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07.07.2026 à 15:50

Transition énergétique : quel est le rôle des syndicats dans les projets industriels ?

Nils Hammerli, doctorant, Université Paris Dauphine – PSL
La transition énergétique concerne aussi les salariés et leurs représentants. Quel rôle jouent les organisations syndicales ? Illustration avec le cas du site TotalEnergies de Grandpuits, en Seine-et-Marne.
Texte intégral (1975 mots)

La transition énergétique est parfois présentée comme une opportunité pour redynamiser l’économie française, tout en permettant de répondre aux défis environnementaux. Parmi les nombreux acteurs impliqués dans les projets industriels en lien avec cette transition, les organisations syndicales restent peu présentes dans les débats. Une enquête de terrain sur le projet de reconversion de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, permet de mettre en avant leur rôle, et les limites de leurs marges de manœuvre.


Traditionnellement, les organisations syndicales sont très présentes dans le secteur industriel. Elles ont d’ailleurs contribué aux réflexions récentes sur le renouveau souhaitable de l’industrie dans le cadre de la nécessaire transition énergétique. Le lancement d’un plan d’actions syndicales pour l’industrie et l’environnement par la CGT, décidé en novembre 2023, en témoigne. Cette initiative a donné lieu à une journée de débats en mai 2024, à laquelle ont participé environ 700 militants ainsi que la plupart des têtes de liste aux élections européennes de 2024.

Le cas de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, offre un cas d’étude intéressant sur le rôle des organisations syndicales dans un projet industriel lié à la transition énergétique. En 2020, TotalEnergies annonce la reconversion de la raffinerie en une plateforme « zéro pétrole » pour l’horizon 2024-2026. Cette nouvelle plateforme devait initialement être composée d’une usine de « biocarburants », d’une usine de « bioplastiques » élaborés à partir de biomasse d’origine végétale ou animale et d’une usine de recyclage chimique des plastiques. L’usine de « bioplastiques » a été abandonnée en juin 2023 au profit d’une usine de recyclage mécanique des plastiques et d’une unité de production de biogaz.

La reconversion amorcée en 2020 supprime plusieurs centaines d’emplois. Quel a été le rôle des syndicats lors de cette reconversion industrielle, justifiée par l’impératif de transition énergétique par TotalEnergies ? Comment se positionnent ces organisations par rapport à la justification écologique de cette reconversion industrielle ? Une enquête menée par entretiens auprès de militants des différentes organisations syndicales de la raffinerie permet d’apporter un éclairage sur ces questions.


À lire aussi : À la CGT, une écologie née dans l’usine


Une transition sans réelle concertation

Les modalités de la reconversion de la raffinerie de Grandpuits ont été décidées par la direction de TotalEnergies et, d’après plusieurs cadres interrogés, uniquement par Patrick Pouyanné, le PDG de l’entreprise. L’orientation des projets industriels et la question de l’emploi ne font pas l’objet de négociations sur lesquelles les syndicats, du site comme de l’entreprise, pourraient peser.

Plusieurs syndicats ont dénoncé l’absence de concertation sur la question de l’emploi, au vu des centaines de suppressions de postes entraînées par la reconversion, mais le sujet n’a pas été ouvert par la direction de l’entreprise. Le dialogue social lors du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) s’est concentré uniquement sur les mesures sociales d’accompagnement (MSA), c’est-à-dire les conditions de départ des salariés qui partent de l’usine et les conditions de reclassement de ceux qui continuent à travailler à l’usine. Si la focalisation des négociations sur les mesures d’accompagnement des salariés lors d’une restructuration d’entreprise est une situation courante (1), elle n’en est pas moins regrettée par les syndicats à l’échelle locale.

Les organisations syndicales représentatives de l’usine ont dû émettre un avis écrit sur le projet de reconversion de la raffinerie, mais cet avis est purement consultatif. Toutes les organisations syndicales ont émis un avis négatif sur le projet, ce qui n’a toutefois pas infléchi les orientations de celui-ci.

Le rôle du dialogue social en question

Le cas de la raffinerie de Grandpuits interroge ainsi les modalités et le rôle du dialogue social dans les politiques de transition énergétique. Le volet économique, et par extension le volet environnemental, de la consultation des représentants du comité social et économique (CSE) lors d’un PSE laisse uniquement la possibilité pour ces derniers d’émettre des « interpellations, sans véritable droit de suite ou possibilité de suspendre le projet tant que les alternatives ne sont pas pleinement examinées ».

Par ailleurs, dans ce type de restructurations, il y a une distance importante entre les décideurs du projet et les représentants de l’employeur lors des négociations collectives. Ces derniers se retrouvent « à devoir exécuter un plan dont ils n’ont pas la maîtrise stratégique », ce qui limite d’autant plus les possibilités de négocier le contenu et les raisons d’être des projets industriels.

Une loi qui conforte l’absence de rôle des organisations syndicales

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui n’était pas en vigueur lors de la restructuration, prévoit d’introduire les enjeux environnementaux dans le domaine de compétences du CSE, instance centrale du dialogue social à l’échelle de l’entreprise. Cette transformation législative pourrait laisser supposer un renforcement de la capacité des syndicats à participer à la définition des enjeux liés à la transition énergétique dans leur entreprise. Pour autant, la loi ne prévoit « aucune dimension environnementale » pour les consultations ponctuelles liées à des restructurations ou à des PSE.

Les organisations syndicales sont ainsi dépourvues de capacités à négocier la transition énergétique à l’échelle locale. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus général de faiblesse structurelle des organisations syndicales pour infléchir les négociations collectives, qui profitent bien souvent aux intérêts patronaux. Les représentants syndicaux manifestent pourtant une volonté de participer aux décisions relatives à la stratégie de l’entreprise, notamment en matière de transition énergétique, ce qui invite à regarder comment les organisations syndicales se positionnent à ce sujet malgré leur faible pouvoir de négociation.

Pluralité des positionnements syndicaux

Une élue de la CFE-CGC TotalEnergies évoque la volonté de « challenger » l’entreprise sur sa stratégie de décarbonation et de l’inciter à mettre en place des projets de transition du type de celui de Grandpuits plus rapidement. Elle le fait dans le cadre des séances du comité social et économique central (CSEC), consacrées à la stratégie de l’entreprise, dans lesquelles le rôle des syndicats est seulement consultatif.

Dans ses communications, la CFE-CGC valorise les orientations technologiques prises par celle-ci, et incite même TotalEnergies à transformer plus rapidement sa structure productive dans ce sens, bien qu’elle critique les modalités salariales de mise en œuvre de la transition énergétique de Grandpuits. De ce fait, elle rend un avis négatif sur le projet de reconversion auprès du CSEC, ce qui ne peut toutefois pas être considéré comme une opposition au projet.

Cette volonté de s’impliquer dans les orientations industrielles de l’entreprise se manifeste au niveau de la CGT Grandpuits par l’élaboration du projet de reconversion alternatif dont le cahier des charges est d’être plus écologique que celui de TotalEnergies et sans suppression d’emplois. L’élaboration de ce projet de reconversion alternatif se fait dans le cadre d’une alliance entre la CGT et des ONG écologistes, dont Greenpeace et les Amis de la Terre.

Délégitmer la communication verte

Les militants de cette alliance critiquent l’aspect non écologique des technologies employées sur la nouvelle plateforme de Grandpuits : les biocarburants émettent plus de gaz à effet de serre (GES) que les combustibles fossiles du fait d’une augmentation massive de la déforestation, les plastiques recyclés nécessitent l’incorporation de pétrole et les bioplastiques font appel à la monoculture intensive de betteraves sucrières, néfaste pour l’environnement. La critique des choix opérés par TotalEnergies sert avant tout à délégitimer la communication « verte » de la multinationale autour de la reconversion de la raffinerie. Cette mobilisation n’a pas permis d’infléchir les orientations productives du projet de reconversion.

Les positionnements de la CFDT TotalEnergies relatifs à la transition énergétique de Grandpuits sont assez peu nombreux. La majorité des tracts et des interventions médiatiques de la CFDT à propos de la reconversion de la raffinerie n’évoquent pas l’orientation industrielle du projet et traitent surtout des suppressions d’emplois, de l’absence de dialogue social sur l’emploi, la difficulté des reconversions professionnelles à venir…

Arte 2026.

Il arrive toutefois que, lors du conflit social de 2021, la CFDT TotalEnergies se soit exprimée sur les enjeux écologiques. Lorsque cela se produit, l’orientation productive de la reconversion n’est pas remise en cause, mais est considérée au contraire comme allant « dans le bon sens ». Une certaine prudence quant aux engagements écologiques de l’entreprise est toutefois formulée par l’organisation syndicale, comme en témoigne cette déclaration faite lors d’une séance du CSEC :

« Concernant l’aspect environnemental, au-delà de l’affichage zéro pétrole ainsi que la neutralité carbone d’ici 2050, la direction doit être totalement transparente sur le projet de (reconversion) et être cohérente avec cet objectif global. »

L’introuvable démocratie salariale

Les positionnements syndicaux sur l’orientation industrielle de la transition énergétique sont pluriels et variables selon l’organisation considérée : ils vont de l’adhésion à la critique, en passant par une certaine ambivalence.

Au-delà de ces divergences, cette enquête montre que les salariés et les syndicats sont pour partie fortement intéressés par les enjeux de la sortie des énergies fossiles et souhaitent prendre part aux décisions industrielles qui y sont relatives. Le cadre institutionnel du dialogue social ne leur permet pourtant pas de peser sur ces décisions, ce qui questionne le caractère démocratique de la transition énergétique.


(1) É. Béthoux, A. Jobert, A. Surubaru, « Construire des stratégies syndicales sur l’emploi dans l’entreprise : entre négociations et mobilisations collectives », dans Cécile Guillaume (dir.) La CFDT : sociologie d’une conversion réformiste, Presses universitaires de Rennes, 2014.


Cet article fait partie du dossier « Transition énergétique : le grand retour des politiques industrielles » réalisé par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Nils Hammerli a reçu des financements de l'ADEME.

07.07.2026 à 15:50

Comment « dé-IA-iser » nos écrits pour éviter la disparition des particularités des langues ?

Maria Mercanti-Guérin, Maître de conférences en marketing digital, IAE Paris – Sorbonne Business School
Les tics de langage de l'intelligence artificielle colonisent nos écrits. Derrière ces formules creuses se cache l'appauvrissement systématique de la langue.
Texte intégral (2053 mots)

Les tics de langage de l’intelligence artificielle colonisent nos écrits. Derrière ces formules creuses se cache l’appauvrissement systématique de la langue. Les Russes parlent d’une IA « канцелярит » (kantselyarit) reprenant le jargon bureaucratique soviétique, les Chinois d’une IA stéréotypée, comme les dissertions impériales « 八股文 » (bāgǔwén), et les Québécois d’un manque de singularité de leur langue par rapport au français de l’Hexagone. Que faire ?


L’intelligence artificielle (IA) générative présente un certain nombre de tics de langage, des mots et tournures qu’elle suremploie par rapport aux rédacteurs humains.


À lire aussi : Vocabulaire et diversité linguistique : comment l’IA appauvrit le langage


Une étude estime qu’au moins 13,5 % des publications scientifiques de 2024 ont fait intervenir une IA dans leur rédaction, un chiffre qui grimpe à 40 % dans certaines revues.

Claude, ChatGPT ou Deepseek sont nourries des mêmes sources (Web, livres, Wikipédia, code…). Ces grands modèles de langage (LLM) reposent sur la prédiction statistique du prochain token (mot ou fragment de mot) le plus probable dans une séquence donnée.

L’IA sélectionne donc systématiquement les formulations les plus accessibles et conventionnelles disponibles dans ses données d’entraînement. Elle écrit en perdant l’originalité des styles humains, leur irrégularité, leur diversité. Elle perd également la causticité, le double sens, voire la faculté critique. Une expérience menée auprès de 293 participants (« writers ») invités à écrire une courte histoire a montré une augmentation de la similarité entre histoires conçues avec l’IA générative et donc une perte de créativité collective. Chacun écrit « mieux », mais tout le monde finit par écrire pareil.

Ces observations sont confirmées par mon dernier terrain de recherche. L’analyse des sites Web de 15 marques cosmétiques montre un décalage avec les 1 575 avis de consommateurs et les 1 611 brevets déposés par ces marques. Le style IA fait perdre la spécificité des positionnements et des singularités technologiques.

Modèles similaires

Au-delà de la génération de tokens, plusieurs éléments peuvent expliquer les tics de langage de l’IA.

La première cause tient à l’étape dite d’« alignement » : une fois entraîné sur des milliards de textes, le modèle est ajusté par des humains qui notent ses réponses, un procédé connu sous le nom de Reinforcement Learning from Human Feedback (RLHF), ou apprentissage par renforcement à partir de rétroaction humaine, en français.

Des annotateurs humains évaluent le caractère neutre et inoffensif des réponses du modèle. Ils retiennent les réponses polies, structurées présentant des phrases relativement courtes et des mots de liaison donnant le sentiment d’une pensée logique.

La deuxième tient au terrain d’entraînement des IA. Alimentées de contenus marketing tirés du Web ou de documents institutionnels, les IA sont soit emphatiques, soit terriblement ennuyeuses et reproduisent les tics langagiers présents dans ces corpus. Les recherches montrent une prédominance des domaines commerciaux (.com) largement présents dans l’un des grands jeux de données de référence pour entraîner les modèles de langage, le Colossal Clean Crawled Corpus ou C4. Il existe, également, une forte prévalence de contenus dupliqués, synthétiques ou de basse qualité. C’est ce matériau standardisé issu du Web marchand anglo-saxon que le modèle, statistiquement, apprend à imiter.

Mais que révèlent ces tics de langage ?

Si les tics sont en train de coloniser le Web, ils menacent les IA elles-mêmes par des phénomènes de contamination croisés.

Contaminations IA – humains

Dans une étude, le chercheur Hiromu Yakura a analysé plus de 360 000 vidéos YouTube et 771 000 épisodes de podcasts enregistrés avant et après la sortie de ChatGPT.

L’utilisation des « mots GPT » (comme « delve », « realm », « meticulous ») a connu une augmentation fulgurante dans les conversations spontanées humaines dans les dix-huit mois qui ont suivi son lancement.

C’est en récompensant certaines tournures lors du RLHF que l’on a, sans le vouloir, gravé dans le modèle ces préférences lexicales.

Contaminations IA-IA

Les grands corpus textuels (Common Crawl et ses dérivés) qui servent à la recherche linguistique sont saturés de textes générés par IA, ce qui complique l’observation de l’évolution naturelle de la langue.

À terme se profile le risque de l’ouroboros, le dragon ou le serpent qui se mord la queue : des modèles entraînés sur leurs propres productions, amplifiant leurs tics dans une boucle fermée.

Contaminations IA-humains-IA

Les IA servent aux humains des textes préformatés. Les rédacteurs Web utilisent les IA pour produire à un rythme effréné articles de blog ou fiches produit. Certains auteurs avouent leur utilisation régulière de Claude ou ChatGPT dans la production de leurs romans. Ce matériau semi-humain, semi-artificiel sert à l’entraînement des IA qui souffrent alors de consanguinité stylistique. Elles s’empoisonnent et deviennent de moins en moins performantes.

Meta, avant de reculer face à la fronde de son personnel et à des fuites de données, avait décidé pour pallier le problème de capter les dialogues humains de ses salariés pour nourrir son IA.

Des tics caractéristiques

Les tics de traduction qui sonnent faux viennent de l’anglais – langue de Claude ou de ChatGPT – car les grands modèles – GPT, Claude, Gemini – sont entraînés sur des corpus massivement anglophones.

Voici quelques exemples des tics les plus caractéristiques des IA génératives en français :

  • les formules d’ouverture grandiloquentes comme « dans le monde actuel en constante évolution » ;

  • les adjectifs creux et interchangeables comme « fascinant » ou « crucial » ;

  • les verbes abstraits comme « mettre en œuvre » ou « s’articuler » ;

  • les mots de liaison à chaque phrase comme « en outre » ou « par ailleurs » ;

  • les conclusions marquées comme « en somme » ou « au final ».

Vers la fin des langues régionales ?

À terme se profile la fin des langues régionales inconnues des IA, mais également la fin de l’apprentissage des langues. Au-delà des tics de langage, les IA imposent sur tous les réseaux sociaux des traductions automatisées dans la langue de l’utilisateur. Objectif : lui permettre de lire les contenus du monde entier sans barrières linguistiques, avec le risque de véhiculer une langue traduite pauvre et bourrée de tics.

Des chercheurs canadiens montrent que les modèles spécialisés sont capables de comprendre la grammaire d’une langue. En revanche, les modèles généralistes, comme ChatGPT, sont incapables d’être réellement multilingues et ne transfèrent pas bien les règles grammaticales entre les langues. Connaître l’anglais n’aide pas vraiment une IA à parler le français québécois.

Les chercheurs indiens notent que l’IA efface les particularités de l’anglais indien pour produire un anglais standardisé. Les tics de langage entretiennent également un vaste système de déculturation. Ainsi, une description de Diwali (la fête des lumières) assistée par l’IA se concentre souvent sur des éléments occidentalisés, comme l’échange de cadeaux, tout en omettant les rituels religieux spécifiques et leur vocabulaire particulier.

Les observateurs russes signalent que ChatGPT produit un style qualifié de « канцелярит » (kantselyarit) pour désigner le jargon bureaucratique soviétique pesant. L’IA ressuscite involontairement ce style que les Russes avaient mis des décennies à dépasser. Le projet humanizer-ru a répertorié 44 patterns stylistiques sur lesquels il faut se pencher pour « dé-IA-iser » un texte russe.

En mandarin, les utilisateurs signalent que les textes IA sont reconnaissables à leur style « 八股文 » (bāgǔwén), référence au style des dissertations impériales stéréotypées, très structurées et creuses.

Humanisation du style des IA

Les sociétés d’intelligence artificielle ont pris conscience du problème. Elles cherchent à humaniser le style des IA, ce qui permettrait la disparition des tics mais pourrait bien aggraver le problème.

Il sera bientôt impossible de distinguer une production IA d’une production humaine, à travers des techniques comme :

  • l’AntiSlop sampling, littéralement « anti-bouillie », agissent déjà comme un correcteur automatique. Les chercheurs listent les mots et tournures trop typiques de l’IA. Un filtre intégré au modèle (l’échantillonneur) écarte ces tournures à mesure que le texte s’écrit, forçant une reformulation ;

  • le fine-tuning, consistant à spécialiser un modèle d’IA pré-entraîné à l’accomplissement d’une tâche spécifique, va se faire sur des corpus stylistiquement riches ;

  • l’IA constitutionnelle d’Anthropic, méthode qui consiste à aligner les systèmes d’intelligence artificielle sur les valeurs humaines en leur fournissant des principes éthiques de haut niveau à intégrer la façon d’écrire dans ses prérequis ;

  • les entraîneurs humains vont être recrutés différemment. Écrivains, journalistes spécialisés ayant perdu leur travail à cause de l’IA vont en retrouver un grâce à elle. Véritables coachs d’écriture, ils peuvent enseigner à l’IA à s’affranchir des stéréotypes de style ;

  • les modèles vont tenter de s’ancrer dans la réalité des utilisateurs. Cette imprégnation devrait permettre de sortir d’une rédaction convenue pour exprimer de vrais sentiments ou émotions. L’ancrage ou grounding fait sortir l’IA de l’artificiel pour la rapprocher du quotidien humain.

Le choix collectif entre préserver la diversité des langues, ou continuer à alimenter la machine, se heurte à une monétisation croissante de l’écrit. Derrière les tics, la machine infernale du gain pour rentabiliser les géants de l’IA est enclenchée.


Cet article est publié en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la Culture.

The Conversation

Maria Mercanti-Guérin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

07.07.2026 à 13:35

Coupe du monde 2026 : payer les places de plus en plus cher dans un « smart stadium » vaut-il le coup ?

Clément Dubreuil, Professeur et chercheur à KEDGE Business School, auteur d'une thèse sur la violence et le rugby, Kedge Business School
Pendant la Coupe du monde, les spectateurs pourront assister aux matchs dans des stades ultramodernes et connectés, les « smart stadiums » comme le SoFi Stadium de Los Angeles.
Texte intégral (1878 mots)

La Coupe du monde de football 2026 se joue entièrement aux États-Unis à partir des huitièmes de finale. Là où le prix des places y est exorbitant. Mais les spectateurs en ont-ils pour leur argent lorsqu’ils vivent les matchs décisifs dans des smart stadiums, stades connectés, états-uniens ?


Pour la première fois de l’histoire des Coupes du monde de football, 48 équipes participent au tournoi. Elles disputent 104 matchs dans 16 stades aux États-Unis, au Mexique et au Canada. On promet aux spectateurs des fan experiences inoubliables, à l’américaine. Pour y parvenir, des stades ultramodernes et connectés, ou smart stadiums, sont utilisés. Dans ces arènes modernes, les spectateurs bénéficient d’une excellente connexion tout au long du match. Ils disposent aussi de nombreux écrans dont au moins un de très grande taille.

Par exemple, le SoFi Stadium de Los Angeles (Californie) dispose d’Oculus, le plus grand écran circulaire du monde, dont la résolution s’élève à 80 millions de pixels. Un tel outil avait d’ailleurs porté le coût de construction du stade à 4,8 milliards d’euros. Grâce à cela, les spectateurs réunis dans des smart stadiums accèdent à des services variés nourris d’interaction. Concours, quiz, statistiques surprenantes ou animations géantes, agrémentent un spectacle où prennent place jusqu’à 80 000 personnes.

Parallèlement, le prix des places a battu des records lors de cette Coupe du monde FIFA 2026. Par exemple, les prix pour les matchs de poule allaient jusqu’à 2 394 euros, tandis que le prix d’un billet pour la finale est annoncé à 6 892 euros.

Devant les investissements astronomiques consentis dans la construction de ces smart stadiums et le prix exorbitant des places, la question de l’utilité de cette débauche de technologie très coûteuse se pose : en quoi l’expérience des spectateurs est-elle différente lorsque le spectacle a lieu dans des smart stadiums ?

Pour répondre à cette question, nous avons mené une étude en France sur les « éléments sociomatériels du stade connecté et l’expérience des spectateurs ».

Expérience plus riche

Les smart stadiums offrent des opportunités d’enrichir l’expérience des spectateurs.

Premier avantage, les smart stadiums permettent une multiplication des animations collectives dans l’enceinte. Grâce aux écrans géants et aux smartphones, les spectateurs peuvent participer à des quiz, à des jeux ou à des concours organisés pendant les temps morts. Ces activités peuvent nourrir l’émotion collective, notamment les fan cam, la diffusion sur écran géant de supporters, ou le noise meter, ou mesure du bruit.

Ces enceintes connectées prolongent l’engagement du public au-delà du seul match. Les jeux de lumière, les animations sonores et les dispositifs numériques créent du spectacle avant le coup d’envoi, pendant la rencontre et après celle-ci. Certains spectateurs ont le sentiment de vivre plusieurs événements en un seul, comme le confirme une supportrice interviewée dans le cadre de notre recherche à Paris La Défense Arena :

« Tu as trois ou quatre soirées non-stop en une. Tout est fait pour être grandiose et festif. »

La connectivité optimale permet aux spectateurs de partager en temps réel des photos et des vidéos sur leurs réseaux sociaux préférés. Ces derniers restent en contact avec leurs proches tout en participant à l’événement.

Identification aux joueurs

Ces smart stadiums disposant d’écrans géants renforcent l’impression de proximité avec les acteurs du match, voire l’identification aux joueurs.

À chaque fois qu’un joueur marque, une animation apparaît à l’écran géant sur le visage du marqueur qui manifeste une émotion préenregistrée. L’outil digital et sonore intensifie la relation entre la foule et un joueur. Une des personnes interviewées dans notre recherche livre un éclairage sur sa perception de ce type d’animation :

« Le nom est écrit, il apparaît en énorme sur l’écran géant, tu ne peux pas te tromper. L’air de rien, voir le buteur comme ça, c’est comme si on le voyait de près sur le terrain. »

Dans certaines situations, ces dispositifs technologiques font revivre un passé parfois mythifié. Les stades diffusent des images d’anciens joueurs, des exploits passés ou des hommages à des figures disparues. Par exemple, le 17 juin, à Houston (Texas), lors du premier match des Portugais, un hommage a été rendu à Diogo Jota, joueur portugais récemment décédé à 26 ans dans un accident de la route. Les images du joueur diffusées sur l’écran géant associées aux gros plans sur la famille du joueur ont fortement ému l’assistance.

Quatre profils de spectateurs

Ces smart stadiums offrent généralement davantage de confort. Les spectateurs peuvent commander nourriture et boissons depuis leur siège. Ils évitent certaines files d’attente. Les services deviennent plus fluides et plus rapides par rapport aux stades traditionnels.

Toutes ces potentialités proposées par les smart stadiums semblent de nature à répondre à la diversité des modalités d’engagement des spectateurs. Précisément, quatre profils de spectateurs ont été mis en évidence dans les spectacles vivants :

  • les spectateurs à dominante opportuniste veulent se montrer dans une situation qu’ils jugent valorisante ;

  • les esthètes sont avant tout dans la contemplation individuelle du beau jeu ;

  • les sympathisants (ou supporters) sont dans une démarche partisane et cherchent à participer activement à l’expérience collective ;

  • les interactifs se placent dans une consommation ludique et d’interaction sociale en réaction au spectacle.

Dispersion de l’attention

Nos résultats montrent que les smart stadiums ne produisent pas uniquement des contributions positives à l’expérience collective.

Une première conséquence concerne la dispersion de l’attention. Dans les enceintes connectées, le regard des spectateurs cesse d’être entièrement focalisé sur le terrain. L’attention collective se fragmente entre le jeu, le ou les écrans géants et le smartphone.

Par exemple, l’entrée des joueurs ou les célébrations sont parfois observées à travers l’écran de téléphone. Certains supporters traditionnels estiment que ces pratiques nuisent à l’ambiance générale. Dans des cas isolés, cela peut même créer des tensions entre spectateurs.

Une des personnes interviewées dans notre étude le confirme :

« Je ne comprends pas les gens qui viennent au stade, et dès qu’il se passe quelque chose, ils sautent sur leur téléphone et ils filment et ils postent. »

Moins de ruptures avec le quotidien

Ces stades connectés rendent possible la consultation permanente d’informations extérieures. Les spectateurs consultent des statistiques, des commentaires, des médias et parfois des ralentis, pendant le match. Ils reproduisent des habitudes développées devant leur télévision. Cette connexion permanente réduit la rupture avec le quotidien qui caractérisait traditionnellement l’expérience du stade.


À lire aussi : Pourquoi aller au stade si c’est pour passer son temps sur son smartphone ?


Les opportunités offertes par les usages numériques pendant le match réduisent également certaines interactions sociales. La possibilité de commander des boissons ou de la nourriture de son siège supprime, en réduisant le temps passé dans les files d’attente, des occasions de discuter avec d’autres spectateurs dans la queue ou à la buvette. La dimension collective de l’expérience est, à cet égard, diminuée.

Les enceintes connectées favorisent aussi des divertissements périphériques. Jeux vidéo, bornes interactives, activités destinées aux familles ou aux enfants enrichissent souvent l’offre de loisirs dans l’enceinte. Certaines de ces animations entretiennent un lien très faible avec le match en lui-même.

Coupe du monde extraordinaire

En somme, les smart stadiums ou stades connectés modifient l’expérience de consommation pour les spectateurs. Ces enceintes contribuent à nourrir l’ambiance collective, mais encouragent certaines pratiques qui détournent l’attention du terrain. Surtout, elles favorisent un vécu de l’expérience moins détaché du quotidien et moins hermétique à ce qui se passe à l’extérieur du stade. Une expérience extraordinaire n’est donc plus nécessairement une expérience qui déconnecte les spectateurs du quotidien.

De nombreuses polémiques auront affecté cette édition de la Coupe du monde 2026. Les prochaines semaines nous diront si, malgré cela, les smart stadiums seront parvenus à faire vivre aux Américains les meilleures affiches de soccer comme des expériences aussi extraordinaires que celles opposant leurs franchises préférées de NBA, NFL ou NHL. Un défi grand comme un Oculus…

The Conversation

Clément Dubreuil ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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