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08.04.2026 à 10:57

Le nouveau maire Cazenave annonce de nouvelles mesures sécuritaires pour Bordeaux

dev

Un commissariat repeint en rose pour l'occasion

- 7 avril / , ,
Texte intégral (620 mots)

Thomas Cazenave, ancien ministre et député macroniste est désormais le nouveau maire de Bordeaux. Ses fonctions à peine prises, il a convié ce 2 avril pas moins de trois ministres (Françoise Gatel, Laurent Nuñez & Sébastien Lecornu) afin d'annoncer des mesures sécuritaires locales. Cela ne fut néanmoins pas du goût de tout le monde : un commissariat a été repeint en rose pour l'occasion. Des habitants nous ont transmis une revendication et quelques photos qui ne semblent pas avoir été générés par l'IA.

Aujourd'hui, 2 avril 2026, Bordeaux a la tristesse de voir ses rues occupées. Des flics, des flics, des flics. Tout ça parce que Cazenave veut faire sa meilleure démonstration de force avec ses potes Lecornu et Nuñez.

C'est marrant, on pourrait se dire que si on a besoin d'être escorté par autant de mecs armés, c'est qu'on est pas serein. Ils ont peur de quoi ? Que ressortent au grand jour toutes les casseroles au cul qu'ils ont, eux et un nombre non négligeable de leurs collègues de partis, malgré une justice, largement docile et partisane. Certains n'hésitent pas à dire que les vrais voyous sont en costard, c'est difficile de leur donner tort.

Il est temps de leur montrer que dans le fond, malgré les millions dépensés en médias toujours plus d'extrême droite afin d'abrutir la population et la diviser en 2, en 4, en 1000, la sécurité n'est pas tant la préoccupation principale des gens, en tout cas, moins que les salaires minables, le système de santé et d'éducation qui fait pitié, le prix à la pompe qui nous ruine, la soumission à un ordre géopolitique qui justifie la spoliation, la colonisation et les génocides.

Non, à Bordeaux on ne veut pas plus de flics, pas plus de comico, pas plus de caméras. On n'en peut plus d'assister à des contrôles au faciès H24 OKLM et à des arrestations méga violentes de gens à la rue qui galèrent. On n'en peut plus de vivre dans une société de contrôle où il faut badger, signer, s'authentifier, s'identifier, se soumettre à un ordre qui détruit nos vies et la planète.

Plus que jamais, nous devons apprendre à vivre sans keuf, à comprendre qu'ils apportent plus de merde et de violence qu'autre chose, à résoudre les conflits collectivement, à communiquer, se comprendre, se défendre même. À ne rien lâcher sur les agressions sexuelles, sur les attaques racistes, à prendre de front et par le bas le problème des inégalités sociales qui ravagent notre ville.

Bordeaux a une âme rebelle qui du Bordeluche à ses caves rock, du quartier Saint-Michel au port de Bacalan, des Gilets Jaunes aux occupations de facs, a toujours résisté à ces bourgeois qui cherchent à mettre le peuple au pas. Votre comico on l'a souillé pour vous montrez le dégout que vous nous inspirez. Vous pourrez toujours bomber le torse escortés par vos milices, mais ici c'est chez nous et ça le restera.

08.04.2026 à 10:48

Ni furie ni martyr

dev

« Opération "Furie épique" et drones-martyrs Shahed, une même violence mythique se réinscrit ainsi dans la langue des machines »
[Cinétract]

- 7 avril / , ,
Lire plus (191 mots)

Nous recevons et diffusons ce petit cinétract qui expose les soubassements mythologiques tant de l'opération « Furie épique » que des drones-martyrs Shahed iraniens.

La violence guerrière ne veut pas seulement être efficace, elle veut aussi être mythologique et esthétique. Derrière le drone Shahed l'horizon du témoin martyr, derrière la furie épique, le vieux désir de rejoindre la fureur d'Achille. Le drone Shahed et le nom Furie épique indiquent chacun dans une tradition différente que la guerre contemporaine ne cesse de réactiver des formes archaïques de légitimation symbolique. Une même violence mythique se réinscrit ainsi dans la langue des machines.

08.04.2026 à 10:39

De l'Estaque à Gaza

dev

Entretien avec deux participants à la flottille partie le 4 avril

- 7 avril / , ,
Texte intégral (5077 mots)

Le 4 avril une nouvelle flottille a pris la mer pour Gaza depuis Marseille. La Grappe s'est entretenu avec deux participants avant leur départ. Ils reviennent sur l'auto-organisation de la flottille, la solidarité extrêmement puissante qui opère à l'Estaque et dans la cité phocéenne en général, ainsi que sur les stratégies et les objectifs politiques de ce nouveau convoi.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?
R : Je m'appelle Romy, je suis étudiante et je fais partie de la Coordination française de Thousand Madleens to Gaza. T : Je m'appelle Tino, j'ai 29 ans, je suis militant politique depuis plusieurs années et je suis engagé dans l'orga de Thousand Madleens to Gaza. Je suis un des coordinateurs du Pôle Navigation France.
Vous faites partie de Thousand Madleens to Gaza. Pouvez-vous rappeler ce que c'est ainsi que son origine ?
R : Thousand Madleens to Gaza est un mouvement citoyen, populaire, beaucoup porté par la jeunesse, qui prépare des flottilles qui partent ou qui vont partir d'ici quelques jours en direction de Gaza. Les flottilles s'ancrent dans une histoire de solidarité avec la Palestine qui est très longue. Historiquement, beaucoup d'initiatives de soutien ont été testées, notamment au début des années 90 et des années 2000. Il y a eu des grandes marches qui ont tenté d'aller jusqu'à Gaza, il y a eu beaucoup de solidarité paysanne aussi pour protéger les terres des attaques de colons. À partir de 2008, plusieurs flottilles se sont lancées, avec une première flottille en 2008 qui a réussi à atteindre les terres de Gaza. De cette première expérience est née la Freedom Flotilla Coalition qui envoie une deuxième vague de bateaux en 2010, durant laquelle 10 de nos camarades turcs se font tuer par Israël. Après ça, il y a eu plus de 35 vagues de bateaux qui sont parties en direction de Gaza. Au moment de l'intensification du génocide, du vol des terres et de la maltraitance des palestiniens et des palestiniennes à Gaza, au retour de la Madleen, ce bateau sur lequel il y avait Rima Hassaan et Greta Thunberg, il y a eu une envie d'amplifier le mouvement. C'est parti d'un post sur Instagram qui disait « Ils peuvent arrêter un bateau, mais que se passe-t-il si on en envoie plus ? ». C'est de cette phrase qu'est né notre mouvement, Thousand Madleens to Gaza, qui dit qu'on envoie des milliers de Madleen vers Gaza. On a commencé à préparer ça, avec les mouvements historiques que sont la Freedom Flotilla Coalition qui est là depuis un moment et la Global Sumud Flotilla, qui est une coalition de différents mouvements. Les flottilles, c'est une action internationale qui permet de parler de la Palestine et qui est un mouvement de solidarité conséquent. C'est du quasiment jamais vu des actions à cette échelle et à cette ampleur. Là, on prépare une nouvelle vague de bateaux. C'est assez historique, car là l'entièreté des sept mouvements de flottilles s'allient pour préparer celle-là.
Cette nouvelle vague de flottilles, comment s'est-elle lancée concrètement à l'Estaque ?
T : Elle s'est lancée en octobre quand les camarades de la première vague étaient dans les geôles israéliennes. Il y a eu un sentiment d'urgence, un sentiment d'impuissance très difficile et la flottille est un moyen qui permet de collectivement sortir de cette impuissance. Même sans fantasmer l'impact que l'on peut avoir et en restant humble, c'est tout de même un objet matériel, les bateaux à envoyer, et qui permettent d'avoir de la prise sur ce qu'il se passe. Il y a cinq mois, il y a donc eu une volonté urgente de relancer une vague. Pour la préparation des bateaux, on a d'abord été à Port Saint-Louis du Rhône. C'est le plus grand port à sec d'Europe, c'est une espèce de forêt de bateaux hors de l'eau. Nous sommes allé-es là-bas, car on savait qu'il y aurait beaucoup d'opportunités d'achat. Nous fonctionnons avec des budgets très serrés et donc il nous fallait un endroit où nous pourrions préparer plusieurs bateaux. Nous avons passé l'hiver là bas et au moment où nous avions une dizaine de bateaux et que ça continuait à grossir, nous avons eu le besoin logistique d'avoir un endroit où rassembler tous les bateaux pour continuer à les préparer, une base logistique dans laquelle on puisse accueillir les gens qui viennent nous aider et où on peut mutualiser le matériel et ne pas avoir les bateaux éparpillés à droite à gauche. Il se trouve que nous avions un bateau au-dessus de Port de Corbières ici et en se baladant, nous avons vu ce trou dans le mur par lequel on rentre aujourd'hui sur le chantier. Il y avait une immense zone vide avec un quai à l'abandon, des hangars et nous nous sommes proposés d'amener les bateaux là bas. Nous avons d'abord fait une demande au Grand Port Maritime de Marseille qui est le gestionnaire des lieux ici qui n'a pas donné de réponse, alors nous nous sommes installé-es avant de demander ensuite, ce qui marche souvent un peu mieux. Nous avons d'abord ramené quelques bateaux puis jusqu'à une dizaine au début.

L'accueil que nous avons eu dès le début était assez incroyable. Nous partions de quelque chose d'assez solitaire cet hiver, assez glauque, dans le froid à Port Saint-Louis du Rhône, un chantier à sec peu vivant avec les bateaux hors de l'eau. Alors qu'ici, dès que nous avons commencé à mettre les bateaux à l'eau contre le quai, les pêcheur.euse.s qui étaient à coté sont venus nous voir, nous ont donné du poisson, de l'argent, nous ont dit être très touché-es par ce que l'on faisait quand on leur a expliqué que c'était la préparation de la flottille pour Gaza. Il y a par exemple un pêcheur qui vient souvent ici, qui est à la CGT et qui, dès que l'on a besoin de quelque chose, nous le ramène, des camions de palettes, des tôles… Il a pas mal de contacts et nous a permis de rencontrer beaucoup de monde. C'est très touchant de voir que beaucoup de gens peuvent se saisir de l'objet flottille que nous étions en train de préparer de notre côté. C'est passé de quelque chose de militant à une chose beaucoup plus à tout le monde.
C'était un pari politique qui était dur à prendre, nous avons mis du temps à nous décider ; c'était une occupation sans droit ni titre, il y avait donc un risque d'expulsion, nous ne pouvions pas nous permettre de mettre en danger les bateaux pour la flottille, mais en même temps nous avions besoin du lieu et nous pensions qu'il y avait quelque chose à jouer. Nous savions que Marseille était une ville particulière, c'est une ville tournée vers la Méditerranée, une ville de marins. Avec le mélange de l'identité marseillaise, de la culture de la solidarité de la mer, qui se ressent d'ailleurs dans la force des luttes en soutien à la Palestine, le nombre de collectifs impliqués dedans, nous savions que nous n'arrivions pas au milieu de nulle part. Malgré tout, ça a pris largement au-delà de nos attentes et nous avons été très touché-es par la quantité et la diversité de personnes qui sont venu-es soutenir.
Ici ça fait 13 000 mètres carrés, c'est un endroit qui est abandonné depuis plus d'une trentaine d'années. Il y a des quais, un énorme terre-plein central et des hangars partout. Comme c'est abandonné, c'était recouvert de déchets, donc on a fait un gros travail de nettoyage. C'était un lieu qui avait des usages avant, le trou dans le mur ce n'est pas nous qui l'avons fait, il était là avant. Des gens venaient se baigner, jouer à la pétanque, faire des barbecues, pêcher. Il faut savoir que c'est un enjeu le droit à la mer dans les quartiers nord de Marseille, il n'y a que la plage des Corbières, au-dessus d'ici, qui est une plage pas immense et peu accessible qui donne vraiment accès à la mer, sinon les gens galèrent. Il y a donc ici un espace immense abandonné, délaissé, sale, où les gens viennent profiter de la mer de manière pirate. Nous avons essayé de faire du lien directement entre l'usage que nous faisions de la mer en tant que flottille et l'accès, le droit à la mer pour les habitant.e.s.
C'est un lien qui a assez bien fonctionné, qui nous a permis de rencontrer plusieurs collectifs. À Marseille il y a notamment ce que l'on appelle les CIQ, les Comités d'Intérêt de Quartier, il y en a une cinquantaine dans la ville. Ce sont des associations d'habitant-es de quartier, qui ne sont pas toujours réactionnaires, mais au moins un peu conservatrices. C'est souvent des des retraité-es, qui ne font pas de politique au-delà de leurs 10 000 mètres carrés de quartier. Par exemple, le CIQ de l'Estaque-Riaux qui est celui le plus proche, nous a soutenu en disant qu'iels ne se prononçaient pas sur le fait que nous allions à Gaza car iels ne feraient pas de politique, mais trouvaient ça bien que nous faisions vivre l'endroit. Tout ça donne une diversité et une quantité de soutiens assez folles.
C'est quelque chose qui est plutôt marquant en passant les journées ici. Dans cette zone qui a l'air abandonnée, il y a toujours différents usages, il y a toujours des gens qui viennent pêcher, regarder ce qui se passe, s'intéresser aux travaux en cours ; quand on est en cuisine, toute la journée il y a des gens qui viennent apporter des provisions selon ce qu'iels peuvent emmener. Il y a un flux incessant de dons, de vêtements, de médicaments, de provisions…

L'Estaque, c'est une petite ville dont on n'entend pas souvent parler, comment ça s'est organisé au niveau du quartier ?
T : L'Estaque, ça fait partie de la commune de Marseille, mais c'est sûr que c'est un peu loin, faut prendre le bus 35 pour y aller, c'est un peu le bout du monde, on en n'entend pas parler, mais c'est quand même un endroit portuaire qui possède une tradition ouvrière de dockers, de pêcheurs. Partout à Marseille il y a eu des vagues successives d'immigration qui ont forgé l'identité locale. C'était important pour nous de ne pas être dans une gestion coloniale de l'endroit, en décidant que l'on en prenait la possession et excluait toutes les personnes qui avaient l'habitude de s'en servir, même si on avait un enjeu sur la sécurité physique des bateaux, qui était une préoccupation importante pour nous, nous avons fait autrement pour nous en assurer. Concernant les gens qui passent, le premier soir où on a amené des bateaux ici, c'était un samedi, on était quelques personnes et deux personnes que nous ne connaissions pas sont venues à notre rencontre, cherchant la flottille pour Gaza et nous amenant une énorme cagette de sandwichs de récup. Depuis, chaque jour, des gens passent apporter des choses. Il y a des réseaux d'habitant.e.s qui se sont organisés de manière un peu informelle. Aujourd'hui on est très bien installé-es, c'est quasi le luxe pour une occupation, mais au début on n'avait pas de cuisine, pas d'électricité, pas d'eau, pas de table, rien, il y avait juste les bateaux, alors nous avons lancé une première initiative pour que les gens puissent nous apporter à manger. Et pendant les deux premières semaines, on avait des livraisons de repas quotidiennes, des gens cuisinaient pour une trentaine et nous l'apportaient. C'était un peu une première initiative qui s'est ensuite structurée politiquement par la suite. Des habitant-es engagé-es dans le quartier depuis un moment ont lancé un collectif d'habitant-es et à la première réunion, qui a eu lieu il y a une dizaine de jours, se sont retrouvées plus de 60 personnes. C'est très impressionnant que ça se passe comme ça à l'échelle d'un quartier. Certes, il y a les bases matérielles pour que ça existe, le mélange d'une identité de quartier, d'un contexte, mais je pense que le fait que les bateaux soient là a une puissance symbolique assez importante, c'est très fort pour les gens de se sentir participer à quelque chose de concret. C'est ça qui fait que le quartier se mobilise beaucoup à mon sens. Aujourd'hui iels s'auto-organisent, nous n'avons plus besoin de coordonner quoi que ce soit avec elleux. Iels ont fait un atelier banderole, ont mis des banderoles partout dans l'Estaque, là iels sont en train de s'organiser pour la manifestation de samedi 28 mars, iels s'organisent pour la collecte de récupération et nous l'amener, leur aide est très précieuse. Au début nous voulions partir du centre de Marseille pour faire la plus grande manifestation possible, mais comme c'est l'Estaque qui nous a aidé, nous partirons d'ici, tout le monde a développé un amour assez incroyable pour ce quartier.
Vous le disiez, il y a beaucoup de monde différent ici, il y a des gens qui parlent des langues différentes. Comment ça se passe au niveau de l'organisation collective ?
R : Les flotilles se sont vraiment beaucoup développées en France, mais on a plein de gens qui sont de différents continents ici. On a un groupe qui vient de Corée du Sud, on a des camarades italien.ne.s, du Danemark, d'Espagne, c'est réellement divers et donc oui ça parle plein de langues. On fait des traductions pour des moments en grand groupe. Sinon sur les chantiers, même si on ne parle pas la même langue, on se comprend malgré tout ! Cela crée des beaux moments et on est lié grâce à des pratiques de luttes et des références communes. C'est quelque chose d'important pour nous parce qu'on construit des réseaux de gens qui sont prêts à se battre pour les droits, leur dignité et ce, partout dans le monde. Ça transpire ici et pour beaucoup, ce qui se passe ici donne énormément de sens.
En parlant de sens, comment définissez-vous les objectifs politiques de cette flotille ?
R : Cette mission, tout le monde peut se l'approprier et chacun a sa vision et c'est très chouette, mais on a quand même des lignes qui sont assez importantes pour nous. La première chose, c'est que l'on n'est pas une flottille humanitaire, mais politique. Notre but n'est pas d'apporter de l'aide humanitaire, mais de faire en sorte que les palestiniens et les palestiniennes n'aient plus besoin d'aide. L'aide ne nous permet pas de changer la situation. Malheureusement, cette situation, elle est arrivée là politiquement, elle a été choisie, décidée consciemment par des États, notamment par l'État israélien et par les forces sionistes sur cette terre. Il y a besoin de lutter contre ce système-là, qui oppresse les palestiniens et les palestiniennes, mais qui plus largement est un système impérialiste, un système colonialiste qu'il faut combattre. Notre flottille est internationaliste, c'est à dire que là elle est concentrée sur la question palestinienne mais, parce qu'on est un mouvement de jeunesse, on cherche aussi à politiser la jeunesse sur ce que c'est que l'impérialisme, le colonialisme et contre qui on se bat. C'est un système global et on ne peut pas déconnecter la question palestinienne des autres guerres coloniales et impérialistes qui ont lieu actuellement, c'est aussi pour cela que l'on a appelé à la solidarité et à des actions en soutien aux autres peuples qui se font opprimer, que ça passe du Liban, à la Syrie, au Congo, au Soudan ou encore à Cuba aujourd'hui. C'est une chose très importante pour nous. Sur le fait que l'on n'est pas une flottille humanitaire mais politique, on a bien de l'aide sur nos bateaux, mais cette aide ce n'est pas de l'aide humanitaire. C'est du matériel pour permettre la reconstruction de Gaza. Chacun des bateaux a une thématique. Par exemple, il y a des thématiques agricoles, de pêche, pour les femmes, les enfants, l'éducation. Il y a plein de thématiques comme celles-ci. Par exemple, sur le bateau agricole, on ne va pas mettre des boîtes de conserve, mais bien des graines, des systèmes d'irrigation. C'est du matériel qui nous a été demandé par des gazaoui-es, qui nous ont fait des listes de leurs besoins. Même chose pour le bateau de pêche, on ne va pas mettre du thon en boîte, mais du matériel qui va permettre de réparer les bateaux qui se font systématiquement viser et détruire par les milices israéliennes. Une autre chose qui est importante pour nous, c'est que par le passé, les flottilles partaient dans des périodes où la Palestine était un sujet majeur. Aujourd'hui après le cessez-le-feu (cette belle manigance médiatique du gouvernement israélien d'imposer un cessez-le-feu unilatéral c'est-à-dire, en demandant aux autres d'arrêter d'attaquer, mais eux ne s'arrêtent jamais de tirer, et pire, continuent la colonisation à vitesse grand V ou même aujourd'hui légalement avec de « Conseil de la Paix » géré par des fascistes qui dit légalement que Gaza et la Palestine sont sous tutelle), il y a eu un sentiment, une impression massive que la situation palestinienne s'améliore. Or, c'est tout le contraire qui est en train de se passer. Du coup la mobilisation populaire est moins forte sur la question palestinienne, malgré le fait que le peuple soit avec la Palestine alors que nos médias ne le sont pas. C'est donc un enjeu de cette prochaine vague, que ce soit non pas les flottilles qui s'ajoutent sur une vague médiatique déjà présente, mais la flottille qui essaie de lancer une vague de mobilisation, d'actions, une vague politique et médiatique en faveur des peuples libres et pour la Palestine.
Sur la dernière flottille, il y avait des célébrités, des personnes assez connues et reconnues sur chaque bateau. C'était une manière de visibiliser, mais aussi de protéger. Là je ne crois pas que ce soit le cas.
T : Nous avons essayé de faire en sorte que ce soit le cas, mais nous avons eu plus de mal à recruter que sur la première flottille. Nous nous sommes dit que c'était quand même important qu'il y ait une diversité de secteurs professionnels, de différentes parties de la société représentées, pour que chacun-e puisse s'identifier à cette flottille. Malgré tout, même si on n'avait pas prévu de député-es au début, on s'est dit que vue la situation, avoir des gens qui avaient une forme d'immunité diplomatique c'était quand même assez important. L'autre point qui est assez essentiel, c'est que ce qui nous protège c'est la mobilisation à terre et c'est sur ça que nous travaillons beaucoup en ce moment. Il n'y a rien d'autre qui nous protégera qu'un rapport de force indirect avec le bloc occidental impérialiste au sens large. Les débats stratégiques portent beaucoup là-dessus.
Tino, tu fais partie des personnes qui vont partir en bateau. Est-ce que tu veux dire un mot là dessus, comment tu te prépares, comment tu vois les choses ?
T : C'est un peu dur à dire, on a un peu la tête dans le guidon depuis plusieurs mois donc forcément ça s'accélère. Le contexte international s'est durci, la guerre s'est étendue, ce n'est pas évident. Nous n'avons pas de garantie de comment on va être capable de s'assurer de la sécurité des gens à bord. Je fais partie des gens de la coordination, il y a quand même une place de pouvoir. C'est nous qui avons la responsabilité de donner le top départ à la mission et d'engager par conséquent la sécurité de plein de personnes à bord, c'est quelque chose qui est assez présent. Moi pour l'instant je n'ai pas de peur, car nous sommes encore loin. Il y a encore plein d'étapes avant d'arriver jusqu'à Gaza. Ce qui n'est pas facile, c'est la tristesse de dire au revoir à mes proches. Le risque de mort n'est pas énorme, mais nous ne pouvons quand même pas garantir que personne ne mourra pendant la mission, donc au moment de leur dire au revoir, c'est compliqué de ne pas pouvoir rassurer ses proches que l'on reviendra à 100 %. Malgré tout, c'est parce que les conditions se sont durcies qu'il y a une urgence à partir. Nous sommes toujours convaincu-es par ce que l'on fait. Ça fait cinq mois que nous le préparons, nous avons hâte aussi que ça puisse arriver. L'urgence à Gaza, elle est permanente… Il y a un mélange de nécessité, de conviction politique et en même temps, d'inquiétude et de tristesse, pour nous et pour celleux que l'on laisse ici.
Il y a une vingtaine de bateaux qui partent de Marseille, est-ce que ça part d'autres pays ?
R : Oui tout à fait, il y aura différents départs. Notamment un depuis Barcelone. L'idée, c'est de se rejoindre en Méditerranée pour regrouper une centaine de bateaux afin d'atteindre Gaza.
C'est assez engageant comme type d'action que de partir sur un bateau pour Gaza. Tout le monde n'est pas formé à ce type de traversée. Comment les gens se forment en express à cet objectif ?
T : Nous, on ne forme pas des marins. Les marins sont déjà formés. On ne va pas former des marins pour une mission d'une semaine, une mission qui est difficile en termes de navigation. Traverser la méditerranée, ce n'est pas facile, c'est une mer assez changeante, il y a des conditions de vent qui sont parfois difficiles. Malgré tout, on a une formation de sécurité sur la voile pour que les gens à bord qui ne sont pas marins ne se blessent pas et ne fassent pas de grosses erreurs, et il y a tout un aspect de vie à bord, de prévention de VSS, de comment on fait à manger dans un bateau, etc. Il y a aussi un esprit de formation politique, c'est-à-dire, qu'on estime que chaque personne qui part doit pouvoir être porte-parole de la mission, donc il y a des formations antiracistes, etc. Il y a aussi des formations plus spécifiques à la mission : comment se sont passées les dernières arrestations, comment les forces israéliennes arraisonnent les bateaux, qu'est-ce qui peut se passer, la résistance en prison, etc.

R : Je trouve que c'est important de dire que ce n'est pas tant le physique qui compte, mais plutôt le mental, car c'est ça qui nous fait tenir collectivement. Lors des dernières mises en prison, c'est le fait d'être à plusieurs qui a fait tenir les gens.

Il y a une question un peu difficile à poser, mais on l'a quand même beaucoup en tête ces jours-ci, donc elle reste intéressante, c'est que les bateaux partent avec des ressources, du soutien, de l'aide… Il y a eu aussi une forte levée de fonds pour acheter ces bateaux, il y a eu beaucoup d'énergie qui a été investie. Vu les dernières flottilles, c'est très probable que ça soit l'État israélien qui intercepte le tout. Comment vous faites avec cette possibilité ?
T : Déjà si ces ressources et ces bateaux n'arrivent pas, c'est avant tout la responsabilité de l'État israélien. Il ne faut pas inverser la responsabilité et dire que c'est nous qui sommes responsables de perdre ces ressources et ces bateaux qui n'arrivent pas au bout. Malgré cela, effectivement on prend ce genre de risques. On sait aussi que les gazaouï-es auraient besoin que les ressources arrivent par d'autres moyens. On a fait un fonctionnement à l'économie on a dépensé au maximum 25 000 euros par bateau. Pour les gens qui ne connaissent pas, ça paraît énorme, mais en réalité c'est le quart du prix réel que ça représenterait d'avoir ce type de bateau, capable de faire la navigation que l'on fait. Nous bricolons quasiment tout, nous n'achetons quasiment rien, nous faisons que de la récupération. Par rapport à d'autres mouvements de flottilles qui fonctionnent différemment, qui dépensent des millions d'euros, nous c'est une mission qui sera à moins de 500 000 euros, pour vingt bateaux. Ça peut paraître un gros chiffre comme ça, mais ça ne représente même pas 0,1% de ce qui est estimé comme besoin humanitaire à Gaza. C'est une grosse somme pour le milieu militant, mais c'est une petite somme pour de l'aide humanitaire et la politique internationale.
La date de départ de la flottille est fixée, c'est le 4 avril. Vous pouvez nous dire ce qu'il va se passer ce jour-là ?
T : C'est encore en cours de construction, mais ça sera le départ international de Thousand Madleen to Gaza. Il y a des délégations de plusieurs pays qui sont déjà là et qui continuent d'arriver. On se donne rendez-vous le matin à 10h. Normalement on fera une petite conférence de presse ici, puis il y aura un geste collectif symbolique. Les habitant.e.s d'ici viendront et on pourra accrocher les faveurs sur les bateaux. Les faveurs ce sont des petits bouts de tissus que l'on met sur les haubans des bateaux, qui sont décoratifs et symboliques, mais qui permettent aussi d'indiquer le sens du vent, ce qui est pratique quand tu es à la barre. On pourra mettre des petits mots dessus pour pouvoir amener un message pour la flottille et jusqu'à Gaza. Il y aura d'autres animations, ensuite on prendra les bateaux et on les amènera jusqu'au MUCEM. Il y a un endroit qui s'appelle le J4, qui est une grande esplanade, là on fera une manifestation-meeting avec des prises de parole des organisations qui nous soutiennent, des personnalités publiques pour donner le plus de visibilité possible au départ. Là-bas, on essaiera de faire un autre geste collectif, un lâché de bateaux en papier ou une parade navale par exemple. Et en fin d'après-midi nous partirons pour la traversée jusqu'à notre premier point d'étape.
Comment, sans être sur place, on peut soutenir la dynamique ?
R : L'un des enjeux, c'est déjà de suivre ce qui se passe, communiquer autour de ça. Il y a un film qui est sorti : « Thousand madeleen to Gaza » et c'est très chouette de pouvoir le projeter pour parler de ce qu'il se passe. Enfin, les mobilisations à terre sont probablement les actions les plus importantes. Tout ce qui peut enrayer le génocide en cours est bénéfique. Il faut rappeler que les armes qui sont vendues, ce sont nos industries en Europe qui les produisent et donc c'est cela aussi qu'il faut être en capacité de bloquer. T : On est en train de lancer une grande campagne, en France et peut-être à l'international pour pouvoir faire de grandes assemblées populaires et décentralisées, pour pouvoir avoir un site avec une cartographie, des outils, qui permettent, le temps de la flottille, que dans chaque ville, des assemblées hebdomadaires se réunissent et agglomèrent des collectifs, des organisations politiques, des individus et qui puissent suivre ensemble la flottille et ainsi, monter des mobilisations en soutien.
Merci beaucoup et belle traversée.

Merci à Hermine Roquet M (@hermine_roquetm) pour les photos.

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