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31.03.2026 à 17:08

Entre baptêmes d’adultes, influenceurs et retour des rites, les nouveaux visages du catholicisme

Charles Mercier, Professeur des universités en histoire contemporaine, Université de Bordeaux
Le nombre de baptêmes est en hausse. Qui sont ces nouveaux catholiques qui suivent des influenceurs sur les réseaux sociaux et qui aspirent à une pratique plus rituelle de la religion ?
Texte intégral (2392 mots)

Alors que les vocations de prêtres sont en crise et que la fréquentation des messes recule depuis des décennies, le nombre de baptêmes connaîtrait une augmentation significative. Faut-il y voir un renversement de tendances pour l’Église catholique ? Qui sont ces nouveaux fidèles ? Leur pratique de la religion se distingue-t-elle de celle de leurs aînés ? À l’approche de Pâques, l’historien Charles Mercier remet le phénomène en perspective.


The Conversation : La hausse du nombre de baptêmes traduit-elle un regain global du catholicisme en France ?

Charles Mercier : L’évolution notable concerne les adolescents et les jeunes adultes : on est passé d’un peu moins de 6 000 baptêmes (adultes et adolescents confondus) en 2022, à plus de 21 000 en 2026. Mais il faut mettre ce regain en perspective avec les chiffres des ordinations de prêtres, des baptêmes d’enfants, des mariages et des enterrements à l’église, sur lesquels on a moins de visibilité, et qui sont soit en recul, soit en voie de stabilisation. Si les avis sont partagés sur la question, il n’y a assurément pas de croissance généralisée.

Concernant cette hausse des baptêmes chez les jeunes, plusieurs facteurs sont en jeu. D’abord, il y a un effet de report du baptême de l’enfance vers l’adolescence et l’âge adulte. Avec la sécularisation de la société, les familles sont moins religieuses. Quand elles le demeurent, l’individualisation des valeurs les pousse à ne pas décider pour leur enfant : la religion est de moins en moins perçue comme une identité dont on hérite. Elle est plutôt vue comme un choix individuel à faire quand on a l’âge et la maturité de se prononcer. Près de 75 % des enfants étaient baptisés avant l’âge de 7 ans en 1974, 50 % en 1996 et seulement un quart en 2024. On considère qu’« ils choisiront quand ils seront plus grands ».

Enfin, cette augmentation des baptêmes à l’âge adulte s’inscrit aussi dans un regain du spirituel qui profite au catholicisme et à d’autres religions.

Qu’est-ce qui peut jouer un rôle déclencheur pour ces personnes qui se tournent vers le baptême à l’adolescence ou à l’âge adulte ?

C. M. : Sur cette question, on peut croiser les chiffres de la Conférence des évêques de France avec ceux d’une enquête menée par le quotidien la Croix l’an dernier. Ce qui ressort en premier, c’est l’expérience spirituelle forte. La moitié des nouveaux baptisés déclare avoir ressenti une présence, une paix ou une plénitude perçues comme surnaturelles, par exemple en rentrant dans une église ou en assistant à un rite religieux.

Viennent ensuite les épreuves de la vie (une rupture amoureuse, la perte d’un être cher, une cassure dans une trajectoire jusque-là bien tracée…) qui poussent à se questionner et à chercher une manière de surmonter la souffrance.

Le troisième facteur, qui est mentionné par un tiers des nouveaux baptisés, c’est le désir de donner un sens à l’existence : à quoi ça sert de vivre si ça finit par la mort, à quoi ça sert d’accumuler des richesses, pourquoi aller travailler, faire des enfants… ? Une société orientée vers des perspectives uniquement matérielles ne suffirait pas à répondre à ces questions, et, dans certains cas de figure, le spirituel et le religieux deviendraient des ressources.

« Baptême de jeunes adultes : ils choisissent de se convertir au catholicisme » (France 3 Hauts-de-France, avril 2025).

La transmission de la foi catholique se fait-elle aujourd’hui hors du cadre familial ?

C. M. : La réponse est nuancée, car une partie des catholiques continuent d’être baptisés enfants, et éduqués religieusement par leur famille. Mais oui, l’augmentation des conversions à la fin de l’adolescence ou à l’entrée dans l’âge adulte indique le passage d’une transmission verticale à une transmission plus horizontale. Dans l’ enquête de la Croix, les amis jouent un rôle dans presque 50 % des parcours de demande de baptême d’adultes, en parlant de leur foi, en prêtant une Bible, en invitant à assister à une messe, à un rassemblement spirituel ou à un groupe de prière.

Les conjoints sont évoqués par un petit tiers de l’échantillon. La mise en couple peut être le point de départ du rapprochement avec le catholicisme, dans la mesure où l’exogamie, c’est-à-dire le fait de se marier hors de son milieu d’origine, est de plus en plus fréquente, et favorise sans doute les couples mixtes sur le plan des convictions.

On le voit, la transmission se fait surtout entre pairs. Néanmoins, le cadre familial n’est pas complètement effacé, même s’il y a souvent un saut générationnel : les néo-catholiques convoquent plus souvent la figure de leurs grands-parents que celle de leurs parents. En entretien, ils parlent de la grand-mère qui les avait emmenés pendant les vacances à l’église, qui leur avait fait faire une prière ou qui leur apparaît tout simplement comme une figure de bonté et qui devient une sorte de modèle inspirant.

Dans le cas d’un nouveau baptisé sur cinq, le contact avec des influenceurs sur les réseaux sociaux aurait également compté.

Qui sont-ils, ces influenceurs catholiques ?

C. M. : Certaines figures se sont imposées, avec des centaines de milliers d’abonnés, comme le frère Paul-Adrien ou sœur Albertine, qui bénéficient d’une forme de légitimité liée à leur statut de religieux. Au deuxième plan, il y a des influenceurs qui ont moins d’abonnés, mais dont l’âge, entre 18 ans et 25 ans, peut créer un effet d’identification chez les jeunes adultes. Ils délivrent des conseils religieux – comment faire son carême – qui peuvent se mélanger avec des conseils bien-être ou même beauté – comment avoir un bon teint, etc. C’est un univers foisonnant, très dynamique sur Instagram et sur TikTok.

L’Église catholique reste-t-elle en retrait de ce phénomène numérique ou le soutient-elle ?

C. M. : L’Église est à la fois intéressée par le potentiel que cela représente et vigilante sur les dérives possibles. En juillet 2025, il y a eu le jubilé des influenceurs à Rome. Il y a tous les vingt-cinq ans ce qu’on appelle le jubilé, une « année sainte » durant laquelle les catholiques sont invités à faire une démarche de pèlerinage. Et, pour la première fois, un événement a été consacré aux influenceurs, avec l’idée qu’Internet peut être un moyen d’évangélisation, à condition de ne pas céder au narcissisme, à la mise en avant de soi ni à la polarisation.

Ces influenceurs sont souvent des électrons libres. Même pour ceux qui sont prêtres ou religieux, la hiérarchie catholique a parfois peu de prise sur le contenu qu’ils diffusent. Les influenceurs catholiques tirent leur légitimité de leur public et non d’un mandat, ce qui contribue à désinstitutionnaliser la communication de l’Église catholique.

« Les nouveaux apôtres sur les réseaux » (France 24, juillet 2025)

Qu’est-ce qui caractérise la pratique religieuse de ces jeunes par rapport à leurs aînés ?

C. M. : Chez ces jeunes arrivés dans l’Église catholique à l’âge adulte comme chez ceux qui ont grandi dans le catholicisme, on observe un certain retour en grâce de dévotions traditionnelles qui avaient été un peu marginalisées par les générations précédentes, comme le chapelet. Cette nouvelle génération se réapproprie des pratiques qui étaient vues comme vieillottes ou désuètes, tout en les adaptant parfois aux codes de la pop culture. On peut citer le Sacré-Cœur qui a fait l’objet d’un film et qui devient aussi un objet de déco, disponible dans des enseignes de grande distribution.

La tendance est aussi au retour d’une gestuelle plus codifiée, comme le fait de s’agenouiller à certains moments de la messe. C’est quelque chose qui avait plus ou moins disparu du catholicisme et qui revient avec les jeunes adultes. Peut-être que cela témoigne d’une plus grande sensibilité à la dimension transcendante et verticale de la religion.

Peut-être faut-il aussi y voir une demande de cadre qui permettrait de structurer son existence et favoriserait un sentiment d’appartenance. On peut prendre l’exemple du carême, qui n’a pas la dimension festive du ramadan, et consiste surtout, depuis le concile Vatican II (1962-1965), à mener un travail d’ascèse de manière individuelle et discrète. On sent que les jeunes catholiques, sans doute du fait de leurs contacts avec leurs amis musulmans, sont en demande d’instructions et de règles précises, mais aussi de moments communautaires.

Quel rapport ces nouveaux catholiques entretiennent-ils avec la figure du pape ?

C. M. : C’est une question à laquelle il n’est pas aisé de répondre… Je serais tenté de dire que le pontificat de François a opéré un déplacement de la figure du pape. Schématiquement, on pourrait dire que Benoît XVI et, plus encore, Jean-Paul II étaient des figures mobilisatrices en interne : leurs voyages et leurs apparitions créaient un fort effet de cohésion parmi les fidèles, notamment chez les jeunes, nés et élevés dans le catholicisme. C’est la dynamique des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Jean-Paul II, dont le magnétisme et le charisme déplaçaient et transportaient les foules catholiques.

François a fait un pas de côté : selon ses propres mots, il a voulu s’adresser à toutes les brebis qui étaient sorties de l’enclos de l’Église (ou qui n’y étaient jamais entrées) plutôt qu’au petit nombre qui y était installé. Il a adopté des positions sur l’immigration, l’écologie, la morale familiale qui ont pris à rebrousse-poil une partie de sa base, mais qui ont pu susciter de l’intérêt chez des personnes, et notamment des jeunes, qui étaient éloignées de l’univers catholique. Si bien qu’on peut dire que la figure du pape est devenue moins centrale pour les natifs du catholicisme, mais plus importante pour un certain nombre de néo-catholiques qui ont été touchés par la manière dont il a repositionné l’Église par rapport aux grands enjeux contemporains.

Il faudra voir si cette tendance se confirme avec Léon XIV, qui apparaît pour le moment comme quelqu’un de relativement discret et qui semble presque vouloir s’effacer derrière la fonction pontificale.

L’aspiration à des pratiques plus traditionnelles, évoquée plus haut, résume-t-elle les évolutions du catholicisme chez les jeunes ?

C. M. : Il y a une autre dynamique importante, qui est l’apparition d’un catholicisme de la diversité, liée à la fois à l’accroissement numérique des jeunes catholiques issus de l’immigration et à une augmentation de la religiosité dans les banlieues populaires. Des jeunes qui sont de culture catholique, mais dont la famille a cessé de pratiquer, s’intéressent, à travers le contact avec leurs voisins musulmans, à leur propre héritage religieux. Cette « émulation » contribue à complexifier la sociologie du catholicisme, longtemps vu comme bourgeois, blanc, conservateur. La visibilité de plus en plus grande de ces populations issues de la diversité contribue à renouveler les codes de la première religion de France.


Propos recueillis par Aurélie Djavadi.

The Conversation

Charles Mercier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

31.03.2026 à 17:07

Question de goût : les néandertaliens aimaient-ils vraiment les femmes « sapiens » ?

Ludovic Slimak, Archéologue et chercheur au CNRS, Auteurs historiques The Conversation France; Université de Toulouse
Un article récent paru dans « Science » a été largement lu comme s’il révélait une préférence des hommes néandertaliens pour les femmes sapiens. Mais qu’en est-il vraiment ?
Texte intégral (2986 mots)

Un article récent paru dans Science a été largement lu comme s’il révélait une préférence des hommes néandertaliens pour les femmes sapiens. Cette lecture, séduisante pour nos imaginaires contemporains, nous maintient dans une zone de confort où l’altérité se laisse encore penser dans les termes du désir et de l’attirance. Mais dès que l’on restitue les chromosomes à l’épaisseur des sociétés, en croisant génétique, archéologie et anthropologie culturelle, une autre image se dessine, plus dérangeante, qui touche à quelque chose de plus nu dans l’humain : des groupes structurés par des règles de circulation, des réciprocités inégales, des frontières, des alliances et peut-être des violences dont nous commençons à peine à mesurer la profondeur.


À lire les titres de presse, l’affaire semble entendue. El País annonce que les hommes néandertaliens « choisissaient » les femmes sapiens. Science évoque une « partner preference ». National Geographic imagine déjà les « Roméos de la préhistoire ». The Telegraph laisse entendre que les Néandertaliens « avaient des vues sur » les femmes sapiens.

En quelques heures, une analyse statistique est devenue un récit de désirs. La « vie sexuelle » de nos ancêtres était enfin à portée de clics. Le glissement n’a rien d’anodin. Il transforme une asymétrie de transmission génétique en récit d’affects, en attirances et en romances passées. On fabrique une scène où le Roméo néandertalien remporte le cœur de la Juliette sapiens. Le discours sur nos origines devient roman-photo.

Or, l’étude parue dans Science ne raconte rien de tel. Les auteurs interrogent un motif bien connu. Chez les humains modernes non africains, les traces d’ADN néandertalien ne sont pas réparties uniformément et sont plus fréquentes dans les chromosomes non sexuels que sur le chromosome X, qui en est fortement appauvri.

Pour expliquer ce contraste, les auteurs confrontent plusieurs hypothèses, sélection naturelle, biais démographiques liés au sexe ou préférence de partenaire. Leur conclusion reste prudente : une préférence de partenaire est un mécanisme parcimonieux possible, mais elle n’exclut ni des biais démographiques ni des scénarios plus complexes.

L’étude ne montre donc ni une attirance observée ni une préférence vécue. Elle propose quelque chose de beaucoup plus étroit : dans l’espace de modèles qu’elle teste, certains scénarios rendent plus plausible une asymétrie de type mâles néandertaliens/femelles sapiens. Dans un tel schéma, l’ADN néandertalien peut se transmettre largement dans les chromosomes ordinaires, tandis que le chromosome X néandertalien circule plus difficilement, puisqu’un père ne le transmet qu’à ses filles. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas non plus l’observation directe d’une attirance entre populations, et montrer qu’un modèle statistique peut produire un motif génétique n’est pas prouver que ce modèle est historiquement vrai.

Ce que le chromosome X ne dit pas de la vie sociale

Dès que l’on passe des données génétiques à leurs implications historiques et sociales, les lectures deviennent fragiles. Les chromosomes ne transmettent pas la mémoire fidèle de la vie sociale de nos ancêtres. Le fait que l’ADN néandertalien soit rare sur le chromosome X ne permet pas, en soi, de reconstituer les organisations sociales du Paléolithique ni les préférences sexuelles de ces populations.

Lorsque deux groupes proches se croisent, les chromosomes sexuels ne se comportent pas comme les autres. Ils sont souvent plus sensibles aux incompatibilités et à la sélection naturelle. Prenons le cas d’un père néandertalien et d’une mère sapiens. Leur enfant reçoit bien de l’ADN néandertalien dans beaucoup de ses chromosomes. Mais le chromosome X du père ne passe pas aux garçons, seulement aux filles. Il circule donc moins facilement d’une génération à l’autre. De plus, dans les hybridations entre groupes proches, les mâles sont souvent les plus fragiles biologiquement, avec davantage de problèmes de survie ou de fertilité. C’est pourquoi les chromosomes sexuels, et en particulier le chromosome X, peuvent perdre plus vite l’ADN venu de l’autre groupe. Un appauvrissement du chromosome X en ADN néandertalien peut ainsi relever d’un phénomène biologique classique, et non du souvenir d’un choix amoureux.

Le signal observé aujourd’hui peut donc avoir plusieurs causes. Les auteurs eux-mêmes ne présentent pas la « préférence de partenaire » comme une preuve directe, mais comme l’explication la plus parcimonieuse dans leur modèle statistique. Ils précisent qu’elle n’exclut ni des biais démographiques liés au sexe, ni des scénarios plus complexes où sélection naturelle, migrations différenciées et asymétries sexuées auraient agi ensemble.

La génétique détecte des transmissions. Elle ne reconstitue pas une société. Elle ne dit ni si ces unions relevaient d’alliances, de captures, d’échanges asymétriques, de violence ou de choix, ni qui décidait, ni sous quelles contraintes circulaient femmes et hommes entre les groupes. Entre un patron chromosomique et une scène de vie, il manque encore tout un monde, celui des constructions sociales, des règles de résidence, des hiérarchies, des conflits et des asymétries entre collectifs.

Les gènes, malgré tout leur pouvoir, ne parlent pas des amours passés. Ils parlent seulement de ce qui a survécu.

Ce qu’El Sidrón change dans la discussion

C’est ici que l’archéologie et l’anthropologie culturelle redeviennent décisives, car les gènes ne suffisent pas à reconstituer la scène sociale des rencontres entre Néandertal et Sapiens. Il faut alors quitter le seul article de Science pour revenir à d’autres données et tenter malgré tout d’accéder, indirectement, à la structure des groupes néandertaliens. Le site d’El Sidrón, dans le nord de l’Espagne, fournit à cet égard un point d’appui particulièrement fort.

Les auteurs de l’étude y ont identifié des ossements appartenant à au moins 12 néandertaliens. Le point le plus frappant concerne les adultes. Trois mâles portent la même lignée mitochondriale, alors que trois femelles présentent chacune une lignée différente. Or, l’ADN mitochondrial ne se transmet que par les mères. Les chercheurs en ont tiré une lecture simple et lourde d’implications : les hommes seraient restés dans leur groupe, tandis que les femmes auraient davantage circulé entre groupes. En d’autres termes, El Sidrón serait compatible avec un système patrilocal.

L’idée est décisive. Toute population humaine a besoin d’échanges avec l’extérieur pour se reproduire sur la durée. Dans de très nombreuses sociétés humaines, cette circulation passe d’abord par les femmes, qui quittent plus souvent leur groupe d’origine que les hommes. Plus généralement la dispersion féminine et le maintien des mâles dans leur groupe constituent aussi un schéma prédominant chez les grands singes. Voir apparaître chez Néandertal un signal compatible avec une plus forte mobilité féminine relève donc d’une tendance comportementale profonde, que l’on retrouve des primates aux sociétés humaines, et la mobilité féminine entre groupes est ici l’explication la plus plausible du motif observé. Pour une fois, nous disposons donc d’un point d’appui concret sur l’organisation sociale néandertalienne.

Et cette tendance profonde à la dispersion féminine change beaucoup de choses car dès lors tout un monde social devient pensable : échanges de femmes entre groupes, intégrations asymétriques, circulations réciproques ou non, alliances, captures, ou formes plus dures encore de relations intergroupes. À partir de là, la question n’est plus seulement de savoir quel chromosome a survécu, mais dans quel type de société ces transmissions ont eu lieu. Et cette seule possibilité suffit déjà à déplacer la lecture du papier de Science, car l’asymétrie génétique observée pourrait alors relever d’un monde social, encore inexploré, structuré par des règles de résidence, de circulation et d’échange.

« Néandertal, “Sapiens” : je t’aime, moi non plus »

Intégrer les contraintes de l’anthropologie culturelle aux lectures biomoléculaires permet d’autres basculements. En Belgique, le site de Goyet a livré les ossements de quatre néandertaliennes et de deux immatures. Les traces de découpe y sont nettes sur cinq d’entre eux. Le profil démographique de cet assemblage apparaît trop singulier pour relever d’une mortalité ordinaire. Les signatures isotopiques suggèrent une origine géographique non locale. Les auteurs avancent l’hypothèse d’un cannibalisme lié au conflit, une prédation ciblant les femelles des groupes voisins. Si cette interprétation est juste, elle dit quelque chose de brutal. Ici les relations entre groupes néandertaliens ne relevaient pas d’un monde sentimental mais de la capture, de la mise à mort et de la consommation de l’autre.

Les données peuvent effectivement être lues ainsi, mais ce dossier oblige aussi à la prudence. Le corpus est réduit. Les fouilles sont anciennes. Les données spatiales manquent. L’identité du groupe local prédateur n’est pas directement observée. Ici encore, les traces ne parlent pas d’une seule voix.

C’est alors qu’un renversement devient possible. Si l’on quitte un instant le seul regard biomoléculaire pour revenir au social, une société patrilocale change profondément le sens des corps. Les femmes viennent d’autres groupes, mais dans des mondes où la mobilité féminine est un schéma commun, des grands singes jusqu’aux sociétés humaines, l’interprétation de ce signal devient immédiatement plus subtile.

Le constat d’un cannibalisme affectant des femmes provenant de régions voisines peut donc se lire comme la simple prédation sur des étrangères. Mais il ne peut exclure une autre lecture, celle d’un traitement interne, ritualisé, de femmes venues d’ailleurs, mais désormais pleinement intégrées au groupe. La biologie et la génétique ne peuvent nous dire si un individu né ailleurs reste un étranger ou devient un membre plein et entier de mon propre monde social.

Retournons alors à l’étude de Science. C’est ici qu’il faut être très précis sur ce qu’elle démontre réellement. Le signal d’ascendance sapiens mobilisé par les auteurs renvoie à un épisode très ancien, autour de 250 000 ans. Leur démonstration ne repose donc pas sur l’observation directe du principal métissage qui a laissé sa trace chez les humains actuels. Elle suppose que le même mécanisme génétique aurait été encore à l’œuvre 200 000 ans plus tard, au moment des ultimes contacts entre Sapiens et Néandertal.

Si l’on considère la très forte tendance à la mobilité des femelles, un paradoxe apparaît et met profondément en tension l’extrapolation proposée par l’article de Science. Si des femmes sapiens entraient réellement et régulièrement dans des groupes néandertaliens, on s’attendrait à voir persister, chez les derniers néandertaliens, un signal génétique récent d’ascendance sapiens. Or, ce n’est pas ce que montrent les données disponibles. Chez les premiers Sapiens anciens d’Eurasie, l’héritage néandertalien est constant. En revanche, les génomes néandertaliens exploités jusqu’alors ne documentent aucun apport récent sapiens au sein des dernières populations néandertaliennes. Le flux génétique reconnu au moment des contacts fonctionne donc dans une seule direction, de Néandertal vers Sapiens.

Une autre hypothèse anthropologique devient alors pensable. Dans un monde patrilocal, la circulation des femmes ne règle pas seulement la reproduction mais structure les alliances entre groupes. Si l’échange cesse d’être réciproque, c’est toute la relation qui change. La formule est rude, mais elle dit bien ce paradoxe :

« Je prends ta sœur, mais je ne te donne pas la mienne. »

Il ne s’agit pas d’en faire une description mécanique de chaque croisement, mais cette formule nomme une structure possible : celle d’un rapport inégal entre ces humanités, voire d’une dissymétrie sociale durable entre groupes néandertaliens et sapiens. C’est ce lien entre flux génétique à sens unique, patrilocalité et non-réciprocité de l’échange qui m’avait conduit, dans Néandertal nu en 2022, à relever ce paradoxe singulier : « Néandertal, Sapiens, je t’aime, moi non plus. »

Replacé dans ce cadre, le sens des signatures moléculaires bascule. L’asymétrie ne se lit plus comme la trace fossile d’une préférence, mais comme l’un des effets possibles d’un rapport structurellement inégal entre populations humaines. Ajoute-t-on à cela le fait que les chromosomes sexuels éliminent plus vite certains apports génétiques, et le tableau change encore. Ce que l’on croyait lire comme un roman du désir pourrait bien relever, plus profondément, de structures sociales asymétriques.

Ce que les gènes ne savent pas des humains

Projeter sur la très longue histoire de l’humanité nos récits de désir, de goût et de préférence nous permet de rester dans notre zone de confort. Mais la confrontation à l’altérité est toujours plus rude. Nos valeurs n’ont aucune universalité spontanée. Elles ne peuvent servir de socle pour penser les mondes disparus. Les rencontres entre Néandertal et Sapiens ne se laissent réduire ni à des amours passées ni à des guerres simplement transposées depuis nos imaginaires modernes. Ce que les chercheurs tentent d’approcher, ce sont des structures sociales, des formes d’échange, des frontières entre groupes, la qualité des alliances, des manières de faire monde.

Pour cela, aligner des chromosomes ou des isotopes ne suffit pas. La paléoanthropologie doit retrouver son sens plein. Elle n’est pas seulement science des os mais étude éthologique, culturelle et sociale des sociétés humaines du passé.

La difficulté n’est donc pas de choisir entre des disciplines certaines et d’autres fragiles, mais d’apprendre à faire dialoguer des champs de savoir qui travaillent tous, chacun à leur manière, sur des traces incomplètes.

La vraie leçon est peut-être là. Les chromosomes ne nous racontent pas une petite histoire d’amour entre populations. Ils ouvrent vers des questions bien plus vastes. Qui entre dans le groupe. À quelles conditions. Selon quelles règles de circulation. Sous quelle réciprocité ou non-réciprocité. Avec quelle violence, parfois. Et surtout avec quelle transformation du statut des personnes.

Le corps, sa peau, ses os, ses gènes, ses isotopes, ne nous diront jamais rien de la réalité de l’individu dans un corps social. L’humain est cette créature qui n’est pas réductible à sa matière.

Chez les humains, l’étranger ne naît que du regard qui l’exclut.

Alors oui, la question est bien une question de goût. Mais pas forcément au sens où l’ont entendu les grands médias. Ce que les journaux ont transformé en affaire de préférence sentimentale pourrait bien relever, en réalité, de quelque chose de beaucoup plus profond et, parfois, dans certaines formes de cannibalisme, de beaucoup plus littéral…


Les illustrations de cet article sont extraites de la bande dessinée Néandertal nu, de Frédéric Bihel et Ludovic Slimak, publiée chez Odile Jacob, 2026.

The Conversation

Ludovic Slimak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

31.03.2026 à 15:35

Introducing a new citizen science nature app that’s geared towards the scientific community

Pierre Bonnet, Chercheur en Botanique et Informatique appliqué à la biodiversité, Cirad
Alexis Joly, Docteur en informatique, Inria
Pl@ntNet, the “shazam” for plants is a well-known app among the hiking community and nature enthusiasts, but not many know that it’s a precious resource for scientists.
Texte intégral (2864 mots)
PlantNet is the brainchild of a consortium composed of four French research organisations (CIRAD, Inria, INRAE and IRD) and the Agropolis Foundation. It has recorded over 80,000 plant species and registers, on average, 100,000-700,000 new users per day and is available in 54 languages. Plantnet.org, Fourni par l'auteur

Identifying weeds, checking out the pollen map, or discovering new plant life-forms are among the promising wealth of data available to users of PlantNet – a “Shazam!” for plants. Pierre Bonnet and computer scientist Alexis Joly introduced us to the digitally enhanced plant recognition application they developed.


The Conversation: What can you tell us about PlantNet users?

Pierre Bonnet and Alexis Joly: An impact study carried out a few years ago identified that 12% of users used the app for work, either for research, land management, farming or teaching purposes. The large majority of users use PlantNet out of curiosity or personal interest.

Looking at who and where PlantNet users are based reflects the way technology is used in different parts of the world. In Asia, we have quite a few young users, because they are the most connected. We can also observe that the Chinese flora, which is nevertheless very rich, is poorly represented by the users of the application, and this is explained in particular by the fact that non-state or non-Chinese platforms, which are not carried by Chinese companies or partners, are much less present on this market.

Tropical parts of the world are very biodiversity-rich, is PlantNet particularly big there?

P.B. and A.J.: Brazil is in eighth place with just over 600,000 annual users. Indonesia and India are in the top 20. Currently, the bulk of PlantNet’s activity is still in Europe and North America. Several things explain this. PlantNet has already been launched in France and in Europe, and has therefore been further promoted and attracted media attention in this region of the world. Backed by user demand, the application was also initially adapted to the French and Mediterranean flora before it was gradually extended to include other European flora, then North American, and tropical.

It should also be taken into account that in tropical areas, species richness is certainly far greater, but access capacities are often more limited. The road network is less developed; 3G connectivity can be poor, particularly in forested mountain areas.

In the field, plant biodiversity can also be more complex to photograph, take for example, the many tropical plants that are epiphytic that is to say, that grow on another plant, especially at canopy level. When we talk about trees that are several tens of metres high, it immediately becomes more complex to photograph.

All this makes tropical plants and flowers considerably less known. The application covers almost 100% of European flora, compared with coverage of a few tens of percent for tropical countries. This is something that is not unique to PlantNet, and generally applies to all institutional databases, especially since covering tropical areas costs more.

But despite this, we are working with partners in Costa Rica, Guyana, Brazil, Cameroon, Madagascar and Malaysia, in particular to extend our coverage of the number of species.

In the tropics or elsewhere, what can be noted about the plants that users are looking to identify? Are the most common plants the most in demand or not necessarily?

P.B. and A.J.: There is necessarily a correlation, because very rare plants are necessarily rarely observed. But we also note that certain plants are very common, but of little interest, because they are “discreet”. These can be crop weeds, plants found by the roadside but which do not have noticeable flowers, which are pollinated by the wind with slender, greenish flowers, such as species of fescue (Festuca spp.), or bromes (Bromus spp.). They are less observed because they are actually less attractive. We can also note that tree searches are popular, whereas certain herbaceous or epiphytic plants tend to be extremely rare.

People actually often observe plants that they like, or plants that seem useful to them. Incidentally, we get a lot of requests about fruits, berries, and plums, probably because people want to know if they are edible or not.

But the goal of tracking useful plants for humans was not the main objective of the PlantNet project from the get-go. We had to adapt it, however, to meet expectations in terms of this type of use while remaining fairly moderate regarding the volume of information we provide.

At the same time, we are working more and more with people who study animal health, either in human health and who use the PlantNet service or data for their own work. Like for instance, people who worked for ToxiPlant which identifies plants that are toxic for horses. We also regularly consult doctors on different uses of PlantNet for identifying allergenic plants, especially those that cause skin allergies. We also liaise with the French regional agency for monitoring air quality ATMO Occitanie, which uses shared data on flowering plants listed through PlantNet that it integrates into its air quality estimation models indicating pollen counts.

Are there certain plants that would benefit from being photographed more?

P.B. and A.J.: Yes. There are plants that interest us, or our partners, but for which we have very little data. These include allergenic plants for respiratory allergies, such as male junipers, which release pollen when their cones open.

These cones are very discreet. Junipers are therefore photographed, but rarely with illustrations that show the development stage of the cones. Seeing as they cause allergies, some of our partners would like to collect more data on the subject. We hope to remedy this through animation features, either directly through the platform or through social media, to generate interest in collecting data on this type of plant or on rare, endangered plants or plants that have conservation issues, such as Marsilea strigosa Willd. and Arenaria provincialis Chater & P. Halliday (native to the South-eastern France).

We also have the case of certain plants that interest us for agriculture, weeds, for example, which we have barely identified at the stage of young shoots, such as ‘Imperatacylindrica_ (L.) Raeusch. or that Galium aparine L.

Your application encourages users to take several different pictures. This can be photos of flowers, leaves, fruits, bark, or of the entire plant, for example, to help them identify plants. What type of data do you have the most of?

P.B. and A.J.: Data on flowers, especially in their blooming seasons – during spring and early summer. Flowers attract interest and trigger observation. They are also the most effective visually, and have typically been used a lot by botanists in the past.

On PlantNet, after flowers, we notice a decreasing degree of performance for fruit, leaves, and then twigs and bark, which are sometimes more difficult to take pictures of, even if users are always encouraged to combine several criteria (flower and fruit, flower and leaf…) each time to maximise their chance of correctly identifying a plant.

What happens when PlantNet can’t match a photograph with an existing species?

P.B. and A.J.: Troubleshooting “no results found” is still a tricky business for all forms of AI, and PlantNet is no exception. Some species are very poorly represented, and it is very difficult to teach the model behind the app to differentiate between something that is very rare in the learning database and something that we do not have at all. We therefore seek to quantify the uncertainty, rather than decide when the model is uncertain or not. We are working with our team on creating confidence intervals. That is why, in some cases, the application will provide several species.

One thing that makes this work difficult is that new species often resemble existing species. A new species is thought to be very picturesque, but it isn’t always the case, hence the confusion.

There is also the issue of hybrid, ornamental plants. You will always come across new plant creations. We cover them, but not as well as other plants, even though we are trying to overcome this difficulty.

We also set out to simply identify more and more plants. Today PlantNet covers 85,000 species out of an estimated 400,000, with 2,000 new species being discovered each year. These discoveries are made by taxonomists worldwide and via the World Flora Online network, which brings together several dozen universities, herbaria and botanical gardens, which PlantNet joined in 2025.

Working closely with these networks will enable us to improve cases where PlantNet performs poorly, particularly when new species emerge thanks to the research carried out by the taxonomists, who actually further knowledge by dividing what was previously thought as a single species, but which represents, in fact, several of them or, conversely, by grouping together what were thought to be different species, but which turns out in reality to be only one plant.

Let’s come back to the 10% of users who use PlantNet for work. Who are they? What line of work are they in?

P.B. and A.J.: PlantNet’s data is very useful for building species distribution models predicting where a given species is commonly found. There are certainly biases in our data, depending on where people do and don’t go, but they can help us to gain a better understanding of the factors that influence these distributions, including climate change. This provides answers to questions like, “will species change habitats or stay put?” or “what is the human impact on species distribution?” Many ecologists download the PlantNet data and couple it with other data for species distribution modelling.

PlantNet data can also help in the detection of invasive species that are often notable for their size, density, visual appearance, or novelty, such as Carpobrotus edulis (L.) N.E.Br or Mirabilis jalapa L. We are working on this subject with the French Biodiversity Office, which is interested in using plant monitoring cameras to detect the presence of invasive plants, in order to contain their expansion within the areas where they are found.

We have an ongoing project that focuses on improving the classification of species that are present in farming environments and recognition of plant pathogens whether they are viruses, bacteria, fungi…

Have you discovered any unusual uses of the app that have surprised you?

P.B. and A.J.: Perhaps the most surprising was a Dutch museum which used PlantNet to identify plants featured in the paintings it had on display.

Other surprises have included people using PlantNet to identify a tattoo of a plant, or a plant-inspired pattern of an oilcloth… along with other more fun uses of the app like on the Explorama or Geo Quest apps which use our automated identification service.

PlantNet supports the diversity of possible uses, not by trying to integrate them, but rather by sharing its plant-identifying services. We have more than 20,000 accounts that have incorporated PlantNet’s service into their own mobile or web application, or in their data processing workflow.

And what other uses for PlantNet could be developed?

P.B. and A.J.: We have processed just over 1.3 billion plant ID requests. Among this data, there is a lot of material for characterising environments and species… However, the data is still difficult to use due to its sheer volume. These photos most probably contain new species and data on species that do not exist elsewhere. Photos users have posted provide potentially interesting information about the associated communities (not just in the foreground, i.e.; the plant photographed, but in the background) and about plants’ surrounding environments. While it’s not what the photo primarily sets out to do, it does offer potentially very interesting data on plant associations, that for the moment, remain untapped.

Little use has been made of our data to study the impact of current, fairly fast-moving climate change. PlantNet has, in this respect, collected extensive data over the last five to ten years that could allow us to gain greater understanding on how plants react to such swift environmental changes. From one year to the next, there may be a lot of variability, but for now, it is difficult to measure this impact.

What can PlantNet users do to help further research going forward?

P.B. and A.J.: Creating a user profile significantly increases the benefits for research. By creating an account, people agree to terms of use and facilitate re-exploitation for research. The more qualitative the data is, the more relevant it is to research activities. Geolocation is, for example, very valuable to us. It is also beneficial for users with a potentially higher level of determination.

We encourage researchers around the world to feel free to explore the full potential of PlantNet, whether it be via our shared data or the services we offer.


Interview by Gabrielle Maréchaux, Environment Journalist at The Conversation France.


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The Conversation

Pierre Bonnet a reçu des financementsde la commission européenne (projets HORIZON GUARDEN - 101060693 et MAMBO - 101060639) ainsi que de l'agence nationale de la recherche (PEPR AgroEcoNum - 22-PEAE-0009).

Alexis Joly a reçu des financements de la commission européenne (projets HORIZON GUARDEN et MAMBO) ainsi que de l'agence nationale de la recherche (PEPR AgroEcoNum).

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