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08.10.2026 à 16:41

Pourquoi ça pue ? Ce que les odeurs de nos déchets disent de nous

Nathalie Buchot, Chercheuse en géographie, Le Mans Université
Pourquoi un doudou qui « sent mauvais » pour un adulte reste-t-il un trésor pour l’enfant qui l’aime ? Pourquoi le camembert ouvre-t-il l’appétit, tandis que l’odeur d’un aliment moisi nous fait reculer ?
Texte intégral (1526 mots)

L’ESSENTIEL

  • Pourquoi un doudou qui « sent mauvais » pour un adulte reste-t-il un trésor pour l’enfant qui l’aime ? Pourquoi le camembert ouvre-t-il l’appétit, tandis que l’odeur d’un aliment moisi nous fait reculer ?

  • L’atelier « Pourquoi ça pue ? » s’inscrit dans la programmation de la Fête de la science 2026 en proposant d’explorer les odeurs des déchets comme autant de traces de nos manières d’habiter, de consommer et de nous souvenir.

  • Cette rencontre avec le public est proposée au Village des sciences à l’abbaye royale de l’Épau au Mans, dans la Sarthe, les 10 et 11 octobre 2026.


Une odeur qui dérange une personne peut rappeler à une autre un lieu ou quelqu’un, qu’elle aime. Le doudou en est un exemple frappant. Là où un adulte sent un objet textile sale à laver, l’enfant retrouve une présence olfactive réconfortante.

Ce que nous sentons ne se résume donc pas à une matière. Nous l’interprétons à partir de nos souvenirs, de nos habitudes et des idées que nous nous faisons du propre et du sale. Le contexte compte aussi : l’odeur puissante d’un fromage affiné peut être appréciée, tandis qu’une odeur voisine, rencontrée ailleurs, sera jugée suspecte.

Que savons-nous réellement d’une odeur lorsque nous disons simplement « Ça pue » ?

Sentir ce que nous jetons

Nous pensons souvent aux déchets à partir du moment où ils quittent nos mains. Dans quel bac les mettre ? Seront-ils recyclés ? Que deviendront-ils après la collecte ? Ces questions sont nécessaires, mais elles ne racontent qu’une partie de leur histoire. Avant d’être jeté, un objet a été acheté, utilisé, gardé, parfois réparé ou aimé. Un reste de repas parle de cuisine ; un vêtement usé, de nos façons de nous habiller et de conserver les choses.

La rudologie, étude systémique des déchets initiée dans les années 1970 par le géographe manceau Jean Gouhier, portée aujourd’hui par notre équipe dirigée par le géographe Mathieu Durand du laboratoire Espaces et Sociétés au Mans, propose de prendre ces pratiques au sérieux. Elle ne considère pas seulement les déchets comme un problème technique ou sanitaire. Elle y voit aussi des faits sociaux et géographiques, révélateurs de nos pratiques et de nos manières d’habiter. Qu’est-ce que nous acceptons de garder près de nous ? Qu’est-ce qui doit disparaître au plus vite ?

L’odeur rend ces questions concrètes. Elle traverse parfois les frontières que nous traçons entre les espaces : la cuisine et le couloir, la maison et la rue, l’objet conservé et celui que nous voulons éloigner. Elle attire notre attention sur une matière que nous aurions préféré ne pas voir. Mais elle peut également nous inviter à observer ce qui change, se transforme ou demeure.

Sentir un déchet ne signifie pas nier les nuisances qu’il peut produire. Cela permet plutôt de suspendre un instant le réflexe du rejet pour se demander ce que cette réaction raconte. Les déchets deviennent alors des objets à examiner, et non uniquement des restes à faire disparaître.

Une discussion philosophique autour des odeurs : trouver les mots justes

Décrire une odeur est moins facile qu’il n’y paraît. Nous disons qu’elle est « bonne », « mauvaise » ou « forte ». Mais est-elle aussi humide, aigre, terreuse ou sucrée ? Rappelle-t-elle un aliment, une cave, un jardin, un vêtement ? Deux personnes qui emploient le mot « renfermé » parlent-elles de la même chose ? Quels vieux souvenirs s’y cachent ?

Liste de mots décrivant des déchets. Atelier Rudo philo, École Épau, Le Mans. N. Buchot. Eso Le Mans, 2026, Fourni par l'auteur

Pendant l’atelier, les participantes et participants exploreront des odeurs liées aux déchets alimentaires et textiles. Ils pourront comparer leurs impressions, préciser leurs descriptions et écouter celles des autres. Le test de reconnaissance olfactive réalisé par les étudiantes fera émerger une perception hésitante, un désaccord ou un souvenir inattendu qui seront alors autant de points de départ pour réfléchir.

Les mots proposés contribueront à enrichir un lexique sensible des odeurs détritiques. L’objectif n’est pas d’imposer une définition à chaque senteur. C’est de montrer qu’en cherchant les mots, nous apprenons à distinguer la sensation de l’émotion qu’elle provoque, puis du jugement que nous portons sur elle. Dire « cela me dégoûte » n’est pas tout à fait la même chose que dire « c’est sale ».

Cette exploration olfactive se poursuivra par des échanges sans pour autant décider quelles odeurs il faudrait aimer, mais de comprendre pourquoi nous les jugeons comme nous le faisons : Pourquoi une odeur désagréable nous paraît-elle parfois inquiétante ? Un objet destiné à être jeté a-t-il nécessairement perdu toute valeur ? Pourquoi gardons-nous certains objets abîmés alors que nous nous débarrassons aussitôt d’autres objets encore utilisables ? Ces questions partent d’expériences accessibles à tous. Elles permettent de découvrir que la vie domestique constitue, elle aussi, un terrain de recherche.

Je porte ce projet avec Mathieu Durand, Sandrine Bacconnier, géographes et Camille Dormoy, socio-anthropologue d’ESO Le Mans Université-CNRS. Il est conçu et animé par Mariama Coulibaly, Anouk Hérault Sokhna Mai Mboup, Djaynat Radjabou, Louane Vaoheilala, étudiantes en master MIDEC (Le Mans Université).

Venir sentir et discuter

Labellisé « Coup de cœur 2026 de la Fête de la science », l’atelier « Pourquoi ça pue ? » est gratuit et destiné au grand public à partir de sept ans, dans le cadre du Village des sciences du Mans. L’atelier est conçu spécifiquement à une animation de rue.

Pourquoi venir ? Pour constater qu’une odeur n’est pas toujours aussi évidente qu’on le croit. Pour écouter ce qu’en disent les autres. Et pour découvrir que nos déchets, avant même d’être triés ou recyclés, peuvent nous apprendre quelque chose sur nos gestes, nos attachements et notre façon d’habiter le monde de nos déchets.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Nathalie Buchot a reçu un financement de l'ANR, via le PEPR Recyclage Household Waste (ANR-22-PEPR-0010). Elle est membre du Groupe Philo Sarthe-GPS, association adhérente au réseau des Mille et une maisons de la philo.

08.10.2026 à 16:26

Un prix Nobel pour les neutrinos, ces messagers invisibles qui nous viennent du cosmos

Françoise Combes, Astrophysicienne à l'Observatoire de Paris - PSL, Sorbonne Université; Académie des sciences
Le prix Nobel de physique 2026 a été remis à Francis Halzen pour ses travaux sur les neutrinos, les particules les plus énigmatiques et les plus furtives de la physique.
Texte intégral (1488 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le prix Nobel de physique 2026 a été décerné au chercheur belge Francis Halzen pour ses travaux sur les neutrinos, les particules les plus énigmatiques et les plus furtives de la physique.

  • Certains de ces neutrinos ont une énergie folle et, pourtant, ils traversent la planète – et chacun d’entre nous – très discrètement.

  • Grâce à IceCube, un détecteur monumental caché dans la glace de l’Antarctique et pensé par Francis Halzen, nous commençons à détecter ces neutrinos de très haute énergie, et à comprendre d’où ils viennent. Rendez-vous auprès d’une des entités les plus lumineuses de l’Univers.


Le prix Nobel de physique 2026 a été décerné au physicien belge des particules Francis Halzen, créateur et responsable du projet IceCube, le plus grand télescope à neutrinos de la planète, implanté au cœur des glaces du pôle Sud. Après ses études et son doctorat à l’Université de Louvain, suivis d’un passage de deux ans au Conseil européen pour la recherche nucléaire (Cern), Francis Halzen s’installe dès 1972 à l’Université du Wisconsin à Madison (États-Unis), où il dirige aujourd’hui l’institut de physique des particules.

À 82 ans, le chercheur voit ainsi consacrée son intuition pionnière : avoir conçu cet immense détecteur antarctique capable de capturer les tout premiers neutrinos de très haute énergie, issus des phénomènes les plus violents de l’Univers lointain. La détection de ces particules ouvre une fenêtre inédite sur le cosmos profond, éclairant d’un jour nouveau des mécanismes encore mystérieux comme la fusion d’étoiles à neutrons ou la formation des trous noirs supermassifs.

Le neutrino demeure l’une des entités les plus énigmatiques de la physique. Sa masse est si infime qu’elle n’a encore jamais pu être mesurée directement. On sait en revanche qu’il se décline en trois types ou « saveurs », pour utiliser le terme consacré (électronique, muonique et tauique) capables d’osciller de l’une à l’autre au cours de leur trajet. D’une insaisissable furtivité, ces particules traversent la matière quasi sans interagir : la Terre entière ne constitue pas pour elles un obstacle. Dès les années 1980, Francis Halzen pressent pourtant qu’un immense volume de glace naturelle pourrait servir à tracer leur passage.

Comment détecter l’invisible ?

Bien qu’ils fendent l’espace presque à la vitesse de la lumière dans le vide, les neutrinos ralentissent lorsqu’ils pénètrent un milieu dense comme l’eau ou la glace, dont l’indice de réfraction n est supérieur à 1. La vitesse de la lumière y est alors divisée par n. Lors de la rarissime collision d’un neutrino avec un noyau atomique, ce choc engendre une particule chargée, un électron ou un muon (particule élémentaire qui possède une charge électrique et des propriétés semblables à celles de l’électron, mais avec une masse 207 fois plus grande).

Le muon, plus massif, est plus facile à détecter. Ultrarapide, cette nouvelle particule se déplace alors plus vite que la lumière dans ce milieu, provoquant une onde de choc lumineuse analogue au « bang » d’un avion franchissant le mur du son. Flash bleuâtre caractéristique, cette lumière est enregistrée par des milliers de photomultiplicateurs immergés en grille dans les profondeurs de la glace, permettant de reconstituer avec précision la trajectoire du neutrino original.

L’idée d’écouter ces murmures cosmiques s’inscrit dans une longue filiation. Dans les années 1980, alors que Francis Halzen ébauchait son projet, les chercheurs japonais mettaient en service l’expérience Kamiokande (Kamioka Nucleon Decay Experiment). Initialement conçu pour observer la désintégration, jamais constatée, du proton, l’instrument fut reconverti sous la direction de Masatoshi Koshiba en un télescope à neutrinos hors pair. Cette avancée vaudra à Koshiba le prix Nobel en 2002, avec Raymond Davis et Riccardo Giacconi.

En 1987, l’explosion de la supernova SN1987A dans le Grand Nuage de Magellan en offrit la démonstration éclatante : Kamiokande enregistra la première bouffée de neutrinos extrasolaires de l’histoire, arrivée trois heures avant le signal lumineux.

Plus tard, grâce à l’instrument Super-Kamiokande, Takaaki Kajita et Arthur McDonald démontrèrent en 1998 le phénomène d’oscillation des neutrinos, prouvant de fait que ces particules possèdent une masse non nulle, une découverte couronnée par le Nobel 2015.

Toutefois, la question de l’origine des neutrinos d’énergie extrême demeurait entière. Si les réactions nucléaires au cœur du Soleil ou les explosions de supernovae génèrent des neutrinos, leur énergie reste modeste. En 2017, IceCube repère des neutrinos atteignant des énergies colossales, mesurées en plusieurs centaines de péta-électronvolts (PeV), soit près d’un milliard de milliards d’eV. Par comparaison, l’énergie de masse (mc²) du proton est de 1 GeV, et l’énergie maximale du collisionneur de protons du CERN est de 14 TeV. Quelle forge cosmique peut libérer une telle puissance ?

La réponse est venue des quasars (les entités les plus lumineuses de l’Univers), et plus particulièrement des blazars. Au centre de certaines galaxies lointaines, des trous noirs supermassifs accrètent de la matière. Une partie de cette matière tourbillonnante est expulsée le long de l’axe de rotation sous forme de jets relativistes, où les particules sont lancées à une vitesse proche de celle de la lumière. Une particule qui voyage à de telles vitesses émet de la lumière fortement amplifiée, de plusieurs ordres de grandeur, dans sa direction de propagation.

Lorsque l’un de ces jets se trouve pointé exactement dans l’axe de la Terre, la source prend le nom de blazar. Son rayonnement de photons gamma, protons, et neutrinos, se trouve alors prodigieusement amplifié par effet relativiste.


À lire aussi : Blazars, ces phares cosmiques qui nous guident depuis les tréfonds du cosmos


Lever le voile sur les ultimes secrets du cosmos

L’observatoire IceCube, constitué d’un kilomètre cube de glace zébré de 86 lignes de détecteurs enfouis à plus de 1 000 mètres de profondeur, a pu identifier ces monstres cosmiques en croisant ses détections de neutrinos avec les observations de rayons gamma.

Plus récemment, en 2025, le détecteur sous-marin KM3NeT a confirmé ces mesures exceptionnelles. KM3NeT est constitué d’un kilomètre cube d’eau de mer déployé en Méditerranée. C’est un projet en train de compléter sa construction, par une collaboration internationale de 21 pays, menée par la France et l’Italie,

L’observation conjointe d’un rayonnement gamma et la détection de neutrinos de très haute énergie au même moment et dans la même direction renforcent l’hypothèse des blazars comme sources de ces neutrinos. C’est là tout l’intérêt des observations conjointes.

Cette synergie marque l’avènement de l’astronomie multimessager, qui croise la lumière (photons), les neutrinos et les ondes gravitationnelles pour scruter les événements les plus violents de l’Univers. Aujourd’hui, épaulés par le télescope géant Vera-Rubin au Chili, dont les algorithmes d’intelligence artificielle trient chaque nuit des millions d’alertes cosmiques (astéroïdes, supernovae, quasars, etc.), les astronomes peuvent pointer leurs instruments dans la bonne direction en quelques secondes et lever le voile sur les ultimes secrets du cosmos.

The Conversation

Françoise Combes ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

08.10.2026 à 15:50

De l’autre côté du miroir : le Nobel de chimie 2026 récompense des travaux sur des molécules reflets l’une de l’autre

Matthew Addicoat, Senior Lecturer in Functional Materials, Nottingham Trent University
Le prix Nobel de chimie 2026 récompense des travaux qui ont permis de produire préférentiellement une forme de molécule miroir plutôt qu’une autre.
Texte intégral (1466 mots)
Certaines molécules existent sous deux formes, qui sont des images miroir l’une de l’autre. Shutterstock AI generator (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Le prix Nobel de chimie 2026 a été décerné au Français Henri Kagan et au Japonais Kensō Soai pour leurs travaux sur les molécules « chirales ». Celles-ci existant en deux versions reflets l’une de l’autre, comme notre main gauche semble être le reflet de notre main droite. On parle aussi d’« image miroir » ou d’« énantiomères ».

  • De nombreuses molécules biologiques sont chirales, à l'instar des acides aminés qui constituent les éléments de base des protéines chez les êtres vivants. Cette propriété affecte leur capacité à réagir avec d’autres molécules, comme une main droite rentre mal dans un gant gauche.

  • Pour comprendre le vivant et pour concevoir des médicaments, la maîtrise de la chiralité est très importante… d’où l'attribution du Nobel !


Les lauréats du prix Nobel de chimie 2026 ont été annoncés mercredi 7 octobre à Stockholm (Suède).

Henri Kagan est né à Boulogne-Billancourt, en 1930. Il est professeur émérite à l’Université Paris-Saclay. Kensō Soai est né à Hiroshima, au Japon, en 1950. Il est maître de conférences à l’Université des sciences de Tokyo.

Kagan et Soai ont mis au point des réactions permettant de produire une seule des deux formes de ces molécules chirales. Leurs travaux ont été décisifs pour les chimistes qui fabriquent des médicaments, car parfois, seule une des deux formes (droite ou gauche) de la molécule a l’effet souhaité dans l’organisme.

Les molécules en image miroir sont extrêmement courantes, et leurs formes « droite » et « gauche » peuvent avoir des effets très différents. Par exemple, la forme droite du limonène a une odeur d’orange, tandis que l’autre a plutôt une odeur de citron. De même, l’une des formes de la molécule de carvone est responsable de l’odeur des graines de carvi et sert à empêcher les pommes de terre de pourrir (gauche) tandis que la molécule en image miroir (droite) a une odeur de menthe et est utilisée pour repousser les moustiques.

Nous pouvons facilement distinguer ces différentes molécules en image miroir, car les récepteurs de notre nez sont constitués d’acides aminés qui sont tous « gauchers ».

De la même façon qu’une main gauche rentre mal dans un gant droit, en biologie, une molécule « gauche » se lie différemment à un récepteur constitué d’acides aminés gauches qu’une molécule « droite ».

Deux questions se posent autour des molécules chirales. Premièrement, lors d’une réaction chimique, on obtient souvent un mélange des deux images miroirs, ou énantiomères. Cela peut poser problème lors du développement de médicaments, pour les raisons que nous avons déjà évoquées. Comment produire une seule des deux formes, de façon exclusive ?

Deuxième question, d’importance car elle constitue un des mystères de l’apparition de la vie : les acides aminés n’existent naturellement que sous leur forme gauche (lévogyre) – en d’autres termes, la vie est chirale et cela a d’importantes répercussions en biologie. Mais comment cette préférence pour la forme lévogyre est-elle apparue sur Terre ?

Trouver des solutions

Henri Kagan a fait un grand pas en avant en 1986, lorsqu’il a découvert une nouvelle façon de manipuler les réactions chimiques. Kagan est parti d’un catalyseur qui était lui-même chiral. Un catalyseur est une substance qui accélère une réaction chimique sans être consommée au cours du processus.

Kagan a ensuite montré comment un mélange des versions « gauche » et « droite » du catalyseur pouvait augmenter le pourcentage de la forme « gauche » ou « droite » du produit.

En 2003, Soai s’est penché sur la deuxième question : comment partir d’une situation sans chiralité préférentielle et aboutir exclusivement à la variante « gauche » ou « droite » d’une molécule ?

Réaction de Soai
La réaction mise au point par Kensō Soai produit, presque exclusivement, une seule version d’une molécule chirale à partir d’une molécule non chirale. Schéma du haut, la réaction de Soai : 1. La solution contient des réactifs non chiraux ; 2. La réaction forme des catalyseurs chiraux qui favorisent leur propre formation. 3. Quand le substrat et les réactifs sont épuisés, on peut en ajouter. Schéma du bas, un processus autoentretenu : en commençant avec un léger excès d’un des deux catalyseurs chiraux, celui-ci domine rapidement la réaction. Johan Jarnestad/Académie royale des sciences de Suède

Pour ce faire, il a utilisé une réaction chimique autocatalytique, c’est-à-dire que le produit de la réaction sert également de catalyseur à celle-ci.

Une fois que le produit chiral se forme, il favorise la formation d’une des deux versions (ou énantiomères). Dans ce cas, si les versions gauche et droite du produit se forment initialement toutes les deux, un tout petit déséquilibre entre les deux s’autorenforce au fur et à mesure de la réaction.

Cela permet à une seule version de la molécule de s’imposer, jusqu’à pouvoir représenter 99,99 % du produit final.

Nous ne connaissons pas les conditions qui régnaient sur Terre il y a 4 milliards d’années et qui ont conduit à la formation naturelle exclusive d’acides aminés lévogyres. Mais Soai a montré qu’il est bel et bien possible de former quasi exclusivement une seule des deux versions d’une molécule chirale.

The Conversation

Matthew Addicoat a reçu des financements du Leverhulme Trust et de ARIA. Il a reçu par le passé des financements de l'EPSRC et de la Royal Society.

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