27.07.2026 à 11:09
Mayara Ferrão : un album de désoubli généré par IA
Texte intégral (1108 mots)
Sur les images de Mayara Ferrão, les femmes noires ou autochtones s’embrassent, se marient entre elles, élèvent des enfants ou posent pour des portraits de famille. Des scènes de vie lesbiennes qui semblent se dérouler dans le Brésil esclavagiste du XIXe siècle.
D’abord publiées sur son compte Instagram en 2024, puis exposées aux Rencontres de la photographie d’Arles à l’été 2025, ces « clichés » montrent des événements qui n’ont en réalité jamais existé.
Née en 1992 au Brésil, cette artiste visuelle, photographe et directrice artistique travaille à la croisée des archives, de la photographie et de l’intelligence artificielle (IA). Dans son Album de désoubli, elle comble les lacunes de l’iconographie dominante et rend leur place à des moments qui ont pu avoir lieu mais n’ont pas été photographiés ou dont les traces n’ont pas été conservées.
Pour les rendre visibles, Mayara Ferrão se heurte d’abord aux limites de l’intelligence artificielle. Les scènes qu’elle cherche à produire – des femmes noires heureuses, amoureuses ou entourées de leur famille – sont largement absentes des bases de données qui nourrissent les algorithmes. Faute de références, ces derniers peinent à les fabriquer. L’artiste entreprend alors son propre travail de « création d’archives ». Elle rassemble des références visuelles de femmes noires et autochtones, étudie les photographies du XIXe siècle et rédige des requêtes extrêmement précises décrivant les corps, les vêtements, la lumière ou encore les cadrages.
C’est grâce à ce travail conjugué de recherche documentaire et d’entraînement d’une IA qu’elle parvient à faire émerger des histoires absentes des archives. « Que ces scènes aient eu lieu ou non, ce n’est pas la question, écrit-elle sur un des cartels qui accompagnaient son travail à Arles. Le pouvoir de l’imagination suffit à les justifier. »
En regardant ces images, on comprend que l’enjeu n’est pas de produire de faux souvenirs mais d’élargir nos représentations et d’enrichir notre imaginaire collectif. De donner une visibilité à des vies que l’histoire a effacées. Et de rappeler qu’un vide dans les archives n’est jamais la preuve que des vies n’ont pas existé.







