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13.04.2026 à 16:41

Quel avenir pour les animaux sur les plateaux de cinéma ?

Cynthia Chris, Professor of Media Studies, City University of New York
Même si les images de synthèse qui reproduisent des animaux ont un rendu de plus en plus bluffant, on observe un retour du recours à de vrais animaux sur les plateaux.
Texte intégral (2341 mots)
Dans *l’Odyssée de Pi*, Ang Lee a eu recours à un vrai tigre du Bengale, mais aussi aux images de synthèse. Allociné

Depuis ses débuts, le cinéma a utilisé les animaux comme des acteurs à part entière. Mais leur présence sur les plateaux se fait moindre avec l’essor des images de synthèse, tandis que les associations de défense des animaux œuvrent pour en finir avec des pratiques parfois maltraitantes.


L’histoire des acteurs non humains est longue et riche en anecdotes, de Luke, le chien de la star du cinéma muet Roscoe (alias Fatty) Arbuckle, aux colleys qui ont incarné Lassie au cinéma et à la télévision. L’ours Bart a accumulé plus de 20 apparitions au cinéma et à la télévision dans les années 1980 et 1990, tandis que d’innombrables chevaux ont contribué aux séries historiques qui inondent aujourd’hui les plateformes de streaming.

Mais les affaires ne vont plus aussi bien qu’avant pour les dresseurs qui se spécialisent dans la location d’animaux de toutes sortes aux productions cinématographiques et télévisuelles.


À lire aussi : Décoloniser notre rapport aux animaux pour inventer un nouveau rapport au monde


Selon The Hollywood Reporter, la tendance est présente depuis au moins vingt-cinq ans, et elle est due à un mélange d’activisme en faveur des droits des animaux et de progrès technologiques, ce que j’ai observé moi-même dans mes recherches sur les animaux à l’écran.

Moins de rôles à se partager

L’adoption par Hollywood des images de synthèse a joué un rôle immense dans la « mise au chômage » de ces animaux « acteurs ». Depuis que Jurassic Park (1993) a osé mêler des dinosaures en computer-generated imagery (CGI) à des acteurs humains, de plus en plus d’animaux numériques sont apparus aux côtés des humains.

Mais d’autres facteurs ont accéléré cette tendance. La pandémie de Covid-19, les grèves des acteurs et scénaristes hollywoodiens de 2023 et une récente baisse du nombre de nouvelles séries télévisées ont entraîné une diminution du nombre de productions et de rôles disponibles, qu’ils soient destinés à des humains ou à des animaux.

Mais, même avant ces événements récents, des voix s’élevaient pour demander à Hollywood de réduire radicalement sa dépendance vis-à-vis des animaux de cinéma.

En 2012, The Hollywood Reporter – le même magazine spécialisé qui a récemment déploré une baisse des locations d’animaux – a publié un reportage répertoriant des incidents au cours desquels des animaux sont morts, ont été blessés ou ont été exposés à de graves dangers sur les plateaux. Ces productions ont néanmoins continué à arborer le célèbre crédit « No Animals Were Harmed » (« Aucun animal n’a été maltraité durant ce tournage ») décerné par l’American Humane Association, quand bien même les animaux avaient été maltraités. L’American Humane Association a affirmé que ces incidents étaient tragiques, mais sans conclure qu’ils résultaient d’une négligence.

En 2016, l’association Pour une éthique dans le traitement des animaux (PETA) a publié les résultats d’enquêtes menées sous couverture documentant des conditions de vie inférieures aux normes et des problèmes médicaux non traités chez Birds & Animals Unlimited, qui gère des centres de dressage d’animaux pour le cinéma et la télévision. En 2024, l’organisation a détaillé les cas de négligence envers les animaux confiés aux soins d’Atlanta Film Animals. Les deux sociétés ont nié ces allégations.

Il existe bien sûr de nombreuses façons de réduire au minimum, voire d’éviter complètement, l’utilisation d’animaux réels au cinéma et à la télévision.

La Planète des singes : Les Origines et ses suites ont utilisé la capture de mouvement, c’est-à-dire des humains reproduisant les mouvements de personnages qui ont ensuite été transformés par images de synthèse en chimpanzés, gorilles, bonobos et orangs-outans.

Pour la production d’Ang Lee de 2012, l’Odyssée de Pi, les artistes en effets visuels ont créé des milliers d’animaux virtuels (cependant, un tigre du Bengale en chair et en os a également été sollicité et a failli se noyer, ndlr), tandis que le réalisateur Darren Aronofsky a opté pour des animaux entièrement numériques, complétés par quelques accessoires réels, dans Noé, en 2014.

À contre-courant des tendances high-tech, le film d’horreur Primate (2025) a fait un retour aux sources sans recourir à de vrais animaux, en faisant appel à un artiste vêtu d’un costume et de prothèses pour incarner un chimpanzé enragé et meurtrier.

Le film d’horreur de 2025 Primate n’utilise ni images de synthèse ni animal, mais fait appel à un humain déguisé pour incarner le singe fou.

Les images de synthèse peuvent-elles désensibiliser les spectateurs à la violence envers les animaux ?

Il existe sans aucun doute des dresseurs qui se soucient profondément de leurs protégés et respectent les meilleures pratiques en matière d’élevage. Mais il va de soi que moins il y a d’animaux en captivité, mieux c’est, et les récentes avancées en matière d’IA ont rendu les effets visuels et les images de synthèse encore plus réalistes et plus faciles à modéliser.

Cependant, le fait de remplacer des animaux en chair et en os par des créatures faites de pixels semble avoir ouvert la voie à des abus sans limites. Prenons l’exemple de la violence brutale dans les remakes de la Planète des singes, qui incluent des combats au corps à corps, le marquage au fer rouge et une scène de crucifixion.

Autrefois, le fait que les animaux présents sur le plateau soient réels freinait parfois les pulsions les plus sauvages des cinéastes ; la violence était suggérée ou se déroulait hors champ dans des films familiaux comme Jody et le faon (1946) et Fidèle Vagabond (1957).

Parallèlement, des astuces de caméra et des accessoires ont été utilisés pour créer des scènes de cruauté envers les animaux dans de nombreux films, d’American Psycho (2000) à John Wick (2014).

Bien que les effets des médias violents sur les spectateurs soient notoirement difficiles à étudier, certaines données suggèrent que certains publics peuvent devenir insensibles aux conséquences réelles de contenus malsains et violents. On comprend aisément comment cette désensibilisation pourrait s’étendre au visionnage de scènes de cruauté envers les animaux à l’écran.

Les spectateurs peuvent encore flairer le virtuel

Une approche hybride de la représentation des animaux à l’écran semble s’être imposée, utilisant ce qu’un chercheur a appelé – en référence aux chiens à l’écran – des « performances canines composites ».

L’équipe à l’origine de la version 2025 de Superman, par exemple, a cherché à créer un chien réaliste, jusque dans les moindres poils ébouriffés. Mais il fallait qu’il défie la gravité et d’autres lois de la physique. Ils ont donc intégré juste assez d’animaux réels en préproduction pour animer une créature principalement en images de synthèse, le chien du réalisateur James Gunn servant de « modèle », ou de « référence » au super-chien Krypto.

Cette technique rappelle les méthodes des animateurs de Disney qui, face au défi de créer les personnages de Bambi (1942), se sont retrouvés dans une impasse. Ils ont donc étudié l’anatomie animale, photographié des cerfs dans la nature et dessiné des animaux amenés au studio afin de mieux capturer leurs mouvements sur le papier.

Mais lorsqu’il s’agit de films en prises de vues réelles ancrés dans la vie quotidienne, les animaux réels ont encore leur place sur le plateau. D’une part, il est généralement moins coûteux de faire appel à de vrais animaux. De plus, la plupart des animaux virtuels à l’écran ne sont tout simplement pas assez réalistes pour permettre la suspension totale de l’incrédulité qui fait la magie du cinéma.

C’est pourquoi, dans l’adaptation de 2025 des Mémoires d’Helen MacDonald, H Is for Hawk, les cinéastes auraient utilisé cinq vautours pour incarner Mabel, l’oiseau adopté par Helen (Claire Foy). C’est pourquoi le film Marty Supreme, nominé aux Oscars, mettait en scène toute une ménagerie d’animaux vivants, notamment un cheval, un chameau, un tatou, un chien, un lapin et même un lion de mer jouant au ping-pong. Oui, l’otarie de la scène était réelle, mais la balle ne l’était pas.

L’avenir des dresseurs et de leurs protégés semble dépendre de la qualité des effets visuels. Pour certains défenseurs des animaux – sans parler des animaux eux-mêmes, qui n’ont pas leur mot à dire sur leur travail –, ce jour n’arrivera jamais assez tôt.

Les cinéphiles et les défenseurs des animaux, quant à eux, pourraient espérer un juste milieu : un avenir dans lequel seuls les animaux traités de manière éthique continueraient à apparaître à l’écran.

The Conversation

Cynthia Chris ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

13.04.2026 à 16:38

What fish redistribution in the Mediterranean is telling us about species’ climate resilience

Marina Sanz-Martín, Postdoctoral researcher, Instituto Español de Oceanografía (IEO - CSIC)
The Mediterranean is one of the world’s most vulnerable ecosystems. A scientific study on shifting distribution dynamics examines how its fish species contend with sea warming.
Texte intégral (1726 mots)
In the last two decades, as a result of climate-driven sea warming, almost half of commercially relevant fish in the Mediterranean have been deserting their original habitats in their quest for higher latitudes, depths and cooler waters. KinoMasterskaya / Shutterstock, CC BY

Over the past twenty years, nearly half of commercially important Mediterranean fish species have shifted their distribution due to climate change, causing marine species to move away from their historical locations. These significant changes in fish habits are expected to have a major impact on biodiversity, ecosystems and fishing opportunities.

On a global scale, species have been observed shifting towards higher latitudes and depths, in search of cooler conditions.

However, at regional scales, the picture is far more complex. Our recent study demonstrates that in the Mediterranean Sea, as a result of climate change, warm water-favouring thermophilic species that prefer moderately warm temperatures, such as the starry skate Raja asterias, are changing their distribution towards the south and west, while cool water-favouring boreal species, such as the black-bellied angler Lophius budegassa, are only changing their distribution in depth.

The broader picture of this ecological process is known as meridionalization through which native warm-water species expand and cold-water species decline.

Temperature-associated habitat selection: the Mediterranean predicament

The Mediterranean is one of the most vulnerable ecosystems in the world due to multiple and cumulative human pressures, including a high level of climate risk that will increase in the future. These combined impacts are already driving major ecological changes in marine species.

The Mediterranean is also a semi-enclosed basin, connected to the global ocean only through the Strait of Gibraltar, which limits the options available to species attempting to track suitable environmental conditions.

However, even if these Mediterranean species move north, they cannot go very far: they soon encounter geographical continental constraints, such as the French continental zone, in the Gulf of Lions.

An alternative to moving northwards is to move towards deeper waters in search of cooler temperatures, when their physiological limits allow it. However, at the regional scale, the picture is far more complex, with very different dominant patterns emerging.

In our recent scientific study conducted along the eastern Spanish Mediterranean coast, from Murcia to northern Catalonia:

“ We found that almost half of the commercially valuable Mediterranean species have changed their distribution over the last two decades: 42 out of the 102 species analysed showed significant distributional shifts.”

Although these changes vary among species, they are dominated by southward and south-westward movements along the Iberian Peninsula, particularly towards the Gulf of Alicante.

Depth-related changes were also diverse, but were mainly characterised by shifts towards shallower waters.

Why are fish moving ‘swimming against’ global patterns, southwards and toward shallower waters?

These species shifts can be explained by local climate velocity, a measure that describes both the speed and direction of ocean warming.

Climate velocity tracks the rate of change in sea surface temperature, indicating the direction and speed species should move to conserve the initial or preferred temperature conditions of their habitat. As such, if species displacements correlate with climate velocity, species are more likely to remain within suitable climatic conditions.

Our results show that the largest distributional shifts are strongly associated with areas experiencing the fastest warming. As a result, many species have shifted the centre of distribution of their populations towards the south-west.

Among these species are the four-spot megrim (Lepidorhombus boscii, the picarel (Spicara smaris and the starry ray Raja asterias, which given their preference for moderately warm-water temperature, have moved south-westwards, shifting in the same direction as the velocity climate change. However, in addition to the horizontal displacement, they have also moved toward shallower waters:

“Contrary to our expectations, species were predominantly shifting towards shallower waters, more coastal areas because depth naturally decreases in this region as species move south.”

These findings highlight the regional-scale impacts of climate change on commercially important marine species. There is an urgent need to implement climate-smart fisheries management measures, as adaptation to climate change is no longer a future challenge, but a present-day necessity.

Climate-smart solutions involve management measures that focus on implementing regional and local strategies such as identifying marine climate refugia, which attract species and provide an environment in which fish stocks can thrive in spite of climate change, and that prioritises their protection and conservation.

Improving the adaptative responses of the small-scale fishing sector is also a key climate-smart solution. This can only happen if fishers and local communities play a significant role in the decision-making processes, and if scientists, fisheries and policymakers work together to adopt much needed climate-adaptive practices.

This article was co-written with the help of the following authors: Hidalgo, M., Puerta, P., García Molinos, J., Zamanillo, M., Brito-Morales, I., González-Irusta, J. M., Esteban, A., Punzón, A., García-Rodríguez, E., Vivas, M., & López-López, L.

Created in 2007 to help accelerate and share scientific knowledge on key societal issues, the Axa Research Fund – now part of the Axa Foundation for Human Progress – has supported over 750 projects around the world on key environmental, health & socioeconomic risks. To learn more, visit the website of the AXA Research Fund or follow @ AXAResearchFund on LinkedIn.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Marina Sanz-Martín (MSM) and co-authors acknowledge the crew and staff of the Spanish Institute of Oceanography (CN-IEO, CSIC) for collecting and providing long-term survey data for the MEDITS program and facilitating a unique record of ffish distribution and abundance. This research was performed as part of the VADAPES project, funded with the support of the Biodiversity Foundation of the Spanish Ministry for the Ecological Transition and the Demographic Challenge; the CLISSARTES project (AXA-007), funded by AXA Research Fund; and the COCOCHA project (PID2019-110282RA-I00) funded by the Spanish Ministry of Economy and Competitiveness, Feder funds and the Spanish Research Agency. MSM acknowledges funding from the Government of the Balearic Islands through a Vicenç Mut postdoctoral grant. The authors acknowledge the development and maintenance of online repositories and databases such as COPERNICUS, EMODNET, AQUAMAPS, OBIS, Bio-Oracle, FishBase, and SEALIFEBASE, and their fundamental role in advancing knowledge in marine and fisheries science.

13.04.2026 à 11:40

Attention, les activités des entreprises pourraient devenir inassurables

Fiammetta Cascioli Karivalis, Professeur, Directrice du Msc Business Transformation for Sustainability, Kedge Business School
Sara Ratti, Chercheuse en mesure, gestion et reporting de durabilité, International Institute for Management Development (IMD)
Stéphane Ouvrard, Professeur associé en Finance/Comptabilité, Kedge Business School
Les assureurs voient leur rôle évoluer. La question n’est plus seulement « combien cela coûtera ? », mais aussi « comment éviter que certaines activités deviennent tout simplement inassurables ? ».
Texte intégral (1721 mots)
La majorité des dirigeants d’entreprises ne considèrent pas encore l’adaptation au changement climatique comme un enjeu majeur. CrizzyStudio/Shutterstock

Dans un contexte d’accélération du risque climatique, les assureurs voient leur rôle évoluer auprès des entreprises. La question n’est plus seulement « combien cela coûtera ? », mais aussi « comment éviter que certaines activités deviennent tout simplement inassurables ? » Zoom sur les petites et moyennes entreprises, cœur du tissu économique français.


Longtemps amortisseuse, l’assurance est aujourd’hui sous tension face à des sinistres plus fréquents et coûteux. Rien que pour les tempêtes Nils et Pedro, en février 2026, ainsi que les inondations dans l’ouest et le sud-ouest de la France, France Assureurs et la Caisse centrale de réassurance estiment le coût des dommages à 1,2 milliard d’euros.

Le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale. Les risques financiers liés au climat deviennent matériels pour l’économie française, européenne et mondiale. Ainsi, 80 % des entreprises ont subi des perturbations opérationnelles, des fermetures temporaires (70 %) et une hausse de plus de 150 % des coûts d’assurance.

Si les compagnies d’assurance ne couvrent plus certains territoires ou certains secteurs, les coûts se déplaceront vers les entreprises avec un risque de fragilisation du crédit et de stabilité financière.

Un monde à + 4 °C, inassurable

En 2015, Henri de Castries, alors dirigeant d’AXA, avertissait : « Un monde à + 2 °C pourrait être assurable, mais un monde à + 4 °C ne le serait certainement pas. » Dans la cartographie prospective 2026 de France Assureurs, le risque d’inassurabilité s’impose comme la préoccupation centrale de long terme, au côté du risque climatique et des enjeux liés à l’intelligence artificielle.

En effet, les phénomènes climatiques extrêmes gagnent en fréquence et intensité et tendent à devenir une nouvelle norme. Dans certains territoires, ces chocs poussent déjà des assureurs à se retirer – la Californie en a donné un aperçu avec les incendies qui ont ravagé l’État : pas moins de 100 000 Californiens ont perdu leur couverture entre 2019 et 2024.

En France, la Direction générale des entreprises (DGE) estime que « deux millions d’établissements seraient fortement exposés à une augmentation du risque de tempête ». Elle souligne que les tempêtes et les inondations touchent directement les actifs, tandis que les vagues de chaleur dégradent la productivité du travail.

Pour les entreprises, on distingue les risques physiques, aigus liés à des événements extrêmes, et chroniques, liés à des évolutions de long terme. Ces risques finissent par se traduire en risques financiers pour les entreprises – sur les actifs, les chaînes de valeur, les conditions de travail et, in fine, leur productivité.

Seuls 12 % des entreprises ont défini une stratégie d’adaptation

Selon l’Insee, la France comptait en 2021 159 000 petites et moyennes entreprises (PME) marchandes, non agricoles et non financières (hors microentreprises), représentant 4,3 millions de salariés. À l’échelle européenne, elles sont 23 millions, soit environ deux tiers des emplois.

Une gestion préventive des risques climatiques devient une nécessité, même si elle reste encore peu répandue – à l’exception de certains secteurs particulièrement exposés, comme l’agriculture. Dans ce secteur, le coût de l’adaptation est élevé (plus d’une dizaine de milliards d’euros d’investissements d’ici à 2050), mais demeure inférieur au coût de l’inaction.


À lire aussi : À la fin, qui prendra en charge le coût des assurances ?


Selon une enquête réalisée en 2024 par Bpifrance, « 68 % des dirigeants ne considèrent pas l’adaptation au changement climatique comme un enjeu majeur », seuls 12 % ont défini une stratégie d’adaptation et 57 % estiment que leur entreprise est aujourd’hui faiblement exposée aux aléas climatiques.

Trop peu d’entreprises disposent aujourd’hui de véritables plans de résilience, alors même que la résilience devrait devenir un « critère de décision stratégique ». Ce décalage tient à la nature même du risque : tant que l’impact financier n’est pas tangible – sur les actifs, l’activité ou la trésorerie –, il est difficile, pour un dirigeant, d’en mesurer l’ampleur et d’engager des mesures d’adaptation.

Les PME en première ligne

Les PME disposent rarement des mêmes marges de manœuvre que les grands groupes : moins de trésorerie pour absorber un choc, moins d’équipes vouées à la gestion des risques, et moins de poids pour négocier des conditions de couverture. Leur exposition est souvent très concrète, avec des dommages sur leurs bâtiments et leurs machines, des arrêts de production, des tensions logistiques et des effets domino chez les fournisseurs ou les clients.

Elles peuvent se retrouver insuffisamment couvertes – voire pas couvertes du tout – contre certains événements, tels que les inondations, les glissements de terrain, les submersions, les canicules. En 2025, 74 % des très petites entreprises (TPE) et des PME disposent d’une couverture inadaptée, soit environ 3,3 millions d’entreprises concernées.


À lire aussi : DAF et risques climatiques : pourquoi l’inaction devient le principal risque financier des entreprises


Parce que beaucoup de PME ne sont pas directement soumises aux obligations de reporting en durabilité comme la Directive relative à la publication d’informations en matière de durabilité (CSRD), le risque est de repousser la question. Pourtant, mesurer quelques informations clés – exposition, vulnérabilités, plans d’action – aide à piloter l’adaptation et à dialoguer avec les partenaires financiers, les assureurs et les grands donneurs d’ordre.

Assurance paramétrique

L’étude de Bpifrance rappelle que les dirigeants de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont besoin d’être accompagnés. Dans ce contexte, les parties prenantes externes (banques, assureurs, grands donneurs d’ordre) intensifient leurs attentes, ce qui ouvre la voie à de nouveaux outils de conformité et à des évolutions stratégiques.

Pour un assureur, le risque renvoie à un événement dommageable, de survenance incertaine, qui devra être indemnisé. La Caisse centrale de réassurance (CCR) estime que « la hausse de la sinistralité du seul fait du climat serait comprise entre 27 % et 62 % en moyenne à horizon 2050 ». Certaines zones, plus exposées, connaissent déjà des difficultés d’accès à l’assurance.

Parmi les réponses possibles, l’assurance paramétrique – qui déclenche un paiement en fonction de paramètres météorologiques – constitue un levier intéressant de résilience climatique.

Le nouveau rôle des assureurs

C’est ici que l’assurance peut jouer un rôle décisif. Au-delà de l’indemnisation, elle peut contribuer à réduire les dommages en amont et à maintenir l’assurabilité du tissu économique. Trois pistes, déjà à l’œuvre dans certains marchés, méritent attention :

  • Inciter à la résilience : ajuster primes et franchises, offrir des bonus ou de meilleures conditions lorsque des mesures de prévention sont mises en place ;

  • Partager données et expertise : fournir cartographies, retours d’expérience et indicateurs pour aider les PME à comprendre leur exposition et agir ;

  • Proposer des services de prévention : diagnostics, recommandations opérationnelles et accompagnement vers des solutions adaptées, y compris l’assurance paramétrique.

L’efficacité de l’ensemble des solutions assurantielles face aux aléas climatiques suppose en effet une sensibilisation accrue des entreprises et… du public.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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