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14.10.2026 à 16:23

Greenwashing de type II : quand les entreprises exagèrent l’impact écologique de leurs actions

Aurélien Feix, Professeur associé, EDHEC Business School
Âriel de Fauconberg, Assistant Professor of Strategy, Innovation and Entrepreneurship, North Carolina State University; University of Cambridge
Moritz Gruban, Lecturer in Organisation Studies, Royal Holloway, University of London
Un nouveau type de verdissement apparaît. Jouant sur les mots, il s’appuie sur des actions dont il exagère plus ou moins les effets sur l’environnement.
Texte intégral (2048 mots)

L’ESSENTIEL

  • Une entreprise peut dire vrai sur les actions qu’elle mène en faveur de l’environnement… et pourtant pratiquer le greenwashing.

  • Un greenwashing de type II existe. Il est moins immédiatement identifiable, car il joue d’une confusion sur le sens des mots.

  • Le greenwashing de type II, omniprésent dans le marketing vert et le discours de responsabilité sociétale des entreprises, demeure insuffisamment combattu. Par méconnaissance ?


Depuis le milieu des années 1990, les entreprises communiquent de plus en plus à propos de leurs engagements environnementaux. Sous la pression des pouvoirs publics, des organisations non gouvernementales (ONG), des investisseurs et du public, les normes de communication sur ces sujets, autrefois très souples, sont devenues plus strictes, poussant les entreprises à publier davantage de données, et parfois même à les faire vérifier par des tiers.

Tout pourrait donc sembler réuni pour faire reculer les pratiques dites de greenwashing (ou « écoblanchiment »), ces communications qui donnent une image trop favorable de la performance environnementale des entreprises. Nous pensons qu’il n’en est rien. En effet, une forme de greenwashing, que nous théorisons et illustrons par des exemples dans nos recherches récentes, reste largement méconnue et insuffisamment combattue par le législateur.

La question n’est pas seulement de savoir si les entreprises mettent réellement en œuvre les mesures environnementales dont elles se prévalent ni si elles le font dans les proportions annoncées. Il faut aussi se demander si ces mesures sont de nature à permettre d’atteindre l’objectif de « durabilité » qu’elles prétendent poursuivre. Or, la communication des entreprises donne souvent l’impression que certaines mesures participent bel et bien d’une logique de durabilité, alors qu’elles ne font au mieux qu’atténuer les effets environnementaux négatifs de leurs activités. C’est cette manière de masquer le décalage entre les mesures déployées et la finalité de durabilité invoquée que nous appelons le « greenwashing de type II ».


À lire aussi : Pourquoi le CO₂ des vols influence si peu nos choix (et comment y remédier)


Les deux visages du greenwashing

Le greenwashing classique est bien connu : une entreprise induit le public en erreur quant à l’ampleur avec laquelle elle met en œuvre une mesure supposément bénéfique pour l’environnement. Une compagnie aérienne peut par exemple suggérer, par le biais d’une communication délibérément vague, qu’elle utilise plus de biocarburants qu’elle ne le fait réellement : c’est le greenwashing de type I.

Le type II est plus subtil. Il consiste à présenter une mesure environnementale prise par l’entreprise comme contribuant davantage à la « durabilité » qu’elle ne le fait en réalité. Pour rester sur l’exemple précédent, une compagnie aérienne peut laisser entendre que les biocarburants, moins émetteurs en CO₂ que le kérosène classique, constituent une réponse technologique satisfaisante à long terme à la problématique des gaz à effet de serre engendrés par le secteur de l’aviation. Et ce, alors même que les obstacles à une utilisation massive de ces carburants, actuellement employés en quantités très faibles, sont bien établis. La tromperie porte alors sur l’impact écologique réel d’une mesure, et non sur la proportion à laquelle elle est adoptée : c’est le greenwashing de type II.

L’abus du mot « durable »

Il existe différents procédés discursifs par lesquels opère le greenwashing de type II. L’un d’eux consiste à qualifier une pratique ou une technologie de « durable », comme dans le syntagme « carburant d’aviation durable » (sustainable aviation fuel ou SAF, en anglais), couramment utilisé dans le secteur de l’aviation pour désigner les biocarburants mentionnés précédemment, malgré les limites avérées de cette technologie en matière de passage à l’échelle.

La même logique peut s’observer chez certains acteurs financiers lorsqu’ils emploient l’expression « finance durable » pour désigner des pratiques qui sont loin d’être à la hauteur de ce que suggère l’appellation.

Les syntagmes de ce genre sont doublement problématiques. Non seulement ils peuvent donner une image trompeuse de l’impact écologique réel des pratiques entrepreneuriales qu’ils désignent, mais ils contribuent également à affaiblir la notion de « durabilité » – notion exigeante, issue d’une longue tradition de pensée soucieuse du fonctionnement pérenne des écosystèmes dont nous dépendons.

L’abus du terme « durable » est d’autant plus difficile à détecter que ces expressions constituent ce que les analystes du discours appellent des « conventions discursives » : des habitudes de langage tenues pour évidentes, du moins dans les milieux où elles circulent. Comment, en effet, douter de la « durabilité » d’une technologie ou d’une pratique qui semble déjà l’être du seul fait du nom qui lui est donné ?

Le mésusage des objectifs de développement durable

Par ailleurs, il est devenu courant que les entreprises mentionnent les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies dans leurs rapports de responsabilité sociétale. En 2022, près des trois quarts (74 %) des 250 plus grandes entreprises du monde déclaraient agir en faveur de ces objectifs. Ce chiffre peut inciter à l’optimisme : il donne l’impression que le monde économique œuvre désormais activement à leur réalisation.

Or, la phraséologie managériale, selon laquelle les entreprises se seraient « emparées » des ODD, « aligneraient » leur conduite sur eux et « s’engageraient » à les faire advenir, relève, en réalité, largement du greenwashing de type II.

Des études sur la manière dont les entreprises mobilisent concrètement les ODD font état d’un usage pour le moins laxiste. Dans leur grande majorité, les entreprises ne les utilisent pas conformément au rôle que leur nom suggère. Elles ne les traitent pas comme des objectifs globaux à atteindre, à partir desquels déduire des mesures adaptées à l’échelle de l’organisation. Elles les utilisent plutôt comme de grandes catégories thématiques permettant de classer, souvent a posteriori, leurs mesures environnementales, lesquelles restent loin de l’ambition affichée par la communauté internationale.

Atténuer un problème, ce n’est pas le résoudre

À y regarder de plus près, le greenwashing de type II, très présent dans les communications des entreprises et parfois relayé par les pouvoirs publics, entretient un paralogisme répandu : « Une pratique moins polluante est une pratique durable. » Il est pourtant évident qu’atténuer un problème ne revient pas à le résoudre.

Pourquoi tombe-t-on néanmoins si souvent dans cette erreur de logique ?

Un discours irréaliste, mais réconfortant ?

Cela tient notamment à la banalisation du terme « durabilité », déjà évoquée, que favorisent des lobbys ayant intérêt à en diluer le sens. Mais cela tient peut-être aussi aux vertus réconfortantes d’un langage irréaliste qui grossit la portée des mesures environnementales somme toute peu disruptives et contraignantes par lesquelles le monde des affaires prétend répondre à la crise écologique en cours.

Ainsi, face au constat que les seuls gains d’éco-efficience projetés ne suffiront pas à compenser la croissance prévue de l’aviation, quoi de plus rassurant que de se dire qu’il suffirait de remplacer le carburant classique par un carburant « durable », sans transformer en profondeur nos habitudes de déplacement ?

Comment combattre le greenwashing de type II ?

Le greenwashing de type II est problématique, car il retarde la prise de conscience du public quant à la gravité de la crise écologique que nous traversons et à l’urgence d’opérer des changements à la hauteur de cette crise. Or, malgré leur renforcement récent, les dispositifs juridiques de lutte contre le greenwashing ne prennent pas encore suffisamment en compte ce phénomène.

La directive européenne de 2024 sur le greenwashing, qui s’applique en droit national depuis le 27 septembre 2026, constitue certes une avancée bienvenue, en ce qu’elle prévoit l’interdiction d’« allégations environnementales génériques », telles que « respectueux de l’environnement », « vert » ou « écologique », si celles-ci « ne correspondent pas à une performance environnementale excellente reconnue ». Cette interdiction va dans le bon sens, car elle rend plus difficile l’exagération de l’impact des mesures adoptées par les entreprises.

Arte 2025.

Il est toutefois regrettable que la notion de « durabilité », en dépit de la place centrale qu’elle occupe dans les discours des entreprises et de l’usage galvaudé qui en est fait, ne figure pas explicitement dans la liste des allégations génériques mentionnées, et que la directive n’encadre pas davantage son utilisation.

Des progrès encourageants

Les médias, les ONG et les pouvoirs publics peuvent également contribuer à combattre le greenwashing de type II. À cet égard, il est encourageant que le guide anti-greenwashing publié par l’Agence de la transition, l’Ademe, fin 2025 invite à bannir les promesses environnementales excessives au regard des impacts réels de l’entreprise ainsi que les discours exagérant la portée d’une action par rapport aux « véritables enjeux sectoriels de l’organisation ». Le guide parle de « méta-greenwashing » à ce sujet, une notion qui reste à définir, mais qui nous semble proche de notre concept de greenwashing de type II.

En revanche, la recommandation de l’Ademe qui consiste à accompagner des formulations génériques utilisant les termes « écologique », « éthique » ou « durable » de précautions langagières, telles que « contribue à » nous paraît encore trop timide.

Finalement, les universités et les écoles de commerce ont également un rôle clé à jouer, à la fois en fournissant aux étudiants une compréhension solide de ces termes et en développant une lecture plus critique de leur usage courant.

The Conversation

Aurélien Feix a bénéficié d’une bourse du Fonds National Suisse de la recherche scientifique (FNS).

Moritz Gruban et Âriel de Fauconberg ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

14.10.2026 à 16:21

À Vendeuvre-du-Poitou, les féconds étés de Michel Foucault

Frédéric Chauvaud, Professeur d'Histoire contemporaine, Université de Poitiers
La propriété familiale du « Piroir », dans le Poitou, fut un refuge important pour Michel Foucault. Il y a travaillé et retravaillé ses textes les plus importants.
Texte intégral (1994 mots)
Jusqu’à la fin de sa vie, le philosophe Michel Foucault aimait travailler au « Piroir », sa maison familiale dans le Poitou. Thierry Ehrmann, La Demeure du Chaos/Flisck, CC BY

L’ESSENTIEL

  • À Vendeuvre-du-Poitou, dans la Vienne, la maison familiale de Michel Foucault a joué un rôle particulier dans sa vie et son œuvre.

  • Le philosophe passait tous ses étés au « Piroir » pour lire, écrire, revoir ses textes.

  • Il y a notamment travaillé sur son essai le plus célèbre, Surveiller et punir.


En 1984, quelques semaines avant sa mort, Michel Foucault, né à Poitiers en octobre 1926, est revenu à Vendeuvre-du-Poitou (Vienne) pour relire les épreuves du troisième volume de son Histoire de la sexualité. À Vendeuvre, la maison de sa grand-mère puis de sa mère, située à une vingtaine de kilomètres de Poitiers, a joué un rôle particulier dans la vie et l’œuvre du philosophe.

Dans une lettre du 5 août 1963 adressée à Daniel Defert, son compagnon, il écrit :

« Arrivé à Vendeuvre, c’est le temps des feuilles de papier qu’on remplit comme des paniers de pommes. »

Pendant une trentaine d’années, il séjourne, tous les étés, dans la propriété familiale du Piroir, pour lire, écrire, revoir ses textes. Son frère Denys comme Daniel Defert témoignent « qu’il n’a jamais achevé un livre sans que la dernière main y ait été portée dans le bureau de l’autre aile de la maison », du moins à partir de 1960 où il avait écrit sa thèse sur l’histoire de la folie.

« Le Piroir », un refuge hors du temps

C’est bien là qu’il rédige entièrement son livre sur l’écrivain Raymond Roussel (1877–1933). Il le découvre en 1957 dans la librairie José Corti (Paris VIᵉ). Depuis, il garde une affection secrète pour l’auteur d’Impressions d’Afrique (1910) ou de Comment j’ai écrit certains de mes livres (1935). Les textes de Roussel contiennent un « étrange pouvoir », on peut y lire une « sourde explosion phonétique de phrases arbitraires », mais aussi découvrir les « pièges du langage ».

Michel Foucault avait l’intention d’écrire un simple article puis, pris par son sujet, il écrit presque sans discontinuer, accumule les feuillets et met un point final, à la fin de l’été, à son manuscrit qui sera publié en 1963, un mois après Naissance de la clinique : une archéologie du regard médical.

Mais son livre sur Roussel, pour lequel il s’est passionné, apparaît à part dans son œuvre. Dans plusieurs entretiens, il confie qu’il n’écrit pas aisément, qu’il n’est pas un écrivain du premier jet, il lui faut reprendre son texte, ajouter, élaguer, compléter et pourtant, confie-t-il : « C’est de beaucoup le livre que j’ai écrit le plus facilement, mais aussi le plus rapidement. »

La maison de Vendeuvre surnommée « Le Piroir », est à la fois un refuge et un espace hors du temps comme les hétérotopies, ces lieux autres que Michel Foucault a mis en lumière pour la première fois en 1966 dans une conférence radiophonique sur France Culture. Ce sont des contre-espaces qui proposent un autre découpage du temps.

Effectivement, loin de la vie parisienne trépidante et des sollicitations les plus diverses, la maison familiale apparaît bien comme un lieu autre où Michel Foucault peut sans aucune distraction, rédiger pendant des heures, deux paquets de feuillets posés devant lui, le premier correspondant à la dernière version, le second comportant toutes les ultimes corrections.

Le philosophe en son jardin

Mais « Le Piroir » est aussi un réceptacle de la vie intime, des relations avec sa mère qui lui voue une admiration sans bornes, ce dont témoigne sa correspondance, mais aussi ses neveux et ses nièces.

Sur place il s’occupe de ses rosiers, ne parle jamais ou presque jamais de ses activités intellectuelles, emmène les plus jeunes dans la ville de Richelieu (Indre-et-Loire) dont la description se retrouve dans ses cours au Collège de France ou à Loudun (Vienne), qui sera l’occasion d’évoquer le corps de la possédée.

Dans l’un de ses essais, Antoine Compagnon a fait de l’année 1966 une année mirifique et consacre des pages puissantes à Michel Foucault et à la réception de son livre les Mots et les choses, dans lequel il scrute les conditions de l’essor d’un discours scientifique, reprenant et popularisant le concept d’épistémè désignant l’ensemble des savoirs et de ce qui est tenu pour vrai à une époque. Le passage d’une épistémè à une autre n’est jamais progressif, mais constitue toujours une rupture profonde.

Cette année-là, un autre de ses textes est entièrement rédigé à Vendeuvre ; il s’agit du Discours philosophique, resté dans les cartons et publié beaucoup plus tardivement, en 2023. Dans cet essai, Michel Foucault revient sur la notion d’archive, qui n’est pas le document des historiens et historiennes, mais l’ensemble des discours en circulation à un moment donné, autrement dit l’archive-discours constitue une « couche autonome », c’est-à-dire un « espace blanc » qui sépare les formes sensibles du langage.

La déflagration « Surveiller et punir »

En 1971, Michel Foucault est élu professeur au Collège de France et s’intéresse au thème de l’enfermement, non pas celui des aliénés déjà traité dans sa thèse, mais de celles et de ceux qui ont été condamnés à une peine d’emprisonnement.

Si, à Paris il contribue à la création du GIP, le Groupe d’information sur les prisons, en février 1971, à Vendeuvre il réfléchit aux « supplices » et à la naissance de la prison. Pendant plusieurs étés, il travaille inlassablement sur le sujet. Il prend en compte le panoptique – système circulaire au milieu duquel se dresse une tour permettant de surveiller tous les détenus – que Jeremy Bentham a décrit à la fin du XVIIIᵉ siècle, et pour mieux s’en rendre compte il visite Arc-et-Senans (Doubs) avant de se rendre à Vendeuvre où il met la dernière main au manuscrit de Surveiller et punir, publié en 1975. Le livre fait l’effet d’une déflagration et demeure l’ouvrage de Michel Foucault le plus lu dans le monde.

Selon Michel Foucault, la société est passée du temps des supplices sous l’Ancien Régime au temps des prisons. Son étude se clôt vers le milieu du XIXᵉ siècle et le système carcéral s’est généralisé. Selon lui, si la prison ne parvient pas à rendre des citoyens à la société, ce n’est pas un échec, au contraire, c’est une manière de mettre à l’écart les impécunieux, les marginaux et quelques criminels endurcis.

Gilles Deleuze lui écrit :

« Michel, c’est vrai que je ne trouve pas d’autres mots que “splendeur” pour votre livre. »

Cette lettre, comme de nombreuses autres, ont été conservées à Vendeuvre, dans la chambre qu’occupait Michel Foucault, avant d’être versée au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Pendant l’été, il lit un scénario ; le cinéaste René Alliot lui a dit qu’il allait tourner un film à partir du dossier de Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère. Le tournage se déroule en Normandie, et il se prépare à y participer, même si les scènes ne figureront pas dans la version finale.

Reste, parmi une production foisonnante, son Histoire de la sexualité. Dans le premier tome paru en 1976, il souligne que l’on assiste moins à une répression de la sexualité qu’à une inflation des discours sur les sexualités. Son analyse porte pour l’essentiel sur le XIXᵉ siècle et plusieurs volumes sont annoncés.

Mais il doute, et à Vendeuvre, il pense qu’il ne va pas poursuivre dans la direction indiquée. Il réfléchit à un autre découpage et recompose son projet. Il lit les Pères de l’Église, échange beaucoup avec Paul Veyne (1930-2022), son condisciple du Collège de France.

Pendant l’été 1977, il glisse de la patristique vers les textes grecs et latins de l’Antiquité tardive. Son deuxième tome de l’Histoire de la sexualité, après une longue période de lectures et de réflexions, est disponible en librairie en janvier 1984 ; le troisième lui est apporté par Pierre Nora à l’hôpital, quelques jours avant sa mort. Le dernier, les Aveux de la chair, ne verra le jour qu’en 2018.

Le 29 juin 1984, le corbillard quitte La Pitié-Salpêtrière pour se rendre à Vendeuvre-du-Poitou où une cérémonie est organisée. Michel Albaric, frère dominicain et bibliothécaire du Saulchoir (Paris), que Michel Foucault a beaucoup fréquenté, célèbre la liturgie devant sa famille, quelques habitants et personnalités dont Simone Signoret.

Vendeuvre a bien été une sorte de sanctuaire où Michel Foucault pouvait se consacrer tout entier à ses manuscrits aussi bien qu’un lieu de détente. Les lettres de sa mère indiquent que les moments passés à Vendeuvre étaient essentiels, et qu’ils se situaient bien non à la périphérie, mais au cœur de son existence.

The Conversation

Frédéric Chauvaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

14.10.2026 à 16:20

Projets éoliens et vote d’extrême droite : ce que révèle une étude inédite

Sébastien Bourdin, Professeur de géographie économique, IÉSEG School of Management
Une étude inédite montre que l’implantation d’éoliennes est associée à une hausse locale du vote d’extrême droite dès le dépôt du permis, avant même la construction.
Texte intégral (1677 mots)

L’ESSENTIEL

  • Une étude inédite montre que l’implantation d’éoliennes est associée à une hausse locale du vote d’extrême droite dès le dépôt du permis, avant même la construction.

  • Cet effet est notable dans les communes où les éoliennes sont planifiées, mais il s’étend aussi sur les communes voisines.

  • Cette étude montre en creux comment la gouvernance territoriale des infrastructures influence leur réception politique.


Une éolienne peut devenir un enjeu électoral avant même de sortir de terre. Dans une recherche menée avec l’économiste Martin Faulques, nous avons suivi 34 448 communes françaises entre 2007 et 2022. Nos résultats montrent que le dépôt d’un permis éolien est associé à une progression locale du vote d’extrême droite, qui reste visible lorsque le projet se concrétise. Cet effet dépasse même les frontières de la commune d’accueil.

Pour comprendre ce qui peut lier ces deux réalités, il faut regarder comment les discours populistes de droite peuvent se faire l’écho des oppositions locales aux énergies renouvelables. En France, le Rassemblement national a, par exemple, fait de l’opposition aux éoliennes un argument de campagne, en invoquant la défense des paysages et du patrimoine rural. En se présentant comme le porte-parole d’habitants confrontés à des projets qu’il décrit comme imposés d’en haut, ce parti cherche à transformer une contestation locale en soutien électoral. Cette stratégie peut trouver un écho dans le sentiment de ne pas être entendu.

Notre étude, elle, invite à regarder ce qui se joue avant même un chantier d’éoliennes, au moment où les habitants découvrent un projet, s’interrogent sur ses conséquences et cherchent à peser sur la décision. Elle suggère que la manière de conduire la transition énergétique dans les territoires mérite autant d’attention que les infrastructures elles-mêmes.

Un signal électoral dès le permis

Pour étudier les liens entre éoliennes et vote d’extrême droite, nous avons croisé les résultats du premier tour des quatre élections présidentielles de 2007 à 2022 avec le registre des projets éoliens terrestres. Pour chaque commune concernée, nous avons repéré trois étapes : le dépôt du permis, le début de la construction et la mise en service.

Les éoliennes s’implantent surtout dans des communes rurales, dont le profil social et électoral peut différer de celui des autres communes. Comparer simplement leurs votes risquerait donc d’attribuer aux éoliennes des différences qui existaient déjà avant leur arrivée. Nous avons donc suivi le vote avant et après l’arrivée d’un projet, pour voir s’il progressait davantage dans les communes concernées que dans celles restées à l’écart. La comparaison tient également compte des tendances électorales nationales et des différences entre communes, notamment de leur profil social et démographique.

Nos estimations indiquent ainsi que, après le dépôt d’un permis éolien, le vote d’extrême droite progresse en moyenne de 0,9 point de plus dans les communes d’accueil et leurs voisines que dans les communes non concernées. Cela représente, par exemple, l’écart entre 25 % et 25,9 % des voix. Cette moyenne recouvre cependant des situations locales différentes.

Le signal apparaît dès le premier scrutin concerné par le dépôt du permis et non une fois seulement que les éoliennes sont mises en marche. La différence est importante. Avant la construction, les habitants peuvent anticiper une transformation du paysage, redouter des nuisances ou contester la procédure.

Les communes voisines sont aussi concernées

Dans les estimations principales, la corrélation est plus forte dans les communes qui accueillent directement un projet. Mais elle reste notable chez leurs voisines immédiates. Un parc éolien peut donc devenir politiquement important dans une commune qui n’héberge aucun mât.

Ce résultat invite à dépasser une lecture strictement administrative du territoire. De fait, les frontières communales ne délimitent ni le paysage regardé depuis une maison, ni les déplacements quotidiens, ni les discussions entre habitants. Les controverses peuvent aussi circuler par les associations, les médias locaux et les réseaux de voisinage. Notre analyse repère cette extension géographique.

Pour l’action publique, une question en découle : qui faut-il associer à la discussion et au partage des retombées ? Le seul périmètre de la commune d’implantation peut laisser à l’écart des habitants qui se sentent pourtant concernés. L’échelle pertinente dépend aussi de la visibilité du parc et des relations entre communes.

Derrière les oppositions une question de justice

Réduire ces tensions à un réflexe de refus « près de chez soi » (ou, en anglais, NIMBY pour Not In My Backyard) empêche de comprendre ce qui est discuté. Les recherches sur la justice environnementale invitent, elles, à poser trois questions pour comprendre ces conflits :

  • Qui bénéficie du projet et qui en supporte les contraintes ?

  • Qui peut peser sur les décisions ?

  • Quelle place est accordée à l’attachement des habitants à leur territoire ?

La première question porte sur le partage des avantages et des contraintes. Qui bénéficie des revenus, des recettes fiscales ou des investissements ? Qui voit son environnement quotidien transformé ? Un projet contribue à un objectif collectif de production électrique, mais ses conséquences sont situées.

La deuxième question concerne le pouvoir de participer. Une réunion d’information permet-elle encore de discuter de l’emplacement, de la taille du projet ou d’autres options ? Les objections reçoivent-elles une réponse argumentée ? Lorsque les choix paraissent déjà arrêtés, la consultation peut être vécue comme une formalité. Le résultat observé dès le permis invite à prendre au sérieux cette phase précoce.

Enfin, la troisième concerne la reconnaissance de l’attachement des personnes à leur territoire. Un paysage peut porter une histoire familiale, une identité collective ou une manière d’habiter. Ces dimensions se traduisent difficilement en compensation financière. Les reconnaître suppose de les intégrer à la discussion, y compris lorsque les désaccords persistent.

Ces interrogations peuvent rencontrer une défiance politique préexistante. Elles peuvent aussi offrir des prises à des partis qui promettent de défendre les habitants contre des décisions présentées comme imposées. Cette réalité ne semble pas propre à la France : en Allemagne, le chercheur en sociologie politique Bastien Fond a, par exemple, récemment analysé la stratégie anti-éolienne du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD).

Notre étude apporte, pour sa part, un éclairage français inédit sur cette relation entre transition énergétique et vote. Elle permet surtout de préciser quand une association apparaît et jusqu’où elle s’étend.

Faire une place aux habitants avant le chantier

À l’approche des élections, certains maires préfèrent reporter les projets d’énergies renouvelables par crainte que les oppositions locales ne leur coûtent des voix. Les conflits peuvent surgir dès la campagne, alors que les bénéfices pour la commune, comme les recettes fiscales, ne deviennent souvent visibles que plus tard.

Notre nouvelle étude invite à regarder aussi les conditions dans lesquelles les projets sont discutés au-delà du seul calendrier électoral. Une première piste consiste à ouvrir le dialogue suffisamment tôt pour qu’il puisse modifier le projet, puis à rendre lisible ce qui a été retenu ou écarté et pourquoi. Une autre est d’associer les communes voisines, en discutant avec elles des conséquences paysagères et des retombées.

La participation des habitants à la gouvernance et au financement constitue également une piste. Les économistes Vincent Auffray et Romain Schweizer défendent ainsi une transition davantage appuyée sur les initiatives citoyennes. Ces démarches ouvrent une discussion sur la place des habitants dans les choix énergétiques ; elles ne garantissent pas la disparition des conflits.

Nos résultats ne font pas de l’éolien une explication générale de la progression de l’extrême droite. Ils portent sur des évolutions communales, sans identifier les personnes qui changent de vote ni leurs raisons. Ils ne démontrent pas davantage qu’un recul des ambitions climatiques réduirait ce vote. Ils montrent, en revanche, que la relation politique à un projet se construit bien avant sa mise en service. Au moment où les premiers mâts apparaissent, une partie de cette histoire est déjà écrite. Donner aux habitants une prise réelle sur les choix qui transforment leur cadre de vie mérite donc une place dès les premières étapes de la transition.

The Conversation

Sébastien Bourdin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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