08.07.2026 à 15:28
Peut-on apprendre la géographie française grâce aux jeux « Pokémon » ?
Texte intégral (2958 mots)

Qu’ont en commun les menhirs bretons, les mosaïques de Barcelone et le château de la famille royale britannique ? Tous ont été adaptés en pixels dans la série de jeux vidéos Pokémon. Les jeux vidéo, souvent dénigrés pour leur tendance à « couper les jeunes du monde réel », transforment ici les joueuses et les joueurs du monde entier en touristes numériques, et leur font découvrir de nouveaux lieux.
Depuis sa sortie en 2016, l’application mobile Pokémon Go a été amplement étudiée pour sa capacité à faire découvrir ou redécouvrir des lieux réels. À l’inverse, les jeux vidéo Pokémon se déroulent dans des régions fictionnelles, et leur plus-value géographique a été peu explorée.
Or, ces régions nommées « Hoenn », « Galar » ou « Johto », s’inspirent de territoires qui existent vraiment. Le tout premier jeu vidéo Pokémon, sorti en 1996, se déroule dans la région de « Kanto », nommée d’après la région de l’aire métropolitaine de Tokyo (Kantō). Il faut attendre 2010 pour voir apparaître la première région inspirée d’un pays occidental, les États-Unis, et 2013 pour un pays européen : la France.
Kalos, une région inspirée par la géographie française
Les jeux Pokémon mobilisent en toile de fond la géographie, l’histoire et la culture des lieux dont ils sont inspirés. Ainsi, Pokémon X et Y (2013) et Légendes Pokémon : Z-A (2025) diffusent auprès d’un public international, souvent jeune, des connaissances géographiques sur la France, même si elles sont incomplètes et parfois approximatives.
Voici la carte officielle de la région de Kalos, inspirée de la France. On constate qu’elle ne représente en réalité qu’une partie du pays : le sud est remplacé par une chaîne de montagnes et les territoires ultramarins sont absents.
La France hexagonale reste pourtant reconnaissable par les contours de ses littoraux, le tracé de ses fleuves (la Loire coupe la carte en deux, la Seine traverse Paris) ou certains reliefs, comme les Alpes à l’est. La joueuse ou le joueur, en parcourant Kalos, voit également l’architecture se modifier selon les villes traversées : bâtiments haussmanniens, maisons à colombages, briques rouges, etc.
Tout en complétant les quêtes propres au jeu vidéo (attraper des Pokémon, gagner des combats, etc.), les joueuses et les joueurs sont immergés dans un univers qu’ils apprennent à connaître. Par exemple, on trouve à l’ouest de Kalos une péninsule sur laquelle se trouvent des alignements de rochers, faisant référence aux mégalithes de Bretagne. Les joueurs internationaux peuvent donc associer ces paysages à cette partie de la France.
Les noms de lieux participent également à la meilleure connaissance du pays. Ainsi, la route nommée « Route Menhir » débouche sur une ville dont le nom français (« Cromlac’h ») s’inspire à la fois de la ville de Carnac et de la disposition rocheuse nommée cromlec’h, tandis que le nom anglais (« Geosenge ») fait référence au site anglais de Stonehenge.
Justement, la disposition de cailloux en rond sur la carte évoque en réalité davantage Stonehenge que Carnac, dont les menhirs sont plutôt alignés. C’est là que l’on atteint la limite de la comparaison. La région de Kalos reste, avant tout, fictionnelle. La volonté de ressemblance avec la réalité est limitée par un ensemble de facteurs : les spécificités de l’univers fictionnel (rajout de statues représentant des Pokémon), le respect d’exigences propres à la franchise (création d’un désert près de Paris pour y faire vivre certains Pokémon), voire même la méconnaissance de la région d’origine.
Le directeur des jeux, Junichi Masuda, le formule ainsi dans le Point :
« Dans le jeu, on peut visiter des endroits typiquement français et ressentir une ambiance générale qui rappelle la France. Mais ce n’est pas la France, c’est un lieu imaginaire qui s’appelle la région de Kalos. »
Cela rappelle la façon qu’ont pu avoir d’autres œuvres japonaises de mobiliser un imaginaire européen fantasmé, comme les films d’animation de Hayao Miyazaki. Ainsi, les villes fictionnelles présentes dans l’adaptation de Miyazaki Le Château ambulant (2004) s’inspirent de l’architecture alsacienne. L’autrice du livre originel, Diana Wynne Jones, avait explicitement suggéré de s’inspirer de villes du sud de l’Angleterre, mais elles n'ont pas été considérées par l'équipe du film comme « suffisamment européennes » .
Dans les jeux Pokémon, les mélanges d’inspirations conduisent par exemple des fans à ne pas pouvoir s’accorder sur les lieux réels qui inspirent certaines des villes fictionnelles : Lille ou Amiens, Lyon ou Arles, etc.
Une abondance de clichés…
Cette « ambiance générale qui rappelle la France » est grandement alimentée de clichés. Pour Masuda, la France est un pays où « la beauté et l’élégance régentent la vie de tous les jours » et le nom de la région, Kalos, signifie « beauté » en grec. Kalos est une région créée par une équipe japonaise, à destination d’un public international, pas nécessairement familier de la France et de sa culture. Le jeu ne présente pas la France telle qu’elle est réellement, mais telle qu’elle est imaginée, comme souvent dans les œuvres de fictions.
Des personnages portent des bérets dans la rue, et certains combats dans un château permettent d’obtenir des titres de noblesse. Les noms de lieux sont tous liés aux parfums dans les versions anglaises et japonaises du jeu et à l’art dans la traduction française. Ainsi, le bâtiment évoquant le château de Versailles s’appelle le palais « Parfum » en anglais, et le palais « Chaydeuvre » en français.
Mais un certain réalisme
Malgré ces clichés, le jeu s’avère réaliste sur certaines représentations. Entre les deux jeux Pokémon sur Kalos, conçus à douze ans d’écart, les panneaux d’affichage des gares s’adaptent et les composteurs sont remplacés par des bornes tactiles.
L’attention aux détails est parfois tellement poussée qu’elle peut favoriser l’apprentissage géographique. C’est ce que l’on constate, par exemple, avec la ville de Port Tempères, au nord-ouest de la carte. La ville est qualifiée par le jeu de « station balnéaire chic, réputée pour son paysage enchanteur et son climat fort doux ». Port Tempères est une ville à deux niveaux reliés par un funiculaire : une partie basse, comprenant un port de plaisance, et une partie haute plus résidentielle. Elle est directement inspirée de la ville portuaire du Havre, en Normandie. Les maisons de Port Tempères représentent une version simplifiée de certains bâtiments du centre du Havre.
L’équipe du jeu, avant de créer Port Tempères en pixels, réalise un « concept art » à la main, soit ici une illustration d’ensemble destinée à évoquer l’ambiance et illustrer les environs de la ville.
Le funiculaire est en bleu sur l’image. Les visuels à l’arrière de l’illustration évoquent le phare de la Hève (à Sainte-Adresse, Seine-Maritime) et son chapeau rouge ainsi que les célèbres falaises d’Étretat (Seine-Maritime).
Les jeux Pokémon ont donc une capacité à nous faire davantage connaître les lieux réels, qui résulte d’une volonté claire des créateurs. Masuda lui-même le présente comme un des objectifs du jeu «Pokémon X et Y :
« Lorsque nous avons créé cette région, je l’ai fait en ayant à l’esprit que si les enfants et les étudiants du monde entier pouvaient, en jouant à ce jeu, avoir l’envie de visiter la France, c’était gagné. »
Amélie Soubie ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
08.07.2026 à 12:37
Pourquoi Nigel Farage démissionne de son mandat de député britannique… pour mieux se représenter
Texte intégral (1529 mots)
Depuis le siège du parti anti-immigration Reform UK, à Londres, Nigel Farage a annoncé mardi 7 juillet 2026 qu’il démissionnerait de son mandat de député de Clacton (Essex)… pour se représenter aussitôt dans la même circonscription. L’homme politique est accusé de ne pas avoir déclaré d’importants dons reçus peu avant son élection comme député en 2024, ce qui soulève des questions sur le respect des règles encadrant les financements des parlementaires. Farage a évoqué ces accusations dans son message et assuré n’avoir « rien fait de mal ». Il semble toutefois que les autres grands partis ne présenteront pas de candidat face à lui, dans ce qui est déjà qualifié de « cirque médiatique » et de « projet d’ego ». Trois universitaires analysent les motivations de cette manœuvre.
L’apitoiement sur soi et l’obsession de soi
Tim Bale, professeur de science politique, Queen Mary University of London.
« Dans ce qui figure sans doute parmi les discours politiques les plus empreints d’apitoiement et d’égocentrisme entendus depuis les innombrables tentatives de Boris Johnson pour se justifier en 2022, Nigel Farage n’a surpris absolument personne en provoquant une élection législative partielle après avoir démissionné de son siège de député. Il affirme vouloir affronter l’establishment lors de ce scrutin en se représentant immédiatement afin de laver son honneur.
Même si la colère de Farage face à l’intrusion des médias était sincère, son message vidéo enregistré paraissait malgré tout un peu fabriqué. Et je doute que l’opinion éprouve beaucoup de sympathie pour un responsable politique qui nous explique non seulement qu’il est immensément riche grâce à toutes sortes d’activités annexes, mais aussi qu’il pourrait l’être davantage encore s’il quittait le Parlement. Quant à ses propos absurdes présentant le Royaume-Uni comme un pays « brisé » – voire « communiste » – où « les hommes ne peuvent plus porter de montre et les femmes plus porter de bijoux » dans la rue, ils visaient sans doute un public américain. Enfin, sa promotion de ses conseils en investissement, censés rapporter des rendements impressionnants, relevait de l’escroquerie opportuniste dans ce qu’elle a de plus caricatural. »
Le « faragisme » à l’état pur
Parveen Akhtar, maîtresse de conférences en science politique et relations internationales, Aston University.
« La démission de Nigel Farage de son mandat de député de Clacton, suivie de l’annonce de sa candidature à sa propre succession afin de « laisser le peuple britannique décider » de son avenir plutôt que “les médias” ou l’establishment, s’interprète sans doute le mieux à travers le prisme du faragisme. Comme le montrent mes récents travaux, le faragisme ne se réduit pas à la politique d’un seul homme : il constitue un projet politique qui construit un récit populiste présentant le Royaume-Uni comme une nation entravée par les élites politiques et des institutions sourdes aux attentes des citoyens. Dans cette logique, l’establishment est décrit comme faisant obstacle à l’expression de la volonté démocratique du peuple.
Le déroulement des événements autour de la déclaration de Farage reflète parfaitement cette stratégie. À midi, il a publié sur X : « Je ferai une déclaration sur mon avenir dans la vie publique à 14 heures. » En l’espace de deux heures, ce message avait été vu environ 4,4 millions de fois, illustrant sa capacité sans équivalent à capter l’attention du public et à imposer ses thèmes dans le débat politique.
Plutôt que de laisser les accusations dont il fait l’objet occuper le devant de la scène, Farage a cherché à présenter cet épisode comme un nouvel épisode d’un affrontement plus large contre les élites politiques et médiatiques. Il s’est présenté comme un homme prêt à assumer un coût politique personnel au nom de ce qu’il décrit comme l’intérêt national et de sa mission consistant à « réparer » un Royaume-Uni qu’il juge en ruine.
C’est une caractéristique du faragisme. Le débat politique est déplacé : au lieu de porter sur le comportement d’un individu, il est reconfiguré comme un affrontement plus vaste entre un mouvement insurgé et un establishment corrompu. Ce faisant, Farage renforce l’opposition populiste entre « le peuple » et ceux qu’il présente comme cherchant à priver ce dernier de sa légitimité politique.
Cet épisode montre également pourquoi Reform UK reste si étroitement associé à la personne de Nigel Farage. Bien que le parti soit devenu beaucoup plus professionnalisé et structuré ces dernières années, sa capacité à capter l’attention du public repose encore très largement sur l’autorité politique singulière de Farage. C’est à la fois la plus grande force de Reform UK… et sa principale faiblesse.
Une mise en récit populiste
Lone Sorensen, professeure associée en communication politique, Université de Leeds.
« Nigel Farage s’appuie sur une véritable mise en récit et a consacré une grande partie de son discours à façonner son propre personnage, celui d’une victime. Il a dénoncé la diabolisation constante dont il ferait l’objet de la part de la presse – « la manière dont j’ai été traité » – et s’est présenté comme la personnalité la plus attaquée par les médias de l’histoire contemporaine. Il a également évoqué des agressions et des menaces dont il dit avoir été victime, notamment une foule s’en prenant à sa voiture.
Dans le même temps, il s’est aussi mis en scène en sauveur : selon lui, s’il n’avait pas “fait ce qu’il a fait”, le Brexit n’aurait jamais eu lieu. En cherchant à délégitimer la position du Parti travailliste, en soulignant qu’Andy Burnham est appelé à devenir premier ministre [NDT : le député travailliste est le seul candidat déclaré au poste après la démission de Keir Starmer] sans avoir été élu à cette fonction, Farage a cherché à installer un récit manichéen opposant les « gentils » aux « méchants ».
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la manière dont Farage fusionne les médias traditionnels et l’establishment politique en une seule et même entité qu’il présente comme partiale. Il a déclaré : “Ce ne sont pas seulement les médias, cela vaut aussi pour les autres partis politiques”, comme si les médias constituaient eux-mêmes un parti politique. Il s’agit d’un procédé populiste bien identifié, illustré par exemple par la célèbre formule de Donald Trump sur les « fake news ». Les dirigeants populistes ont tendance à s’en prendre aux médias établis, aux médias historiques et, tout particulièrement, aux médias de service public, tout en développant leur propre écosystème médiatique, qu’ils contrôlent davantage.
En présentant les médias comme l’ennemi, tout article critique devient un argument supplémentaire au service de leur récit. Toute procédure judiciaire fondée sur les règles de droit, ou tout contrôle exercé par le Parlement à leur encontre, est alors assimilé à une attaque partisane et politiquement motivée.
Tout cela donne l’impression d’une stratégie très calculée, qu’il a probablement testée dans les sondages et sur laquelle il se sent en terrain sûr. Il continuera sans doute à présenter cette élection partielle comme une élection nationale en miniature – le peuple contre l’establishment –, à l’image de la campagne menée par Andy Burnham à la législative partielle de Makerfield. »
Parveen Akhtar a bénéficié par le passé de financements de l'ESRC, de la British Academy et du Leverhulme Trust.
Lone Sorensen et Tim Bale ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
08.07.2026 à 12:26
With Marine Le Pen’s sentence the judiciary is giving French citizens the final say on her political future
Texte intégral (1854 mots)
IN BRIEFClick here for the key takeaways Marine Le Pen has announced she will run for president for the fourth time in 2027. The Paris Appeals Court upheld the far right figurehead over misusing EU funds, but shortened her sentence and reduced her ban on holding public office. While France’s highest civil court examines Le Pen’s appeal, she will be able to campaign without an electronic tag. When the ruling is issued (unlikely to be before 2027) will determine whether Marine Le Pen will be able to see her campaign through or whether she will hand the reigns over to Jordan Bardella. Close
The leader of France’s far right party Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, was sentenced on appeal on Tuesday 7 July 2026 to three years’ imprisonment, including one year to be served without parole whilst wearing an electronic tag, and a fine of 100,000 euros in the case concerning the National Front’s parliamentary assistants.
The parliamentary RN leader in the National Assembly was also handed a 45-month ban on standing for election, 30 months of which are suspended. Having already served the fifteen months since the first-instance judgement, she is eligible to stand as a presidential candidate and confirmed her intention to do so on national television hours after the verdict. Marine Le Pen also announced that she would appeal to the Court of Cassation “to exhaust all legal remedies”.
Luc Rouban, Emeritus Research Director at the Centre for Political Research at Sciences Po (Cevipof), shares his analysis on the verdict.
The Conversation: In a press release, the Paris Appeals Court explained its ruling by stating that the disqualification from standing for election, which had been imposed, must be seen in the context of “the voter’s freedom of choice, which is a prerequisite for the exercise of democratic suffrage”. Does this amount to acknowledging that the verdict of the ballot box takes precedence over that of the courts?
Luc Rouban: No, I don’t think so, because it is clear from this case that the judges sought to distinguish between two very different spheres: legal and political. The legal sphere, recently strengthened by all manner of measures concerning transparency in public life – notably the High Authority for Transparency in Public Life – now exercises strict control over politicians and the funding of political parties. And alongside this, you have the political sphere, which has also evolved towards greater expectations of moral conduct on the part of citizens, centred on what the Romans called auctoritas, that is to say, the ability to set an example, endowed with a certain moral strength.
Ultimately, the sentencing guidelines contain provisions which, whilst certainly serving to condemn the offence, do so without direct political consequences and by transferring the political decision to the general public. And it is a sign of the judiciary’s wisdom to have separated these two spheres, particularly at a time when it is facing heavy criticism for its own failings, notably in connection with the Lyhanna case.
Marine Le Pen announced on French television that she would be appealing to the Court of Cassation, claiming that this procedure would suspend the sentence handed down. How does this decision complicate the case?
LR: The question that remains unanswered is when the Court of Cassation will hand down its ruling. The later in the campaign this ruling is issued, the more difficult it will be to issue a ruling that would invalidate Marine Le Pen’s candidacy. And if that were to happen, the campaign would already have begun, and Jordan Bardella would then simply have to see it through to the end.
It is also reasonable to assume that the Court of Cassation’s ruling will not be handed down before May 2 2027, the date of the second round of the elections. If Marine Le Pen is elected, she will be granted presidential immunity. If she is not elected, the ruling will no longer be relevant.
Can someone stand as a candidate for a party that has made integrity one of its key campaign issues whilst having been convicted of embezzling public funds? Could this decision by the Appeals Court cost her a significant number of votes?
LR: This is an argument that will be used against her, of course, but when it comes to integrity, voters tend to apply a degree of nuance. In this particular case, there was no personal enrichment, unlike, for example, in the Fillon affair. Here, it is a question of the fraudulent use of European Parliament funds to pay for assistants. Morally reprehensible, but less shocking than other cases. Marine Le Pen ultimately emerges as the winner from this legal episode, as she can demonstrate that she is pursuing her goal despite all the difficulties and trials. As she said when she appeared on television, she feels she has a mission to fulfil and is adopting a self-sacrificing stance. But this strategy is an indicator of a definite political acumen that her political opponents fear.
What we need to take into consideration here is that the 2027 election is unique and unlike any that has gone before it: it comes at a very critical juncture where the French people will have to choose between very different socio-political outlooks. The National Rally’s sovereignist, nationalist vision, focused on remembrance and identity… That of La France insoumise (LFI, led by Jean-Luc Mélenchon) and its “New France” built on diversity, direct democracy and social welfare. Post-Macronism, now championed by Édouard Philippe since his rally on Sunday, which centres on adapting to globalisation. And in a way, it doesn’t matter who espouses these visions. It is from this standpoint that Marine Le Pen is positioning herself.
Marine Le Pen explained that she would not have run for the French Presidency if she had had to wear an electronic tag. Was this a real obstacle during the campaign?
LR: Obviously, it is difficult to campaign under these circumstances, and the probation officer, in deciding on the specific terms of this sentence, would have played an important role. The ankle monitor would have served as a reminder of her conviction, but she could also have used it to her advantage, turning it into a symbol of the “chained resistance fighter” who, “from the depths of her cell”, cries out “justice for the people”. Even with her movements restricted, she could have presented herself as a victim who, though shackled, calls on the people to bring about a radical change to the socio-political system. In the current climate, marked by numerous convictions of French political figures, particularly at local council level, it seems, in any case, less shocking than if it had happened twenty or thirty years ago.
Having been touted, amid uncertainty in recent months, as the RN’s likely 2027 presidential election candidate, can Jordan Bardella resume his role as second-in-command in this campaign?
LR: Perhaps more easily than the role of frontrunner, actually. In my view, the RN’s real rival today will be Édouard Philippe, who is positioning himself as a post-Macronist with an unapologetically right wing leaning. He is, in a sense, the candidate of a somewhat authoritarian liberal right. However, Jordan Bardella, in a sort of French-style Trumpism, is also positioning himself on an authoritarian-liberal platform, but with less experience than his opponent, Édouard Philippe. He has not been prime minister, he is not the mayor of a major city, and he is unfamiliar with the workings of government… Whereas Marine Le Pen, who describes herself as neither right-wing nor left-wing but “from the grassroots” – in a sort of reverse Macronism – may well attract a section of the left-wing electorate and those who usually abstain. She is far more of a threat to Édouard Philippe than Jordan Bardella. In this scenario, France will have an opposition that will amount to little less than a class conflict…
Interview by Laurent Bainier.
Luc Rouban ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.