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10.08.2026 à 15:22

Informer sur les catastrophes à l’époque du Japon féodal : le rôle des « kawaraban »

César Castellvi, Sociologue, maître de conférences en études japonaises, Université Paris Cité
Au Japon, le duo information et divertissement n’a pas attendu l’arrivée des journaux modernes. Les « kawaraban » ont longtemps permis de couvrir toutes sortes d’actualités et de divertir malgré la censure.
Texte intégral (2528 mots)
Estampe représentant deux _yomiuri_, des vendeurs ambulants de *kawaraban*, réalisée par Kunichika Toyohara (1835-1900) en 1867 ou 1868. Dès le XVIIᵉ siècle, le colportage permettait de contourner l’interdiction de ces publications. Kenji Morita, 2026., Fourni par l'auteur

Comment les catastrophes naturelles étaient-elles couvertes avant l’apparition de la presse moderne ? Au Japon, la réponse se trouve dans des publications populaires diffusées dans les villes : les kawaraban. En mêlant information et divertissement, ces feuillets pouvaient paraître quelques jours à peine après un séisme, un incendie, mais aussi relater toutes sortes de faits divers. Retour sur l’histoire d’un format médiatique méconnu, qui a su contourner la censure pour faire circuler des nouvelles dans le Japon d’avant le XXᵉ siècle.


Le Japon est un pays régulièrement frappé par de nombreux cataclysmes naturels. Tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques, typhons et inondations y font naturellement l’objet d’une couverture particulière par les médias du pays. Mais alors que l’arrivée de la presse moderne dans l’archipel ne remonte qu’au début des années 1870, que sait-on de la période qui précède ? Partir de cette question nous amène à nous intéresser au rôle joué par un format médiatique aujourd’hui disparu, mais qui a circulé dans les rues des grandes villes japonaises entre la fin du XVIIᵉ et les premières années du XXᵉ siècle : les kawaraban.

Les kawaraban étaient des feuillets illustrés incluant des commentaires, imprimés par xylographie et diffusés dans les centres urbains du pays. L’origine de leur nom est assez obscure. Littéralement, on pourrait traduire ce terme par « imprimés sur tuile ». On sait aujourd’hui que cette appellation est en réalité une référence à leur piètre qualité. Leur aspect donne en effet le sentiment que la matrice ayant servi à leur impression aurait été réalisée avec la même argile que celle utilisée pour fabriquer les tuiles de l’époque.

De fait, si on les compare aux estampes produites à la même période et qui allaient émerveiller le public occidental à la suite de l’ouverture du pays dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les kawaraban n’offraient généralement pas un grand raffinement esthétique. Mais leur principal intérêt est ailleurs.

Des publications à la réputation sulfureuse

Les effets conjugués de l’accès à la lecture d’une partie importante de la population et du développement des techniques d’impression ont largement contribué à renforcer la culture de l’édition et l’industrie du livre dans le Japon des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. C’est dans les marges de ce monde florissant que les kawaraban se sont développés, sans que l’on puisse aujourd’hui en identifier les auteurs.

Sur bien des points l’on peut considérer les kawaraban comme les ancêtres de la presse à sensation moderne. Accessibles aux franges populaires urbaines, ils remplissaient une double fonction, à la fois informative et divertissante. À une époque où la censure demeurait la règle et où la liberté d’expression était encore loin d’être un droit fondamental, les sujets proscrits étaient nombreux : interdiction d’évoquer ou de critiquer le pouvoir politique, qu’il s’agisse du shogun installé dans la capitale, Edo – ancien nom de Tokyo –, ou des seigneurs à la tête des différents fiefs, ou de parler des relations avec l’étranger. Les premiers kawaraban traitaient de cas de suicides retentissant, de vendettas entre clans rivaux, d’histoires de vengeance et de toutes sortes de faits divers présentés comme extraordinaires.

Pourtant, ces imprimés étaient introuvables dans les nombreuses librairies qui prospéraient dans les différents centres urbains du pays. Leur interdiction remonte à la fin du XVIIᵉ siècle. Pour obtenir ces feuillets illégaux, il fallait s’adresser à des vendeurs qui déambulaient dans les rues, généralement par deux et le visage à moitié couvert. Ces colporteurs de nouvelles, appelés yomiuri, faisaient la promotion de leurs publications en présentant leur contenu de manière tapageuse dans l’espoir de susciter l’intérêt des passants, un peu à la manière des camelots de journaux de l’âge d’or de la presse en France.

Incendies et séismes, des sujets majeurs

Parmi les sujets de prédilection de cette forme de presse populaire, les kawaraban consacrés aux catastrophes tenaient une place de choix. La plus grande collection encore accessible aujourd’hui est conservée à l’Université de Tokyo. Comprenant plus de 570 pièces, près de la moitié d’entre elles porte sur les catastrophes qui s’abattaient sur l’ensemble du territoire, preuve que le sujet y tenait une place centrale. Parmi les plus courantes, il faut notamment mentionner les tremblements de terre ainsi que les incendies.

Si la rapidité de production de ces imprimés était de toute évidence loin d’égaler celle des journaux et des médias contemporains, certaines éditions pouvaient être réalisées seulement quelques jours après une catastrophe. Les kawaraban pouvaient proposer des descriptions des zones détruites par un incendie. Certains incluaient également des informations sur les différents lieux où les personnes sinistrées pouvaient trouver une aide matérielle.

Les textes pouvaient aussi contenir des messages invitant les individus séparés de leur famille à prendre au plus vite contact avec leurs proches afin de ne pas les laisser dans l’inquiétude. Ce souci de transmettre des informations rassurantes à la population n’est pas sans rappeler l’approche adoptée par de nombreux médias contemporains.

Se rendre utile pour vendre

Pour espérer bien vendre un kawaraban, il fallait soit qu’il représente une forme de divertissement, soit qu’il comporte des informations utiles, voire les deux.

Les éditions consacrées aux catastrophes se distinguaient de celles portant sur les récits de vengeance ou les faits divers sensationnels par la relative précision des informations qu’elles proposaient. Cette caractéristique a également rendu possible une reconnaissance implicite de leur utilité sociale par le pouvoir politique. En effet, malgré leur illégalité, ces imprimés ont continué à circuler avec une certaine liberté dans les rues d’Edo et d’Osaka.

Ce fut particulièrement le cas pendant les années 1850, une période marquée par plusieurs séismes d’ampleur qui ont touché la côte pacifique et la région d’Edo. Cette situation s’explique notamment par la clémence dont faisait preuve le pouvoir lorsque les kawaraban contribuaient à diffuser des informations utiles à la population. Les éditeurs de ces publications étaient parfaitement conscients de cet avantage. Il n’était ainsi pas rare de voir apparaître, au détour d’un texte, quelques louanges adressées aux autorités afin de ne pas s’attirer leurs foudres.

Kawaraban publié en 1855 donnant avec précision la liste des riches marchands ayant contribué financièrement au soutien des victimes du séisme. Kenji Morita, 2026., Fourni par l'auteur

Malgré cette tolérance relative, ces publications n’en demeuraient pas moins illégales. Mais d’où leurs éditeurs tiraient-ils donc leurs informations ? De même, comment celles-ci pouvaient-elles circuler d’une région à l’autre ? L’historien Kenji Morita met en avant le rôle essentiel joué par les messagers chargés d’acheminer le courrier et les marchandises dans le Japon de l’époque d’Edo.

Littéralement appelés « jambes ailées » (hikyaku), ces individus avaient la particularité de circuler de quartier en quartier, notamment dans les villes, mais aussi de province en province lorsqu’ils étaient chargés des communications officielles. Ils avaient ainsi accès à des informations de première main et constituaient des sources de choix pour les producteurs de kawaraban.

L’humour pour surmonter l’épreuve

Parmi les kawaraban consacrés aux catastrophes qui nous sont parvenus, une catégorie en particulier peut sembler singulière : celle des « images de poisson-chat » (namazu·e). Si ces estampes bénéficient d’un niveau de réalisation plus élevé que les kawaraban les plus rudimentaires, leur caractère illégal et l’anonymat de leurs auteurs permettent de les rattacher à ce format médiatique.

Kawaraban de type namazu·e publié en 1855 et représentant, à l’aide de jeux de mots, les professions gagnantes et perdantes à la suite du grand tremblement. Kenji Morita, 2026., Fourni par l'auteur

L’utilisation du poisson-chat (namazu·e) s’explique par une croyance largement répandue à l’époque, selon laquelle les tremblements de terre étaient provoqués par un gigantesque silure vivant sous l’archipel.

Ces kawaraban représentent ainsi de nombreux poissons-chats anthropomorphes censés incarner le séisme et ses effets sur la société. Sur un ton toujours teinté d’humour et d’un certain cynisme, certaines illustrations mettent en avant l’impossibilité de faire confiance au poisson-chat afin de souligner le caractère inéluctable et imprévisible des tremblements de terre. D’autres montrent des poissons-chats réincarnés en artisans tirant profit des destructions des habitations pour obtenir de nouvelles commandes.

Pour bien comprendre la manière dont ces messages à caractère humoristique pouvaient être interprétés, il faut prendre en compte un autre message implicite, souvent présent dans ce genre de kawaraban. Plus qu’une interprétation en termes de châtiment frappant un monde corrompu, c’est l’idée d’un nouvel ordre à venir qui revient de manière récurrente. Ainsi, si certains perdent la vie, d’autres peuvent aussi espérer tirer parti de la situation pour se reconstruire. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le recours à l’humour en période de grandes difficultés pour une partie de la population touchée par une catastrophe.

Enfin, il faut rappeler qu’à l’âge d’or des kawaraban entre les années 1850 et 1870, l’exigence d’objectivité ou de véracité de l’information n’était pas encore à l’ordre du jour. Nous étions à une époque où information et divertissement ne s’étaient pas encore véritablement séparés. Ce mélange des genres allait d’ailleurs perdurer dans les premiers temps de la presse moderne, qui se développa progressivement au cours des dernières décennies du XIXᵉ siècle. Les deux formats, kawaraban et journaux, ont d’ailleurs coexisté jusqu’au début du XXᵉ siècle.

The Conversation

César Castellvi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

10.08.2026 à 15:21

Faut-il s’inquiéter de la « starlinkisation » de l’accès à Internet en Afrique ?

Maxim Haba, Docteur en droit public, Université de Bordeaux
Si Starlink séduit nombre d’États africains confrontés aux déserts numériques, son implantation suscite également la méfiance face au risque de dépendance accrue à des opérateurs étrangers.
Texte intégral (1761 mots)

L’ESSENTIEL

  • En mai 2026, le réseau Internet par satellite Starlink, de la société SpaceX d’Elon Musk, avait réussi à s’implanter dans plus de la moitié des 54 États du continent africain.

  • Du point de vue de ces États, le recours aux installations des géants du numérique répond à la volonté de garantir un accès universel à Internet haut débit. Cette solution renforce toutefois leur dépendance à des infrastructures appartenant à des opérateurs non nationaux.

  • Les États africains sont ainsi confrontés à un arbitrage entre quête de souveraineté numérique et amélioration de la connectivité. Face à la starlinkisation de l’accès à Internet, leurs stratégies varient.


L’accès à Internet en Afrique est marqué par une forte dépendance aux infrastructures numériques, en particulier aux câbles sous-marins, qui appartiennent à des opérateurs privés souvent non nationaux. La quasi-totalité du marché africain de la connectivité est contrôlée par les géants du numérique
– Google, Meta, Microsoft… Cette dépendance technologique est renforcée par l’avènement d’un « nouveau » venu : Starlink. Il s’agit d’une solution de connexion à Internet par voie satellitaire promue par la société américaine d’Elon Musk, SpaceX. L’entreprise ambitionne de devenir un fournisseur d’accès à Internet de premier plan en Afrique.

Pour autant, la starlinkisation de la connexion à Internet en Afrique soulève plusieurs questions substantielles. Dès lors que les infrastructures et les données des États africains reposent sur des constellations de SpaceX, la question de leur souveraineté numérique se pose avec acuité. À cela s’ajoute le difficile équilibre entre, d’une part, le désir exprimé par certains États d’une inclusion numérique passant par l’accès universel à un réseau de qualité et, d’autre part, la volonté de certains gouvernements d’exercer un contrôle sur la possibilité pour les habitants de leurs pays d’accéder librement à Internet.

Une « starlinkisation » fulgurante de l’accès à Internet en Afrique

La constellation Starlink semble décidément conquérir le continent.

Concrètement, depuis sa première entrée sur le marché africain en janvier 2023 via le Nigeria, le fournisseur d’accès à Internet a obtenu des autorisations pour le déploiement de son service dans 29 pays africains – dont dix d’Afrique de l’Ouest, quatre d’Afrique centrale, huit d’Afrique de l’Est et cinq d’Afrique australe (chiffres de mai 2026)

Parallèlement à cet usage encadré, on assiste dans plusieurs États à une utilisation non régulée ou « clandestine » du réseau. En effet, les États dans lesquels la société SpaceX ne dispose pas de licence considèrent sans surprise comme illégal l’usage personnel ou à titre commercial des services Starlink, généralement au motif que l’entreprise ne respecte pas le cadre juridique applicable au secteur des communications électroniques.

À titre d’exemple, l’Autorité gabonaise chargée de la régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) a annoncé dans un communiqué l’interdiction d’installer, d’utiliser et de commercialiser les offres Starlink sur le territoire du Gabon. L’Arcep a également précisé les sanctions – peine de prison et sanctions pécuniaires –encourues par les contrevenants.

Dans la même logique, en Guinée, l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) a rappelé dans un communiqué du 30 mars 2026 l’interdiction faite aux utilisateurs de commercialiser le Wi-Fi fourni par le réseau Starlink dans le cadre des « Wi-Fi zones », faute de délivrance d’une licence ou d’une autorisation préalable auprès du régulateur. Plus encore, des agents de l’ARPT ont été dépêchés sur le terrain pour désinstaller et confisquer les équipements Starlink utilisés par les « revendeurs » de Wi-Fi.

Starlink et la souveraineté numérique des États africains : entre méfiance et enthousiasme

La souveraineté numérique se traduit par la maîtrise étatique de l’ensemble des segments du numérique – protocoles, infrastructures, données, réseau et espace informationnel – sans dépendance subie à des opérateurs extérieurs. En Afrique, la notion de souveraineté numérique semble bornée à l’ambition des États de réduire leur dépendance aux diktats des géants du numérique par la construction d’infrastructures nationales et le contrôle du réseau au moyen de la réglementation ou de la régulation.

La starlinkisation de l’accès à Internet en Afrique met en lumière une position binaire des États en matière de souveraineté.

Certains se montrent méfiants quant au déploiement du réseau Starlink. La raison officiellement invoquée est la non-conformité du fournisseur aux textes juridiques portant sur le secteur des télécommunications. Mais l’interdiction du réseau Starlink pourrait s’expliquer par un motif inavoué. En effet, certains États africains s’adonnent à la pratique de la coupure ou du blocage intentionnel d’Internet.

Face à ces mesures de blocage, les internautes africains ont pris l’habitude de recourir à des moyens de contournement des opérateurs de communication électronique traditionnels. Ainsi, l’utilisation « clandestine » du réseau Starlink pourrait être considérée comme un moyen d’affaiblir l’efficacité des mesures de blocage d’Internet. Plus précisément, en l’absence de licence ou d’autorisation préalable délivrée par les autorités nationales, ces dernières ne peuvent pas contraindre Starlink à se soumettre aux mesures de blocage. Dès lors, son utilisation peut être perçue par les États bloquant Internet comme une « porte dérobée » aux injonctions étatiques.

D’autres États ont autorisé le déploiement du réseau Starlink, considérant qu’il pourrait permettre un accès universel à l’Internet haut débit, notamment dans les zones considérées comme des « déserts numériques ». Particulièrement dépendants des infrastructures physiques terrestres – tels que la fibre optique ou les câbles sous-marins – et de leur lot de failles et de l’inaccessibilité des réseaux, certains États africains voient dans la solution Starlink une alternative pouvant favoriser une large inclusion numérique.

Toutefois, cette starlinkisation renforce la logique de dépendance des États à des opérateurs numériques étrangers, en particulier à SpaceX.

En effet, la société de Musk s’ajoute à la liste des géants du numérique qui contrôlent la quasi-totalité des infrastructures physiques du réseau Internet en Afrique, à savoir Google, Meta, Amazon… Les données et les échanges générés sur le continent transitent également par les installations de ces opérateurs privés. Il en découle une délégation par les États africains des infrastructures et des données numériques de leurs populations, avec les risques que cela occasionne
– surveillance étrangère, espionnage, usage illicite des données à des fins commerciales, etc.

Des États en quête de contrôle du réseau Starlink ?

Face aux risques de « perte de contrôle » par les États sur le réseau Starlink, deux pratiques ont cours en Afrique.

D’un côté, les États qui considèrent comme illégales l’installation, l’utilisation et la commercialisation de Starlink utilisent des moyens juridiques et techniques pour mettre en pratique les interdictions émises. Cela passe généralement par des injonctions faites à SpaceX de couper l’accès au réseau Starlink. En outre, les États concernés peuvent recourir aux techniques de brouillage des signaux ou au déploiement des agents sur le terrain afin de désinstaller les équipements du fournisseur.

De l’autre côté, certains États ont opté pour une régulation supervisée. C’est le cas de la Côte d’Ivoire. L’autorisation de Starlink par l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI) a été soumise à la possibilité d’interrompre l’accès au réseau. En outre, les États africains ayant émis des autorisations peuvent user de leviers juridiques
– suspension ou annulation de la licence — pour garder un contrôle sur les activités.

En définitive, la starlinkisation de l’accès à Internet en Afrique favorise l’accès universel à un réseau de qualité tout en renforçant la dépendance des États africains aux géants du numérique. Ce dernier phénomène entraîne une perte progressive de la souveraineté des États sur les infrastructures physiques du réseau Internet.

Dès lors, pour les États africains, l’essor de l’accès à Internet à travers le réseau Starlink impose de trouver la ligne de crête entre recherche d’une inclusion numérique et quête d’une souveraineté numérique. Cela passe sans aucun doute par une régulation respectueuse des droits des internautes africains.

The Conversation

Maxim Haba est docteur en droit public de l'Université de Bordeaux. Il est spécialisé en droit public du numérique. Il est également délégué territorial du Défenseur des droits.

10.08.2026 à 15:19

Women can lead with both heart and mind. Here’s why compassionate leadership matters now

Mine Karatas-Ozkan, Professor of Strategy & Entrepreneurship (University of Southampton) and Vice-President for Talent Development (EURAM), European Academy of Management (EURAM)
Compassion is an underrated leadership strength among both men and women, and research shows it is an asset that is key to efficient team management, particularly in challenging times.
Texte intégral (1690 mots)

When former New Zealand prime minister and activist Jacinda Ardern rejected the idea that empathy makes a leader weak, she named a contradiction many women know well. Women in leadership are often expected to be decisive but not too forceful, caring but not too soft, confident but never difficult. Yet in a world shaped by burnout, polarisation, inequality and institutional distrust, the old model of leadership as toughness without tenderness looks increasingly out of date. Can women lead with both heart and mind? The answer is yes; and that may be exactly the kind of leadership our institutions now need.

Compassionate leadership is not about being “nice”. It is about noticing distress; understanding what people need and taking action in ways that reduce harm while still enabling performance, accountability and direction. It offers a transformative approach centred on empathy, understanding and resilience, with relevance far beyond specialist leadership debates. The Potential Project research that encompasses around 500 organisations in approximately 100 countries demonstrates that 55% of women leaders were rated by followers as both wise and compassionate, compared with 27% of men, while 56% of men were rated poorly on both dimensions (Carter, 2022a, 2022b; Hougaard, 2022).

The point is not that compassion belongs to women or is absent in men. It is that qualities long dismissed as secondary in leadership may, in fact, be central to leading well in complex times.

Why compassion is a leadership strength

One useful way to understand this is through emotional intelligence. Emotional intelligence is not simply about being sensitive. It is the capacity to remain self-aware, regulate one’s emotions, read social situations, and respond to others with judgement and care (Goleman, 1995). In practice, it helps leaders notice what is going on beneath the surface: who is disengaged, who is overloaded, who is being left out, and what kind of response will move a team forward without causing unnecessary damage.

Compassionate leadership begins with four steps which are interlinked: noticing, connecting, understanding and acting (Lee, B. – Compassionate Inclusive Leadership Development Programme at the University of Southampton, UK). In other words, leaders must first pay attention, then care enough to engage, then understand what is needed, and finally do something meaningful about it. That matters because compassion is not just a feeling. It is a disciplined practice.

This is especially the case for women because they are often navigating leadership under conditions of heightened scrutiny. Many face contradictory expectations and carry invisible emotional workloads: repeatedly smoothing tensions, supporting others, absorbing conflict and proving their skills. Under those conditions, emotional intelligence is not a decorative extra. It becomes both a survival resource and a leadership asset.

Drawing on mindful compassion, Waddington (“Creating conditions for compassion”, in The Pedagogy of Compassion at the Heart of Higher Education, Springer International Publishing, 2017) describes three emotional regulation systems: threat, drive and soothing/affiliation. Threat produces fear, anxiety and defensiveness. Drive pushes achievement, speed and competition. The affiliation system supports connection, safety and contentment. Modern workplaces often over-reward threat and drive while neglecting affiliation. The result is cultures that may look productive on the surface but feel hard, brittle and emotionally depleted underneath. Compassionate leadership helps rebalance this. It does not avoid difficult decisions. It makes them with fuller awareness of their human consequences. This means considering not only organisational outcomes, but also how decisions affect people’s wellbeing, relationships and ability to thrive. That is why compassion should not be confused with weakness. It is often what makes leadership sustainable.

Kintsugi and the power of imperfection

A second helpful lens comes from kintsugi, the Japanese philosophy and craft of repairing broken pottery with gold. Rather than hiding cracks, kintsugi honours them. It treats brokenness as part of an object’s history, not as evidence that it has lost its worth.

For women leaders, this is a powerful metaphor. Too many are still expected to perform perfection: always composed, always capable, always emotionally controlled, never visibly uncertain. But that kind of perfection is often brittle. It leaves little room for reflection, learning, repair or honesty. Kintsugi offers another way of thinking about strength. It suggests that experience, including painful experience, can deepen rather than diminish leadership.

This connects closely with Brené Brown’s (2022) writing on the “Gifts of Imperfection”. Her work has helped shift public understanding of vulnerability away from weakness and towards courage, connection and authenticity. For women leaders, that is especially significant. It creates space for authority that does not depend on invulnerability, but on integrity, self-knowledge and relational courage. This does not mean celebrating adversity for its own sake. Structural barriers, sexism, exclusion and burnout are not gifts. But many women do lead through fracture: exclusion, bias, care burdens, professional setbacks, isolation, migration, health challenges or the persistent experience of not fitting the mould.

Those experiences, when reflected on rather than buried, can sharpen the ability to notice the unmet needs of others. That is where self-compassion becomes essential. Waddington’s work draws on Neff and Germer (“Self-Compassion and Psychological Welbeing”, The Oxford Handbook of Compassion Science, 2017) to describe self-compassion as involving self-kindness, common humanity and mindfulness. The key point is that self-compassion is not indulgence. It is what allows people to acknowledge pain without being overwhelmed by it. It also lays the foundation for engaging compassionately with others in a way that is genuine and sustainable.

How would you treat a friend, and how would you speak to yourself? Caring for oneself is “not self-indulgence” but “self-preservation”. That matters because many women leaders have been socialised into over-functioning, over-giving and over-correcting. Kintsugi invites them to stop treating imperfection as disqualification. It suggests that what has been repaired may carry a different, deeper kind of wisdom.

Compassionate leadership must be co-developed

There is, however, a limit to how far individual leaders can carry this alone. Compassionate and inclusive leadership cannot depend only on personal goodness. It has to be co-developed through culture, institutions, systems and shared practice.

Paulo Freire argues that empowerment begins with critical consciousness: people must see that their difficulties are not just personal failings but that they are rooted in the structures around them. That insight is crucial here. Too often women are encouraged to become more resilient, while the systems around them remain biased, extractive or exclusionary. Compassionate leadership should not mean asking women to carry broken cultures more gracefully. It should mean changing the conditions in which leadership happens.

In practical terms, this can be achieved in a few steps:

  1. Organisations need to value self-compassion and recovery, not just endurance. This is linked to resilience, emotional regulation and recovery from harm, particularly in the face of discrimination.

  2. Leaders need to get better at noticing what is usually missed: invisible labour, exclusion in meetings, biased assumptions, and supposedly neutral systems that produce unequal outcomes.

  3. Institutions need courageous, compassionate conversations.

  4. Systems themselves need redesigning. If workplaces continue to reward speed, overwork, image management and competition, above all else, compassionate leadership will remain something leaders are praised for in theory and punished for in practice.

The real question, then, is not whether women can lead with both heart and mind. They already do. The more urgent question is whether our organisations are ready to recognise that this is not a softer form of leadership, but a stronger and more future-facing one.


This article was co-authored with İrem Bali, Psychologist & Neurosystemics Practitioner.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Mine Karatas-Ozkan is affiliated with the University of Southampton, UK and the European Academy of Management.

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