaient de survoler la zone ciblée.
Selon les informations de notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah, le raid contre la localité d'Ansar a été mené vers 4h30 sur deux bâtiments de la région dite de Qalaat el-Meis, entre Ansar et Zrariyé. Cette zone était déjà régulièrement ciblée pendant les 15 mois de cessez-le-feu qui ont précédé la guerre lancée en mars dernier par des attaques du Hezbollah.
Plusieurs missiles ont été tirés et ont provoqué d’importants dégâts. Les équipes de secours se sont immédiatement rendues sur place et ont extrait neuf personnes des décombres, dont sept tués, selon des sources locales. Ansar est situé à une quinzaine de kilomètres en ligne droite à l'ouest de Nabatiyé et une trentaine de kilomètres au nord de la frontière.
Selon le président de la municipalité d’Ansar, contacté par L'Orient-Le Jour, outre les sept morts, trois personnes ont été blessées, et le bâtiment visé, constitué de deux étages, abritait deux familles déplacées originaires de Jebchit et de Zebdine, dans le caza de Nabatiyé. Il a affirmé que la zone ciblée était « exclusivement civile », soulignant qu’elle ne contenait « aucun site ni aucune présence militaire ».
Le maire a précisé que quelques habitants d’Ansar, pris de peur, ont quitté le village. Ses propos ont été suivis d'un communiqué de la municipalité condamnant les attaques contre des civils, dénonçant les violations des conventions internationales, et faisant assumer au gouvernement libanais et à la communauté internationale la responsabilité de la sécurité des citoyens du Liban-Sud. Le ministère de la Santé a, pour sa part, confirmé le nombre de morts, précisant dans un communiqué que 3 enfants et 2 femmes figurent parmi les victimes.
L'armée israélienne a revendiqué ces frappes samedi matin, assurant avoir attaqué des infrastructures appartenant au Hezbollah à Nabatiyé et Ansar en réponse à une activité contre les forces israéliennes dans la zone dite de sécurité. « Tsahal a attaqué, au cours de la nuit dernière (vendredi à samedi), des infrastructures appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans les régions de Nabatiyé et Ansar, dans le sud du Liban », a souligné sur X le lieutenant-Colonel Ella Waweya, porte-parole arabophone de l'armée israélienne. « Les frappes ont été menées à la suite d'une activité menée par l'organisation terroriste Hezbollah contre nos forces dans la région des hauteurs de Ali Taher, située à l'intérieur de la zone de sécurité où opèrent les forces de Tsahal », a-t-elle précisé.
De son côté, le président du conseil municipal de Deir Zahrani, Haïdar Toufeyli, a informé notre correspondant Mountasser Abdallah que le raid israélien sur Deir Zahrani (Nabatiyé), mené vers 11h30, a visé un bâtiment résidentiel de deux étages qui a été totalement détruit, sachant qu’un bâtiment voisin est gravement endommagé. Parmi les victimes, un homme et son fils, déplacés de Meis el-Jabal (Marjeyoun) qui se trouvaient dans l'immeuble visé, ainsi que le propriétaire du bien qui avait loué l'appartement à la famille. La quatrième victime est un automobiliste qui passait par là au moment du raid et qui a succombé à ses blessures à la tête. Selon une source locale citée par notre correspondant, l'épouse de l'une des victimes et ses enfants ont survécu par miracle, ayant quitté la maison peu de temps avant la frappe.
Ces bombardements inédits depuis l'entrée en vigueur le 20 juin d'un cessez-le-feu théorique entre le Hezbollah et Israël ont été précédés tout au long de la nuit d'attaques en série, tout au long de la ligne de front.
Parallèlement, l’aviation israélienne a mené plusieurs frappes aux abords de Nabatiyé el-Faouqa, visant le quartier de l’église, les environs de la place et les abords de la « Maison des enseignants ». Un restaurant et plusieurs commerces ont été détruits.
Des bidons d'explosifs sur Ali Taher
Plusieurs frappes ont également visé les collines de Ali Taher, sur lesquelles des bidons d'explosifs ont été largués dans la matinée de samedi. À Meis el Jabal (Marjeyoun) où l'armée intensifie les tirs d'artillerie, ses forces mettent le feu à des habitations. Un drone israélien a de plus largué une bombe assourdissante à proximité d’une pelleteuse aux abords de la localité de Kafra (Bint Jbeil).
Ces attaques ont poussé des dizaines de familles de la ville de Nabatiyé à fuir pendant la nuit en direction de Saïda.
L’armée israélienne a en outre procédé à de nouvelles opérations de dynamitage de maisons à Haddatha (Bint Jbeil), Zaoutar el-Charqiyé (Nabatiyé), Taybé et Deir Seriane (Marjeyoun). Les abords de Aïta el-Jabal ont été aussi soumis à des tirs de mitrailleuses.
Plus tôt, des frappes avaient été menées sur Qantara, dans le caza de Marjeyoun et des tirs d'artillerie ont été signalés sur Wadi Houjeir (Marjeyoun), Dohat Kfarremmane (Nabatiyé) et Mansouri (Tyr).
Dans la soirée de vendredi, des raids aériens avaient été menés sur Mansouri et les abords de Adchit el-Qsair.