31.03.2026 à 14:03
Cinquante ans d’Apple : huit moments clés qui ont changé notre monde
Texte intégral (2222 mots)

De la démocratisation de l’ordinateur personnel à l’invention de l’écosystème des applications, Apple a souvent imposé de nouvelles manières d’utiliser la technologie. Voici quelques-unes des innovations les plus marquantes de l’entreprise depuis un demi-siècle.
Au début des années 1970, l’idée qu’une personne ordinaire puisse posséder un ordinateur semblait absurde. À l’époque, les ordinateurs ressemblaient davantage à des porte-avions ou à des centrales nucléaires qu’à des appareils domestiques : d’immenses machines installées dans des centres de données, exploitées par des équipes de spécialistes au service de gouvernements, d'universités et de grandes entreprises.
Puis vint Apple.
Fondée le 1er avril 1976 par deux « décrocheurs universitaires », les fameux « college dropouts » Steve Jobs et Steve Wozniak, la start-up de la Silicon Valley n’a pas inventé l’informatique. Mais elle a sans doute accompli quelque chose de plus important : contribuer à transformer l’informatique en technologie personnelle.
Avant Apple, les ordinateurs étaient le plus souvent vendus sous forme de kits à assembler. Jobs a compris que les gens préféraient des machines déjà montées, prêtes à fonctionner. Les tout premiers Apple I, dotés de boîtiers en bois de koa fabriqués à la main, se vendent aujourd’hui aux enchères pour plusieurs centaines de milliers de dollars.
En tant qu’utilisateur précoce d’Apple et développeur d’applications, voici ma sélection personnelle des réalisations technologiques les plus marquantes de l’entreprise – et de Steve Jobs – au cours des 50 dernières années.
Apple II – beige et unique en son genre
Les premiers ordinateurs personnels relevaient davantage de la curiosité que de l’outil réellement utile. L’Apple II, lancé en juin 1977, introduisit quelque chose de nouveau : le style. Même sa couleur – beige ! – était originale, contrastant avec les boîtiers métalliques noirs courants à l’époque.
L’affichage en couleurs était nouveau et enthousiasmant, et le clavier offrait une sensation agréable à l’usage. Un simple haut-parleur, doté d’une sortie d’un seul bit, était ingénieusement exploité pour produire des tonalités et même des sons ressemblant à la parole. Le design était révolutionné jusqu’à l’emballage : Jerry Manock, premier designer salarié d'Apple, installa la machine dans un boîtier en plastique moulé à l’allure élégante et professionnelle.
La souris – une nouvelle manière d’interagir
En 1979, Steve Jobs, alors âgé de 24 ans et convaincu que le géant technologique IBM était en train de rattraper Apple, se mit en quête de la prochaine grande innovation. L’entreprise de photocopieurs Xerox, qui souhaitait obtenir des actions Apple avant même son entrée en bourse, lui proposa en échange une visite de ses laboratoires de recherche voisins. Jobs comprit alors que des chercheurs du centre de recherche de Xerox à Palo Alto, comme Alan Kay, étaient en train d’inventer la prochaine génération d’interfaces informatiques.
Au cœur de cette révolution se trouvait un dispositif mis au point au milieu des années 1960 par le mentor d'Alan Kay, Douglas Engelbart, à l’université Stanford, et surnommé « la souris ». La vision de Douglas Engelbart, qui voyait l’ordinateur comme une machine destinée à augmenter les capacités de l’esprit humain, inspira Alan Kay et ses collègues, qui conçurent des interfaces graphiques dans lesquelles les utilisateurs interagissaient avec des barres de défilement, des boutons, des menus et des fenêtres.
Macintosh – la naissance du lancement de produit moderne
Steve Jobs pensait que n’importe qui devait pouvoir utiliser un ordinateur. En janvier 1984, le premier Apple Mac poussa cette idée à un niveau inédit. Fini les commandes informatiques sibyllines et les manuels qui les accompagnaient. Les premiers utilisateurs, dont je faisais partie, avaient l’impression de savoir instinctivement comment tout faire.
Mais le lancement du Mac ne se résume pas à ce saut technologique. Il inspira aussi ce qui est devenu un moment culturel désormais ancré dans nos vies : le lancement de produit. Après une publicité aguicheuse diffusée lors du Super Bowl et réalisée par Ridley Scott, Steve Jobs mit en scène dans un théâtre de 1 500 places un lancement de produit centré sur un présentateur charismatique et seul en scène. Il sortit d’un sac un petit ordinateur carré – encore beige – alors appelé Macintosh, qui se mit à parler de lui-même sous les applaudissements enthousiastes de la salle.
Pixar – le projet parallèle de Jobs
Au cours de sa première décennie, Apple connut une croissance exceptionnelle – mais frôla aussi la faillite à plusieurs reprises. Des difficultés qui conduisirent l’entreprise à l’un des épisodes les plus spectaculaires de son histoire lorsque, en mai 1985, Apple força Jobs à quitter la société.
Un an plus tard, alors qu’il dirige la start-up NeXT Inc, Steve Jobs rachète une division de la société de production de George Lucas, qu’il rebaptise rapidement Pixar. Son logiciel RenderMan permettait de générer des images en répartissant les calculs entre plusieurs machines travaillant simultanément.
Pixar, souvent décrit avec humour comme le « projet parallèle » de Jobs, deviendra l’un des studios d’animation les plus influents – et les plus rentables – au monde, en produisant notamment le premier long métrage entièrement animé par ordinateur, Toy Story (1995).
IMac – la rencontre de deux visions
Après une tentative infructueuse de développer un nouveau système d’exploitation avec IBM, Apple finit par racheter la société NeXT de Steve Jobs. En septembre 1997, celui-ci revient alors comme PDG par intérim alors que l’entreprise se trouve, selon ses propres mots, à « deux mois de la faillite ». Si ce retour est salué par de nombreux utilisateurs d’Apple, il inquiète une partie des salariés. Jobs commence en effet rapidement à licencier du personnel et à fermer les produits jugés défaillants.
Au cours de cette restructuration, il visite le studio de design d’Apple et s’entend immédiatement avec un jeune designer britannique, Jony Ive. De cette rencontre naît en 1998 l’iMac translucide aux couleurs acidulées. Essentiellement des machines NeXT plus petites et moins chères, les iMac (le « i » signifiant Internet) inaugurent aussi une autre innovation d’Apple, aujourd'hui devenue une habitude : abandonner les technologies vieillissantes. Le lecteur de disquettes est supprimé au profit d’un lecteur de CD – un choix très critiqué à l’époque, mais largement imité par la suite.
IPod – 1 000 chansons dans votre poche
Pour Apple, l’informatique n’a jamais consisté uniquement à faire de l’informatique. En 2001, l’entreprise commence à s’intéresser au traitement du son et de la vidéo, et plus seulement du texte et des images. En novembre de la même année, elle lance l’iPod – un baladeur capable de stocker « 1 000 chansons dans votre poche », contre au maximum 20 à 30 par cassette sur un Walkman de Sony.
L’iPod se pilote grâce à une élégante « click wheel » permettant de naviguer à l’écran. La musique est synchronisée via une nouvelle application appelée iTunes. Dès 2005, les utilisateurs s’en servent aussi pour gérer des fichiers audio téléchargés automatiquement depuis Internet grâce à un système appelé RSS. C’est ce qui donnera le « pod » de podcast.
IPhone – un ordinateur dans toutes les mains
En 2007, de nombreux fabricants de téléphones mobiles avaient approché Apple pour fusionner l’iPod avec leurs appareils. Steve Jobs choisit une autre voie. Le 9 janvier, il dévoile le produit le plus ambitieux jamais lancé par Apple : un appareil combinant téléphone, lecteur de musique et ordinateur Mac – le tout au format d’un simple combiné, sans clavier physique et doté d’un large écran.
La plupart des « experts » des médias, de TechCrunch au Guardian, prédisaient un échec. Steve Ballmer, alors PDG de Microsoft, se moquait du prix de 500 dollars, affirmant que personne n’achèterait un tel appareil. En réalité, 1,4 million d’iPhone furent vendus avant même la fin de l’année – et plus de 3 milliards depuis. Pour la première fois, un véritable ordinateur se retrouvait dans toutes les mains – ouvrant la voie aux réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui.
La révolution logicielle de l’App Store
À la mi-2008, l’iPhone offre à tous les développeurs la possibilité de créer une multitude vertigineuse de nouvelles applications. Dans le même temps, l’App Store – lancé le 10 juillet 2008 – résout l’un des problèmes les plus complexes : la distribution et la commercialisation de ces « apps ». Historiquement, les logiciels étaient souvent copiés et diffusés librement. L’App Store change la donne en utilisant un chiffrement robuste pour garantir que la copie achetée ne puisse être utilisée que par l’utilisateur concerné, réduisant ainsi le piratage.
En lançant le premier App Store au sens moderne du terme, Apple a transformé la manière dont les utilisateurs découvrent et achètent des logiciels. Cela déclenche une explosion du nombre d’applications et impose une idée simple mais puissante : quoi que vous souhaitiez faire, quelqu’un, quelque part, a déjà créé l’application pour le faire. Apple résume cette évolution dans un slogan devenu célèbre : « There’s an app for that » (« Il y a une application pour ça »).
À maintes reprises, cette entreprise hors norme a anticipé l’intérêt d’ouvrir l’informatique au plus grand nombre. Joyeux anniversaire, Apple !
Nick Dalton ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.03.2026 à 13:02
Red flags in the workplace: why whistleblowers are still few and far between
Texte intégral (1488 mots)
Whether it’s the Mediator pharmaceutic scandal in France or the outcry over the Dieselgate emissions case that rocked Europe’s largest carmaker, when a scandal breaks, we often hear about one or two whistleblowers, but we are also left wondering why all those who knew said nothing as the disaster unfolded.
Why do most people remain silent when they see wrongdoing?
A recent study in corporate whistleblowing practices by Transparency International reveals that 15% of employees believe wrongdoing is taking place in their workplace. Two thirds of them say they share their concern with others. Most of the time with their direct manager.
During a team meeting they might ask whether they understood the process correctly, or they might ask a colleague whether what they are supposed to do is in line with company policy. At that point, they express a concern, but that doesn’t necessarily make them a whistleblower or at least they do not see themselves as a whistleblower.
Previous research indicates the most common response to this low level of sharing a concern is that the employee is ignored.
Being ignored is for most of us also why we don’t take a concern further. At this stage, we then tend to remain silent. Very few employees will raise their concern with higher management or through a dedicated whistleblowing channel.
Why the ‘silent majority’?
According to Navex], one of Europe’s market leaders in operating internal whistleblowing systems and software within firms, on average the number of employees reporting wrongdoing through an internal whistleblowing channel sits at 1.57 in 100 employees.
Now let’s appreciate how little this is with actual figures. Imagine a company of 200 employees, according to the study by Transparency International, among 30 employees who witness wrongdoing, 19 will express some doubt.
The Navex study suggests that when ignored, only 3 will report their concern through an internal whistleblowing channel.
Summing this up, if you have 200 employees and 30 of them see wrongdoing, 27 remain silent and only 3 speak up.
Speaking up largely depends on the type of wrongdoing: we are most likely to report wrongdoing that poses a threat to someone’s health or safety, and least likely to report wrongdoing that concerns a breach in company policy. But here is the catch: before someone’s life is in danger, we have already spent much time remaining silent on the slippery slope of company policy breaches. Our silence on “lesser wrongdoings” provides behavioural training that actually encourages silence on bigger misconduct we might witness.
A lack of trust in ‘the process’
What seems to hold us back is a perception that speaking up is risky. In the TI study, only 17% of employees said they felt confident that reporting wrongdoing to their employer would be acted upon and they would not suffer as a result of reporting their concern. This stands in contrast to the over-confidence observed among top management: 68% of employers in the survey believed that if someone reported wrongdoing through the organization’s whistleblowing channel, it would be acted upon by the organization and the whistleblower would remain unharmed. In other words, employees remain silent because they do not trust reporting channels.
What are the big truth-telling demotivators?
The TI study also gives insight into the barriers employees see. Fear of retaliation is the biggest barrier, with 32% of employees saying they feared losing their job if they reported a wrongdoing. The second highest barrier is also important, with 24% indicating they remained silent because they did not believe their report would make any difference.
Hence, employee silence is driven by fear and futility.
Since 2019, the EU whistleblowing directive requires that all organizations of more than 50 employees have an internal whistleblowing channel, and that they have the capacity to carry out a diligent follow up of reports that come through those channels.
Transpositions into national legislation across the European Union’s 27 Member States have been in place for a while. With enhanced protection measures and channel requirements, the aim of the EU Whistleblowing Directive was to create an environment for employees to raise their concerns safely and effectively.
A new tool for testing whistleblowing monitoring in the EU
The fact remains that among organizations there is a lot of room for improvement.
As part of the EDHEC Business school’s European Commission backed BRIGHT project - Building Resilience through Integrity, Good Governance, and Honesty Training, a free online Speak-Up Self Assessment tool (SUSA) was developed for integrity professionals across Europe to self-assess the speak-up culture and whistleblowing systems in their organizations.
The tool is designed to provide feedback on how firms such as France’s EDF group for example, align with the EU requirements, the ISO37002:2021 standard, and the guidelines from the International Chamber of Commerce (ICC).
What is the future of speak up culture?
SUSA data indicates that whistleblowing channels exist but are too often of poor quality. Whilst most organizations seem to hope for a quick fix, what is really needed is a continuous management effort to build and strengthen speak-up cultures.
We should not rest on our laurels in the hope that the silence of the old generation is on its way out, making way for the voice of the new generation. On the contrary, a study by Protect, the UK’s leading charity that supports and advises whistleblowers, shows that Gen Z is even more silent that the Baby Boomers.
Their recent study found that young workers (18-24 years old) are less likely to speak up than any other age group, regardless of the type of wrongdoing. The silent majority facing barriers of fear and futility seems to be growing, and that should be a cause for concern.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Wim Vandekerckhove was the coordinator for EDHEC Business School of the BRIGHT project, funded by the European Commission.
31.03.2026 à 12:16
Dormir une heure de moins : les effets du changement d’heure sur la vigilance, l’humeur et le bien-être psychologique
Texte intégral (1672 mots)
Le week-end dernier, nous sommes passés à l’heure d’été. Des données scientifiques montrent pourtant que le fait d’avancer l’heure peut avoir des répercussions sur le sommeil, la concentration, l’humeur et le bien-être psychologique pendant plusieurs jours. Mais, dans la plupart des cas et en l’absence de troubles liés à la santé mentale, ces désagréments sont temporaires et ne sont pas des signaux alarmants.
Ce dimanche 29 mars, une scène familière s’est répétée : le calendrier officiel a marqué le début de l’heure légale d’été. En Espagne, concrètement, l’heure est avancée d’une heure simultanément sur tout le territoire, bien que l’heure officielle diffère entre la péninsule et les Canaries, comme le prévoit le décret royal régissant le changement d’heure.
(Le changement d’heure a été instauré en France à la suite du choc pétrolier de 1973-1974. Les dates de passage à l’heure d’été puis d’hiver sont désormais harmonisées dans tous les pays membres de l’Union européenne, ndlr).
Sur le papier, cela semble être un ajustement mineur. Mais pour le cerveau, ce n’est pas toujours le cas.
Ce n’est pas seulement une mauvaise soirée à passer
Du point de vue de la psychologie, ce qui importe, ce n’est pas tant l’heure « perdue » que le décalage qui se produit entre le temps social et le temps biologique. Notre organisme fonctionne selon des rythmes circadiens, c’est-à-dire des oscillations internes qui régulent le sommeil, l’éveil, la température corporelle, l’appétit et une grande partie de la régulation émotionnelle. Quand l’heure officielle est avancée d’un coup, le corps n’accompagne pas toujours ce changement selon le même rythme. C’est la raison pour laquelle de nombreuses personnes ressentent pendant quelques jours une sensation semblable à un petit [« jet lag social »] : elles rencontrent des difficultés pour s’endormir, se lever et être performantes comme si rien ne s’était passé.
Une des erreurs les plus courantes consiste à penser que le changement se résume à dormir une heure de moins le dimanche matin. Les données disponibles indiquent que la réalité est plus complexe. Une analyse récente de 27 études conclut que le passage à l’heure d’été est associé à des effets négatifs sur la durée et la qualité du sommeil, ainsi qu’à une somnolence diurne accrue.
Cet effet semble d’ailleurs plus marqué chez les personnes dites de chronotype vespéral, c’est-à-dire celles qui ont tendance à se coucher et à se lever plus tard. Il ne s’agit pas seulement de passer une mauvaise nuit : dans certains cas, l’adaptation peut prendre plusieurs jours.
Ce léger manque de sommeil a des conséquences psychologiques perceptibles. Le plus souvent, cela ne se manifeste pas comme un problème clinique majeur, mais plutôt comme une accumulation de « microdégradations » quotidiennes : davantage de moments d’inattention, une moindre concentration, plus de lenteur dans les processus mentaux, une tolérance réduite à la frustration et de l’irritabilité.
La littérature scientifique sur le sommeil, les rythmes circadiens et la santé mentale montre que les perturbations du repos et de la synchronisation circadienne affectent non seulement notre sommeil, mais aussi notre attention, nos fonctions cognitives et notre humeur. En d’autres termes : lorsque l’horloge biologique est déréglée, une partie de nos ressources psychologiques l’est également.
Attention, erreurs et fatigue : les effets les plus immédiats
Au printemps, le changement de saison a également été associé à une augmentation de la fatigue et à une baisse des performances dans les tâches qui exigent une vigilance soutenue. Ce n’est pas un hasard si dans certaines recherches, des effets ont été observés dans des contextes où une légère baisse de vigilance a des conséquences importantes.
Une étude publiée dans Current Biology a révélé que le passage à l’heure d’été était associé à une augmentation de 6 % du risque d’accidents de la route mortels aux États-Unis. Ce chiffre ne signifie pas que toutes les personnes vont moins bien conduire de manière notable. Mais cela renforce une idée fondamentale : même une perturbation apparemment modeste du sommeil peut avoir des effets réels sur l’attention et le temps de réaction.
Tout le monde n’est pas affecté de la même manière
Et le constat est le même que pour presque tous les phénomènes psychologiques : toute la population n’est pas affectée de la même manière. Les personnes qui ont l’habitude de se coucher tard, celles qui souffrent déjà d’un déficit de sommeil ou qui ont des horaires matinaux rigides ressentent généralement davantage ce décalage.
Les adolescents et adolescentes constituent également un groupe particulièrement sensible. Une étude sur le sommeil à cet âge après le passage à l’heure d’été a montré que cette adaptation peut nuire au repos et être associée à une baisse des capacités cognitives. Ces résultats ne sont pas surprenants. L’adolescence s’accompagne déjà d’une tendance biologique à repousser l’heure du coucher. Or le changement d’heure va exactement dans le sens contraire.
Le changement d’heure peut-il avoir une incidence sur l’humeur ?
Le changement d’heure peut-il également affecter l’humeur ? Oui, mais il convient de faire preuve de prudence. Il serait exagéré d’affirmer que le fait d’avancer l’horaire d’une heure « provoque » à lui seul des troubles psychologiques. Les données sont plus nuancées. Une étude bien connue menée au Danemark a par exemple observé une augmentation de 11 % des épisodes dépressifs unipolaires à l’automne après le changement d’heure, mais pas celui qui a lieu au printemps, (c’est-à-dire après le passage à l’heure d’été, ndlr). Plus récemment, une étude démographique menée en Angleterre n’a trouvé que peu de preuves d’un effet aigu du passage à l’heure d’été sur les événements liés à la santé mentale enregistrés dans les services de santé.
Une interprétation raisonnable amène à ne pas être alarmiste : pour la plupart des gens, le changement d’heure ne posera pas de problème clinique, mais il peut temporairement affecter l’humeur, le niveau d’énergie et la régulation émotionnelle, surtout si une vulnérabilité préexistante était déjà présente.
Cette prudence s’accorde bien à ce que l’on sait sur le lien entre rythmes biologiques et santé mentale. Des études récentes indiquent que, chez les personnes souffrant de troubles de l’humeur, les perturbations de la phase circadienne peuvent précéder les symptômes liés à des troubles de l’humeur. Cela ne signifie pas que le changement d’heure soit la seule cause, mais cela aide à comprendre pourquoi un ajustement apparemment insignifiant peut être plus perceptible chez certaines personnes que chez d’autres.
Comment amortir l’impact
La meilleure façon d’aborder le changement d’heure réside dans le fait de ne pas en faire tout un drame, sans pour autant l’ignorer. Les recherches sur l’adaptation circadienne rappellent que la lumière du matin est l’un des signaux les plus puissants pour avancer l’horloge biologique et que la lumière du soir a tendance à la retarder.
C’est pourquoi il est utile de s’exposer à la lumière naturelle le matin, d’éviter toute stimulation lumineuse intense le soir et de veiller tout particulièrement à bien se reposer les jours précédents et suivants le changement d’heure. Il peut également être utile d’avancer progressivement l’heure du coucher de 15 à 20 minutes les jours précédents, plutôt que d’attendre que le corps se réadapte tout seul d’un jour à l’autre.
In fine, le changement d’heure sert de rappel, certes gênant mais utile : l’esprit ne fonctionne pas indépendamment du sommeil, de la lumière ou des rythmes biologiques. Une heure peut sembler insignifiante, mais lorsque ces soixante minutes se traduisent par un sommeil de moins bonne qualité, davantage de fatigue, une baisse de la concentration et une irritabilité accrue, cela dépasse le simple réglage de l’horloge et devient également une question de bien-être psychologique.
Oliver Serrano León ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.