Publié par l’association Alter-médias / Basta !
27.10.2026 à 10:15
Pour réaliser sa série d'enquêtes sur la filière pétrole en France, l'Observatoire des multinationales a fait appel aux chercheurs indépendants de Datadesk pour collecter des données détaillées sur les importations de brut et de produits raffinés.
Vous voulez tout savoir sur les importations françaises de pétrole ? Nous rendons disponibles les informations collectées par Datadesk, qui ont nourri nos différentes enquêtes, dans un outil de visualisation en ligne.
Celui-ci présente les (…)
Pour réaliser sa série d'enquêtes sur la filière pétrole en France, l'Observatoire des multinationales a fait appel aux chercheurs indépendants de Datadesk pour collecter des données détaillées sur les importations de brut et de produits raffinés.
Vous voulez tout savoir sur les importations françaises de pétrole ? Nous rendons disponibles les informations collectées par Datadesk, qui ont nourri nos différentes enquêtes, dans un outil de visualisation en ligne.
Celui-ci présente les données disponibles entre 2008 et 2026 par catégorie de produit, en identifiant les entreprises qui achètent et vendent les cargaisons d'hydrocarbures, leur pays d'origine et le port de débarquement.
Ces données permettent de mesurer, sur une période définie, la part de marché des gros acteurs du secteur, à commencer par TotalEnergies et ExxonMobil pour le brut. Elles permettent aussi de visualiser les évolutions au cours du temps, à la fois du point de vue des pays d'origine que des entreprises impliquées.
Sur la première moitié de la période, de 2008 à 2017, la Russie ou l'Iran sont des fournisseurs importants de la France en pétrole, mais ils disparaissent progressivement et sont largement absents en 2025 en raison des sanctions. La part de pétrole provenant d'Arabie saoudite a également beaucoup diminué.
Concernant le diesel, les données rassemblées par Datadesk confirment l'importance de l'approvisionnement en provenance d'Arabie saoudite, particulièrement depuis l'arrêt des importations russes en 2023.
Le phénomène se vérifie pour les importations de gaz naturel liquéfié (GNL), également incluses dans les données même si nos enquêtes se concentrent sur le pétrole.
En début de période, pour des volumes beaucoup plus faibles, le GNL vient surtout d'Algérie et du Nigeria. Le gaz russe prend une place de plus en plus importante à partir de 2017, avec la mise en route du projet de TotalEnergies Yamal LNG. Le gaz en provenance des États-Unis progresse à partir de 2020 pour devenir aujourd'hui la première source d'approvisionnement des terminaux français. La part de TotalEnergies dans les importations de GNL en France est encore plus importante que pour le pétrole, comme le notait récemment un rapport de Oil Change International.
Issues de la base de données Kpler, toutes ces informations sont basées sur les données portuaires et peuvent présenter des variations (en général légères) par rapport aux chiffres publiés par le gouvernement et les professionnels. Elles n'incluent pas, notamment, les produits pétroliers importés par oléoduc, par camion ou par voie fluviale, dont les quantités sont dans la plupart des cas négligeables.
Un outil en accès libre : https://research.datadesk.eco/french-imports/
27.10.2026 à 10:15
Du baril de pétrole au plein d'essence : qui sont les profiteurs de la flambée des prix ?
- Anatomie d'une dépendance. La France du pétrole et ses profiteurs / France, TotalEnergies, climat & énergie, Ineos, Trafigura
Dans cette série d'enquêtes, l'Observatoire des multinationales met à nu les mécanismes économiques de cette si coûteuse addiction. Nous retraçons le cheminement du pétrole qui arrive sur nos côtes, à travers terminaux portuaires, raffineries, pipelines, dépôts, usines pétrochimiques et stations essence. Mais nous retraçons aussi le cheminement du « pognon de dingue » que génère ce pétrole pour les entreprises impliquées à tous les maillons de la chaîne.
La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz ont mis une nouvelle fois en lumière notre terrible dépendance au pétrole et au gaz.
La décision des États-Unis et d'Israël d'attaquer l'Iran en février dernier nous a rouvert les yeux sur l'ampleur de l'impasse dans laquelle nous sommes, et dans laquelle nous avons persévéré, malgré des années d'alerte climatique et d'objectifs de « décarbonation ».
Impasse écologique, parce que nous avons été incapables de réduire significativement notre consommation d'hydrocarbures, première cause du réchauffement global des températures. La faute, en partie, au poids des intérêts industriels, peu désireux de remettre en cause leurs modèles économiques.
Impasse géopolitique, parce que nous nous trouvons à la merci des autocrates qui dirigent la plupart des pays de production, ainsi que de décisions idéologico-politiques de grandes puissances sur lesquelles nous avons peu de prises.
Impasse économique enfin. Notre dépendance au pétrole non seulement s'avère de plus en plus coûteuse, mais elle alimente une machine de redistribution massive « vers le haut ». Les profits s'accumulent dans les coffres de grandes entreprises, de gouvernements ou de sociétés de négoce, tandis que les consommateurs et les petites entreprises souffrent, et que les finances publiques s'épuisent à vouloir compenser cette hémorragie à coups de mesures de soutien.
Dans cette série d'enquêtes, l'Observatoire des multinationales met à nu les mécanismes économiques de cette si coûteuse addiction. Nous retraçons le cheminement du pétrole qui arrive sur nos côtes, à travers terminaux portuaires, raffineries, pipelines, dépôts, usines pétrochimiques et stations essence. Mais nous retraçons aussi le cheminement du « pognon de dingue » que génère ce pétrole pour les entreprises impliquées à tous les maillons de la chaîne (lire notre enquête introductive).
Qui sont les profiteurs de l'envolée des cours et des prix à la pompe en France ?
Une entreprise domine de très haut l'ensemble de la filière : TotalEnergies. C'est l'occasion de prendre la mesure du pouvoir et de l'influence considérables que cela lui confère – un pouvoir bien plus qu'économique puisque le pétrole n'est pas une marchandise comme les autres.
On y trouve aussi d'autres acteurs, souvent moins connus, ou bien qu'on ne s'attendait pas forcément à retrouver là, comme le groupe Bolloré. Avec le recul de la capacité de raffinage et le désengagement des autres majors à part TotalEnergies, le secteur pétrolier français est marqué par une montée en puissance de fonds d'investissement et de nouveaux acteurs industriels comme Ineos ou Trafigura, dont les stratégies de long terme posent question.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donDans ce paysage du pétrole français, en revanche, la puissance publique brille par son absence. Le choix historique de laisser la gestion du secteur à des entreprises privées, couplé à la libéralisation des marchés et à notre inertie climatique, a créé une situation d'impuissance structurelle pour l'État français. Il n'ose même plus taxer les profits exceptionnels de TotalEnergies, par peur de froisser une entreprise dont il croit avoir besoin pour éviter une crise majeure.
Rien de symbolise mieux cette situation de servitude volontaire que la Sagess, société privée qui gère les stocks stratégiques de carburants au nom de l'État, détenue et contrôlée par les principaux opérateurs pétroliers, et dont le patron est aujourd'hui en salarié détaché de TotalEnergies. Sagess qui vient de voter en juin dernier la distribution à ses actionnaires de 180 millions d'euros de dividendes sur des profits qui ne devraient pas être (lire notre article).
La crise actuelle ne devrait-elle pas être l'occasion de remettre tout à plat ?
23.10.2026 à 00:15
Une radiographie sans concession du groupe Bolloré, qu'il n'est plus possible de considérer comme une entreprise « comme les autres ».
- Le système Bolloré / France, Concentration et oligopoles, Lobbying et influence, Bolloré, Vivendi, lobbying et influence, finance, droit à l'information
Comment s'est construit l'empire Bolloré ? Comment est-il mis au service de l'extrême-droite et de ses idées ? Face à l'accélération de cette instrumentalisation et dans l'optique des prochaines échéances électorales, nous publions une version complétée et mise à jour de notre rapport en partenariat avec Attac sur le milliardaire et son entreprise qu'il n'est plus possible de considérer comme une multinationales « comme les autres ».
Vincent Bolloré, l'une des plus importantes fortunes françaises, à la tête d'un important groupe qui englobe le secteur de médias, de la communication et des industries culturelles, s'est lancé dans une croisade politique au service de l'extrême-droite et de ses idées. À l'œuvre depuis un certain temps déjà dans la sphère médiatique à travers CNews, Europe 1 et le Journal du Dimanche (JDD ), cette campagne implique désormais aussi le monde de l'édition (Fayard, Grasset), et Vincent Bolloré et certaines des sociétés qu'il contrôle ne craignent plus d'intervenir directement dans les campagnes électorales.
En avril 2025, nous publiions la première version de cette publication pour présenter de manière pédagogique l'empire Bolloré et son instrumentalisation au service de l'extrême droite et de ses idées. Il s'agissait de montrer ce qui a rendu Vincent Bolloré possible, et ce qui continue à le rendre possible.
En mettant à nu la réalité du système Bolloré, nous avons été amenés à casser nombre des mythes que lui et ses alliés aiment à entretenir. Ainsi, contrairement à l'image qu'il cherche à se construire, la fortune de Vincent Bolloré et de sa famille n'a pas son origine dans le développement d'une entreprise industrielle solidement implantée dans son territoire et axée sur le long terme. Elle provient surtout de coups boursiers et de la captation de rentes, notamment en Afrique.
L'empire Bolloré n'a cessé de se composer et de se décomposer au gré des opportunités et de batailles financières gagnées ou perdues. D'un point de vue financier et juridique, son centre de gravité n'est pas du tout la Bretagne, mais le Luxembourg. Le groupe Bolloré n'a pas quitté l'Afrique, comme ses dirigeants l'ont parfois laissé entendre, mais continue à y investir dans le domaine de la culture et de la communication.
Il ne gagne pas à tous les coups, comme le voudrait une certaine mythologie qui continue à séduire une partie du monde financier, mais sa carrière est émaillée de scandales, de défaites, d'affaires judiciaires. Il ne doit pas sa fortune seulement à lui-même mais au soutien du monde des affaires, à commencer par celui des grandes banques, et à celui des politiques et des pouvoirs publics sous diverses formes. Et ainsi de suite.
Nous alertions aussi sur la tentation de séparer l'économique et le politique, autrement dit l'individu Vincent Bolloré et ses agissements et le groupe qu'il contrôle. Peut-on continuer à traiter les diverses entités qui composent ce groupe – même lorsqu'elles ne sont pas ouvertement mises au service de l'extrême-droite – en faisant totalement abstraction des idées et du combat politique du milliardaire qui est derrière elles ?
La réponse à notre sens est non :
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donDepuis avril 2025, tout ce que nous dénoncions n'a fait que se confirmer. Pire encore : la mise en ordre de bataille du groupe Bolloré n'a fait que s'intensifier et s'accélérer. De nouvelles parties de son empire, comme Grasset ou les magazines Prisma, ont été mises au pas et converties à la bataille culturelle et politique menée par les CNews, Europe 1 et JDD. Les velléités de contestation dans le cinéma et l'édition sont traitées avec un brutalité extrême. L'empire Bolloré n'a pas hésité à nouer une alliance de fait avec la Russie de Poutine pour porter en France ses narratifs sur la guerre en Ukraine et la civilisation européenne.
Pourtant, les résistances existent, et nous sommes heureux que notre publication, largement lue et utilisée, ait joué son rôle et continue de le jouer. Une mise à jour nous est cependant apparue nécessaire pour intégrer ce qui s'est passé en 18 mois et en vue des échéances électorales de 2027. D'où cette deuxième édition.
Il est plus que temps de mettre fin à la tolérance et au soutien dont le système Bolloré continue de bénéficier dans une large partie du monde des affaires et des sphères culturelles et politiques.