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25.06.2026 à 10:10

Tony Mazzocchi, le syndicaliste oublié qui pensa la transition juste

Yanis Rihi, Doctorant en économie politique du développement, Université Paris-Saclay
En refusant d’opposer emplois et exigences environnementales, ce syndicaliste new-yorkais conceptualisa l’idée de transition juste.
Texte intégral (4796 mots)
Tony Mazzocchi, dont 2026 marque le centenaire de la naissance, et l’affiche de soutien à la grève à l’entreprise Shell, engagée par son syndicat, en 1973, pendant quatre mois, portant sur les exigences de santé et de sécurité au travail. Capture d’écran de la page Youtube de Chelsea Green Publishing et du site Internet Ecology.iww.org

Qui se souvient de Tony Mazzocchi ? En refusant d’opposer emplois et exigences environnementales, ce syndicaliste new-yorkais conceptualisa l’idée de transition juste abondamment reprise aujourd’hui, même à la COP30, par exemple. Dans ses actions, le militant syndical a lié étroitement les combats environnementaux aux enjeux sociaux et sanitaires, mais également aux luttes contre le racisme et le sexisme.


L’idée de « transition juste » est désormais omniprésente. On la retrouve dans les négociations climatiques, le Pacte vert européen ou encore les partenariats énergétiques entre des pays européens et des États des Suds.

Pourtant, l’homme à l’origine de ce concept reste quelque peu méconnu : Tony Mazzocchi, un syndicaliste américain qui cherchait, dès les années 1970, à résoudre une question toujours d’actualité : comment protéger l’environnement sans sacrifier les travailleurs de certains secteurs ?

Un fils de Brooklyn au cœur de l’Amérique industrielle

Né en 1926 à Brooklyn (New York) dans une famille italo-américaine modeste et militante syndicale, Tony Mazzocchi est très tôt confronté aux inégalités sociales. Marqué par la Grande Dépression durant son enfance, puis par son engagement dans la marine américaine durant la Seconde Guerre mondiale, il appartient à une génération qui a connu à la fois les grandes crises économiques du XXᵉ siècle et l’essor industriel de l’après-guerre.

Sa trajectoire syndicale débute en 1950 dans une usine de cosmétiques du Queens. Rapidement élu délégué syndical, puis président à seulement 26 ans, du Local 149 de l’United Gas, Coke, and Chemical Workers Union, il transforme cette section syndicale en une actrice influente dans la région new-yorkaise. Le syndicat étend dès lors sa présence jusqu’à représenter les salariés d’une vingtaine d’entreprises.

Outre les revendications salariales, Mazzocchi défend une conception plus large de l’action syndicale. Le Local 149 mène, par exemple, des campagnes en faveur de l’égalité salariale entre hommes et femmes, participe à d’importantes campagnes de syndicalisation et contribue à la mise en place de l’un des premiers régimes d’assurance dentaire du pays.

Il gravit ensuite les échelons de l’Oil, Chemical and Atomic Workers (OCAW), le principal syndicat des raffineries américaines de l’époque – directeur des affaires législatives, puis de la santé et de la sécurité et enfin vice-président. Une position qui lui permettra d’influencer les orientations du syndicat à l’échelle nationale. Convaincu que l’émancipation ouvrière passe aussi par l’éducation populaire, il organise des clubs de lecture où les discussions portent aussi bien sur les conditions de travail que sur l’histoire ou la philosophie.

Les risques cachés d’une puissance industrielle

Lorsque Mazzocchi entame sa carrière, le mouvement syndical américain constitue déjà une force politique majeure. Les syndicats représentent alors plusieurs millions de travailleurs et participent activement aux grands débats de leur temps.

Sous l’impulsion de dirigeants comme Walter Reuther, l’United Auto Workers (UAW) soutient, par exemple, le mouvement des droits civiques et contribue à l’organisation de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté de 1963.

C’est d’ailleurs une période fortement marquée par l’émergence de nouveaux mouvements sociaux qui contestent les effets sociaux, raciaux et environnementaux du modèle de développement américain d’après-guerre. C’est effectivement à partir des années 1960 que les préoccupations environnementales gagnent en visibilité à mesure que s’accumulent les preuves des effets sanitaires et écologiques de l’industrialisation. La publication de Silent Spring par la biologiste et militante écologiste états-unienne Rachel Carson, en 1962, contribue d’ailleurs à sensibiliser l’opinion publique aux effets des pesticides sur l’environnement et la santé humaine ainsi qu’à l’interdiction du DDT, dix ans plus tard.

Dans le même temps, des communautés afro-américaines marginalisées dénoncent leur exposition disproportionnée à la pollution industrielle et aux déchets toxiques. À Houston, au Texas, des habitants contestent ainsi, dès la fin des années 1960, la concentration de décharges et d’infrastructures polluantes dans leurs quartiers. Tout cela fera émerger les premières critiques des inégalités environnementales et posera les bases de ce qui deviendra le mouvement pour la justice environnementale.

Alors vice-président de l’OCAW, Mazzochi représente les travailleurs des secteurs les plus stratégiques de l’économie américaine : le pétrole, la pétrochimie, la chimie et l’industrie nucléaire. Car si les États-Unis sont souvent associés à leur industrie pétrolière, ils constituaient aussi, durant la guerre froide, l’un des principaux centres mondiaux du nucléaire, tant civil que militaire.

Couverture de l’ouvrage de Les Leopold consacré à Tony Mazzocchi
Couverture de l’ouvrage de Les Leopold consacré à Tony Mazzocchi.

L’OCAW regroupe ainsi à cette époque une part importante de la main-d’œuvre des raffineries, des usines chimiques et des installations nucléaires du pays, secteurs les plus dangereux de l’époque. Les travailleurs sont quotidiennement exposés à des substances dont les effets sanitaires sont méconnus ou minimisés, faute de connaissances scientifiques et d’une réglementation insuffisante. Les entreprises contrôlent d’ailleurs en grande partie la production des savoirs relatifs aux risques professionnels. Comme le résumera plus tard le militant syndical et compagnon de route de Mazzocchi, Les Leopold :

« les entreprises régnaient comme des monarchies absolues sur la production chimique, l’exposition aux substances dangereuses et leur réglementation. »

Travailleurs et environnement : même combat

Chez Mazzochi, les travailleurs deviennent le premier point de rencontre entre les enjeux de santé publique et les préoccupations environnementales. Là où de nombreux responsables syndicaux voient dans les réglementations environnementales une menace pour l’emploi, Mazzocchi refuse d’opposer conditions de travail et protection de l’environnement, affirmant :

« Malheureusement, une telle position défensive n’offre aucune garantie d’emploi. Toutes les réglementations environnementales actuellement en vigueur pourraient être abrogées, et des millions de travailleurs – dont beaucoup de nos syndiqués – seraient toujours menacés de se réveiller un jour sans emploi. »

Pour lui, s’opposer aux réglementations environnementales au nom de l’emploi revient à combattre le mauvais adversaire. Les travailleurs sont souvent les premières victimes de la pollution industrielle : avant même que les émissions toxiques n’affectent les populations voisines, elles touchent quotidiennement ceux qui manipulent des produits chimiques ou inhalent des poussières dangereuses.

Entre 1969 et 1970, Mazzocchi organise une série d’auditions publiques réunissant des travailleurs et des spécialistes de la santé au travail afin de documenter publiquement les effets de nombreuses substances toxiques, telles que l’amiante, utilisée comme isolant industriel, le benzène, présent dans les solvants, et le plomb, employé dans de nombreux procédés manufacturiers.

Ces témoignages contribuent à médiatiser la question et à renforcer les pressions en faveur d’une législation fédérale en matière de santé au travail. De la sorte, il contribue à ce que l’on appellera le labor environmentalism, c’est-à-dire la convergence, longtemps jugée improbable, entre revendications ouvrières et écologie.

Affiche de 1974 : « Qui a tué Karen Silkwood ? » The Romero Institute, CC BY-SA

Tandis que les syndicats se concentrent principalement sur les accidents du travail visibles et immédiats, Mazzocchi attire l’attention sur des maladies qui apparaissent parfois des années après l’exposition, telles que le cancer du poumon ou le mésothéliome. Un engagement qui n’est d’ailleurs pas sans risque.

En 1974, Karen Silkwood, membre de l’OCAW impliquée dans une campagne sur la sécurité au sein d’une usine de traitement du plutonium, meurt dans des circonstances controversées alors qu’elle s’apprêtait à révéler des dysfonctionnements au sein de son entreprise au New York Times.

Au sujet de sa mort, Tony Mazzocchi affirmera :

« Nous devons nous souvenir de son histoire parce qu’elle symbolise les efforts collectifs et le courage des millions de syndicalistes qui ont lutté – et continuent de lutter – pour défendre la santé, la sécurité et la protection de leurs collègues. »

Le président Nixon signe l’Occupational Safety and Health Act en Décembre 1970
Le président Nixon signe l’Occupational Safety and Health Act, en décembre 1970. https://archive.cdc.gov

Figure de proue donc de ces luttes, Mazzocchi contribue à rassembler les syndicats, les scientifiques, les acteurs de la santé publique et les organisations environnementales autour d’une cause commune. Il compte parmi les figures syndicales les plus influentes des campagnes ayant conduit à l’adoption de l’Occupational Safety and Health Act de 1970, la première grande législation fédérale états-unienne consacrée à la santé et à la sécurité au travail. Un texte qui ouvrira la voie à de nouvelles normes visant à limiter l’exposition à des substances particulièrement dangereuses, telles que l’amiante, l’arsenic, le benzène et le plomb.

Au-delà de cette victoire, son approche contribue à transformer la manière dont les syndicats appréhendent les risques industriels. L’enjeu n’est plus seulement d’éviter les accidents, mais aussi de prévenir les maladies invisibles résultant d’une exposition prolongée à des substances toxiques. Cette évolution est telle que son collègue et biographe Les Leopold le décrira plus tard comme l’équivalent syndical de Rachel Carson.

« La première étape était de faire comprendre aux travailleurs que ce qu’ils vivaient n’était pas un incident isolé, mais une réalité partagée dans tout le pays. La seconde consistait à les mobiliser pour défendre des droits fondamentaux, notamment le droit à l’information sur les risques auxquels ils étaient exposés, une bataille que nous n’avons pas encore remportée. »

1995 : quand « transition juste » entre dans le vocabulaire

Au cours des années 1970, l’OCAW met donc en pratique cette stratégie proactive fondée sur les alliances multipartites. En 1973, le syndicat mène, par exemple, une grève nationale de quatre mois contre Shell Oil, portant sur les questions de santé et de sécurité au travail. Face à la puissance des grandes compagnies pétrolières, les militants de l’OCAW s’appuient sur le soutien d’organisations environnementales pour dénoncer les risques professionnels auxquels les travailleurs sont exposés.

Ce type de revendications contribue à remettre en cause l’opposition traditionnellement entretenue entre la protection de l’emploi et celle de l’environnement. Car, à mesure que les réglementations environnementales se renforcent dans les années 1970 et 1980, Mazzocchi se heurte de plein fouet à une question qui demeure au cœur des débats actuels sur la transition écologique : comment protéger l’environnement sans faire peser l’essentiel des coûts de cette transformation sur les travailleurs et les territoires dépendants des industries polluantes ?

Mazzocchi prend ce dilemme à bras-le-corps et développe, au début des années 1990, une proposition baptisée « Superfund for Workers », en référence au programme fédéral Superfund, créé en 1980 pour financer la dépollution de milliers de sites industriels contaminés. L’idée est simple : ceux qui paient pour réparer les territoires pollués devraient donc également contribuer à réparer les dommages sociaux qui en découlent. Cette conviction l’amène à formuler ce qui deviendra le cœur de sa réflexion sur la transition juste :

« La seule façon de sortir du dilemme entre l’emploi et l’environnement est de prévoir un accompagnement pour les travailleurs qui perdent leur emploi à la suite des opérations de dépollution indispensables, ou qui sont affectés par les restructurations économiques, les réductions des dépenses militaires ou les délocalisations industrielles. »

Le Superfund for Workers prévoit alors le maintien des revenus et des avantages sociaux, la prise en charge de formations, des aides à la reconversion ainsi que des dispositifs de relocalisation. L’objectif n’est donc pas seulement de compenser une perte d’emploi, mais bien de garantir aux travailleurs des perspectives comparables à celles dont ils auraient bénéficié sans la fermeture ou la transformation de leur activité.

On ne parle pas encore de « transition juste », car le véritable changement sémantique s’opère en 1995, lorsque Les Leopold présente publiquement cette proposition sous l’appellation, cette fois-ci, de « Just Transition Fund ». C’est la première occurrence connue de l’expression, pour désigner des mécanismes destinés à accompagner les travailleurs confrontés aux transformations environnementales et économiques.

Deux ans plus tard, l’OCAW contribue à la création de la Just Transition Alliance, qui rassemble des syndicats, des organisations environnementales et des mouvements de justice sociale autour d’un objectif commun : éviter que les coûts des transformations industrielles ne soient supportés par les populations les plus vulnérables.

Toujours active aujourd’hui, l’organisation continue de promouvoir les principes de justice environnementale et de transition juste auprès des travailleurs et des communautés affectées par les transformations écologiques.

La Just Transition Alliance aujourd’hui. Capture d’écran du site Internet de la Just Transition Alliance

Pourquoi Tony Mazzocchi reste actuel

Dès les années 1970, la question était donc de savoir comment organiser collectivement une transformation nécessaire sans abandonner ceux qui en supportent les coûts immédiats. Mais plus de trente ans après la formulation du Just Transition Fund, cette interrogation demeure au cœur des débats sur la transition écologique.

Le premier enseignement que l’on peut tirer du parcours de Mazzocchi est sans doute que les avancées environnementales reposent rarement sur un seul type d’acteurs. Les succès obtenus par son syndicat résultent indubitablement de coalitions inédites réunissant des travailleurs, des scientifiques, des médecins, des associations citoyennes et des organisations environnementales. À l’heure où les politiques climatiques suscitent parfois méfiance ou polarisation, cette capacité à rassembler des acteurs aux intérêts en apparence divergents reste une condition de leur succès.

Le second consiste à prendre conscience que les travailleurs ne sont pas nécessairement opposés aux politiques environnementales. Bien avant que la transition juste ne s’impose dans les débats climatiques, Mazzocchi contestait déjà l’idée d’une opposition entre emploi et environnement.


À lire aussi : L’écologie, un problème de riches ? L’histoire environnementale nous dit plutôt le contraire


Il avait compris que les résistances naissent moins des objectifs poursuivis que de la manière dont leurs coûts sont répartis. Lorsque les bénéfices sont collectifs mais que les pertes se concentrent sur certains secteurs ou territoires, les conflits deviennent presque inévitables. Plus de cinquante ans plus tard, ce « dilemme emploi-environnement » continue pourtant de structurer une partie des débats sur le climat.

Enfin, l’héritage de Mazzocchi rappelle que la transition juste ne se résume pas uniquement à un objectif de décarbonation. Pour lui, cette approche devait s’accompagner de garanties concrètes pour les populations concernées, autrement dit la justice et la protection sociale (maintien des revenus, formation, reconversion professionnelle). Si l’expression est aujourd’hui largement mobilisée, les moyens alloués à ces dimensions sociales demeurent souvent en décalage avec les ambitions affichées.

Capture d’écran de https://uswtmc.org
Tony Mazzocchi au sein du Labor Party. https://uswtmc.org/about-us/tony-mazzocchi

Tandis que les idées de Mazzocchi se sont largement diffusées ces dernières décennies, nombre de dispositifs qu’il défendait n’ont jamais été mis en œuvre à l’échelle qu’il envisageait. Convaincu que les travailleurs avaient dès lors besoin d’une représentation politique indépendante, il participe, dans les années 1990, à la création du Labor Party, pensé comme une alternative aux deux grands partis, porteuse des intérêts de la classe ouvrière. Mais en dépit du soutien de plusieurs organisations syndicales et des ambitions importantes, le projet ne parvint jamais à s’imposer durablement dans le paysage politique américain.

Un échec qui illustre bien l’une des tensions au cœur de son héritage. Alors que les restructurations industrielles, les délocalisations et l’affaiblissement du syndicalisme des dernières décennies ont sensiblement réduit la capacité des organisations ouvrières à peser sur les décisions, les idées défendues par Mazzocchi continuaient de se diffuser. En ce sens, il a peut-être davantage remporté une bataille intellectuelle qu’une bataille politique. La transition juste est effectivement devenue aujourd’hui un langage largement partagé pour débattre des politiques climatiques.

Des régions charbonnières européennes aux pays des Suds engagés dans des partenariats de transition énergétique, les mêmes interrogations demeurent : qui finance les transformations, qui en bénéficie et qui en supporte les coûts ? Les débats portent désormais autant sur les travailleurs que sur les territoires, les communautés locales et même les pays appelés à concilier la décarbonation et le développement.

Enfin, à l’heure où la transition écologique est souvent présentée comme une nécessité et un défi principalement technique, le parcours de Tony Mazzocchi rappelle qu’elle demeure, fondamentalement, une question politique et sociale. Plus de cinquante ans après ses premiers combats, la question qu’il posait reste entière : comment transformer l’économie sans abandonner ceux qui supportent les coûts du changement, notamment les travailleurs des secteurs les plus polluants ? C’est sans doute ce qui explique que sa pensée continue d’alimenter les débats contemporains sur la transition juste.

The Conversation

Yanis Rihi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

24.06.2026 à 14:51

Microbiotes : le lien invisible entre agriculture, alimentation et santé

Michel Duru, Directeur de recherche honoraire, UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae
De récentes recherches montrent à quel point les microbes du sol, des plantes et de notre intestin sont étroitement liés. Une réalité qui invite à repenser nos systèmes agricole et alimentaire.
Texte intégral (2429 mots)

Notre santé dépend autant de ce que nous mangeons que de la manière dont nos aliments sont produits. De récentes recherches montrent ainsi combien les microbes du sol, des plantes et de notre intestin sont étroitement liés. Une réalité qui invite à repenser en profondeur nos systèmes agricole et alimentaire.


Plus de 2 milliards d’humains sont touchés par des maladies chroniques liées à l’alimentation : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers ou maladies neurodégénératives. En France, 14,2 millions de personnes étaient prises en charge au titre d’une affection de longue durée, soit environ 21 % de la population française en 2022.

Une santé dégradée, des crises liées

En outre, ces pathologies progressent, y compris chez les moins de 45 ans. Contrairement à une idée répandue, la génétique n’explique qu’environ 20 % de ces maladies. L’environnement, et en particulier l’alimentation, joue en revanche souvent un rôle déterminant.

Dans le même temps, notre alimentation exerce une pression considérable sur l’environnement. Elle est responsable d’environ 22 % des émissions de gaz à effet de serre, d’une grande partie des émissions d’azote réactif, notamment les nitrates et l’ammoniac, et elle constitue la première cause de perte de biodiversité terrestre. Les sols agricoles, quant à eux, sont souvent dégradés, appauvris en matière organique et en vie biologique.

Fourni par l'auteur

Ces crises, sanitaire et écologique, sont généralement traitées séparément. Mais si elles étaient en réalité les différentes facettes d’un même problème ? C’est précisément l’idée portée par l’approche « One Health » (« Une seule santé »), qui repose sur un principe simple : la santé humaine dépend de celle des animaux et des écosystèmes. Au cœur de cette approche se trouvent les microbiotes, ces communautés de microorganismes, bactéries, champignons, virus, qui vivent dans tous les milieux.


À lire aussi : One Health : un label parfois flou, mais une approche scientifique éprouvée


Le microbiote, un acteur clé dans notre intestin

Notre intestin abrite des milliards de microorganismes. Ce microbiote joue un rôle essentiel dans la digestion, la production de vitamines, la régulation du système immunitaire et le contrôle de l’inflammation. Lorsqu’il est déséquilibré (on parle de « dysbiose »), le risque de maladies augmente.

De nombreuses études établissent aujourd’hui des liens entre microbiote déséquilibré et maladies chroniques : obésité, diabète, maladies inflammatoires, voire troubles neurologiques. Ce microbiote est fortement influencé par notre environnement, et notamment par notre alimentation. Ce que nous mangeons façonne sa composition et ses fonctions.

Du sol à l’intestin : une continuité du vivant au travers des microbiotes

Dans les sols agricoles, le vivant comprend la macrofaune (les vers de terre), la mésofaune (les acariens), la microfaune (les nématodes, des minuscules vers ronds) et les microorganismes, comme les champignons et les bactéries qui constituent le microbiote. Tous jouent un rôle fondamental. Un gramme de sol peut contenir jusqu’à 10 milliards de microorganismes. Cette biodiversité invisible assure des fonctions essentielles : fertilité des sols, nutrition et régulation des maladies des plantes.

Les plantes interagissent en permanence avec les microbes, notamment au niveau des racines. Ces interactions influencent la composition nutritionnelle des aliments, mais aussi leur richesse microbienne. Des aliments issus de systèmes agricoles favorisant la biodiversité microbienne présentent une plus grande diversité bactérienne et une meilleure densité nutritionnelle. Autrement dit, la santé humaine commence dans le sol, bien avant l’assiette.

Des sols pauvres en biodiversité

Mais au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, la santé des sols s’est dégradée du fait de la diminution des apports de matières organiques et de labours profonds. De manière concomitante, la forte réduction du nombre d’espèces et de variétés cultivées ainsi que la simplification des paysages agricoles ont nécessité une utilisation élevée en engrais et pesticides de synthèse rendant la santé des plantes dépendante de ces intrants.

En effet, ces pratiques ont entrainé la perte des régulations biologiques qui permettaient de lutter contre les bioagresseurs, autrement dit les « nuisibles » des cultures, et ont perturbé les microbiotes du sol, réduisant leur diversité et affaiblissant leur capacité à réguler naturellement les maladies et à fournir des nutriments.

Une alimentation qui appauvrit le microbiote

À l’autre bout de la chaine agroalimentaire, on constate également que dans les pays occidentaux, les produits ultratransformés représentent aujourd’hui environ 35 % des apports caloriques, voire davantage chez les jeunes. Ces aliments sont souvent pauvres en fibres, riches en sucres, graisses et additifs, et appauvris en micronutriments.

Or, les fibres alimentaires sont essentielles pour nourrir le microbiote intestinal. En France, la consommation moyenne est d’environ 20 grammes par jour, contre 30 grammes recommandés. À cela s’ajoute un déficit en nutriments clés : près de 90 % de la population manque d’oméga-3, pourtant essentiels pour réguler l’inflammation.

Une alimentation qui perturbe le microbiote

Au-delà des carences, certains composants de notre alimentation peuvent perturber directement le microbiote.

L’exposition aux pesticides, notamment à travers l’alimentation, peut altérer la composition des bactéries intestinales. Les additifs alimentaires, en particulier les émulsifiants et certains édulcorants, peuvent aussi réduire la diversité bactérienne, fragiliser la barrière intestinale et favoriser l’inflammation chronique.

Par ailleurs, une consommation excessive de viande issue d’élevages intensifs peut accentuer ces déséquilibres. Ces produits sont souvent plus riches en acides gras pro-inflammatoires (oméga-6) et plus pauvres en oméga-3. Une alimentation trop riche en protéines animales et pauvre en fibres favorise le développement de bactéries produisant des métabolites potentiellement délétères, au détriment de celles qui génèrent des composés protecteurs, comme les acides gras à chaîne courte.

L’effet combiné de ces facteurs contribue à appauvrir le microbiote intestinal et à altérer ses fonctions, renforçant le lien entre alimentation moderne et maladies chroniques.

Un cercle vicieux entre alimentation et agriculture

Un cercle vicieux s’installe ainsi entre systèmes agricoles simplifiés, aliments appauvris et dégradation des microbiotes. D’un côté, l’agro-industrie, du fait de sa logique économique fondée sur la réduction des coûts à travers les économies d’échelle, tend à soutenir une agriculture spécialisée intensive pour fabriquer des aliments ultratransformés. Elle reste ainsi peu réceptive aux pratiques agricoles durables comme la diversification des cultures, l’introduction de légumineuses ou les associations culturales, pourtant bénéfiques pour la vie des sols. D’un autre côté, ces produits, largement promus par un marketing agressif, orientent les choix alimentaires et encouragent leur consommation.

D’autre part, les élevages intensifs, sans lien au sol car dépendant beaucoup de soja importé, contribuent fortement à la déforestation, aux déséquilibres des cycles de l’azote et à l’appauvrissement de la biodiversité en France et aux Amériques.

Face à ces constats, des alternatives existent.

Restaurer des sols vivants

Du côté de l’agriculture, il s’agit de restaurer des sols vivants, capables de fonctionner comme des écosystèmes. Cela passe par la diversification des cultures, la réduction des intrants chimiques, l’apport de matière organique ainsi que la réduction du travail du sol.

Ces pratiques, souvent regroupées sous le terme d’« agroécologie », s’appuient sur les processus naturels plutôt que de les remplacer. On parle aussi d’« agriculture régénératrice » où le travail du sol ainsi que les pesticides tendent de plus en plus à n’être utilisés qu’en dernier recours.

Repenser l’élevage

En élevage, l’enjeu est de reconnecter les animaux aux territoires. Les systèmes herbagers permettent de valoriser les prairies, de stocker du carbone et de produire des aliments plus riches en oméga-3. Pour les élevages de porcs et de volailles, une meilleure intégration avec les cultures et l’utilisation de ressources locales, comme le lin, permettent de réduire les impacts environnementaux et d’améliorer la qualité nutritionnelle des produits.

La question n’est donc pas seulement « quelle quantité de viande consommer ? » (environ 400 grammes par semaine au lieu de près de 900 en France), mais « quelle viande, et issue de quels systèmes ? ».

Vers une vision intégrée de la santé

Ces évolutions invitent à repenser la santé comme un enjeu systémique. L’approche « One Health » propose de considérer la santé comme une propriété émergente d’un système global reliant humains, animaux et écosystèmes.

Certaines pistes illustrent cette convergence. Le développement des légumineuses, par exemple, permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux engrais azotés, tout en apportant des fibres bénéfiques pour la santé. De même, des produits animaux issus de systèmes herbagers ou enrichis en oméga-3 peuvent contribuer à moduler l’inflammation chronique à bas bruit. Par ailleurs, certains composants alimentaires, comme les fibres ou certaines algues, peuvent limiter l’absorption de certains toxiques et favoriser leur élimination. Le microbiote intestinal joue un rôle central dans ces processus : certaines bactéries peuvent transformer des composés indésirables, moduler leur absorption et renforcer la barrière intestinale.

Longtemps, la santé a été envisagée comme une affaire strictement individuelle. Les avancées scientifiques récentes montrent, au contraire, qu’elle dépend étroitement du vivant qui nous entoure – et de celui qui vit en nous. Prendre soin de notre santé implique donc aussi de prendre soin des sols, des plantes et des écosystèmes.

The Conversation

Michel Duru du conseil scientifique PADV (Pour une Agriculture Du Vivant).

24.06.2026 à 11:23

La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire

Laëtitia Guilhot, Maître de conférences HDR en sciences économiques, Université Grenoble Alpes (UGA)
André Meunié, Enseignant-chercheur en économie du développement et de l'environnement, Université de Bordeaux
Guillaume Wantz, Professeur des Universités, Université de Bordeaux
Marina Flamand, Chercheuse en économie de l'innovation, Université de Bordeaux
Pierre Berthaud, Maître de conférences HDR en économie, Université Grenoble Alpes (UGA)
Il n’y a pas si longtemps, la Chine était vue comme l’« usine du monde », où les industries étaient délocalisées. Petit à petit, son statut change. Aujourd’hui, la Chine est aussi une usine à innovations.
Texte intégral (2398 mots)

Il n’y a pas si longtemps, la Chine était vue comme l’« usine du monde », le pays où les industries européennes étaient délocalisées. Petit à petit, son statut change. Un des secteurs emblématiques est celui de l’énergie solaire photovoltaïque, où l’étape du rattrapage industriel est révolue. Aujourd’hui, la Chine est aussi une usine à innovations.


En 2024, la Chine s’est imposée comme le premier investisseur mondial en recherche et développement (R&D), avec 27,4 % des dépenses totales contre seulement 4 % en 2000. Cette dynamique lui permet de consolider sa position de leader mondial dans un nombre croissant de « technologies critiques », en particulier dans le secteur des panneaux solaires photovoltaïques, où elle atteint 80 % de la production mondiale.

Grâce à une stratégie évolutive et une implication forte et efficace de l’État, la Chine a largement dépassé le stade d’« usine du monde » pour devenir à la fois le leader industriel, technologique et scientifique dans le secteur du solaire photovoltaïque (PV).


À lire aussi : La politique spatiale de la Chine déjoue-t-elle le narratif imposé par les Etats-Unis ? Une conversation avec Isabelle Sourbès-Verger


L’enjeu pour l’Europe et les États-Unis est dorénavant de ne pas accumuler un retard irrattrapable dans la course à l’innovation, dans ce secteur clé pour la décarbonation de nos économies.

Une domination mondiale de la production

Il n’a pas fallu plus de dix ans à la Chine pour littéralement évincer du marché des panneaux solaires les trois puissances de la fin du XXᵉ siècle : Europe, États-Unis, Japon. En 2002, les parts de marché globales de ces trois puissances étaient d’environ 80 % et celle de la Chine marginale. En 2012, la tendance était déjà inversée, avec 70 % pour la Chine et moins de 10 % pour les trois anciennes puissances solaires.

Depuis, les positions chinoises se sont encore renforcées dans l’ensemble des segments de la chaîne de valeur.

Dotée d’un savoir-faire indiscutable en matière de production de masse, elle s’est concentrée durant la décennie 2000 sur le développement de ses capacités industrielles dans les segments à fort potentiel (wafer, cellules et modules) ; puis, dans les années 2010, sur celui du silicium où sa dépendance extérieure était initialement la plus forte, en facilitant les transferts de technologies étrangères et en recourant à un soutien public massif.

Ainsi, la percée des entreprises chinoises se manifeste aujourd’hui sur les cinq segments de la chaîne de valeur : silicium, lingot, wafer, cellules et panneaux.

schéma
Les étapes de la chaîne de valeur du photovoltaïque à base de silicium. Elsa Couderc, avec des images Wikipédia, CC BY-SA

Cette position industrielle lui a permis de cibler d’abord la demande occidentale, mais la baisse des subventions sur ces marchés après 2010 a poussé le gouvernement chinois à renforcer la croissance de la demande intérieure, en s’appuyant sur des interventions publiques fortes et ciblées notamment à travers son système de planification et, à partir de 2015, une réforme du marché de l’électricité très favorable aux énergies renouvelables.

Au milieu des années 2010, cependant, des surcapacités de production importantes amènent les autorités publiques chinoises à inciter les firmes nationales à élargir leurs débouchés internationaux en direction des pays en développement, en particulier vers les marchés émergents, notamment le continent africain. Il faut bien noter que cette nouvelle stratégie s’est avérée pertinente grâce à une baisse drastique des coûts du kilowatt-heure photovoltaïque.

En rendant accessible cette énergie aux pays en développement pour répondre à leurs immenses besoins en énergie, la Chine a renforcé son image de puissance responsable.

Par sa capacité à satisfaire la demande nationale et mondiale de panneaux solaires, la Chine contribue ainsi à la transition énergétique et à la décarbonation de l’électricité. En 2024, la puissance du parc installé en Chine a atteint 1 048,5 gigawatts-crête, soit 46,7 % de l’ensemble des capacités installées dans le monde (le watt-crête désigne la puissance nominale d’une installation photovoltaïque dans des conditions optimales d’ensoleillement et de température).


À lire aussi : TW, kWh, mAh… Quelle est la différence entre énergie et puissance ?


Cependant, on peut toujours s’interroger sur la capacité de la Chine à devenir leader sur des technologies de pointe. Est-elle encore l’atelier du monde dans le photovoltaïque comme ailleurs ou bien a-t-elle, aujourd’hui, généré une capacité à se placer à l’avant-garde de la recherche et de l’innovation ?

La Chine a acquis le leadership technologique

Quatre catégories de technologies solaires photovoltaïques se distinguent, suivant les matériaux utilisés :

  • le silicium cristallin, qui compte à lui seul pour plus de 97 % du marché total en 2024, avec un rendement de conversion énergétique dépassant les 20 % pour les modules solaires industriels ;

  • les couches minces – principalement à base de tellurure de cadmium (CdTe), de cuivre, indium, gallium et sélénium (CIGS) ou de silicium amorphe –, qui couvrent 2,2 % du marché total en 2024, avec un rendement plus faible et des usages plus spécifiques ouvrant la voie vers des modules solaires flexibles, légers et performants sous faible éclairement ;

  • les cellules « émergentes » à colorants, à base de pérovskite hybride et les cellules organiques : aucune n’est encore présente en masse sur le marché ; mais elles sont néanmoins porteuses de promesses en matière de réduction de l’impact environnemental de la production solaire ;

  • les multijonctions, très performantes, mais encore très coûteuses sont souvent réservées aux applications militaires et spatiales.

Pour ces quatre catégories, la Chine domine quantitativement et qualitativement sur les dépôts de demandes de brevets. Ainsi, entre 1990 et 2022, 40 % des inventions brevetées sont chinoises, sur 57 000 au total. L’effort d’innovation se concentre, en Chine comme ailleurs, sur les cellules émergentes (un peu plus de 28 000 brevets, dont environ 40 % pour la Chine), puis sur la cellule solaire conventionnelle en silicium cristallin de première génération, ou c-Si (près de 20 000, dont environ 50 % pour la Chine).

De plus, la Chine est en tête des citations de brevets pour les cellules c-Si et émergentes : à la fois dans le top 10 % (le seuil caractérisant des inventions « majeures ») et dans le top 1 % (seuil des innovations « de rupture »).

Cette progression rapide et durable de la Chine sur les brevets touchant aux technologies déjà exploitées industriellement permet de conclure que le learning by doing a été le principal moteur de la construction de la prééminence chinoise.

Le photovoltaïque est en effet un secteur où le taux d’apprentissage (baisse du coût pour chaque doublement de la capacité à technologie donnée) est reconnu parmi les plus élevés (de 20 à 30 %, selon une estimation de l’Agence internationale de l’énergie, 2020) et donc parmi les plus propices aux gains d’échelle et de compétitivité pour les firmes et les pays se positionnant sur des technologies bien maîtrisées.

La domination de la Chine se confirme aussi pour les technologies émergentes

La Chine s’impose ainsi comme le premier pôle scientifique mondial dans la recherche sur le solaire de prochaine génération.

Une analyse bibliométrique de la production scientifique dans des revues à comité de lecture sur les segments les plus en pointe – à savoir les cellules solaires émergentes – offre un aperçu de l’effectivité et de la pérennité de la puissance scientifique chinoise. En effet, ces technologies ont le potentiel de briser le quasi-monopole actuel du silicium cristallin, en raison de leurs promesses d’efficacité énergétique, de coûts de production et d’impacts environnementaux plus faibles grâce à des procédés de dépôts peu énergivores et par impression grande surface.

Ainsi, la Chine a réalisé en 2023 plus de 50 % de la production scientifique sur les pérovskites hybrides (la technologie émergente la plus dynamique depuis 2012) et 55 % pour le photovoltaïque organique. Les cellules solaires à colorant connaissent un déclin relatif depuis 2014. La Chine y avait atteint un pic de publications, avant d’être dépassée par l’Inde en 2021 – un recul qui s’explique principalement par le report des efforts de recherche vers les pérovskites hybrides.

Dans le domaine du photovoltaïque, comme dans d’autres, il n’est pas incongru de parler d’un « choc chinois ».

En 2018, l’administration américaine a adopté la China Initiative, dont l’objectif affiché était de lutter contre l’espionnage scientifique et industriel en restreignant les collaborations scientifiques avec des chercheurs chinois. Mais l’effet principal de cette tentative d’isolement de la recherche chinoise a été un redéploiement des collaborations vers les partenaires alternatifs aux Américains, en particulier la Corée du Sud et l’Allemagne permettant la croissance continue de la production scientifique chinoise contrairement à celle des États-Unis, qui décline depuis cette date.

Qui plus est, une proportion croissante des publications les plus citées dans les journaux les plus prestigieux est désormais réalisée par des équipes uniquement chinoises, hors collaborations internationales, ce qui confirme son autonomie scientifique grandissante.


Le projet Transition énergétique en Chine : Nouvelles orientations économiques et politiques – TEChNOPE (ANR-18-CE05-0011) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Laëtitia Guilhot a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR)

Guillaume Wantz a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Pierre Berthaud a reçu des financements de l'Agence Nationale de la Recherche

André Meunié et Marina Flamand ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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