12.01.2026 à 08:31
« Le public doit primer sur l’arbitraire du président » : Jerome Powell contre Donald Trump
Pour la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, un haut responsable institutionnel américain a décidé d'engager publiquement un rapport de force avec le président des États-Unis.
Nous publions et commentons le discours du président de la Réserve fédérale qui s'adresse au peuple américain, au Congrès, au Sénat et aux investisseurs internationaux.
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Texte intégral (1432 mots)
À Washington, l’administration Trump accélère la transformation interne. Après une semaine marquée par un aventurisme géopolitique sans précédent et par la mort de Renee Gonzalez, abattue par un agent de l’ICE, le New York Times a révélé que le bureau du procureur fédéral du district de Columbia avait signifié une assignation à comparaître devant un grand jury au président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, le menaçant de poursuites pénales pour la rénovation d’un bâtiment historique.
Cette enquête approuvée en novembre par l’ancienne présentatrice de Fox News et alliée de longue date de Donald Trump, Jeanine Pirro, comprendrait une analyse des déclarations publiques du président de la Réserve fédérale et un examen de ses registres de dépenses.
Jerome Powell a réagi immédiatement à la parution de l’article du New York Times concernant l’enquête. Au lieu de publier un communiqué de presse, il a enregistré une vidéo qui est désormais virale.
C’est la première fois depuis le début du second mandat que le responsable d’une institution fédérale indépendante — et donc d’un contre-pouvoir — engage publiquement un rapport de force avec le président.
Le professeur de sciences politiques de Stanford Michael McFaul a déclaré : « C’est un moment fou. Les Républicains doivent dénoncer avec véhémence cette attaque contre Powell et la Réserve fédérale. Nous ne pouvons pas laisser Trump détruire notre démocratie. Dirigeants républicains, notre République a besoin de vous. »
Jason Furman, professeur à Harvard et ancien vice-président du Council of Economic Advisers sous Barack Obama, a pour sa part écrit sur X que le président Powell devait « résister à cette tentative scandaleuse du président d’utiliser l’asénalisation du droit pour contourner la responsabilité de la Fed de poursuivre les objectifs que la loi lui a fixés : le plein emploi et la stabilité des prix ».
Diffusée à la veille de l’ouverture des marchés, cette vidéo met en lumière la profondeur de la tentative de transformation du régime engagée par l’administration Trump, mais aussi l’existence de contre-pouvoirs aux États-Unis.
Jerome Powell — l’un des rares dirigeants américains à bénéficier selon les derniers sondages de la confiance des Républicains (34 %) comme des Démocrates (49 %) et l’une des personnalités publiques les plus appréciées des Américains (44 %) — s’adresse directement au peuple américain et en appelle à l’ensemble des institutions politiques, du Sénat au Congrès.
Publiée à la veille de l’ouverture des marchés, cette déclaration risque de mettre sous tension les U.S. Treasuries — la remise en cause de l’indépendance de la Fed augmentant la prime de risque institutionnelle et les rendements longs. Le dollar pourrait également faiblir, l’érosion perçue de l’autonomie de la Fed minant sa crédibilité et sa valeur refuge.
Bonsoir.
Vendredi, le ministère de la Justice a signifié à la Réserve fédérale des citations à comparaître devant un grand jury, menaçant de lancer des poursuites pénales liées à mon témoignage devant la commission bancaire du Sénat en juin dernier. Ce témoignage concernait en partie un projet pluriannuel de rénovation des bâtiments historiques de la Réserve fédérale.
Le projet pluriannuel de rénovation de la Réserve fédérale concerne deux bâtiments historiques de son siège à Washington, construits dans les années 1930 et jamais rénovés en profondeur. Lancés en 2022 et prévus jusqu’en 2027, les travaux visent à moderniser des infrastructures obsolètes — électricité, chauffage, sécurité, accessibilité — tout en retirant l’amiante et le plomb et en restaurant les éléments architecturaux d’origine.
Estimé aujourd’hui à environ 2,5 milliards de dollars, le coût du projet dépasse les prévisions initiales en raison de l’inflation post-pandémie, de contraintes liées à la préservation historique et de difficultés techniques imprévues. La Fed affirme que ces dépenses sont nécessaires et financées sur ses propres ressources, et non par des fonds du Congrès, tandis que l’ampleur du projet et ses dépassements budgétaires alimentent désormais la controverse politique autour de Jerome Powell.
J’ai un profond respect pour l’État de droit et la responsabilité dans notre démocratie. Personne, et certainement pas le président de la Réserve fédérale, n’est au-dessus des lois. Mais cette action sans précédent doit être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l’administration.
Depuis le début du second mandat de Donald Trump, la Réserve fédérale et son président, Jerome Powell, font l’objet de pressions publiques répétées : attaques personnelles du président, exigences explicites de baisses agressives des taux, menaces de révocation pourtant juridiquement encadrées, et tentatives d’affaiblir d’autres gouverneurs de la Fed.
Dans ce contexte, l’action judiciaire actuelle apparaît comme une escalade visant à contraindre la politique monétaire par la pression politique et juridique, remettant en cause un principe central de l’État de droit américain : l’indépendance de la banque centrale face au pouvoir exécutif.
Cette nouvelle menace ne concerne pas mon témoignage de juin dernier ni la rénovation des bâtiments de la Réserve fédérale. Elle ne concerne pas non plus le rôle de contrôle du Congrès ; la Fed a tout mis en œuvre, par le biais de témoignages et d’autres actes de transparence publique, pour tenir le Congrès informé du projet de rénovation. Ce ne sont que des prétextes. La menace de poursuites pénales est une conséquence du fait que la Réserve fédérale fixe les taux d’intérêt en se basant sur notre meilleure évaluation de ce qui servira le public, plutôt qu’en suivant les préférences du président.
L’indépendance de la Réserve fédérale consiste dans le droit et le devoir de fixer la politique monétaire sans intervention du pouvoir exécutif, sur la base de l’analyse économique et du mandat confié par le Congrès — stabilité des prix et plein emploi. Elle implique que les décisions de taux ne puissent être ni dictées par des préférences politiques, ni sanctionnées a posteriori par des pressions juridiques ou personnelles, dès lors qu’elles relèvent de l’exercice légitime de ce mandat.
Il s’agit de savoir si la Fed pourra continuer à fixer les taux d’intérêt en se basant sur des preuves et les conditions économiques, ou si, au contraire, la politique monétaire sera dictée par des pressions politiques ou des intimidations.
Les pressions de l’exécutif visant à influencer ou contrôler la diffusion et l’interprétation des données économiques — comme les accusations sans preuve de manipulation des chiffres de l’emploi par le BLS et le congédiement de sa commissaire — ont mis en lumière une tentative de politisation des statistiques publiques, affaiblissant la confiance dans les indicateurs officiels et la base factuelle sur laquelle reposent les décisions économiques.
J’ai servi à la Réserve fédérale sous quatre administrations, républicaines et démocrates.
Dans tous les cas, j’ai exercé mes fonctions sans pression ni favoritisme politiques, en me concentrant uniquement sur notre mandat de stabilité des prix et de plein emploi. Le service public exige parfois de rester ferme face aux menaces. Je continuerai à faire le travail pour lequel le Sénat m’a confirmé, avec intégrité et engagement au service du peuple américain.
Merci.