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08.04.2026 à 17:41

Robert F. Kennedy Jr et l’art politique de la fabrique du doute

Fatima-Zahra Aklalouch, Associate Professor, Université Paris Cité
Que révèle le discours politique de Robert F. Kennedy Jr, le controversé secrétaire états-unien à la santé, dont la mission est de « rendre à l’Amérique sa santé » ?
Texte intégral (1867 mots)

Le 9 septembre 2025, Robert F. Kennedy Jr, ministre de la santé de Donald Trump, publiait la stratégie MAHA (Make America Healty Again) : « Rendre sa santé à l’Amérique. » Pourtant, sa rhétorique semble exprimer autre chose : celle du maintien d’un doute permanent.


Robert F. Kennedy Jr n’est pas seulement un homme politique controversé. C’est une personnalité qui a su transformer le scepticisme en véritable identité politique et qui a appris à se servir du discours de la transparence comme arme de doute envers la santé publique elle-même.

Son ascension jusqu’au poste élevé qu’il occupe aujourd’hui n’est pas qu’une histoire de dénonciation du principe de la vaccination. Elle est celle d’une production du doute : phrase après phrase, métaphore après métaphore, jusqu’à ce que l’incertitude s’immisce dans le quotidien.

La biographie de Kennedy commence par une autorité héritée. Né en 1954, il est le neveu de John F. Kennedy et le fils de Robert F. Kennedy. Aujourd’hui, il porte un nom qui résonne encore avec l’idéalisme américain. Pourtant, comme le souligne le Monde, son nom à lui est progressivement devenu associé à un activisme teinté de théories complotistes et au vaccinoscepticisme – une fusion délicate entre dynastie et dissidence.

Pendant des décennies, la carrière publique de Kennedy ne s’est pas centrée sur la médecine mais sur l’environnement. C’est en exerçant les fonctions d’avocat et de militant écologiste qu’il s’est forgé une crédibilité, luttant contre les entreprises polluantes et poursuivant en justice des entreprises industrielles accusées d’empoisonner les rivières et les communautés.

Cette période de sa vie est importante aujourd’hui car elle fournit le cadre moral qui continue aujourd’hui de façonner son discours : les industries puissantes oppressent les innocents, les autorités de régulation échouent, et le justicier, seul, expose la vérité.

Problème : Kennedy semble avoir repris ce modèle – propre à l’environnement – pour l’appliquer au domaine de la santé publique. Selon lui, les vaccins sont moins des outils médicaux que des symboles d’une corruption institutionnelle.

La fabrique d’une rhétorique

C’est au milieu des années 2000 que Kennedy commence à promouvoir des idées remettant en cause l’innocuité des vaccins. En 2016, il cofonde l’une des organisations antivax les plus influentes du pays : le World Mercury Project, devenu en septembre 2018 Children’s Health Defense, dont il sera ensuite le « chairman » (président du conseil).

Certains fact-checkers relèvent par ailleurs qu’il établit souvent des liens entre l’autisme et les vaccins, alors même que l’inexistence de ces liens a été démontrée scientifiquement.

Langage du doute : lire entre les lignes

Mais ce qui singularise Kennedy est avant tout sa méthode rhétorique. En effet, il se présente rarement comme un antivax. Au contraire, il modère ses discours par des mots bien choisis, qui lui offrent une sorte de « bouclier linguistique ».

« Je suis pour la sécurité sanitaire. Je ne suis pas anti-vaccin… tous mes enfants sont vaccinés. »

Cette affirmation n’est pas fortuite. Elle est stratégique. En rejetant cette étiquette tout en entretenant le soupçon, Kennedy donne l’impression que le doute est raisonnable, voire responsable. Il en résulte une banalisation de la méfiance sans qu’il n’ait jamais à en assumer les conséquences.

Lors de la pandémie de Covid-19, cette rhétorique s’est significativement intensifiée. La revue scientifique Nature a qualifié Kennedy d’un des principaux diffuseurs de fausses informations concernant les vaccins, aux États-Unis. De même, le média NPR a analysé la façon dont il a attisé la méfiance envers les institutions de santé publique pendant la crise.

Lors de cette période, son discours se caractérise par une rhétorique populiste constante, opposant les citoyens ordinaires aux élites corrompues. La vaccination n’est plus présentée comme une intervention médicale, mais comme un symbole de coercition. « Soumettez-vous au gouvernement, faites ce qu’on vous dit », dénonce-t-il, déplorant qu’il n’y ait « aucun débat possible ».

Opposer la science à la « quête de la vérité »

Ce discours est politiquement efficace, précisément parce qu’il change la donne. Le débat ne porte plus sur des aspects épidémiologiques, mais sur des concepts comme la liberté, la trahison et l’intégrité morale. La science est présentée non pas comme une méthode mais comme une institution dont il faut se méfier.

Le propos de Kennedy repose sur un minutieux entretien du doute.

« Il n’y a pas de preuve », concède-t-il, avant de faire volte-face : « Nous ne savons pas encore ce qui en est la cause, alors ne devrions-nous pas garder l’esprit ouvert ? » La manœuvre est subtile : le consensus est présenté comme une conclusion hâtive, le scepticisme comme une vertu intellectuelle.

Kennedy va plus loin en redéfinissant la science elle-même. « La science ne dit rien », déclare-t-il. « La science est un débat. » Cette posture épistémique a des conséquences graves : si la science n’est qu’une dispute sans fin, alors aucune preuve ne pourra jamais trancher définitivement un désaccord. Le doute devient, dès lors, structurel.

Pour légitimer sa méfiance, Kennedy s’appuie davantage sur des récits moraux que sur une méthodologie rigoureuse. Il invoque volontiers Francis Kelsey (1914-2015), la scientifique de l’US Food and Drug Administration (FDA) qui s’était opposée à l’autorisation de la thalidomide, et la salue car elle « remettait la science en question ». La suggestion implicite est claire : la voix discordante d’aujourd’hui pourrait être le héros de demain. Mais l’analogie est trompeuse. Remettre en question la négligence réglementaire n’équivaut en aucun cas à remettre en cause des décennies de données sur les vaccins.

Lorsqu’on le contredit directement, Kennedy oppose au consensus scientifique des études « alternatives », promettant que s’il a tort, il « présentera des excuses publiques », insistant sur le fait qu’« il existe également d’autres études encore ». La conclusion est ainsi sans cesse repoussée et la discussion est conçue pour ne jamais aboutir.

Plus significatif encore, la rhétorique de Kennedy a commencé à remodeler les institutions elles-mêmes après son arrivée au ministère de la Santé. Des législateurs l’ont accusé de déstabiliser la gouvernance vaccinale après qu’il eut limogé les 17 membres d’un important comité consultatif, qualifiant cette décision d’inédite et d’irresponsable.

L’Association états-unienne de santé publique a averti que ses antécédents témoignaient d’un net penchant pour la désinformation et d’un manque de rigueur scientifique. La revue médicale The Lancet est allée plus loin, affirmant que son influence pourrait accroître la réticence mondiale à la vaccination, citant l’épidémie de rougeole aux îles Samoa comme un exemple tragique d’une méfiance amplifiée jusqu’à la catastrophe.

Kennedy n’agit pas seul. Il est porté par tout un écosystème qui le présente comme un défenseur persécuté de la vérité. Le rapport que lui a consacré la sénatrice démocrate Elizabeth Warren décrit par ailleurs son leadership comme la mise en œuvre d’une stratégie de déstabilisation anti-vaccinale. Ce qui en ressort n’est pas simplement un scepticisme individuel, mais un mouvement dont la méfiance est le fondement et où l’exigence de transparence devient une arme politique.

La vraie question que RFK Jr impose à la vie publique n’est pas de savoir si les vaccins sont sûrs – une question maintes fois tranchée par des preuves scientifiques – mais si les sociétés démocratiques peuvent survivre à l’érosion délibérée d’une réalité commune.

Un dissident de la santé publique

À un certain point, le sujet dépasse la simple personne du ministre de la santé, et interroge la culture qui permet à de telles affirmations de prospérer.

Comment le doute devient-il une identité ? Comment la remise en question se transforme-t-elle en une forme de pouvoir ?

Et que se passe-t-il lorsque le langage de la science devient un champ de bataille plutôt qu’une méthode ?

Dans un tel monde, la science cesse de fonctionner comme un outil commun d’établissement des faits. Elle devient au contraire un terrain de joute rhétorique : des acteurs rivaux revendiquent l’autorité de la science, chacun présentant sa propre version de celle-ci. Il en résulte non pas de la clarté, mais un conflit permanent, où le mot lui-même devient une arme dans la lutte pour savoir qui a le droit de définir la réalité.

Si Kennedy a commencé sa carrière comme militant écologiste, il est devenu un dissident de la santé publique. Désormais, il est quelque chose de plus inquiétant : un acteur politique dont l’influence ne réside pas dans la résolution de l’incertitude, mais dans son maintien.

La question la plus urgente n’est peut-être pas ce que croit Robert F. Kennedy Jr C’est ce que sa rhétorique rend possible.

The Conversation

Fatima-Zahra Aklalouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

08.04.2026 à 17:41

La contamination chimique des cires d’abeille, un problème sanitaire qui passe sous les radars

Julie Chiron, Chef de projet évaluation des risques liés à la santé, l'alimentation et au bien-être des animaux, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)
La cire, essentielle à la ruche, piège aussi les polluants. Selon l’Anses, presque toutes les cires sont contaminées, surtout celles issues des enseignes commerciales généralistes.
Texte intégral (3232 mots)
Chaque année, les apiculteurs recyclent une partie de la cire qu’ils ont récupérée avec leur dernière récolte de miel. Mais nombreux sont ceux qui doivent la compléter par un apport extérieur de cire, potentiellement contaminée par de nombreuses substances. Les abeilles de Fanny/Wikicommons, CC BY-SA

Substance clé de la ruche, la cire agit aussi comme piège à polluants, ce qui pourrait menacer la santé des abeilles. Une expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, ou Anses, montre que la quasi-totalité des cires présente des contaminations chimiques, avec des niveaux plus élevés dans les circuits commerciaux que chez les apiculteurs qui recyclent leur propre cire d’une année à l’autre.


On le sait : la pérennité des écosystèmes dépend de la santé des pollinisateurs. Les abeilles en sont les représentantes emblématiques, leur déclin suscite l’inquiétude de la société et de la communauté scientifique. En cause, l’évolution des paysages, l’usage de produits chimiques en agriculture et en apiculture, notamment antiparasitaires pour lutter contre l’acarien Varroa destructor.

Or, la cire produite par les abeilles, substance de nature lipophile (c’est-à-dire présentant une affinité chimique pour les graisses), fixe et diffuse les substances chimiques contaminantes. En ce sens, elle peut constituer un biomarqueur de la contamination environnementale de la colonie d’abeilles.

Les jeunes abeilles produisent naturellement de la cire, mais le coût énergétique de sa fabrication peut diminuer la quantité de miel produit. L’ajout de cire dans la ruche leur donne un coup de pouce précieux pour édifier les alvéoles. Pour cela, les apiculteurs disposent chaque année sur les cadres de la ruche des feuilles de cire gaufrée, qui servent alors de base aux abeilles ouvrières.

Les feuilles de cire gaufrée sont disposées sur les cadres de la ruche, en général une fois par an. GT Cires Anses, Fourni par l'auteur

Pour des raisons économiques, ces feuilles sont généralement produites à partir de cire recyclée : les cires sont collectées en même temps que la récolte de miel, fondues puis réutilisées. Ce recyclage peut entraîner l’accumulation progressive de contaminants chimiques susceptibles d’être nocifs pour les abeilles.

Recyclage de la cire en apiculture. GT Cires Anses, Fourni par l'auteur

Les bonnes pratiques apicoles de l’Institut de l’abeille et de la pollinisation (Itsap) préconisent que seuls les opercules de cire (les pellicules de cire utilisées pour fermer les alvéoles) produits dans l’année par les abeilles soient recyclés, mais la cire étant un produit rare, certains apiculteurs s’approvisionnent auprès de fournisseurs tiers.

Pour mieux comprendre l’ampleur du problème, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a récemment mené une expertise pour dresser l’état des lieux des contaminants chimiques présents dans les cires utilisées en apiculture, en France hexagonale.

Pas de contrôle des cires importées, faute de définition réglementaire

La France importe ainsi environ 1 000 tonnes de cire par an, essentiellement de Chine. Or, en raison de l’absence de définition réglementaire de la cire d’abeille à usage apicole, il n’existe pas de contrôle spécifique pour ce produit, en dehors des contrôles documentaires classiques (portant sur l’exactitude, l’exhaustivité et la validité des déclarations en douane) effectués en postes frontières.

L’exposition chronique, par la cire, du couvain et des abeilles aux contaminants qu’elle contient, est susceptible d’avoir un impact sur leur développement, leur santé et leur survie. Et cela, à tous les stades de développement (larves, nymphes et adultes), ce qui peut menacer la santé de la colonie entière.

Il n’existait, jusqu’alors, aucun état des lieux de la contamination des cires en France ni d’évaluation chiffrée du risque posé pour la santé des abeilles.


À lire aussi : Pourquoi l’abeille est-elle devenue le symbole de la lutte contre les pesticides ?


Les contaminations chimiques découvertes

Dans le but de mieux connaître l’état des contaminations des différents types de cires en France, deux études de terrain successives ont été conduites, en plus d’une revue de la bibliographie.

La première a été menée auprès des apiculteurs professionnels (étude CIMEQA) et la seconde (une convention de recherche-développement, ou CRD, cosignée par l’Itsap et l’Anses), auprès des apiculteurs de loisir.

En effet, ces deux groupes n’ont pas les mêmes pratiques :

  • Les apiculteurs professionnels (possédant plus de 150 ruches) sont majoritairement autosuffisants en cire : leur rucher leur en procure suffisamment pour qu’ils puissent la recycler et fournir la quantité nécessaire au renouvellement des cadres de leurs ruches. En apportant leur production annuelle au cirier (industriel ou artisan préparant la cire ou des produits en cire), ils peuvent récupérer les feuilles de cire gaufrée issues du recyclage de leur propre cire.

  • Les apiculteurs de loisir (possédant moins de 150 ruches) ne sont généralement pas autosuffisants. Différents circuits de recyclage et d’achats de cire s’offrent à eux : les ciriers, les collectifs d’apiculteurs, les enseignes spécialisées en apiculture et, enfin, les enseignes non spécialisées (type magasin de jardinage-bricolage).

Il en ressort que la quasi-totalité des échantillons analysés est contaminée, quelle que soit la population d’apiculteurs étudiée.

En comparaison des cires qu’emploient les apiculteurs professionnels, les cires distribuées dans le commerce présentent des niveaux de contamination supérieurs. Il apparaît toutefois que les contaminants les plus fréquemment retrouvés dans ces deux catégories de cires sont globalement les mêmes : le tau-fluvalinate, le coumaphos, le propargite et le piperonyl butoxide (PBO).

Parasite Varroa destructor sur la tête d’une nymphe d’abeille dans une ruche. Gilles San Martin, CC BY-SA

Il s’agit de résidus de produits phytopharmaceutiques, de médicaments vétérinaires, de biocides et d’éléments traces métalliques, qui sont d’origine environnementale ou apicole. Dans le second cas, ils sont souvent liés à la lutte contre l’acarien Varroa destructor.

Ces analyses confirment des fréquences d’occurrence importantes des médicaments vétérinaires, actuellement ou auparavant autorisés (tau-fluvalinate, coumaphos, thymol pour la seule étude l’ayant recherché, métabolites de l’amitraze, fluméthrine).

D’autres résultats étaient moins prévisibles, comme la présence de pyréthrinoïdes (utilisés comme insecticides, notamment en agriculture), des composés organophosphorés ou organochlorés, qui sont des polluants organiques persistants. Parmi les substances les plus préoccupantes, des pyréthrinoïdes ont été retrouvés dans plus de 40 % des échantillons des cires gaufrées commercialisées.

Les cires vendues par les enseignes généralistes sont davantage à risque

L’Anses a ensuite calculé le risque pour les abeilles à partir des DL50 (c’est-à-dire une dose provoquant 50 % de mortalité pour les populations d’abeilles) de chacune des substances chimiques identifiées dans les échantillons et dans les concentrations où elles y ont été retrouvées. Plus la DL50 est faible, plus la substance est toxique.

L’outil en ligne BeeToxWax, développé par l’Université de Liège, a été utilisé. Il permet de calculer instantanément un quotient de risque (QR) qualifiant la toxicité de la cire et sa possible réutilisation en apiculture en fonction de seuils définis dans la littérature scientifique.

Les seuils étaient les suivants :

  • QR < 250 : risque chimique jugé acceptable, cire considérée comme étant de bonne qualité pour l’apiculture ;

  • 250 < QR < 5 000 : toxicité significative, la cire est classée comme étant de qualité intermédiaire pour l’apiculture ;

  • QR > 5 000 : toxicité élevée, la cire est considérée comme étant de mauvaise qualité pour l’apiculture.

Verdict ? Les résultats obtenus sont plus favorables pour les cires issues de l’autorenouvellement des apiculteurs professionnels. Seuls 4,5 % des échantillons issus de cet autorenouvellement présentaient un score de QR supérieur à 5 000.En revanche, les cires du commerce dépassent ce seuil pour 38,8 % des échantillons étudiés.

Au final, les cires les moins contaminées sont retrouvées essentiellement parmi les cires des apiculteurs professionnels : dans ce groupe, 81 % des cires ont un score de QR inférieur à 250, contre 30 % des cires provenant de l’étude CRD (apiculeurs de loisir).

Pour les différentes voies d’approvisionnement, enfin, les meilleurs résultats ont été obtenus pour les cires provenant des groupements d’apiculteurs, puis des ciriers. Les cires issues des enseignes spécialisées et surtout celles des généralistes obtiennent le moins bon score.


À lire aussi : Abeilles à miel : comment les humains ont bouleversé leur histoire et leur diversité


De l’importance des bonnes pratiques apicoles

Ainsi, la qualité toxicologique d’une cire est en partie liée à son circuit d’approvisionnement et à son origine géographique.

La cire utilisée par les apiculteurs autosuffisants est de bien meilleure qualité que celle du commerce. De même, les cires labellisées AB présentent une meilleure qualité que les cires conventionnelles. Enfin, les feuilles de cire gaufrées confectionnées exclusivement à partir d’opercules sont de meilleure qualité que les feuilles confectionnées à partir de mélanges contenant toutes les cires de cadres et/ou d’origines diverses.

La part de risque attribuable aux médicaments apicoles rappelle l’importance du respect des bonnes pratiques en termes d’application et de posologie. La fluméthrine (pyréthrinoïde), acaricide autorisé pour lutter contre le varroa qui parasite les abeilles, doit faire l’objet d’une attention particulière quant aux doses d’application. En cas de dépassement, une dégradation exponentielle de la qualité de la cire s’ensuit, et cela d’autant plus en association avec le PBO, qui augmente l’activité insecticide de cette molécule, que l’on retrouve dans 77,6 % des échantillons analysés chez les apiculteurs de loisir.

Même en retirant la part de risque liée aux médicaments vétérinaires, la qualité toxicologique des cires reste dégradée. Les substances présentant les parts de risque le plus élevé sont, pour les deux études, des pyréthrinoïdes. Là aussi, la présence du PBO augmente leur activité insecticide et augmente le risque chimique. Or, les connaissances et les outils disponibles aujourd’hui ne permettent pas d’évaluer de telles synergies.

De nombreux contaminants sont présents dans les cires alors qu’ils ne sont plus – ou n’ont jamais été autorisés – en Europe. Le maintien de leurs usages dans certains pays tiers, voire leurs usages détournés et mésusages en France ou ailleurs dans le monde, rappelle la nécessité de contrôler efficacement la provenance et la qualité des cires disponibles sur le marché français. Les enquêtes conduites ont démontré la meilleure qualité des cires d’origine française contre celles d’origine UE ou hors UE.

La conservation des molécules dans la cire recyclée nécessite de remettre dans le circuit des cires de la meilleure qualité possible. Pour cela, l’apiculteur est le premier intervenant à agir par l’application des bonnes pratiques apicoles et la surveillance régulière et attentive de ses colonies. Le rapport d’expertise de l’Anses compte de nombreuses recommandations à destination de tous les acteurs de la filière apicole, et en premier lieu des apiculteurs.


L’autrice de ce texte adresse ses remerciements au groupe de travail Cires de l’Anses : Carole Peroz (présidente du groupe de travail), Lionel Grisot (vice-président), Frédéric Delbac, Yves Le Conte, Monique L’Hostis, Anne-Claire Martel, Freddie-Jeanne Richard, Christophe Roy, Claude Saegerman et Cyril Vidau ainsi qu’à Caroline Boudergue (adjointe à la cheffe d’unité Anses).

The Conversation

Julie Chiron ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

08.04.2026 à 17:40

Se conformer aux normes de genre, ça commence dès le plus jeune âge

Adam Stanaland, Assistant Professor of Psychology, University of Richmond
Andrea Vial, Assistant Professor of Psychology, New York University Abu Dhabi
Très tôt sensibles aux normes de genre, les enfants ne se contentent pas d’en être des observateurs, ils les intériorisent.
Texte intégral (1747 mots)

Très tôt sensibles aux normes de genre, les enfants ne se contentent pas d’en être des observateurs, ils les intériorisent. Comment cela se manifeste-t-il ? Et comment cela évolue-t-il avec l’âge ?


Beaucoup de personnes ont déjà ressenti cette pression subtile qui les pousse à vouloir paraître « assez viriles » ou « assez féminines » aux yeux des autres. Des études ont démontré que cette pression peut avoir des conséquences tant sur le plan personnel que social.

Lorsque les hommes ont le sentiment que leur virilité est mise en question, ils peuvent réagir par des comportements agressifs et nuisibles. Lorsque les femmes s’écartent des stéréotypes de la féminité – ou même lorsqu’elles envisagent simplement de le faire –, elles subissent souvent des réactions négatives.

En tant que chercheurs étudiant la manière dont les stéréotypes et les normes de genre affectent les individus, de façon souvent inattendue, nous nous sommes interrogés sur les processus qui poussent les enfants à se conformer à ces normes stéréotypées. Quand cela commence-t-il, et de quelle manière cela peut-il se manifester ?

Dans une étude récemment publiée, menée avec notre collègue Andrei Cimpian, nous avons constaté que, lorsque les enfants perçoivent que leur sentiment d’appartenance en tant que « membre à part entière » d’un groupe de genre est menacé, ils se sentent poussés à se conformer à des rôles de genre, avec des conséquences durables.

Les questions des filles et celles des garçons

En nous inspirant de recherches menées auprès d’adultes, nous avons estimé que la meilleure façon d’évaluer la motivation des enfants à se conformer aux normes de genre consistait à remettre en question leur statut de membre « représentatif » de leur groupe de genre.

Pour ce faire, nous avons demandé à 147 enfants, âgés de 5 à 10 ans, à New York, de jouer à deux jeux, un « jeu de questions pour filles » et un « jeu de questions pour garçons ». Chacun comportait des questions difficiles sur des sujets stéréotypés selon le genre, telles que « Laquelle de ces fleurs est un coquelicot ? » (Jeu des questions pour filles) et « Laquelle de ces équipes de football a été championne en 2016 ? » (Jeu des questions pour garçons).

Nous avons réparti les enfants de manière aléatoire pour qu’ils reçoivent des commentaires suggérant que leurs performances étaient soit conformes aux stéréotypes de genre, soit atypiques par rapport à ceux-ci, cette dernière catégorie constituant notre version d’une menace pesant sur leur conformité de genre. Par exemple, un garçon placé dans cette condition de menace recevait un commentaire indiquant qu’il avait brillé au « Jeu des questions pour filles », mais qu’il avait échoué au « Jeu des questions pour garçons ».

Nous avons ensuite évalué comment ils réagissaient à ce retour d’information. Le garçon allait-il partager publiquement ou cacher sa réussite dans un « Livre des gagnants du Jeu des questions pour filles » ? Allait-il porter fièrement un autocollant « Gagnant du Jeu des questions pour filles », ou préférait-il changer d’autocollant ? Allait-il s’inquiéter de ce que ses camarades allaient penser ?

Quelles réponses aux menaces sur la conformité aux normes de genre ?

Nous avons identifié trois façons distinctes dont les enfants réagissaient face à des menaces pesant sur leur conformité de genre.

Tout d’abord, les filles et les garçons de tous âges sont particulièrement préoccupés par le fait de ne pas s’intégrer à leur groupe de genre. Cela signifie qu’ils s’attendent à davantage de rejet de la part de leurs pairs et manifestent une faible estime de soi.

Deuxièmement, certains enfants s’efforcent de montrer activement qu’ils s’intègrent dans leur groupe de genre. Les plus jeunes filles accentuent leur féminité, tandis que les garçons plus âgés accentuent leur masculinité. Par exemple, les garçons plus âgés nous ont dit qu’ils préféraient les figurines d’action aux poupées, ou qu’ils voulaient rejouer au « jeu des questions pour garçons » plutôt qu’au « jeu des questions pour filles ».

Cela va dans le sens de recherches antérieures montrant que de nombreuses jeunes filles sont plongées dans une « culture des princesses » et particulièrement soucieuses de prouver leur féminité, même si cette tendance s’estompe avec l’âge. À l’inverse, les garçons plus âgés apprennent de plus en plus, à mesure qu’ils grandissent, que la masculinité est un statut social précaire qui se gagne difficilement et doit être activement prouvé.

Troisièmement, les garçons de tous âges évitaient de paraître atypiques par rapport à leur groupe de genre, en se distanciant activement de tout ce qui était féminin. Nous n’avons pas observé chez les filles une tendance similaire à se distancier de tout ce qui était masculin.

Cette réaction reflète un double standard culturel aux États-Unis : on encourage souvent les filles à être sportives, à s’affirmer ou à ressembler à des « garçons manqués », alors que les garçons ne disposent pas d’équivalent socialement acceptable ; il n’existe pas de version masculine positive du terme « garçon manqué ». L’expression qui s’en rapproche le plus est « poule mouillée », qui n’est généralement pas considérée comme un compliment.

Aider les enfants à entretenir une relation plus saine avec les normes de genre

Nos résultats montrent que les fondements de cette recherche de conformité de genre à l’âge adulte – y compris certaines de ses manifestations les plus néfastes, telles que certaines formes d’agressivité masculine et certaines angoisses féminines sur les poursuites de carrière dans les domaines dominés par les hommes – se mettent en place dès le plus jeune âge.

Dès l’âge de 5 ans, les garçons repèrent qu’il est préférable pour eux d’éviter les comportements vus comme « féminins ». Vers 7 ans, ils semblent comprendre que la masculinité est un statut qu’il faut activement prouver et défendre, et cette mentalité peut se manifester par de l’agressivité, des violences sexuelles et une réticence à demander de l’aide à l’âge adulte.

Pour les filles, nos résultats suggèrent qu’elles sont motivées à prouver leur féminité de manière stéréotypée dès le plus jeune âge, mais que cela peut s’estomper ensuite. Cela s’explique peut-être par le fait que les filles sont parfois encouragées à se lancer dans des domaines historiquement vus comme « masculins », tels que le sport et les sciences et technologies. Ou bien elles se rendent compte que la masculinité permet aux hommes – et aux garçons – de réussir dans ces domaines, et cherchent donc à s’en rapprocher en s’éloignant de la féminité.

Il est toutefois possible que, dans d’autres contextes, les filles subissent davantage de pression pour incarner la féminité et éviter la masculinité – c’est-à-dire pour se conformer aux stéréotypes féminins – d’une façon que nous n’avons pas pu mettre en évidence dans notre étude. Nous ne comprenons pas non plus pourquoi les réactions des filles face à la perception de menaces sur la conformité de genre pourraient s’atténuer avec l’âge, étant donné que les femmes adultes sont elles aussi affectées par ces menaces. Notre prochain objectif est d’étudier plus en détail comment la conformité de genre se développe dans des contextes géographiques et culturels plus diversifiés, ainsi que chez des enfants aux identités de genre plus variées.

En somme, nous pensons que l’enfance pourrait constituer une période critique pour intervenir. Les programmes qui aident les enfants, en particulier les garçons, à se forger une identité solide qui ne repose pas sur la conformité aux normes pourraient les aider à entretenir une relation plus saine avec les normes de genre. De cette manière, les enfants pourraient être moins enclins à réagir aux menaces perçues envers leur conformité de genre d’une manière qui leur serait préjudiciable à l’âge adulte.

Néanmoins, ce qui est clair, c’est que les enfants ne se contentent pas d’observer les normes de genre : ils les intériorisent, les défendent activement et commencent à le faire plus tôt que ce que l’on pense.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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