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29.06.2026 à 16:03

Sahel : pourquoi les massacres de civils par les forces officielles sont en recul

Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherches, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Au Sahel, les exactions des armées et des milices nourrissent les rébellions djihadistes. La baisse apparente de ces massacres doit être appréhendée avec une grande circonspection.
Texte intégral (2074 mots)

Dans les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) et au Nigeria voisin, les armées sont depuis longtemps en butte à des rébellions djihadistes – rébellions qu’elles alimentent régulièrement en massacrant des civils soupçonnés de déloyauté, ou simplement en commettant des « bavures » sanglantes. Ces derniers temps, toutefois, on semble constater une légère amélioration en la matière : apparemment, les armées tuent moins de civils qu’auparavant. Il convient toutefois de bien comprendre que les chiffres dont on dispose ne sont que des estimations et, surtout, que cette amélioration s’explique par le fait que les populations ont souvent fui les zones des combats…


On sait depuis longtemps que les massacres de civils sont contreproductifs pour les stratégies de guerre contre-insurrectionnelle qui visent à isoler les éléments rebelles en gagnant les esprits et les cœurs de la population.

Au Sahel, l’une des raisons de la résilience des groupes djihadistes tient justement aux nombreuses violations des droits de l’homme commises par les forces de défense et de sécurité. Ces brutalités n’ont pas seulement poussé des jeunes à chercher refuge dans les bras des insurgés pour échapper à l’arrestation arbitraire, à l’exécution extra-judiciaire ou à la torture en prison. En pratique, elles ont aussi légitimé le discours de djihadistes se présentant comme les défenseurs de la communauté des musulmans face à des pouvoirs impies et prédateurs.

Des abus multiples

Du Burkina Faso au Nigeria en passant par le Mali et le Niger, on ne compte plus les massacres perpétrés par des militaires, leurs supplétifs miliciens et, dans certains cas, leurs partenaires russes. Un rapport de Human Rights Watch, rendu public le 2 avril dernier, a ainsi montré que, entre janvier 2023 et août 2025, les troupes de Ouagadougou et de Bamako avaient tué trois à quatre fois plus de civils que les groupes djihadistes qu’elles étaient censées combattre : sur cette période, 1 800 personnes ont été tuées au total, dont 1 200 par les forces gouvernementales.

Ce n’est pas nouveau : en 2023, le Sénat français avait fini par reconnaître que, sur les années 2020-2021, du temps où les soldats de l’opération Barkhane (2014-2022) étaient encore déployés sur le terrain, les militaires et miliciens maliens, burkinabè et nigériens avaient éliminé autant de civils que les djihadistes.

Au Nigeria, des bases de données ont également révélé que les forces gouvernementales étaient à l’origine de la mort de plus de 55 % des victimes des affrontements recensés avec Boko Haram entre 2007 et 2019.

Il est évidemment difficile de tenir un décompte précis des hostilités. Mais la tendance générale est confirmée par les témoignages recueillis sur place. À Bama, dans le nord-est du Nigeria, un paysan se plaignait par exemple des exactions de la mouvance Boko Haram tout comme de celles de l’armée. « Mais les soldats sont pires », concluait-il après la mort de deux de ses enfants abattus par des militaires alors qu’ils étaient partis travailler aux champs. Un réfugié de Baga Kawa, un petit port de pêche du côté nigérian du lac Tchad, estimait de son côté que « la plus grande menace pour les populations, c’est l’armée, car c’est elle qui nous tue ».

Les abus contre des civils prennent diverses formes, de l’exécution extra-judiciaire au viol en passant par l’extorsion, les mauvais traitements ou la détention illégale. Au Nigeria, c’est aujourd’hui l’armée de l’air qui est à la manœuvre en bombardant des marchés et des villages entiers. Officiellement, l’objectif est de s’en prendre à des camps de Boko Haram. Chaque fois, la hiérarchie parle d’erreurs qui, en l’occurrence, tuent des dizaines de paysans ayant eu pour tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Au Burkina Faso, ces bavures sont plutôt le fait des escortes qui tirent à vue sur tout ce qui bouge lorsqu’elles encadrent les convois chargés de ravitailler les villes de province assiégées par des djihadistes. À l’occasion, les bataillons d’intervention rapide, créés fin 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré quelques mois après son arrivée au pouvoir à l’issue d’un putsch militaire, opèrent aussi des raids meurtriers dans les campagnes, sans même prévenir les troupes régulières stationnées à proximité.

Le rôle des milices

Assurément, l’arrivée au pouvoir de juntes militaires et la « milicianisation » de la réponse à la menace djihadiste ont beaucoup joué contre le respect des droits de l’homme en temps de guerre. Dans la région, les autorités ont en effet cherché à pallier le manque d’effectifs de leurs troupes en confiant à des supplétifs le soin d’assumer les tâches les plus sales de la lutte contre le terrorisme. Selon le rapport précité de Human Rights Watch à propos du Burkina Faso, les pires abus ont ainsi été enregistrés quand l’armée est intervenue aux côtés des miliciens koglweogo, les VDP (Volontaires pour la défense de la patrie).

Le Niger pourrait à présent connaître le même sort : la junte y a formalisé en mars 2026 des organisations territoriales d’autodéfense appelées à être équipées en armes pour repérer, dénoncer et arrêter les suspects. En pratique, ces milices peuvent tuer des civils en toute impunité car elles rendent peu de comptes à des militaires qui bénéficient eux-mêmes de l’immunité du secret-défense.

Ces dernières années, cependant, les forces gouvernementales de pays comme le Burkina Faso (depuis 2025) ou le Nigeria (depuis 2020) semblent moins directement impliquées dans des massacres à grande échelle. Faut-il y voir une professionnalisation des pratiques militaires ? Se pourrait-il donc que les officiers nigérians et burkinabè soient davantage conscients des effets pervers de ces tueries qui légitiment et renforcent les groupes djihadistes ?

Des militaires et des djihadistes plus « aimables » ?

L’hypothèse selon laquelle les militaires auraient amélioré leur comportement est évidemment avancée par les premiers intéressés. Elle est également favorisée par certains coopérants occidentaux qui, au Nigeria, veulent continuer de croire aux mérites de formations censées apprendre le respect des droits de l’homme aux soldats africains. Dans le cas de la France, par exemple, une telle perspective correspond bien à la volonté de faire oublier les échecs de l’opération Barkhane au Sahel en se repositionnant vers les pays du golfe de Guinée et en renouant le dialogue avec le Tchad, dont le président Mahamat Idriss Déby a officiellement été reçu à l’Élysée en janvier 2026.

D’ordre tactique et non humanitaire, le souci d’épargner des vies humaines pourrait aussi répondre à l’évolution de certains groupes djihadistes, qui ont dû apprendre à composer avec la population à mesure qu’ils s’enracinaient dans les campagnes. Au Nigeria, la branche ralliée à l’organisation État islamique, ISWAP (Islamic State West Africa Province), a ainsi la réputation d’être plus respectueuse des civils que les autres factions de la mouvance Boko Haram.

Au Burkina Faso, le JNIM (Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn) d’Iyad ag-Ghali et la Katiba Macina d’Amadou Kouffa ont également adouci leur position. Depuis 2021, ils ne communiquent plus de vidéos d’exécutions de femmes adultères. En 2025, l’adjoint d’Amadou Kouffa, Mahmoud Barry, dit « Abou Yehiya », a pour sa part commencé à diffuser des prêches invitant ses combattants à éviter les bavures et à épargner les civils. L’objectif est, tout à la fois, d’obtenir le soutien de la population et de recruter des jeunes en les conviant à participer à la protection de leurs communautés contre les exactions des forces burkinabè et des katibas rivales de l’État islamique au Sahel.

De l’invisibilisation des massacres

Plusieurs éléments invitent cependant à relativiser l’éventualité d’une « humanisation » des belligérants de la zone. Tout d’abord, il semble peu probable que les armées de la région aient pu soudainement améliorer leur comportement quand on connaît leurs fragilités structurelles, la faiblesse de leurs chaînes de commandement, la récurrence de leurs mutineries, leur indiscipline notoire, la rapidité de leurs recrutements, la réduction des temps de formation et le temps long que requiert un véritable reformatage des appareils sécuritaires.

L’hypothèse d’un adoucissement des stratégies de répression ne correspond pas non plus au durcissement des juntes au pouvoir dans les trois pays qui composent l’Alliance des États du Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui se sont tous retirés de la Cour pénale internationale.

En réalité, les abus sont moins visibles parce que les médias ont été verrouillés par les dictatures en place. Les journalistes occidentaux comme africains n’ont quasiment plus accès aux zones de conflit, ou bien doivent être « embarqués » dans des unités militaires, comme au Nigeria. La tendance est d’autant plus marquée que les forces gouvernementales ont elles-mêmes perdu du terrain. Dans la région nigériane du Borno, par exemple, l’armée s’est retranchée à l’intérieur de grosses casernes, les supercamps, qui laissent le champ libre aux insurgés dans les campagnes. Dans le nord et l’est du Burkina Faso, les soldats se sont repliés dans les villes et sont avérés incapables de protéger les VDP actifs dans les campagnes, qui ont commencé à déserter et qui sont en conséquence moins à même de commettre des atrocités contre les villageois suspectés de sympathies djihadistes.

La politique de la terre brûlée, à cet égard, explique pour beaucoup la réduction des massacres. Dans les zones de conflit, les populations rurales ont, en effet, été évacuées manu militari vers des camps de déplacés, ou bien sont parties d’elles-mêmes vers les villes. Dans les campagnes, il y a tout simplement moins de gens à tuer pour les belligérants. Mais une telle situation ne laisse guère présager une sortie de crise.

The Conversation

Marc-Antoine Pérouse de Montclos ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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29.06.2026 à 16:02

Loi de finances 2026 : quels risques autour des prévisions de dette publique ?

Fabien Tripier, Professeur d'économie, Université Paris Dauphine – PSL

François Langot, Professeur d'économie, Directeur adjoint de l'i-MIP (PSE-CEPREMAP), Le Mans Université

Jean-Olivier Hairault, Professeur d'économie et Directeur Scientifique de l'Observatoire Macro du Cepremap, Paris School of Economics – École d'économie de Paris

Jocelyn Maillard, Economiste à l’Observatoire de Macroéconomie, Cepremap

Le budget 2026 repose sur des hypothèses macroéconomiques fortes. Que se passera-t-il si la réalité s’en écarte ? La dette française restera-t-elle alors soutenable ?
Texte intégral (2508 mots)

Le programme d’ajustement budgétaire pour 2026 repose sur des hypothèses économiques fortes. Que se passera-t-il si la réalité s’en écarte défavorablement ? L’objectif étant de réduire la dette, que risque-t-il alors de se passer ? La question est d’autant plus importante que la discussion parlementaire sur le budget 2027, qui commencera en septembre, sera sans doute d’autant plus difficile que l’élection présidentielle approche.


La loi de finances pour 2026 présente un programme d’ajustement budgétaire pour stabiliser la dette à 118 % du PIB en 2029. Un quart de cet ajustement repose sur un scénario conjoncturel plutôt favorable. S’il ne se réalisait pas, il y aurait plus d’une chance sur deux que la dette publique ne soit pas stabilisée, même si le programme était appliqué.

À l’inverse, si ce programme n’était pas mis en place alors que le scénario conjoncturel favorable se réalisait, la dette publique augmenterait de plus de 11 points de PIB en quatre années, soulignant ainsi le risque de dérive de la dette en cas de statu quo budgétaire.


À lire aussi : Et si la dette publique servait d’abord à rendre les citoyens plus heureux ?


Une procédure de déficit excessif

La trajectoire de la dette publique française est au cœur du débat budgétaire depuis plusieurs décennies. Le ratio dette/PIB a augmenté régulièrement sous l’impulsion d’un déficit budgétaire persistant qui ne se résorbe pas spontanément en période de croissance (voir la figure ci-dessous). En outre, la remontée des taux d’intérêt depuis 2022 a renchéri le coût de l’endettement public, alourdissant la charge de la dette. Cette situation a conduit la France à être sous procédure de déficit excessif. Cela l’engage vis-à-vis de ses partenaires européens à présenter une trajectoire crédible de réduction de sa dette publique.

Figure. Ratio dette sur PIB réalisé et prévisions gouvernementales. Fourni par l'auteur

Dans ce contexte budgétaire, la loi de finances pour 2026 présente un nouveau programme d’ajustement, avec pour objectif de stabiliser la dette à 118 % du PIB en 2029. La note de l’i-MIP 2026-12 (« Loi de finances 2026 : quels risques autour des prévisions de dette publique ? ») présente une évaluation des risques autour de cette prévision. Annoncer un niveau de dette publique ne suffit pas, mieux vaut connaître la probabilité de dépasser cette cible, ou encore identifier le niveau de la dette qui ne sera pas dépassée avec une certaine probabilité. Cette approche probabiliste répond à une demande d’informations sur les risques de dérapages budgétaires, aujourd’hui manquantes dans le débat public.

Comment évaluer le risque ?

La nouvelle loi de finances repose sur deux piliers :

  • d’une part, la trajectoire budgétaire annoncée par le gouvernement sur la période 2026-2029,

  • d’autre part, une prévision de conjoncture macroéconomique avec laquelle ce programme budgétaire interagira.

Évaluer ce programme consiste donc à identifier séparément le scénario conjoncturel et le scénario budgétaire qui lui sont sous-jacents. Comme la réalisation simultanée de ces deux scénarios n’est pas certaine, la prévision du gouvernement est risquée. Pour quantifier ce risque, nous comparons les prévisions du gouvernement, conditionnées par la réalisation des scénarios budgétaire et conjoncturel particuliers qu’il propose, à celles qui résulteraient de scénarios tirés au sort dans les distributions historiques des chocs conjoncturels et budgétaires estimées sur les données observées sur la période 2003–2025.

Cet exercice permet de révéler où se situent dans les distributions des probabilités historiques les scénarios du gouvernement, et ainsi le risque associé à son programme de stabilisation de la dette. Cette évaluation des risques considère que la distribution des scénarios conjoncturels passés est la référence pertinente parce que les estimations de ces scénarios ne sont pas affectées par le programme budgétaire grâce à l’utilisation de notre modélisation structurelle.

Un risque conjoncturel

Avant d’évaluer ces risques, il est utile de décomposer les sources de réduction de la dette dans le scénario du gouvernement. Cette décomposition permet d’isoler ce qui relève de la politique budgétaire et ce qui relève du contexte conjoncturel. Sur une réduction totale de 192 milliards d’euros de dette publique entre 2025 et 2029, nous estimons que 142 milliards – soit 74 % – sont attribuables au scénario budgétaire, c’est-à-dire à la consolidation annoncée dans le projet de loi de finances (PLF) 2026. Les 49 milliards restants – soit 26 % – proviennent du scénario conjoncturel tel que projeté par le scénario du gouvernement.

Comme près d’un quart de la baisse de la dette repose sur le scénario conjoncturel envisagé, il est important d’évaluer où se situe ce scénario dans la distribution des réalisations historiques, c’est-à-dire mesurer le risque conjoncturel.

Une prévision probablement dépassée ?

Ce risque est mesuré par la probabilité que la cible de dette soit dépassée si le scénario conjoncturel retenu par le gouvernement est remplacé par la conjoncture « médiane » de ce qui a été observé dans le passé, alors que le programme budgétaire est intégralement mis en œuvre (l’incertitude venant donc uniquement de la conjoncture). Cette mesure du risque conjoncturel répond à la question : que devient la dette si le budget est appliqué, mais que l’environnement macroéconomique n’est pas celui retenu dans la prévision gouvernementale ?

Le tableau 1 donne la réponse à cette question. En 2029, la médiane de la distribution simulée s’établit à 119,5 % du PIB, soit 1,5 point au-dessus de la cible officielle de 118 %. Cela signifie que la prévision du gouvernement se situe en dessous de la médiane des scénarios basés sur une conjoncture à l’image de l’historique : il y a 55 % de chances que la dette dépasse 118 % du PIB, même si le programme budgétaire est pleinement appliqué. La probabilité de dépasser 125 % est de 30 % et celle de dépasser 126,2 % est de 25 %.

Tableau 1. Risque conjoncturel – Distribution simulée du ratio de dette (en  % du PIB) Fourni par l'auteur

L’autre risque

Symétriquement, le risque budgétaire mesure la probabilité que la cible de dette soit dépassée si le scénario budgétaire du gouvernement n’est pas exécuté, alors que son scénario conjoncturel se réalise. Ce risque semble, à première vue, davantage sous le contrôle du gouvernement, puisque l’implémentation de sa politique dépend a priori de sa volonté. Mais ce serait une lecture trop optimiste, voire naïve.

L’expérience passée montre que les plans d’ajustement budgétaire sont très rarement mis en œuvre comme prévu. Ainsi, la figure 1 montre qu’il existe un décalage systématique entre les politiques annoncées et celles effectivement implémentées. Le risque budgétaire ne doit donc pas être interprété comme une hypothèse extrême ou secondaire, mais comme un risque central d’exécution de la trajectoire annoncée.

Que deviendrait la dette si la conjoncture prévue se réalise, mais que le budget annoncé n’est pas mis en œuvre ? Le tableau 2 donne la réponse à cette question. En 2029, la médiane de la distribution atteint 129,5 % du PIB, soit 11,5 points au-dessus de la cible. La probabilité de dépasser 118 % est de 99 % et celle de dépasser 125 % est de 89 %. Cette situation correspond à un statu quo budgétaire complet : le gouvernement et le parlement ne modifient pas leurs comportements par rapport à ceux observés dans le passé.

Un programme trop peu ambitieux ?

Elle constitue donc une borne haute du risque budgétaire, qui mesure à quel point la trajectoire de dette dépend de la réalisation effective du programme de consolidation budgétaire. Sans elle, la dette serait orientée structurellement à la hausse, avec un accroissement de 3,5 points en moyenne par an (de 115,6 % en 2025 à 129,5 % en 2029).

Tableau 2. Risque budgétaire – Distribution simulée du ratio de dette (en  % du PIB) Fourni par l'auteur

Ces résultats soulignent, une fois de plus, l’importance d’implémenter le programme budgétaire annoncé. Ils indiquent également que, même avec ces restrictions budgétaires, la probabilité de stabiliser la dette à 118 % du PIB en 2029 est d’un peu moins d’une chance sur deux. Jouer à pile ou face sur la stabilisation de la dette dans un contexte de finances publiques dégradées et d’environnement international incertain est un pari risqué qui soulève deux questions.

France 24, décembre 2025.

La première est celle de l’intensité de la consolidation. Un objectif plus ambitieux de réduction du déficit permettrait, à risque conjoncturel donné, de réduire le niveau de dette médian et reviendrait alors à se fixer l’objectif que 70 % des simulations permettraient d’être en dessous de 118 %. La seconde est celle de la mise en place de règles budgétaires pluriannuelles prévoyant des ajustements automatiques des dépenses et/ou des recettes tant que la dette publique reste au-dessus d’une certaine cible.

Ces deux orientations ne sont pas exclusives. Elles invitent à ouvrir un débat plus large sur la crédibilité et la robustesse de la stratégie budgétaire française, qui dépasse le seul horizon de la loi de finances 2026.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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29.06.2026 à 16:00

Maximiser les bénéfices ou minimiser le gaspillage ? Le vrai casse-tête de vos commerçants pendant les soldes

Arvind Sainathan, Associate Professor of Operations Management, Neoma Business School

Fang Liu, Professor of Operations Management, Durham University

Casser les prix ou jeter des produits invendus… C’est le dilemme des commerçants pendant les soldes. Comment réconcilier rentabilité et durabilité ?
Texte intégral (1642 mots)

Casser les prix ou jeter des produits invendus ? Tel est le dilemme des commerçants tandis que débutent les soldes d’été. Pour inciter à consommer davantage, les vendeurs mobilisent différents types de promotion. Notre étude se penche sur ces mécanismes commerciaux et offre des pistes pour réconcilier recherche de rentabilité et durabilité.


Des soldes d’été aux offres exceptionnelles du Black Friday, les promotions sont devenues incontournables dans le paysage commercial. Les consommateurs considèrent souvent qu’une remise n’est qu’une remise, qu’il s’agisse d’une baisse de prix ou d’offres de produits gratuits, telles qu’« un acheté, un offert » (une pratique aussi appelée BOGOF pour « Buy One Get One Free »).

Pourtant, de nouvelles recherches suggèrent que les promotions peuvent remplir des objectifs différents, avec des conséquences importantes non seulement pour les acheteurs, mais aussi pour les vendeurs confrontés à une augmentation des déchets et à une compression des marges.

Notre étude récente propose une approche plus claire pour appréhender les promotions dans le commerce de détail. Nous expliquons pourquoi les baisses de prix et les offres fondées sur la quantité peuvent générer des résultats étonnamment différents en distinguant deux objectifs chez les enseignes : la maximisation des bénéfices et la minimisation du gaspillage.

Ces travaux font écho à des préoccupations plus larges concernant la surproduction dans le secteur de la mode, le gaspillage alimentaire et l’empreinte environnementale des chaînes d’approvisionnement du commerce de détail au niveau mondial.


À lire aussi : Le bonheur s’achète-t-il en solde ?


Psychologie de l’achat devant les promotions

De nombreux consommateurs estiment qu’une remise de 50 % et une offre BOGOF reviennent pratiquement au même. Certes, les deux réduisent le prix unitaire effectif. Cependant, les recherches montrent que chaque méthode de promotion a un impact distinct sur les choix des acheteurs.

Une remise sur le prix réduit le coût de chaque unité. À l’inverse, une promotion de type BxGy, « achetez x, obtenez y gratuit », introduit un seuil, les consommateurs doivent acheter une quantité minimale pour obtenir la récompense. Ce seuil modifie la psychologie de l’achat, car la valeur que les consommateurs attribuent à un article diminue à chaque unité supplémentaire qu’ils achètent, selon le principe de l’utilité marginale décroissante.

Des consommateurs tentés d’acheter plus

Derrière ces promotions, deux mécanismes sont à l’œuvre. Lorsque les stocks sont élevés, les offres telles que « un acheté, un offert » exploitent un effet de regroupement pour encourager les consommateurs à acheter en plus grande quantité.

Cela concorde avec des études antérieures qui montrent comment les détaillants utilisent des incitations comportementales pour augmenter les dépenses des consommateurs, en particulier dans des contextes hautement concurrentiels comme les soldes de fin d’année.

L’effet de différenciation, quant à lui, apparaît lorsque les consommateurs accordent une valeur différente aux unités supplémentaires, comme c’est le cas pour la mode, les accessoires et les cadeaux. Dans le cas de promotions fondées sur des seuils, cet effet permet aux détaillants d’attirer à la fois des acheteurs ayant une forte disposition à payer et des chasseurs de bonnes affaires. Cette tendance fait écho à des études sur la manière dont les consommateurs de mode utilisent les promotions pour tester des articles qu’ils n’achèteraient peut-être pas au prix fort.

Ces mécanismes aident à expliquer pourquoi les promotions du Black Friday incitent souvent les consommateurs à opter pour des lots de plusieurs articles plutôt que pour de simples remises.


À lire aussi : Soldes : les commerçants sont-ils d’honnêtes manipulateurs ?


Profit ou planète ? Le dilemme derrière le déstockage

Les soldes saisonniers (Cyber Monday, soldes de janvier, soldes de fin de saison dans la mode…) mettent en évidence un dilemme persistant chez les commerçants : soit maximiser leur bénéfice restant, soit écouler les stocks pour éviter le gaspillage. Notre étude définit deux politiques de promotion optimales (OPP) distinctes : l’une maximise le bénéfice attendu, quitte à ce qu’il reste des invendus ; l’autre est axée sur l’écoulement des stocks.

Nos recherches montrent que ces deux objectifs – maximiser les bénéfices et minimiser le gaspillage – sont souvent contradictoires. Une baisse de prix modérée peut, par exemple, préserver les marges, mais laisser des marchandises invendues. De la même manière, les offres promotionnelles plus importantes de type « deux achetés, un offert » (« Buy Two Get One [Free] », BTGO) peuvent vider les rayons, mais réduire la rentabilité.

Cette tension se retrouve dans des rapports documentant les conséquences des stocks invendus. Parmi ces conséquences : les déchets textiles, lorsque les détaillants jettent ou détruisent les produits de fast-fashion invendus. Ce difficile équilibre entre profits et durabilité apparaît également de façon évidente avec le gaspillage alimentaire, lié à des cycles de fraîcheur stricts et à des erreurs de prévision. Devant ces phénomènes, les autorités européennes renforcent les obligations environnementales, les consommateurs s’interrogeant de plus en plus sur le coût de la surproduction induite par les démarques.

Juillet 2025.

Nos recherches montrent que trouver des moyens d’optimiser la politique promotionnelle aide à atténuer les tensions entre ces deux objectifs. Dans de nombreux scénarios, les OPP axées sur le profit permettent d’atteindre un profit maximal avec un gaspillage limité, tandis que les OPP axées sur la liquidation aident à écouler les stocks avec un sacrifice limité en matière de profit.

Ce que les détaillants et les consommateurs peuvent en retenir

Notre étude met en évidence deux facteurs qui déterminent quelle promotion fonctionne le mieux.

Le premier est le niveau des stocks. Lorsque les stocks sont bas, des remises de prix modestes maximisent les bénéfices sans encourager les achats excessifs. Lorsque les stocks sont élevés, les promotions « un acheté, un offert » ou « deux achetés, un offert » accélèrent la rotation des stocks en tirant parti de l’effet de regroupement. Cela explique pourquoi les soldes du lendemain de Noël s’appuient souvent sur des offres d’achat multiple : les détaillants tentent de réduire les coûts de stockage et le gaspillage.

Le deuxième facteur est le type de produit. Les produits de base, tels que le pain, le dentifrice et les boissons gazeuses – qui ont à l’unité une valeur similaire –, réagissent bien aux promotions « un acheté, un offert ». En parallèle, les produits à valeur hétérogène, tels que les accessoires de mode et les cadeaux de Noël, tirent plutôt profit des promotions « deux achetés, un offert », qui correspondent mieux aux diverses perceptions de valeur des consommateurs.

Pour les consommateurs, cela signifie que les promotions sont rarement arbitraires. Elles révèlent la façon dont les détaillants appréhendent la valeur de leurs articles et comment ils gèrent la pression sur les stocks.

Vers des promotions plus intelligentes et plus durables

Les promotions dans le commerce de détail influencent les choix des consommateurs et le volume des consommations. Comprendre les mécanismes de ces offres peut aider les détaillants à réduire les démarques inutiles et à diminuer le gaspillage, pour concevoir des promotions qui profitent à la fois à l’entreprise et à l’environnement.

Quant aux consommateurs, ils se soucient de plus en plus de la durabilité, de la réparabilité et de la réduction des déchets. Comprendre le fonctionnement des promotions, que ce soit pendant la frénésie du Black Friday ou lors d’une vente discrète en milieu de saison, peut les aider à faire des choix plus éclairés.

The Conversation

Fang Liu a reçu des financements de Major Program of National Natural Science Foundation of China (72192843).

Arvind Sainathan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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