07.10.2026 à 14:53
Manifestations lycéennes, réponse du gouvernement : pourquoi la situation est inédite – et imprévisible
Texte intégral (1630 mots)
L’ESSENTIEL
Le mouvement lycéen, rejoint par des parents, des enseignants et des syndicats, a réuni 450 000 manifestants, le 6 octobre dans toute la France (250 000 manifestants, selon le gouvernement).
Si les revendications sur les moyens sont récurrentes, le contexte global et la forme du mouvement – né dans les banlieues populaires – sont nouveaux.
La réponse du gouvernement, qui a choisi la « fermeté » policière face à des adolescents avant d’ouvrir les négociations, est également inédite.
La mobilisation lycéenne qui a débuté dans la banlieue parisienne en ce mois de septembre 2026 s’inscrit dans une continuité de mobilisations de rentrée que l’enseignement secondaire a connu en réponse à des situations jugées dégradées (manque de professeurs, classes surchargées, locaux vétustes, etc.), de manière cyclique depuis la fin des années 1970, tranchant avec le type de mobilisations « printanières » qui avaient caractérisé les « années 68 ».
Déjà, en 1978, on a pu noter que ce qui jusque-là avait caractérisé les lycées techniques et les collèges d’enseignement technique (LT et CET) était devenu le problème général des lycées.
« La rentrée scolaire 1978 s’avère calamiteuse, classes surchargées, manque de professeurs, de personnel. En Seine-Saint-Denis, on peut même douter que la rentrée a eu lieu. Dès le 15 septembre, les professeurs du lycée de Saint-Denis et celui de Noisy-le-Sec ont entamé une grève, avec le soutien actif des associations de parents d’élèves et de nombre d’élus locaux pour réclamer des créations de postes et des ouvertures de classes. (…) Pour la première fois depuis mai-juin 1968 des établissements sont occupés de jour et de nuit, c’est notamment le cas dans le 93 à Saint-Denis, à Aubervilliers, à Montreuil. »
in Didier Leschi et Robi Morder, Quand les lycéens prenaient la parole. Les années 68, Syllepse, 2018.
Ces questions récurrentes ont également donné lieu à de fortes mobilisations lycéennes en 1990 et en 1998, débouchant alors sur des mesures significatives considérées comme des victoires. Des mouvements d’automne ont également touché les lycéens, mais sur d’autres sujets, par exemple celui contre la réforme des retraites en 2010.
Ce qui est inédit en cette mobilisation de l’automne 2026 est d’abord le contexte global du mouvement, avec une guerre à l’est de l’Europe accompagnée d’une hausse des budgets militaires qui contraste avec une insuffisance chronique des crédits pour l’éducation, une crise climatique qui impacte des établissements mal isolés où les lycéens souffrent de la chaleur et un risque d’accès de l’extrême droite à la présidence de la République en 2027. Ce dernier enjeu a pu être ressenti par nombre de lycéens des banlieues populaires – où le mouvement a démarré – comme une menace existentielle.
Comment se faire entendre ?
Pour faire valoir leurs revendications, les actions possibles sont limitées. La représentation lycéenne existe en droit (des élèves siègent dans les conseils d’administration et dans des institutions nationales auprès du ministère), mais avec peu de portée.
Outre qu’elle n’est pas un droit pour les lycéens, la grève, en tant que simple arrêt de travail, n’est aucunement un moyen de pression (une grève lycéenne ne gêne personne, elle n’arrête aucune production). En conséquence, pour qu’un mouvement lycéen soit efficace, il ne suffit pas de déserter les cours, encore faut-il être visibles, audibles, médiatiques.
Il convient de noter le changement de vocabulaire intervenu au cours des dernières décennies. « Piquet de grève » a été remplacé par « blocage », ou « blocus », notamment depuis le mouvement lycéen contre la loi Fillon en 2005. Les assemblées générales qui se tenaient dans les lycées, décidant de piquets de grève (piquets « filtrants » ou piquets « bloquants ») sont devenues plus difficiles à organiser, surtout quand les administrations ne les autorisent pas, parfois en raison simplement du manque de salles. Désormais, les organisations lycéennes comme les administrations ne parlent plus de lycées en grève, mais comptabilisent des lycées bloqués.
Pour être visibles, il leur faut donc avoir des actions spectaculaires. Comme chaque groupe social, les lycéens utilisent ce qu’ils ont sous la main : poubelles pour bloquer, ou ralentir, l’entrée du lycée, manifestation dans le quartier ou la ville – avec les mesures d’interdiction, cela est plus difficile – appel à des personnalités (des élus, par exemple) susceptibles d’attirer la curiosité des médias, pancartes, etc.
C’est dans ce contexte qu’intervient la question de la violence. Il faut attendre les éléments plus précis sur les profils des jeunes arrêtés. On sait que, pour la grande majorité, il s’agit de mineurs. Mais s’agit-il de lycéens ou de jeunes sortis, ou exclus, du système scolaire ? Les circonstances, les faits reprochés peuvent différer d’un individu à l’autre.
En attendant, rappelons que, dans les premiers jours de Mai-68 au Quartier latin, on trouvait un nombre important de jeunes travailleurs qui se joignaient aux étudiants pour, en quelque sorte, se venger des humiliations subies dans leurs cités et leurs quartiers par la police, comme l’a rappelé le sociologue Gérard Mauger.
La crise actuelle mêle les caractéristiques des mobilisations lycéennes avec celles des « émeutes protopolitiques » survenues dans les banlieues – notamment en 2005. Notons que les « jeunes de banlieue » ne sont pas uniquement des jeunes de banlieue, ils sont aussi lycéens, étudiants, parfois chômeurs ou précaires. Ils agissent et réagissent autant sur leurs lieux d’études, de travail, d’habitation. Les manifestations lycéennes sont également des lieux de convergence à l’échelle locale.
Une réponse policière inédite face à des adolescents
Ce qui est également singulier, c’est la façon dont les pouvoirs publics ont ignoré la situation alors que les manques de moyens, de personnels sont signalés régulièrement et, encore en cette rentrée, par les syndicats enseignants.
Si les gouvernements depuis 2017 ont connu des conflits inédits, tels les gilets jaunes, Sainte-Soline, des émeutes urbaines, les mouvements lycéens ou étudiants sont récurrents, et sont susceptibles d’être résolus par la négociation. Or, depuis 2016 (loi Travail), la réaction de « fermeté » semble être devenue une norme, au risque d’affrontements violents, rendant la présence aux manifestations, pourtant légales, périlleuse. Appliquée à des adolescents, elle apparaît manifestement disproportionnée et dangereuse.
Il semble qu’après avoir ignoré l’ampleur des problèmes le choix de la répression ait prévalu. C’est le ministère de l’intérieur qui a été mis en avant, privilégiant les fermetures en masse des établissements. On avait connu dans les mouvements passés quelques fermetures exceptionnelles, mais jamais à une telle échelle.
Après avoir communiqué sur une « instrumentalisation » du mouvement par La France insoumise (LFI) du fait du soutien affirmé de cette dernière et de la présence de ses élus devant les établissements (alors que d’autres partis ont fait de même), le discours gouvernemental a finalement admis que les revendications étaient légitimes. Sans doute, l’opinion des Français, qui approuvent la légitimité des revendications des lycéens, aura renforcé le mouvement, mais aussi l’ampleur, comme la bonne tenue, des manifestations du 6 octobre. Les syndicats annoncent 450 000 manifestants, quand le ministère en dénombre 250 000, dans toute la France.
Or, qui dit négociation, dit rapport de force. Ce qui était possible avant le mouvement pour tenter de « calmer le jeu », s’avère insuffisant aujourd’hui alors que la mobilisation s’est maintenue et que la menace d’une extension aux étudiants et d’une jonction avec d’autres mécontentements pèse sur le gouvernement. Sur les réseaux sociaux utilisés par les jeunes, beaucoup font référence non seulement aux manifestations avec d’autres syndicats, mais aussi à l’appel à la mobilisation contre la vie chère, le 17 octobre prochain, comme un retour des « gilets jaunes. En quelque sorte les enchères montent.
Robi Morder est membre de: SNESup, Association autogestion, RESU.
07.10.2026 à 12:19
Des scientifiques avaient prédit la fin du monde pour le vendredi 13 novembre 2026. Faut-il s’inquiéter ?
Texte intégral (2071 mots)

L’ESSENTIEL
En 1960, des chercheurs prédisaient une croissance démographique infinie et la fin du monde pour le 13 novembre 2026.
Leurs projections sont restées étonnamment précises jusqu’aux années 1990, avant que la baisse de la natalité ne les démente.
Derrière cette prédiction spectaculaire, une démarche scientifique solide illustre comment l’absurde peut attirer l’attention sur un sujet sérieux.
En 1960, Science, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques au monde, publiait un article au titre sans équivoque : « La fin du monde : vendredi 13 novembre 2026 ». Il prédisait qu’à cette date – dans un peu plus d’un mois – la population humaine tendrait vers l’infini, entraînant de fait sa propre annihilation.
Cette prédiction extravagante a valu à l’article un large écho auprès du public. Plus surprenant encore, les recherches et les calculs sur lesquels elle reposait paraissant solides, elle a aussi fait l’objet d’un examen scientifique attentif et prolongé.
Les auteurs – Heinz von Foerster, professeur et spécialiste de la cybernétique austro-américain, et deux de ses étudiants, Patricia M. Mora et Lawrence W. Amiot – soutenaient que les populations humaines constituent un cas à part : leur croissance pourrait dépasser le rythme exponentiel et accélérer sans cesse.
« Nos arrière-arrière-petits-enfants ne mourront pas de faim, affirmaient-ils. Ils mourront écrasés par la foule. » L’article était régulièrement cité et ses prédictions semblaient remarquablement exactes – jusqu’aux alentours de 1993, à mi-chemin de la « fin du monde » annoncée, lorsque la population mondiale a commencé à croître moins vite que prévu.
Aujourd’hui, le taux de natalité mondial est un peu inférieur à la moitié de ce qu’il était en 1960. Espérons que le 13 novembre sera pour nous tous une journée ordinaire. Cet article reste néanmoins un exemple magistral de l’alliance entre rigueur scientifique et art de la mise en scène.
Des capacités propres à l’humanité
Au milieu du XXe siècle, la croissance de la population mondiale suscitait des inquiétudes grandissantes : elle risquait d’entraîner une pénurie de ressources et des conflits géopolitiques. Ces craintes reposaient en grande partie sur une adhésion, implicite ou explicite, à l’idée malthusienne selon laquelle la population peut croître de façon exponentielle, mais reste constamment limitée par sa capacité à se nourrir.
Dans leur article, von Foerster et ses coauteurs soutenaient toutefois que la population humaine pourrait constituer un cas à part. Grâce à notre capacité à communiquer et à former des « coalitions » pour résoudre les problèmes, une densité de population accrue pourrait simplement multiplier les possibilités de collaboration. Notre population pourrait ainsi croître plus vite que selon un rythme exponentiel, avec une accélération constante.
Ils s’appuyaient ensuite sur 24 estimations de la population mondiale couvrant les 2 000 dernières années pour montrer que celle-ci avait, de fait, continuellement dépassé les prévisions. Le tout était exposé dans une prose scientifique sobre, étayée par des équations mathématiques complexes.
« Écrasés par la foule »
Von Foerster et ses coauteurs ont ensuite extrapolé ces données historiques, calculant qu’avec une croissance toujours plus rapide, notre population tendrait vers l’infini en 2026.
Heureusement, cette même capacité à collaborer, qui avait contribué au développement de notre espèce tout au long de l’histoire, pouvait désormais éviter la catastrophe. Puisque nous ne souhaiterions probablement pas raccourcir notre espérance de vie, concluaient-ils, nous devrions unir nos efforts pour réduire de moitié le taux de natalité mondial.
La publication a immédiatement fait sensation. Time et le New York Times lui ont consacré des articles. Elle a inspiré la série de bandes dessinées Pogo, et de nombreux commentateurs n’y ont vu qu’une manière ironique de tourner en dérision les craintes liées à la croissance démographique.
Une explosion démographique
Mais l’affaire, loin de retomber, a pris une tournure inattendue. Lorsque Science a publié des lettres de mathématiciens et de démographes critiquant les travaux de von Foerster et de ses collègues – les qualifiant de « ridicules » et de « manifestement absurdes » –, les auteurs ont riposté avec vigueur, réaffirmant la validité de leurs calculs et des conclusions qu’ils en tiraient.
Des années 1960 aux années 1980, l’équation de la « fin du monde » a été régulièrement citée – généralement prise au pied de la lettre – dans des manuels de génétique, d’écologie et de démographie.
Elle est aussi apparue dans des contextes plus inattendus. En 1963, devant une commission parlementaire canadienne, un représentant de l’industrie chimique l’a ainsi mise en avant pour justifier le recours aux pesticides chimiques : il fallait pouvoir nourrir une population sur le point d’exploser. En 1971, dans une affaire concernant l’avortement portée devant la Cour suprême des États-Unis, qui a précédé l’arrêt Roe v. Wade, elle a été invoquée pour soutenir qu’aucune raison impérieuse ne justifiait que le gouvernement encourage la croissance démographique.
L’idée d’une fin du monde démographique a perduré en partie parce que ses prévisions se sont révélées très exactes – du moins pendant un temps. L’équation centrale de l’article donnait des projections plus fiables que celles de la plupart des démographes tout au long des années 1970 et 1980.
Ce n’est que vers 1993 que cette précision a commencé à s’émousser et que la population mondiale s’est mise à croître moins vite que prévu : le monde commençait à faire ce que von Foerster et ses collègues avaient préconisé. Aujourd’hui, le taux de natalité mondial est un peu inférieur à la moitié de celui de 1960.
Science et art de la mise en scène
Nous ne nous réveillerons probablement pas tous le vendredi 13 novembre « écrasés par la foule ». Mais avant de passer à autre chose – et de nous préparer au prochain scénario de fin du monde –, demandons-nous ce que celui-ci peut nous apprendre.
À mes yeux, la leçon tient à la manière dont nous présentons nos convictions au monde. Heinz von Foerster a été, à une période de sa vie, prestidigitateur. Selon les principes classiques de la mise en scène, une illusion réussie repose sur trois étapes : la mise en place, le coup de théâtre et la révélation finale qui ramène la situation à la normale.
L’article de von Foerster et de ses coauteurs a fait sensation en associant un contenu scientifique classique à un titre et à une conclusion spectaculaires. S’il a durablement marqué les esprits, c’est parce qu’il s’appuyait sur des recherches et un raisonnement solides.
Passer par l’absurde pour attirer l’attention du monde sur une question sérieuse : voilà un beau tour de magie.
Alan MacEachern ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
07.10.2026 à 11:42
La peste a-t-elle tué une chercheuse russe ? Ce que l’on peut dire à ce stade
Texte intégral (1514 mots)
L’ESSENTIEL
Une employée d’un laboratoire russe est morte en Sibérie : la peste est suspectée, mais n’a pas été confirmée.
La peste pulmonaire peut se transmettre entre humains et se soigne par antibiotiques si elle est traitée rapidement.
Le risque pour la population semble faible, mais des informations transparentes restent nécessaires pour l’évaluer.
Les informations contradictoires sur la mort d’une employée de laboratoire dans un institut russe de recherche sur la peste ont alimenté les craintes d’une possible propagation de la peste pulmonaire.
Près de 200 personnes sont en quarantaine en Sibérie après que Darya Shipilova, 28 ans, est tombée malade sur son lieu de travail, avant de mourir le 2 octobre.
Les circonstances exactes de sa mort restent inconnues. La semaine dernière, un haut responsable russe a écrit sur les réseaux sociaux que Shipilova était « morte de la peste », avant de modifier sa publication pour ajouter « peut-être ». L’autorité sanitaire russe a depuis déclaré qu’elle était décédée d’une « pneumonie d’origine inconnue ».
Des médias locaux ont évoqué une contamination à la suite d’un accident dans le laboratoire où elle travaillait, l’Institut de recherche sur la peste de Sibérie et d’Extrême-Orient, à Irkoutsk. Ces informations n’ont toutefois pas été confirmées.
Qu’est-ce donc que la peste et comment se transmet-elle ? Faut-il s’inquiéter ?
Qu’est-ce que la peste ? Existe-t-il différentes formes ?
La peste est causée par la bactérie Yersinia pestis. Celle-ci se trouve généralement chez des rongeurs vivant au sol, comme les rats et les chiens de prairie, mais elle peut aussi infecter les humains.
(La peste est une maladie qui sévit toujours de nos jours, en particulier en Afrique, Asie et Amérique. Elle fait même partie des maladies ré-émergentes dans le monde, précise l’Institut Pasteur qui fait le point sur cette pathologie dans ses pages, ndlr).
Cette même bactérie peut provoquer trois formes différentes de peste.
La peste bubonique se transmet des animaux aux humains par l’intermédiaire des puces et provoque un gonflement des ganglions lymphatiques, appelés « bubons ». Les autres symptômes comprennent de la fièvre, des maux de tête, des frissons et une sensation de faiblesse. La peste bubonique peut tuer en quelques jours si elle n’est pas traitée par des antibiotiques. Sans traitement, 30 à 60 % des personnes qui contractent cette forme de peste en meurent.
La peste septicémique peut se développer lorsqu’une peste bubonique n’est pas traitée, ou survenir directement si la bactérie pénètre dans la circulation sanguine. Elle provoque des hémorragies dans les organes. Son nom renvoie à la septicémie, une grave infection du sang que cette forme de la maladie peut entraîner.
La peste pulmonaire – soupçonnée, sans confirmation à ce stade, d’avoir causé la mort de Shipilova en Sibérie – peut survenir lorsque la peste bubonique se propage aux poumons. Mais elle peut aussi se transmettre d’une personne à l’autre par de minuscules gouttelettes respiratoires. C’est la forme la plus rare, mais aussi la plus grave. Sans traitement, son taux de mortalité peut atteindre 100 %.
Aux autres symptômes s’ajoute une pneumonie sévère, c’est-à-dire une infection des poumons, ici causée par une bactérie.
La peste, une maladie du Moyen Âge ?
La peste bubonique a causé la mort de dizaines de millions de personnes dans l’ouest du bassin méditerranéen entre 541 et 750 de notre ère : c’est la peste de Justinien. Au Moyen Âge, elle a tué jusqu’à la moitié de la population européenne lors de la peste noire.
Mais des épidémies ont également eu lieu depuis le Moyen Âge.
À lire aussi : La découverte d’une liste de survivants de la peste noire éclaire la façon dont on guérissait de la maladie au Moyen Âge
Une troisième pandémie, survenue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, a fait jusqu’à 12 millions de morts. La peste reste endémique en Asie centrale, en Afrique, dans les Amériques et en Sibérie, où l’employée du laboratoire russe est morte la semaine dernière. Cela signifie que la maladie persiste dans ces régions à un niveau relativement stable.
La peste touche surtout les zones rurales et agricoles. Une éventuelle fuite de laboratoire en pleine ville constituerait donc un cas inhabituel.
Peut-on la soigner ?
Oui. Un traitement antibiotique de 10 à 14 jours, par voie orale ou intraveineuse, permet de soigner la peste, à condition de commencer rapidement après l’infection. Toutefois, depuis 1995, plusieurs souches résistantes aux antibiotiques ont été détectées dans la nature.
Dans les années 1980, des scientifiques soviétiques ont également mis au point des souches résistantes. Ces travaux ont depuis nourri des scénarios hypothétiques de guerre biologique.
Toutefois, rien ne prouve que la souche soupçonnée d’avoir causé la mort de Shipilova soit résistante aux antibiotiques, ni que le laboratoire mène des recherches sur les armes biologiques.
Faut-il s’inquiéter ?
Une seule épidémie majeure de peste pulmonaire a été documentée : elle a eu lieu en Chine dans les années 1910. Nous savons encore peu de choses sur le cas survenu en Sibérie. Mais à ce stade, peu d’éléments laissent craindre une épidémie, qui resterait localisée, ou une pandémie, qui toucherait plusieurs pays.
Dans un communiqué, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué avoir connaissance d’informations selon lesquelles le décès d’une employée de laboratoire dans la région d’Irkoutsk, en Sibérie, fait l’objet d’analyses pour déterminer s’il pourrait être lié à la peste pulmonaire ».
Et les services de l’OMS d’ajouter que : « sur la base des informations actuellement disponibles […] le risque est modéré à faible pour Irkoutsk, faible pour la Fédération de Russie dans son ensemble et très faible pour la région européenne ». Ils concluent que « cette évaluation pourra être révisée en fonction des nouvelles informations disponibles. »
Pour évaluer ce risque, il sera essentiel de disposer d’informations transparentes sur les circonstances dans lesquelles Shipilova est tombée malade puis est décédée.
Thomas Jeffries ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.