LePartisan - 1211 vues
MEDIAS REVUES BLOGS
URL du flux RSS

▸ les 10 dernières parutions

16.10.2026 à 21:31

Palestine gore ou la tentation de l’antidouleur

Myriam Bahaffou
Comme presque tous les matins, le mot « Israël » apparaît dans les articles à la une de mon téléphone. Comme presque tous les matins, je balaye la notification vers « lire plus […]
Texte intégral (1295 mots)

Comme presque tous les matins, le mot « Israël » apparaît dans les articles à la une de mon téléphone. Comme presque tous les matins, je balaye la notification vers « lire plus tard ». Au début : nausée, boule au ventre ; rejet des gros titres, des chiffres, des visages.

Puis, progressivement, ces ­sensations ont été apprivoisées jusqu’à faire maintenant pleinement partie de ma routine matinale, avant la crème hydratante sur le visage et après les cauchemars nocturnes habituels sur la fin du monde. Et pourtant, comme toujours : stress de devoir déballer, à un moment ou un autre, l’information empoisonnée qui m’attend dans l’espace virtuel de mon téléphone. Aujourd’hui, les notifications me font l’effet d’une petite décharge électrique, raide mais rapide. Les mots « Israël » comme « Palestine » ne sont plus, pour moi comme pour beaucoup, des sujets d’information, mais bien des réactions physiologiques presque autonomes : tout se passe comme si j’étais spectatrice des interactions entre le téléphone et mon propre corps. Entre les deux : la douleur.

À l’heure où j’écris ces lignes, plus de mille jours se sont écoulés depuis le début de l’offensive extrême menée par Israël sur Gaza. Cette « guerre », qualifiée de génocide par une commission indépendante de l’Organisation des Nations unies (ONU), dépasse les limites de ce terme. En effet, en grec, genos signifie naissance, race : un géno-cide, c’est le meurtre d’un groupe pris pour cible du fait de son appartenance spécifique à un clan, une race, une nation, une descendance. Or, le régime meurtrier d’Israël se caractérise par une volonté absolue d’éradication qui dépasse largement le « groupe cible ». En visant soldats, civil·es, terres, enfants, femmes, animaux, végétaux, écoles, hôpitaux, en déplaçant et en précarisant humains et autres qu’humains à tour de bras, à l’aide de drones ultra intelligents ou de stratégies d’assiègement qui affament et mutilent, en annexant toujours plus violemment la Cisjordanie, le gouvernement israélien orchestre sous les yeux du monde entier une offensive d’un type entièrement nouveau. Au-delà du génocide des Palestinien·nes, nous assistons à l’extinction d’un type de politique : le respect des accords internationaux, les traités de non-agression, une certaine « éthique de guerre » ont été tués en même temps que les humaines et autres qu’humaines gazaouies. C’est pourquoi, dans la lignée du philosophe martiniquais Malcom Ferdinand et de l’essayiste indien Amitav Gosh, je préfère à ­génocide le terme d’altéricide. La simple existence de l’autre (alter) engendre le refus que cet autre puisse « habiter la Terre. ». Mais, est-on en droit de se demander, qui est précisément cet « Autre » ? L’altéricide crée en fait une totalité floue, indifférenciée, arbitraire. Aujourd’hui, les États complices d’Israël, dont la violence s’étend de l’antiterrorisme étasunien à l’islamophobie québécoise ou française, font des « Arabes » – qu’iels soient désigné·es comme Palestinien·nes, Libanais·es, Iranien·nes ou Nord-Africain∙es – des ennemi∙es de l’Occident moderne.

Résister à l’indifférence

L’influenceuse française Léna Situations pleure la fin de sa série « Les vlogs d’août » devant un stade comble. Les affiches générées par IA envahissent les devantures des restaurants et, progressivement, nos manifs. Alors que la France brûle et que les pauvres crèvent de chaud, Macron annonce le projet d’un parc d’attractions financé par des Saoudiens dont les millions font – momenta­nément – oublier l’arabité. Les gens boivent du matcha, je reprends le sport. Le cynisme politique dans lequel nous vivons est psychiquement insupportable, parce que cette réalité ne peut pas, ne doit pas exister à côté d’un crime organisé d’une telle envergure. La douleur vient, fondamentalement, d’une résistance à l’indifférence.

Reconnaître que la séquence que l’on vit est celle d’un paradigme criminel et gore est, certes, déprimant, mais juste. Je parle de gore à la suite des travauxSayak Valencia, Capitalisme gore, trad. Louise Ibáñez-Drillières, Cambourakis, 2023. de la ­philosophe mexicaine Sayak Valencia, qui analyse la pratique et la mise en spectacle du meurtre, de la torture, du viol, comme des ciments sociaux du néolibé­ralisme. C’est pourquoi être indigné∙e que les « droits humains » des Palestinien∙nes ne soient pas respectés est risible (un rire cynique). Le libéralisme a sanctionné les crimes qui l’arrangeaient, et laissé les autres arroser de sang son « sol fertile des droits universels ». Le crime est tout simplement inhérent au capitalisme, au colonialisme, au patriarcat. Le vol, le viol, l’extorsion, le chantage, la trahison, le meurtre sont intrinsèques à ces organisations sociales, ou devrais-je écrire antisociales, car elles tuent toute possibilité, toute désirabilité de vivre ensemble. C’est précisément là que nos affects éclatent en morceaux : comment dialoguer avec ce qui nie la vie ?


Le crime est tout simplement inhérent au capitalisme, au colonialisme, au patriarcat. Le vol, le viol, l’extorsion, le chantage, la trahison, le meurtre tuent toute possibilité, toute désirabilité de vivre ensemble.



« Dis-moi quel est ton rapport à la douleur, et je te dirai qui tu es » : cette phrase du philosophe allemand Ernst Jünger sonne particulièrement juste à l’heure de l’altéricide contemporain. La notification de mon téléphone, les mots pixélisés et la réalité qu’ils portent ne peuvent qu’être douloureux. Militer est un acte de reconnaissance de cette douleur, et de nos corps sensibles, branchés au monde (même sans téléphone). Faire de la politique depuis l’altéricide, dont la Palestine est l’une des matrices, nous met face à un choix : d’un côté l’anesthésie, moteur du capitalisme analgésique qui nous force au divertissement et à la distraction, au travail ou en famille, pourvu que l’on soit heureux ou heureuses, accompli·es, épanoui·es, pourvu que la douleur soit évacuée. De l’autre, un masochisme mal placé, c’est-à-dire l’absolutisation de cette douleur palestinienne, la diabolisation d’Israël comme un monstre absolu, la réécriture de récits mythiques où nous aurions cette fois le rôle du héros maudit, comme si tout cet épisode géopolitique ne s’inscrivait pas dans un continuum colonial de plusieurs siècles. Le déchaînement de la violence à l’égard des Palestinien∙nes nous rappelle que la douleur est un bon critère de vérité, si elle se présente comme un lien multiple, ouvert, et non comme prétexte d’accaparement d’une « cause » pour mieux éclipser les conditions qui la permettent. À nous dès lors de refuser l’analgésie et les antidouleurs, de savoir faire face à l’insup­portable, pour, peut-être, faire naître le désirable. •

13.10.2026 à 11:51

Tal Madesta : « Il y a une queerness fondamentale dans les judéités »

Malwenn Cailliau
Pourquoi ce choix d’analyser l’entremêlement des expériences juives, décoloniales et queers ? TAL MADESTA J’ai plongé dans ma judéité au moment où j’ai commencé ma transition de genre : ma […]
Texte intégral (636 mots)

Pourquoi ce choix d’analyser l’entremêlement des expériences juives, décoloniales et queers ?

TAL MADESTA J’ai plongé dans ma judéité au moment où j’ai commencé ma transition de genre : ma judéité et ma transidentité ont été des lieux jumeaux d’insoumission. J’ai également été marqué par le fait que, parmi les Juif·ves les plus engagé·es pour la libération de la Palestine, beaucoup sont queers. J’ai donc voulu explorer les liens entre queerness, judéités et lutte contre les nationalismes coloniaux. C’est un sujet crucial dans le contexte du génocide à Gaza – et de la montée en force des fascismes partout dans le monde.

Qu’avez-vous découvert en écrivant cet ouvrage ?

TAL MADESTA Il y a une queerness fondamentale dans les judéités, une déviance ancienne aux normes de genre blanches. J’ai découvert plein de manières dont les communautés juives ont, au fil de leur histoire, accueilli les personnes trans. Ainsi, en 1896, à Izmir, dans l’actuelle Turquie, un rabbin ottoman a établi ce qu’il faut faire en cas de divorce entre un homme cis et un homme trans qui aurait transitionné après le mariage !

L’État d’Israël, par la colonisation, le génocide et l’apartheid au nom des Juif·ves, a créé un rapport militarisé au genre, où queerphobie et colonialisme se répondent. Cette double police – des corps et des frontières – est un fait historique ancien. Dans Mauvaises Graines, je raconte l’histoire de Jacob Israël de Haan, poète et journaliste gay néerlandais installé en Palestine mandataire en 1919, qui documente le racisme anti-Arabes des premiers sionistes, et finit assassiné en 1924 par l’ancêtre de l’armée israélienne.


« Je suis né juif et j’ai grandi trans »

Tal Madesta


Pourquoi le titre Mauvaises Graines ?

TAL MADESTA Il renvoie à l’histoire des Juif·ves, souvent envisagé·es comme des herbes indésirables par les États dans lesquels elles et ils vivent. De la même manière, les queers sont des mauvaises graines qui troublent l’ordre sexuel et familial. Enfin, les mouvements décoloniaux sont fortement criminalisés parce qu’ils perturbent le pouvoir politique. Mais ces mauvaises graines résistent et portent en elles une puissance de transformation immense.

Quel est le message principal porté par cet essai ?

TAL MADESTA Je suis désespéré par l’instrumentalisation de l’antisémitisme et la manière dont elle impacte les personnes juives françaises. Ce matraquage constant,

tout comme le soutien croissant de la diaspora à l’État israélien, nous isole et nous fait peu à peu oublier notre histoire. Par ce livre, j’aimerais montrer qu’une autre voie est possible, qui ne passerait pas par le nationalisme meurtrier, mais par la reconnexion à notre queerness juive qui n’a que faire des frontières et de l’assimilation à la blanchité.

09.10.2026 à 12:41

La Déferlante recrute un·e stagiaire communication et marketing — 6 mois

La Déferlante
La Déferlante est un média féministe composé d’une revue trimestrielle, une maison d’édition, une newsletter hebdomadaire et proposant de nombreux évènement. Indépendant et sans publicité, notre média donne la parole […]
Texte intégral (560 mots)

La Déferlante est un média féministe composé d’une revue trimestrielle, une maison d’édition, une newsletter hebdomadaire et proposant de nombreux évènement. Indépendant et sans publicité, notre média donne la parole aux femmes, aux minorités de genre et plus largement à toutes les personnes victimes d’oppressions systémiques pour visibiliser leurs vécus et leurs combats.

Au sein de l’équipe communication et marketing et accompagné·e par la responsable responsable et par la responsable communication et relation libraires, vous participerez à la mise en avant de la revue et de la maison d’édition.

VOS MISSIONS

Participation au pilotage de campagnes marketing : 

  • Participer à la conception, au suivi et à l’optimisation des campagnes marketing pour la revue et les sorties de la maison d’édition.
  • Rédaction d’emailings et d’encarts marketing pour promouvoir les contenus éditoriaux.
  • Participation active à l’animation des temps forts marketing (campagne de fin d’année, offres flashs…)

Communication RS : 

  • Participer à l’élaboration de la stratégie social media
  • Créer du contenu à destination des réseaux sociaux (rédaction et pilotage de

créations visuelles)

  • Animer/modérer les réseaux de La Déferlante
  • Suivre et analyser les performances 
  • Détecter et recruter des ambassadrices/influenceuses
  • Être force de proposition pour améliorer l’audience de La Déferlante sur les RS

Édition numérique : 

  • Participation à la mise en ligne des articles des numéros et de la newsletter.
  • Aide à la mise en ligne des anciens numéros.

Service client : 

  • Suivi des demandes des client·es avec notre prestataire de service clientèle.

Profil recherché : 

  • De formation supérieure Bac +4 / 5 en communication et/ou marketing.
  • Vous êtes sensible aux valeurs de La Déferlante (respect, partage/échange, confiance, bienveillance, simplicité, indépendance)
  • Vous êtes force de proposition
  • La connaissance de WordPress serait un plus.

CONDITIONS

  • Poste à pourvoir à partir du 1er novembre 2026
  • Stage de 6 mois
  • Rémunération au delà du minimum légal ( + 630 euros bruts) 
  • Prise en charge du Pass Navigo à 50 %
  • Poste basé dans le 11e arrondissement de Paris.
  • Télétravail ponctuel possible

COMMENT POSTULER

Merci d’envoyer votre CV et votre lettre de motivation (les deux éléments sont obligatoires) au format PDF à recrutement@revueladeferlante.fr

Objet du mail : Stage communication et marketing

La date limite de dépôt des candidatures est le 25 octobre à minuit.

9 / 10

 

  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time France
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
✝ Période
 
  ARTS
Actualitté
Autre Quotidien (L')
Beaux Arts
Collateral
Recours au poème
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Goodtech.info
Libre à lire (April)
Quadrature du Net
Revue Eur. Médias et Numérique
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌞