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20.08.2026 à 15:05

Enquête de l’OSCE : dans les territoires ukrainiens occupés, la Russie endoctrine et militarise les enfants

Stefan Wolff, Professor of International Security, University of Birmingham
Elīna Šteinerte, Visiting fellow, Human Rights Implementation Centre, University of Bristol
Hervé Ascensio, Professor of international law at the Sorbonne Law School, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Même si le droit international interdit l’endoctrinement et la militarisation des enfants dans les territoires occupés, la Russie se livre ouvertement à ces pratiques en Ukraine.
Texte intégral (2304 mots)

L’ESSENTIEL

  • Dans les territoires ukrainiens occupés, les enfants sont la cible d’une politique d’endoctrinement et de militarisation par la Russie.

  • Cours d’histoire, formation militaire, jeu de simulation de guerre, transformation du système éducatif : l’objectif explicite est d’effacer leur identité ukrainienne et de les faire combattre dans l’armée russe.

  • Depuis 2022, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe met en place des enquêtes pour documenter les atteintes au droit international dans ces territoires. Hervé Ascensio, Elīna Šteinerte et Stefan Wolff, les trois experts qui ont mené la sixième mission de l’Organisation depuis 2022, nous racontent ce qu’ils ont découvert.


Lorsqu’on nous a demandé d’enquêter sur l’endoctrinement et la militarisation par la Russie des enfants vivant dans les territoires ukrainiens occupés par Moscou depuis 2014, nous avions une idée générale des politiques d’occupation menées par le Kremlin. Deux d’entre nous ont grandi dans ce qui était alors la Lettonie et l’Allemagne de l’Est occupées par l’Union soviétique. Nous connaissions déjà bien l’approche soviétique en matière d’éducation et de formation idéologique.

Mais lorsque nous nous sommes rendus en Ukraine, ce que nous y avons découvert nous a tout de même choqués. Les éléments de preuve recueillis témoignaient largement du caractère systématique et coercitif des politiques de la Fédération de Russie visant à effacer l’identité des enfants ukrainiens placés sous son contrôle.

Trois semaines d’enquête sur le sort des enfants ukrainiens

Notre enquête constituait la sixième mission mise en place par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) depuis 2022 afin d’enquêter sur les violations des droits de l’homme liées à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. C’est la deuxième à se concentrer spécifiquement sur les enfants.

La première de ces deux missions portait sur leur transfert forcé vers la Fédération de Russie. Notre tâche consistait à donner suite à cette première mission et à évaluer si le comportement de la Russie pendant la guerre contre l’Ukraine enfreignait le droit international applicable, en particulier les Conventions de Genève et la Convention relative aux droits de l’enfant.

Pendant trois semaines, nous avons recueilli et analysé une quantité considérable de données. Il s’agissait notamment de rapports écrits, de commentaires et de déclarations émanant d’organisations internationales, telles que les Nations unies, l’OSCE, le Conseil de l’Europe et l’Union européenne.

Nous avons collecté des témoignages, tant en ligne qu’en personne, auprès de jeunes adultes ayant subi un endoctrinement et une militarisation durant leur enfance dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie. Nous avons également entendu des enseignants qui avaient passé un certain temps sous occupation avant de s’enfuir vers des territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien.

Lors d’une visite à Kiev, nous avons mené une série d’entretiens avec des représentants d’institutions gouvernementales ukrainiennes et d’organisations de la société civile.

Notre rapport, présenté au Conseil permanent de l’OSCE le 9 juillet 2026, contient des détails parfois bouleversants et des témoignages poignants.

Par exemple, dans l’un des témoignages écrits dont nous disposions, le témoin expliquait comment le directeur de l’école locale, accompagné de soldats lourdement armés, est allé de maison en maison pour interroger les parents qui n’envoyaient pas leurs enfants à l’école et n’avaient pas encore demandé de passeports russes. Il les a menacés de leur retirer leurs droits parentaux. Il a également déclaré que leurs enfants seraient placés en institution s’ils ne cédaient pas à la pression. Face à une telle démonstration de la puissance des autorités publiques, les parents ont fini par céder.

Cet incident est loin d’être un cas isolé selon les preuves établies par l’ONU et par l’OSCE. Il illustre le niveau de coercition qui s’impose non seulement aux enfants, mais aussi à l’ensemble de leurs familles. Il montre enfin à quel point les différentes agences gouvernementales collaborent dans ce domaine.

La contrainte exercée pour forcer les Ukrainiens des territoires occupés à obtenir un passeport russe est centrale dans ce que nous appelons, dans notre rapport, le « circuit de conscription ». Les enfants sont systématiquement préparés à un futur service militaire. Contraints d’adopter la nationalité russe, les garçons deviennent également éligibles à la conscription dès l’âge de 18 ans.

Des preuves manifestes montrent qu’ils ne se contentent pas d’effectuer un service militaire ordinaire. Beaucoup d’entre eux sont envoyés au front, où plusieurs ont trouvé la mort.

L’endoctrinement de jeunes esprits

À quoi ressemble donc ce système d’endoctrinement et de militarisation, et comment fonctionne-t-il ? L’usage de la langue ukrainienne est interdit dans les écoles et fortement entravé dans la vie publique et privée. Les enfants ukrainiens sont soumis à un enseignement conforme au programme scolaire de l’État russe. Celui-ci comporte désormais un niveau élevé de falsification historique et d’endoctrinement idéologique.

Pour ne citer qu’un exemple frappant, le manuel d’histoire de la classe de 11ᵉ (équivalent de la terminale en France, ndlr) consacre 29 pages à ce qu’on appelle « l’opération militaire spéciale ». Il présente l’invasion de l’Ukraine comme une riposte défensive à l’agression occidentale. Des versions de ce manuel destinées aux niveaux inférieurs, à partir de la cinquième (classe de sixième, en France, ndlr), sont utilisées dans les écoles des territoires occupés depuis le début de l’année scolaire 2025-2026.


À lire aussi : En Russie, un nouveau manuel d’histoire au service de l’idéologie du pouvoir


Amnesty International a qualifié ce manuel de

«  tentative flagrante d’endoctriner illégalement les écoliers en Russie et dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie ».

Les enfants ukrainiens sont exposés à toute la panoplie des techniques de militarisation russes. Par exemple, depuis le début de l’année scolaire 2023-2024, le cours intitulé « Principes fondamentaux de la sécurité et de la défense de la patrie » est obligatoire dans toutes les écoles des territoires occupés.

Selon les médias russes, cela signifie le « retour de la formation militaire de base dans le cadre des cours sur la sécurité des personnes ». L’ONU a établi que cela inclut « 170 heures de formation militaire portant notamment sur les principaux types de grenades, d’armes légères, de lance-grenades antichars portatifs et de fusils de précision ».

Former des soldats

Mais cela ne s’arrête pas là. L’organisation patriotique de jeunesse Mouvement des Premiers, créée en décembre 2022 par Vladimir Poutine, a relancé un jeu de guerre militaire datant de l’ère soviétique mis en place dans les territoires occupés depuis le début de l’année scolaire 2024.

Dans le cadre d’activités militaires simulées du jeu, les enfants sont répartis en armées. Ils apprennent à assembler des armes et à piloter des drones. Ils apprennent à jouer le rôle de « soldats d’assaut » et à franchir des parcours d’obstacles « militaro-tactiques ». Ils s’entraînent également à la cyberguerre et aux opérations d’information.

L’Institute for the Study of War décrit ce jeu comme s’inscrivant dans « un écosystème russe plus large opérant dans toute l’Ukraine occupée, dont l’objectif explicite est de militariser les enfants ukrainiens, de les endoctriner contre leur identité ukrainienne et de les former à combattre pour l’armée russe ».

La Russie ne nie pas que ces pratiques aient lieu. Au contraire, de hauts responsables russes ont publiquement justifié l’endoctrinement et la militarisation des enfants ukrainiens. Par exemple, Yana Lantratova, ancienne vice-présidente de la commission de l’éducation de la Douma d’État et désormais commissaire aux droits de l’homme de la Russie, a fait remarquer – en faisant spécifiquement référence aux enfants vivant en Ukraine sous occupation russe – que la Fédération de Russie « doit avant tout s’occuper de l’essentiel : nos enfants. Les éduquer et les former, leur inculquer le sens de la patrie ».

Sauf qu’il ne s’agit pas d’enfants russes, mais ukrainiens. Les éléments de preuve recueillis pour notre rapport ne laissent aucun doute : les politiques d’occupation de Moscou constituent de graves violations du droit international en matière d’endoctrinement et de militarisation des enfants ukrainiens en territoires occupés.

Par exemple, la transformation illégale du système éducatif dans les territoires occupés constitue une violation manifeste de l’article 43 du Règlement de La Haye et de l’article 50 de la quatrième Convention de Genève.

Cela nous a amenés à appeler toutes les parties à reconnaître immédiatement et concrètement la situation critique des enfants ukrainiens, tant en matière de sécurité que d’identité et de vie familiale, dans le contexte de la guerre en cours et dans toutes les négociations. Comme l’a déclaré l’une des personnes que nous avons interviewées à Kiev : « Tout accord visant à mettre fin à la guerre ne peut pas se résumer à une question de kilomètres. »

The Conversation

Stefan Wolff a bénéficié par le passé de subventions accordées par le Natural Environment Research Council du Royaume-Uni, le United States Institute of Peace, le Economic and Social Research Council du Royaume-Uni, la British Academy, le Le programme pour la science au service de la paix et de la sécurité (SPS) de l'OTAN, les 6e et 7e programmes-cadres de l'UE et Horizon 2020, ainsi que le programme Jean Monnet de l'UE. Il intervient également régulièrement en tant que consultant auprès de gouvernements et d'organisations internationales. Il est membre du conseil d'administration et trésorier honoraire de la Political Studies Association du Royaume-Uni et chercheur senior au Foreign Policy Centre de Londres.

Elīna Šteinerte est membre du Sous-Comité des Nations unies pour la prévention de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et vice-présidente élue chargée des mécanismes nationaux de prévention. Elle a également été membre et présidente-rapporteure du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. À ce titre, elle conseille régulièrement les gouvernements et d’autres parties prenantes et intervient en tant qu’experte sur les questions de législation, de cadres réglementaires et de mise en œuvre.

Hervé Ascensio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

20.08.2026 à 15:05

Quelle est la différence entre le beurre et la margarine ? Une chimiste explore leurs effets en cuisine

Rosemary Trout, Associate Clinical Professor of Culinary Arts & Food Science, Drexel University
Graisses saturées, produits ultratransformés… quelles sont les différences chimiques entre le beurre et la margarine ? Comment se comportent-ils à la cuisson et en pâtisserie ?
Texte intégral (3304 mots)
La margarine fond de façon plus homogène que le beurre à cause de sa structure chimique, et ne brunit pas. Douglas Sacha/Moment via Getty Images

Graisses saturées, produits ultratransformés… quelles sont les différences chimiques entre le beurre et la margarine ? Comment se comportent-ils pour la cuisson et la pâtisserie ?


Ma mère adore le beurre. C’est la principale source de matières grasses que je consommais quand j’étais enfant. Elle en tartinait toutes sortes de pains, des pommes de terre, des roulés aux noix ou des gâteaux. Sa pâtisserie était beurrée.

Puis, alors que j’étudiais la nutrition à l’université, un assistant recommanda la margarine. J’étais stupéfaite, et je me suis interrogée sur la différence entre les deux. C’est une des questions qui ont éveillé mon intérêt pour les sciences de la nourriture. Aujourd’hui, je suis chercheuse en science des aliments et j’étudie la façon dont des aliments comme le beurre et la margarine peuvent présenter des différences chimiques subtiles qui ont un impact considérable sur leur comportement en cuisine.

Structures chimiques

Le beurre et la margarine sont tous deux des émulsions, c’est-à-dire des mélanges de minuscules gouttelettes d’eau dispersées dans une matrice lipidique (de gras) continue. Cette matrice est composée principalement de triglycérides, la principale forme de graisse présente dans notre alimentation.

Les acides gras sont de longues chaînes d’atomes de carbone entourées d’atomes d’hydrogène. Dans un triglycéride, on trouve trois acides gras, chacun étant lié à la même molécule de glycérol (qui contient trois atomes de carbone). Celle-ci sert de squelette à la molécule. Alors que le squelette est toujours le même, le nombre d’atomes de carbone dans les acides gras peut varier.

Dans la crème, les triglycérides sont regroupés en globules ou en cristaux.

Schéma de la structure chimique d’un acide gras
Les acides gras sont des molécules sous forme de chaînes composées de carbone et d’hydrogène, avec de l’oxygène à l’extrémité. Innerstream/Wikimédia

Le beurre et la margarine contiennent tous deux une combinaison d’acides gras saturés et insaturés. Cependant, ceux du beurre sont principalement saturés, c’est-à-dire que chaque carbone porte le maximum d’hydrogènes possible (on ne peut pas en ajouter). Ceci leur permet de s’assembler et de s’empiler de manière compacte pour former une belle chaîne linéaire, car ils ne possèdent pas de doubles liaisons entre les atomes de carbone.

Les acides gras de la margarine sont principalement insaturés, issus d’un mélange d’huiles végétales. Les graisses insaturées leur confèrent une forme irrégulière au niveau moléculaire. Les doubles liaisons entre les atomes de carbone font se tordre la molécule, de sorte qu’elles ne peuvent pas s’agencer aussi proprement.

Cette différence influe sur leur comportement à la fusion.

Schéma de la structure chimique d’un triglycéride, composé de longues chaînes de carbone et d’hydrogène partant de molécules d’oxygène reliées entre elles
Les triglycérides comportent trois chaînes d’acides gras reliées à la même molécule de glycérol, qui joue le rôle de squelette chimique. Jü/Wikimédia

Les cristaux de graisse dans le beurre sont de formes variées, et ils présentent des points de fusion différents. Ces cristaux rendent le beurre très ferme à basse température et lui permettent de ramollir progressivement à température ambiante ou à la température du corps. Ils retiennent également facilement l’air lorsqu’ils sont battus avec du sucre cristallisé, ce qui confère légèreté et porosité aux produits cuits.

Le beurre et la margarine contiennent tous deux au moins 80 % de matières grasses (certains beurres approchent les 85 % de matières grasses). Leur teneur en eau avoisine les 16 %. De son côté, le beurre contient entre 1 et 4 % de vitamines, de minéraux, de lactose et de protéines.

Le beurre fait l’objet d’une définition normée officielle établie par le gouvernement, ce qui signifie que les fabricants doivent respecter des directives spécifiques pour que leur produit soit considéré comme du beurre.

La fabrication du beurre

Lorsque l’on secoue ou que l’on baratte la crème, les globules de matière grasse se rompent. La matière grasse s’échappe et forme des grains de beurre partiellement solides. En continuant à secouer ou à baratter, ces grains grossissent et se séparent du babeurre, un liquide naturellement pauvre en matières grasses.

Une personne tenant un long bâton entre ses paumes et s’en servant pour baratter le beurre
Le barattage du beurre brise les morceaux de matière grasse et sépare les solides du babeurre aqueux, formant ainsi une masse solide. Rupendra Singh Rawat/iStock via Getty Images

Il suffit ensuite de récupérer, pétrir et presser cette masse, et voilà ! Vous obtenez du beurre. Certains beurres sont fermentés en y ajoutant des bactéries lactiques. Ces bactéries fermentent le lactose (sucre principal du lait), pour le transformer en composés aromatiques et en acides organiques, ce qui confère au beurre une légère acidité et une saveur complexe.

Le beurre doux est facile à réaliser chez soi : il suffit d’ajouter de la crème épaisse froide, d’une teneur en matière grasse d’au moins 36 %, dans un batteur sur socle muni d’un fouet. Mettez-le en marche et laissez-le tourner un moment ; lorsque vous entendrez le clapotis du babeurre liquide, vous saurez que votre beurre est prêt à être pressé.

Il est étonnamment simple de fabriquer son propre beurre.

Fabrication de la margarine

Les blocs de margarine sont fabriqués à partir d’huiles végétales liquides qui sont transformées en un produit solide. Les fabricants réorganisent chimiquement les acides gras sur la molécule de glycérol au cours d’un processus de modification appelé « interestérification », ce qui rend l’huile solide et permet une répartition plus homogène des graisses.

Ce processus réorganise les triglycérides présents dans la margarine sans ajouter d’acide gras saturé ni d’acide gras trans (le terme « trans » se réfère à la forme géométrique de la molécule et s’oppose à la forme géométrique « cis »).

En effet, les acides gras trans ont été interdits dans de nombreux pays en raison de leur lien avec les maladies cardiovasculaires et de leur effet sur l’augmentation du cholestérol.

L’interestérification permet à la margarine de rester solide plus longtemps lors de la cuisson, avec un point de fusion plus précis.

En revanche, les margarines à tartiner ou en tube ne subissent pas ce processus et reposent plutôt sur des proportions plus élevées d’eau et d’air par rapport aux huiles solides, ce qui leur permet de rester molles et tartinables. Ces types de margarines sont plus pauvres en matières grasses et ne conviennent donc pas bien à la pâtisserie. La plupart des recettes de pâtisserie sont élaborées en partant du principe d’un pourcentage de matières grasses plus élevé. La teneur en eau plus élevée altère la texture.

Saveur et couleur

Le beurre tire sa couleur dorée du bêta-carotène, un pigment orange présent dans l’herbe. Les vaches mangent de l’herbe, mais ne métabolisent pas efficacement le bêta-carotène, qui se retrouve donc dans leur lait.

La margarine est, elle, naturellement incolore, mais les fabricants y ajoutent du bêta-carotène synthétique pour imiter la couleur du beurre.

Les fabricants de margarine ajoutent également des arômes, tels que le diacétyle, une molécule à la saveur caractéristique du beurre, ainsi que des mélanges de conservateurs et de composants du lactosérum pour reproduire la saveur du beurre. Ils peuvent ajouter des émulsifiants, tels que la lécithine, ou des monoglycérides pour empêcher l’eau et la matière grasse de se séparer. Les proportions exactes des ingrédients varient d’un fabricant à l’autre.

Rayons de supermarché remplis de barquettes de beurre et de margarine
Le beurre et la margarine peuvent tous deux être utilisés dans les pâtisseries. Jeffrey Greenberg/Universal Images Group via Getty Images

Les différences chimiques peuvent se traduire par de subtiles différences sur le plan de la santé. Bien que les deux soient principalement composés de triglycérides, les graisses du beurre sont d’origine naturelle, tandis que celles de la margarine sont modifiées industriellement. Cette différence fait de la margarine un aliment ultratransformé, mais cela signifie également qu’elle contient moins de graisses saturées. Vous pouvez avoir des raisons de santé de privilégier l’un plutôt que l’autre, mais il faut savoir que la composition chimique de ces graisses peut également influencer leur comportement en cuisine.


À lire aussi : Les émulsifiants, des additifs alimentaires qui pourraient être associés à un risque de cancer



À lire aussi : Aliments ultratransformés : quels effets sur notre santé et comment réduire notre exposition ?


Différences en pâtisserie

Lorsque vous faites chauffer du beurre, les protéines et le lactose qu’il contient se combinent, créant cette couleur brune caractéristique et une délicieuse saveur de noisette, de pain grillé et de caramel. Comme la margarine ne contient pas de lactose, elle ne dore pas aussi bien que le beurre et ne dégage pas le même niveau d’arômes.

Lorsqu’il est cuit dans un four très chaud, le beurre contient suffisamment d’eau pour former de la vapeur, ce qui permet à la pâte de se séparer en couches feuilletées. La teneur en eau de la margarine varie et, bien qu’elle produise un peu de vapeur, elle n’offre pas les mêmes résultats que le beurre.

Cependant, la margarine présente certains avantages par rapport au beurre. Elle est très homogène et fond de manière contrôlée. Elle se conserve également plus longtemps. On peut certes utiliser beurre et margarine de manière interchangeable, mais connaître les différences fonctionnelles entre les deux aide à savoir quand utiliser l’une ou l’autre.

The Conversation

Rosemary Trout ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

20.08.2026 à 15:04

Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes

Tiphaine Bacot, Enseignante-chercheuse contractuelle en génétique, Inrae
Marine Delmas, Chercheuse, Inrae
Véronique Decroocq, Directrice de recherches et coordinatrice du projet Horizon Europe FRUITDIV, travaillant sur la diversité des espèces sauvages apparentées aux espèces cultivées fruitières, Inrae
Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant face à la sécheresse. Cet arbre fruitier pourrait aider à protéger les vergers de demain.
Texte intégral (3328 mots)
Marmottier (_Prunus brigantina_) dans les Alpes françaises, en 2017. Stéphane Decroocq, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Prunus brigantina est un arbre fruitier sauvage que l’on retrouve en altitude dans les Alpes et que la science a longtemps hésité à rattacher soit aux pruniers, soit aux abricotiers.

  • Le nom « marmottier », l’une des nombreuses dénominations données à cet arbre, vient de ses fruits, appelés « marmottes » par certaines populations locales.

  • Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant à la sécheresse. Introduire ses gènes dans les fruitiers cultivés pourrait les aider à devenir plus résilients face au changement climatique.


Cet arbre alpin rare et discret, quasiment inconnu du grand public, est l’un des fruitiers les plus hauts d’Europe. Longtemps mal classé au plan taxonomique, Prunus brigantina, également appelé « marmottier » (et bien d’autres noms, comme on le verra plus bas), intéresse désormais à la fois les botanistes, les généticiens, les conservateurs et les sélectionneurs.

Cette espèce particulièrement résiliente pourrait en effet s’avérer précieuse pour améliorer les vergers de demain et les aider à faire face à la sécheresse et à l’appauvrissement des sols. C’est ce que suggèrent les dernières études scientifiques, qui se sont appuyées sur la génétique pour reconstituer l’histoire évolutive de ce fruitier dont l’arbre généalogique a longtemps tenu du casse-tête. État des lieux.

Carte d’identité d’un arbre montagnard unique

Véritable champion des hautes altitudes, Prunus brigantina (ou Prunus brigantiaca) pousse exclusivement dans les Alpes du Sud françaises et le Piémont italien. On le rencontre jusqu’à plus de 1 900 mètres d’altitude, ce qui le place sur le podium des fruitiers sauvages les plus hauts d’Europe.

Localement, l’espèce peut être appelée de plusieurs façons : « marmottier » – en référence à la « marmotte », le nom alpin de son fruit – ou « afatoulier » – dérivé de l’occitan alpin afatoule. On l’appelle encore « prunier » ou « abricotier de Briançon ».

Cette espèce est endémique de cette région : elle n’existe de façon naturelle nulle part ailleurs dans le monde. Son nom scientifique fait référence à Briançon (Brigantium à l’époque romaine), dans le département des Hautes-Alpes, où l’espèce a été décrite pour la première fois en 1786 dans l’Histoire des plantes du Dauphiné, du médecin et botaniste français Dominique Villars.

Ce fruitier sauvage est une espèce particulièrement rustique, qui tolère des conditions écologiques difficiles. Il se développe dans des milieux secs et ensoleillés, au sein de fourrés clairsemés et de versants rocheux des montagnes.

Adapté aux conditions exigeantes de l’étage montagnard, il n’a jamais été un arbre de verger. En revanche, son port buissonnant et ses rameaux épineux en font un excellent arbuste de haies, autrefois utilisé pour délimiter les parcelles et contenir les troupeaux lors de la transhumance.


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Et les marmottes dans tout ça ?

On l’a vu, le nom « marmottier » fait référence à la « marmotte », l’un des noms donnés à son petit fruit jaune. Ce fruit, plutôt acide et très peu sucré, a parfois été transformé en confiture. Mais c’est surtout son amande qui a été exploitée : on en extrayait une huile réputée pour ses usages alimentaires et médicinaux (un remède contre la colique, notamment).

Très recherchée dans les Alpes malgré un rendement extrêmement faible – il fallait environ 10 000 amandons pour produire un litre d’huile –, cette huile pouvait se vendre à un prix trois fois supérieur à celui de l’huile d’olive et deux fois à celui de l’huile de noix.

Les marmottes, fruits d’un marmottier, arbre fruitier poussant dans les Alpes françaises. Stéphane Decroocq, Fourni par l'auteur

Faiblement dosée en acide cyanhydrique, cette huile pouvait également être utilisée pour la consommation alimentaire en petite quantité. Bien que le fruit s’appelle marmottier, le botaniste Dominique Villars donna à son huile le nom d’« huile de marmote » (avec un seul t afin de la distinguer de la véritable huile de marmotte obtenue à partir de la graisse de l’animal).


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Un casse-tête généalogique enfin résolu

Les nombreux noms différents donnés à cet arbre fruitier traduisent le flou qui existe de longue date autour de sa classification taxonomique au sein du genre Prunus, qui réunit les arbres à fruits à noyau.

Plus précisément, il fait partie du sous-genre Prunophora, aux côtés des pruniers et des abricotiers, un groupe d’espèces toutes originaires de l’hémisphère Nord. Sur la base de ses attributs morphologiques, il fut longtemps classé dans la section abricotiers, dont il est le seul représentant à l’état sauvage en Europe.

Mais les données génétiques racontent une histoire plus nuancée. Plusieurs études récentes ont comparé différentes espèces apparentées aux abricotiers et aux pruniers et ne s’accordent pas toutes sur la taxonomie de P. brigantina.

Carte des individus de P. brigantina collectés dans les Alpes du Sud françaises dans le cadre de l’étude de Liu et al. 2021. Les individus sont représentés par des points dont les couleurs correspondent aux trois groupes génétiques identifiés. Les noms en italique font référence aux trois parcs naturels du sud-est des Alpes françaises dont ces groupes génétiques sont issus. Fourni par l'auteur
  • Une analyse de 71 individus sauvages de P. brigantina publiée en 2021 (à laquelle l’Inrae a participé), s’appuyant sur certains marqueurs génétiques spécifiques, a identifié trois groupes génétiques distincts et suggère que l’espèce appartient à la section Armeniaca (abricotier), en accord avec sa classification historique.

  • D’autres études (notamment publiées en 2019 et en 2021), réalisées sur la base des séquences de génome complet, suggèrent de leur côté que P. brigantina est une espèce bien distincte de la section Armeniaca ; autrement dit qu’il ne s’agirait pas d’un abricotier.

Prunier ou abricotier ? Les « marmottes » (fruits du marmottier), dépourvues de duvet, évoquent davantage des prunes que des abricots (pourvus d’un duvet), ici en photographie.

En 2026, une étude phylogénétique plus large, à l’échelle du genre Prunus, incluant des espèces plus éloignées au plan taxonomique de P. brigantina, a attribué le marmottier à la section Prunus (prunier), et non plus à la section Armeniaca (abricotier).

Cette nouvelle classification est d’ailleurs en accord avec son apparence : le marmottier ressemble davantage à un prunier, notamment par ses fruits à peau lisse et les structures qui les portent, dépourvus du duvet typique des abricots.


À lire aussi : Quelles espèces d’arbres planter en ville ?


Les leçons du marmottier pour aider les vergers face aux changements climatiques

Dans le cadre d’une initiative internationale de caractérisation de la biodiversité européenne, un génome de référence de P. brigantina, a été assemblé et annoté par le Genoscope, en collaboration avec l’Inrae.

Les études précédentes s’appuyaient sur des sections de génome ou des marqueurs génétiques isolés, non sur le génome complet de l’arbre. Le décryptage de celui-ci va nous permettre de repérer les régions génomiques que le marmottier partage avec ses plus proches cousins, pruniers. C’est en comparant ces zones partagées que nous pourrons reconstituer l’arbre généalogique des pruniers et comprendre un peu mieux l’origine du marmottier, tout en ciblant des gènes d’intérêt en lien avec sa résilience ou ses qualités naturelles.

Le génome de cet arbre sauvage pourrait bien s’avérer précieux pour assurer l’avenir de nos vergers face au changement climatique. En effet, il constitue un réservoir de gènes pour assurer la robustesse des espèces cultivées. Au fil de la domestication, nos fruits modernes ont souvent perdu une partie de leur bagage génétique. Or les cousins sauvages, eux, ont conservé ces gènes oubliés.

Cousin de la prune européenne et de la prune américano-japonaise, le marmottier s’est adapté aux conditions extrêmes des montagnes, s’épanouissant sur des sols pauvres et dans des milieux très secs. Cette robustesse naturelle représente une mine d’or. En puisant dans ce réservoir de diversité génétique, les chercheurs espèrent créer des variétés de pruniers plus résilientes, mieux armées pour faire face au changement climatique tout en se passant d’arrosage intensif et de traitement chimique.

Mais, aujourd’hui, les populations de marmottiers sont fragilisées. Sous l’effet des activités humaines, du surpâturage et du développement des pistes de ski en hiver, son habitat est fragmenté, isolant les arbres les uns des autres. Le marmottier ne pousse désormais plus que dans des zones de plus en plus localisées (dans le Queyras, le Mercantour et les Écrins, notamment), dont il est urgent, pour la sauvegarde de l’espèce, de protéger les trois populations génétiquement distinctes.


À lire aussi : Des « collections vivantes » d’arbres fruitiers pour faire face au changement climatique


Préserver la diversité des fruitiers sauvages dans des vergers de conservation

Pour sauver ce patrimoine unique et éviter que sa diversité génétique ne disparaisse sur le terrain, les scientifiques ont trouvé la parade : les vergers conservatoires.

Individus de P. brigantina dans un verger conservatoire du Centre de ressource biologique (CRB) Prunus de l’Inrae, abritant également d’autres espèces apparentées. Marine Delmas, Fourni par l'auteur

Le principe ? Recueillir et cultiver des arbres hors de leur milieu naturel, pour les mettre à l’abri. Dans cette optique, une équipe de chercheurs de l’Inrae a déjà sélectionné une petite quarantaine d’individus stratégiques. Cette mini-collection a été pensée pour regrouper et sauvegarder, à elle seule, l’ensemble de la diversité génétique connue de l’espèce.

Protéger cette espèce, ce n’est pas seulement préserver un arbre rare et unique en France : c’est garder une bibliothèque de gènes disponibles pour la recherche et, peut-être, pour les vergers de demain. Derrière un arbre de montagne discret se cache une question très actuelle, celle de la manière dont on protège et valorise la diversité sauvage pour mieux préparer les vergers de demain.

The Conversation

Véronique Decroocq a reçu des financements de l'agence nationale de la recherche (ANR), du programme PRIMA (le Partenariat pour la recherche et l'innovation dans la région méditerranéenne) (projet FREECLIMB) et de la commission européenne.(programme Horizon Europe, projet FRUITDIV).

Marine Delmas et Tiphaine Bacot ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

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